Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 6)
58. De J.-C. 1214. Cantem. Hist. de l’emp. ot. liv. 1. (N.d.A.)
59. Died. Stor. del. Rep. Ven. lib. 5. (N.d.A.)
60. De J.-C. 1259. Pachym. lib. 1, 3 et 5 ; Du Cang. Hist. Const. lib. 5. (N.d.A.)
61. Joinv. Hist. de Saint Louis. Du Cang. Annot. (N.d.A.)
62. Died. Stor. dell Rep. de Ven. lib. 6. Pachym. lib. 2. (N.d.A.)
63. De J.-C. 1263. Pachym. lib. 3. (N.d.A.)
64. De J.-C. 1269. Pachym ; lib. 4. (N.d.A.)
65. De J.-C. 1275. Pachym. lib. 5. (N.d.A.)
66. De J.-C. 1293. Pachym. lib. 9. (N.d.A.)
67. De J.-C. 1300. Pachym. lib. 11. (N.d.A.)
68. De J.-C. 1305. Pachym. lib. 11. (N.d.A.)
69. De J.-C. 1312. Pachym. lib. 11. Pac. Notiz. del duc. d’At. ; Farnel. Athen. Attic. ; Spon, t. I ; Chandl. t. II. (N.d.A.)
70. Cant. Hist. de l’emp. ot. lib. 2. (N.d.A.)
71. On voit quelques traces de cette invasion dans Cantacuzène, liv. I, c. 39. (N.d.A.)
72. De J.-C. 1336. Cantac. lib.3. cap. 11. (N.d.A.)
73. De J.-C. 1342. Cantac. lib. 3. cap. 71. (N.d.A.)
74. De J.-C. 1370. Pac. Notiz. del duc. d’At. Fanell. Ath. Att. Mart. Crus. lib. 2, etc. (N.d.A.)
75. De J.-C. 1390 jusqu’à 1400. Auct. supr. cit. (N.d.A.)
76. De J.-C. 1400. Hist. des chev. de Malte. La Guillot. Lacéd. anc. et mod. (N.d.A.)
77. De J.-C. 1410. Mart. Crus. Turc.-Graec. lib. 2 ; Guill. Lac. anc. et mod. (N.d.A.)
78. De J.-C. 1420. Cantem. Hist. ott. lib. 2. (N.d.A.)
79. De J.-C. 1444. Cantem. Hist. ott. ; Mart. Crus. Turco-Graec. lib. 1. (N.d.A.)
80. On ignore le temps de la mort de Nérius. (N.d.A.)
81. Fanel. Athen. Att. ; Pacific. Not. del. duc. d’At. ; Spon ; Chandl. (N.d.A.)
82. De J.-C. 1458. (N.d.A.)
83. De J.-C. 1460. Chalcond. Hist. Turc. lib. 10. (N.d.A.)
84. Ducas. Hist. cap. 45. Sansow. Ann. Turc. ; Mart. Crus. Turco-Graec. lib. 1. (N.d.A.)
85. De J.-C. 1463. Guill. Lacéd. anc. et mod. (N.d.A.)
86. De J.-C. 1464. Chandl. Trav. (N.d.A.)
87. De J.-C. 1555. Cantem Hist. Ot. l. 3 ; Coron. Desc. de l. M. (N.d.A.)
88. De J.-C. 1688. Auct. supr. cit. ; de J.-C. 1770. Choiseul. Voy ; de la Gr. (N.d.A.)
89. De J.-C. 1465. Francesco Giambetti. (N.d.A.)
90. De J.-C. 1550. Gerbel. (N.d.A.)
91. De J.-C. 1554. Dupinet. (N.d.A.)
92. De J.-C. 1557. Laurenberg. (N.d.A.)
93. De J.-C. 1578. Ortelius. (N.d.A.)
94. De J.-C. 1584. Crusius ou Kraus. (N.d.A.)
95. Φρυασσομένουσ άνδρομέαν σάρxα : je n'entends pas cela. La version latine donne : Tanquam frementes in carnem humanam. Spon, qui traduit une partie de ce passage, s'en est tenu à la version latine, tout aussi obscure pour moi que l'original. Spon dit : Qui semblent vouloir se repaître de chair humaine. Je n'ai osé admettre ce sens, qui me paraît bizarre, à moins qu'on ne dise que Zigomalas fait ici allusion aux juments de Diomède.
Telle était cette note dans la première édition. Je m'empresse d'y ajouter les observations que je dois aux recherches de M. Boissonade :
" Les mots Φρυασσομένουσ άνδρομέαν σάρxα, cités dans la note, sont pris de l'épigramme 18e d'Apollonidas (Anal., t.II, p. 136) :
Ξείνον οπενιxα θαύμα xατείδομεν Άσίς απαοx Πώλον έπ' ανδροπέαν σάρxα φρυασσόμένον Θρηιxίης φάτεης πολιός λόγος είς έμόν όμμα ΠλυΦ' διζήμαι δεύτερον Ήραxλέα.
" Il ne peut avoir de doute sur l'intention de Zygomalas, et il a évidemment fait allusion aux chevaux de Diomède. "
96. Apparemment le mont Hymette. (N.d.A.)
97. Cabasilas. (N.d.A.)
98. Belon. (N.d.A.)
99. De J.-C. 1625. Deshayes. (N.d.A.)
100. 1625-1630. (N.d.A.)
101. Consuls français. (N.d.A.)
102. De J.-C. 1645. Missionn. (N.d.A.)
103. On peut le voir dans l’Atlas des nouvelles éditions du Voyage d’Anacharsis. (N.d.A.)
104. Guillet ou La Guilletière. (N.d.A.)
105. Spon écrit presque toujours Vernhum. Cette orthographe n’est point anglaise : c’est une faute de Spon. (N.d.A.)
106. Je me sers de la traduction de Spon, n’ayant point l’original. (N.d.A.)
107. De J.-C. 1688. (N.d.A.)
108. De J.-C. 1704. (N.d.A.)
109. De J.-C. 1728. (N.d.A.)
110. De J.-C. 1739. (N.d.A.)
111. De J.-C. 1740. (N.d.A.)
112. De J.-C. 1758. (N.d.A.)
113. De J.-C. 1759. (N.d.A.)
114. De J.-C. 1764. (N.d.A.)
115. De J.-C. 1794. (N.d.A.)
116. De J.-C. 1798. (N.d.A.)
117. De J.-C. 1803. Bartholdi. (N.d.A.)
118. De J.-C. 1808. (N.d.A.)
119. Cet accident arriva en 1656. (N.d.A.)
SECOND MÉMOIRE
J’ai dit que je me proposais d’examiner, dans ce second Mémoire, l’authenticité des traditions chrétiennes à Jérusalem. Quant à l’histoire de cette ville, comme elle ne présente aucune obscurité, elle n’a pas besoin d’explications préliminaires.
Les traditions de la Terre Sainte tirent leur certitude de trois sources : de l’histoire, de la religion, des lieux ou des localités. Considérons-les d’abord sous le rapport de l’histoire.
Jésus-Christ, accompagné de ses apôtres, accomplit à Jérusalem les mystères de la Passion. Les quatre Evangiles sont les premiers documents qui nous retracent les actions du Fils de l’Homme. Les actes de Pilate, conservés à Rome du temps de Tertullien120, attestaient le principal fait de cette histoire, savoir, le crucifiement de Jésus de Nazareth.
Le Rédempteur expire : Joseph d’Arimathie obtient le corps sacré, et le fait ensevelir dans un tombeau au pied du Calvaire. Le Messie ressuscite le troisième jour, se montre à ses apôtres et à ses disciples, leur donne ses instructions, puis retourne à la droite de son Père. Dès lors l’Église commence à Jérusalem.
On croira aisément que les premiers apôtres et les parents du Sauveur selon la chair qui composaient cette première Église du monde n’ignoraient rien de la vie et de la mort de Jésus-Christ. Il est essentiel de remarquer que le Golgotha était hors de la ville, ainsi que la montagne des Oliviers ; d’où il résultait que les apôtres pouvaient plus facilement prier aux lieux sanctifiés par le divin Maître.
La connaissance de ces lieux ne fut pas longtemps renfermée dans un petit cercle de disciples : saint Pierre, en deux prédications, convertit huit mille personnes à Jérusalem121 ; Jacques, frère du Sauveur, fut élu premier évêque de cette Église, l’an 35 de notre ère122 ; il eut pour successeur Siméon, cousin de Jésus-Christ123. On trouve ensuite une série de treize évêques de race juive, occupant un espace de cent vingt-trois ans, depuis Tibère jusqu’au règne d’Adrien. Voici le nom de ces évêques : Juste, Zachée, Tobie, Benjamin, Jean, Mathias, Philippe, Sénèque, Juste II, Lévi, Ephre, Joseph et Jude124.
Si les premiers chrétiens de Judée consacrèrent des monuments à leur culte, n’est-il pas probable qu’ils les élevèrent de préférence aux endroits qu’avaient illustrés quelques miracles ? Et comment douter qu’il y eût dès lors des sanctuaires en Palestine, lorsque les fidèles en possédaient à Rome même et dans toutes les provinces de l’empire ? Quand saint Paul et les autres apôtres donnent des conseils et des lois aux Églises d’Europe et d’Asie, à qui s’adressent-ils, si ce n’est à des congrégations de fidèles, remplissant une commune enceinte sous la direction d’un pasteur ? N’est-ce pas même ce qu’implique le mot ecclesia, qui dans le grec signifie également assemblée et lieu d’assemblée ? Saint Cyrille le prend dans ce dernier sens125.
L’élection des sept diacres126, l’an 33 de notre ère, le premier concile tenu l’an 50127, annoncent que les apôtres avaient dans la ville sainte des lieux particuliers de réunion. On peut même croire que le Saint-Sépulcre fut honoré dès la naissance du christianisme, sous le nom de Martyrion ou du Témoignage, Μαρτύριον. Du moins saint Cyrille, évêque de Jérusalem, prêchant en 347 dans l’église du Calvaire, dit : " Ce temple ne porte pas le nom d’ église, comme les autres, mais il est appelé Μαρτύριον, témoignage, comme le prophète l’avait prédit128. "
Au commencement des troubles de la Judée, sous l’empereur Vespasien129, les chrétiens de Jérusalem se retirèrent à Pella130, et aussitôt que la ville eut été renversée, ils revinrent habiter parmi ses ruines. Dans un espace de quelques mois131, ils n’avaient pu oublier la position de leurs sanctuaires, qui, se trouvant d’ailleurs hors de l’enceinte des murs, ne durent pas souffrir beaucoup du siège. Siméon, successeur de Jacques, gouvernait l’Église de Judée lorsque Jérusalem fut prise, puisque nous voyons ce même Siméon, à l’âge de cent vingt années132, recevoir la couronne du martyre pendant le règne de Trajan133. Les autres évêques que j’ai nommés, et qui nous conduisent au temps d’Adrien, s’établirent sur les débris de la cité sainte, et ils en conservèrent les traditions chrétiennes.
Que les lieux sacrés fussent généralement connus au siècle d’Adrien, c’est ce que l’on prouve par un fait sans réplique. Cet empereur, en rétablissant Jérusalem134, éleva une statue à Vénus sur le mont du Calvaire, et une statue à Jupiter sur le Saint-Sépulcre. La grotte de Bethléem fut livrée au culte d’Adonis135. La folie de l’idolâtrie publia ainsi, par ses profanations imprudentes, cette folie de la Croix qu’elle avait tant d’intérêt à cacher. La foi faisait des progrès si rapides en Palestine, avant la dernière sédition des Juifs, que Barcochebas, chef de cette sédition, avait persécuté les chrétiens pour les obliger à renoncer à leur culte136.
A peine l’Église juive de Jérusalem fut-elle dispersée par Adrien, l’an 137 de Jésus-Christ, que nous voyons commencer l’Église des Gentils dans la Ville sainte. Marc en fut le premier évêque, et Eusèbe nous donne la liste de ses successeurs, jusqu’au temps de Dioclétien. Ce furent : Cassien, Publius, Maxime, Julien, Caïus, Symmaque, Caïus II, Julien II, Capiton, Valens, Dolichien, Narcisse, le trentième après les apôtres137, Dius, Germanion, Gordius138, Alexandre139, Mazabane140, Hymenée141, Zabdas, Hermon142, dernier évêque avant la persécution de Dioclétien143.
Cependant Adrien, si zélé pour ses dieux, ne persécuta point les chrétiens, excepté ceux de Jérusalem, qu’il regarda sans doute comme des Juifs, et qui étaient en effet de nation israélite. On croit qu’il fut touché des apologies de Quadrat et d’Aristide144. Il écrivit même à Minucius Fundanus145, gouverneur d’Asie, une lettre dans laquelle il défend de punir les fidèles sans sujet146.
Il est probable que les Gentils convertis à la foi vécurent en paix dans Aelia, ou la nouvelle Jérusalem, jusqu’au règne de Dioclétien : cela devient évident par le catalogue des évêques de cette Église que j’ai donné plus haut. Lorsque Narcisse occupait la chaire épiscopale, les diacres manquèrent d’huile à la fête de Pâques147 : Narcisse fit à cette occasion un miracle148. Les chrétiens à cette époque célébraient donc publiquement leurs mystères à Jérusalem, il y avait donc des autels consacrés à leur culte.
Alexandre, autre évêque d’Aelia, sous le règne de l’empereur Sévère, fonda une bibliothèque dans son diocèse149 ; or, cela suppose paix, loisirs et prospérité : des proscrits n’ouvrent point une école publique de philosophie.
Si les fidèles n’avaient plus alors, pour célébrer leurs fêtes, la jouissance du Calvaire, du Saint-Sépulcre et de Bethléem, ils ne pouvaient toutefois perdre la mémoire de ces sanctuaires : les idoles leur en marquaient la place. Bien plus, les païens mêmes espéraient que le temple de Vénus, élevé au sommet du Calvaire, n’empêcherait pas les chrétiens de visiter cette colline sacrée ; car ils se réjouissaient dans la pensée que les Nazaréens en venant prier au Golgotha auraient l’air d’adorer la fille de Jupiter150. C’est une démonstration frappante de la connaissance entière que l’Église de Jérusalem avait des saints lieux.
Il y a des auteurs qui vont plus loin, et qui prétendent qu’avant la persécution de Dioclétien les chrétiens de la Judée étaient rentrés en possession du Saint-Sépulcre151. Il est certain que saint Cyrille152, en parlant de l’église du Saint-Sépulcre, dit positivement : " Il n’y a pas longtemps que Bethléem était un lieu champêtre, et que la montagne du Calvaire était un jardin dont on voit encore les traces153. " Qu’étaient donc devenus les édifices profanes ? Tout porte à croire que les païens, en trop petit nombre à Jérusalem pour se soutenir contre la foule croissante des fidèles, abandonnèrent peu à peu les temples d’Adrien. Si l’Église, encore persécutée, n’osa relever ses autels au Grand Tombeau, elle eut du moins la consolation de l’adorer sans obstacle et d’y voir tomber en ruine les monuments de l’idolâtrie.
Nous voici parvenus à l’époque où les saints lieux commencent à briller d’un éclat qui ne s’effacera plus. Constantin154, ayant fait monter la religion sur le trône, écrivit à Macaire, évêque de Jérusalem. Il lui ordonna de décorer le tombeau du Sauveur d’une superbe basilique155. Hélène, mère de l’empereur, se transporta en Palestine, et fit elle-même chercher le Saint-Sépulcre. Il avait été caché sous la fondation des édifices d’Adrien. Un Juif, apparemment chrétien, qui, selon Sozomène, avait gardé des Mémoires de ses pères, indiqua la place où devait se trouver le tombeau. Hélène eut la gloire de rendre à la religion le monument sacré. Elle découvrit encore trois croix, dont l’une se fit reconnaître à des miracles pour la croix du Rédempteur156. Non seulement on bâtit une magnifique église auprès du Saint-Sépulcre, mais Hélène en fit encore élever deux autres : l’une sur la crèche du Messie à Bethléem, l’autre sur la montagne des Oliviers, en mémoire de l’Ascension du Seigneur157. Des chapelles, des oratoires, des autels, marquèrent peu à peu tous les endroits consacrés par les actions du Fils de l’Homme : les traditions orales furent écrites et mises à l’abri de l’infidélité de la mémoire.
En effet Eusèbe, dans son Histoire de l’Église, dans sa Vie de Constantin, et dans son Onomasticum urbium et locorum sacrae Scripturae, nous décrit à peu près les saints lieux tels que nous les voyons aujourd’hui. Il parle du Saint-Sépulcre, du Calvaire, de Bethléem, de la montagne des Oliviers, de la grotte où Jésus-Christ révéla les mystères aux apôtres158. Après lui vient saint Cyrille, que j’ai déjà cité plusieurs fois : il nous montre les stations sacrées telles qu’elles étaient avant et après les travaux de Constantin et de sainte Hélène ; Socrate, Sozomène, Théodoret, Evagre, donnent ensuite la succession de plusieurs évêques depuis Constantin jusqu’à Justinien : Macaire159, Maxime160, Cyrille161, Herennius, Héraclius, Hilaire162, Jean163, Salluste, Martyrius, Elie, Pierre, Macaire II164, et Jean165, quatrième du nom166.
Saint Jérôme, retiré à Bethléem vers l’an 385, nous a laissé en divers endroits de ses ouvrages le tableau le plus complet des lieux saints167. " Il serait trop long, dit-il dans une de ses lettres168, de parcourir tous les âges depuis l’Ascension du Seigneur jusqu’au temps où nous vivons, pour raconter combien d’évêques, combien de martyrs, combien de docteurs sont venus à Jérusalem ; car ils auraient cru avoir moins de piété et de science s’ils n’eussent adoré Jésus-Christ dans les lieux mêmes où l’Evangile commença à briller du haut de la Croix. "
Saint Jérôme assure dans la même lettre qu’il venait à Jérusalem des pèlerins de l’Inde, de l’Ethiopie, de la Bretagne et de l’Hibernie169 ; qu’on les entendait chanter dans des langues diverses les louanges de Jésus-Christ autour de son tombeau. Il dit qu’on envoyait de toutes parts des aumônes au Calvaire ; il nomme les principaux lieux de dévotion de la Palestine, et il ajoute que dans la seule ville de Jérusalem il y avait tant de sanctuaires qu’on ne pouvait les parcourir dans un seul jour. Cette lettre est adressée à Marcelle, et censée écrite par sainte Paule et sainte Eustochie, quoique des manuscrits l’attribuent à saint Jérôme. Je demande si les fidèles, qui depuis les temps apostoliques jusqu’à la fin du IVe siècle avaient visité le tombeau du Sauveur, je demande s’ils ignoraient la place de ce tombeau.
Le même Père de l’Église, dans sa lettre à Eustochie sur la mort de Paule170, décrit ainsi les stations où la sainte dame romaine s’arrêta :
" Elle se prosterna, dit-il, devant la Croix au sommet du Calvaire ; elle embrassa au Saint-Sépulcre la pierre que l’ange avait dérangée lorsqu’il ouvrit le tombeau, et baisa surtout avec respect l’endroit touché par le corps de Jésus-Christ. Elle vit sur la montagne de Sion la colonne où le Sauveur avait été attaché et battu de verges : cette colonne soutenait alors le portique d’une église. Elle se fit conduire au lieu où les disciples étaient rassemblés lorsque le Saint-Esprit descendit sur eux. Elle se rendit ensuite à Bethléem, et s’arrêta en passant au sépulcre de Rachel. Elle adora la crèche du Messie, et il lui semblait y voir encore les mages et les pasteurs. A Bethphagé elle trouva le monument de Lazare et la maison de Marthe et de Marie. A Sychar elle admira une église bâtie sur le puits de Jacob, où Jésus-Christ parla à la Samaritaine ; enfin, elle trouva à Samarie le tombeau de saint Jean-Baptiste171. "
Cette lettre est de l’an 404 : il y a par conséquent 1406 ans qu’elle est écrite. On peut lire toutes les relations de la Terre Sainte depuis le Voyage d’Arculfe jusqu’à mon Itinéraire, et l’on verra que les pèlerins ont constamment retrouvé et décrit les lieux marqués par saint Jérôme. Certes, voilà du moins une belle et imposante antiquité.
Une preuve que les pèlerinages à Jérusalem avaient précédé le temps même de saint Jérôme, comme le dit très bien le savant docteur, se tire de l’ Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. Cet Itinéraire, selon les meilleurs critiques, fut composé en 333, pour l’usage des pèlerins des Gaules172. Mannert173 pense que c’était un tableau de route pour quelque personne chargée d’une mission de prince : il est bien plus naturel de supposer que cet Itinéraire avait un but général ; cela est d’autant plus probable que les lieux saints y sont décrits.
Il est certain que saint Grégoire de Nysse blâme déjà l’abus des pèlerinages à Jérusalem174. Lui-même avait visité les saints lieux en 379 ; il nomme en particulier le Calvaire, le Saint-Sépulcre, la montagne des Oliviers et Bethléem. Nous avons ce Voyage parmi les œuvres du saint évêque, sous le titre de Iter Hierosolymoe. Saint Jérôme cherche aussi à détourner saint Paulin du pèlerinage de Terre Sainte175.
Ce n’étaient pas seulement les prêtres, les solitaires, les évêques, les docteurs, qui se rendaient de toutes parts en Palestine à l’époque dont nous parlons ; c’étaient des dames illustres, et jusqu’à des princesses et des impératrices : j’ai déjà nommé sainte Paule et sainte Eustochie ; il faut compter encore les deux Mélanie176. Le monastère de Bethléem se remplit des plus grandes familles de Rome, qui fuyaient devant Alaric177. Cinquante ans auparavant, Eutropie, veuve de Maximien Hercule, avait fait le voyage des saints lieux et détruit les restes de l’idolâtrie qui se montraient encore à la foire du Térébinthe, près d’Hébron.
Le siècle qui suivit celui de saint Jérôme ne nous laisse point perdre de vue le Calvaire : c’était alors que Théodoret écrivait son Histoire ecclésiastique, où nous retrouvons souvent la chrétienne Sion. Nous l’apercevons mieux encore dans la Vie des Solitaires, par le même auteur. Saint Pierre, anachorète, accomplit le voyage sacré178. Théodoret179 passa lui-même en Palestine, où il contempla avec étonnement les ruines du Temple180. Les deux pèlerinages de l’impératrice Eudoxie, femme de Théodose le jeune, sont de ce siècle. Elle fit bâtir des monastères à Jérusalem, et y finit ses jours181 dans la retraite182.
Le commencement du VIe siècle nous fournit l’ Itinéraire d’Antonin de Plaisance ; il décrit toutes les stations, comme saint Jérôme. Je remarque dans ce Voyage un cimetière des Pèlerins à la porte de Jérusalem, ce qui indique assez l’affluence de ces pieux Voyageurs. L’auteur trouva la Palestine couverte d’églises et de monastères. Il dit que le Saint-Sépulcre était orné de pierreries, de joyaux, de couronnes d’or, de bracelets et de colliers183.
Le premier historien de notre monarchie, Grégoire de Tours184, nous parle aussi dans ce siècle des pèlerinages à Jérusalem. Un de ses diacres était allé en Terre Sainte, et, avec quatre autres voyageurs, ce diacre avait vu une étoile miraculeuse à Bethléem185. Il y avait alors à Jérusalem, selon le même historien, un grand monastère où l’on recevait les voyageurs186 : c’est sans doute ce même hospice que Brocard retrouva deux cents ans après.
Ce fut encore dans ce même siècle que Justinien187 éleva l’évêque de Jérusalem à la dignité patriarcale. L’empereur renvoya au Saint-Sépulcre les vases sacrés que Titus avait enlevés du Temple. Ces vases, tombés en 455 dans les mains de Genseric, furent retrouvés188 à Carthage par Bélisaire189.
Cosroès prit Jérusalem en 643 ; Héraclius rapporta190 au tombeau de Jésus-Christ la vraie Croix, que le roi des Perses avait enlevée. Vingt-un ans après191, Omar s’empara de la cité sainte, qui demeura sous le joug des Sarrasins jusqu’au temps de Godefroy de Bouillon. On verra dans l’ Itinéraire l’histoire de l’église du Saint-Sépulcre pendant ces siècles de calamités. Elle fut sauvée par la constance invincible des fidèles de la Judée : jamais ils ne l’abandonnèrent, et les pèlerins, rivalisant de zèle avec eux, ne cessèrent point d’accourir au saint rivage.
Quelques années après la conquête d’Omar, Arculfe visita la Palestine. Adamannus, abbé de Jona en Angleterre, écrivit, d’après le récit de l’évêque français, une relation de la Terre Sainte. Cette relation curieuse nous a été conservée. Séranius la publia à Ingolstadt, en 1619, sous ce titre : De Locis Terrae Sanctoe lib. III. On en trouve un extrait dans les Oeuvres du vénérable Bède : De Situ Hierusalem et Locorum Sanctorum liber. Mabillon a transporté l’ouvrage d’Adamannus dans sa grande collection, Acta SS. Ordin. S. Benedicti II. 514.