Homélies sur la 1ère épître aux Corinthiens (page 4)

Jean Chrysostome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr · 4 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

586 ANALYSE.

1 . Sur la manière dont les morts doivent ressusciter. — Comparaisons prises du grain de froment qui se décompose pour produire la tige et l'épi. — Le corps qui ressuscite est à la fois le même et plus beau.

2 et 3. Des différents degrés, soit parmi les justes dans la gloire, soit parmi les réprouvés dans le châtiment.

Sur le corps animal et le corps spirituel.

4 et 5. Il ne faut pas pleurer les morts avec une tristesse exagérée. — Il faut leur venir en aide par la prière et par les bonnes oeuvres. — De la sécurité des morts dans le sein de Dieu.

1. Malgré la douceur, l'humilité que montre partout l'apôtre, ici, ses paroles ont une aspérité que justifie l’absurdité de ses contradicteurs. Il ne se contente pas toutefois de les rudoyer, il emploie des raisonnements, des comparaisons capables de réduire tes disputeurs les plus acharnés. Il dit plus haut: "Ainsi parce que la mort est venu par un homme, c'est aussi par un homme que doit venir la résurrection ". Ici, il résout l'objection des païens.

Voyez encore comme il adoucit la dureté de la réprimande.

Il ne dit pas, mais vous direz peut-être, il s'adresse à un contradicteur qu'il ne définit pas, de manière que la liberté de son discours ne puisse pas blesser les auditeurs. Maintenant il énonce les deux motifs de doute, le doute relatif au mode de la résurrection, le doute relatif à la qualité des corps. C'étaient là, en effet, les deux points qui troublaient les esprits : comment ressuscite ce qui a été décomposé ? et, " quel sera le corps dans lequel reviendront " les morts? Que signifie, quel sera le corps? Sera-ce le corps qui se sera corrompu , qui aura péri, ou un autre corps quelconque? Ensuite l'apôtre, pour leur montrer que leurs doutes s'attaquent à des vérités incontestables, reconnues de tous, les refoule d'un ton véhément : " Insensé que vous êtes, ne voyez-vous pas que ce que vous semez ne reprend point vie , s'il ne meurt auparavant? " C'est la méthode que l'on suit avec ceux qui contredisent des vérités reconnues. Pourquoi n'invoque-t-il pas tout de suite la puissance de Dieu? C'est qu'il s'adresse à des infidèles. En effet, lorsque c'est aux fidèles qu'il parle, il fait bon marché des raisonnements. Voilà pourquoi il dit ailleurs: " Il transfigurera votre corps, tout vil qu'il est, afin de le rendre conforme à son corps glorieux " (Philip. III, 21), il montre quelque chose de plus que la résurrection, il n'apporte aucun exemple; polir toute démonstration , le pouvoir de Dieu lui suffit, et il le rappelle-en disant : " Par, cette vertu efficace, par laquelle il peut s'assujettir toutes choses", Mais ici, il produit des raisonnements. Car après avoir confirmé la vérité par les textes de l'Ecriture, il ajoute, de l'abondance de son coeur, contre ceux qui ne sont pas encore persuadés par I'Ecriture : " Insensé que vous êtes, ne voyez-vous pas que ce que vous semez ". C'est-à-dire; vous avez sous vos yeux la démonstration de cette vérité , vous la trouvez dans ce que vous faites chaque jour et vous, doutez encore? Si je vous appelle insensé, c'est parce que vous ne voyez pas ce que vous faites vous-même chaque jour, c'est parce que vous êtes vous-même un artisan de résurrection et que vous doutez de la résurrection opérée par Dieu. Voilà pourquoi l'apôtre dit (587) avec éloquence :" Ne voyez-vous pas que ce que vous serrez ", vous qui êtes mortel et périssable.

Et remarquez l'appropriation de ses expressions au sujet qu'il traite. " Ne reprend point vie ", dit-il, " s'il ne meurt auparavant ". L'apôtre abandonne les expressions qui ont trait aux semences, germe, pousse, se gâte, se décompose, il emploie des termes en rapport avec notre chair, ainsi ; " reprend vie ", ainsi " meurt "; manières de parler qui ne s'appliquent pas proprement aux semences, mais aux corps. Et il ne dit pas, meurt et vit ensuite, mais, ce qui est plus expressif, ne vit qu'à la condition de mourir. Vous voyez si j'ai raison de vous répéter qu'il prend toujours l'inverse du raisonnement de ses contradicteurs. Ce qu'ils regardaient comme une réfutation de la résurrection, il le prend pour démonstration de cette même résurrection ; ils disaient en effet que le corps ne pouvait pas ressusciter; puisqu'il était mort. Que leur oppose-t-il donc? C’est que précisément s'il ne mourait pas, il ne ressusciterait pas; ce qui fait qu'il ressuscite, c'est qu'il est mort. De même que le Christ, pour démontrer cette vérité, prononce ces paroles : " Si le grain de froment ne meurt après qu'on l'a jeté en terre, il demeure seul; mais, quand il est mort, il porte beaucoup de fruit " (Jean, XII, 24), de même Paul emprunte son exemple aux semences, et il ne. dit pas ; Ne vit pas, mais " ne reprend vie, " ; cette expression prouve encore le pouvoir de Dieu, elle montre que ce n'est pas la force propre de la terre, que c'est, Dieu seul qui fait tout. Et pourquoi ne montre-t-il pas ce qui tenait plus étroitement au sujet , je veux dire la semence humaine? En effet notre génération commence par la corruption , comme celle du froment. C'est quelles deux semences n'ont pas pour le raisonnement, une force égale , celle du froment est bien plus éloquente. Ce que veut l'apôtre, c'est quelque chose qui soit entièrement détruit, il n'y a dans la génération humaine de corruption qu'en partie.

Voilà pourquoi c'est la semence du froment qui sert d'exemple. D'ailleurs l'autre , sortie d'un vivant, tombe dans un ventre vivant; mais ici ce n'est pas dans de la chair, mais dans de la terre que la semence tombe , et elle s'y décompose comme le corps, comme le cadavre. Voilà ce qui fait que l'image prise du grain de froment convenait mieux au sujet. " Et quand vous semez, vous ne semez pas le corps qui doit naître (37) ". Tout ce qui précède , concerne le mode de la résurrection ; cette dernière observation répond au doute sur les corps dans lesquels les morts doivent revenir. Or que signifie : " vous ne semez pas le corps qui doit naître? " L'épi entier, le froment nouveau. Ici en effet , le discours ne se rapporte plus à la résurrection même , mais au mode de la résurrection, à la nature du corps qui ressuscitera, à savoir.: s'il ressemblera au corps précédent, ou s'il sera meilleur et plus beau ; et le môme exemple sert à deux fins, l'exemple prouve que le corps ressuscité sera de beaucoup supérieur.

Mais ici les hérétiques,ne comprenant rien à ces choses, font un assaut et disent: C'est un corps qui tombe, c'en est un autre qui ressuscite. Que devient alors la résurrection? Car la résurrection ne peut être que la résurrection de ce qui est tombé. Que devient la merveilleuse, l'étonnante victoire remportée sur la mort, si le corps qui tombe n'est pas le même qui ressuscite ? Dans ce cas, on ne pourra certes pas dire que la mort a rendu soir prisonnier. Et, maintenant , comment l'exemple donné serait-il approprié à là vérité? Car l'essence que l'on sème n'est pas autre que celle qui reparaît, c'est la même essence devenue meilleure. Autre conséquence : le Christ n'aura pas repris le même corps, lui , les prémices de ceux qui ressuscitent ; à vous entendre, il a rejeté son corps, quoiqu'il fût exempt de. tout péché, et c'est un autre corps qu'il a pris. Et d'où l'a-t-il tiré, ce second corps? Le premier, il l'a pris d'une vierge, mais le second, d'où le tenait-il? Voyez-vous à quelles absurdités est arrivée la démonstration ? Car enfin, pourquoi le Christ montre-t-il les traces et les empreintes des clous, sinon pour faire voir que c'est le même corps qui a été attaché à la croix, et qui .est ressuscité? Que signifie la figure de Jouas? Que le Jonas qui a été englouti est le même qui a été rejeté sur la terre. Et. pourquoi le Christ disait-il encore : " Détruisez ce temple, et je le rétablirai en trois " jours?

" (Jean, II, 19,.21.) C'est que le corps détruit est le corps qu'il a ressuscité. Aussi l'évangéliste ajoute-t-il : "

Mais il parlait du temple de son corps ". Que signifie donc : " Vous ne semez pas le corps qui doit naître ? " C'est-à-dire, vous ne semez pas l'épi; en effet, c'est le même et ce n'est pas le même ; c'est le (588) même parce que c'est la même essence, et ce n'est pas le même parce que l'épi qui viendra est meilleur; la même essence persiste, mais il y a développement, il y. a supériorité de beauté, fraîcheur de nouveauté; c'est la condition indispensable pour qu'il y ait résurrection, il faut que ce qui ressuscitera soit meilleur. Pourquoi détruire la maison, si, l'on ne doit pas la relever plus brillante et plus belle? Voilà ce que dit l'apôtre à ceux qui regardent la résurrection comme une dissolution. Ensuite, pour prévenir la pensée qu'il suit de là qu'on entend parler d'un corps différent, il éclaircit cette énigme, il explique lui-même le sens de ses paroles, il ne souffre pas que l'auditeur flotte dans des conclusions qui l'égareraient. Qu'avons-nous -besoin de mêler nos paroles aux siennes? Ecoutez-le lui-même, entendez-le s'expliquer : " Vous ne semez pas le corps qui doit naître " ; car aussitôt il ajoute : " mais la graine seulement, comme du blé, ou de quelque autre. chose ". Ce qui veut dire : Ce n'est pas le corps qui viendra, car il aura un autre vêtement, une tige, des épis ; " mais la graine seulement, comme du blé, ou de quelque autre chose. Et Dieu lui donne un corps tel qu'il lui plaît (38) ". Sans doute, objecte-t-on, mais c'est ici l'oeuvre de la nature. De quelle nature, répondez-moi?Je vous dis qu'ici encore c'est Dieu seul qui fait tout, et non la nature, ni la terre, ni la pluie. Aussi l'apôtre, exprimant cette vérité, laisse-t-il de côté et la terre, et l'air, et la pluie, et la main-d'oeuvre des agriculteurs : " Et Dieu ", dit-il aussitôt, " lui donne un corps tel qu'il lui plaît ". Cessez donc de prendre un soin superflu et de vous enquérir curieusement du comment et de lu manière dont les choses se passent, lorsqu'on vous a signifié la puissance de Dieu et sa volonté. " Et il donne à chaque semence le corps propre à chaque plante". Que devient l'idée d'un corps étranger? Il lui donne le corps propre. Aussi lorsque l'apôtre dit : " Vous ne semez pas le corps qui doit naître ", il n'entend pas que ce sera une autre essence qui paraîtra, mais que la même essence ressuscitera, meilleure et plus brillante. " Car il donne à chaque semence le corps propre à chaque plante ". Et par là, il indique déjà la différence que présentera la résurrection à venir. En effet, n'allez pas conclure de cette semence dont tous les germes se relèvent, qu'il y aura dans la résurrection égalité d'honneur. Gardez-vous surtout de le croire quand vous. voyez que les semences des champs ne présentent pas dans leurs productions cette égalité, mais que telles plantes grandissent et se développent avec éclat, tandis que telles autres paraissent chétives. Voilà pourquoi l'apôtre ajoute : " le corps propre à chaque plante ".. Toutefois cette différence ne lui suffit pas,. il en cherche encore que autre plus considérable et plus manifeste. Car pour prévenir cette erreur que j'ai mentionné, qui conclurait, de ce que tous ressuscitent, que tous doivent jouir des mêmes biens, l'apôtre s'est empressé de jeter dans ses premières paroles les semences de la. pensée qui est la seule vraie, il a dit tout d'abord : Tous vivront en Jésus-Christ, " et chacun en son rang ". C'est la pensée qu'il reprend ici, qu'il explique : " Toute chair n'est pas la même chair (39) ". A quoi bon, dit-il, insister sur les semences? Nous n'avons qu'à considérer nos corps mêmes, puisque. c'est des corps que nous nous occupons maintenant. Voilà pourquoi il ajoute,: " Mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais les corps célestes ont un autre éclat que les corps terrestres. Le soleil a son éclat, qui diffère de l'éclat de la lune, comme l'éclat de la lune diffère de l'éclat des étoiles, et comme, entre les étoiles, a l'une est plus éclatante que l'autre (40, 41) ".

Et que signifient ces paroles? Pourquoi cette digression qui va, qui tombe de la. résurrection, sur les astres et sur le soleil ? Il ne tombe. pas, il n'y a pas de digression, gardons-nous de le croire, il ne rompt pas avec son sujet; au contraire, il s'y tient. Après avoir prouvé ce qui a été dit de la résurrection, il montre la grande différence que fera paraître la gloire future, quoique la résurrection soit unique et commune; en attendant, il fait deux parts de l'univers, les choses du ciel, les choses de la terre. La résurrection des corps, il l'a montrée par l'exemple du froment; quant à l'inégalité dans la gloire, il la démontre par ses dernières paroles. Car, de même que l'incrédulité, au sujet de la résurrection, produit l'indolence,. de même on tombé dans la langueur et le relâchement d'esprit lorsqu'on s'imagine que tous obtiennent le même partage. Aussi l'apôtre corrige-t-il ces deux erreurs; il a (589) commencé par dissiper la première; il s'occupe maintenant d'en finir avec la seconde : après avoir établi deux classes, celle des justes et celle des pécheurs, il les subdivise encore, et il montre que ni les justes d'un côté, ni les pécheurs d'un autre, ne recevrait le même traitement, qu'il n'y aura ni égalité pour tous les justes, ni égalité pour tous les pécheurs.

Voilà donc la première séparation qu'il établit, celle des justes et celle des pécheurs, en disant: " Des corps célestes et des corps terrestres ", car les corps terrestres sont comme l'image des pécheurs, et les corps célestes, celle des justes. Ensuite il fait entendre la différence de pécheurs à pécheurs : " Toute chair n'est pas la même chair; mais autre est la chair des poissons, autre, la chair des oiseaux et des animaux différents ". Il n'y a là que des corps, mais, les uns plus, les autres moins méprisables. Il en est de même de. la vie, même différence dans la même constitution; après ces paroles, il reprend de nouveau son essor au ciel : " Le soleil a son éclat, qui diffère de l'éclat de la lune. " Comme il y a différence entre les corps terrestres ; de même, entre les corps célestes, il y a aussi différence, et ce n'est pas une différence accidentelle, mais il y a diversité de degrés poussée à l'extrême.

Car il n'y a pas seulement la différence du soleil et de la lune, ni de la lune et des étoiles, mais, d'étoiles à étoiles, il y a encore différence. Si tous ces astres sont dans le ciel, ils n'y sont pas tous également glorieux, mais, les uns plus; les autres, moins. Que nous apprennent donc ces images? Que si tous sont admis au royaume des cieux, tous n'y jouiront pas des mêmes biens ; que si tous les pécheurs sont dans la géhenne, tous n'y subiront pas le même traitement. Voilà pourquoi l'apôtre ajoute : " Il en arrivera de même dans la résurrection des morts (42).". De " même ", comment cela? parce qu'il y aura une grande différence. Ensuite, laissant ce point, comme prouvé, il reprend encore la démonstration relative au mode de la résurrection, il dit : " Le corps est ensemencé dans la corruption, et il renaît incorruptible ".Voyez la sagesse du docteur; quand il parlait des semences, il prenait des expressions appropriées aux corps : " Ne reprend point vie ", disait-il, " s'il ne meurt auparavant " ; voici qu'en. parlant des corps, il prend les termes appropriés aux semences, il dit : " Le corps est ensemencé dans la corruption, et il renaît incorruptible ".

Il ne dit pas, le corps pousse, parce qu'il ne veut pas qu'on y voie le travail de la terre, mais " il renaît ". Quant à la semence, l'apôtre n'entend pas ici notre génération dans la matrice, mais l'enterrement des morts, la décomposition, la cendre des tombeaux. Aussi, après avoir dit : " Le corps est ensemencé dans la corruption, et il renaît incorruptible ", l'apôtre ajoute : " Il est ensemencé, dans la honte (43) ". Car quoi de plus hideux qu'un cadavre en décomposition? " Il renaît dans la gloire. " Il est ensemencé dans la faiblesse ". Car il ne faut pas trente jours, pour qu'il n'en reste plus rien ; la chair ne peut pas se conserver, elle ne peut pas seulement durer un jour. " Il renaît dans la force ". Car alors il ne lui restera plus rien de corruptible. L'apôtre avait besoin de ces exemples pour que les auditeurs n'allassent pas s'imaginer que tous renaissant dans l'incorruptibilité, dans la gloire, dans la force, il n'y avait aucune différence entre les ressuscités. Car si tous ressuscitent, et dans la force, et dans l'incorruptibilité, et dans cette gloire de l'incorruptibilité, tous pourtant ne possèdent pas le même honneur, la même inébranlable félicité. " Il est ensemencé comme un corps animal, il renaît corps spirituel. Comme il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel (44) ". Que dites-vous? le corps que nous avons présentement, n'est-il pas un corps spirituel? Spirituel, sans doute, mais l'autre le sera beaucoup plus. Car maintenant; trop souvent,, l'abondance des grâces du Saint-Esprit se perd par de graves péchés; quoique le souffle de l'âme persiste encore, la voie de la chair n'y est plus; une fois la grâce éteinte, le corps n'est plus rien ; mais alors il .n'en sera plus de même; sans s'éteindre jamais, elle subsiste dans la chair des justes, et sa puissance restera unie au souffle de l'âme. Ou c’est là ce que l'apôtre a voulu faire entendre en disant " spirituel ", ou il a voulu dire que le corps sera plus léger, plus subtil, capable d'être porté par l'air, ou plutôt il a prétendu indiquer le tout à la fois. Si vous n'en croyez rien, voyez les corps célestes si brillants, si persistants, qui ne vieillissent pas, et croyez donc que Dieu a bien aussi le pouvoir de faire, de nos corps soumis à la corruption, des corps incorruptibles, de beaucoup supérieurs à ceux que nous voyons, " Selon qu'il est écrit: le premier homme, Adam, a été créé avec une âme vivante, et le second (590) Adam a été rempli d'un esprit vivifiant (45)

". Le commencement de cette citation se trouve bien dans l'Ecriture (Gen. II, 7), mais la suite n'y est pas; comment donc l'apôtre a-t-il pu dire, " selon qu'il est écrit ? " Il se fonde sur ce. qui est arrivé; c'est son habitude. C'est le style ordinaire des prophètes. Ainsi un prophète a dit que Jérusalem, sera appelée la ville de la justice, et elle n'a pas été appelée de ce nom.

(Zach. VIII, 3.) Eh quoi? le prophète a. donc parlé à faux ? nullement : il a voulu dire que les événements, lui mériteraient ce nom. Un autre a dit encore que le Christ serait appelé Emmanuel (Is. VII, 14), et le Christ n'a pas eu ce nom, mais les événements accomplis le lui donnent assez. De même, pour ces paroles, " et le second Adam a été rempli d'un esprit vivifiant ".

Ces paroles sont pour vous faire comprendre que vous avez déjà reçu les symboles et les gages de la vie présente et de la vie à venir; de la vie présente, par Adam ; de la vie à venir, par le Christ. Comice les biens les plus précieux ne peuvent être proposés que comme des espérances, l'apôtre tient à montrer que le commencement est déjà réalisé, il fait voir. la racine et la source. Que si la racine et la source sont visibles pour tous, il n'est pas permis de révoquer les fruits en foute. De là ces paroles : " Et le second Adam a été rempli d'un esprit vivifiant". Ailleurs encore il dit : " Vivifiera vos corps mortels par son esprit qui habite en vous ". (Rom. VIII, 11 .) C'est donc l'esprit qui vivifie. Maintenant on aurait pu dire , pourquoi dès les premiers jours a-t-on réalisé ce qui est le moins précieux, pourquoi ce qui concerne l'âme vivante a-t-il reçu un accomplissement plein et entier qui ne s'est pas arrêté . aux prémices, pourquoi, en ce qui concerne l'esprit vivifiant, n'a-t-on reçu que les prémices ; l'apôtre montre que des deux côtés, les principes sont établis. " Mais ce n'est pas le corps spirituel qui a été formé le premier, c'est le corps animal, et ensuite le spirituel (46) ". L'apôtre ne dit pas pourquoi ; il se contente de l'ordre établi par Dieu ; le suffrage des événements lui garantit l'excellence de l'administration des choses par Dieu ; il montre que tout ce qui nous concerne s'avance toujours vers un état meilleur, et il assure par là l'autorité de ses paroles.

Si le moindre est arrivé, à bien plus forte raison faut-il attendre ce qui est supérieur.

Donc, puisque nous devons jouir de ces biens si précieux, prenons notre place dans ce bel, ordre, et ne versons pas de pleurs sur ceux qui s'en vont, pleurons ceux qui finissent mal. L'agriculteur ne pousse Ras de gémissements à la vue du grain qui se corrompt, c'est quand il le voit conserver dans la terre sa solidité, qu'il a peur et qu'il tremble; mais, du moment que les semences se décomposent, l'agriculteur, se réjouit. Car c'est le commencement de la semence à venir, cette décomposition. Faisons de même, sachons nous réjouir quand tombe la maison ainsi décomposée, quand un homme est ensemencé. Ne vous étonnez pas. qu'il donne le nom d'ensemencement à la sépulture; car la sépulture vaut mieux encore que l'ensemencement. Après les semences des champs, viennent les morts, les labeurs pénibles, les dangers, les soucis; après la sépulture, si nous avons bien vécu, les couronnes et les prix glorieux; après les semences de la terre, la corruption et la mort; après la sépulture, l'incorruptibilité, l'immortalité, et des biens en foule; dans un de ces ensemencements, ce qui se rencontré, ce sont les embrassements, les plaisirs, le sommeil; dans le dernier de tous, les ensemencements, rien, plus rien qu'une voix descendant des hauteurs du ciel, et soudain toutes choses ont leur accomplissement. Celui qui ressuscite, n'est plus ramené aux fatigues d'une vie d'épreuves, il entre dans cette vie qui ne connaît ni la douleur, ni le deuil, ni,les gémissements. Si, dans l'homme que vous pleurez, ce qui provoque vos regrets, c'est l'appui, c'est le guide, le protecteur perdu, cherchez votre refuge dans le protecteur, dans le sauveur commun, dans le bienfaiteur de tous les hommes, en Dieu, cet invincible compagnon d'armes, cet auxiliaire toujours prêt, toujours présent, qui nous entoure, qui nous défend de toutes parts.

Mais les longues liaisons forment des noeuds si aimables et méritent tant. nos regrets ! Je le sais bien ; mais si vous soumettez à la raison les mouvements de votre âme, si votre raison se représente, ô femmes, celui qui vous a repris un époux, si vous faites tous à Dieu, dans vos afflictions, un généreux sacrifice de vos pensées, voilà qui apaisera les orages de vos coeurs, et vous né laisserez pas à faire au temps l’oeuvre de la sagesse; mais si vous vous laissez amollir, le temps adoucira vos douleurs, mais vous ne remporterez aucune récompense.

591 Outre ces réflexions, rassemblez les exemples que vous donne la vie présente, les exemples des divines Ecritures ; méditez Abraham égorgeant son fils, et cela sans verser de. larmes, sans faire entendre d'amères paroles. Mais, dira-t-on, c'était Abraham. (Gen. XXII). Mais vous, vous êtes appelé à des vertus plus hautes. Quand à Job, il ressentit de la douleur, mais .dans la mesure qui convenait à un bon père, plein de tendresse pour ceux qui n'étaient plus là. Pour nous, la conduite que nous tenons, convient à des ennemis privés, à des ennemis publics. Si, à la nouvelle qu'un homme est élevé à la royauté, couronné, vous alliez vous frapper la poitrine et gémir; je ne dirais pas de vous que vous êtes l'ami de celui qui a reçu la couronne ; je dirais que vous n'avez que haine pour lui, que vous êtes son ennemi déclaré. Mais ce n'est pas sur lui que je pleure, répond l'affligé, c'est sur moi-même. Mais ce n'est pas une preuve d'affection que de vouloir que celui qui vous est cher, soit encore, à cause de vous, exposé aux périls du combat, et dans l'incertitude de l'avenir, quand il va recevoir la couronne et toucher le port; de vouloir le voir encore à la merci des flots, quand il peut , échappé à la- mer, se trouver pour toujours à l'abri. Mais' je ne sais pas, dira-t-on, où il s'en est allé. Pourquoi ne le savez-vous pas? Répondez-moi. Car, soit qu'il ait bien vécu, soit dans le cas contraire, on sait parfaitement où il doit se rendre. C'est justement ce qui me fait gémir, réplique-t-on : il est mort en état de péché. Vain prétexte et mauvaise raison. Si c'est là ce qui vous fait gémir sur celui qui n'est plus, il fallait, pendant sa vie, le réformer, le corriger. En tout cas, vous ne voyez jamais que ce, qui vous intéresse, vous, et non pas ce qui le regarde, lui. S'il est parti en état de péché, pour cette raison même, vous devez vous réjouir; ses péchés sont interrompus ; il n'a pas pu ajouter depuis à la somme de ses agitions mauvaises; . soyez-lui en aide, autant que possible; au lieu de pleurer sur lui,. répandez les prières, les supplications, les aumônes, les offrandes. Ce ne sont par là de chimériques inventions; ce n'est pas inutilement que nous faisons, dans les divins mystères, mention de ceux qui sont partis; que nous nous approchons du sanctuaire , à leur intention; que nous prions l'Agneau qui a enlevé le péché du monde, mais nous espérons qu'il leur en reviendra quelque adoucissement.; ce n'est pas en vain que l'assistant à l'autel, pendant que les redoutables mystères s'accomplissent, s'écrie : Pour tous ceux qui se sont endormis dans le Christ, et pour ceux qui célèbrent leur commémoration.

On ne prononcerait pas ces paroles, si l'on ne faisait pas la commémoration de ceux qui ne sont plus. Nos cérémonies ne sont pas des jeux de théâtre; loin de nous ces pensées; n'os cérémonies c'est l'Esprit-Saint. qui les a ordonnées.

Sachons donc leur porter secours, et célébrons leur commémoration. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père, pouvez-vous douter que nos offrandes pour ceux qui ne sont plus, leur apportent quelque consolation ? C'est la coutume de Dieu de faire fructifier pour les autres les grâces que d'autres ont méritées. Et c'est ce que Paul faisait voir par ces paroles : " Afin que beaucoup de personnes; manifestant en elles la grâce que nous avons reçue, donnent à beaucoup de personnes l'occasion de bénir Dieu pour vous ". (2 Cor. II, 11.) Empressons-nous de porter notre secours à ceux qui ne sont plus, et. d'offrir pour eux des prières : car le but commun de la terre entière c'est l'expiation. Prions donc avec confiance pour la terre entière, et avec les martyrs nous appelons tous les membres de l'Eglise, avec les confesseurs, avec les ministres sacrés. Car nous ne sommes qu'un seul et même corps tous tant que nous sommes, quoiqu'il y ait des membres plus glorieux que d'autres membres, et il n'y a rien d'impossible à ce qu'en nous adressant à toutes les âmes nous assurions à ceux qui ne sont plus leur pardon, par les prières, par les dons qui sont offerts pour eux, par l'assistance même de ceux que l'on invoque avec eux. D'où viennent donc vos gémissements, vos plaintes, quand il est possible de rassembler de si grandes forces pour obtenir le pardon de celui qui n'est plus? Mais vous pleurez, ô femme, parce que vous êtes abandonnée, vous avez perdu votre protecteur?

Non, jamais, ne prononcez jamais ces paroles; vous n'avez pas perdu Dieu: Tant que vous l'avez, voilà qui vous vaut mieux qu'un mari, et père, et fils, et beau-père; quand ces êtres chéris étaient vivants, Dieu n'en était pas moins celui qui faisait toutes choses. Méditez donc ces pensées, et dites avec David : " Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je? " (592) (Ps. XXVI, 1.) Dites : vous êtes le père des orphelins, et le juge des veuves, et attirez sur vous son secours, et vous verrez qu'il prendra encore plus de soin de vous qu'auparavant, un soin d'autant plus vigilant que vous serez dans une plus grande détresse. Mais vous avez perdu un fils? Vous ne l'avez pas perdu, ne prononcez pas ces paroles : ce que vous voyez, c'est un sommeil, non une mort; c'est un voyage, non une destruction; c'est un passage d'un état inférieur, à une meilleure condition. N'irritez pas Dieu, mais rendez-le propice. Si vous supportez le coup avec une force généreuse, il en résultera, pour celui qui n'est plus, et pour vous, une douce consolation si vous faites le contraire, vous irritez ta colère de Dieu. Car si à la vue d'un esclave battu de verges par. son maître ; vous montrez votre mécontentement, vous ne faites qu'exciter contre vous le mécontentement du maître. N'agissez pas ainsi, mais rendez grâces à Dieu, afin que cette conduite dissipe le nuage de votre affliction: dites comme ce bienheureux : " Le Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a enlevé ".; considérez combien de personnes plus que vous agréables à Dieu, n'ont jamais eu de fils, combien d'hommes n'ont jamais porté le nom de pères. Ni moi non plus, répondra-t-on, je ne voudrais pas avoir eu de fils; il attrait bien mieux valu pour moi ne pas faire cette expérience, que de goûter un pareil plaisir, et de le perdre après. Non, je vous en prie, ne prononcez pas de telles paroles, ne provoquez pas ainsi la colère du Seigneur; faites mieux, rendez grâces à Dieu des biens que vous avez reçus;

pour ceux que vous ne gardez pas toujours, glorifiez le Seigneur. Job ne dit pas : il eût mieux valu pour moi n'avoir rien reçu; ce que dit votre . ingratitude, mais Job même pour les biens enlevés rendait grâces au Seigneur; il disait: " Le Seigneur m'a donné ", pour les biens perdus, il le bénissait en disant " Le Seigneur m'a enlevé : que le nom du Seigneur soit béni dans tous les siècles ". Il fermait la bouche à sa femme, par des raisonnements d'une sagesse merveilleuse, et il faisait entendre ces paroles admirables: " Si nous avons reçu des biens du Seigneur, n'en supporterons-nous pas aussi des maux? " Or l'épreuve qu'il eut à subir ensuite fut encore plus terrible; elle ne le brisa pas, .il tint bon, il supporta tout avec courage, il se mit à glorifier Dieu. Faites de même, réfléchissez vous aussi en vous-même: ce n'est pas un homme qui vous a pris celui que vous pleurez; c'est Dieu qui a tout fait, Dieu qui a de vous plus de souci que personne, Dieu qui comprend le mieux l'intérêt de tous, Ce n'est pas un ennemi, un méchant qui vous a frappé. Voyez combien d'enfants n'ont vécu que pour rendre la die impossible à leurs parents. Mais vous ne voulez pas voir, me dira-t-on, les enfants d'un noble coeur. Je les vois, eux aussi, mais je dis qu'ils sont moins en sûreté que votre fils, Quelque bonne estime qu'on en fasse, leur fin n'en est pas moins incertaine ; pour votre enfant, au contraire, vous n'avez plus à trembler, nous n'avez plus rien à craindre, à redouter pour lui quelque changement que ce soit. Appliquez ces pensées à une épouse qui avait la beauté eu partage, qui était une bonne gardienne de votre maison, et pour toutes choses bénissez Dieu ; vous avez perdu votre épouse, bénissez le Seigneur. Peut-être Dieu veut-il vous amener à la continence, à des. oeuvres plus hautes, rompre vos liens. Si nous nous livrons .à ces pensées de la sagesse, nous conquerrons, pour la vie présente, la tranquillité de l'âme, et, pour la vie à venir, les couronnes, etc.

Traduit par M. PORTELETTE

HOMéLIE XLII. LE PREMIER HOMME, Né DE LA TERRE, FUT TERRESTRE; LE SECOND HOMME FUT LE SEIGNEUR DESCENDU DU CIEL. (CHAP. IV, VERSET 47.)

593 ANALYSE.

1. Il faut imiter, non pas le premier homme qui est formé de la terre et qui est terrestre, mais le second homme qui fut le Seigneur descendu du ciel.

2. La résurrection des corps est prouvée : 1 par l'incorruptibilité, et l'immortalité du corps; 2 par la destruction du péché et l'abolition de l'ancienne Loi;

3 nous devons détourner nos regards de la terre pour les tourner vers le ciel; nous devons travailler sans cesse aux oeuvres de Dieu; pour obtenir le bonheur, éternel. — Au tribunal de Dieu, nous n'aurons d'autres défenseurs que nos actes.

1. Après qu'il a parlé de l'homme matériel et ensuite de l'homme spirituel, il établit une nouvelle différence : celle de l'homme , terrestre et de l'homme céleste. La première différence est celle de la vie présente et de la vie future ; la seconde est celle de l'homme avant la grâce, et de l'homme après la grâce. Cette distinction doit nous enseigner quel est le chemin véritable de la vie. De peur que même en croyant à la résurrection, comme je l'ai dit plus haut, ils ne renonçassent à une vie vertueuse et parfaite, il les prépare. d'un autre côté à la lutte, leur disant : " Le premier homme né de la terre fut terrestre, le second homme fut le Seigneur descendu du ciel". Et dans ce verset il s'adresse à tous les hommes; il qualifie l'un par ce qu'il a de meilleur et de plus élevé,. et l'autre, par ce qu'il a de plus bas: " Tel fut l'homme terrestre, tels sont les hommes terrestres (48) ". Ils. périront, ils mourront comme lui.. " Tel fut l'homme céleste, tels seront les hommes célestes ". Ils demeureront immortels, et ils brilleront comme lui. Mais quoi! Est-ce que Ce dernier n'est pas mort aussi? Il est mort, il est vrai, mais la mort ne lui a point causé de dommage. Il a plutôt aboli la mort. Voyez-vous comment, même par la mort, il établit le dogme de la résurrection. Comme vous avez, ainsi que je l'ai dit plus haut, le principe et le couronnement, vous ne pouvez douter de l'ensemble. Il établit d'un côté quelle est la vie la meilleure et la plus parfaite, il nous donne les exemples d'une vie élevée et philosophique, et d'une autre qui ne l'est point, et nous montre la source de toutes les deux. Pour celle-là le Christ, pour celle-ci Adam. C'est pourquoi il n'a point dit absolument : De la terre, mais: Terrestre; c'est-à-dire grossier, attaché aux biens présents.;

et d'un astre côté, il a dit le contraire du Christ : " Le Seigneur descendu du ciel ". S'il en est qui prouvent que le Seigneur n'a point de corps, parce qu'il est dit : " Du ciel", ce que nous, avons développé déjà suffit pour leur fermer la bouche. Mais rien ne nous empêche de nous servir de ces paroles-ci pour leur fermer. la bouche. Qu'est-ce en effet " le Seigneur descendu du ciel? " Veut-il indiquer par là la nature ou bien la conduite d’une vie parfaite? Il est clair que c'est la conduite d'une vie parfaite; et c'est pour cela qu'il ajoute: " Comme nous avons reproduit l'image de l'homme terrestre (49) ", c'est-à-dire : Comme nous avons fait le mal, reproduisons l'image de l'homme céleste, c'est-à-dire, faisons le bien. En outre je yeux vous adresser cette question : Ces paroles s'appliquent-elles à la. nature ? " Celui qui était né de la terre fut terrestre "; et ces autres :

" Le Seigneur descendu du ciel".Oui, dit saint Paul. Mais quoi? Est-ce qu'Adam (594) était seulement terrestre, ou bien avait-il une autre nature, parente des natures supérieures et incorporelles, que l'Ecriture appelle âmes et esprits? Il est clair qu'il avait aussi cette nature. Et ainsi le Seigneur lui-même n'était pas seulement une nature céleste. Quoiqu'il soit dit " du ciel ", il s'était encore incarné. Ce qu'il veut donc dire est ceci : " Comme nous avons reproduit l'image de l'homme terrestre ", les actions mauvaises, " reproduisons l'image de l'homme céleste ", c'est-à-dire, la vie parfaite qui est au ciel. S'il parlait de la nature, ces exhortations et ces conseils seraient inutiles. C'est pourquoi il est démontré que ces paroles s'appliquent à là conduite de la vie. Et c'est à dessein qu'il s'est servi des cette expression, et ce mot d'image montre encore d'une autre manière, qu'il parle des actions, et non de la nature. En effet, nous avons été faits terrestres, quand nous avons fait le mal. Ce n'est pas dès le commencement que nous avons été faits terrestres, mais quand nous avons péché. En effet, le premier péché a existé avant la mort; c'est après le premier péché que Dieu dit : " Tu es né de la terre et tu retourneras à la terre ". (Gen. III, 19.) C'est alors aussi que les passions et les désordres sont entrés en foule dans l'âme. De ce que l'on est né de la terre, il né s'ensuit pas absolument que l'on soit terrestre, car le, Seigneur aussi était formé de la même matière, mais c'est de faire des choses terrestres ; de même .qu'être céleste , c'est accomplir des actions dignes du ciel. Mais pourquoi nous donner une peine inutile pour le prouver ? Lui-même, dans la suite de ses paroles, Mous en découvre le sens, disant : " Je vous le dis ", mes frères, " la chair et le sang ne posséderont point le royaume de Dieu (50) ".

Voyez-vous comment il s'explique lui-même et nous évite la peine de le faire. C'est ainsi qu'il agit en beaucoup d'endroits. Ce qu'il appelle chair, ce sont les actions mauvaises, ainsi qu'il fait en un autre endroit : " Vous n'êtes pas en chair "; et ailleurs encore : " Ceux qui sont, en chair ne peuvent plaire à Dieu ". (Rom. VIII, 9, 8.) C'est pourquoi par ces paroles : " Je le dis ", il veut nous faire entendre que sous ces discours ont pour objet de nous apprendre que les actions mauvaises ne nous introduiront point dans le royaume du ciel. Après la résurrection, il parle aussitôt du royaume du ciel, et c'est pour cela qu'il ajoute : " La corruption ne possédera point cet héritage incorruptible ", c'est-à-dire, le vice ne possède pas cette gloire, cette perception et cette jouissance des choses incorruptibles: En beaucoup d'autres endroits il se sert encore de la même expression, disant: " Celui qui sème dans la chair récoltera la corruption de la chair ". (Gal. VI, 8.) S'il parlait du corps, et non pas es actions mauvaises, il ne dirait pas la corruption; car, en aucun endroit il n'appelle le corps sine corruption. En effet, ce n'est pas une corruption, mais une substance corruptible. Aussi, dans la suite de son discours, quand il parle du corps, il ne l'appelle pas une corruption, mais une substance corruptible, disant : Il faut que cette substance corruptible soit revêtue de l'incorruptibilité.

Après qu'il a fini ces exhortations relatives à la conduite de la vie, il fait ce qu'il a coutume de faire , il mêle continuellement un sujet à un autre sujet, il revient à son discours sur la résurrection, disant : " Voici que je dis un mystère (51)

".

2. Il va donc révéler un mystère vénérable, et que tous ne connaissent pas ; il montre qu'il leur fait là un grand honneur en leur révélant les choses cachées.

Et qu'est-ce? " Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous changés ". Voici ce qu'il veut dire: nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous transformés, même ceux qui ne meurent point; car ceux-là aussi sont mortels. Parce que vous. mourrez, dit-il, ne craignez pas de ressusciter; il en est, en effet, il en est quelques-uns qui éviteront la mort, et cependant cela ne leur suffit pas pour la résurrection, mais il faut que ces corps mêmes qui ne meurent point soient transformés et passent à un état incorruptible. " En un moment, en un clin " d'oeil, au son de la trompette du jugement dernier. (52) ". Comme il a longuement parlé de la résurrection, il montre à propos ce qu'il y a d'étonnant en elle, et de contraire à l'opinion commune. En effet, dit saint Paul, il n'est pas seulement étonnant que les corps se putréfient d'abord et ressuscitent ensuite, et que les corps ressuscités l'emportent sur ceux que nous voyons aujourd'hui; ni qu'ils passent à une condition bien meilleure, ni que chacun reçoive ce qui lui appartient, et que personne ne reçoive ce qui appartient à d'autres; mais, ce qui est étonnant, c'est que tant (595) de miracles et de si grands, et qui dépassent toute raison et toute imagination, s'accomplissent en ce moment. Et pour exprimer cela plus clairement, il dit : "En un clin d'oeil ", c’est-à-dire, dans le temps qu'il faut pour fermer les yeux. Ensuite comme il parle d'une chose grande et qui doit nous frapper de stupeur, de tant. de merveilles accomplies tout d'un coup; il ajouté pour le prouver et: pour rendre croyable ce qu'il dit : " En. effet, la " trompette sonnera et les morts ressusciteront incorrompus, et nous serons transformés ". Cette parole " nous " ne s'applique pas à lui-même, mais à ceux qui alors seront trouvés vivants. " Il faut que cette substance corruptible soit. revêtue d'incorruptibilité (53) ". Quand vous entendrez dire que la chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu, pour que vous n'alliez pas croire que les corps ne ressuscitent pas, il ajoute : " Car il faut que ce corps corruptible sait revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité ". Le corps est corruptible et mortel, et c'est pour cela que le corps subsiste; car le corps, c'est la substance. La mortalité et la corruption, au contraire, sont détruites et disparaissent, tandis que l'immortalité et l’incorruptibilité deviennent le partage du corps. Ne doutez donc plus que le corps ne doive vivre éternellement, en apprenant qu'il devient incorruptible et qu'il est affranchi des lois de la mort.

Quand ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité; alors sera accomplie cette parole de l'Ecriture : " La mort a été absorbée par la victoire (54) ". Après avoir révélé de grands mystères, il rend tout ce qu'il avance croyable et digne de foi , en s'appuyant sur la prophétie. La mort a été absorbée par la victoire; c'est-à-dire, que le rôle de la mort est terminé. Il n'en geste plus rien; elle ne reviendra plus. L'incorruptibilité a détruit la corruption et la mort.

" O mort, où est ta victoire? Enfer, où est ton aiguillon (55) ? " Quelle force et quelle noblesse d'inspiration ! C'est comme un sacrifice offert à la victoire. C'est un mortel inspiré de Dieu qui, l'oeil fixé sur l'avenir comme sur un fait déjà accompli, insulte à la mort terrassée ! et, le pied sur la tête de l'ennemi vaincu, entonne un chant de victoire, en s'écriant " O mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire?

" C'en est fait de tes armes; tu as travaillé en vain. Voilà en effet la mort dépouillée de ses armes ! La voilà vaincue ! Que dis-je ? Elle disparaît, elle rentre dans le néant. " Or le péché est l'aiguillon de la mort : et sa loi est la force du péché (56) ". Voyez-vous comme il parle de la mort corporelle? C'est donc aussi de la résurrection du corps qu'il veut parler. Car s'il n'y a pas "de résurrection pour le corps, comment la mort est-elle absorbée?. Ce n'est point ici la seule difficulté; comment en outre la loi est-elle la force du péché? C'est qu'en l'absence de la loi, le péché n'avait pas un caractère aussi,prononcé; il avait bien lieu, mais on ne pouvait. le frapper d'une condamnation aussi énergique. La loi n'a pas peu contribué à le mettre en relief, en lui infligeant de plus rudes châtiments. Que si, en voulant guérir le mal, elle l'a aggravé, le coupable, dans ce cas, n'est pas le médecin; c'est le malade qui n'à pas sa profiter du remède. La venue du Christ aussi a été funeste aux Juifs; elle n'a fait qu'aggraver et grossir le fardeau de leurs iniquités. Mais ce n'est pas là une raison pour blâmer le Christ; le Christ n'en est que plus admirable, et les Juifs n'en sont que plus odieux pour avoir tourné contre eux-mêmes l'instrument de leur salut. Ce qui prouve que, par elle-même, la toi ne peut servir d'auxiliaire du péché, c'est que le Christ l'a strictement observée, et que le Christ était exempt de péchés. Mais réfléchissez, et vous verrez que les vérités exprimées par Paul au sujet du péché et de la loi viennent à leur tour confirmer 1e dogme de la résurrection. Si en effet le péché était par lui-même une cause de mort, si le Christ est venu détruire le péché et nous en délivrer par le baptême, si d’un autre côté il a détruit et anéanti l'ancienne loi, dont la violation et la transgression donnait au péché plus de consistance, pourquoi douter encore de la résurrection? Comment la mort s'y -prendra-t-elle désormais pour conserver son empire? Se servira-t-elle de la loi? elle est dissoute et abrogée. Se servira-t-elle du péché?

mais le péché est extirpé jusque dans sa racine. "

Rendons grâce à Dieu qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ (57) ".

3. Car Jésus a élevé un trophée et nous a décerné des couronnes qui ne nous étaient pas dues, mais qui sont un présent de sa bonté. " Ainsi, mes frères, demeurez fermes et inébranlables (58) ". Cette exhortation a (596) pour elle la justice et l'à-propos. Point de faiblesse; point d'hésitation ; ne vous laissez pas abattre , ne vous découragez pas sans motifs. " Travaillez sans. cesse à l'oeuvre de Dieu " ; c'est-à-dire, à rendre votre vie pure. Il ne dit pas : Faites le bien, mais : " Travaillez sans cesses, pour que le zèle déborde de vos cœurs quand vous vous mettez à l'oeuvre, pour que vous fassiez votre devoir et au delà. " Sachant que votre travail ne sera pas sans récompense en Notre-Seigneur": Que dis-tu, Paul? Encore des travaux? Oui, encore des travaux ; mais des, travaux qui rapportent des couronnes, et qui ont le ciel en perspective. Car autrefois, en laissant derrière lui, le paradis, l'homme a dû souffrir des travaux qui étaient le châtiment de ses fautes ; les travaux dont il s'agit, au contraire,, lui promettent les palmes de la vie future. Lorsqu'on se place à un pareil point de vue, lorsqu'on lève les, yeux et qu'on aperçoit les secours qui nous viennent d'en haut, ce ne sont plus là des travaux. Aussi Paul a-t-il dit : Votre travail ne sera pas sans récompense en Notre-Seigneur. Nos premiers travaux étaient un châtiment;

ceux-ci ne sont qu'un acheminement au bonheur qui nous est réservé dans l'autre vie. Il ne faut donc pas nous endormir, mes chers frères. Ce n'est point en nous laissant aller au courant de la paresse et de l'inertie que nous arriverons au royaume des cieux ; ce n'est point en nous abandonnant aux délices d'une vie molle et efféminée. Estimons-nous heureux de pouvoir conquérir un si grand bonheur à forée de pénitences, de mortifications, de souffrances sans nombre , de difficultés et de travaux. N'apercevez-vous pas l'intervalle immense qui sépare la terre des cieux, les guerres qui nous menacent, la pente qui entraîne l'homme vers le vice, les précipices dont le péché nous entoure, et les piéges qu'il sème au milieu de notre route ? Pourquoi donc nous créer tant de soucis qui ne nous sont pas imposés par la nature? Pourquoi nous susciter cette foule. d'embarras ? Pourquoi nous charger de tant de fardeaux ? Le Christ n'a-t-il pas voulu nous détourner de tous ces soins en nous disant : " Ne vous inquiétez ni de votre nourriture ni de votre habillement? " (Matth. VI, 25.) Or, si nous ne devons nous inquiéter ni de la nourriture qui nous est nécessaire, ni de nos vêtements, à quoi bon cet attirail et ce luxe ? Ceux qui se plongent dans le gouffre de tant de besoins factices; pourront-ils jamais en sortir ? Est-ce que saint Paul ne vous a pas dit : " Celui qui est enrôlé au service de Dieu, ne s'embarrasse point des affaires de cette vie?" (II Tim. II, 4.) Malgré cela, nous nous plongeons dans les d'élites, nous sommes esclaves de notre ventre, nous nous enivrons, nous nous tourmentons pour des choses qui nous sont étrangères, et nous n'apportons aux choses célestes que l'attention d'une âme molle et efféminée. Ne savez-vous pas que la récompense qui vous est promise est une récompense plus qu'humaine? Quand on rampe sur la terre, on ne peut monter au ciel ; et nous, loin de nous étudier à. mener une vie conforme à la nature de l'homme, nous nous ravalons au-dessous .de la brute. Ne savez-vous donc pas à quel tribunal vous comparaîtrez? Ne songez-vous donc pas qu'on vous demandera compte de vos paroles et de vos pensées; à vous qui ne veillez même pas sur vos actions? " Un regard lascif jeté sur une femme est déjà l'adultère ". (Matth. V, 28.) Et ces hommes qui auront à rendre compte d'un simple regard de curiosité, ne craignent pas de pourrir dans le péché ! " Celui qui traite son frère de sot, sera plongé dans la géhenne ". (Matth. V, 22.) Et nous ne cessons d'accabler notre prochain d'outrages, nous ne cessons de lui dresser des embûches de toute espèce! Il est tout simple d'aimer celui qui nous aime ; c'est là le mérite d'un païen.

Et nous autres , nous haïssons ceux-là même qui nous aiment ! Quel pardon pouvons-nous espérer? Nous devrions, on nous l'a ordonné, ne pas nous contenter d'observer les prescriptions de l'ancienne loi, et, dans la mesure même de cette ancienne loi, notre vertu est insuffisante ! Quelle bouche éloquente nous arrachera au châtiment qui nous. menacé ? Quel défenseur viendra nous assister et nous secourir, nous, misérables pécheurs marqués pour le, supplice? Aucun; mais nous hurlerons comme des réprouvés, nous pleurerons, nous grincerons des dents, nous gérons en proie aux tourments; car nous serons condamnés à de profondes ténèbres, à des douleurs inévitables, à des peines insupportables. C'est pourquoi, je vous en prie, je vous en conjure, je vous en supplie à genoux : tandis que; pour marcher dans cette vie, nous avons encore quelque appui, ouvrons nos âmes aux paroles de (597) l'apôtre; qu'elles excitent en nous des sentiments de componction; convertissons-nous ; devenons meilleurs. Ne nous exposons pas, comme le mauvais riche, à pousser des lamentations inutiles, quand nous serons jetés dans les ténèbres extérieures.

Ne nous exposons pas à répandre des larmes qui ne sauraient remédier à nos maux. En vain un père, un fils, un ami, qui aurait auprès de Dieu quelque influence, élèverait pour vous la voix, si vos actions. étaient là pour vous condamner. Tel est ce tribunal : il juge d'après les actes; nos actes seuls peuvent nous sauvez. En. vous tenant un pareil langage, je ne veux pas vous affliger, je ne veux pas vous jeter dans le désespoir; je veux que, renonçant à nous repaître de vaines et frivoles espérances, nous cultivions la vertu , sans mettre notre confiance, dans tel ou tel secours étranger. Si nous sommes lâches et;négligents, il n'y aura ni Juste, ni prophète, ni apôtre, .il n'y aura personne qui soit en état de venir à notre aide. Mais soyons zélés, soyons diligents, et nous trouverons dans nos actes de puissants défenseurs, et nous jouirons en. toute liberté, en toute sûreté, du bonheur que Dieu réserve à ceux qui l’aiment. Ce Bonheur, puissions-nous tous l'obtenir, etc. Traduit par M. BAISSEY

HOMéLIE XLIII. QUANT A LA COLLECTE POUR LES SAINTS, FAITES LA MEME CHOSE QUE J'AI ORDONNéE AUX éGLISES DE GALATIE. (CHAP. XVI, VERS. 1, JUSQU’A 10.)

ANALYSE.

1. Saint Paul recommande aux Corinthiens de recueillir petit à petit des aumônes pour les pauvres de Jérusalem.

2. Cette collecte faite, ils l'enverront eux-mêmes à Jérusalem par des hommes sûrs : saint Paul les accompagnera si la chose en vaut la peine.

3 et 4. Exhortation. — Soyons fermes dans les épreuves.— L'homme juste est quelquefois éprouvé, mais il eu sera récompensé davantage. — Sanctifions nos maisons par des aumônes mises en réserve. .

1. Ayant achevé ce qu'il avait à dire sur les dogmes,.

il va maintenant traiter plus spécialement des moeurs, et sans s'occuper du reste, il va droit à la vertu qui comprend toutes les autres, la charité et l'aumône. Il ne parle que de cette seule vertu et fiait sa lettre. Cette épître est la seule où il en soit ainsi ; dans les autres il ne parle pas seulement de l'aumône, mais encore de la tempérance, de la mansuétude, de la douceur, de la patience, et de toutes les autres en général, en finissant. Pourquoi ne traite-t-il ici que cette seule partie de la morale.? Parce que la plus grande partie de ce qui précède roule déjà sur des matières morales; par exemple, ce qu'il a dit pour corriger le fornicateur, pour redresser ceux qui portaient leurs différends devant les tribunaux du dehors, pour effrayer ceux qui s'adonnaient au vin et à la bonne chère, pour condamner ceux qui. se livraient aux schismes aux disputes , et qui affectaient la domination, pour représenter à ceux qui s'approchaient indignement des mystères , l'épouvantable châtiment auquel ils s'exposaient, enfin, pour définir la charité. Il ne touche plus ici que le point dont il a besoin pour mieux assister les saints. Remarquez encore ici l'habileté de l'apôtre : aussitôt qu'il (598) les a persuadés de la résurrection, et qu'il les a remplis par ce discours de ferveur et de zèle, il les met sur le chapitre de l'aumône. Ce n'est pas qu'il n'en eût déjà touché quelques, mots lorsqu'il disait : " Si nous avons semé chez vous les biens spirituels, sera-ce beaucoup si nous moissonnons de vos biens temporels ? " Et encore : " Qui plante une vigne et ne mange pas de son fruit? " (I Cor. IX, 7, 11.) Cependant, la connaissance qu'il avait de l'excellence de cette vertu le détermine à en parler encore à la fin de cette épître.

Le mot de " collecte " qu'il met tout en commençant fait déjà envisager la chose comme légère et facile; puisque tous contribuent à l’oeuvre, la charge qui en résultera pour chacun ne pourra qu'être légère. Après avoir parlé de la collecte, il ne dit pas tout aussitôt : Que chacun de vous mette de côté chez soi, comme il était naturel de dire, non, il a soin de dire auparavant : Faites comme j'ai ordonné aux Eglises de Galatie. Mentionner les bonne œuvres des autres était un bon moyen d'exciter leur zèle par l'émulation. Et remarquez comme il introduit cette mention sous forme de récit; c'est un procédé qu'il met encore en couvre dans son épître aux Romains. Il semble ne vouloir que leur parler du motif de son départ pour Jérusalem, et il prend de là occasion de se jeter sur le sujet de l'aumône : " Maintenant ", dit-il, " je m'en vais à Jérusalem pour le service des saints. Car il a dit à la Macédoine et à l'Achaïë de faire quelques aumônes en commun aux. pauvres d'entre les saints". (Rom. XV, 25, 26.) Il excitait les Romains par l'exemple des Macédoniens et des Corinthiens , et ceux-ci par l'exemple des Galates. — " Faites ", dit-il, " comme j'ai ordonné aux Eglises de Galatie ". Les Corinthiens n'auraient-ils pas rougi de rester inférieurs aux Galates? Et il ne dit pas : J'ai persuadé, j'ai conseillé, mais : "J'ai ordonné ", ce qui marque plus l'autorité. Et il ne cite pas seulement une ville, ni deux, ni trois, mais toute une nation. C'est un moyen. qu'il emploie également quand il traite des questions dogmatiques : " Comme je l'enseigne ", dit-il, " dans toutes les églises des saints " . Que si l'exemple est efficace pour établir la foi des dogmes, il le sera bien davantage encore pour exciter l'émulation des bonnes oeuvres.

Mais qu'avez-vous ordonné, dites-moi, bienheureux apôtre?

"Que le premier jour de la semaine ", c'est-à-dire le dimanche, " chacun de vous mette quelque chose à part chez soi, amassant selon sa bonne volonté (2) ". Remarquez comme il sait les exciter même par la circonstance du temps; car ce jour qu'il indique était propre à porter à l'aumône. Souvenez-vous, semble-t-il dire, quels bienfaits vous avez reçus ce jour-là. Les biens ineffables, et la racine et le principe de notre vie, c'est once jour qu'ils nous ont été donnés. C'est encore par une autre raison que ce jour augmente le zèle charitable; il est le jour du repos et de la suspension de tous les travaux. Une âme affranchie de tout embarras d'affaires, en devient plus prompte et plus apte à pratiquer l'aumône. De plus, la participation aux mystères redoutables et immortels met dans l'âme beaucoup de zèle. En ce jour donc, " que chacun de vous "; non un tel et un tel, mais "chacun de vous ", quel qu'il soit, pauvre ou riche; la femme ou l'homme; l'esclave ou l'homme libre mette à part chez soi. Il ne dit pas: Que chacun porte à l'Eglise, de peur que l'on n'eût honte de donner peu; mais après que ces petites sommes mises à part peu à peu en auront fait une un peu plus considérable, alors, quand je serai venu, qu'on me l'apporte. En attendant, mettez à part chez vous quelque chose, et faites de votre maison une église, le coffret qui recevra vos aumônes sera le tronc. Devenez le gardien d'un argent sacré, faites-vous spontanément économe des pauvres. C'est votre chanté qui vous confère ce sacerdoce. Les troncs qui sont dans nos églises sont encore une marque de cette ancienne coutume. Mais hélas ! le signe seul reste, la chose ne. se voit plus nulle part. Je sais que la plupart de ceux qui sont ici me blâmeront encore de parler sur ce sujet; je les entends déjà me dire : Epargnez-nous ces désagréables , ces fâcheux discours. Laissez cela à la volonté de chacun, et que chacun suive le mouvement de son coeur; ce que vous dites maintenant ne sert qu'à nous couvrir de honte et de confusion. — Mais je ne tiens aucun compte de ces remontrances. Saint Paul ne craignait pas de se rendre importun sur ce sujet, ni de tenir le langage de ceux qui mendient. Si je vous disais : Donnez-moi, à moi, et déposez vos aumônes dans ma maison, il y aurait peut-être sujet de rougir ; ou plutôt il n'y aurait pas même alors sujet, " car ", dit (599) l'apôtre, " ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel ". (I Cor. IX, 13.)

2. Toutefois on pourrait me reprocher de prêcher pour moi. Au lieu que maintenant c'est pour les indigents que je demande, ou pour mieux dire, ce n'est pas pour les indigents ; c'est, pour vous qui donnez : c'est pourquoi je parle avec une entière liberté. Quelle honte y a-t-il à dire :Donnez au Seigneur qui a faim; revêtez-le lorsque vous le rencontrerez nu ; recevez-le chez vous quand il est sans asile? Votre Seigneur ne rougit pas de dire à la face de la terre : " J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger " (Matth. XXV, 42) ; lui qui ne manque de rien et qui n'a rien à désirer. Et moi je rougirais et je n'oserais parler ! A Dieu ne plaise ! Ce serait une suggestion diabolique qu'une telle honte. Je ne rougirai donc pas, mais je parlerai en toute liberté et je dirai : Donnez à ceux qui ont besoin, élevant la voix plus haut que les indigents. Si je pouvais être convaincu par quelqu'un de chercher mon intérêt en parlant de la sorte , et de faire mes propres affaires sous le prétexte de faire celles des pauvres, ce ne serait pas, assez de la. honte pour me punir , il faudrait toutes les foudres du ciel, car il ne mériterait pas de vivre, celui qui commettrait une telle indignité.

Mais si, par la grâce de Dieu, ce n'est point pour nous-mêmes que nous vous importunons; si nous vous annonçons gratuitement l'Evangile, non à la vérité en travaillant de nos mains comme Paul, mais en vivant de nos biens propres, je dirai en toute liberté : Donnez à ceux qui ont besoin , et je ne cesserai de le redire, et ceux qui ne donneront pas, je serai leur accusateur infatigable. Si j'étais général et que j'eusse sous moi des soldats, je n'aurais pas boute de demander des vivres pour mes soldats. D'ailleurs je désire extrêmement votre salut. Mais afin que mon discours soit plus efficace; je vais m'adjoindre saint Paul et vous dire avec lui : " Que chacun de vous mette à part chez soi, et qu'il amasse selon qu'il aura " prospéré ". Voyez comme il évite d'être indiscret et à charge ! Il ne dit pas: Donnez telle ou telle somme, mais : " Ce qui vous plaira ", que ce soit beaucoup, que ce soit peu. Il ne dit pas : Que chacun donne ce qu'il aura gagné, mais " Selon qu'il aura prospéré ", pour montrer que c'est de Dieu que nous tenons ce que nous donnons. Autre moyen de faciliter l'aumône qu'il conseille: il n'ordonne pas qu'on la donne tout entière, d'un coup, mais qu'on l'amasse petit à petit, de manière que la dépense s'effectue sans peine et passe pour ainsi dire inaperçue. Voilà pourquoi il ne demande pas qu'on dépose l'aumône sur-le-champ; mais il indique un long délai. La raison qu'il donne de cette mesure est celle-ci : " Afin qu'on n'ait pas à faire la collecte lorsque j'arriverai " c'est-à-dire, afin que vous ne soyez pas obligés de recueillir les aumônes dans le temps même où il faudra les apporter. Nouveau motif qui ne devait pas médiocrement les exciter; l'attente de Paul était bien propre à augmenter leur zèle.

" Lorsque je serai arrivé, j'enverrai des hommes choisis pair vous, et à qui je donnerai des lettres, porter votre charité à Jérusalem (3) ". Il ne dit pas: J'enverrai un tel et un tel, mais : Des hommes que vous aurez choisis vous-mêmes afin que l'on n'ait pas le moindre soupçon. Voilà pour quelle raison il leur remet le choix de ceux qui porteront l'argent. Il se garde bien de leur dire : à vous de donner votre argent, à d'autres le droit de choisir ceux qui le porteront. Ensuite pour montrer qu'il ne laisse pas de s'occuper de cette bonne oeuvre, il parle des lettres qu'il donnera aux porteurs, il dit: " J'enverrai avec des lettres ceux que vous aurez choisis ", comme s'il disait : Je serai moi-même avec eux, je participerai à la mission par le moyen de mes lettres. Il ne dit pas : Je les enverrai porter votre aumône, mais " votre charité ", pour relever par ce terme la grandeur de leur action et du gain qui leur en revient. Ailleurs il donne à l'aumône les noms de bénédiction et de communication, l'un pour corriger la négligence, l'autre pour abaisser l'orgueil nulle part il ne se sert du mot d'aumône. " Que si la chose mérite que j'y aille moi-même, ils viendront avec moi (4) ". Ici encore l'apôtre engage les Corinthiens à donner largement. Si vos charités sont assez considérables, veut-il dire, pour que ma présence soit nécessaire, je ne refuserai pas d'y aller. Il n'a pas promis cela tout d'abord, il n'a pas dit quand je serai arrivé, je porterai l'argent. S'il eût promis cela dès le commencement, l'effet n'eût pas été le même. Mise où elle se trouve, cette promesse est parfaitement à sa place. Ainsi dès le commencement ce n'est pas une promesse formelle, mais ce n'est pas non plus (600) un silence absolu, car l'apôtre se met déjà en avant en disant: " j'enverrai ". Et encore en dernier lieu il ne parle que conditionnellement, tout dépendra d'eux-mêmes : " Si la chose le mérite ", dit-il. Il dépendait d'eux assurément de donner une somme assez grosse pour que l'apôtre crût qu'elle vaudrait la peine qu'il s'en chargeât.

" Or, j'irai vous voir quand j'aurai passé par la Macédoine (5)". Ceci, l'apôtre l'a déjà dit plus haut, mais avec colère; car il ajoutait : " Et je connaîtrai non les discours des orgueilleux, mais leur vertu ". (I Cor. IV, 19.).Ici il parle avec plus de douceur, afin qu'ils désirent sa présence. Et pour qu'ils ne disent pas : Pourquoi donc nous préférez-vous les Macédoniens, il ne met pas : Quand j'aurai été en Macédoine, mais : " Quand j'aurai passé par la Macédoine, car je passerai par la Macédoine. Peut-être que je séjournerai chez eux, et que j'y passerai l'hiver (6) ". Mon dessein n'est pas de vous voir seulement en passant, je veux m'arrêter chez vous et y séjourner. Il était à Ephèse lorsqu'il écrivait cette épître, et c'était pendant l'hiver. C'est pourquoi il dit : " Je demeurerai à Ephèse jusqu'à la Pentecôte (8) ". Ensuite , j'irai en Macédoine, et après l'avoir traversée , j'irai vous voir l'été ; et peut-être passerai-je l'hiver chez vous.

3. Mais pourquoi saint Paul dit-il "peut-être ", sans rien assurer de positif? Parce qu'il ne prévoyait pas tout, et cela utilement. C'est pourquoi il n'affirme pas absolument, de sorte que s'il en arrivait autrement, il aurait recours pour se défendre à sa promesse conditionnelle, et à l'autorité du Saint-Esprit: gui à son, gré conduisait l'apôtre, et ne le laissait pas toujours aller où il aurait voulu. Il le témoigne, dans sa seconde épître, lorsque pour justifier son retard , il dit : " Ou quand je prends une résolution, cette résolution n'est-elle qu'humaine, et trouve-t-on ainsi en moi le oui et le non ". (II Cor. XI, 17.) — " Afin que vous me conduisiez au lieu où je pourrai aller ". Ceci témoigne encore de la charité de l'apôtre et de son grand-amour pour ses disciples. — " Car je ne veux pas cette fois vous voir seulement en passant , et j'espère demeurer assez longtemps chez vous, si le Seigneur le permet (7) ". Ces paroles qui sont l'expression de sa charité, tendent aussi à faire trembler les pécheurs, non pas ouvertement, mais seulement sous prétexte d'amitié.

— " Je demeurerai à Ephèse jusqu'à la Pentecôte ". Il leur fait part exactement de tous ses desseins et familièrement comme à des amis. Car c'est encore une marque d'amitié qu'il leur donne, de leur dire la raison pourquoi il n'a pas encore été les voir, pourquoi il diffère, et en quel lieu il demeure. — " Car une grande porte s'y ouvre, visiblement devant moi, et il s'y élève contre moi beaucoup, d'ennemis " (9), Une grande " porte " et " beaucoup d'ennemis ", comment ces choses vont-elles ensemble? Les ennemis s'élèvent précisément -parce que. la foi est grande, . parce qu'elle trouve une grande et large entrée. Qu'est-ce à dire une grande porte?. c'est-à-dire que beaucoup sont tout prêts à embrasser la. foi, beaucoup sont sur le point, de s'approcher de Dieu et de se convertir. Une large entrée se présente, parce que l'âme de ceux qui s'approchent est mûre pour la soumission à la foi. Le démon voyant que tant d'hommes allaient l'abandonner, soufflait partout sa fureur. Cette double raison engageait donc saint Paul à demeurer là : beaucoup de fruit d'un côté, et de grands combats de l'autre. Il encourageait aussi beaucoup les Corinthiens, en leur disant que la parole de Dieu croissait et fructifiait de toute part avec facilité. Si beaucoup d'ennemis se soulevaient contre elle, c'était une preuve de plus du progrès de l'Evangile.

Car le démon n'est jamais plus en colère que lorsqu'on lui enlève beaucoup de dépouilles.

Faisons- de même , et lorsqu'il s'agira de . quelque grande et. généreuse entreprise à exécuter, ne regardons pas à la peine qu'elle , causera ; mais aux fruits qu'elle produira. Voyez Paul en effet, il ne s'effraye et ne se rebute de rien, quelque nombreux que soient les ennemis; mais parce qu'une large porte s'ouvre à la foi, il persévère ; il demeure à sa tâche.

Comme je l'ai dit, la multiplicité des ennemis n'était qu'un signe que le démon se sentait dépouillé. Ce n'est pas par de petites ou de mauvaises actions que l'on excite la fureur de ce monstre. Lors donc que vous voyez un homme juste et qui fait de grandes choses, souffrir toute espèce de traverses, n'en soyez pas étonnés. Il faudrait plutôt s'étonner si, recevant tant de coups douloureux, il restait néanmoins tranquille et souffrait doucement ses blessures. Vous étonnez-vous lorsqu'un serpent que l'on excite en le piquant, s'exaspère et se jette sur celui qui le pique? Il n'y a pas de serpent si (601) âpre que le démon, il se jette sur tous, et tel qu'un scorpion irrité il se dresse en agitant un dard empoisonné.

Que cela ne vous trouble point. Un soldat victorieux ne revient pas d'une sanglante mêlée sans être couvert de sang, . sans rapporter des blessures. Lors .donc que vous voyez quelqu'un qui fait l'aumône, qui pratique toute espèce, de bonnes oeuvres et porte ainsi à la puissance du démon des. coups mortels, ne vous étonnez point s'il tombe dans les tentations et les dangers. Si la tentation est venue l'assaillir, c'est précisément parce qu'il a porté de rudes coups au démon. Et pourquoi, dira-t-on, Dieu permet-il que le juste soit tenté? Afin que sa couronne en soit embellie, afin que le démon voie aggraver sa défaite.. L'homme qui ayant Suivi le chemin de la vertu est arrivé à l'épreuve et qui remercie Dieu de tout, celui-là inflige au démon des coups terribles. C'est déjà beaucoup, pendant que le souffle .de la bonne fortune gonfle nos voiles de rester toujours fidèle à l'aumône et à toute espèce de vertu ; mais c'est beaucoup plus de persévérer dans cette. belle conduite en dépit de tous les maux. C'est celui-là surtout qui travaille en vue de Dieu.

Ainsi donc, mes frères,, dans les dangers et dans les peines restons plus que jamais attachés à la vertu. La vie présente n'est pas le temps de la récompense.. Ne réclamons donc pas la couronne dès ici-bas, pour ne pas amoindrir notre récompense au jour des couronnes. De même que pour les ouvriers, ceux qui se. nourrissent en travaillant reçoivent un salaire plus élevé, tandis que le salaire de ceux qui sont nourris par les personnes qui les emploient se trouve notablement amoindri; de même parmi les saints, celui qui aura subi mille épreuves en pratiquant la vertu reçoit la récompense entière, et une rémunération plus considérable, non seulement pour les bonnes oeuvres qu'il a faites, mais encore pour les maux qu’il a soufferts. Au contraire, celui qui passe ses jours dans le relâchement,et la mollesse ne reçoit pas à beaucoup près d'aussi brillantes couronnes là-haut.

Ne cherchons donc pas ici-bas notre récompense, mais soyons au comble de la joie lors"il nous arrive de souffrir en faisant le bien.

4. Et pour rendre ce que je dis plus sensible, supposons deux riches, tous deux compatissants et généreux envers les pauvres. Que l'un demeure en possession de ses richesses, qu'il jouisse de toutes les prospérités; que l'autre tombe dans la pauvreté et dans les maladies, et dans les malheurs, et que cependant il rende grâces à Dieu. .Lorsqu'ils s'en iront là-haut, lequel des deux recevra la récompense la plus grande? N'est-il pas clair que c'est celui qui aura été exercé par la maladie et l'infortune, puisqu'il n'aura montré aucune faiblesse dans une vie toujours vertueuse et cependant durement éprouvée? Celui-ci est la statue de diamant, celui ci est le serviteur de bonne volonté. Si ce n'est pas même dans l'espoir du royaume qu'il faut opérer. le bien, mais dans l'intention de plaire a Dieu, que mérite celui qui, parce qu'il ne reçoit pas dès ici-bas le prix de sa bonne conduite, se relâche dans la pratique. de la vertu ? Ne nous troublons donc pas, lorsque -nous voyons qu'un tel qui invitait les veuves, qui recevait les voyageurs, a perdu sa maison consumée par l'incendie, ou éprouvé quelqu'autre malheur, et en effet il recevra pour cela une récompense. Job lui-même est devenu moins célèbre par ses aumônes que par les épreuves qui survinrent. On méprise au contraire ses amis, on les regarde comme des gens de rien, parce qu'ils cherchaient ici les récompenses temporelles et que d'après ce principe ils condamnaient injustement le juste.

Ne cherchons donc pas ici-bas notre récompense, devenons pauvres et indigents. Il est d+e la dernière folie , quand on nous propose le ciel et ce qui est au dessus pour prix de nôtre vie, d'abaisser. ses regards aux choses de. la terre. Ne faisons pas ainsi, et de quelque malheur que nous puissions être surpris, suivons Dieu. sang nous lasser, et suivons le conseil de saint Paul, ayons un tronc des pauvres dans notre maison, qu'il soit placé près de l'endroit où vous vous tenez pour prier ; et chaque fois que vous entrez pour faire votre prière, déposez d'abord votre aumône, et ensuite faites monter votre oraison; et de même que vous ne voudriez pas vous mettre en prière sans vous être auparavant lavé les mains, de même ne priez pas sans avoir fait l'aumône. Ce n'est pas une chose moins utile d'avoir ainsi une aumône cachée que d'avoir l'Evangile suspendu auprès de son lit.

Si vous suspendez l'Evangile et que vous ne le pratiquiez pas, il ne vous en reviendra pas grand'chose. Avec ce petit coffre vous avez une arme contre le démon, la prière que vous (602) faites auprès a des ailes, vous sanctifiez votre maison, en y tenant en réserve les aliments du' Roi éternel. Mettez votre lit à côté de ce coffret, et nul fantôme ne troublera vos nuits, pourvu que vous n'y mettiez rien qui vienne de l'injustice. Car cet argent est destiné à l'aumône, et l'aumône ne peut avoir la cruauté pour son principe. Voulez-vous que je vous montre où il faut prendre de quoi donner cette aumône pour la rendre facile dans la pratique? Vous êtes artisan, serrurier, cordonnier, ouvrier en cuir ou en quoi que ce soit, vous vendez quelque produit de votre art, levez les prémices du prix en l'honneur de Dieu, jetez-en une parcelle en l’honneur de Dieu, partagez avec Dieu en lui donnant la moindre partie. Je ne vous demande pas beaucoup, pas plus qu'on ne demandait aux juifs qui étaient encore peu avancés dans la sagesse et même remplis de défauts. Nous qui attendons le ciel, ne devrions-nous pas rougir de ne pas. faire autant qu'eux ! Ne prenez pas ce que je vais dire pour une loi, ni comme une défense que je vous ferais de donner plus, mais je ne crois pas que vous deviez donner moins, de la dixième partie de ce que vous avez. Faites cela non-seulement lorsque vous vendez, mais lors, même , que vous achetez. Que ceux qui reçoivent des rentes et des revenus gardent aussi cette loi ; enfin qu'elle soit générale pour tous ceux qui reçoivent de l'argent: par des voies justes. Quant aux usuriers, je ne m'adresse pas à eux, ni aux soldats qui s'enrichissent par des concussions, et qui trafiquent de la misère des autres. D'une semblable source, Dieu ne veut rien recevoir; je dis ces choses à ceux qui s'enrichissent noblement. Une fois que nous avons pris cette habitude, nous sommes toujours aiguillonnés par notre conscience, lorsque, nous abandonnons cette loi ; nous reconsidérons plus la pratique comme difficile, petit à petit nous irons plus loin, et après nous être appliqués au mépris des richesses, et avoir arraché de nos coeurs cette racine de tous les maux, nous passerons cette vie dans une paix tranquille, et nous jouirons ensuite d'une autre qui ne finira pas, et que je prie Dieu de nous accorder à tous, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit, avec le Père et l'Esprit-Saint, la gloire, l'honneur et l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

HOMéLIE XLIV. QUE SI TIMOTHéE VOUS VA TROUVER, AYEZ SOIN QU'IL SOIT EN SûRETé PARMI VOUS. (CHAP. XVI, VERS. 10, JUSQU'à LA FIN.).

ANALYSE.

1 et 2. Saint Paul recommande Timothée aux Corinthiens, il prévient ainsi avec beaucoup de sagesse les désagréments auxquels ce disciple était exposé de la part de ceux à qui il portait les réprimandes de son maître.

3. Que le faste est la source de grands maux.

4-6. Avec quelle douceur il faut reprendre ceux qui pèchent.

— Que nous ne devons pas être indifférents aux maux spirituels de nos frères. — Qu'il vaut mieux faire des remontrances en face que des médisances en secret.

1. On trouvera peut-être cette recommandation peu digne du courage de Timothée. Mais c'est moins dans l'intérêt de Timothée qu'elle a été faite que dans celui des Corinthiens; parce que les piégés qu'ils lui eussent peut-être tendus auraient causé leur propre ruine. Quant à Timothée, il était toujours porté à se jeter au milieu des périls.

" Il m'a ( 603) servi ", dit ailleurs l'apôtre, " dans la prédication de l'Evangile , comme un fils servirait son père ". (Phil. II, 22) insolents à l'égard du disciple, ils le fussent devenus à l'égard du maître lui-même , c'est là ce que Paul veut prévenir par ces paroles : " Ayez soin qu'il soit en sûreté parmi vous ". C'est-à-dire, qu'aucun de ces pécheurs désespérés ne s'élève contre lui. Timothée devait probablement ajouter; de vive voix, des réprimandes à celles qui étaient contenues: dans la lettre apostolique et sur les mêmes sujets. C'était du reste la raison pour laquelle l'apôtre annonçait, qu'il l'envoyait. " Je vous envoie Timothée", dit-il, " qui vous fera souvenir de mes voies en Jésus-Christ, et de ce que j'enseigne partout dans toute l'église". (I Cor. IV, 17.) Paul craint donc que ces Corinthiens, fiers de leur noblesse et de leurs richesses, confiants dans l'appui de la multitude et dans leur sagesse selon le monde, n'en viennent à s'insurger contre son disciple; qu'ils ne le méprisent, qu'ils ne lui tendent des embûches, et, qu'exaspérés par les réprimandes du maître et du disciple, ils n'en demandent raison à celui-ci et né s'en vengent sur lui. Voilà pourquoi il leur écrit cette parole : " Ayez soin qu'il soit en sûreté parmi vous ". Ne venez pas m'alléguer les païens et les infidèles. C'est pour vous que j'écris toute cette épître , ainsi j'attends cela de vous: C'étaient eux aussi qu'il avait. effrayés dès le commence ment. Tel est le sens de ce mot : " parmi vous".

Il l’accrédite ensuite en le louant de la manière dont il s'acquitte de son ministère " Parce que ", dit-il, " il travaille à l'oeuvre du Seigneur ". Ne considérez pas qu'il n'est pas riche, ni savant, ni âgé, mais considérez sa mission et ses oeuvres. " Parce qu'il travaille à l'oeuvre du Seigneur". Cela seuil lui tient lieu de noblesse, de richesse, d'âge et de science. Saint Paul ne s'en tient pas là, mais il ajoute : " Aussi bien que moi ". Il a déjà dit plus haut : " Il est mon Fils bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous fera souvenir de mes voies en Jésus-Christ ". Or, il était jeune et chargé seul de la correction d'un grand peuple , deux circonstances propres à lui attirer le mépris des Corinthiens , saint Paul le prévient et dit : " Que. personne ne le méprise (11)". Il demande quelque chose de plus , il veut qu'on l'honore : "Mais reconduisez-le en paix ", c'est-à-dire en toute tranquillité, saris susciter de disputes ni de querelles, en lui témoignant, non des inimitiés et des haines, mais de la soumission et de l'honneur, en l'écoutant comme un maître. " Afin qu'il vienne me trouver, parce que je l'attends avec nos frères ". Ceci est encore dit pour effrayer les Corinthiens. C'est afin qu'ils sachent que Timothée ne manquera pas de lui rapporter comment il aura été traité par eux, et que cette pensée les rende plus honnêtes à son égard, que l'apôtre ajoute : " Car je l'attends ". Il leur montre aussi par là même la considération dont Timothée est digne, puisque, devant faire un voyage, il l'attendait. pour l’emmener avec lui? de plus, c'était leur témoigner de la charité que de leur envoyer un homme qui lui était si utile. — " Pour ce qui est de mon frère Apollon, je l'ai fort prié devons aller voir avec quelques-uns de nos frères (32) ". Il paraît qu'Apollon était fort instruit et bien plus âgé que Timothée. Les Corinthiens auraient pu dire : Pourquoi donc nous a-t-il envoyé un jeune homme fait? Saint Paul va au-devant de cette plainte en donnant à Apollon le nom de frère, et en leur disant qu'il l'a fort prié de les aller voir. Afin que l'on ne croie pas qu'il a préféré Timothée et que c'est pour cette raison qu'il n'a pas envoyé Apollon, ce qui aurait excité la jalousie, il ajoute : " Je l'ai fort prié d'y aller ". Quoi donc? Apollon n'aurait pas cédé, n'aurait pas consenti? Il aurait contesté, il aurait résisté ? Saint Paul ne dit pas cela ; il veut se disculper sans accuser Apollon, et il dit : " Mais enfin, il n'a pas cru devoir se rendre près de vous présentement ". Ensuite, afin qu'on ne dise pas: Ce n'est là qu'un subterfuge et un. prétexte , il ajoute : " Il ira vous voir, lorsqu'il en trouvera l'occasion favorable ".

C'est là un mot d'excuse en faveur d'Apollon, qui a aussi pour effet d'adoucir le regret qu'avaient les Corinthiens de ne pas le voir venir, en leur faisant espérer qu'il viendrait bientôt. Puis il leur montre qu'ils doivent mettre l'espoir de leur salut non pas seulement dans leurs maîtres , mais surtout en eux-mêmes, et il dit :

" Soyez vigilants, demeurez fermes dans la foi (13) ". Dans la foi, non dans la sagesse humaine; ce né serait plus là se tenir fermes, mais se précipiter. Garder ta foi, c'est rester debout. — " Agissez en hommes de coeur ; armez-vous de force et de vigueur. Faites avec charité tout ce que vous faites (14) ". (604) En parlant ainsi il semble les exhorter, mais dans le fond il leur reproche leur négligence. Leur dire comme il fait, de " veiller, de se retenir fermes, de montrer du courage et de la vigueur ", d'agir en tout avec charité, c'est supposer qu'ils sommeillent, qu'ils sont chancelants, qu'ils sont amollis, qu'ils sont divisés. — " Veillez, et tenez-vous termes " est dit pour les mettre en garde contre les trompeurs, " soyez des hommes de coeur ", contre ceux qui tendaient des piéges ; " faites avec charité tout ce que vous faites ", contre ceux qui tentaient de les diviser, en factions, car la charité est le lien de toute perfection, ainsi que la racine et la source de tous les biens. Mais que veut dire cette. parole : " Faites tout avec charité? " C'est-à-dire : soit que vous repreniez, soit que vous commandiez, soit que vous obéissiez, soit que vous appreniez, soit que vous enseigniez, faites avec charité tout ce que vous faites. Cartons les désordres que l'apôtre combat, ne venaient que de ce qu'on avait négligé la charité.

Si les Corinthiens l'eussent pratiquée avec plus de soin , ils n'auraient pas connu l'enflure du coeur et ils n'auraient pas dit : Moi je suis à Paul, moi je suis à Apollon. Avec la charité ils n'auraient point plaidé devant les tribunaux païens , ou plutôt ils n'auraient point plaidé du tout. Avec la charité , l'incestueux n'eût point touché la femme de son père; les frères n'auraient point méprisé leurs frères qui étaient faibles, ils n'auraient point eu d'hérésies parmi eux, ils n'auraient pas tiré vanité des dons spirituels. Telle est la raison de cette parole : " Faites avec charité tout ce que vous faites ".

2. " Or vous connaissez ", mes frères, " la maison de Stéphanas , vous savez qu'elle a été les prémices de l'Achaïe, et qu'elle s'est vouée au service des saints (15) ". Saint Paul avait parlé de Stéphanas dès le commencement de cette épître : " J'ai baptisé ", dit-il, " la maison de Stéphanas ". (I Cor. I, 16.) Il dit ici qu'elle est les prémices, non-seulement de Corinthe , mais de toute la Grèce. Et ce n'est pas pour eux une petite gloire qu'ils aient été les premiers â embrasser la foi de Jésus-Christ. Dans l'épître aux Romains, Paul donne à quelques-uns un semblable éloge : " Ils ont été engendrés même avant moi en Jésus-Christ".

Il ne dit point ici qu'ils ont cru les premiers , mais qu'ils ont été les prémices, ce qui témoigne qu'après avoir reçu la foi , ils avaient mené une vie très-vertueuse, montrant par leurs actions comme par des fruits excellents qu'ils étaient dignes de louange. Pour être appelés prémices, il leur fallait être meilleurs que les autres dont ils étaient les prémices, tel est donc le témoignage que saint Paul leur rend par cette parole. Car je le répète, ils n'avaient pas seulement cru sincèrement, mais ils avaient montré une très-grande piété, une éminente vertu et beaucoup de zèle dans- la pratique de l'aumône. Il fait encore juger de leur piété d'une autre manière , en donnant à entendre que toute leur maison était remplie de sainteté ; que leur vie fût chargée d'une ample moisson de bonnes oeuvres, la suite l'indique assez: " Ils se sont voués,", dit l'apôtre; " au service des saints ". Vous entendez les louanges données à leur hospitalité. L'apôtre ne dit pas. qu'ils servent mais, " qu'ils se sont voués au service"; ils y ont consacré toute leur vie, ce service est devenu leur occupation, leur profession. " C'est pourquoi je vous supplie d'avoir pour eux la déférence due à des personnes de cette sorte (16) "; c'est-à-dire de les secourir; de les aider, de partager avec; eux la dépense et les soins matériels nécessaires.

Car leur peine sera Moins grande lorsqu'ils auront des aides , et l'avantage s'en répandra sur plus de personnes. Il ne dit pas simplement : " Travaillez avec eux ", mais " Obéissez-leur en ce qu'ils vous commandent "; et il entend parler d'une soumission profonde. Et pour que ceci ne ressemble pas à une faveur, il ajoute : " Ayez cette même déférence pour tous ceux qui :coopèrent à l'oeuvre de Dieu ",. Que ce soit là , veut-il. dire , Une loi commune , ce n'est pas un privilège que j'établis en leur faveur, mais que toute personne qui leur ressemblera jouisse des mêmes avantages. C'est pourquoi avant de les louer, il prend à témoin les Corinthiens eux-mêmes de ce qu'il va dire : " J'en appelle à vous ; vous connaissez la maison de Stéphanas ". C'est-à-dire : vous savez vous-mêmes comment ils travaillent, et vous n'avez pas besoin de l'apprendre de nous.

" Je me réjouis de l'arrivée de Stéphanas, de Fortunat et d'Achaïque, parce qu'ils ont suppléé ce que vous n'étiez pas à portée de faire par vous-mêmes.

Car ils ont consolé mon esprit et le vôtre (17, 18) ". Comme il était naturel de supposer que les Corinthiens étaient irrités contre ceux-là, parce que chargés de (605)

consulter saint Paul touchant les vierges et lés personnes mariées, ils lui avaient en même temps donné avis des disputes et des schismes qui les divisaient, l'apôtre fait tout ce qu'il peut pour les adoucir, en leur disant au commencement de cette épître : " J'ai appris par ceux qui sont de la maison de Chloë ". Il cache les autres et ne parle que de ceux-ci apparemment les autres l'avaient renseigné par le moyen de ceux-ci. Lorsqu'il dit : " Ils ont suppléé ce que vous n'étiez pas à portée de faire par vous-mêmes;

ils ont consolé mon esprit et le vôtre ", il fait comprendre qu'ils étaient venus au lieu de tous, et que c'était dans l'intérêt de toute l'église qu'ils avaient entrepris un si long voyage. Comment donc rendrez-vous commun à tous ce qui leur est propre? Ce sera si vous compensez ce qui vous a manqué par l'affection que vous aurez pour eux, par l'honneur que vous leur rendrez., et par vos bons offices en les recevant charitablement, et en leur faisant part de vos biens. C'est pourquoi il dit : " Ayez de la considération pour de telles personnes ". En louant ceux qui sont venus, il n'oublie pas ceux qui les ont envoyés, il lés comprend les uns et les autres dans le même éloge, en disant : "Ils ont consolé mon esprit et le vôtre ". Ayez donc une grande considération pour de telles personnes qui ont laissé pour votre service leur patrie et, leur maison. Admirez la prudence de l'apôtre; il a soin de montrer que ces personnes ne l'avaient pas obligé lui seul, mais encore tous les Corinthiens, puisqu'ils s'étaient chargés des intérêts de toute la ville c'était un bon moyen pour les recommander, et pour empêcher les Corinthiens de s'éloigner d'eux, puisqu'en leurs personnes ils avaient tous paru devant saint Paul. " Toutes les Eglises de l'Asie vous saluent (19) ". Saint Paul réunit toujours tous les membres de l'église les uns avec les autres par le moyen de ces salutations. " Aquilas et Priscille vous saluent avec beaucoup d'affection en Notre-Seigneur ". Il demeurait chez eux étant faiseur de tentes comme eux. " Avec l'église qui est dans leur maison ". Grande gloire pour eux d'avoir fait de leur maison une église. " Tous nos frères vous saluent; saluez-vous les uns les autres par un saint baiser (20) ". Ce n'est qu'en cet endroit que l'apôtre, au mot de salutation, ajoute celui de saint baiser. Pourquoi le fait-il? Parce qu'il y avait chez les Corinthiens de profondes divisions et qu'ils disaient : " Je suis à Paul, je suis à Apollon, je suis à Céphas, je suis à Jésus-Christ " ; parce que l'un mourait de faim pendant que l'autre était ivre, parce qu'ils se livraient. Aux disputes, aux jalousies, aux procès. Ils se jalousaient aussi les uns les autres au sujet des dons spirituels, et ils en tiraient vanité. Ainsi après avoir travaillé à concilier leurs esprits par ses exhortations, il les prie naturellement de s'unir par un saint baiser. Le baiser unit étroitement, et de deux corps n'en fait plus qu'un. Ce mot de " saint " fait voir que le baiser doit être exempt de fraude et d'hypocrisie. " La salutation est de ma main à "moi Paul (21)".Ceci témoigne du soin avec lequel la lettre a été écrite. C'est encore ce qu'indique ceci: " Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème (22)".

3. Par cette seule parole, il effraye tous ceux qui rendaient leurs membres les membres d'une prostituée, ceux qui scandalisaient leurs frères en mangeant des viandes offertes aux idoles, ceux qui se disaient adeptes de tel ou tel homme, ceux qui ne croyaient pas à la résurrection. Non-seulement il les épouvante, mais il leur montre la voie de la vertu et la source du mal. Car, comme une charité forte et active éteint toutes les espèces de péchés et les détruit, de même une charité faible et languissante les fait tous naître. " Maran Atha ". Pourquoi ce mot? pourquoi se servir d'un mot hébreu? Parce que l'orgueil était le principe de tous les maux qu'il combattait. La sagesse humaine dont ce peuple se piquait était la cause de cet orgueil, d'où venait tout le mal et en particulier les schismes qui déchiraient l'église de Corinthe. Pour mieux réprimer ce faste, l'apôtre ne veut pas même se servir d'un mot grée, mais il se sert d'un mot hébreu, montrant que loin de rougir de la simplicité et de la rudesse du langage, il s'en faisait gloire et l'affectait. Mais que signifie " Maran Atha? " il signifie, Notre-Seigneur est venu. Et pourquoi dit-il cela? Pour confirmer la foi de l'incarnation, d'où il tirait les preuves de la résurrection. De plus il voulait encore les faire rougir, comme s'il leur disait. Le Seigneur de tous s'est abaissé jusqu'à s'incarner, et vous, vous restez toujours dans le même état, vous persistez toujours dans le péché. Et vous ne tremblez pas à la pensée de la charité excessive de Dieu, principe de tous nos biens ! Songez-y seulement, et cela suffira pour vous (606) faire avancer dans la vertu, et pour supprimer entièrement le péché.

" Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous (23) ". Il est d'un pasteur d'aider les âmes, non-seulement de ses exhortations, mais de ses prières. " Ma charité est avec vous tous en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen. (24) ". Pour n'avoir pas l'air de les flatter en finissant par ce témoignage d'affections, il dit " en Notre-Seigneur Jésus-Christ ". Son amour n'a rien d'humain, ni de charnel; il est tout spirituel, et par conséquent très-sincère. Le terme dont il se sert témoigne un vif amour. Séparé d'eux par la distance des lieux, il étend les bras de sa charité pour les embrasser de loin. Ma charité, dit-il, " est avec vous tous", c'est comme s'il disait : Je suis avec vous tous. Il ne pouvait mieux leur témoigner qu'il ne leur avait rien écrit par aigreur et par colère, mais uniquement par le zèle qu'il avait de leur salut, puisqu'après une si longue réprimande qu'il leur avait adressée, il ne ressentait contre eux aucune aversion, mais au contraire il les aimait et les embrassait malgré la distance par le moyen de ses lettres qui portaient au milieu d'eux son âme et son coeur. C'est ainsi que doit agir celui qui corrige les autres. Quand on corrige par un mouvement de colère, on satisfait simplement sa, passion. Mais quand après avoir corrigé celui qui pèche, on lui témoigne de la charité, on lui prouve par là que tout ce qu'on a dit pour réprimander, venait d'un sentiment d'affection.

Ayons soin, mes frères, de garder cet esprit de douceur en nous reprenant les uns les autres. Que l'on fasse des remontrances sans se fâcher, Autrement ce ne serait plus de la correction, mais de la passion. Que d'un autre côté celui qui est repris, ne se fâche pis; on veut le guérir et non le blesser. Les médecins quelquefois appliquent le fer et le feu, et personne ne les condamne, quoiqu'ils n'arrivent pas toujours au point qu'ils s'étaient proposé; et malgré la douleur que leur fait éprouver ce traitement, les malades reconnaissent pour leurs bienfaiteurs ceux qui les y soumettent; combien celui qui reçoit une réprimande doit-il plus entrer dans ce sentiment, et regarder comme un médecin et non comme un ennemi la personne qui le corrige? Et nous qui reprenons les autres, faisons-le avec beaucoup de douceur, avec beaucoup de tact. Si nous voyons faillir notre frère, suivons le conseil du Sauveur, ne rendons pas publique la réprimande que nous lui adressons, faisons-la seul à seul, sans paroles amères, sans insulter le pauvre malheureux, qui est par terre, mais avec douleur et en nous apitoyant sur son sort. Montrons-nous tout prêts à bien accueillir nous-même la réprimande toutes les fois que nous la mériterons par nos fautes.

Pour rendre plus clair ce que je dis, faisons une supposition. Car Dieu nous garde que ce que nous allons dire pour exemple devienne jamais quelque chose de réel ! Supposons qu'un de nos frères habite avec une vierge, il aura beau être honnête et chaste il n'évitera pas les mauvais bruits. Si donc vous entendez parler. de cette cohabitation dans le monde, ne méprisez pas ce. que l'on en dit. Ne dites point Est-ce que cet homme n'est pas sage, et, ne sait-il pas ce qui. lui est expédient? Fais-toi aimer sans raison , mais sans raison ne te fais pas haïr, dit-on. Qu'ai-je affaire de m'attirer d'es inimitiés lorsque ce n'est point nécessaire? Ce langage plein de délire conviendrait aux bêtes ou plutôt aux démons. Ce n'est pas s'exposer à l'inimitié sans raison que de s'y exposer pour faire une juste correction, puisqu'on y gagne les plus grands biens et d'ineffables récompenses. Si vous me dites : Mais quoi, cet homme n'a-t-il pas la raison pour se conduire? Je vous répondrai qu'il ne l'a plus, et que l'enivrement de sa passion la lui a ôtée. Si devant les tribunaux civils ceux qui ont souffert une injustice sont incapables de parler pour eux-mêmes à cause de la colère qui les trouble, lorsque cependant ce n'est pas un trimé que de ressentir une injure, combien plus encore sera troublée la raison de ceux qui sont en proie à quelque habitude mauvaise ? Je soutiens donc que, quand même cet homme aurait de la raison autant et plus que vous ne dites, sa raison est au moins endormie maintenant. Quoi de plus sage que David, qui disait à Dieu : " Vous m'avez révélé les secrets de votre sagesse". (Ps. L, 8.) Cependant lorsqu'il eut regardé avec des yeux injustes la femme d'Urie, alors, selon .ce qu'il dit lui-même, il lui arriva ce qui arrive d'ordinaire aux navigateurs lorsque la mer devient furieuse : " Toute sa sagesse fut engloutie". (Ps. CVI, 27.) Et il fallut qu'une main étrangère viril; le, sauver de ce naufrage, car pour lui, il ne s'apercevait pas même qu'il était tombé au fond de l'abîme. C'est pourquoi, en déplorant (607) ses péchés, il disait: "Mes iniquités, comme un lourd fardeau , se sont appesanties sur moi : La pourriture et la corruption sont entrées dans mes plaies à cause de mon ignorance ".

(Ps. XXXVII, 5, 6.)

4. Ainsi donc celui, qui pèche n'a point sa raison; il est plongé dans l'ivresse, et dans les ténèbres. Ne dites donc pas qu'il est assez sage pour se conduire; ne dites pas non plus : " Ce n'est point là mon affaire, chacun portera son fardeau ". (Gal. VI, 5.) C'est un grand , péché pour vous, lorsque voyant quelqu'un qui s'égare, vous ne le remettez pas dans la bonne voie. Si d'après la loi des Juifs il n'était pas permis de laisser périr, sans lui porter secours, la bête de somme de son. ennemi , quel pardon pourra espérer celui qui voit périr sans s'en mettre en peine; non la bête de somme ni même l'âme de son ennemi , mais l'âme de son ami? Il ne suffit pas pour nous excuser que cet homme ait sa raison ; puisque nous qui avons l'habitude d'exhorter les autres,. nous ne pouvons nous suffire à nous-mêmes, de sorte que nous avons besoin de recourir aux lumières, des autres. Lors donc que quelqu'un pèche, considérez qu'il est plus naturel qu'il reçoive de vous que de lui-même le bon conseil dont il a besoin, et ne dites pas : Qu'ai-je besoin de me mêler de cela? Craignez de dire cette parole en vous souvenant de celui qui le premier a osé dire-: " Suis-je le gardien de mon frère ? " Ce dernier mot équivaut à celui-là. Tous nos maux viennent précisément de ce que nous traitons comme étrangers les membres de notre corps. Que dites-vous? Vous n'avez pas à vous occuper de votre frère? Mais qui donc s'en occupera? Sera-ce l'infidèle, lui qui se réjouit de sa chute et y insulte avec outrage? Sera-ce le démon, lui qui le pousse et le fait tomber?

Mais, dites-vous, je donne les conseils qu'il faut, et ce que je dis ne sert à rien. — Et comment savez-vous que cela ne sert à rien ? N'est-il pas de la dernière folie, lorsque l'événement est incertain, de s'exposer à un péché certain de paresse et de négligence ? Dieu lui-même qui connaît l'avenir, n'a-t-il pas souvent donné des avertissements qui ont été inutiles ? Cependant les a-t-il moins donnés, quoiqu'il sût qu'on ne les écouterait pas? Si donc Dieu ne laisse pas que de donner des avertissements qu'il prévoit devoir rester inutiles, quelle sera votre excuse, vous qui ignores absolument l'avenir et qui néanmoins vous laissez aller à la défaillance et à la torpeur? Beaucoup pour avoir essayé ont réussi;

souvent même c'est lorsqu'on a le plus lieu de désespérer que l'on obtient le succès le plus complet. Et quand même vous travailleriez en vain, vous .feriez au moins ce que vous devez. Ne soyez donc point inhumain , sans entrailles, négligent. Car ces excuses que vous donnez sont des marques de votre cruauté et de votre négligence, lugez-en vous-même. Pourquoi, en effet, lorsqu'un membre de votre corps souffre, ne dites-vous pas : Qu'ai-je affaire de m'en occuper? Et qu'est-ce qui me prouve que si je m'en occupais, il guérirait? Même en supposant que vous n'atteindrez pas le but, ne faites vous pas tout au monde pour n'avoir pas à vous reprocher d'avoir rien négligé de ce qui devait être fait? Est-il juste, quand on prend tant de soin des membres de son corps, de négliger les membres de Jésus-Christ? Est-ce même pardonnable? Car si je ne puis vous fléchir en vous disant : Ayez soin de votre propre membre; je rappelle en votre mémoire le corps de Jésus-Christ, afin que la crainte au moins vous fasse rentrer dans votre devoir. Comment ! voir sa propre chair tomber en pourriture et n'en être nullement ému ! N'est-ce pas une nonchalance à faire frémir?

Vous auriez un de vos esclaves, vous n'auriez même qu'une bête de somme en cet état, que vous n'auriez pas le coeur d'y. rester indifférent. Et lorsque le corps de Jésus-Christ même est rempli de pourriture, vous. le négligez? Ne vous rendez-vous. pas digne de toutes les foudres du ciel? C'est par là que tout est mis sens dessus dessous dans le monde, je veux dire par cette inhumanité, cette insouciance cruelle.

Je vous conjure donc, rues frères, de renoncer à cette dureté. Allez trouver cet homme qui habite avec une vierge; faites-lui compliment pour ses bonnes qualités ; adoucissez son mal au moyen de la louange, comme vous feriez une tumeur avec de l'eau tiède. Gémissez sur vous-même, faites le procès à tous les fils d'Adam, montrez que nous sommes tous pécheurs ; demandez-lui pardon, dites-lui que vous vous chargez d'une affaire qui est au-dessus de vous, mais que la charité fait tout oser. Ensuite, pour donner votre avis, prenez un ton qui n'ait rien d'impérieux, mais qui soit tout fraternel. Lorsque vous aurez de la sorte (608) adouci la tumeur enflammée qui est dans son âme et calmé d'avance la douleur que doit causer l'incision de la remontrance que vous avez à lui faire; lorsque vous vous serez plus d'une fois excusé, et que vous l'aurez supplié de ne pas se fâcher, lorsque vous l'aurez comme lié par toutes ces précautions, alors portez le coup, en ayant soin de n'enfoncer ni trop ni trop peu le fer, de peur que d'un côté; si la plaie est peu sensible, il ne la méprise, ou que de l'autre, si elle est trop profonde, il ne se révolte. D'une manière comme de l'autre, ce serait manquer le but.

C'est pourquoi après avoir donné le coup, mêlez encore les louanges avec les réprimandes que vous faites. Et parce que. son action ne peut être louée pour elle-même, puisqu'on ne peut approuver qu'un homme vive ainsi avec une jeune fille, louez-le au moins de l'intention qu'il dit avoir eu en cela. Je sais bien, lui direz-vous, que c'est en vue de Dieu que vous agissez, que l'état d'abandon et le manque de protection où vous avez. vu cette pauvre créature vous ont déterminé à lui tendre une main secourable.

Bien que vous soyez convaincu que son intention est tout autre, parlez-lui néanmoins de la sorte; après cela recommencez encore à vous excuser , dites : Ce n'est point pour vous rien commander que je parle ainsi, c'est pour vous représenter simplement les choses. C'est en vue de Dieu que vous agissez, je n'en doute pas; mais prenons garde qu'il n'en résulte un autre mal. S'il n'en peut résulter aucun, rien de mieux, retenez-la chez vous, continuez une charité si louable, personne ne s'y opposera. Mais s'il en devait sortir plus de mal que de bien, pardons-nous, je vous prie, en voulant soulager une âme, d'en scandaliser mille. Ne lui mettez pas néanmoins brusquement devant lés yeux les châtiments réservés à ceux par qui le scandale arrive; mais prenez-le à témoin lui-même, et dites-lui par exemple : Vous n'avez pas besoin que je vous apprenne ces choses, vous savez vous-même quelle terrible menace a été lancée contre celui qui aura scandalisé un de ces petits. Après tous ces ménagements de paroles, ces précautions pour prévenir la colère, appliquez la remontrance et la correction. S'il alléguait encore l'abandon où se trouve la jeune fille, ne lui prouvez pas encore que ce n'est là qu'un prétexte, mais dites-lui : Ne craignez rien, vous aurez une justification suffisante dans le scandale que cela cause. Car ce n'est point parce que votre charité s'est refroidie, c'est par égard pour les autres que vous vous serez séparé de cette jeune fille.

5. Du reste, sur le chapitre des conseils, soyez bref ; il n'a pas besoin d'une longue instruction, mais ne craignez pas d'accumuler les excuses. Rejetez-vous souvent sur la charité, adoucissez ce que la remontrance a de naturellement dur, faites-le juge lui-même de la question, dites : Quant à moi, voilà le conseil que je vous donnerais, mais c'est à vous de décider, vous êtes le maître.

Je ne veux pas gêner votre liberté, mais je m'en rapporte.

à votre sentiment. — Si nous savions user de ces ménagements dans nos réprimandes, nous pourrions aisément corriger ceux qui pèchent, mais notre manière d'agir en ces circonstances est plus digne des brutes que des hommes. Quand quelques-uns ont remarqué un péché de ce genre, ils se gardent bien d'en souffler mot à celui qui s'en rend coupable, mais ils en chuchotent entre eux comme des vieilles femmes ivres. Alors le proverbe Faites-vous aimer sans raison, mais sans raison ne vous faites point haïr, n'est plus de mise. On veut contenter sa passion de médire, et alors on ne se met plus en peine de se faire haïr sans raison, on va plus loin, on brave le châtiment qu'encourt la médisance. Est-il question de corriger, alors on n'a plus à la bouche que le proverbe ci-dessus, et mille autres prétextes aussi vains: C'était lorsque vous médisiez, lorsque vous. calomniiez qu'il fallait dire et " ne vous faites pas haïr sans raison ", et " cela ne sert à rien ", et " que m'importe ". Mais au contraire, c'est alors que vous êtes curieux à l'excès, et que vous vous mêlez de mille choses. qui ne vous regardent point; alors vous ne craignez plus ni la haine ni tous les maux possibles. Quand il faut s'occuper du salut de son frère, on se pique de n'être ni indiscret, ni importun. Cependant la médisance produit la haine de Dieu et des hommes, mais on ne s'en inquiète guère; tandis que les conseils donnés en particulier, et que les remontrances présentées charitablement vous procureraient l'amitié et des hommes et de Dieu. Que si celui que vous avertissez vous prend en, haine, Dieu vous en aimera davantage. Et même celui que vous aurez repris ne vous haïra pas autant que si (609) vous le déchiriez en secret; au contraire, s'il s'aperçoit que vous le décriez en cachette, il vous détestera comme son ennemi mortel , mais après vos remontrances, il vous respectera comme un père. Il pourra même arriver qu'il s'irrite ouvertement, et que dans le fond de son âme il vous sache gré de ce que vous lui aurez dit.

6. Pensons à ces vérités , mes frères , ayons soin de nos propres membres. N'aiguisons point nos langues les uns contre les autres. Ne disons point de paroles de perdition. Ne minons pas sourdement la réputation du prochain, ne faisons pas du monde un- champ de bataille où sans cesse les uns blessent et les. autres sont blessés. A quoi servent les jeûnes et les veilles , si la langue est toujours ivre , si elle mange à une table plus immonde que si l'on y servait de la chair de chien , si elle ne se rassasie que de sang, si elle verse la corruption, si elle fait de la bouche comme le conduit d'un cloaque, et même quelque chose de plus abominable? La puanteur matérielle nuirait seulement au corps, mais celle qui s'exhale de la médisance, est capable de suffoquer l'âme. Je ne dis pas ceci dans l'intérêt de ceux qui , souffrant la calomnie avec courage, méritent-la couronne céleste, je le dis dans l'intérêt des médisants et des calomniateurs. Les saintes Ecritures déclarent bienheureux le juste qui est en butte a la calomnie; mais elles excluent des saints mystères et même dé l'enceinte de l'église celui qui dit du mal des autres. " Celui qui médisait en secret de son prochain ", est-il dit, " je le persécutais ". (Ps. C, 5.) Elles le déclarent indigne de lire les livres sacrés : " Pourquoi racontes-tu mes justices, pourquoi ta bouche ose-t-elle. redire mon alliance? " (Ps. XLIX, 16.) Ecoutez le motif de cette exclusion : " Tu t'asseyais à l'écart pour parler cou" tre top frère ". (Id. 20.) Les saintes Ecritures ne distinguent pas si le mal que l'on dit est vrai ou faux; ailleurs, elles défendent expressément de dire du mal, quand même on dirait vrai. " Ne jugez point ", dit Jésus-Christ, afin " que vous ne soyez point jugés ". (Matth. VII, 1.) Il condamna aussi le pharisien qui médisait du publicain, bien qu'il ne dît que la vérité.

Quoi donc, dira-t-on, si quelqu'un se montre aussi audacieux que pervers, il nous sera interdit de le redresser, de l'accuser? Accusez-le, corrigez-le , mais que ce soit comme j'ai dit plus haut. Si vous le faites avec des reproches ou des injures, prenez garde, en imitant le pharisien , d'avoir le même sort que lui. Ce genre de réprimande n'est utile à personne , ni à vous qui la faites , ni à celui qui en est l'objet. Celui-ci en devient au contraire plus effronté. Tant que ces désordres restent secrets, il sait au moins rougir, mais dès qu'il se voit démasqué, il secoue ce dernier frein. Celui devant qui vous décriez votre frère , en éprouvera lui aussi. un grave préjudice. S'il a conscience d'avoir fait de bonnes actions, il s'enfle, il s'élève aux dépens de l'autre. S'il est pécheur, il se jette dorénavant plus résolûment dans le vice. A son tour, le médisant donne une mauvaise opinion de lui-même à celui qu'il prend pour confident, et il attire sur sa tête la colère de Dieu.

C'est pourquoi, je vous en conjure , abstenons-nous de toute parole mal sonnante. Ne prononçons que des paroles bonnes pour l'édification. — Mais, dites-vous, il faut que je rue venge de cet homme? — Vengez-vous plutôt de vous-même. Vous voulez vous venger de ceux qui vous font de la peine, vengez-vous selon- la manière que conseille saint Paul : " Si ton ennemi a faim , donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire ". (Rom. XII, 20.) Si vous ne faites pas ainsi, si vous ne voulez que tendre des embûches , c'est contre vous-même que vous tournez l’épée. Si l'on médit de vous, donnez des éloges en retour de cette manière vous vous vengerez, et vous vous mettrez à l'abri de tout mauvais soupçon. Celui que la médisance afflige, donne lieu de croire que son affliction vient de sa mauvaise conscience. Celui qui se rit de tout ce qu'on peut dire, donne la plus grande preuve de l'intégrité de sa conscience. Puis donc gaie par vos médisances vous n'êtes utile ni à celui qui les écoute, ni à vous-même, ni à celui qui en est l'objet, puisque vous tirez l'épée contre vous-même , songez-y du moins et soyez plus réservé. La considération du royaume céleste et de la volonté de Dieu devrait suffire pour volis déterminer, mais puisque vous êtes si grossier dans vos sentiments, puisque vous mordez comme une bête féroce, que ceci au moins vous instruise et vous corrige, afin que, amendé par ces motifs, le seul désir de plaire à Dieu vous retienne ensuite dans le devoir. Et. quand vous serez ainsi au-dessus de toutes les passions, vous (610) obtiendrez le royaume des cieux, que je prie Dieu de nous accorder à tous, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soit la gloire, la puissance, et l'honneur, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Traduit par M. JEANNIN.

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