Les Martyrs (page 43)

François-René de Chateaubriand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Martyrs · 53 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Institution françoise, mœurs et coutumes de nos aïeux, dont on aimera peut-être à trouver ici l’origine.

Dulces reminiscitur Argos.

53e. — page 95.

Le fruit merveilleux… de l’épouse de Clodion et d’un monstre marin.

« Clodion demeurant pendant l’été sur le rivage de la mer, sa femme voulut se baigner. Un monstre sortit de l’eau sous la forme d’un Minotaure, et conçut de l’amour pour la reine… Elle devint grosse, et elle accoucha d’un fils. Ce fils, nommé Mérovée, donna son nom à la première race de nos rois. » (Epit. Hist. franc., cap. ix, in D. Bouq.)

54e. — page 95.

À la quenouille d’une reine des barbares.

Quant on ouvrit à Saint-Denis le tombeau de Jeanne de Bourbon, épouse de Charles V, on y trouva un reste de couronne, un anneau d’or, des débris de bracelets ou chaînons, un fuseau ou quenouille de bois doré à demi pourri, des souliers de forme très-pointue, en partie consumés, brodés en or et en argent.

55e. — page 95.

Comme les Gaulois suspendent des reliques aux rameaux du plus beau rejeton d’un bois sacré.

Les anciens non-seulement suspendoient des offrandes aux arbres, mais ils y attachoient des colliers, comme fit Xerxès, qui mit un collier d’or à un beau platane. Florus raconte qu’Arioviste le Gaulois promit à Mars un collier fait de la dépouille des Romains. Peloutier observe très-ingénieusement que Mars étoit le même que le Jupiter gaulois, dont le simulacre étoit un grand chêne, selon Maxime de Tyr. (Peloutier, livre IV, chap. II, page 213, et livre iii, chap. IV, page 22.)

56e. — page 95.

D’Hercule le Gaulois.

Les premières éditions portent Mars : j’ai mis Hercule, comme plus caractéristique du culte des Gaulois. (Voy. Lucien, in Hercul. gallic.)

57e. — page 95.

Jeune brave, tu mérites d’emporter, etc.

Teutatès étoit un dieu des Gaulois. Les blessures étoient une marque de gloire. Quant à la dernière partie de la phrase, il paroîtroit par les Edda, par un passage de Procope sur les Goths, par le témoignage de Solin, que les barbares du Nord se tuoient ou se faisoient tuer lorsqu’ils étoient arrivés à la vieillesse ; mais on n’a pas là-dessus d’assez bonnes autorités. Il est certain que César, Tacite, Strabon, Diodore, gardent le silence à ce sujet : ainsi je suis plutôt une tradition qu’un fait historique.

58e. — page 96.

Je ne crains qu’une chose, etc.

C’est la réponse des députes gaulois à Alexandre. (Arrien, lib. i, cap. i.)

59e. — page 96.

La terre que je te céderai.

C’est la réponse de Marius aux Cimbres. (Plut., in Vit. Mar.)

60e. — page 96.

… qui, par ses deux fers recourbés…

« Ils se servent principalement de haches, qui coupent des deux côtés, et de javelots qui, n’étant ni fort grands ni aussi trop petits, mais médiocres, sont propres et à jeter de loin dans le besoin, et à combattre de près. Ils sont tous garnis de lames de fer, de sorte qu’on n’en voit pas le bois. Au-dessous de la pointe, il y a des crochets fort aigus et recourbés en bas en forme d’hameçon. Quand le François est dans une bataille, il jette ce javelot… Si le javelot ne perce que le bouclier, il y demeure attaché, et traîne à terre par le bout d’en bas. Il est impossible à celui qui en est frappé de l’arracher, à cause des crochets qui le retiennent ; il ne peut non plus le couper, à cause des lames qui le couvrent. Quand le François voit cela, il met le pied sur le bout du javelot, et pèse de toute sa force sur le bouclier, tellement que le bras de celui qui le soutient venant à se lasser, il découvre la tête et l’estomac ainsi, il est aisé au François de le tuer, en lui fendant la tête avec sa hache, ou le perçant d’un autre javelot. » (Agath., lib. ii, cap. II ; traduction du président Cousin.)

61e. — page 96.

… étoit dernier descendant de ce Vercingétorix, etc.

Vercingétorix étoit d’Auvergne et fils de Celtillus. Il fit révolter toutes les Gaules contre César, et le força d’abandonner le siége de Clermont. Après avoir défendu longtemps Alise, il se remit enfin entre les bras du vainqueur. César ne nous dit pas s’il fut généreux envers le héros gaulois.

62e. — page 96.

L’élèvent sur un bouclier.

« Sitôt qu’ils (les rois ou ducs des François) étoient élus, ils les élevoient sur un pavois ou large bouclier, et les portoient sur leurs épaules, les faisant doucement sauter pour les montrer au peuple. » (Mézeray, av. Clovis, p. 55.)

63e. — page 96.

Une croix entourée de ces mots…

Cet anachronisme, qui n’est que de quelques années, est là pour rappeler la fameuse inscription du Labarum.

64e. — page 97.

Ils ont conté qu’ils voyoient… une colonne de feu… et un cavalier vêtu de blanc.

On retrouve ce miracle dans les Machabées, dans les Actes des Martyrs, dans les historiens de cette époque, et jusque dans ceux des Croisades. L’original de ce miracle est dans les Machabées.

65e. — page 97.

Là un soldat chrétien meurt isolé, etc.

Ceci est fondé sur un fait connu de l’auteur.

66e. — page 98.

Conservoient dans la mort un air si farouche, etc.

C’est Sidoine Apollinaire qui le dit dans le Panégyrique de Majorien.

67e. — page 98.

… s’étoient attachés ensemble par une chaîne de fer.

Circonstance empruntée de la bataille des Cimbres contre Marius. Plutarque raconte que tous les soldats de la première ligne de ces barbares étoient attachés ensemble par une corde, afin qu’ils ne pussent rompre leurs rangs.

68e. — page 98.

Les barbares jetoient des cris.

« Tous ceux qui étoient échappés de la défaite des Ambrons s’étant mêlés avec eux, ils jetoient toute la nuit des cris affreux, qui ne ressemblent point à des clameurs et à des gémissements d’hommes, mais qui étoient comme des hurlements et des mugissements de bêtes féroces, mêlés de menaces et de lamentations, et qui, poussés en même temps par cette quantité innombrable de barbares, faisoient retentir les montagnes des environs et de tout le canai du fleuve. Toute la plaine mugissoit de ce bruit épouvantable ; le cœur des Romains étoit saisi de crainte, et Marius lui-même frappé d’étonnement. (Plutarque, in Vit. Mar.)

69e. — page 99.

Les Francs pendant la nuit avoient coupé les têtes des cadavres romains.

On voit un exemple remarquable de cette coutume des barbares dans la description du camp de Varus, par Tacite. Salvien (de Gubernatione Dei), Idace (dans sa Chronique in Biblioth. Patr., vol. vi, page 1233), Isidore de Séville, Victor (de Persecutione africana), etc., font tous des descriptions horribles de la cruauté des peuples qui renversèrent l’empire romain. Ils allèrent jusqu’à égorger des prisonniers autour d’une ville assiégée, afin de répandre la peste dans la ville par la corruption des cadavres. (Victor, loc. cit.)

70e. — page 99.

Un énorme bûcher, composé de selles de chevaux.

Ceci rappelle vaguement la résolution d’Attila après la perte de la bataille de Châlons. (Jornandès, de Reb. Goth.)

71e. — page 99.

Les femmes des barbares, vêtues de robes noires.

« Stabat pro littore diversa acies, densa armis virisque, intercursantibus feminis, in modum furiarum, quæ veste ferali, crinibus dejectis, faces præferebant. Druidæque circum, preces diras sublatis ad cœlum manibus fundentes, novitate aspectus, perculere milites. » (Tacit., Ann., xiv, 30.) Les femmes venant contre eux avec des épées et des haches, grinçant les dents de rage et de douleur, et jetant des cris horribles, frappent également sur ceux qui fuient et sur ceux qui poursuivent ; sur les premiers comme traîtres, et sur les autres, comme ennemis : se jettent dans la mêlée, saisissent avec les mains nues les épées des Romains, leur arrachent leurs boucliers, reçoivent des blessures, se voient mettre en pièces sans se rebuter, et témoignent jusqu’à la mort un courage véritablement invincible. (Plutarque, in Vit. Mar.) Là on vit les choses du monde les plus tragiques et les plus épouvantables. Les femmes, vêtues de robes noires, étoient sur les chariots, et tuant les fuyards : les unes leurs maris, les autres leurs frères, celles-là leurs pères, celles-ci leurs fils ; et prenant leurs petits enfants, elles les étouffoient de leurs propres mains, et les jetoient sous les roues des chariots et sous les pieds des chevaux, et se tuoient ensuite elles-mêmes ; on dit qu’il y en eut une qui se pendit au bout de son timon après avoir attaché par le cou à ses deux talons deux de ses enfants, l’un deçà, l’autre delà. Les hommes, faute d’arbres pour se pendre, se mettoient au cou un nœud coulant qu’ils attachoient aux cornes ou aux jambes des bœufs, et piquant ces bêtes pour les faire marcher, ils périssoient misérablement ou étranglés ou foulés aux pieds. (Plutarque, in Vit. Mar.)

72e. — page 100.

Mérovée s’étoit fait une nacelle d’un large bouclier d’osier.

Les boucliers des barbares servoient quelquefois à cet usage ; on en voit un exemple remarquable dans Grégoire de Tours. Attale, Gaulois d’une naissance illustre, se trouvant esclave chez un barbare, dans le pays de Trèves, se sauva de chez son maître en traversant la Moselle sur un bouclier. (Greg. Turon., lib. iii.)

73e. — page 101.

Dans une espèce de souterrain où les barbares ont coutume de cacher leur blé.

« Solent et subterraneos specus aperire, eosque multo insuper fimo onerant, suffugium hiemi et receptaculum frugibus. » (Tacit., de Mor. Germ., XVI.)

Le lecteur peut se rendre compte maintenant du plaisir que peut lui avoir fait ce combat des Francs et des Romains. Ceux qui parcourent en quelques heures un ouvrage en apparence de pure imagination, ne se doutent pas du temps et de la peine qu’il a coûté à l’auteur, quand il est fait comme il doit l’être, c’est-à-dire en conscience. Virgile employa un grand nombre d’années à rassembler les matériaux de l’Énéide, et il trouvoit encore qu’il n’avoit pas assez lu. (Voyez Macrobe.) Aujourd’hui on écrit lorsqu’on sait à peine sa langue et qu’on ignore presque tout. Je me serois bien gardé de montrer le fond de mon travail, si je n’y avois été forcé par la dérision de la critique. Dans ce combat des Francs, où l’on n’a vu qu’une description brillante, on saura maintenant qu’il n’y a pas un seul mot qu’on ne puisse retenir comme un fait historique.

LIVRE SEPTIÈME.

1re Remarque — page 102.

Le roi d’Ithaque fut réduit à sentir un mouvement de joie en se couchant sur un lit de feuilles séchées.

Τὴν μὲν ἰδὼν γήθησε πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς,

Ἐν δ' ἄρα μέσσῃ λέκτο, χύσιν δ' ἐπεχεύατο

(Odyss., liv. v, v. 486.)

2e. — page 102.

Il étoit accompagné d’une femme vêtue d’une robe, etc.

« Nec alius feminis quam viris habitus, nisi quod feminæ sæpius lineis amictibus velantur, eosque purpura variant, partemque vestitus superioris in manicas non extendunt, nudæ brachia ac lacertos : sed et proxima pars pectoris patet. » (Tacit., de Mor. Germ., XVII.)

3e. — page 103.

Je ne sais quelle habitude étrangère, etc.

Est-il nécessaire d’avertir que cette habitude étrangère avoit été produite par la religion chrétienne ?

4e. — page 103.

Remerciez Clothilde.

Encore un nom historique emprunté, ou un anachronisme d’accord avec les anachronismes précédents.

5e. — page 103.

Dans une hutte qu’entouroit… un cercle de jeunes arbres.

« Colunt discreti ac diversi, ut fons, ut campus, ut nemus placuit… Suam quisque domum spatio circumdat. » (Tacit., de Mor. Germ., XVI. Voyez aussi Hérodien, liv. VII.) Dans quelques cantons de la Normandie, les paysans bâtissent encore leurs maisons isolées au milieu d’un champ qu’environne une haie vive plantée d’arbres.

6e. — page 103.

Une boisson grossière faite de froment.

C’est la bière : Strabon, Ammien Marcellin, Dion Cassius, Jornandès, Athénée, sont unanimes sur ce point. Au rapport de Pline, la bière étoit appelée cervisia par les Gaulois. Les femmes se frottoient le visage avec la levure de cette boisson. (Pline, liv. XXII.)

7e. — page 103.

L’odeur des graisses mêlées de cendres de frêne, dont ils frottent leurs cheveux.

C’étoit pour leur donner une couleur rousse. On peut voir là-dessus Diodore de Sicile, liv. v ; Ammien Marcellin, liv. xvii ; Saint Jérôme, Vit. Hilar., etc.

8e. — page 103.

Le peu d’air de la hutte, etc.

« Je suis, dit Sidoine, au milieu des peuples chevelus, forcé d’entendre le langage barbare des Germains, et obligé d’applaudir aux chants d’un Bourguignon ivre, qui se frotte les cheveux avec du beurre… Dix fois le matin, je suis obligé de sentir l’ail et l’oignon, et cette odeur empestée ne fait que croître avec le jour. » (Sid. Apoll., Cam. 12, ad Cat.) Voilà nos pères.

9e. — page 104.

Une corne de bœuf pour puiser de l’eau.

C’est la corne de l’uroch : on y reviendra.

10e. — page 105.

Voilà, me dit l’esclave… Le camp de Varus.

L’emplacement de ce camp porte encore le nom de bois de Teuteberg. Voici l’admirable morceau de Tacite, dont mon texte est la traduction abrégée : « Prima Vari castra lato ambitu et dimensis principiis, trium legionum tanus ostentabant ; dein semiruto vallo, humili fossa, accisæ jam reliquiæ consedisse intelligebantur. Medio campi albentia ossa, ut fugerant, ut restiterant, disjecta vel aggerata. Adjacebant fragmina teloram, equorumque artus, simul truncis arborum antefixa ora ; lucis propinquis barbaræ aræ, apud quas tribunos ac primorum ordinum centuriones mactaverant : et cladis ejus superstites pugnam aut vincula elapsi referebant hic cecidisse legatos, illic raptas aquilas ; primum ubi vulnus Varo adactum, ubi infelici dextra et suo ictu mortem invenerit ; quo tribunali concionatus Arminius ; quot patibula captivis, quæ scrobes, utque signis et aquilis per superbiam illuserit. » (Ann., i, 61.)

11e. — page 105.

On n’osa même plus porter leurs images aux funérailles.

« Et Junia saxegesimo quarto post Philippensem aciem anno supremuin diem explevit, Catone avunculo genita, C. Cassii uxor, M. Bruti soror… Viginti clarissimarum familiarum imagines antelatæ sunt, Manlii, Quinctii, aliaque ejusdem nobilitatis nomina : sed præfulgebant Cassius atque Brutus, eo ipso quod effigies eorum non visebantur. » (Tacit., Ann., iii, 76.)

12e. — page 105.

La légion thébaine.

Tout ce qui suit dans le texte est tiré d’une lettre de saint Euchère, évêque de Lyon, à l’évêque Salvius. On trouve aussi cette lettre dans les Actes des Martyrs.

13e. — page 106.

Les corps de mes compagnons sembloient jeter une vive lumière.

L’autorité pour ce miracle se trouve dans le martyre de saint Taraque. (Act. Mart.)

Le Tasse a aussi imité ce passage dans l’épisode de Suénon.

14e. — page 106.

Vers Denis, premier évêque de Lutèce.

Je place, avec Fleury, Tillemont et Crevier, le martyre de saint Denis, premier évêque de Paris, sous Maximien, l’an 286 de notre ère.

15e. — page 106.

Cette colline s’appeloit le mont de Mars.

On voit que j’ai choisi entre les deux sentiments qui font de Montmartre ou le mont de Mars ou le mont des Martyrs.

16e. — page 107.

Depuis ce temps je suis demeuré esclave ici.

Notre religion, féconde en miracles, offre plusieurs exemples de chrétiens qui se sont faits esclaves pour délivrer d’autres chrétiens, surtout quand ils craignoient que ceux-ci perdissent la foi dans le malheur. Il suffira de rappeler à la mémoire du lecteur saint Vincent de Paul, et saint Pierre Pascal, evêque de Jaën en Espagne. (Voyez Génie du Christianisme, tom. II, édit. de 1830.)

17e. — page 107.

De les exposer aux flots sur un bouclier.

« On lit, dit Mézeray, en deux ou trois poëtes, dans le scoliaste Eustathius, et même dans les écrits de l’empereur Julien, que ceux qui habitoient proche du Rhin les exposoient (les enfants) sur les ondes de ce fleuve, et ne tenoient pour légitimes que ceux qui n’alloient point au fond. Quelques auteurs modernes se sont récriés contre cette coutume, et ont maintenu que c’étoit une fable inventée par les poëtes ; mais ils ne se fussent pas tant mis en peine de la réfuter, s’ils eussent pris garde qu’une épigramme grecque dit que le père mettoit ses enfants sur un bouclier. » (Av. Clov., pag. 34.)

18e. — page 107.

Ma plus belle conquête est la jeune femme, etc.

Le christianisme, à cause de son esprit de douceur et d’humanité, s’est surtout répandu dans le monde par les femmes. Clothilde, femme de Clovis, amena ce chef des François à la connoissance du vrai Dieu. (Voyez Greg. Tur.)

19e. — page 108.

Vous êtes né dans ce doux climat, voisin, etc.

La Grèce étoit voisine de la Judée, comparativement au pays des Francs.

20e. — page 109.

Ségovia, prophétesse des Germains.

Le nom de cette prophétesse germaine se trouve dans Tacite.

21e. — page 109.

D’un Romain esclave, etc.

On voit ici un grand exemple de la difficulté de contenter tous les esprits. Un critique plein de goût, que j’ai souvent cité dans ces notes, trouve cet épisode de Zacharie peu intéressant. La reine des Francs, à genoux sous un vieux chêne, ne lui présente qu’une copie affoiblie de la scène de Prisca et de Valérie. D’autres personnes, également faites pour bien juger, aiment beaucoup au contraire l’opposition du christianisme naissant au milieu des forêts, chez des barbares, et du christianisme au berceau, dans les catacombes chez un peuple civilisé.

22e. — page 109.

Déclare que la vertu n’est qu’un fantôme.

« Brutus s’arrêta dans un endroit creux, s’assit sur une grande roche, n’ayant avec lui qu’un petit nombre de ses amis et de ses principaux officiers ; et là, regardant d’abord le ciel, qui étoit fort étoilé, il prononça deux vers grecs. Volumnius en a rapporté un qui dit : Grand Jupiter, que l’auteur de tous ces maux ne se dérobe point à votre vue ! Il dit que l’autre lui étoit échappé. Le sens de cet autre vers étoit : Ô vertu ! tu n’es qu’un vain nom ! »

23e. — page 110.

Un nouvel Hérodote.

« Hérodote se rendit aux jeux olympiques. Voulant s’immortaliser, et faire sentir en même temps à ses concitoyens quel étoit l’homme qu’ils avoient forcé de s’expatrier, il lut dans cette assemblée, la plus illustre de la nation, la plus éclairée qui fut jamais, le commencement de son Histoire, ou peut-être les morceaux de cette même Histoire les plus propres à flatter l’orgueil d’un peuple qui avoit tant de sujet de se croire supérieur aux autres. » (Larcher, Vie d’Hérodote.)

24e. — page 110.

Un peuple qui prétend descendre des Troyens.

Dans le second chapitre de l’Épitome de l’Histoire des Francs, on lit tout une fable racontée, dit l’auteur, par un certain poëte appelé Virgile. Priam, selon ce poëte inconnu, fut le premier roi des Francs ; Friga fut le successeur de Priam. Après la chute de Troie, les Francs se séparèrent en deux bandes ; l’une, commandée par le roi Francio, s’avança en Europe, et s’établit sur les bords du Rhin, etc. (Epit. Hist. Franc., cap. ii, in D. Bouq. Coll.)

Les Gestes des rois des Francs racontent une fable à peu près semblable (cap. i et ii). C’est sur ces vieilles chroniques qu’Annius de Viterbe a composé la généalogie des rois des Gaules et des rois des Francs. Dans ces deux livres supposés, il donne vingt-deux rois aux Gaulois avant la guerre de Troie : Dis ou Samothès ; Sarron, fondateur des écoles druidiques ; Boardus, inventeur de la poésie et de la musique ; Celtès, Galatès, Belgicus, Lugdne, Allobrox, Pâris, Remus. Sous ce dernier roi arriva la prise de Troie et Francus, fils d’Hector, s’échappa de la ruine de sa patrie, se réfugia dans les Gaules, et épousa la fille de Remus.

25e. — page 110.

Que ce peuple, formé de diverses tribus des Germains…

Véritable origine des François. J’ai expliqué le mot Franc d’après le génie de notre langue, et non d’après l’étymologie que veut lui donner Libanius, et qui signifieroit habile à se fortifier. (In Basilico.)

26e. — page 110.

Le pouvoir… se réunit.

Ceci n’est exprimé formellement par aucun auteur, mais se déduit de toute la suite de l’histoire. On voit dans Tacite (de Mor. Germ.) que l’on élisoit des chefs dans les assemblées générales, et l’on trouve dans le même auteur (Ann. et Hist.) des Germains conduits par un seul chef. On remarque la même chose dans les Commentaires de César. Enfin, sous Pharamond, Clodion, Mérovée et Clovis, les Francs paroissoient marcher sous les ordres d’un seul roi.

27e. — page 110.

La tribu des Saliens.

Il y a des auteurs qui ne veulent faire des Saliens que des grands ou des seigneurs attachés au service des salles de nos rois. Il est vrai que le mot sala remonte très-haut dans la basse latinité. Dans un édit de Lothaire, roi des Lombards, on lit : Si quis bovolam de sala occiderit, componat (sol. 20).

« Qui en la sale Baudouin Lagernie,

« Avoit de Foise envoyé une espie. »

(Du Cange, Gloss., voce Sala.)

Mais il est plus naturel de considérer les Saliens comme une tribu des Francs, puisqu’on les trouve comme tels dans l’histoire. Les Francs appelés les Saliens, dit Ammien Marcellin, s’etoient cantonnés près de Toxandrie. Sidoine leur donne aussi ce nom. Au rapport de Libanius, Julien prit les Saliens au service de l’empire, et leur donna des terres. Au reste, on trouve des Saliens gaulois sur le territoire desquels les Phocéens fondèrent Marseille. Il y avoit chez les Romains des prêtres de Mars et des prêtres d’Hercule appelés Saliens ; comme si tout ce qui s’appeloit Salien devoit annoncer les armes et la victoire.

28e. — page 110.

Elle doit cette renommée…

Je place ici l’origine de la fameuse loi salique. L’histoire la fait remonter jusqu’à Pharamond. Les meilleurs critiques font venir comme moi la loi salique de la tribu des Saliens. La loi salique, telle que nous l’avons, ne parle point de la succession à la couronne ; elle embrasse toutes sortes de sujets. Du Cange distingue deux lois saliques : l’une, plus ancienne, et du temps que les François étoient encore idolâtres ; l’autre, plus nouvelle, et que l’on suppose rédigée par Clovis après sa conversion. (Voyez Pittion, Jérôme Bignon, Du Cange et Daniel.)

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