Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 7)

François-René de Chateaubriand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Itinéraire de Paris à Jérusalem · 42 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Arculfe décrit les lieux saints tels qu’ils étaient du temps de saint Jérôme et tels que nous les voyons aujourd’hui. Il parle de la basilique du Saint-Sépulcre comme d’un monument de forme ronde : il trouva des églises et des oratoires à Béthanie, sur la montagne des Oliviers, dans le jardin du même nom, et dans celui de Gethsémani, etc. Il admira la superbe église de Bethléem, etc. C’est exactement tout ce que l’on montre de nos Jours ; et pourtant ce voyage est à peu près de l’an 690, si l’on fait mourir Adamannus au mois d’octobre de l’année 704192. Au reste, du temps de saint Arculfe Jérusalem s’appelait encore Aelia.

Nous avons au VIIIe siècle deux relations du voyage à Jérusalem193 de saint Guillebaud194 : toujours description des mêmes lieux, toujours même fidélité de traditions. Ces relations sont courtes, mais les stations essentielles sont marquées. Le savant Guillaume Cave195 indique un manuscrit du vénérable Bède, in Bibliotheca Gualtari Copi, cod. 169, sous le titre de Libellus de Sanctis Locis. Bède naquit en 672, et mourut en 732. Quel que soit ce petit livre sur les lieux saints, il faut le rapporter au VIIIe siècle.

Sous le règne de Charlemagne196, au commencement du IXe siècle, le calife Haroun-al-Raschid céda à l’empereur français la propriété du Saint-Sépulcre. Charles envoyait des aumônes en Palestine, puisqu’un de ses Capitulaires reste avec cet énoncé : De Eleemosyna mittenda ad Jerusalem. Le patriarche de Jérusalem avait réclamé la protection du monarque d’Occident. Eginhard ajoute que Charlemagne protégeait les chrétiens d’outre-mer197. A cette époque les pèlerins latins possédaient un hospice au nord du Temple de Salomon, près du couvent de Sainte-Marie, et Charlemagne avait fait don à cet hospice d’une bibliothèque. Nous apprenons ces particularités de Bernard le Moine, qui se trouvait en Palestine vers l’an 870. Sa relation, fort détaillée, donne toutes les positions des lieux saints198.

Elie, troisième du nom, patriarche de Jérusalem, écrivit à Charles le Gros au commencement du Xe siècle199. Il lui demandait des secours pour le rétablissement des églises de Judée : " Nous n’entrerons point, dit-il, dans le récit de nos maux ; ils vous sont assez connus par les pèlerins qui viennent tous les jours visiter les saints lieux, et qui retournent dans leur patrie200. "

Le XIe siècle, qui finit par les Croisades, nous donne plusieurs voyageurs en Terre Sainte. Oldéric, évêque d’Orléans, fut témoin de la cérémonie du feu sacré au Saint-Sépulcre201. Il est vrai que la Chronique de Glaber doit être lue avec précaution ; mais ici il s’agit d’un fait et non d’un point de critique. Allatius, in Symmictis sive Opusculis, etc., nous a conservé l’ Itinéraire de Jérusalem du Grec Eugisippe. La plupart des lieux saints y sont décrits, et ce récit est conforme à tout ce que nous connaissons. Guillaume le Conquérant envoya dans le cours de ce siècle des aumônes considérables en Palestine. Enfin, le voyage de Pierre l’Ermite202, qui eut un si grand résultat, et les Croisades elles-mêmes prouvent à quel point le monde était occupé de cette religion lointaine, où s’opéra le mystère du salut.

Jérusalem203 demeura entre les mains des princes français l’espace de quatre-vingt-huit ans ; et durant cette période les historiens de la collection Gesta Dei per Francos ne nous laissent rien ignorer de la Terre Sainte. Benjamin de Tudèle passa en Judée vers l’an 1173.

Lorsque Saladin eut repris Jérusalem204 sur les Croisés, les Syriens rachetèrent par une somme considérable l’église du Saint-Sépulcre205 ; et malgré les dangers de l’entreprise, les pèlerins continuèrent à visiter la Palestine.

Phocas, 1208206, Willebrand d’Oldenbourg, en 1211, Jacob Vetraco ou de Vetri, en 1231207, Brocard, religieux dominicain, en 1283208, reconnurent et consignèrent dans leurs voyages tout ce qu’on avait dit avant eux sur les lieux saints.

Pour le XIVe siècle, nous avons Ludolphe209, Maudeville210 et Sanuto211 ;

Pour le XVe, Breidenbach212, Tuchor213, Langi214 ;

Pour le XVIe, Heyter215, Salignac216, Pascha217, etc.

Pour le XVIIe, Cotovic, Nau, et cent autres.

Pour le XVIIIe, Maundrell, Pococke, Shaw et Hasselquist218.

Ces voyages, qui se multiplient à l’infini, se répètent tous les uns les autres, et confirment les traditions de Jérusalem de la manière la plus invariable et la plus frappante.

Quel étonnant corps de preuves en effet ! Les apôtres ont vu Jésus-Christ ; ils connaissent les lieux honorés par les pas du Fils de l’Homme ; ils transmettent la tradition à la première Église chrétienne de Judée ; la succession des évêques s’établit, et garde soigneusement cette tradition sacrée. Eusèbe paraît, et l’histoire des saints lieux commence ; Socrate, Sozomène, Théodoret, Evagre, saint Jérôme, la continuent. Les pèlerins accourent de toutes parts. Depuis ce moment jusqu’à nos jours une suite de voyages non interrompue nous donne pendant quatorze siècles et les mêmes faits et les mêmes descriptions. Quelle tradition fut jamais appuyée d’un aussi grand nombre de témoignages ? Si l’on doute ici, il faut renoncer à croire quelque chose : encore ai-je négligé tout ce que j’aurais pu tirer des croisades. J’ajouterai à tant de preuves historiques quelques considérations sur la nature des traditions religieuses et sur le local de Jérusalem.

Il est certain que les souvenirs religieux ne se perdent pas aussi facilement que les souvenirs purement historiques : ceux-ci ne sont confiés en général qu’à la mémoire d’un petit nombre d’hommes instruits, qui peuvent oublier la vérité ou la déguiser selon leurs passions ; ceux-là sont livrés à tout un peuple, qui les transmet machinalement à ses fils. Si le principe de la religion est sévère, comme dans le christianisme ; si la moindre déviation d’un fait ou d’une idée devient une hérésie, il est probable que tout ce qui touche cette religion se conservera d’âge en âge avec une rigoureuse exactitude.

Je sais qu’à la longue une piété exagérée, un zèle mal entendu, une ignorance attachée aux temps et aux classes inférieures de la société, peuvent surcharger un culte de traditions qui ne tiennent pas contre la critique, mais le fond des choses reste toujours. Dix-huit siècles, qui tous indiquent aux mêmes lieux les mêmes faits et les mêmes monuments, ne peuvent tromper. Si quelques objets de dévotion se sont trop multipliés à Jérusalem, ce n’est pas une raison de rejeter le tout comme une imposture. N’oublions pas d’ailleurs que le christianisme fut persécuté dans son berceau, et qu’il a presque toujours continué de souffrir à Jérusalem : or, l’on sait quelle fidélité règne parmi des hommes qui gémissent ensemble : tout devient sacré alors, et la dépouille d’un martyr est conservée avec plus de respect que la couronne d’un monarque. L’enfant qui peut à peine parler connaît déjà cette dépouille ; porté la nuit, dans les bras de sa mère, à de périlleux autels, il entend des chants, il voit des pleurs qui gravent à jamais dans sa tendre mémoire des objets qu’il n’oubliera plus ; et quand il ne devrait encore montrer que la joie, l’ouverture de cœur et la légèreté de son âge, il apprend à devenir grave, discret et prudent : le malheur est une vieillesse prématurée.

Je trouve dans Eusèbe une preuve remarquable de cette vénération pour une relique sainte. Il rapporte que de son temps les chrétiens de la Judée conservaient encore la chaise de saint Jacques, frère du Sauveur et premier évêque de Jérusalem. Gibbon lui-même n’a pu s’empêcher de reconnaître l’authenticité des traditions religieuses en Palestine : " They fixed (Christians), dit-il, by unquestionable tradition the scene of each memorable event. " - " Ils fixèrent (les chrétiens) par une tradition non douteuse la scène de chaque événement mémorable219 ; " aveu d’un poids considérable dans la bouche d’un écrivain aussi instruit que l’historien anglais, et d’un homme en même temps si peu favorable à la religion.

Enfin, les traditions de lieux ne s’altèrent pas comme celle des faits, parce que la face de la terre ne change pas aussi facilement que celle de la société. C’est ce que remarque très bien d’Anville, dans son excellente Dissertation sur l’ancienne Jérusalem : " Les circonstance locales, dit-il, et dont la nature même décide, ne prennent aucune part aux changements que le temps et la fureur des hommes ont pu apporter à la ville de Jérusalem. " Aussi d’Anville retrouve-t-il avec une sagacité merveilleuse tout le plan de l’ancienne Jérusalem dans la nouvelle.

Le théâtre de la Passion, à l’étendre depuis la montagne des Oliviers jusqu’au Calvaire, n’occupe pas plus d’une lieue de terrain ; et voyez combien de choses faciles à signaler dans ce petit espace ! C’est d’abord une montagne appelée la montagne des Oliviers, qui domine la ville et le Temple à l’orient : cette montagne est là, et n’a pas changé ; c’est un torrent de Cédron : et ce torrent est encore le seul qui passe à Jérusalem ; c’est un lieu élevé à la porte de l’ancienne cité, où l’on mettait à mort les criminels : or, ce lieu élevé est aisé à retrouver entre le mont Sion et la porte Judicielle, dont il existe encore quelques vestiges. On ne peut méconnaître Sion, puisqu’elle était encore la plus haute colline de la ville. " Nous sommes, dit notre grand géographe, assurés des limites de cette ville dans la partie que Sion occupait. C’est le côté qui s’avance le plus vers le midi ; et non seulement on est fixé de manière à ne pouvoir s’étendre plus loin de ce côté-là, mais encore l’espace de l’emplacement que Jérusalem peut y prendre en largeur se trouve déterminé, d’une part par la pente ou l’escarpement de Sion qui regarde le couchant, et de l’autre par son extrémité opposée vers Cédron. "

Tout ce raisonnement est excellent, et on dirait que d’Anville l’a fait d’après l’inspection des lieux.

Le Golgotha était donc une petite croupe de la montagne de Sion, à l’orient de cette montagne et à l’occident de la porte de la ville : cette éminence, qui porte maintenant l’église de la Résurrection, se distingue parfaitement encore. On sait que Jésus-Christ fut enseveli dans un jardin au bas du Calvaire : or, ce jardin et la maison qui en dépendait ne pouvaient disparaître au pied du Golgotha, monticule dont la base n’est pas assez large pour qu’on y perde un monument.

La montagne des Oliviers et le torrent de Cédron donnent ensuite la vallée de Josaphat : celle-ci détermine la position du Temple sur le mont Moria. Le Temple fournit la porte Triomphale et la maison d’Hérode, que Josèphe place à l’orient, au bas de la ville et près du Temple. Le Prétoire de Pilate touchait presque à la tour Antonia, et on connaît les fondements de cette tour. Ainsi, le Tribunal de Pilate et le Calvaire étant trouvés, on place aisément la dernière scène de la Passion sur le chemin qui conduit de l’un à l’autre, surtout ayant encore pour témoin un fragment de la porte Judicielle. Ce chemin est cette Via dolorosa si célèbre dans toutes les relations des pèlerins.

Les actions de Jésus-Christ hors de la cité sainte ne sont pas indiquées par les lieux avec moins de certitude. Le jardin des Oliviers, de l’autre côté de la vallée de Josaphat et du torrent de Cédron, est visiblement aujourd’hui dans la position que lui donne l’Evangile.

Je pourrais ajouter beaucoup de faits, de conjectures et de réflexions à tout ce que je viens de dire ; mais il est temps de mettre un terme à cette Introduction, déjà trop longue. Quiconque examinera avec candeur les raisons déduites dans ce Mémoire conviendra que s’il y a quelque chose de prouvé sur la terre, c’est l’authenticité des traditions chrétiennes à Jérusalem.

Notes

120. Apolog. advers. Gent. (N.d.A.)

121. Act. Apost., cap. 2 et 4. (N.d.A.)

122. Eus., Hist. eccl., lib. II. cap. 2. (N.d.A.)

123. Eus., Hist. eccl., lib. III, cap. 11-33. (N.d.A.)

124. Eus., Hist. eccl., lib. III, cap. 35., et lib. IV, cap. 5. (N.d.A.)

125. Catéch., XVIII. (N.d.A.)

126. Act. Apost., cap. 6. (N.d.A.)

127. Act. Apost., cap. 15. (N.d.A.)

128. S. Cyr., Cat., XVI, Illum. (N.d.A.)

129. De J.-C. 70. (N.d.A.)

130. Eus., Hist. eccl. lib. III, cap. 5. (N.d.A.)

131. Titus parut devant Jérusalem vers le temps de la fête de Pâques de l’année 70, et la ville fut prise au mois de septembre de la même année. (N.d.A.)

132. De J.-C. 117. (N.d.A.)

133. Eus., Hist. eccles., lib. III, cap. 33. (N.d.A.)

134. De J.-C. 137. (N.d.A.)

135. Hieron., Epist. ad Paul. ; Ruff. ; Sozom., Hist. eccl., lib. II, c. 1 ; Socrat., Hist. eccles., lib. I, cap. 17 ; Sev., lib. II ; Niceph., lib. XVIII. (N.d.A.)

136. Eus., lib. IV, cap. 8. (N.d.A.)

137. Eus., lib. V, cap. 12. (N.d.A.)

138. Eus., lib. VI, cap. 10. (N.d.A.)

139. Eus., lib. VI, cap. 10 à 11. (N.d.A.)

140. Eus., lib. VI, cap. 5. (N.d.A.)

141. Eus., lib. VII, cap. 28. (N.d.A.)

142. Eus., liv. VII, cap. 31. (N.d.A.)

143. De J.-C. 162. Sous Comm. De J.-C. 211. Sous Sévère. De J.-C. 217. Sous Carac. De J.-C. 251. Sous Gallus. Sous Macrin. De J.-C. 284. (N.d.A.)

144. Tillem., Perséc. sous Adrien ; Eus., lib. IV, cap. 3. (N.d.A.)

145. De J.-C. 126. (N.d.A.)

146. Eus., lib. IV, cap. 8. (N.d.A.)

147. De J.-C. 162. Sous Comm. (N.d.A.)

148. Eus., lib. VI. cap. 9. (N.d.A.)

149. Eus., lib. VI, cap. 20. (N.d.A.)

150. Sozom., lib. II, cap. 1. (N.d.A.)

151. Epitom. Bell. Sacr., t. VI. (N.d.A.)

152. De J.-C. 326. Sous Const. (N.d.A.)

153. Cateches., XII et XIV. (N.d.A.)

154. De J.-C. 327. (N.d.A.)

155. Eus., in Const., lib. III, cap. 25-43 ; Socr., lib. I, cap. 9. (N.d.A.)

156. Socr., cap. 17 ; Sozom., lib. II. cap. 1. (N.d.A.)

157. Eus., in Const., lib. III, cap. 43. (N.d.A.)

158. Eus., in Const., lib. III, cap. 43. (N.d.A.)

159. Socr., lib. I, cap. 17. (N.d.A.)

160. Socr., lib. II, cap. 24 ; Soz., lib. II, cap. 20. (N.d.A.)

161. Socr., lib. III, cap. 20 (N.d.A.)

162. Sozom., lib. IV, cap. 30. (N.d.A.)

163. Sozom., lib. VII, cap. 14. (N.d.A.)

164. Evagr., lib. IV, cap. 37. (N.d.A.)

165. Evagr., lib. V, cap. 14. (N.d.A.)

166. De J.-C. 328. Sous Const. De J.-C. 361. Sous Julien. De J.-C. 384. Sous Valent., Théodose et Arcadius. De J.-C. 476. Sous Justin. De J.-C. 579. Sous Tib. II. De J.-C. 385. (N.d.A.)

167. Epist., XXII, etc. De situ et nom. loc. hebraic., etc. (N.d.A.)

168. Epist. ad Marcel. (N.d.A.)

169. Epist. XXII. (N.d.A.)

170. De J.-C. 404. (N.d.A.)

171. Epist. ad Eustoch. (N.d.A.)

172. Voyez Wess., Praef. in Itin., p. 5, 37, 47 ; Bergier, Chem. de l’Emp. Voyez l’ Itinéraire. (N.d.A.)

173. Geog., I. (N.d.A.)

174. Epist. ad Ambros. (N.d.A.)

175. Epist. ad Paulin. (N.d.A.)

176. Epist. XXII. (N.d.A.)

177. De J.-C. 404. (N.d.A.)

178. Hist. relig., cap. 6. (N.d.A.)

179. De J.-C. 430. (N.d.A.)

180. Serm. II. De Fine et Judicio. (N.d.A.)

181. De J.-C. 450. (N.d.A.)

182. Evagr., cap. 20 ; Zonar., in Theod., II. sub fin. C’est cette illustre Athénienne dont nous avons parlé dans le premier Mémoire de l’Introduction. (N.d.A.)

183. Itin. de Loc. Terr. Sanct. quos peramb. Ant. Plac. (N.d.A.)

184. De J.-C. 573. (N.d.A.)

185. Greg. Tur., de Martyr., lib. I, cap. 10. (N.d.A.)

186. Greg. Tur., de Martyr., lib. I, cap. 11. (N.d.A.)

187. De J.-C. 593. (N.d.A.)

188. De J.-C. 600. (N.d.A.)

189. Procop. Bell. Vandall., lib. XI. (N.d.A.)

190. De J.-C. 615. (N.d.A.)

191. De J.-C. 636. (N.d.A.)

192. Guill. Cav., Script. eccles. Hist. litter., p. 328. (N.d.A.)

193. De J.-C. 700, 765. (N.d.A.)

194. Canisii Thesaur. Monument. Eccles. et Hist. seu Lect. Antiq., A. S. Barn., t. II, p. 1 ; Mabill., II, 372. (N.d.A.)

195. Guill. Cav., Script. Eccles. Hist. litter., p. 336. (N.d.A.)

196. De J.-C. 800. (N.d.A.)

197. In Vit. Car. Mag. (N.d.A.)

198. Mabill, Act. SS. Ord. S. Ben., sect. III, part. 2. (N.d.A.)

199. De J.-C. 905. (N.d.A.)

200. Archerii Spicileg., t. II, edit. a Barr. (N.d.A.)

201. Glab. Chron., lib. IV apud Duch. Hist. Franc. (N.d.A.)

202. De J.-C. 1099. (N.d.A.)

203. De J.-C. 1100. (N.d.A.)

204. De J.-C. 1187. (N.d.A.)

205. San. Le Secret. Fid. Cruc. sup. Terr. Sanct., II. (N.d.A.)

206. Intin. Hieros. ap. Allat. Symmict. (N.d.A.)

207. Lib. de Terr. Sanct. (N.d.A.)

208. Descript. Urb. Jerus. et Loc. Terr. Sanct. exact. (N.d.A.)

209. De Terr. Sanct. et Itin. Hierosol. (N.d.A.)

210. Descript. Jerusalem. Loc. Sacr. (N.d.A.)

211. Lib. Secret., etc. Vid. supra. (N.d.A.)

212. Opus transmar. Peregrinat. ad Sepulchr. Dom. in Hieros. (N.d.A.)

213. Raise-Besch. Zum. Heil. Grab. (N.d.A.)

214. Hierosolym. Urb. Templique. (N.d.A.)

215. Lib. Hist. Partium Orient., etc. (N.d.A.)

216. Itin. Hieros. et Terr. Sanct., etc. (N.d.A.)

217. Peregrinatio cum exact. Descript. Jerus., etc. (N.d.A.)

218. Je ne cite plus, et j’ai peut-être déjà trop cité ; on verra dans l’ Itinéraire une foule d’autres voyageurs, que j’omets ici. (N.d.A.)

219. Gibb., t. IV, p. 101. (N.d.A.)

NOTES.

NOTE I. — page 188.

Voici la description que le Père Babin fait du temple de Minerve :

« Ce temple, qui paroît de fort loin, et qui est l’édifice d’Athènes le plus élevé au milieu de la citadelle, est un chef-d’œuvre des plus excellents architectes de l’antiquité. Il est long d’environ cent vingt pieds et large de cinquante. On y voit trois rangs de voûtes soutenues de fort hautes colonnes de marbre, savoir, la nef et les deux, ailes : en quoi il surpasse Sainte-Sophie, bâtie à Constantinople par l’empereur Justinien, quoique d’ailleurs ce soit un miracle du monde. Mais j’ai pris garde que ses murailles par dedans sont seulement encroûtées et couvertes de grandes pièces de marbre, qui sont tombées en quelques endroits des galeries d’en haut, où l’on voit des briques et des pierres qui étoient couvertes de marbre.

« Mais quoique ce temple d’Athènes soit si magnifique pour sa matière, il est encore plus admirable pour sa façon et pour l’artifice qu’on y remarque : Materiam superabat opus. Entre toutes les voûtes, qui sont de marbre, il y en a une qui est la plus remarquable, à cause qu’elle est tout ornée d’autant de belles figures gravées sur le marbre qu’elle en peut contenir.

« Le vestibule est long de la largeur du temple, et large d’environ quatorze pieds, au-dessous duquel il y a une longue voûte plate, qui semble être un riche plancher ou un magnifique lambris, car on y voit de longues pièces de marbre, qui semblent de longues et grosses poutres, qui soutiennent d’autres grandes pièces de même matière, ornées de diverses figures et personnages avec un artifice merveilleux.

« Le frontispice du temple, qui est fort élevé au-dessus de ce vestibule, est tel que j’ai peine à croire qu’il y en ait un si magnifique et si bien travaillé dans toute la France. Les figures et statues du château de Richelieu, qui est le chef-d’œuvre des ouvriers de ce temps, n’ont rien qui approche de ces belles et grandes figures d’hommes, de femmes et de chevaux, qui paroissent environ au nombre de trente à ce frontispice, et autant a l’autre côte du temple, derrière le lieu où ctoit le grand autel du temps des chrétiens. « Le long du temple, il y a une allée ou galerie de chaque côlé, où l’on passe entre les murailles du temple, et dix-sept fort hautes et fort grosses colonnes cannelées qui ne sont pas d’une seule pièce, mais de diverses grosses pièces de beau marbre blanc, mises les unes sur les autres. Entre ces beaux piliers, il y a le long de cette galerie une petite muraille qui laisse entre chaque colonne un lieu qui seroit assez long et assez large pour y taire un autel et une chapelle, comme on en voit aux côtés et proche des murailles des grandes églises.

« Ces colonnes servent à soutenir en haut, avec des arcs-boutants, les murailles du temple, et empêchent par dehors qu’elles ne se démantellent par la pesanteur des voûtes. Les murailles de ce temple sont embellies en haut, par dehors, d’une belle ceinture de pierres de marbre, travaillées en perfection, sur lesquelles sont représentés quantité de triomphes ; de sorte qu’on y voit en demi-relief une infinité d’hommes, de femmes, d’enfants, de chevaux et de chariots, représentés sur ces pierres, qui sont si élevées, que les yeux ont peine à en découvrir toutes les beautés, et à remarquer toute l’industrie des architectes et des sculpteurs qui les ont faites. Une de ces grandes pierres a été portée dans la mosquée, derrière la porte, où l’on voit avec admiration quantité de personnages qui y sont représentés avec un artifice non pareil.

« Toutes les beautés de ce temple, que je viens de décrire, sont des ouvrages des anciens Grecs païens. Les xVthéniens, ayant embrassé le christianisme, changèrent ce temple de 3Iincrve en une église du vrai Dieu, et y ajoutèrent un trône épiscopal et une chaire de prédicateur, qui y restent encore, des autels qui ont été renversés par les Turcs, qui n’offrent point de sacrifices dans leurs mosquées. L’endroit du grand autel est encore plus blanc que le reste de la muraille ; les degrés pour y monter sont entiers et magnifiques. »

Cette description naïve du Parthénon, à peu près tel qu’il étoit du temps de Périclès, ne vaut-elle pas bien les descriptions, plus savantes, que l'on a faites des ruines de ce beau temple ?

NOTE II. — page 243.

« Cependant les capitaines et lieutenants du roy de Perse Darius, ayant hiis une grosse puissance ensemble, l’attendoient au passage de la rivière de Granique. Si estoit nécessaire de combattre là, comme à la barrière de l’Asie, pour en gaigner l’entrée ; mais la plupart des capitaines de son conseil craignoient la profondeur de cette rivière et la hauteur de l’autre rive, qui estoit roide et droite, et si ne la pouvoit-on gaigner ny y monter sans combattre : et y en avoit qui disoient qu’il falloit prendre garde à l’observance ancienne des mois, pour ce que les roys de Macédoine n’avoient jamais accoustumé de mettre leur armée aux champs le mois de juing ; à quoy Alexandre leur respondit qu’il y remédieroit bien, commandant que l’on l’appellast le second mai. Davantage Parmenion estoit d’avis que pour le premier jour il ne falloit rien hasarder, à cause qu’il estoit desja tard ; à quoy il luy respondit que l’Hellespont rougiroit de honte si luy craignoit de passer une rivière, veu qu’il venoit de passer un bras de mer ; " et en disant cela, il entra luy-mesme dedans la rivière avec treize compagnies de gens de cheval, et marcha la teste baissée à l’encontre d’une infinité de traicts que les ennemis lui tirèrent, montant contre-mont d’autre rive, qui estoit couppée et droite, et, qui pis est, toute couverte d’armes, de chevaux et d’ennemis qui l’attendoient en bataille rangée, poulsant les siens à travers le fil de l’eau, qui estoit profonde, et qui couroit si roide, qu’elle les emmenoit presque aval, tellement que l’on estimoit qu’il y eust plus de fureur en sa conduite que de bon sens ny de conseil. Ce nonobstant il s’obstina à vouloir passer à toute force, et feit tant qu’à la fin il gaigna l’autre rive à grande peine et grande difficulté : mesmement pour ce que la terre y glissoit à cause de la fange qu’il y avoit. Passé qu’il fust, il fallut aussi tost combattre pesle mesle d’homme à homme, pour ce que les ennemis chargèrent incontinent les premiers passez, avant qu’ils eussent loisir de se ranger en bataille, et leur coururent sus avec grands cris, tenants leurs chevaux bien joints et serrez l’un contre l’autre, et combattirent à coups de javeline premièrement, et puis à coups d’espée, après que les javelines furent brisées. Si se ruèrent plusieurs ensemble tout à coup sur luy, pour ce qu’il estoit facile à remarquer et cognoistre entre tous les autres à son escu, et à la cueue qui pendoit de son armet, à l’entour de laquelle il y avoit de costé et d’autre un pennache grand et blanc à merveille. Si fut atteinct d’un coup de javelot au défault de la cuirasse, mais le coup ne percea point ; et comme Roesaces et Spithridates, deux des principaux capitaines persians, s’adressassent ensemble à luy, il se détourna de l’un, et picquant droit à Roesaces, qui estoit bien armé d’une bonne cuirasse, luy donna un si grand coup de javeline, qu’elle se rompit en sa main, et meit aussi tost la main à l’espée ; mais ainsi comme ils estoient accouplez ensemble, Spithridates s’approchant de luy en flanc, se souleva sur son cheval, et luy ramena de toute sa puissance un si grand coup de hache barbaresque, qu’il couppa la creste de l’armet, avec un des costez du pennache, et y feit une telle faulsée, que le tranchant de la hache pénétra jusques aux cheveux : et ainsi comme il en vouloit encore donner un autre, le grand Clitus le prévint, qui lui passa une parthisane de part en part à travers le corps, et à l’instant mesme tomba aussi Roesaces, mort en terre d’un coup d’espée que lui donna Alexandre. Or, pendant que la gendarmerie combattoit en tel effort, le bataillon des gens de pied macédoniens passa la rivière, et commencèrent les deux batailles à marcher l’une contre l’autre ; mais celle des Perses ne sousteint point courageusement ny longuement, ains se tourna incontinent en fuite, exceptez les Grecs qui estoyent à la soude du roy de Perse, lesquels se retirèrent ensemble dessus une motte, et demandèrent que l’on les prist à mercy ! Mais Alexandre donnant le premier dedans, plus par cholere que de sain jugement, y perdit son cheval, qui luy fut tué sous luy d’un coup d’espée à travers les flancs. Ce n’estoit pas Bucéphal, ains un autre ; mais tous ceulx qui furent en celle journée tuez ou blecez des siens le furent en cest endroit-là, pour ce qu’il s’opiniastra à combattre obstineement contre hommes agguerriz et desesperez. L’on dit qu’en ceste première bataille il mourut du costé des barbares vingt mille hommes de pied, et deux mille cinq cents de cheval : du costé d’Alexandre Aristobulus escrit qu’il y en eut de morts trente et quatre en tout, dont douze estoyent gens de pied, à tous lesquelz Alexandre voulut, pour honorer leur mémoire, que l’on dressast des images de bronze faictes de la main de Lysippus : et voulant faire part de ceste victoire aux Grecs, il envoya aux Athéniens particulièrement trois cents boucliers de ceulx qui furent gaignez en la bataille, et generalement sur toutes les autres despouilles ; et sur tout le buttin feit mettre ceste tres honorable inscription : Alexandre, fils de Philippus, et les Grecs, exceptez les Lacédémoniens, ont conquis ce buttin sur les barbares habitants en Asie. " (N.d.A.)

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