Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 3)
Notes
1. Le comité grec ayant désiré faire connaître par la voie de la presse périodique une lettre de Canaris à son fils, et une lettre d’un Grec de Napoli de Romanie, l’auteur de la Note fit insérer ces lettres dans le Journal des Débats, en y mettant pour introduction ce paragraphe et quelques autres de l’avant-propos. (N.d.A.)
2. Dignités parfois confiées depuis 1710 par les sultans à certains grecs fanariotes. Après la révolution grecque en 1821, ils furent nommés à vie par l’assemblée des boïdars.
3. Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre entre la France et la Russie en 1812, p. 324, par le général Vaudoncourt. (N.d.A.)
4. Tout ce qu’on disait ici de Constantin peut s’appliquer en partie à Nicolas, qui, plus jeune, n’a pas eu les mêmes occasions de déployer son caractère, mais qui vient de montrer les hautes vertus dont il est capable, en saluant le premier du nom d’ empereur un frère digne de porter le sceptre. Constantin, qui, de son côté, a conservé toute la gloire de la royauté en rejetant seulement le fardeau de la couronne, Constantin peut appuyer de son expérience et de ses conseils, et, s’il le faut, de son épée, les résolutions généreuses que Nicolas serait disposé à prendre en faveur de la Grèce. Cet empereur, qui a voulu rester soldat, a sa place à la tête des grenadiers russes, et il ne peut manquer d’être souvent consulté par un frère auquel il a laissé le diadème. (N.d.A.)
5. Quelques écrivains, et en particulier M. Viennet, ont bien voulu se plaindre de n’avoir pas été nommés dans ce passage. L’auteur de la Note se fût fait un devoir de donner de justes éloges à cette foule de poètes et de prosateurs qui ont plaidé avec autant de générosité que de talent la cause des Hellènes, s’il avait pu supposer un moment qu’on attachât quelque importance à son suffrage, mais il était loin d’avoir la prétention d’être le dispensateur de la gloire. Quand il a cité les noms de cinq ou six écrivains, opposés sous d’autres rapports politiques, mais d’accord sur la question de la Grèce, il n’a voulu faire valoir qu’un argument, et il n’a pas prétendu publier un catalogue. Si quelqu’un avait des droits à se présenter comme défenseur des Grecs, c’était sans doute le capitaine Raybaud, qui les a servis de sa plume et de son épée, et M. Fauriel, traducteur des Chants populaires de la Grèce, ouvrage d’un grand mérite, soit par la traduction élégante et fidèle des chants populaires, soit par la savante notice dont ces chants sont précédés. (N.d.A.)
6. Voir l’ Itinéraire. (N.d.A.)
7. Itinéraire, VIe partie. (N.d.A.)
8. Sous Mahomet II, les habitants d’une bourgade près de Modon furent, au nombre de cinq cents, sciés par le milieu du corps : sous Bajazet, toute la population de Modon au-dessus de douze ans fut massacrée, etc. (Essai historique sur l’état de la Grèce, par M. Villemain.) - N.d.A.
9. Par M. Villemain. (N.d.A.)
10. Par M. Michaud. (N.d.A.)
CINQUIÈME PARTIE
SUITE DU VOYAGE A JÉRUSALEM
Le 10, de grand matin, je sortis de Jérusalem par la porte d’Ephraïm, toujours accompagné du fidèle Ali, dans le dessein d’examiner les champs de bataille immortalisés par le Tasse. Arrivé au nord de la ville, entre la grotte de Jérémie et les sépulcres des rois, j’ouvris La Jérusalem délivrée, et je fus sur-le-champ frappé de la vérité de l’exposition du Tasse :
C’est pourquoi ils s’engagent, ce nolisateur et ce capitain, d’observer et remplir les susdits conditions dont ils se sont convenûs, et ont signé tous les deux le présent contrat, qui doit valoir on tout temps, et lieu.
Constantinopli, 6 septembre 1806.
Hadgi Policarpe de Lazare
Noligeateur
Capitain Dimitri Agro
Le susdit cap. s’engage avec moi qu’il ne s’arrêtera devant les Dardanelles et Scio qu’un jour.
Hadgi Policarpe de Lazare.
EXTRAIT
D'UN
DISCOURS SUR L'HISTOIRE DE FRANCE
LU A L'ACADÉMIE FRANÇOISE,
SÉANCE DE RÉCEPTION DE M. MATHIEU DE MONTMORENCY 9 FÉVRIER 1826.
Une même génération de Romains eut pour maîtres, en moins d’un quart de siècle, un Africain, un Assyrien et un Goth : nous allons dans un moment voir régner un Arabe. Il est digne de remarque que de tous ces aventuriers, candidats au despotisme, qui affluaient à Rome de tous les coins du globe, aucun ne vint de la Grèce : cette vieille terre de l’indépendance, tout enchaînée qu’elle était, se refusait à reproduire des tyrans. En vain les Goths firent périr ses chefs-d’œuvre à Olympie, la dévastation et l’esclavage ne purent lui ravir ni son génie ni son nom. On abattait ses monuments, et leurs ruines n’en devenaient que plus sacrées ; on dispersait ces ruines, et l’on trouvait au-dessous les tombeaux des grands hommes ; on brisait ces tombeaux, et il en sortait une mémoire immortelle ! Patrie commune de toutes les renommées ! pays qui ne manqua plus d’habitants ! car partout où naissait un étranger illustre, là naissait un enfant adoptif de la Grèce, en attendant la renaissance de ces indigènes de la liberté et de la gloire qui devaient un jour repeupler les champs de Platée et le Marathon.
DISCOURS
EN RÉPONSE
A M. LE GARDE DES SCEAUX
Messieurs, M. le garde des sceaux prétend que mon amendement serait mieux placé au vingt-sixième article du projet de loi qu’au premier article : qu’à cela ne tienne ; si M. le garde des sceaux veut s’engager à soutenir mon amendement placé au vingt-sixième article, je suis prêt à lui donner satisfaction et à m’entendre avec lui.
La mémoire de M. le garde des sceaux l’aura, je pense, trompé : il croit que j’ai accusé des Français. J’ai précisément mis les Français hors de cause, et j’ai déclaré que j’espérais qu’aucun d’eux n’avait souillé le pavillon blanc dans un damnable trafic.
M. le garde des sceaux ne me semble avoir détruit ni ce que j’ai avancé touchant le crime, ni ce que j’ai soutenu sur la complicité du crime. Il se contente de tout nier. Mais nier n’est pas prouver ; et moi, pour soutenir que les transports d’esclaves existent, je m’appuie sur les écrits de tous les voyageurs, sur les récits de toutes les gazettes imprimées dans l’Orient, même de celles qui ne sont pas favorables à la cause des Grecs, sur les journaux officiels de Napoli de Romani, enfin sur les plaintes mêmes du gouvernement grec. Quand on a demandé à celui-ci de faire justice des pirates qui usurpent son pavillon, il a répondu qu’il ne demandait pas mieux, mais qu’il fallait aussi que les puissances chrétiennes défendissent à leurs sujets de fournir des transports aux soldats turcs et de noliser des vaisseaux pour y faire recevoir des malheureux habitants de la Grèce que l’on emmenait en esclavage. Voilà, messieurs, des faits connus de tout l’univers.
Et enfin, comme je l’ai déjà dit, si le crime n’existe pas, il suffirait qu’il fût possible, et qu’on en eût été menacé, pour ôter d’avance tout moyen de le commettre impunément. Si mon amendement introduit dans le projet de loi est inutile, tant mieux ; mais c’est le cas de dire plus que jamais que ce qui abonde ne vicie pas. Cet amendement vous fera un immortel honneur sans pouvoir causer aucun dommage. Toute la question vient se réduire à ce point : Il y aura jugement devant les tribunaux. Si les prévenus ne sont pas coupables du crime qu’on leur impute, s’ils n’ont pas pris une part quelconque à un trafic réprouvé par les lois divines et humaines, ils seront acquittés. Tous les jours des vaisseaux sont arrêtés comme prévenus d’avoir fait la traite des noirs : les maîtres de ces vaisseaux se justifient, et ils sont libérés. Encore une fois, si le délit ou le crime que l’amendement est destiné à prévenir n’existe pas, la loi ne sera jamais appliquée ; s’il existe, et qu’il y ait des prévenus, ils seront jugés, et renvoyés absous s’il ne sont pas coupables ; s’ils sont coupables, voudriez-vous qu’un crime aussi énorme devant Dieu et devant les hommes restât impuni ?
Une autre objection de M. le ministre de la justice consiste à dire que mon amendement introduit une loi pénale dans une loi de procédure.
Je croyais, messieurs, m’être mis à l’abri de cette fin de non recevoir dans le développement de mon amendement. En effet, je crois avoir prouvé d’une manière sensible que l’amendement ne fait aucune confusion de matières et ne sort pas du caractère de la loi. Mais apparemment que je ne me serai pas suffisamment expliqué : essayons de mieux me faire entendre.
Mon amendement confond si peu une loi pénale avec une loi de procédure, qu’il ne renferme le prononcé d’aucune peine. Il exprime seulement un délit, lequel délit sera puni sans doute par les lois françaises, comme tous les délits et crimes commis dans les échelles du Levant ; et ainsi le veut le projet de loi même, par son article 26.
Le savant magistrat à qui j’ai l’honneur de répondre semble avoir confondu lui-même des choses extrêmement diverses : parce que je m’occupais de délits, il lui a paru que j’établissais des peines, dont je ne dis pas un mot.
Considéré sous tous les rapports, mon amendement, messieurs, ne dénature point le principe de la loi dans laquelle je sollicite son introduction. Ce n’est qu’un article oublié dans cette loi, dont je demande pour ainsi dire le rétablissement. La matière est parfaitement homogène. L’amendement ne fait que généraliser la nature d’un crime déjà mentionné dans vos lois, il n’introduit aucune peine nouvelle pour la répression de ce crime. Le projet de loi s’occupe des délits commis dans les échelles du Levant, sous les yeux des consuls français ; et ce sont aussi des délits commis dans les échelles du Levant, sous les yeux des consuls du roi, que l’amendement spécifie. Ici les crimes ont le même théâtre, sont perpétrés par les mêmes hommes, attestés par les mêmes témoins, jugés par les mêmes tribunaux : que faut-il donc de plus pour donner à un amendement le caractère de la loi même dans laquelle il peut être placé ?
Je voulais négliger de répondre à une objection qui n’est pas nouvelle, et que depuis dix ans j’ai vu reproduire à propos de presque toutes les lois.
Il est rare quand un amendement a quelque importance qu’on ne dise pas que cet amendement n’est autre chose qu’une loi particulière, qu’un envahissement de l’initiative royale, et qui peut tout au plus devenir l’objet d’une proposition spéciale. Votre sagesse, messieurs, ne s’est pas souvent rendue à cette objection, et vous avez nombre de fois, au contraire, adopté des amendements qui, vous assurait-on, dénaturaient la loi dans son principe, introduisaient une loi dans une loi. Votre mémoire vous en fournira de grands exemples. Vous aurez bientôt, dans le projet de loi sur le droit d’aînesse, l’occasion d’user largement du droit d’amender. Je ne pense pas que vous demandiez au noble rapporteur de votre commission de changer en proposition les amendements qu’elle a jugé convenable de vous présenter à votre dernière séance.
Et en vérité, messieurs, mon amendement fût-il plus étranger à la loi, pourriez-vous, pour une petite convenance de matières, refuser de prévenir un si grand crime ? Et qu’on ne dise pas que dans tous les cas on a le temps d’attendre : l’amendement est urgent, car les malheurs se précipitent ; il ne s’agit pas de prévenir un désordre à venir, mais un désordre du jour.
Au moment où je vous parle, messieurs, une nouvelle moisson de victimes humaines tombe peut-être sous le fer des Turcs. Une poignée de chrétiens héroïques se défend encore au milieu des ruines de Missolonghi, à la vue de l’Europe chrétienne insensible à tant de courage et à tant de malheurs. Et qui peut pénétrer les desseins de la Providence ? J’ai lu hier, messieurs, une lettre d’un enfant de quinze ans, datée des remparts de Missolonghi. " Mon cher compère, écrit-il dans sa naïveté à un de ses camarades à Zante, j’ai été blessé trois fois ; mais je suis, moi et mes compagnons, assez guéri pour avoir repris nos fusils. Si nous avions des vivres, nous braverions des ennemis trois fois plus nombreux. Ibrahim est sous nos murs ; il nous a fait faire des propositions et des menaces ; nous avons tout repoussé. Ibrahim a des officiers français avec lui : qu’avons-nous fait aux Français pour nous traiter ainsi ? "
Messieurs, ce jeune homme sera-t-il pris, transporté par des chrétiens aux marchés d’Alexandrie ? S’il doit encore nous demander ce qu’il a fait aux Français, que notre amendement soit là pour satisfaire à l’interrogation de son désespoir, au cri de sa misère, pour que nous puissions lui répondre : " Non, ce n’est pas le pavillon de saint Louis qui protège votre esclavage, il voudrait plutôt couvrir vos nobles blessures ! "
Pairs de France, ministres du roi très chrétien, si nous ne pouvons pas par nos armes secourir la malheureuse Grèce, séparons-nous du moins par nos lois des crimes qui s’y commettent : donnons un noble exemple, qui préparera peut-être en Europe les voies à une politique plus élevée, plus humaine, plus conforme à la religion, et plus digne et un siècle éclairé ; et c’est à vous, messieurs, c’est à la France qu’on devra cette noble initiative !
INTRODUCTION
PREMIER MÉMOIRE
Je diviserai cette Introduction en deux mémoires : dans le premier, je prendrai l’histoire de Sparte et d’Athènes à peu près au siècle d’Auguste, et je la conduirai jusqu’à nos jours. Dans le second, j’examinerai l’authenticité des traditions religieuses à Jérusalem.
Spon, Wheler, Fanelli, Chandler et Leroi ont, il est vrai, parlé du sort de la Grèce dans le moyen âge ; mais le tableau tracé par ces savants hommes est bien loin d’être complet. Ils se sont contentés des faits généraux, sans se fatiguer à débrouiller la Byzantine ; ils ont ignoré l’existence de quelques Voyages au Levant : en profitant de leurs travaux, je tâcherai de suppléer à ce qu’ils ont omis.
Quant à l’histoire de Jérusalem, elle ne présente aucune obscurité dans les siècles barbares ; jamais on ne perd de vue la ville sainte. Mais lorsque les pèlerins vous disent : " Nous nous rendîmes au tombeau de Jésus-Christ, nous entrâmes dans la grotte où le Sauveur du monde répandit une sueur de sang, etc., etc., " un lecteur peu crédule pourrait s’imaginer que les pèlerins sont trompés par des traditions incertaines : or, c’est un point de critique que je me propose de discuter dans le second mémoire de cette Introduction.
Je viens à l’histoire de Sparte et d’Athènes :
Lorsque les Romains commencèrent à se montrer dans l’Orient, Athènes se déclara leur ennemie, et Sparte embrassa leur fortune. Sylla brûla le Pirée et Munychie1 ; il saccagea la ville de Cécrops, et fit un si grand massacre des citoyens, que le sang, dit Plutarque2, remplit tout le Céramique, et regorgea par les ports.
Dans les guerres civiles de Rome, les Athéniens suivirent le parti de Pompée, qui leur semblait être celui de la liberté : les Lacédémoniens s’attachèrent à la destinée de César. Celui-ci refusa de se venger d’Athènes. Sparte, fidèle à la mémoire de César, combattit contre Brutus à la bataille de Philippes3 ; Brutus avait promis le pillage de Lacédémone à ses soldats, en cas qu’il obtint la victoire. Les Athéniens élevèrent des statues à Brutus, s’unirent à Antoine et furent punis par Auguste. Quatre ans avant la mort de ce prince4, ils se révoltèrent contre lui5.
Athènes demeura libre pendant le règne de Tibère6. Sparte vint plaider et perdre à Rome une petite cause contre les Messéniens, autrefois ses esclaves. Il s’agissait de la possession du temple de Diane Limnatide : précisément cette Diane dont la fête donna naissance aux guerres messéniaques.
Si l’on fait vivre Strabon7 sous Tibère, la description de Sparte et d’Athènes par ce géographe se rapportera au temps dont nous parlons.
Lorsque Germanicus passa chez les Athéniens, par respect pour leur ancienne gloire, il se dépouilla des marques de la puissance, et marcha précédé d’un seul licteur8.
Pomponius Méla écrivait vers le temps de l’empereur Claude.
Il se contente de nommer Athènes en décrivant la côte de l’Attique9.
Néron visita la Grèce, mais il n’entra ni dans Athènes ni dans Lacédémone10.
Vespasien réduisit l’Achaïe en province romaine, et lui donna pour gouverneur un proconsul11. Pline l’ancien, aimé de Vespasien et de Titus, parla sous ces princes de divers monuments de la Grèce.
Apollonius de Tyane, pendant le règne de Domitien, trouva les lois de Lycurgue en vigueur à Lacédémone12.
Nerva favorisa les Athéniens. Les monuments d’Hérode Atticus et le voyage de Pausanias sont à peu près de cette époque13.
Pline le jeune, sous Trajan, exhorte Maxime, proconsul d’Achaïe, à gouverner Athènes et la Grèce avec équité14.
Adrien rétablit les monuments d’Athènes, acheva le temple de Jupiter Olympien, bâtit une nouvelle ville auprès de l’ancienne, et fit refleurir dans la Grèce les sciences, les lettres et les arts15.
Antonin et Marc-Aurèle comblèrent Athènes de bienfaits16. Le dernier s’attacha surtout à rendre à l’Académie son ancienne splendeur : il multiplia les professeurs de philosophie, d’éloquence et de droit civil, et en porta le nombre jusqu’à treize : deux platoniciens, deux péripatéticiens, deux stoïciens, deux épicuriens, deux rhéteurs, deux professeurs de droit civil, et un préfet de la jeunesse. Lucien, qui vivait alors, dit qu’Athènes était remplie de longues barbes, de manteaux, de bâtons et de besaces.
Le Polyhistor de Solin parut vers la fin de ce siècle. Solin décrit plusieurs monuments de la Grèce. Il n’a pas copié Pline le naturaliste aussi servilement qu’on s’est plu à le répéter.
Sévère priva Athènes d’une partie de ses privilèges ; pour la punir de s’être déclarée en faveur de Pescennius Niger17.
Sparte, tombée dans l’obscurité, tandis qu’Athènes attirait encore les regards du monde, mérita la honteuse estime de Caracalla : ce prince avait dans son armée un bataillon de Lacédémoniens, et une garde de Spartiates auprès de sa personne18.
Les Scythes, ayant envahi la Macédoine, au temps de l’empereur Gallien, mirent le siège devant Thessalonique. Les Athéniens, effrayés, se hâtèrent de relever les murs que Sylla avait abattus19.
Quelques années après, les Hérules pillèrent Sparte, Corinthe et Argos. Athènes fut sauvée par la bravoure d’un de ses citoyens nommé Dexippe, également connu dans les lettres et dans les armes20.
L’archontat fut aboli à cette époque ; le stratège, inspecteur de l’agora ou du marché, devint le premier magistral d’Athènes21.
Les Goths prirent cette ville sous le règne de Charles II. Ils voulurent brûler les bibliothèques, mais un des barbares s’y opposa : " Conservons, dit-il, ces livres qui rendent les Grec si faciles à vaincre, et qui leur ôtent l’amour de la gloire. "
Cléodème, Athénien échappé au malheur de sa patrie, rassembla des soldats, fondit sur les Goths, en tua un grand nombre, et dispersa le reste : il prouva aux Goths que la science n’exclut pas le courage22.
Athènes se remit promptement de ce désastre ; car on la voit peu de temps après offrir des honneurs à Constantin et en recevoir des grâces. Ce prince donna au gouverneur de l’Attique le titre de grand-duc : titre qui, se fixant dans une famille, devint héréditaire, et finit par transformer la république de Solon en une principauté gothique. Pite, évêque d’Athènes, parut au concile de Nicée23.
Constance, successeur de Constantin, après la mort de ses frères Constantin et Constant, fit présent de plusieurs îles à la ville d’Athènes24.
Julien, élevé parmi les philosophes du Portique, ne s’éloigna d’Athènes qu’en versant des larmes. Les Grégoire, les Cyrille, les Basile, les Chrysostome, puisèrent leur sainte éloquence dans la patrie de Démosthène25.
Sous le règne du grand Théodose, les Goths ravagèrent l’Epire et la Thessalie. Ils se préparaient à passer dans la Grèce ; mais ils en furent écartés par Théodore, général des Achéens. Athènes reconnaissante éleva une statue à son libérateur26.
Honorius et Arcadius tenaient les rênes de l’empire lorsque Alaric pénétra dans la Grèce. Zosime raconte que le conquérant aperçut, en approchant d’Athènes, Minerve qui le menaçait du haut de la citadelle, et Achille qui se tenait debout devant les remparts. Si l’on en croit le même historien, Alaric ne saccagea point une ville que protégeaient les héros et les dieux27. Mais ce récit a bien l’air d’une fable. Synésius, plus près de l’événement que Zosime, compare Athènes incendiée par les Goths à une victime que la flamme a dévorée et dont il ne reste plus que les ossements28. On croit que le Jupiter de Phidias périt dans cette invasion des barbares29.
Corinthe, Argos, les villes de l’Arcadie, de l’Elide et de la Laconie, éprouvèrent le sort d’Athènes : " Sparte, si fameuse, dit encore Zosime, ne put être sauvée ; ses citoyens l’abandonnèrent et ses chefs la trahirent : ses chefs, vils ministres des tyrans injustes et débauchés qui gouvernaient l’État30. "
Stilicon, en venant chasser Alaric du Péloponèse, acheva de désoler cet infortuné pays.
Athénaïs, fille de Léonce le Philosophe, connue sous le nom d’Eudoxie31, était née à Athènes, et elle épousa Thodose le jeune32.
Pendant que Léonce tenait les rênes de l’empire d’Orient, Genséric se jeta de nouveau sur l’Achaïe33. Procope ne nous dit point quel fut le sort de Sparte et d’Athènes dans cette nouvelle invasion.
Le même historien fait ainsi la peinture des ravages des barbares, dans son Histoire secrète : " Depuis que Justinien gouverne l’empire, la Thrace, la Chersonèse, la Grèce, et tout le pays qui s’étend entre Constantinople et le golfe d’Ionie, ont été ravagés chaque année par les Antes, les Slavons et les Huns. Plus de deux cent mille Romains ont été tués ou faits prisonniers à chaque invasion des barbares, et les pays que j’ai nommés sont devenus semblables aux déserts de la Scythie34. "
Justinien fit réparer les murailles d’Athènes et élever des tours sur l’isthme de Corinthe. Dans la liste des villes que ce prince embellit et fortifia, Procope ne cite point Lacédémone. On remarque auprès des empereurs d’Orient une garde laconienne ou tzaconienne, selon la prononciation alors introduite. Cette garde, armée de piques, portait une espèce de cuirasse ornée de figures de lion ; le soldat était vêtu d’une casaque de drap et couvrait sa tête d’un capuchon. Le chef de cette milice s’appelait stratopedarcha35.
L’empire d’Orient avait été divisé en gouvernements appelés thêmata. Lacédémone devint l’apanage des frères ou des fils aînés de l’empereur. Les princes de Sparte prenaient le titre de despotes, leurs femmes s’appelaient despoenes, et le gouvernement despotat. Le despote résidait à Sparte ou à Corinthe36.
Ici commence le long silence de l’histoire sur le pays le plus fameux de l’univers. Spon et Chandler perdent Athènes de vue pendant sept cents ans : " Soit, dit Spon, à cause du défaut de l’histoire, qui est courte et obscure dans ces siècles-là, ou que la fortune lui eût accordé ce long repos37. " Cependant on découvre dans le cours de ces siècles quelques traces de Sparte et d’Athènes.