Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 5)
D’Anville, en les commentant, a rendu célèbres les travaux de Deshayes à Jérusalem ; mais on ignore généralement que Deshayes est le premier voyageur moderne qui nous ait parlé de la Grèce proprement dite99 : son ambassade en Palestine a fait oublier sa course à Athènes. Il visita cette ville entre l’année 1621 et l’année 1630. Les amateurs de l’antiquité seront bien aises de trouver ici le passage original du premier Voyage à Athènes ; car les lettres de Zygomalas et de Cabasilas ne peuvent pas être appelées des Voyages.
" De Mégare jusques à Athènes il n’y a qu’une petite journée, qui nous dura moins que si nous n’eussions marché que deux lieues : il n’y a jardin en bois de haute futaie qui contente davantage la vue que fait ce chemin. L’on va par une grande plaine toute remplie d’oliviers et d’orangers, ayant la mer à main droite et les collines à main gauche, d’où partent tant de beaux ruisseaux, qu’il semble que la nature se soit efforcée à rendre ce pays aussi délicieux100. " La ville d’Athènes est située sur la pente et aux environs d’un rocher, qui est assis dans une plaine ; laquelle est bornée par la mer qu’elle a au midi, et par les montagnes agréables qui l’enferment du côté du septentrion. Elle n’est pas la moitié si grande qu’elle était autrefois, ainsi que l’on peut voir par les ruines, à qui le temps a fait moins de mal que la barbarie des nations qui ont tant de fois pillé et saccagé cette ville. Les bâtiments anciens qui y restent témoignent la magnificence de ceux qui les ont faits ; car le marbre n’y est point épargné, non plus que les colonnes et les pilastres. Sur le haut du rocher est le château, dont les Turcs se servent encore aujourd’hui. Entre plusieurs anciens bâtiments, il y a un temple qui est aussi entier et aussi peu offensé de l’injure du temps comme s’il ne venait que d’être fait ; l’ordre et la structure en sont admirables. Sa forme est ovale, et par dehors, aussi bien que par dedans ; il est soutenu par trois rangs de colonnes de marbre, garnies de leurs bases et chapiteaux ; derrière chaque colonne, il y a un pilastre qui en suit l’ordonnance et la proportion. Les chrétiens du pays disent que ce temple est celui-là même qui était dédié au Dieu Inconnu, dans lequel saint Paul prêcha : à présent il sert de mosquée, et les Turcs y vont faire leurs oraisons. Cette ville jouit d’un air fort doux, et les astres les plus malfaisants se dépouillent de leurs mauvaises influences quand ils regardent cette contrée : ce que l’on peut connaître aisément, tant par la fertilité du pays que par les marbres et les pierres qui, depuis un si long temps qu’elles sont exposées à l’air, ne sont aucunement rongées ni endommagées. L’on dort à la campagne la tête découverte sans en recevoir nulle incommodité ; enfin, l’air qu’on y respire est si agréable et si tempéré, que l’on y reconnaît beaucoup de changements lorsque l’on s’en éloigne. Quant aux habitants du pays, ce sont tous Grecs, qui sont cruellement et barbarement traités par les Turcs qui y demeurent, encore qu’ils soient en petit nombre. Il y a un cadi qui rend la justice, un prévôt appelé soubachy et quelques janissaires que l’on y envoie de la Porte, de trois mois en trois mois. Tous ces officiers firent beaucoup d’honneur au sieur Deshayes lorsque nous y passâmes, et le défrayèrent aux dépens du grand seigneur. " En sortant d’Athènes on traverse cette grande plaine qui est toute remplie d’oliviers et arrosée de plusieurs ruisseaux qui en augmentent la fertilité. Après avoir marché une bonne heure, on arrive sur la marine, où il y a un grand port fort excellent, qui était autrefois fermé par une chaîne : ceux du pays l’appellent le port Lion, à cause d’un grand lion de pierre que l’on y voit encore aujourd’hui, mais les anciens le nommaient le port du Pirée. C’était en ce lieu que les Athéniens assemblaient leurs flottes et qu’ils s’embarquaient ordinairement. " L’ignorance du secrétaire de Deshayes (car ce n’est pas Deshayes lui-même qui écrit) est singulière ; mais on voit de quelle admiration profonde on était saisi à l’aspect des monuments d’Athènes lorsque le plus beau de ces monuments existait encore dans toute sa gloire.
L’établissement de nos consuls101 dans l’Attique précède le passage de Deshayes de quelques années.
J’ai cru d’abord que Stochove avait vu Athènes en 1630, mais en conférant son texte avec celui de Deshayes, je me suis convaincu que le gentilhomme flamand n’avait fait que copier l’ambassadeur français.
Le père Antoine Pacifique donna en 1636, à Venise, sa Description de la Morée, ouvrage sans méthode, où Sparte est prise pour Misitra.
Quelques années après, nous voyons arriver en Grèce ces missionnaires102 qui portaient dans tous les pays le nom, la gloire et l’amour de la France. Les jésuites de Paris s’établirent à Athènes vers l’an 1645 ; les capucins s’y fixèrent en 1658, et en 1669 le père Simon acheta la Lanterne de Démosthène, qui devint l’hospice des étrangers.
De Monceaux parcourut la Grèce en 1668 : nous avons l’extrait de son Voyage, imprimé à la suite du Voyage de Bruyn. Il a décrit des antiquités, surtout dans la Morée, dont il ne reste aucune trace. De Monceaux voyageait avec Laisné par ordre de Louis XIV.
Au milieu des œuvres de la charité, nos missionnaires ne négligeaient point les travaux qui pouvaient être honorables à leur patrie : le père Babin, jésuite, donna en 1672 une Relation de l’état présent de la ville d’Athènes : Spon en fut l’éditeur ; on n’avait rien vu jusque alors d’aussi complet et d’aussi détaillé sur les antiquités d’Athènes.
L’ambassadeur de France à la Porte, M. de Nointel, passa à Athènes dans l’année 1674 : il était accompagné du savant orientaliste Galland. Il fit dessiner les bas-reliefs du Parthénon. Ces bas-reliefs ont péri, et l’on est trop heureux d’avoir aujourd’hui les cartons du marquis de Nointel : ils sont pourtant demeurés inédits, à l’exception de celui qui représente les frontons du temple de Minerve103.
Guillet104 publia en 1675, sous le nom de son prétendu frère La Guilletière, l’ Athènes ancienne et moderne. Cet ouvrage, qui n’est qu’un roman, fit naître une grande querelle parmi les antiquaires. Spon découvrit les mensonges de Guillet : celui-ci se fâcha, et écrivit une lettre en forme de dialogue contre les Voyages du médecin lyonnais. Spon ne garda plus de ménagements ; il prouva que Guillet ou La Guilletière n’avait jamais mis le pied à Athènes ; qu’il avait composé sa rapsodie sur des mémoires demandés à nos missionnaires, et produisit une liste de questions envoyées par Guillet à un capucin de Patras : enfin, il donna un catalogue de cent douze erreurs, plus ou moins grossières, échappées à l’auteur d’ Athènes ancienne et moderne, dans le cours de son roman.
Guillet ou La Guilletière ne mérite donc aucune confiance comme voyageur ; mais son ouvrage, à l’époque où il le publia, ne manquait pas d’un certain mérite. Guillet fit usage des renseignements qu’il obtint des pères Simon et Barnabé, l’un et l’autre missionnaires à Athènes ; et il cite un monument, le Phanari tou Diogenis, qui n’existait déjà plus du temps de Spon.
Le Voyage de Spon et de Wheler, exécuté dans les années 1675 et 1676, parut en 1678.
Tout le monde connaît le mérite de cet ouvrage, où l’art et l’antiquité sont traités avec une critique jusque alors ignorée. Le style de Spon est lourd et incorrect, mais il a cette candeur et cette démarche aisée qui caractérisent les écrits de ce siècle. Le comte de Winchelsey, ambassadeur de la cour de Londres, visita Athènes dans cette même année 1676, et fit transporter en Angleterre quelques fragments de sculpture.
Tandis que toutes les recherches se dirigeaient vers l’Attique, la Laconie était oubliée. Guillet, encouragé par le débit de ses premiers mensonges, donna, en 1676, Lacédémone ancienne et moderne. Meursius avait publié ses différents traités, de Populis Atticoe, de Festis Graecorum, etc., etc. ; et il fournissait ainsi une érudition toute préparée à quiconque voulait parler de la Grèce. Le second ouvrage de Guillet est rempli de bévues énormes sur les localités de Sparte. L’auteur veut absolument que Misitra soit Lacédémone, et c’est lui qui a accrédité cette grande erreur. " Cependant, dit Spon, Misitra n’est point sur le plan de Sparte, comme je le sais de M. Giraud, de M. Vernon et d’autres, etc. "
Giraud était consul de France à Athènes depuis dix-huit ans lorsque Spon voyageait en Grèce. Il savait le turc, le grec vulgaire et le grec littéral. Il avait commencé une description de la Morée ; mais comme il passa au service de la Grande-Bretagne, il est probable que ces manuscrits seront tombés entre les mains de ses derniers maîtres.
Il ne reste de Vernon105, voyageur anglais, qu’une lettre imprimée dans les Philosophical Transactions, 24 avril 1676. Vernon trace rapidement le tableau de ses courses en Grèce :
" Sparte, dit-il, est un lieu désert : Misitra, qui en est éloignée de quatre milles, est habitée. On voit à Sparte presque toutes les murailles des tours et des fondements de temples, avec plusieurs colonnes démolies aussi bien que leurs chapiteaux. Il y reste encore un théâtre tout entier. Elle a eu autrefois cinq milles de tour, et elle est située à un demi-quart de lieue de la rivière Eurotas106 ". On doit observer que Guillet indique dans la préface de son dernier ouvrage plusieurs mémoires manuscrits sur Lacédémone : " Les moins défectueux, dit-il, sont entre les mains de M. Saint-Challier, secrétaire de l’ambassade de France en Piémont. "
Nous voici arrivés à une autre époque de l’histoire de la ville d’Athènes. Les voyageurs que nous avons cités jusqu’à présent avaient vu dans toute leur intégrité quelques-uns des plus beaux monuments de Périclès : Pococke, Chandler, Leroi, n’en ont plus admiré que les ruines. En 1687, tandis que Louis XIV faisait élever la colonnade du Louvre, les Vénitiens renversaient le temple de Minerve. Je parlerai dans l’ Itinéraire de ce déplorable événement, fruit des victoires de Koningsmarck et de Morosini.
Cette même année 1687 vit paraître à Venise la Notizia del Ducato d’Atene, de Pierre Pacifique : mince ouvrage, sans critique et sans recherches.
Le père Coronelli107, dans sa Description géographique de la Morée reconquise par les Vénitiens, a montré du savoir ; mais il n’apprend rien de nouveau, et il ne faudrait pas suivre aveuglément ses citations et ses cartes. Les petits faits d’armes vantés par Coronelli font un contraste assez piquant avec les lieux célèbres qui en sont le théâtre. Cependant, on remarque parmi les héros de cette conquête un prince de Turenne qui combattit près de Pylos, dit Coronelli, avec cette bravoure naturelle à tous ceux de sa maison. Coronelli confond Sparte avec Misitra.
L’ Atene Antica de Fanelli prend l’histoire d’Athènes à son origine, et la mène jusqu’à l’époque où l’auteur écrivait son ouvrage. Cet ouvrage est peu de chose considéré sous le rapport des antiquités ; mais on y trouve des détails curieux sur le siège d’Athènes par les Vénitiens, en 1687, et un plan de cette ville dont Chandler paraît avoir fait usage.
Paul Lucas108 jouit d’une assez grande renommée parmi les voyageurs, et je m’en étonne. Ce n’est pas qu’il n’amuse par ses fables : les combats qu’il rend lui tout seul contre cinquante voleurs, les grands ossements qu’il rencontre à chaque pas, les villes de géants qu’il découvre, les trois ou quatre mille pyramides qu’il trouve sur un grand chemin, et que personne n’avait jamais vues, sont des contes divertissants ; mais du reste il estropie toutes les inscriptions qu’il rapporte ; ses plagiats sont continuels, et sa description de Jérusalem est copiée mot à mot de celle de Deshayes ; enfin, il parle d’Athènes comme s’il ne l’avait jamais vue : ce qu’il en dit est un des contes les plus insignes que jamais voyageur se soit permis de débiter.
" Ses ruines, comme on le peut juger, sont la partie la plus remarquable. En effet, quoique les maisons y soient en grand nombre, et que l’air y soit admirable, il n’y a presque point d’habitants. Il y a une commodité qu’on ne trouve point ailleurs : y demeure qui veut, et les maisons s’y donnent sans que l’on en paye aucun loyer. Au reste, si cette ville célèbre est de toutes les anciennes celle qui a consacré le plus de monuments à la postérité, on peut dire que la bonté de son climat en a aussi conservé plus qu’en aucun autre endroit du monde, au moins de ceux que j’ai vus. Il semble qu’ailleurs on se soit fait un plaisir de tout renverser, et la guerre a causé presque partout des ravages qui, en ruinant les peuples, ont défiguré tout ce qu’ils avaient de beau. Athènes seule, soit par le hasard, soit par le respect que l’on devait naturellement avoir pour une ville qui avait été le siège des sciences, et à laquelle tout le monde avait obligation, Athènes, dis-je, a été seule épargnée dans la destruction universelle : on y rencontre partout des marbres d’une beauté et d’une grandeur surprenantes ; ils y ont été prodigués, et l’on y trouve à chaque pas des colonnes de granit et de jaspe. " Athènes est fort peuplée ; les maisons ne s’y donnent point ; on n’y rencontre point à chaque pas des colonnes de granit et de jaspe ; enfin, dix-sept ans avant l’année 1704, les monuments de cette ville célèbre avaient été renversés par les Vénitiens. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’on possédait déjà les dessins de M. Nointel et le voyage de Spon, lorsque Paul Lucas imprima cette relation, digne des Mille et une Nuits.
La Relation du Voyage du sieur Pellegrin dans le royaume de Morée est de 1718. L’auteur paraît avoir été un homme de petite éducation et d’une science encore moins grande ; son misérable pamphlet de cent quatre-vingt deux pages est un recueil d’anecdotes galantes, de chansons et de mauvais vers. Les Vénitiens étaient restés maîtres de la Morée depuis l’an 1685 ; ils la perdirent en 1715. Pellegrin a tracé l’histoire de cette dernière conquête des Turcs : c’est la seule chose intéressante de sa relation.
L’abbé Fourmont109 alla, par ordre de Louis XV, chercher au Levant des inscriptions et des manuscrits. Je citerai dans l’ Itinéraire quelques-unes des découvertes faites à Sparte par ce savant antiquaire. Son voyage est resté manuscrit, et l’on n’en connaît que des fragments : il serait bien à désirer qu’on le publiât, car nous n’avons rien de complet sur les monuments du Péloponèse.
Pococke110 visita Athènes en revenant de l’Égypte ; il a décrit les monuments de l’Attique avec cette exactitude qui fait connaître les arts sans les faire aimer.
Wood111, Hawkins et Bouveric faisaient alors leur beau voyage en l’honneur d’Homère.
Le premier voyage pittoresque de la Grèce est celui de Leroi112. Chandler accuse l’artiste français de manquer de vérité dans quelques dessins ; moi-même je trouve dans ses dessins des ornements superflus : les coupes et les plans de Leroi n’ont pas la scrupuleuse fidélité de ceux de Stuart ; mais, à tout prendre, son ouvrage est un monument honorable pour la France. Leroi avait vu Lacédémone, qu’il distingue fort bien de Misitra et dont il reconnut le théâtre et le dromos.
Je ne sais si les Ruins of Athens, de Robert Sayer113, ne sont point une traduction anglaise et, une nouvelle gravure des planches de Leroi ; j’avoue également mon ignorance sur le travail de Pars, dont Chandler fait souvent l’éloge.
L’an 1761, Stuart enrichit sa patrie de l’ouvrage si connu sous le titre de Antiquities of Athens : c’est un grand travail, utile surtout aux artistes, et exécuté avec cette rigueur de mesures dont on se pique aujourd’hui ; mais l’effet général des tableaux n’est pas bon : la vérité qui se trouve dans les détails manque dans l’ensemble : le crayon et le burin britanniques n’ont point assez de netteté pour rendre les lignes si pures des monuments de Périclès ; il y a toujours quelque chose de vague et de mou dans les compositions anglaises. Quand la scène est placée sous le ciel de Londres, ce style vaporeux a son agrément, mais il gâte les paysages éclatants de la Grèce.
Le Voyage de Chandler114, qui suivit de près les Antiquités de Stuart, pourrait dispenser de tous les autres. Le docteur anglais a déployé dans son travail une rare fidélité, une érudition facile et pourtant profonde, une critique saine, un jugement exquis. Je ne lui ferai qu’un reproche, c’est de parler souvent de Wheler, et de n’écrire le nom de Spon qu’avec une répugnance marquée. Spon vaut bien la peine qu’on parle de lui, quand on cite le compagnon de ses travaux. Chandler, comme savant et voyageur, aurait dû oublier qu’il était Anglais. Il a donné en 1805 un dernier ouvrage sur Athènes, que je n’ai pu me procurer.
Riedesel parcourut le Péloponèse et l’Attique dans l’année 1773 : il a rempli son petit ouvrage de beaucoup de grandes réflexions sur les mœurs, les lois, la religion des Grecs et des Turcs : le baron allemand voyageait dans la Morée trois ans après l’expédition des Russes. Une foule de monuments avaient péri à Sparte, à Argos, à Mégalopolis, par une suite de cette invasion, comme les antiquités d’Athènes ont dû leur dernière destruction à l’expédition des Vénitiens.
Le premier volume du magnifique ouvrage de M. de Choiseul parut au commencement de l’année 1778. Je citerai souvent cet ouvrage, avec les éloges qu’il mérite, dans le cours de mon Itinéraire. J’observe ici seulement que M. de Choiseul n’a point encore donné les monuments de l’Attique et du Péloponèse. L’auteur était à Athènes en 1784 : ce fut, je crois, la même année que M. de Chabert détermina la latitude et la longitude du temple de Minerve.
Les recherches de MM. Foucherot et Fauvel commencent vers l’année 1780, et se prolongent dans les années suivantes. Les Mémoires du dernier voyageur font connaître des lieux et des antiquités jusque alors ignorés. M. Fauvel a été mon hôte à Athènes, et je parlerai ailleurs de ses travaux.
Notre grand helléniste d’Ansse de Villoison parcourut la Grèce à peu près à cette époque : nous n’avons point joui du fruit de ses études.
M. Lechevalier passa quelques moments à Athènes dans l’année 1785.
Le voyage de M. Scrofani115 porte le cachet du siècle, c’est-à-dire qu’il est philosophique, politique, économique, etc. Il est nul pour l’étude de l’antiquité ; mais les observations de l’auteur sur le sol de la Morée, sur sa population, sur son commerce, sont excellentes et nouvelles.
Au temps du voyage de M. Scrofani, deux Anglais montèrent à la cime la plus élevée du Taygète.
En 1797, MM. Dixo et Nicolo Stephanopoli furent envoyés à la république de Maïna par le gouvernement français. Ces voyageurs font un grand éloge de cette république, sur laquelle on a tant discouru. J’ai le malheur de regarder les Maniottes comme un assemblage de brigands, Sclavons d’origine, qui ne sont pas plus les descendants des anciens Spartiates que les Druses ne sont les descendants du comte de Dreux : je ne puis donc partager l’enthousiasme de ceux qui voient dans ces pirates du Taygète les vertueux héritiers de la liberté lacédémonienne.
Le meilleur guide pour la Morée serait certainement M. Pouqueville116, s’il avait pu voir tous les lieux qu’il a décrits. Malheureusement il était prisonnier à Tripolizza.
Alors l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, lord Elgin, faisait faire en Grèce les travaux et les ravages que j’aurai occasion de louer et de déplorer. Peu de temps après lui, ses compatriotes Swinton et Hawkins visitèrent Athènes, Sparte et Olympie.
Les Fragments pour servir à la connaissance de la Grèce actuelle117 terminaient la liste de tous ces voyages, avant la publication des Lettres sur la Morée, par M. Castellan118.
Résumons maintenant en peu de mots l’histoire des monuments d’Athènes. Le Parthénon, le temple de la Victoire, une grande partie du temple de Jupiter Olympien, un autre monument appelé par Guillet la Lanterne de Diogène, furent vus dans toute leur beauté par Zygomalas, Cabasilas et Deshayes.
De Monceaux, le marquis de Nointel, Galland, le père Babin, Spon et Wheler, admirèrent encore le Parthénon dans son entier ; mais la Lanterne de Diogène avait disparu, et le temple de la Victoire avait sauté en l’air par l’explosion d’un magasin de poudre119 ; il n’en restait plus que le fronton.
Pococke, Leroi, Stuart, Chandler, trouvèrent le Parthénon à moitié détruit par les bombes des Vénitiens, et le fronton du temple de la Victoire abattu. Depuis ce temps les ruines ont toujours été croissant. Je dirai comment lord Elgin les a augmentées.
L’Europe savante se console avec les dessins du marquis de Nointel, les Voyages pittoresques de Leroi et de Stuart. M. Fauvel a moulé deux cariatides du Pandroséum et quelques bas-reliefs du temple de Minerve ; une métope du même temple est entre les mains de M. de Choiseul ; lord Elgin en a enlevé plusieurs autres, qui ont péri dans un naufrage à Cérigo ; MM. Swinton et Hawkins possèdent un trophée de bronze trouvé à Olympie ; la statue mutilée de Cérès Eleusine est aussi en Angleterre ; enfin, nous avons, en terre cuite, le monument choragique de Lysicrates. C’est une chose triste à remarquer, que les peuples civilisés de l’Europe ont fait plus de mal aux monuments d’Athènes, dans l’espace de cent cinquante ans, que tous les barbares ensemble dans une longue suite de siècles : il est dur de penser qu’Alaric et Mahomet II avaient respecté le Parthénon et qu’il a été renversé par Morosini et lord Elgin.
Notes
1. Av. J.-C. 87. (N.d.A.)
2. Plut. in Syll. ; Appian. (N.d.A.)
3. Caes. de Bell. civil. ; Dion. ; Appian. ; Plut. in Vit. Brut. Av. J.-C. 44. (N.d.A.)
4. Av. J.-C. 41. Plut. in Ant. ; Av. J.-C. 21. Vell.-Pat. (N.d.A.)
5. De J.-C. 10. Suet. in Aug. (N.d.A.)
6. De J.-C. 25. Tac. Ann. lib. 4. (N.d.A.)
7. De Sit. orb. lib. 9. (N.d.A.)
8. De J.-C. 18. Tacit. Annal. lib. 2. (N.d.A.)
9. De J.-C. 56. De Sit. orb. lib. 2. (N.d.A.)
10. De J.-C. 67. Xiph. in Ner. (N.d.A.)
11. De J.-C. 79. Dio. (N.d.A.)
12. De J.-C. 91. Philostr. in Vit. Apol. Ty. (N.d.A.)
13. De J.-C. 97. Eutr. Vict. Dio. (N.d.A.)
14. De J.-C. 115. Plin. jun. lib. 8. cap. 24. (N.d.A.)
15. De J.-C. 134. Dio. ; Spart. ; Euseb. (N.d.A.)
16. De J.-C. 176. Capitol. ; Dio. (N.d.A.)
17. De J.-C. 194. Herodian. Spart. ; Dio. (N.d.A.)
18. De J.-C. 214. Herodian. (N.d.A.)
19. De J.-C. 260. Trebell. ; Zon. (N.d.A.)
20. De J.-C. 261. Trebell. (N.d.A.)
21. Chandl. Trav. (N.d.A.)
22. De J.-C. 269. Zon. (N.d.A.)
23. De J.-C. 323. Liban. ; Or. ; Zon. (N.d.A.)
24. De J.-C. 337. Eunape ; Zon. in Const. (N.d.A.)
25. De J.-C. 354. Zos. lib. 3 ; Jul. Ep. Ad. Athen. ; Greg. ; Cyr. ; Bas. ; Chrys. Oper. ap. Bibl. Pat. (N.d.A.)
26. De J.-C. 377. Zos. lib. 4 ; Chandl. Inscript. ant. (N.d.A.)
27. De J.-C. 395. Zos. lib.5. (N.d.A.)
28. Syn. ep. Op. omn. a Pet. edit. (N.d.A.)
29. Chandl. Trav. (N.d.A.)
30. Zos. lib. 5. (N.d.A.)
31. De J.-C. 433. Zon. in Th. 11. (N.d.A.)
32. On n’a pas fait attention à l’ordre chronologique, et l’on place mal à propos le mariage d’Eudoxie avant la prise d’Athènes par Alaric. Zonare dit qu’Eudoxie, chassée par ses frères, Valérius et Genèse, avait été obligée de fuir à Constantinople. Valérius et Genèse vivaient paisiblement dans leur patrie, et Eudoxie les fit élever aux dignités de l’empire. Toute cette histoire du mariage et de la famille d’Eudoxie ne prouverait-elle pas qu’Athènes ne souffrit pas autant du passage d’Alaric que le dit Synésius, et que Zosime pourrait bien avoir raison, du moins pour le fait ? (N.d.A.)
33. De J.-C. 430. Procop. de Bell. Vand. lib. 1. cap. 5. (N.d.A.)
34. De J.-C. 527. Procop. cap. 18. (N.d.A.)
35. Procop. de Aedif. lib. 4. cap. 2 ; Cod. Curop. ap. Bys. Script. (N.d.A.)
36. Ce titre de despote n’était pas cependant particulier à la principauté de Sparte, et l’on trouve des despotes d’Orient, de Thessalie, qui jettent une grande confusion dans l’histoire. (N.d.A.)
37. Spon. Voy. t. II. (N.d.A.)
38. De J.-C. 590. Theoph. lib. 8. cap. 12 ap. Bys. Script. (N.d.A.)
39. De J.-C. 650. Raven. Anon. lib. 4 et 6. (N.d.A.)
40. De J.-C. 846. Const. Porph. de Adm. Imp. (N.d.A.)
41. L’opinion de Paw, qui fait descendre les Maniottes, non des Spartiates, mais des Laconiens affranchis par les Romains, n’est fondée sur aucune vraisemblance historique. (N.d.A.)
42. De J.-C. 915. Leo. Vit. Const. cap. 2. (N.d.A.)
43. De J.-C. 1081. Leo. Ann. Comn. lib. 7. (N.d.A.)
44. De J.-C. 1085. Ann. Comm. lib. 11, cap. 9. (N.d.A.)
45. De J.-C. 1085 et seq. Ann. Comn. lib. 4-5, etc. ; Glycas. (N.d.A.)
46. De J.-C. 1130. (N.d.A.)
47. Nicet. Hist. Bald. cap. 1. (N.d.A.)
48. De J.-C. 1140. Nicet. Man. Comn. lib. 2. cap. 1. (N.d.A.)
49. Coron. p. 17. (N.d.A.)
50. De J.-C. 1170. Itin. Benj. Tudel. (N.d.A.)
51. De J.-C. 1204. Nic. in Bald. Ville-Hard. cap. 136 et s. (N.d.A.)
52. Nic. in Bald. cap. 3. (N.d.A.)
53. Nic. in Bald. cap. 4. (N.d.A.)
54. Ville-Hard. cap. 173 et seq. ; Du Cang. Hist. Const. lib. 1. (N.d.A.)
55. Nic. in Bald. cap. 9. (N.d.A.)
56. Coronell. ; Giac. Died. Stor. del Rep. Ven. (N.d.A.)
57. De J.-C. 1210. Du Cang. Histor. Const. lib. 2. (N.d.A.)