Les Martyrs (page 39)
14o Enfin, si nous jugeons des Gaules par la France, je n’ai point vu en Amérique de plus belles forêts que celles de Compiègne et de Fontainebleau. Nemours, qui touche à cette dernière, indique encore dans son nom son origine.
39e. — page 132.
On voit çà et là, dans leur vaste enceinte, quelques camps romains abandonnés.
Il y a une multitude de ces camps, connus par toute la France sous le nom de camps de César. Le plus célèbre est en Flandre.
40e. — page 132.
Les graines que les soldats, etc.
J’ai vu aussi dans les forêts d’Amérique de grands espaces abandonnés, où des colons avoient semé des graines d’Europe. Ces colons étoient morts loin de leur patrie, et les plantes de leur pays, qui leur avoient survécu, ne servoient qu’à nourrir l’oiseau des déserts.
41e. — page 132.
Je me souviens encore aujourd’hui d’avoir, etc.
J’ai été témoin d’une scène à peu près semblable : c’étoit au milieu des ruines de la villa Adriana, près de Tibur ou Tivoli, à quatre lieues de Rome. J’ai mis ici la musette, qui est gauloise, et que Diodore semble avoir voulu indiquer comme instrument de musique guerrière. Les montagnards écossois s’en servent encore aujourd’hui dans leurs régiments.
42e. — page 132.
Porte décumane.
On l’appeloit encore porte questorienne. Les camps romains avoient quatre portes : extraordinaire ou prétorienne, droite principale, gauche principale, questorienne ou décumane.
43e. — page 133.
Lorsqu’il porta la guerre chez les Vénètes.
« Hos ego Venetos existimo Venetiarum in Adriatico sinu esse auctores » (Strab., lib. IV, p. 195). D’après cet auteur, les Vénitiens seroient une colonie des Bretons de Vannes. Les Vénètes avoient une forte marine, et César eut beaucoup de peine à les soumettre. (De Bell. Gall.)
On retrouve le nom des Curiosolites dans celui de Corsent, petit village de Bretagne, où l’on a découvert des antiquités romaines. On y voit aussi des fragments d’une voie romaine, qui n’est pas tout à fait détruite.
44e. — page 133.
Cette retraite me fut utile.
Préparation qui annonce à la fois et le retour d’Eudore à la religion et la chute qui doit l’y ramener.
45e. — page 133.
Les soldats m’avertirent, etc.
Ici commence l’épisode de Velléda, qui n’est point oiseux comme celui de Didon, puisqu’il est intimement lié à l’action, et qu’il produit la conversion d’Eudore.
46e. — page 133.
Je n’ignorois pas que les Gaulois confient aux femmes, etc.
Saint-Foix a bien réuni les autorités :
« L’administration des affaires civiles et politiques avoit été confiée pendant assez longtemps à un sénat de femmes, choisies par les différents cantons. Elles délibéroient de la paix, de la guerre, et jugeoient les différends qui survenoient entre les vergobrets, ou de ville à ville. Plutarque dit qu’un des articles du traité d’Annibal avec les Gaulois portoit : Si quelque Gaulois a sujet de se plaindre d’un Carthaginois, il se pourvoira devant le sénat de Carthage établi en Espagne : si quelque Carthaginois se trouve lésé par un Gaulois, l’affaire sera jugée par le conseil suprême des femmes gauloises. » (Saint-Foix, Essais sur Paris.)
47e. — page 133.
Braves, comme tous les Gaulois, etc.
Cela ressemble bien aux Bretons d’aujourd’hui.
48e. — page 133.
Clair, pasteur de l’église des Rhedons.
Toujours la peinture des progrès de l’Église. Clair fut le second évêque de Nantes.
49e. — page 134.
Je la voyois jeter tour à tour en sacrifice dans le lac des pièces de toile, etc.
Il y a deux autorités principales pour ce passage : celle de Posidomus, cité par Strabon, et celle de Grégoire de Tours. Le savant Peloutier s’en est servi ; on peut les voir tome II, pages 101 et 107 de son ouvrage. On a voulu plaisanter sur les sacrifices de Velléda et trouver qu’ils étoient hors de propos : cette critique est bien peu solide. Ce n’est pas un voyage particulier que fait Velléda : elle va à une assemblée publique ; sa barque est chargée des dons des peuples, qu’elle offre pour ces peuples au lac ou à la divinité du lac.
50e. — page 134.
Sa taille étoit haute, etc. ; jusqu’à l’alinéa.
Les détails du vêtement de Velléda seront éclaircis dans les notes suivantes. Elle porte une robe noire parce qu’elle va dévouer les Romains. On a vu note LXXI du livre vi les femmes des Cimbres et des Bretons vêtues de robes noires. Ammien Marcellin a fait un portrait des Gauloises qui peut, au milieu de la grossièreté des traits, justifier le caractère de force et les passions décidées que je donne à Velléda : « La femme gauloise surpasse son mari en force ; elle a les yeux encore plus sauvages quand elle est en colère, sa gorge s’enfle, elle grince les dents, elle agite ses bras aussi blancs que la neige, et porte des coups aussi vigoureux que s’ils partoient d’une machine de guerre. » Il faut supposer que ces Gauloises étoient des femmes du peuple : il n’est guère probable que cette Éponine, si célèbre, si tendre, si dévouée, ressemblât pour la grossièreté aux Gauloises d’Ammien Marcellin. Si nous en croyons les vers des soldats romains, César, qui avoit aimé les plus belles femmes de l’Italie, ne dédaigna pas les femmes des Gaules. Sabinus, longtemps après, se vantoit d’être descendu de César. Enfin, nous avons un témoignage authentique, c’est celui de Diodore : il dit en toutes lettres que les Gauloises étoient d’une grande beauté : Feminas licet elegantes habeant.
51e. — page 134.
Une de ces roches isolées.
J’ai vu quelques-unes de ces pierres auprès d’Autun, deux autres en Bretagne, dans l’évêché de Dol, et plusieurs autres en Angleterre. On peut consulter Kesler, Ant. select. sept.
52e. — page 134.
Un jour le laboureur.
Scilicet et tempus veniet cum finibus illis
Agricola, incurvo terram molitus aratro, etc.
53e. — page 135.
Au-gui-l’an-neuf !
« Les druides, accompagnés des magistrats et du peuple, qui crioit au-gui-l’an-neuf, alloient dans une forêt, etc. » (Saint-Foix, tome I.)
Ne seroit-il pas possible que ce refrain ô gué ! qui termine une foule de vieilles chansons françoises, ne fût que le cri sacré de nos aïeux ?
54e. — page 135.
Des eubages.
« Nihil habent druidæ (ita suos appellant magos) visco et arbore in qua gignatur (si modo sit robur) sacratius. Jam per se roborum eligunt lucos, nec ulla sacra sine ea fronde conficiunt, ut inde appellati quoque interpretatione græca possint druidæ videri. Enim vero quidquid adnascatur illis, e cœlo missum putant, signumque esse electæ ab ipso deo arboris. Est autem id rarum admodum inventu, et repertum magna religione petitur : et ante omnia sexta luna, quæ principia mensium annorumque his facit, et seculi post tricesimum annum, quia jam virium abunde habeat, nec sit sui dimidia. Omnia sanantem appellantes suo vocabulo, sacrificiis epulisque rite sub arbore comparatis, duos admovent candidi coloris tauros, quorum cornua tunc primum vinciantur. Sacerdos candida veste cultus arborem scandit ; falce aurea demetit : candido id excipitur sago. Tum deinde victimas immolant, precantes ut suum donum Deus prosperum faciat his quibus dederit. »
Plin., lib. XVI.
55e. — page 135.
On planta une épée nue.
J’ai suivi quelques auteurs qui pensent que les Gaulois avoient, ainsi que les Goths, l’usage de planter une épée nue au milieu de leur conseil (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. xi, p. 622). Du mot latin mallus est venu notre mot mail ; et le mail est encore aujourd’hui un lieu planté d’arbres.
56e. — page 135.
Au pied du Dolmen.
« Lieu des fées ou des sacrifices. C’est ainsi que le vulgaire appela certaines pierres élevées, couvertes d’autres pierres plates fort communes en Bretagne, où ils disent que les païens offroient autrefois des sacrifices. » (Dict. franç. celt. du P. Rostrenen.)
57e. — page 136.
Malheur aux vaincus !
C’est le mot d’un Gaulois, en mettant son épée dans la balance des Romains : Væ victis !
58e. — page 136.
Où sont ces États florissants de la Gaule.
On voit partout dans les Commentaires de César les Gaules tenant des espèces d’états généraux, César allant présider ces états, etc. Quant au conseil des femmes, voyez la note 46e de ce livre.
59e. — page 136.
Où sont ces druides, etc.
« Illi rebus divinis intersunt, sacrificia publica ac privata procurant, religiones interpretantur ad hos magnus adolescentium numerus, discipline causa, concurrit ; magnoque ii sunt apud eos honore : nam fere de omnibus controversiis, publicis privatisque, constituunt ; et si quod est admissum facinus, si cædes facta, si de hæreditate, si de finibus controversia est, iidem decernunt ; præmia pœnasque constituunt. Si quis, aut privatus, aut publicus, eorum decreto non stetit, sacrificiis interdicunt. Hec pœna apud eos est gravissima : quibus ita est interdictum, ii numero impiorum ac sceleratorum habentur ; ab iis omnes decedunt, aditum eorum sermonemque delugiunt, ne quid ex contagione incommodi accipiant, neque iis petentibus jus redditur, neque honos ullus communicatur. His autem omnibus druidibus præcest unus, qui summam inter eos habet auctoritatem. Hoc mortuo, si quis ex reliquis excellit dignitate, succedit. At, si sunt plures pares, suffragio druidum adlegitur ; nonnunquam etiam de principatu armis contendunt. Hi certo anni tempore in finibus Carnutum, quæ regio totius Galliæ media habetur, considunt, in loco consecrato. Huc omnes undique qui controversias habent conveniunt, eorumque judiciis decretisque parent. Disciplina in Britannia reperta atque inde in Galliam translata esse existimatur ; et nunc qui diligentius eam rem cognoscere volunt plerumque illo, discendi causa, proficiscuntur.
« Druides a bello abesse consueverunt, neque tributa una cum reliquis pendunt ; militiæ vacationem omniumque rerum habent immunitatem. Tantis excitati præmiis, et sua sponte multi in disciplinam conveniunt et a parentibus propinquisque mittuntur. Magnum ibi numerum versuum ediscere dicuntur… Imprimis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios ; atque hoc maxime ad virtutem excitari putant, metu mortis neglecto. Multa præterea de sideribus atque eorum motu, de mundi ac terrarum magnitudine, de rerum natura, de deorum immortalium vi ac potestate disputant, et juventuti tradunt. » (Cæs., de Bello Gall., lib. vi, c. XIII, XIV.)
Tout ce passage de César est excellent et d’une clarté admirable ; il ne reste plus que très-peu de chose à connoître sur les classes du clergé gaulois, Diodore et Strabon, confirmés par Ammien Marcellin, compléteront le tableau.
« Leurs poëtes, qu’ils appellent bardes, s’occupent à composer des poëmes propres à leur musique ; et ce sont eux-mêmes qui chantent, sur des instruments presque semblables à nos lyres, des louanges pour les uns et des invectives contre les autres. Ils ont aussi chez eux des philosophes et des théologiens appelés saronides, pour lesquels ils sont remplis de vénération… C’est une coutume établie parmi eux que personne ne sacrifie sans un philosophe ; car, persuadés que ces sortes d’hommes connoissent parfaitement la nature divine et qu’ils entrent pour ainsi dire en communication de ses secrets, ils pensent que c’est par leur ministère qu’ils doivent rendre leurs actions de grâces aux dieux et leur demander les biens qu’ils désirent… Il arrive souvent que lorsque deux armées sont près d’en venir aux mains, ces philosophes se jetant tout à coup au milieu des piques et des épées nues, les combattants apaisent aussitôt leur fureur comme par enchantement et mettent les armes bas. C’est ainsi que même parmi les peuples les plus barbares la sagesse l’emporte sur la colère et les Muses sur le dieu Mars. » (Diod. de Sicile, liv. v, trad. de Terrasson). « Apud universos autem fere tria hominum sunt genera quæ in singulari habentur honore : bardi, vates et druidæ : horum bardi hymnos canunt, poetæque sunt ; vates sacrificant, et naturam rerum contemplantur ; druidæ præter hanc philosophiam etiam de moribus disputant. » (Strab., lib. IV.)
J’ai rendu par eubages οὐάτεις, du grec de l’édition de Casaubon, et que le latin rend par vates. Je ne vois pas pourquoi l’on veut, sur l’autorité d’Ammien, qui traduit à peu près Strabon, que le mot vates soit passé dans le grec au temps de ce géographe. Strabon, qui suivoit peut-être un auteur latin, et qui ne pouvoit pas traduire ce mot vates, l’a tout simplement transcrit. Les Latins de même copient souvent des mots grecs qui n’étoient pas pour cela passés dans la langue latine. D’ailleurs, quelques éditions ordinaires de Strabon portent euhage et eubage. Rollin n’a point fait de difficulté de s’en tenir au mot eubage.
Ammien Marcellin, confirmant le témoignage de Strabon, dit que les bardes chantoient les héros sur la lyre, que les devins ou eubages cherchoient à connoître les secrets de la nature, et que les druides, qui vivoient en commun, à la manière des disciples de Pythagore, s’occupoient de choses sublimes, et enseignoient l’immortalité de l’âme. (Amm. Marcell., lib. xv.)
60e. — page 136.
Ô île de Sayne, etc.
On a trois autorités pour cette île : Strabon, liv. iv ; Denys le Voyageur, v. 570, et Pomponius Mela. Comme je n’ai suivi que le texte de ce dernier, je ne citerai que lui. « Sena in Britannico mari, Osismicis adversa litteribus, Gallici numinis oraculo insignis est : cujus antistites, perpetua virginitate sanctæ, numero novem esse traduntur : Barrigenas vocant, putantque ingeniis singularibus præditas, maria ac ventos concitare carminibus, seque in qua velint animalia vertere, sanare quæ apud alios insanabilia sunt, scire ventura et prædicare : sed non nisi deditas navigantibus, et in id tantum ut se consulerent profectis. » (Pomponius Mel., III, 6.)
Strabon diffère de ce récit en ce qu’il dit que les prêtresses passoient sur le continent pour habiter avec des hommes. J’avois, d’après quelques autorités, pris cette île de Sayne pour Jersey ; mais Strabon la place vers l’embouchure de la Loire. Il est plus sûr de suivre Bochart (Géograph. sacr., pag. 740) et d’Anville (Notice de la Gaule, pag. 595), qui retrouvent l’île de Sayne dans l’île des Saints, à l’extrémité du diocèse de Quimper, en Bretagne.
61e. — page 136.
Vous allez mourir, etc.
Les Gaulois servoient surtout dans la cavalerie romaine ; car, selon Strabon, ils étoient meilleurs cavaliers que fantassins.
62e. — page 136.
Vous tracez avec des fatigues inouïes les routes, etc.
Il suffit de jeter les yeux sur la carte de Peutinger, sur l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, et sur le livre des Chemins de l’Empire, par Bergier, pour voir combien la Gaule étoit traversée de chemins romains. Il y en avoit quatre principaux qui partoient de Lyon, et qui alloient toucher aux extrémités des Gaules.
63e. — page 136.
Là, renfermés dans un amphithéâtre, on vous forcera, etc.
La plupart des gladiateurs étoient Gaulois ; mais Velléda ne dit pas tout à fait la vérité. Par un mépris abominable de la mort, ils vendoient souvent leur vie pour quelques pièces d’argent. On sait qu’Annibal fit battre des prisonniers gaulois, en promettant un cheval à celui qui tueroit son adversaire.
64e. — page 136.
Souvenez-vous que votre nom veut dire voyageur.
Il y en a qui conjecturent avec quelque probabilité que les Gaulois se sont ainsi appelés du mot celtique wallen, qui encore aujourd’hui dans la langue allemande signifie aller, voyager, passer de lieu en lieu. » (Mézeray, av. Clov., pag. 7.)
65e. — page 137.
Les tribus des Francs qui s’étoient établies en Espagne.
Les Francs avoient en effet pénétré jusqu’en Espagne vers ce temps-là, et y demeurèrent douze ans. Ils prirent et ruinèrent l’Aragon ; ensuite ils s’en retournèrent dans leur pays, probablement sur des vaisseaux (voyez Eutrope). Les circonstances les plus indifférentes dans Les Martyrs sont toutes fondées sur quelques faits. Je suis persuadé que sous ces rapports Virgile et Homère n’ont rien inventé : c’est ce qui fait que leurs poëmes sont aujourd’hui des autorités pour l’histoire.
66e. — page 137.
Que les peuples étrangers nous accordent, etc.
C’est le mot de Bojocalus. Ce vieillard germain avoit porté cinquante ans les armes dans les légions romaines. Les Anticéariens, ses compatriotes, ayant été chassés de leur pays par les Cauces, vinrent s’établirent avec Bojocalus, qui les conduisoit sur des terres vagues abandonnées par les Romains. Les Romains ne vouloient pas les leur donner, malgré les remontrances de Bojocalus, mais ils offrirent à celui-ci des terres pour lui-même. Le vieux Germain, indigné, alla rejoindre ses compatriotes fugitifs, en s’écriant : « Terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour y mourir. »
67e. — page 137.
À la troisième fois le héraut d’armes, etc.
« Si quis enim dicenti obstrepat aut tumultuetur, lictor accedit stricto cultro. Minis adhibitis tacere eum jubet ; idque iterum ac tertio facit eo non cessante ; tandem a sago ejus tantum amputat, ut reliquum sit inutile. » (Strab., lib. IV, pag. 135.)
68e. — page 137.
La foule demande à grands cris, etc.
Les druides sacrifioient des victimes humaines. Ils choisissoient de préférence des malfaiteurs pour ces sacrifices, mais à leur défaut on prenoit des innocents. C’est Tertullien et saint Augustin qui nous apprennent de plus que ces victimes innocentes étoient des vieillards.
69e. — page 137.
Que Dis, père des ombres.
Les Gaulois reconnoissoient Dis ou Pluton pour leur père : c’étoit à cause de cela qu’ils comptoient le temps par nuits, et qu’ils sacrifioient toujours dans les ténèbres. Cette tradition est celle de César. On dit que César s’est trompé ; mais il pourroit bien se faire que l’opinion opposée ne fût qu’un système soutenu de beaucoup d’érudition.
70e. — page 138.
Elles étoient chrétiennes.
C’est toujours le sujet.
71e. — page 138.
Puisqu’ils avoient été proscrits par Tibère même et par Claude.
Les éditions précédentes portoient : « et par Néron ; » c’étoit une erreur. Dès l’an 657 de Rome, le sénat donna un décret pour abolir les sacrifices humains dans la Gaule Narbonnoise. Pline nous apprend que Tibère extermina tous les druides, et Suétone attribue les édits de proscription à Claude. (In Claudio, cap. 26.)
72e. — page 138.
Le premier magistrat des Rhédons.
Ce magistrat s’appeloit Vergobret. (César, Comment., liv. i.)
REMARQUES.
LIVRE Ier.
1re Remarque — page 15.
Muse céleste.
O Musa, tu che di caduchi allori
Non circondi la fronte in Elicona, etc.
Non circondi la fronte(Gerus. liber., canto i, strof. ii.)
2e. — page 16.
L’Éternel, qui voyoit les vertus des chrétiens s’affoiblir dans la prospérité, permit aux démons de susciter une persécution nouvelle.
Eusèbe a donné la même raison de la persécution sous Dioclétien. On peut remarquer, au reste, que cette exposition, fort courte et fort simple, contient absolument tout le sujet.
3e. — page 16.
Démodocus étoit le dernier descendant d’une de ces familles Homérides.
J’ai adopté la tradition qui convenoit le mieux à mon sujet : on sait d’ailleurs que les Homérides étoient des Rapsodes qui récitoient en public des morceaux de l’Iliade et de l’Odyssée. Le nom de Démodocus est emprunté de l’Odyssée. Démodocus étoit un poëte aveugle qui chantoit aux festins d’Alcinoüs : on croit qu’Homère s’est peint sous la figure de ce favori des Muses. Par la fiction de cette famille d’Homère, j’ai pu faire remonter les mœurs jusqu’aux siècles héroïques sans trop choquer la vraisemblance. Il est assez simple qu’un vieux prêtre d’Homère, dernier descendant de ce poëte, poëte lui-même, et l’esprit tout rempli de l’Iliade et de l’Odyssée, ait gardé, pour ainsi dire, les mœurs de sa famille. On voit dans les montagnes d’Écosse des clans ou tribus qui depuis des siècles conservent la langue, le vêtement et les usages de leurs pères. Sans le secours de cette fiction, peut-être assez heureuse en elle-même, j’aurois perdu le charme et les grands traits de la mythologie d’Homère. On m’auroit alors reproché, très-justement, d’avoir opposé les mœurs chrétiennes dans toute leur jeunesse et toute leur beauté aux mœurs païennes dans leur décadence. On voit donc ici une preuve frappante de ma bonne foi et de la conscience que je mets toujours dans mon travail. Certainement les petits dieux d’Ovide et les usages de la Grèce idolâtre au ive siècle n’auroient pu se soutenir un seul moment auprès de la grandeur du christianisme naissant et du tableau des vertus évangéliques. Il ne faut pas d’ailleurs oublier que Cymodocée, représentant les beaux-arts de la Grèce, doit sortir de cette famille Homéride, et qu’elle va devenir chrétienne pour remettre à la Muse sainte la lyre d’Homère.
4e. — page 16.
Du mont Talée, chéri de Mercure.
Montagne de Crète, où Mercure étoit honoré. Peut-être avoit-elle pris son nom de Talus, compagnon des travaux de Rhadamanthe, et dont les poëtes ont fait un géant d’airain, qui combattit les Argonautes et fut tué par les enchantements de Médée. (Voyez Platon et Apollonius.)
5e. — page 16.
Il avoit suivi son épouse à Gortynes, ville bâtie par le fils de Rhadamanthe, au bord du Léthé, non loin du platane qui couvrit les amours d’Europe et de Jupiter.
Gortynes, une des cent villes de la Crète. Rhadamanthe est devenu, par l’enchantement des poètes, un des juges des enfers. Le Léthé, petite rivière de Crète, ainsi nommée parce que ce fut sur ses bords qu’Hermione oublia Cadmus. Les Grecs, ayant remarqué le long du Léthé une espèce de platane toujours vert, publièrent que Jupiter avoit fait naître ce platane pour cacher ses amours avec Europe. (Voyez les mythologues, les géographes et les voyageurs, entre autres Tournefort.)
6e. — page 16.
Les antres des Dactyles.
Les Dactyles idéens étoient selon les uns des prêtres de Cybèle, et selon les autres, une espèce d’hommes religieux, premiers habitants de la Crète. Ils demeuroient dans les cavernes du mont Ida. (Voyez Sophocle, Strabon, Diodore de Sicile, etc.)
7e. — page 17.
Épicharis alla visiter ses troupeaux sur le mont Ida. Saisie tout à coup des douleurs maternelles, elle mit au jour Cymodocée.
Σιμοείσιον, ὅν ποτε μήτηρ
Ἴδηθεν κατιοῦσα παρ’ ὄχθῃσιν Σιμόεντος
Γείνατ’, ἐπεί ῥα τοκεῦσιν ἅμ’ ἕσπετο μῆλα ἰδέσθαι.
(Iliad., liv. iv, v. 474.)
8e. — page 17.
Dans le bois sacré où les trois vieillards de Platon s’étoient assis pour discourir sur les lois.
Allusion à la belle scène qui commence le dialogue sur les lois. « Clinias : En avançant, nous trouverons dans les bois consacrés à Jupiter des cyprès d’une hauteur et d’une beauté admirables, et des prairies où nous pourrons nous asseoir et nous délasser. » (Lois de Platon, liv. Ier, trad. de M. Grou.)
9e. — page 17.
De regarder avec un sourire mêlé de larmes cet astre charmant, etc.
Sourire mêlé de larmes. Andromaque regarde ainsi Astyanax :
Δακρυόεν γελάσασα.
(Iliad., liv. vi, v. 484.)
C’est encore Homère qui compare Astyanax à un bel astre :
ἀλίγκιον ἀστέρι καλῷ.
(Iliad., liv. vi, v. 401.)
10e. — page 17.
Or, dans ce temps-là, les habitants de la Messénie faisoient élever un temple à Homère.
Presque toutes les villes qui se disputoient la gloire d’avoir donné naissance à Homère lui élevèrent des temples. Ptolémée Philopator lui en bâtit un magnifique ; Chio célébroit des jeux en l’honneur du plus grand des poëtes, Argos invoquoit Apollon et Homère, etc.