Les Martyrs (page 53)
Rien n’est beau que le vrai ; le vrai seul est aimable.
Il nous siéroit d’ailleurs assez mal à présent d’affecter le rigorisme en matière de religion : sondons bien nos cœurs, et voyons ce que nous sommes ; après cela nous ferons le procès à Cymodocée.
23e. — page 328.
J’ai lu dans vos livres saints, etc.
Si la fille d’Homère ne connoît pas bien la religion chrétienne, du moins elle en a appris ce qu’il faut pour mourir.
24e. — page 329.
Il tire de son doigt un anneau, etc.
« Ensuite, tirant de son doigt une bague, il la trempa dans son sang, et la donnant à Pudens : Recevez-la, lui dit-il, comme un gage de notre amitié, et que le sang dont elle est rougie vous fasse ressouvenir de celui que je répands aujourd’hui pour Jésus-Christ. » (Act. Martyr., in sancta Perpetua.)
25e. — page 329.
Votre père… il va connoître la vraie lumière.
Prophétie d’Eudore, qui fait voir la fin de Démodocus, et laisse le lecteur tranquille sur la destinée de ce malheureux vieillard.
26e. — page 329.
Ô Cymodocée ! je vous l’avois prédit, etc.
Dans le xve livre, lors de la séparation des deux époux à Athènes.
27e. — page 330.
Je suis chrétien, je demande le combat.
Rien n’étoit plus commun que de voir des chrétiens se dénoncer tout à coup eux-mêmes, à l’aspect des tourments qu’on faisoit souffrir à leurs frères. Dorothée meurt ici, comme Polyeucte, en renversant les idoles : l’ardeur de son zèle, ses imprécations contre les idoles et les idolâtres, forment contraste avec la patience, la résignation et la modération d’Eudore.
28e. — page 330.
Le pont qui conduisoit du palais, etc.
On prétend que Titus se rendoit de son palais à l’amphithéâtre par un pont que l’on abaissoit. On montre à tous les voyageurs l’endroit où ce pont tomboit sur le mur du Colisée.
29e. — page 331.
Eudore craignoit qu’une mort aussi chaste, etc.
Quelques personnes auroient voulu qu’Eudore ne laissât pas échapper cette espèce de dernier soupir de la foiblesse humaine : il me semble, au contraire, que l’action d’Eudore est conforme à la nature, sans blesser en rien la religion. Lorsque sainte Perpétue marcha au martyre, « elle tenoit les yeux baissés, disent les Actes, de peur que leur grand brillant ne fît, contre sa volonté, ces effets surprenants qu’on sait que deux beaux yeux sont capables de faire. » (Act. Martyr., in sanct. Perpet., traduct. de Maupertuys, t. I, p. 463.) Ceci, je pense, me justifie assez sous les rapports religieux ; car c’est un sentiment tout semblable qu’éprouve Eudore lorsqu’il ne veut pas que la mort de Cymodocée soit souillée par l’ombre d’une pensée impure, même dans les autres. J’espère aussi que ce n’est pas l’expression qu’on me reproche ; l’expression des Actes de sainte Perpétue est un peu plus franche et plus naïve que la mienne. Seroit-ce le dernier mouvement d’un amour chaste qui brûle dans le cœur d’un époux pour son épouse que l’on blâmeroit dans cette action ? Que penserons-nous alors de l’Olinde du Tasse, qui, attaché sur le bûcher du martyre avec Sophronie, entretient, non son épouse, mais son amante, de la passion qu’il sent pour elle ? Il faudroit bien, quand on se mêle de critiquer, savoir au moins ce que l’on dit, connoître les autorités, et ne pas courir les risques de montrer à la fois son défaut de jugement, son ignorance ou son manque de bonne foi.
30e. — page 331.
On le voyoit debout, etc.
« On voyoit, dit Eusèbe, un jeune homme au-dessous de vingt ans qui se tenoit debout sans être lié, qui avoit les mains étendues en forme de croix, et qui prioit Dieu en la même place pendant que des ours et des léopards, qui ne respiroient que le sang, sautoient sur lui pour le mordre. » (Eusèbe, Hist. eccl., liv. VIII, chap. VII, trad. du présid. Cousin.)
31e. — page 332.
Ah ! sauvez-moi !
C’est le cri de la nature. Si l’on a vu de jeunes missionnaires pousser des cris au milieu des tourments que leur faisoient endurer les sauvages, une pauvre jeune fille de seize ans ne pourra-t-elle avoir un instant peur d’un tigre qui accourt pour la dévorer ? Disons plus : il y a quelque chose de révoltant à exiger plus de fermeté dans Cymodocée. Puissions-nous en pareil cas mourir avec autant de courage ! Je me défie toujours de cet héroïsme qu’il est si aisé d’avoir au coin de son feu, quand on n’a point à combattre. Souvenons-nous de cette belle parole de l’Écriture : Nec glorietur accinctus æque et discinctus. (Reg., lib. iii, cap. xx, v. 2.)
32e. — page 332.
À l’instant la chaleur abandonne, etc.
Le rideau tombe. Il eût été aisé de développer les particularités du martyre ; mais j’aurois présenté un spectacle affreux et dégoûtant. Toute la terreur, s’il y en a ici, se trouve placée avant l’apparition du tigre : le tigre une fois lâché dans l’arène, tout finit ; et l’on ne voit rien de ce qu’on s’attendoit à voir. Cette tromperie est tout à fait commandée par l’art, et convient à mon sujet, qui doit montrer le martyre comme un triomphe et non comme un malheur. Ajoutez que dans les détails de la mort des deux jeunes époux l’imagination du lecteur eût toujours été plus loin que la mienne.
33e. — page 332.
Les dieux s’en vont.
L’ouvrage finissoit ici ; le paragraphe ajouté rend l’action plus complète.
Je ne puis dire avec quel plaisir je termine ces notes. Avoir à chaque phrase, et pour ainsi dire à chaque mot, à relever une erreur de la critique ; être sans cesse obligé de citer les autorités sur des points qui n’auroient pas souffert autrefois la plus légère difficulté ; se rendre soi-même le juge de son livre, je ne crois pas qu’il y ait pour un auteur une tâche plus pénible. Quoi qu’il en soit, voilà mes ennemis à leur aise. Je n’attends d’eux aucune justice. Ils savent que je ne leur répondrai plus. Qu’ils triomphent en sûreté ; qu’ils redoublent leurs outrages : j’aime mieux être la victime que l’auteur de leurs écrits.
fin des remarques.