Les Martyrs (page 38)

François-René de Chateaubriand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Martyrs · 53 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

51e. — page 68.

À l’amphithéâtre de Vespasien.

Aujourd’hui le Colisée : voyez la peinture de ses ruines dans la lettre à M. de Fontanes citée plus haut (note 35e).

52e. — page 69.

Il faut que ce peuple, même au milieu de toutes ses misères, ait la main dans toutes les grandeurs.

Encore une phrase désapprouvée par le critique qui a désapprouvé les deux autres (notes 23e et 34e). Quant à celle-ci qui, par une grande fatalité, n’étoit point encore exactement citée dans le journal, je ne sais qu’en dire. J’ai vu les opinions partagées. Il me semble pourtant que les autorités prépondérantes sont en sa faveur. Dans tous les cas, si elle est douteuse, elle est la seule de cette espèce dans Les Martyrs.

53e. — page 69.

Les bêtes féroces… se mirent à rugir.

Présage qui m’a semblé propre à réveiller la crainte et la curiosité des lecteurs. Eudore s’en souviendra au xxive livre.

LIVRE NEUVIÈME.

1re Remarque — page 128.

Si Hiéroclès avoit pu voir…

Transition par laquelle on retourne de l’action au récit. Les derniers moments de prix de la famille chrétienne motivent la continuation du récit : on peut écouter ce récit, puisque le calme règne encore, mais on voit qu’à l’instant où le récit finira les maux commenceront.

2e. — page 128.

Sont assis à la porte du verger.

Le lieu de la scène est changé. Les familles sont à présent rassemblées dans l’endroit où Eudore et Cymodocée ont chanté sur la lyre.

3e. — page 128.

Constance se trouvoit alors à Lutèce.

Selon divers auteurs, le nom de Lutèce (Paris) vient du latin lutum, qui veut dire fange ou bouc, ou de deux mots celtiques qui signifient la belle pierre ou la pierre blanche. (Duplessis, Ann. de Paris, p. 2.)

4e. — page 128.

Les Belges de la Sequana.

Sequana, la Seine.

Il y avoit trois Gaules : la Gaule Celtique, la Gaule Aquitanique et la Gaule Belgique. Celle-ci s’étendoit depuis la Seine et la Marne jusqu’au Rhin et à rocéan. (Cæs., lib. i, p. 2.)

5e. — page 128.

Le premier objet qui me frappa dans les marais des Parisii, ce fut une tour octogone, consacrée à huit dieux gaulois.

Les Parisii étoient les peuples qui environnoient Lutèce, et ils composoient un des soixante ou des soixante-quatre peuples des Gaules : Optima gens flexis in gyrum Sequana frenis. Ils se battirent contre Labiénus, lieutenant de César. Le vieillard Camulogène, qui les commandoit, fut tué dans l’action, et Lutèce, que les Parisii avoient mise en cendres de leurs propres mains, subit le joug des vainqueurs. (Cæsar, de Bell. gall., lib. vii, c.x : Ess. sur Paris, page 5.) On croit que cette tour octogone, consacrée à huit dieux gaulois étoit celle du cimetière des Innocents. (Voyez Félibien et Saint-Foix.) Ce fut Philippe le Bel qui fit murer le cimetière des Saints-Innocents. (Guill. Le Breton, dans sa Philippid., apud Dubreuil, 830.)

6e. — page 128.

Du côté du midi, à deux milles pas de Lutèce…, on découvroit le temple d’Hésus.

Le temple d’Hésus, ou de Mercure, occupoit l’emplacement des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. (Traité de la Police, par La Mare, t. I, p. 2.)

7e. — page 129.

Plus près, dans une prairie… s’élevoit un second temple, dédié à Isis.

Ce temple d’Isis est aujourd’hui l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le collége des prêtres d’Isis étoit à Issy. Voyez La Mare, loc. cit., et Saint-Foix, Essais, t. I, p. 2.}

8e. — page 129.

Et vers le nord, sur une colline.

C’est Montmartre (voyez la note 15 du livre vii). Le temple de Teutatès est marqué par La Mare. (Ibid.)

9e. — page 129.

En approchant de la Sequana, j’aperçus, à travers un rideau de saules et de noyers, etc.

Tout cela est de Julien (in Misopogon). Il y a bien loin de ces saules au Louvre. Ce qu’on dit ici de la Seine est précisément l’opposé de ce qui existe aujourd’hui. On trouve dans Grégoire de Tours et dans les Chroniques divers débordements de la Seine : ainsi il ne faut pas croire Julien trop implicitement.

10e. — page 129.

Deux ponts de bois, défendus par deux châteaux, etc.

Ces ponts étoient de bois du temps de l’empereur Julien (in Misopogon), et Duplessis montre très-bien qu’ils devoient être encore de bois avant cet empereur (Ann. de Paris, p. 5). Quant aux châteaux où l’on paye le tribut à César, Saint-Foix les retrouve dans le petit et le grand Châtelet. La Mare et Félibien prétendent que ces châteaux furent bâtis par César (Traité de la Police, t. I ; Félibien, t. I, p. 2, 43). Du temps de Corrozet, on lisoit encore sur une des portes du grand Châtelet : Tributum Cæsaris (Corrozet, Antiquités de Paris, édition in-8o. p. 1550, fol. 12, verso). Abbon, dans son poëme sur Le Siége de Paris, parle du grand et du petit Châtelet.

....Horum (pontium) hinc inde tutrices

Cis urbem speculare phalas (turres), citra quoque flumen.

(lib. i Bellorum Parisiæ urbis, v. 18-19.)

On demande si ces tours étoient bâties au bout du Pont-au-Change et du Petit-Pont, où étoient le grand et le petit Châtelet, ou si elles étoient sur le pont que Charles le Chauve avoit fait construire à l’extrémité occidentale de la ville. (Voyez Annales de Paris, p. 171-172.)

11e. — page 129.

Chaque tribu se rallioit sous un symbole.

Et je ne vis dans l’intérieur du village, etc. C’est toujours Julien qui est ici l’autorité.

12e. — page 129.

Je n’y remarquai qu’un seul monument, etc.

Les Nautes étoient une compagnie de marchands établis par les Romains à Lutèce, Nautæ parisiaci. Ils présidoient au commerce de la Seine ; ils avoient élevé un temple ou un autel à Jupiter, à l’extrémité orientale de l’île. On trouva des débris de ce monument en 1710, ou le 15 mars 1711, en fouillant dans le chœur de la cathédrale. Voyez Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. III, p. 243 et 296 ; Félibien, Histoire de Paris, t. I. p. 14 ; Piganiol de La Force, Description de Paris, t. I, p. 360.)

13e. — page 130.

Mais hors de l’île, de l’autre côté… de la Sequana, on voyoit sur la colline Lucotitius un aqueduc romain, un cirque, un amphithéâtre, et le palais des Thermes, habité par Constance.

La colline Lucotitius ; mons ou collis Lucotitius. — C’est la montagne Sainte-Geneviève. On trouve ce nom employé pour la première fois dans les Actes des saints de l’ordre de Saint-Benoit, par Gislemar, écrivain du ixe siècle.

Un aqueduc romain. — C’est l’aqueduc d’Arcueil, qui selon les meilleurs critiques fut bâti avant l’arrivée de Julien dans les Gaules. L’aqueduc moderne est peut-être élevé sur l’emplacement de l’ancien. (Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. XIV, p. 268.).

Un cirque, un amphithéâtre. — On avoit cru ce cirque bâti par Chilpéric Ier, mais il est prouvé qu’il ne fut que le restaurateur d’un ancien cirque romain. Outre ce cirque, il y avoit au même lieu un amphithéâtre. Tous ces monuments occupoient la place de l’abbaye de Saint-Victor, ou l’espace qui s’étendoit depuis les murs de l’Université jusqu’à la rue Villeneuve-Saint-René. On appela longtemps ce terrain le Clos-des-Chênes. (Annales de Paris, pag. 67 et 68 ; Vales, Not. Gall. Paris, pag. 432, etc.)

Et le palais des Thermes. — L’opinion vulgaire est que le palais des Thermes, dont on voit encore les voûtes rue de la Harpe, fut bâti par Julien. C’est une erreur, Julien agrandit peut-être ce palais, mais il ne le bâtit pas. Les meilleurs critiques en font remonter la fondation au moins à Constantin le Grand, et je crois qu’il est plus naturel encore de l’attribuer à Constance son père, qui fit un bien plus long séjour dans les Gaules. (Vales, de Basilic. reg., cap. v ; Till., Hist. des Emp., tom. IV, pag. 426.

14e. — page 129.

Je remarquai avec douleur, etc.

Constance mourut d’une maladie de langueur. On lui avoit donné le surnom de Chlore, à cause de la pâleur de son visage.

15e. — page 129.

Là brilloient Donatien et Rogatien.

L’auteur continue à faire passer sous les yeux du lecteur les évêques, les saints et les martyrs de cette époque, partout où se trouve Eudore, afin de compléter le tableau de l’Église.

Donatien et Rogatien étoient de Nantes. Donatien fut l’apôtre de son frère, il le convertit à la foi. Ils eurent la tête tranchée ensemble, après avoir été longtemps tourmentés. On les retrouvera à Rome dans la prison d’Eudore. (Actes des Martyrs, tome I, page 398.)

16e. — page 129.

Gervais et Protais.

On connoît l’admirable tableau du martyre de ces deux jeunes hommes, par Lesueur. Procula fut évêque de Marseille et Just le fut de Lyon. Quant à saint Ambroise, il étoit en effet fils d’un préfet des Gaules ; mais il y a ici anachronisme, de même que pour saint Augustin, dont saint Ambroise fut le père spirituel.

17e. — page 130.

Il me fit bientôt appeler dans les jardins, etc.

Ces jardins étoient ceux du palais des Thermes, et ils le furent dans la suite du palais de Chilpéric Ier. Ils occupoient le terrain des rues de la Harpe, Pierre-Sarrasin, Hautefeuille, du Jardinet, et descendoient jusqu’à l’église de Saint-Germain-des-Prés. Saint-Germain-des-Prés, comme je l’ai dit, étoit le temple d’Isis. (Annales de Paris, p. 26.)

18e. — page 130.

Vous vous souvenez peut-être, etc.

Voici encore l’action dans le récit : elle fait même ici un pas considérable. Galérius est presque le maître ; il épouse Valérie, et il est gendre de Dioclétien. On entrevoit l’abdication de celui-ci. Constantin est persécuté. Hiéroclès est devenu proconsul d’Achaïe, et c’est dans ce commandement funeste qu’il a connu Cymodocée. Le lecteur apprend des faits importants, et il n’a plus rien à savoir de nécessaire lorsque le récit finira. Si j’insiste là-dessus, on doit me le pardonner, parce que je réponds à une critique grave, et qui (du moins je le crois) est peu fondée. Jamais, encore une fois, récit épique ne fut plus lié à l’action que le récit d’Eudore ne l’est au fond des Martyrs. Au reste, ce que Constance rapporte de la victoire de Galérius sur les Parthes, de son mariage avec Valérie, du combat de Constantin contre un lion et contre les Sarmates, de la rivalité de Constantin et de Maxence, est conforme à l’histoire.

19e. — page 130.

Les Pictes avoient attaqué la muraille d’Agricola, etc.

Agricola, beau-père de Tacite, et dont ce grand historien nous a laissé la vie.

La muraille dont il est ici question est appelée plus justement la muraille de Sévère. Ce fut lui qui la fit élever sur les anciennes fortifications bâties par Agricola. Elle s’étendoit du golfe de Glote, aujourd’hui la rivière de Clyde, au golfe de Bodotrie, maintenant la rivière de Forth. On en voit encore quelques ruines. Les Pictes étoient une nation de l’Ecosse ou de la Calédonie. On les appeloit ainsi parce qu’ils se peignoient le corps, comme font encore les sauvages de l’Amérique. Ce fut en allant combattre cette nation, qui s’étoit soulevée, que Constance mourut à York, d’une maladie de langueur, et ce fut dans cette ville que les légions proclamèrent Constantin césar.

20e. — page 130.

D’une autre part, Carrausius…

Carrausius étoit un habile officier de marine, qui servoit sous Maximien dans les Gaules. Il se révolta, s’empara de la Grande-Bretagne, et garda sur le continent le port de Boulogne. Maximien, ne pouvant le punir, fut obligé de le reconnoître en lui laissant le titre d’auguste. Constance Chlore l’attaqua, et fut plus heureux : il reprit sur lui Boulogne. Carrausius ayant été tué par Allectus (autre tyran, qui lui succéda), Constance passe en Angleterre, défait Allectus, et fait rentrer l’île sous la domination des Romains. On voit en quoi je me suis écarté de la vérité historique. (Eum., Paneg. Const.)

21e. — page 130.

Le reste des anciennes factions de Caractacus et de la reine Boudicée.

Le reste de ces anciennes factions n’étoit autre chose que l’amour de la liberté, qui força plusieurs fois les Bretons de se révolter contre leurs maîtres. Sous l’empire de Claude, Caractacus, prince breton, défendit sa patrie contre Plautius, général des Romains. Il fut pris, conduit à Rome, parla noblement à l’empereur, et dit, à la vue des palais de Rome, ce mot que j’ai mis dans la bouche de Chlodoric, liv. VII. (Voyez la note Le du même livre.)

La reine Boudicée défendit aussi courageusement les Bretons contre les Romains. Son nom n’est pas harmonieux, mais la gloire et Tacite l’ont ennobli. (Voyez Vita Agric.)

22e. — page 131.

Maître de la cavalerie.

Magister equitum ; grande charge militaire chez les Romains.

23e. — page 131.

Colonie que les Parisii des Gaules, etc.

Les Parisiens ne se doutent guère qu’ils ont fait des conquêtes en Angleterre. César nous apprend d’abord que les Belges, c’est-à-dire les Gaulois de la Gaule Belgique, s’emparèrent autrefois des côtes de la Grande-Bretagne, et qu’ils y conservèrent le nom des peuples dont ils étoient sortis (de Bello Gallic., lib. v, cap. 12). Les Parisii, qui étoient une des nations de la Gaule Belgique, s’établirent, selon Ptolémée, dans le pays des Bragantes, aujourd’hui l’Yorkshire. Ils fondèrent une colonie qui, selon le même Ptolémée, s’appeloit Petuaria (Geogr., lib. ii, pag. 51). Le savant Campden fixe cette colonie de Parisiens sur la rivière de Hull, et près de l’embouchure du Humber. Il retrouve Petuaria dans le bourg de Beverley. (Campden, Britann., pag. 576 et 577.)

24e. — page 131.

J’attaquai Carrausius sur le Thamésis… Londinum.

Les anciens sont d’une grande exactitude dans leur description du climat de l’Angleterre, et l’on peut remarquer qu’il n’a pas varié depuis le temps de César et de Tacite (Cæsar, lib. vi, cap. 12 ; Tac., in Vit. Agric.). Et quand on lit ce passage de Strabon, on croit être transporté à Londres. « Aer apud eos imbribus magis est quam nivibus obnoxius, ac sereno etiam cœlo caligo quædam multum temporis obtinet ; ita ut toto die non ultra tres aut quatuor quæ sunt circa meridiem horas conspici sol possit. » (Geogr., lib. IV, pag. 200.)

25e. — page 131.

Là s’élevoit une vieille tour.

C’est une fiction par laquelle l’auteur, suivant son sujet, fait voir le triomphe de la croix, et l’Angleterre convertie au christianisme. Cette fiction a de plus l’avantage de rappeler l’antique abbaye où se rattache toute l’histoire des Anglois.

26e. — page 131.

Il envoya à l’empereur mes lettres couronnées.

C’étoit l’usage après une victoire. Tacite raconte qu’Agricola, après ses conquêtes sur les Bretons, évita de joindre des feuilles de laurier à ses lettres, dans la crainte d’éveiller la jalousie de Domitien. (In Agric.)

27e. — page 131.

Il sollicita et obtint pour moi la statue.

Cette phrase porte avec elle son explication. Lorsque le triomphe ne fut plus en usage, ou qu’il fut réservé pour les empereurs, on accorda aux généraux vainqueurs des statues et différents honneurs militaires.

28e. — page 131.

Me créa commandant des contrées armoricaines.

Les contrées armoricaines comprenoient la Normandie, la Bretagne, la Saintonge, le Poitou. Le centre de ces contrées étoit la Bretagne, dite par excellence l’Armorique. Lorsque les dieux des Romains et les ordonnances des empereurs eurent chassé des Gaules la religion des druides, elle se retira au fond des bois de la Bretagne, où elle exerça encore longtemps son empire. On croit que le grand collége des druides y fut établi. Ce qu’il y a de certain, c’est que la Bretagne est remplie de pierres druidiques. Pomponius Mela et Strabon placent sur les côtes de la Bretagne l’île de Sayne, consacrée au culte des dieux gaulois. Nous reviendrons sur ce sujet.

29e. — page 131.

Nous nous retrouverons.

Nouveau regard sur l’action. Prédiction qui s’accomplit.

30e. — page 131.

Vous apercevez les plus beaux monuments.

Le pont du Gard, l’amphithéâtre de Nîmes, la Maison-Carrée et le Capitole de Toulouse, etc.

31e. — page 131.

Les huttes arrondies des Gaulois, leurs forteresses de solives et de pierres.

« Muris autem omnibus gallicis hæc fere forma est. Trabes directæ, perpetuæ in longitudinem, paribus intervallis, distantes inter se binos pedes, in solo collocantur. Hæ revinciuntur introrsus et multo aggere vestiuntur ; ea autem quæ diximus intervalla grandibus in fronte saxis effarciuntur, etc. » (In Bell. Gall., lib. VII). Aux pierres près, les paysans de la Normandie bâtissent encore ainsi leurs chaumières, et, comme le remarque César, cela fait un effet assez agréable à la vue.

32e. — page 131.

À la porte desquelles sont cloués des pieds de louves.

« Ils pendent au cou de leurs chevaux les têtes des soldats qu’ils ont tués à la guerre. Leurs serviteurs portent devant eux les dépouilles encore toutes couvertes du sang des ennemis… Ils attachent les trophées aux portes de leurs maisons, comme ils le font à l’égard des bêtes féroces qu’ils ont prises à la chasse. » (Diod., liv. v, trad. de Terras.) De là les pieds de loup, de renard, les oiseaux de proie, que l’on cloue encore aujourd’hui à la porte des châteaux.

33e. — page 131.

La jeunesse gauloise.

On a déjà parlé des écoles des Gaules. (Voyez la note xlviie du livre vii.)

34e. — page 132.

Un langage grossier, semblable au croassement des corbeaux.

C’est Julien qui le dit. (In Misopog.)

35e. — page 132.

Où l’eubage, etc.

On parlera plus bas de ces sacrifices.

36e. — page 132.

Le Gaulois devenu sénateur.

Si l’on en croit Suétone, César reçut dans le sénat des demi-barbares, « qui se dépouillèrent de leurs brayes pour prendre le laticlave. » (Suét., in Vita Cæsar.) Ce ne fut pourtant que sous le règne de Claude que les Gaulois furent admis légalement dans le sénat.

37e. — page 132.

J’ai vu les vignes de Falerne, etc.

L’empereur Probus fit planter des vignes aux environs d’Autun et c’est à lui que nous devons le vin de Bourgogne (Vopisc., in Vita Prob.). Mais il y avoit des vignes dans les Gaules bien avant cette époque ; car Pline dit que de son temps on aimoit le vin gaulois en Italie : in Italia gallicam placere (uvam) (lib. xiv). Il ajoute même qu’on avoit trouvé près d’Albi, dans la Gaule Narbonnoise, une vigne qui prenoit et perdoit sa fleur dans un seul jour, et qui par conséquent étoit presque à l’abri des gelées. On la cultivoit avec succès. (Ibid.) Domitien avoit fait arracher les vignes dans les provinces, et particulièrement dans les Gaules. L’olivier fut apporté à Marseille par les Phocéens. Ainsi l’olivier croissoit dans les Gaules avant qu’il fût répandu en Italie, en Espagne et en Afrique ; car selon Fenestella, cité par Pline, cet arbre étoit encore inconnu à ces pays sous le règne de Tarquin le Superbe (Plin., I. xv). Marseille fut fondée 600 ans avant Jésus-Christ, et Tarquin régnoit à Rome 590 avant Jésus-Christ.

38e. — page 132.

Ce que l’on admire partout dans les Gaules… ce sont les forêts.

Que les forêts étoient remarquables dans les Gaules, je le tire de plusieurs faits :

1o Les Gaulois avoient une grande vénération pour les arbres. On sait le culte qu’ils rendoient au chêne. Pline cite le bouleau, le frêne et l’orme gaulois pour la bonté (lib. xvi).

2o Les Gaulois apprirent des Marseillois à labourer et à cultiver la vigne et l’olivier (Justin, XLIII). Ils ne vivoient auparavant que de lait et de chasse ce qui suppose des forêts.

3o Strabon, parlant des Gaulois, met au nombre de leurs récoltes les glands, par lesquels il faut entendre, comme les Grecs et les Latins, tous les fruits des arbres glandifères. (Strabon, liv. IV.)

4o Pline, en parlant des foins, cite la faux des Gaulois comme plus grande et propre aux vastes pâturages de ce pays (lib. xviii, 27, 30). Or, tout pays abondant en pâturages est presque toujours entrecoupé de forêts.

5o Pomponius Mela dit expressément que la Gaule étoit semée de bois immenses consacrés au culte des dieux (lib. ii, cap. xi).

6o On voit souvent dans César et dans Tacite les armées traverser des bois.

7o On remarque la même chose dans l’expédition d’Annibal lorsqu’il passa d’Espagne en Italie.

8o Parmi les bois connus, je citerai celui de Vincennes, consacré dans toute l’antiquité au dieu Sylvain. (Mém. de l’Acad. des Inscrip., tome XIII, p. 329.)

9o Marseille fut fondée dans une épaisse forêt.

10o Selon saint Jérôme, les bois des Gaules étoient remplis d’une espèce de porcs sauvages très-dangereux.

11o La terminaison oel, si fréquente en langue celtique, veut dire bois. Quelques auteurs ont cru que le mot gaulois venoit du celte galt, qui signifie foret : j’ai adopté une autre étymologie de ce nom.

12o Presque tous les anciens monastères des Gaules furent pris sur des terres du désert, ab eremo, comme le prouve une foule d’actes cités par Du Cange, au mot eremus. Ces déserts étoient des bois, comme je l’ai prouvé dans le Génie du Christianisme.

13o Strabon fait mention de grandes forêts qui s’étendoient dans les pays des Morini, des Suessiones, des Caleti, depuis Dunkerque jusqu’à l’embouchure de la Seine, quoique, dit-il, les bois ne soient pas aussi grands ni les arbres aussi élevés qu’on l’a écrit (lib. IV).

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