Les Martyrs (page 44)
29e. — page 110.
Les Francs s’assemblent.
Les premières éditions portoient : « Les Francs s’assemblent deux fois l’année, aux mois de mars et de mai. » J’avois voulu indiquer par là le changement survenu dans l’époque de l’assemblée générale des Francs ; mais cela étoit inexact et ne disoit pas ce que je voulois dire : j’ai corrigé, comme on le voit ici. Le premier exemple d’une assemblée générale des Francs remonte à Clovis : ce roi y tua de sa main un soldat qui l’avoit insulté l’année précédente. (Grégoire de Tours.)
Tacite dit que les Germains tenoient leurs assemblées à des jours fixes, au commencement de la nouvelle et de la pleine lune (de Mor. Germ.). Nos états généraux, que l’on croit être nés des assemblées du champ de Mars, me paroissent plutôt avoir une origine gauloise. (Voyez les Commentaires de César.)
30e. — page 110.
Ils viennent au rendez-vous tout armés.
C’est ce que disent tous les auteurs.
31e. — page 110.
Le roi s’assied sous un chêne.
« Maintes fois ay veu que le bon sainct, après qu’il avoit ouy messe en esté, il se alloit esbattre au bois de Vicennes, et se seoit au pié d’un chesne, et nous faisoit seoir tous emprès de lui : et tous ceulx qui avoient affaire à lui venoient à lui parler, sans ce qu’aucun huissier ne autre leur donnast empeschement. Et demandoit haultement de sa bouche s’il y avoit nul qui eust partie. Et quand il y en avoit aucuns, il leur disoit : Amis, taisez-vous, et on vous delivrera l’un après l’autre… Aussi plusieurs fois ay veu que audit temps d’esté, le bon roy venoit au jardin de Paris, une cotte de camelot vestuë, ung surcot de tiretaine sans manches et un mantel par-dessus de sandal noir : et faisoit estendre des tappiz pour nous seoir emprès de lui, et là faisoit despescher son peuple diligemment, comme vous ay devant dit du bois de Vicennes. » (Joinville, Hist. du Roy saint Loys.) L’usage de faire des présents au chef des peuples germaniques remonte jusqu’au temps de Tacite. « Mos est civitatibus ultro ac viritim conferre principibus vel armentorum, vel frugum, quod pro honore acceptum, etiam necessitatibus subvenit. Gaudent præcipue finitimarum gentium donis, quæ non modo a singulis, sed publice mittuntur. » (Tacit., de Mor. Germ., xv.)
32e. — page 110.
Les propriétés sont annuelles.
« Arva per annos mutant. (Tacit., de Mor. Germ., XXVI.) Neque quisquam agri modum certum aut fines proprios habet : sed magistratus ac principes in annos singulos, gentibus cognationibusque hominum qui una coierunt, quantum et quo loco visum est, agri attribuunt, atque anno post alio transire cogunt. » (Cæsar, de Bell. Gall., lib. vi.)
33e. — page 110.
Le lait, le fromage, etc.
(Voyez Cæsar, de Bell. Gall., lib. iv ; Pline, lib. ii ; Strabon, lib. VII. Tacite dit Lac concretum.)
34e. — page 110.
Un bouclier… un cheval bridé.
« Munera non ad delicias muliebres quæsita, nec quibus nova nupta comatur, sed boves et frenatum equum, et scutum cum framea gladioque. » (Tacit., de Mor. Germ., xviii.)
35e. — page 110.
Il saute… au milieu… des épées nues.
« Nudi juvenes, quibus id ludicrum est, inter gladios se atque in festas frameas saltu jaciunt. » (Tacit., de Mor. Germ., xxiv.)
36e. — page 110.
Une pyramide de gazon.
« Funerum nulla ambitio… sepulcrum cespes erigit. » (Tacit., de Mor. Germ., xxvii.)
37e. — page 111.
Chasser l’uroch et les ours.
César, Tacite et tous les auteurs parlent de la passion des barbares pour la chasse. Quant à l’uroch ou bœuf sauvage, en voici la description : « Tertium est genus eorum qui Uri appellantur. Ii sunt magnitudine paulo infra elephantos ; specie et colore et figura tauri. Magna vis est eorum et magna velocitas ; neque homini neque feræ quam conspexerint parcunt. Hos studiose foveis captos interficiunt… Amplitudo cornuum et figura et species multum a nostrorum boum cornibus differt. Hæc studiose conquisita ab labris argento circumcludunt atque in amplissimis epulis pro poculis utuntur. » (Cæsar, de Bell. Gall., lib. vi.)
38e. — page 111.
Nous eûmes le bonheur de ne rencontrer aucune de ces grandes migrations, etc. ; jusqu’à l’alinéa.
Tout ce passage est nouveau. Je l’avois supprimé dans les épreuves de la première édition. Les personnes qui le connoissoient l’ont réclamé ; j’ai cru devoir le rétablir.
39e. — page 112.
Mon livre, vous irez à Rome.
Parve, nec invideo, sine me, liber, ibis in Urbem.
Ovide mourut dans son exil à Tomes : on a prétendu avoir retrouvé son tombeau en 1508, près de Stain, en Autriche, avec ces vers :
Hic situs est vates quem divi Cæsaris ira
Augusti patria cedere jussit humo.
Sæpe miser voluit patriis occumbere terris,
Sed frustra ! hunc illi fata dedere locum.
Ces vers sont modernes. Le poëte avoit fait lui-même l’épitaphe que l’on connoît :
Hic ego qui jaceo tenerorum lusor amorum,
Ingenio perii Naso poeta meo, etc.
Je ne sais si le vers que j’ai choisi pour l’épitaphe d’un poëte mort exilé dans un désert n’est pas plus touchant.
40e. — page 112.
Qui s’accusoit d’être le barbare.
Barbarus hic ego sum, quia non intelligor illis.
41e. — page 112.
Ces tribus avoient disparu.
Elles s’étoient embarquées. « Une petite tribu de Francs, sous Probus, dit Eumène, se signala par son audace. Embarquée sur le Pont-Euxin, elle attaqua la Grèce et l’Asie, prit Syracuse, désola les côtes de l’Afrique, et rentra victorieuse dans l’Océan. » (Eumène, Panég. Const.)
42e. — page 112.
La Providence avoit ordonné que je retrouverois la liberté au tombeau d’Ovide.
Ainsi ce livre est motivé, et il y a une raison péremptoire pour la description des mœurs et de la chasse des Francs. Cet incident, fort naturel d’ailleurs, et employé par plus d’un poëte, va faire changer la scène.
43e. — page 112.
La hutte royale étoit déserte.
« Quemcumque mortalium arcere tecto nefas habetur. Pro fortuna quisque apparatis epulis excipit. Cum defecere, qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii et comes ; proximam domum non invitati adeunt : nec interest ; pari humanitate accipiuntur. Notum ignotumque, quantum ad jus hospitii, nemo discernit. » (Tacit., de Mor. Germ., XXI.)
44e. — page 113.
Une île… consacrée à la déesse Hertha.
Voyez Tacite, Mœurs des Germains, ch. xl.) Mon texte est la traduction abrégée de tout le morceau.
45e. — page 113.
Ils étoient rangés en demi-cercle, etc. ; jusqu’à l’alinéa.
« Ils ne prennent point leurs repas assis sur des chaises, mais ils se couchent par terre sur des couvertures de peaux de loup et de chien, et ils sont servis par leurs enfants de l’un et de l’autre sexe qui sont encore dans la première jeunesse. À côté d’eux sont de grands feux garnis de chaudières et de broches, où ils font cuire de gros quartiers de viande. On a coutume d’en offrir les meilleurs morceaux à ceux qui se sont distingués par leur bravoure… Souvent leurs propos de table font naître des sujets de querelles, et le mépris qu’ils ont pour la vie est cause qu’ils ne font point une affaire de s’appeler en duel. » (Diod., liv. v, traduction de Terrasson.) Toutes ces coutumes attribuées aux Gaulois par Diodore se retrouvoient chez les Germains.
Quant à la circonstance de la table séparée que chaque convive avoit devant soi, elle est prise dans Tacite, de Mor. Germ. Voici un passage curieux d’Athénée : « Celtæ, inquit (Posidonius), fœno substrato, cibos proponunt super ligneis mensis a terra parum extantibus. Panis, et is paucus, cibus est : caro multa elixa in aqua, vel super prunis aut in verutis assa. Mensæ quidem hæc pura et munda inferuntur, verum leonum modo ambabus manibus artus integros tollunt, morsuque dilaniant ; et si quid ægrius divellatur, exiguo id cultello præcidunt, qui vagina tectus et loco peculiari conditus in propinquo est… Convivæ plures ad cœnam si conveniant, in orbem consisident. In medio præstantissima sedes est, veluti cortus principis ejus nimirum qui cæteros vel bellica dexteritate, vel nobilitate generis anteit, vel divitiis. Assidet huic convivator : ac utrinque deinceps pro dignitate splendoris cua excellunt. Adstant a tergo cœnantibus, qui pendentes clypeos pro armis gestent, hastati vero ex adverso in orbem sedent ac utrique cibum cum dominis capiunt. Qui sunt a poculis, potum ferunt in vasis ollæ similibus, aut fictilibus, aut argenteis. » (Athen., lib. IV, c. XIII.) Il y auroit bien quelque chose à dire sur cette version du texte grec ; mais, après tout, elle est assez fidèle ; elle ne manque pas d’une certaine élégance, et elle a été revue par Casaubon, très-habile homme, quoi qu’on en dise. Le texte par lui-même n’ayant aucune beauté, j’ai préféré citer cette version de Dalechamp, accessible à plus de lecteurs.
46e. — page 113.
Il y avoit… un Gaulois appelé Camulogène.
Souvenir historique. (Voyez les Commentaires de César.) Tout le monde sait que Lutèce est Paris.
47e. — page 113.
Les quarante mille disciples des écoles d’Augustodunum.
Les écoles d’Autun étoient très-florissantes. Eumène les avoit rétablies. Lors de la révolte de Sacrovir, il y avoit quarante mille jeunes gens de la noblesse des Gaules rassemblés à Autun. (Tacit., Ann., iii, 43.) On sait que Marseille du temps de Cicéron et d’Agricola étoit appelée l’Athènes des Gaules. Sur Bordeaux, on peut consulter Ausone, qui nomme les professeurs célèbres de cette ville.
48e. — page 113.
La révolte des Bagaudes.
Il y a plusieurs opinions sur les Bagaudes. J’ai adopté celle qui fait de ces Gaulois des paysans révoltés contre les Romains.
49e. — page 113.
Les prêtres du banquet… ayant fait faire silence.
« Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi jus est, imperatur. » (Tacit., de Mor. Germ., xi.)
50e. — page 114.
Ces avides possesseurs de tant de palais, qui sont assez à plaindre, etc.
C’est le mot du Breton Caractacus, prisonnier à Rome. (Voyez Zonare.)
51e. — page 114.
Il sent en lui quelque chose qui le porte à brûler le Capitole.
C’est un roi des barbares ; je ne sais plus si c’est Alaric, Genseric ou un autre, qui a dit un mot à peu près semblable.
52e. — page 114.
L’assemblée applaudit à ce discours, en agitant les lances.
« Si displicuit sententia, fremitu aspernantur : sin placuit, frameas concutiunt. » (Tacit., de Mor. Germ., XI.)
53e. — page 114.
Ignorez-vous que l’épée de fer d’un Gaulois…
Allusion à l’histoire de ce Gaulois qui mit son épée dans la balance où l’on pesoit l’or qui devoit racheter les Romains après la prise de leur ville par Brennus.
54e. — page 114.
Les Gaulois seuls ne furent point étonnés à la vue d’Alexandre.
Voyez la note LVIII du livre VI. Pour le reste de ce paragraphe, jusqu’à l’alinéa, on peut avoir recours à l’Histoire romaine de Rollin, tome VII, page 330, où l’auteur a tracé toutes les conquêtes des Gaulois. On peut remarquer que j’ai sauvé l’invraisemblance du discours de Camulogène, en faisant étudier ce Gaulois aux écoles d’Autun, de Marseille et de Bordeaux.
55e. — page 115.
Nous défendons à nos enfants d’apprendre à lire.
Selon Procope, les Goths ne vouloient point qu’on instruisît leurs enfants dans les lettres ; car, disoient-ils, celui qui est accoutumé à trembler sous la verge d’un maître ne regardera jamais une épée sans frayeur. (De Bello Goth., lib. i.)
56e. — page 115.
Je ne me donnerai pas la peine de recueillir l’œuf du serpent à la lune nouvelle.
« Angues innumeri æstate convoluti, salivis faucium corporumque spumis artifici complexu glomerantur, anguinum appellatur. Druidæ sibilis id dicunt in sublime jactari, sagoque oportere intercipi, ne tellurem attingat. Profugere raptorem equo : serpentes enim insequi, donec arceantur amnis alicujus interventu. Experimentum ejus esse, si contra aquas fluitet vel auro vinctum. Atque ut est magnorum solertia occultandis fraudibus sagax, certa luna capiendum censent… Ad victorias litium ac regum aditus, mire laudatur. » (Plin., lib. XXIX, cap. III, XII.)
57e. — page 115.
Tu mens, repartit le Gaulois.
C’est le démenti des barbares qui mène encore aujourd’hui deux hommes à se couper la gorge. La vérité des mœurs dans tout ce livre, et surtout dans la scène qui le termine, m’a toujours paru faire plaisir aux juges instruits et faits pour être écoutés.
58e. — page 115.
Le lendemain, jour où la lune avoit acquis toute sa splendeur, on décida dans le calme ce qu’on avoit discuté dans l’ivresse.
« Cœunt, nisi quid fortuitum et subitum inciderit, certis diebus, cum aut inchoatur luna aut impletur. (Tacit., de Mor. Germ., XI.) De reconciliandis invicem inimicis, et ejungendis affinitatibus, et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello, plerumque in conviviis consultant… Gens non astuta nec callida, aperit adhuc secreta pectoris licentia joci. Ergo detecta et nuda omnium mens postera die retractatur : et salva utriusque temporis, ratio est. Deliberant, dum fingere nesciunt ; constituunt, dum errare non possunt. » (Tacit., de Mor. Germ., XXII.)
LIVRE HUITIÈME.
Ce livre, qui coupe le récit qui sert à délasser le lecteur et à faire marcher l’action, offre en cela même, comme on l’a déjà dit, une innovation dans l’art qui n’a été remarquée de personne. S’il étoit difficile de représenter un ciel chrétien, parce que tous les poëtes ont échoué dans cette peinture, il étoit difficile de décrire un enfer, parce que tous les poëtes ont réussi dans ce sujet. Il a donc fallu essayer de trouver quelque chose de nouveau après Homère, Virgile, Fénelon, le Dante, le Tasse et Milton. Je méritois l’indulgence de la critique, je l’ai en effet obtenue pour ce livre.
1re Remarque — page 117.
Il admiroit la peinture de l’état de l’Église, etc. ; jusqu’au 3e alinéa.
Festinat ad eventum. L’objet du récit est rappelé, l’action marche ; les nouvelles arrivées de Rome, le commencement de l’amour d’Eudore pour Cymodocée et de Cymodocée pour Eudore, promettent déjà des événements dans l’avenir. Ce sont là de très-petites choses, mais des choses qui tiennent à l’art et qui intéressent la critique. Si cela ne fait pas voir le génie, du moins cela montre le bon sens d’un auteur, et prouve que son ouvrage est le fruit d’un travail médité.
2e. — page 118.
Combien le fils de Lasthénès est grand par le cœur et par les armes, etc.
Quam forti pectore et armis !
Heu quibus ille
Jactatus fatis ! quæ bella exhausta canebat !
(Æneid., liv. IV, v. 11.)
3e. — page 118.
Quelle est cette religion dont parle Eudore ?
Premier mouvement de Cymodocée vers la religion.
4e. — page 118.
Comme un voisin généreux, sans se donner le temps de prendre sa ceinture.
Εἰ γάρ τοι καὶ χρῆμ’ ἐγχώριον ἄλλο γένοιτο,
Γείτονες ἄζωστοι ἔκιον, ζώσαντο δὲ πηοί.
(Hesiod., Opera et Dies, v. 342)
5e. — page 118.
Allons dans les temples immoler des brebis à Cérès, etc.
Principio delubra adeunt, pacemque per aras
Exquirunt : mactant lectas de more bidentes
Legiferæ Cereri, Phoeboque, patrique Lyæo,
Junoni ante omnes, cui vincla jugalia curæ,
Ipsa, tenens dextra pateram, pulcherrima Dido,
Candentis vaccæ media inter cornua fundit,
Aut ante ora deum pingues spatiatur ad aras.
(Æneid., IV, 56.)
Ai-je un peu trouvé le moyen de rajeunir ces tableaux et de détourner à mon profit ces richesses ?
6e. — page 118.
Cymodocée remplit son sein de larmes.
Sinum lacrymis implevit obortis.
7e. — page 118.
Ainsi le ciel rapprochoit deux cœurs… Satan alloit profiter de l’amour du peuple prédestiné… tout marchoit à l’accomplissement des décrets de l’Éternel. Le prince des ténèbres achevoit dans ce moment même, etc.
Transition qui amène la scène de l’enfer.
8e. — page 119.
Tombe et berceau de la mort.
This wild abyss
The womb of nature, and perhaps her grave.
(Parad. lost., ii, 910.)
9e. — page 119.
Quand l’univers aura été enlevé ainsi qu’une tente.
« Terra… auferetur quasi tabernaculum unius noctis. » (Isa., XXIV, 20.)
10e. — page 119.
Entraîné par le poids de ses crimes, il descend.
Satan, dans Milton, retourne aux enfers sur un pont bâti par le péché et la mort. Je ne sais si j’ai fait mieux ou plus mal que le poëte anglois.
11e. — page 119.
L’enfer étonne encore son monarque.
Je n’ai pris cela à personne ; mais le mouvement de remords et de pitié qui suit est une imitation détournée du mouvement de pitié qui saisit le Satan de Milton à la vue de l’homme.
12e. — page 120.
Un fantôme s’élance sur le seuil des portes inexorables : c’est la Mort.
Si l’on n’approuve pas cette peinture de la mort, du moins elle a pour elle la nouveauté. Le portrait de la Mort, dans Milton, est mêlé de sublime st d’horrible, et ne ressemble en rien à celui-ci.
The other shape,
If shape it might be call’d that shape had none
Distinguishable in member, joint, or limb,
Or substance might be call’d that shadow seem’d,
For each seem’d either ; black it stood as Night,
Fierce as ten Furies, terrible as Hell,
And shook a dreadful dart ; what seem’d his head,
The likeness of a kingly crown had on.
(Parad. lost., ii, 666.)
13e. — page 120.
C’est le Crime qui ouvre les portes.
Dans le Paradis perdu, le Péché et la Mort veillent aux portes de l’enfer, qu’ils ont ouvertes ; mais ces portes ne se referment plus.
14e. — page 120.
Des nuées arides.
Nubes arida.(Virg.)
15e. — page 120.
Qui pourroit peindre l’horreur.
Je ne me suis point appesanti sur les tourments trop bien et trop longuement décrits par le Dante. On n’a pas remarqué ce qui distingue essentiellement l’enfer du Dante de celui de Milton : l’enfer de Milton est un enfer avant la chute de l’homme, il ne s’y trouve encore que les anges rebelles ; l’enfer du Dante engloutit la postérité malheureuse de l’homme tombé.
16e. — page 121.
Il rit des lamentations du pauvre.
Je suis, je crois, le premier auteur qui ait osé mettre le pauvre aux enfers. Avant la révolution, je n’aurois pas eu cette idée. Au reste, on a loué cette justice. Si Satan prêche ici une très-bonne morale, rien ne blesse la convenance et la réalité même des choses. Les démons connoissent le bien et font le mal ; c’est ce qui les rend coupables. Ils applaudissent à la justice qui leur donne des victimes. D’après ce principe, admis par l’Église, on suppose dans les canonisations qu’un orateur plaide la cause de l’enfer, et montre pourquoi le saint, loin d’être récompensé, devroit être puni.
17e. — page 121.
Tu m’as préféré au Christ.
Même principe. Satan sait qu’il n’est pas le fils de Dieu, et pourtant il veut être son égal aux yeux de l’homme. L’homme une fois tombé, Satan rit de la crédulité de sa victime.
18e. — page 121.
La peine du feu.
Aucun poëte, avant moi, n’avoit songé à mêler la peine du dam à la peine du feu, et les douleurs morales aux angoisses physiques. Les réprouvés chez le Dante sentent, il est vrai, quelque mal de cette espèce, mais l’idée de ces tourments est à peine indiquée. Quant aux grands coupables qui sortent du sépulcre, quelques personnes sont fâchées que j’aie employé ces traditions populaires. Je pense, au contraire, qu’il est permis d’en faire usage, à l’exemple d’Homère et de Virgile, et qu’elles sont en elles-mêmes fort poétiques, quand on les ennoblit par l’expression. On en voit un bel exemple dans le serment des Seize (Henriade). Pourquoi la poésie seroit-elle plus scrupuleuse que la peinture ? Et ne pouvois-je pas offrir un tableau qui a du moins le mérite de rappeler un chef-d’œuvre de Lesueur ?
19e. — page 121.
Au centre de l’abîme… s’élève… un noir château, etc. : jusqu’à l’alinéa.
Ceci ne ressemble point au Pandémonium du Paradis perdu.
Anon out of the earth a fabric huge
Rose like an exhalation, with the sound
Of dulcet symphonies and voices sweet,
Built like a temple, where pilasters round
Were set, and Doric pillars overlaid
With golden architrave ; nor did there want
Cornice or freeze, with bossy sculptures graven
The roof was fretted gold.
Le Dante a une cité infernale un peu plus ressemblante à mon palais Satan ; mais à peine reconnoît-on quelques traits de ma description.
Omai figliuolo,
S’appressa la città ch’ha nome Dite…
........Già le sue meschite
Là entro certo nella valle cerno
Vermiglie come se di fuoco uscite…
(Inf., cant. VIII.)
...............
L’occhio m’avea tutto tratto
Ver l’alta torre alla cima rovente,
Ove in un punto vidi dritte ratto
Tre Furie infernal di sangue tinte…
Le Tasse n’a point décrit de palais infernal. Les amateurs de l’antiquité verront comment j’ai dérobé au Tartare, pour les placer dans un enfer chrétien, l’ombre stérile des Songes, les Furies, les Parques et les neuf replis du Cocyte. Le Dante, comme on le voit, a mis les furies sur le donjon de la città dolente.
20e. — page 122.
L’éternité des douleurs, etc.
C’est la fiction la plus hardie des Martyrs, et la seule de cette espèce que l’on rencontre dans tout l’ouvrage.
21e. — page 122.
Il ordonne aux quatre chefs, etc.
C’est ainsi que le Satan de Milton et celui du Tasse convoquent le sénat des enfers.
Chiama gli abitator, etc.
Vers magnifiques, dont je parlerai au xviie livre.
22e. — page 122.
Ils viennent tels que les adorent.
C’est l’Olympe dans l’enfer, et c’est ce qui fait que cet enfer ne ressemble à aucun de ceux des poëtes mes devanciers. L’idée d’ailleurs est peut-être assez heureuse, puisqu’il s’agit de la lutte des dieux du paganisme contre le véritable Dieu ; enfin, ce merveilleux est selon ma foi : tous les Pères ont cru que les dieux du paganisme étoient de véritables démons.
23e. — page 122.
Filles du ciel, etc.
Tout ceci est à moi, et le fond de cette doctrine est conforme aux dogmes chrétiens.
24e. — page 123.
Non plus comme cet astre du matin, etc.
Le Tasse compare Satan au mont Athos, et Milton à un soleil éclipsé.
25e. — page 123.
Dieu des nations.
L’exposition du côté heureux de l’action et la désignation des bons personnages se sont faites dans le ciel ; dans l’enfer on va voir l’exposition du côté infortuné de la même action et la désignation des personnages méchants.