Homélies sur la 1ère épître aux Thessaloniciens

Jean Chrysostome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr · 3 pages

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Saint Jean Chrysostome

Commentaire sur la 1ère lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens

.AUX THESSALONICIENS.

Tome XI p. 178-245

COMMENTAIRE SUR LA PREMIèRE EPîTRE AUX THESSALONICIENS.

* AVERTISSEMENT POUR LES DEUX éPITRES. * HOMéLIE PREMIèRE. PAUL, SYLVAIN ET TIMOTHéE A L'éGLISE DE THESSALONIQUE QUI EST EN DIEU LE PèRE ET EN JéSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR. QUE LA GRACE ET LA PAIX VOUS SOIENT DONNéES. NOUS RENDONS SANS CESSE GRACES A * DIEU POUR VOUS TOUS, FAISANT MENTION DE VOUS DANS NOS PRIèRES, ET NOUS REPRéSENTANT SANS CESSE DEVANT DIEU QUI EST NOTRE PèRE, LES OEUVRES DE VOTRE FOI, LES TRAVAUX DE VOTRE CHARITé, ET LA FERMETé DE L'ESPéRANCE QUE VOUS AVEZ EN NOTRE-SEIGNEUR JéSUS-CHRIST. (1, 1-3 JUSQU'A 7.) * HOMéLIE II. PAR VOUS LA PAROLE DU SEIGNEUR S'EST RéPANDUE AVEC éCLAT NON-SEULEMENT EN * MACéDOINE ET EN ACHAIE, MAIS VOTRE FOI EN DIEU EST ENCORE SORTIE POUR SE FAIRE CONNAîTRE PARTOUT, TELLEMENT QU'IL N'EST POINT NéCESSAIRE QUE NOUS EN PARLIONS; PUISQUE TOUT LE MONDE NOUS RACONTE A NOUS-MêMES QUEL A éTé LE SUCCèS DE NOTRE ARRIVéE PARMI VOUS, ET COMMENT VOUS VOUS êTES CONVERTIS A DIEU APRèS AVOIR QUITTé LES IDOLES, POUR SERVIR LE DIEU VIVANT ET VéRITABLE, ET POUR ATTENDRE DU CIEL SON FILS QU'IL A RESSUSCITé D'ENTRE LES MORTS, JéSUS QUI NOUS DéLIVRE DE LA COLèRE A VENIR.

(I, 8-10 JUSQU'à II, 9.) * HOMéLIE III. CAR VOUS N'AVEZ PAS OUBLIé, MES FRèRES, NOTRE PEINE ET NOTRE FATIGUE; NUIT ET JOUR TRAVAILLANT DE MANIèRE A N'êTRE A CHARGE A AUCUN DE VOUS, NOUS AVONS PRêCHé L'éVANGILE DE DIEU. VOUS êTES TéMOINS VOUS-MêMES, ET DIEU AVEC VOUS, DE CE QU'IL Y A EU DE SAINT, DE JUSTE ET D'IRRéPROCHABLE DANS NOTRE CONDUITE ENVERS VOUS, QUI AVEZ EMBRASSé LA FOI. VOUS SAVEZ QUE NOUS AVONS AGI ENVERS CHACUN DE VOUS, COMME UN PèRE ENVERS SES ENFANTS, VOUS EXHORTANT, VOUS CONSOLANT, VOUS CONJURANT DE MARCHER D'UNE * MANIèRE DIGNE DE DIEU, QUI VOUS A APPELéS AU PARTAGE DE SA ROYAUTé ET DE SA GLOIRE. (CHAP. II, 9-12 JUSQU'A III, 4.) * HOMéLIE IV. NE POUVANT DONC ATTENDRE PLUS LONGTEMPS, JE VOUS L'AI ENVOYé, POUR RECONNAîTRE L'éTAT DE VOTRE FOI, AYANT APPRéHENDé QUE LE TENTATEUR NE VOUS EUT TENTéS, ET QUE NOTRE TRAVAIL NE DEVINT INUTILE. MAIS TIMOTHéE, éTANT REVENU VERS NOUS, APRèS VOUS AVOIR VUS, ET NOUS AYANT APPORTé LA BONNE NOUVELLE DE VOTRE FOI ET DE VOTRE CHARITé, ET DU BON SOUVENIR, QUE VOUS AVEZ SANS CESSE DE NOUS, QUI VOUS PORTE A DéSIRER DE NOUS VOIR, COMME NOUS AVONS AUSSI LE MêME DéSIR POUR VOUS, NOUS TENONS A VOUS DIRE, MES FRèRES, QUE, DANS TOUTES LES AFFLICTIONS ET DANS TOUS LES MAUX QUI NOUS ARRIVENT, VOTRE FOI NOUS FAIT TROUVER NOTRE CONSOLATION EN VOUS; QUE NOUS VIVONS MAINTENANT, SI VOUS DEMEUREZ * FERMES DANS LE SEIGNEUR. (III, 5-8 JUSQU'à LA FIN DU CHAPITRE.) * HOMéLIE V. AU RESTE, MES FRèRES, NOUS VOUS DEMANDONS, ET NOUS VOUS CONJURONS, EN NOTRE-SEIGNEUR JéSUS, QU'APRèS AVOIR APPRIS DE NOUS COMMENT VOUS DEVEZ MARCHER, POUR PLAIRE A DIEU, VOUS AVANCIEZ DE PLUS EN PLUS. CAR VOUS SAVEZ QUELS PRéCEPTES NOUS VOUS AVONS DONNéS, DE LA PART DE NOTRE-SEIGNEUR JéSUS-CHRIST.

CAR LA VOLONTé DE DIEU, C'EST VOTRE SANCTIFICATION. (CHAP. IV, 1-3 JUSQU'AU VERSET 8.) * HOMéLIE VI. QUANT A CE QUI REGARDE LA CHARITé FRATERNELLE, NOUS N'AVONS PAS BESOIN DE VOUS éCRIRE SUR CE SUJET, PUISQUE DIEU VOUS A APPRIS LUI-MêME A VOUS AIMER LES UNS LES AUTRES; ET, VRAIMENT, C'EST CE QUE VOUS PRATIQUEZ A L'éGARD DE TOUS NOS FRèRES, QUI SONT DANS TOUTE LA MACéDOINE. (IV, 9-11.) * HOMéLIE VII. JE NE VEUX PAS QUE VOUS IGNORIEZ, MES FRèRES, CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR TOUCHANT CEUX QUI DORMENT DU SOMMEIL DE LA MORT, AFIN QUE VOUS NE VOUS ATTRISTIEZ PAS, COMME FONT LES * AUTRES HOMMES, QUI N'ONT PAS L'ESPéRANCE. (IV, 12 ET 13.) * HOMéLIE VIII. AINSI NOUS VOUS DéCLARONS, COMME L'AYANT APPRIS DU SEIGNEUR, QUE NOUS, QUI SOMMES VIVANTS, ET QUI SOMMES RéSERVéS POUR SON AVéNEMENT, NOUS NE PRéVIENDRONS POINT CEUX QUI SONT DANS LE SOMMEIL DE LA MORT ; CAR AUSSITOT QUE LE SIGNAL AURA éTé DONNé PAR LA VOIX DE L'ARCHANGE, ET PAR LE SON DE LA TROMPETTE DE DIEU, LE SEIGNEUR LUI-MêME DESCENDRA DU CIEL, ET CEUX QUI SERONT MORTS EN JéSUS-CHRIST, RESSUSCITERONT D'ABORD; PUIS, NOUS AUTRES, QUI SOMMES VIVANTS, ET QUI AURONS éTé RéSERVéS JUSQU'ALORS, NOUS * SERONS EMPORTéS AVEC EUX DANS LES NUéES, POUR ALLER AU-DEVANT DU SEIGNEUR AU MILIEU DE L'AIR; ET AINSI NOUS SERONS POUR JAMAIS AVEC LE SEIGNEUR. (CH. IV. 14, 15, 16, 17.) * HOMéLIE IX. OR, POUR CE QUI REGARDE LES TEMPS ET LES MOMENTS, MES FRèRES, VOUS N'AVEZ PAS BESOIN QU'ON VOUS EN éCRIVE, PARCE QUE VOUS SAVEZ BIEN VOUS-MêMES QUE LE JOUR DU SEIGNEUR DOIT VENIR COMME UN VOLEUR DE NUIT. (CHAP. V, 1 A 12.) * HOMéLIE X. NOUS VOUS DEMANDONS, MES FRèRES, DE RECONNAITRE CEUX QUI SE FATIGUENT PARMI VOUS, QUI VOUS GOUVERNENTSELON LE SEIGNEUR, ET QUI VOUS AVERTISSENT, ET D'AVOIR, POUR EUX, UNE AFFECTION SINGULIèRE, A CAUSE DU TRAVAIL QU'ILS FONT; CONSERVEZ LA PAIX AVEC EUX. (V, 12-18.) * HOMéLIE XI. N'éTEIGNEZ PAS L'ESPRIT, NE MéPRISEZ PAS LES PROPHéTIES; éPROUVEZ TOUT, ET RETENEZ CE QUI EST BON; ABSTENEZ-VOUS DE TOUT CE QUI A QUELQUE APPARENCE DE MAL. (V, 19-23.) * COMMENTAIRE SUR LA DEUXIEME éPITRE AUX THESSALONICIENS. * ARGUMENT. — HOMéLIE PREMIèRE. * HOMéLIE II. PAUL, ET SILVAIN, ET TIMOTHéE, A L'éGLISE DE THESSALONIQUE, EN DIEU NOTRE PèRE, ET EN JéSUS-CHRIST, NOTRE SEIGNEUR. QUE DIEU NOTRE PèRE ET LE SEIGNEUR JéSUS-CHRIST, * VOUS DONNENT LA GRACE ET LA PAIX. (I, 1-8.) * HOMéLIE III. QUI SOUFFRIRONT LA PEINE D'UNE éTERNELLE DAMNATION, éTANT CONFONDUS PAR LA FACE DU SEIGNEUR ET PAR LA GLOIRE DE SA PUISSANCE, LORSQU'IL VIENDRA POUR êTRE GLORIFIé DANS SES SAINTS, ET POUR SE FAIRE ADMIRER DANS TOUS CEUX QUI AURONT CRU EN LUI. (I, 9, II, 5.) * HOMéLIE IV. ET VOUS SAVEZ BIEN CE QUI EMPêCHE QU'IL NE VIENNE, AFIN QU'IL PARAISSE EN SON TEMPS; CAR LE MYSTèRE D'INIQUITé SE FORME DèS A PRéSENT: IL FAUT SEULEMENT QUE CELUI QUI LE RETIENT MAINTENANT, LE RETIENNE ENCORE, JUSQU'à CE QU'IL SOIT OTé DU MONDE, ET ALORS SE DéCOUVRIRA * L'IMPIE QUE LE SEIGNEUR JéSUS DéTRUIRA PAR LE SOUFFLE DE SA BOUCHE, ET QU'IL PERDRA PAR L'éCLAT DE SA PRéSENCE.

CET IMPIE QUI DOIT VENIR ACCOMPAGNé DE LA PUISSANCE DE SATAN. (II. 6, JUSQU'à III, 2.) * HOMéLIE V. MAIS DIEU EST FIDèLE, ET IL VOUS AFFERMIRA ET VOUS PRéSERVERA DU MALIN ESPRIT. POUR CE QUI VOUS REGARDE, NOUS AVONS CETTE CONFIANCE, EN LA BONTé DU SEIGNEUR, QUE VOUS ACCOMPLISSEZ ET QUE VOUS ACCOMPLIREZ A L'AVENIR CE QUE NOUS VOUS ORDONNONS. QUE LE SEIGNEUR VOUS, DONNE UN COEUR DROIT, DANS L'AMOUR DE DIEU ET DANS LA PATIENCE DE JéSUS-CHRIST. (III, 3 JUSQU'A LA FIN.) *

COMMENTAIRE SUR LA PREMIèRE EPîTRE AUX THESSALONICIENS.

Tome XI p. 178-245

AVERTISSEMENT POUR LES DEUX éPITRES.

Ces homélies furent prononcées à Constantinople, ainsi que l'orateur lui-même l’insinue, lorsqu'il dit dans la huitième homélie sur la première épître, vers la fin : " Pour moi, il faudra que je rende " compte de ce gouvernement des âmes qui m'a été confié ". Il l'indique non moins clairement dans la quatrième homélie sur la seconde épître, lorsqu'il dit : " Le diable s'arme contre nous plus terriblement que contre les autres : A la guerre, en effet, c'est surtout contre le chef que l'ennemi dirige ses attaques ". Cà et là, il frappe fortement sur les vices des habitants de Constantinople, sur leurs sortilèges, leurs amulettes et leurs pratiques divinatoires. Il proscrit les théâtres et leurs divertissements grossièrement immoraux. Il blâme les deuils exagérés. Il rapporte certaines singularités concernant le lac de Sodome, comme des faits constants et avérés. Dans la quatrième homélie sur la deuxième épître, il dit que Néron est le type de l'antéchrist, et croit trouver dans le texte de saint Paul une prédiction de la chute prochaine de l'empire romain. HOMéLIE PREMIèRE. PAUL, SYLVAIN ET TIMOTHéE A L'éGLISE DE THESSALONIQUE QUI EST EN DIEU LE PèRE ET EN JéSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR. QUE LA GRACE ET LA PAIX VOUS SOIENT DONNéES. NOUS RENDONS SANS CESSE GRACES A DIEU POUR VOUS TOUS, FAISANT MENTION DE VOUS DANS NOS PRIèRES, ET NOUS REPRéSENTANT SANS CESSE DEVANT DIEU QUI EST NOTRE PèRE, LES OEUVRES DE VOTRE FOI, LES TRAVAUX DE VOTRE CHARITé, ET LA FERMETé DE L'ESPéRANCE QUE VOUS AVEZ EN NOTRE-SEIGNEUR JéSUS-CHRIST. (1, 1-3 JUSQU'A 7.)

Analyse.

3. Nécessité de la vigilance. — Il est très-utile que l'on prie pour nous, mais les prières d'autrui ne sont utiles qu'à ceux qui font déjà par eux-mêmes ce qu'ils peuvent.

1. Pourquoi donc, lorsque l'apôtre écrit aux Philippiens et qu'il a Timothée avec lui, rie joint-il pas le nom de ce disciple au sien propre en tête de sa lettre (1), tandis qu'il le fait ici? Cependant Timothée était bien connu de ce peuple, et il en était admiré. " Vous avez " éprouvé vous-mêmes ", leur dit saint Paul, " qu'il m'a servi comme un fils servirait son père. Je n'ai personne "; dit-il encore, " qui soit si véritablement dans les mêmes sentiments que moi, et qui ait autant soin de

1 C'est une erreur : le nom de Timothée est mis à côté de celui de saint Paul dans l'épître aux Philippiens. Il ne s'y trouve pas dans l'épître aux Ephésiens, mais ce qui suit montre que ce n'est pas de ceux-ci que parle saint Chrysostome, mais bien des Philippiens. La mémoire a fait défaut à l'orateur.

tout ce qui vous regarde ". (Philipp. XI, 22, 20.) Pourquoi donc le nom de Timothée se trouve-t-il mis à côté de celui de Paul dans un cas et non dans l'autre? Je crois que c'est parce que, lorsqu'il écrivait aux Philippiens, il était sur le point de leur envoyer bientôt Timothée. Il eût été superflu que celui-ci s'associât à l'envoi d'une lettre qu'il allait suivre de si près. Saint Paul, en effet, leur dit formellement qu'il était sur le point de leur envoyer bientôt Timothée.

(Ibid. 23.) Pour ce qui regarde les Thessaloniciens, il n'en était pas de même. Mais Timothée était depuis peu de retour de chez eux, en sorte qu'il est naturel qu'il s'associe à la lettre qu'on leur écrit : (179) " Timothée est revenu récemment près de nous après vous avoir vus ", dit l'apôtre.

(I Thess. III, 6.)

Mais pourquoi nomme-t-il Silvain avant Timothée, Timothée à qui il rend les témoignages les plus avantageux et qu'il préfère à tous les autres ? Peut-être est-ce Timothée lui-même qui l'a ainsi voulu par humilité.

En voyant son maître pousser l'humilité jusqu'à mettre ses disciples sur le même rang que lui, Timothée devait se sentir porté à pratiquer aussi l'humilité et à se mettre après tous les autres.

" Paul, Silvain et Timothée à l'Eglise de Thessalonique ". Saint Paul ne prend ici aucune qualité, il se nomme tout court Paul, sans ajouter apôtre, ou serviteur de Jésus-Christ. Les Thessaloniciens étaient encore assez novices dans la foi, ils n'avaient pas encore appris à connaître saint Paul, voilà pourquoi, ce me semble, l'apôtre ne met aucun terme qui rappelle sa dignité. C'est qu'en effet la prédication ne faisait encore que débuter chez eux. — " A l'Eglise de Thessalonique ". Ceci n'est pas mis sans intention. Ces fidèles étaient encore en petit nombre et sans beaucoup de cohésion, et c'est pour les encourager que l'apôtre emploie ici le terme d'Eglise. Il ne s'en sert pas toujours en s'adressant à des communautés depuis longtemps fondées, nombreuses et fortement constituées. Le terme d'Eglise implique à la fois le grand nombre et l'union bien cimentée des membres ; c'est comme encouragement que l'apôtre l'applique aux Thessaloniciens. — " A l'Eglise de Thessalonique, qui est en Dieu le Père et en Jésus-Christ Notre-Seigneur ". Voici encore le mot " Dieu " employé également pour le " Père " et pour le " Fils ". Ces mots : " Qui est en Dieu ", servent à distinguer l'Eglise ou assemblée des fidèles de Thessalonique d'avec les assemblées des juifs et des païens.

C'est là un grand éloge, éloge incomparable que d'être en Dieu. Je voudrais pouvoir en dire autant de cette Eglise-ci, mais je crains fort qu'elle ne soit indigne d'une si belle appellation. On ne peut dire des esclaves du péché qu'ils sont en Dieu. — " Que la grâce et la paix vous soient données ". Vous le voyez, cette épître débute par dès éloges.

" Nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, faisant mention de vous dans nos prières ". Rendre grâces à Dieu pour ce peuple , c'était non-seulement témoigner de leur grand progrès dans la foi, mais encore leur montrer qu'ils doivent en être reconnaissants à Dieu qui a tout fait. Il leur enseigne donc l'humilité, et son langage revient à dire que la puissance divine est la source de tout bien et de toute vertu. L'action de grâces est donc un témoignage rendu à leur vertu, et la mention qu'il fait d'eux dans ses prières est une preuve de sa charité envers eux. La suite fait voir que ce n'était pas seulement dans ses prières, mais en tout temps qu'il se souvenait d'eux.

" En nous représentant sans cesse devant Dieu qui est notre Père, les oeuvres de votre foi, les travaux de votre charité et la fermeté " de l'espérance que vous avez en Notre-Seigneur Jésus-Christ ". Les mots " devant Dieu " peuvent aussi se rapporter aux Thessaloniciens, et alors le sens serait: Nous représentant les oeuvres de votre foi, les travaux de votre charité, etc., lesquels sont devant Dieu, notre Père. Il ne se souvient pas de leur vertu seulement, mais aussi de leurs personnes, et cela " devant Dieu ", mots qui sont pleins de sens. C'est comme si l'apôtre disait : Les hommes ne vous louent point de ce que vous faites, aucun ne vous en récompense, mais ayez confiance, vous travaillez en présence de Dieu. Qu'est-ce à dire : l'oeuvre de votre foi ? c’est-à-dire, que rien n'a ébranlé leur fermeté; car c'est en quoi consiste l'oeuvre de la foi. Si vous avez la foi, souffrez tout; si vous ne voulez pas tout souffrir, c'est que vous n'avez pas la foi. Est-ce que les promesses ne sont pas assez belles pour que celui qui y a foi souffre volontiers mille morts? C'est le royaume des cieux qu'il a en perspective, avec l'immortalité et la vie éternelle. Le croyant souffrira donc tout. Or, la foi se montre par les œuvres. Rien de plus juste que les expressions de l'apôtre ; elles reviennent à ceci : Vous n'avez pas montré simplement votre foi par vos paroles, mais encore par vos oeuvres, par votre fermeté, par votre zèle. — " Les travaux de votre charité ". A aimer d'une manière telle quelle, le travail est nul, mais il est grand à aimer véritablement, sincèrement. Lorsque tout est mis en oeuvre pour nous détacher de la charité, et que nous résistons à tout, n'est-ce pas un travail? Et que n'avaient-ils pas souffert, ces fidèles de Thessalonique, pour ne pas s'écarter de la charité ? Les adversaires de l'Evangile (180) n'allèrent-ils pas trouver l'hôte de Paul, et, ne l'ayant pas trouvé, n'entraînèrent-ils pas Jason, devant les magistrats? Etait-ce peu de chose, dites-moi, pour ces chrétiens, dont la foi ne faisait encore que de naître et n'avait pas acquis toute sa solidité, d'avoir à supporter un tel orage, de telles épreuves? " Ils exigèrent de lui une caution", dit le livre des Actes (XVII), et l'ayant obtenue, ils laissèrent aller Paul. Etait-ce donc peu de chose que cela ? Est-ce que Jason ne s'exposait pas à mourir à la place de Paul? C'est cet attachement à toute épreuve que l'apôtre appelle " le travail, de leur charité ".

2. Remarquez que l'apôtre ne parle de lui-même qu'après avoir fait l'éloge des Thessaloniciens, en sorte qu'il ne paraît ni se vanter, ni les aimer sans raison et comme par anticipation. — " Et votre fermeté". La persécution, en effet, n'avait pas duré qu'un instant, elle n'avait pas cessé. Les disciples y étaient en butte aussi bien que leur maître. Comment ceux qui persécutaient des hommes tels que les apôtres, des hommes qui opéraient des miracles et se montraient de toute manière si respectables, comment ceux-là auraient-ils épargné des gens de la même ville et de la même maison qu'eux qui, tout à coup, passaient dans le camp de Jésus-Christ? C'est à la fermeté de ces fidèles que l'apôtre rend témoignage en disant : "Vous avez été les imitateurs des églises de Dieu qui sont en Judée ". (I Thess. II, 14.)

" Et l'espérance que vous avez en Jésus- Christ, devant Dieu notre Père ". Rien de plus juste que ces expressions, car la foi et l'espérance sont le principe de tout ce qu'ils ont fait. Leur conduite ne prouvait pas seulement qu'ils avaient du courage, mais encore qu'ils ajoutaient une foi pleine et entière aux récompenses, qui leur étaient réservées. Dieu permettait qu'il y eût des persécutions dès le commencement, afin que personne ne vînt dire que la prédication évangélique avait réussi d'une manière toute simple par l'intrigue et la flatterie; il le permettait encore pour faire paraître l'ardeur des fidèles, pour montrer qu'une foi assez ferme pour affronter mille morts n'était pas l'oeuvre d'une persuasion humaine, mais de la toute-puissante vertu de Dieu. Il fallait pour cela que, dès le commencement, la prédication fût profondément enracinée et assez solidement plantée pour ne craindre aucun orage.

" Sachant, mes, frères bien-aimés, que votre action est de Dieu, parce que l'Evangile que nous vous avons prêché, ne vous a pas été seulement présenté en paroles, mais encore dans la vertu de Dieu, dans l'Esprit-Saint, et dans une certitude abondante. Vous savez aussi de quelle manière nous avons agi parmi vous pour votre salut". Que veut-il dire par ces mots: " Vous savez aussi de quelle manière nous avons agi parmi vous pour votre salut?" L'apôtre effleure ici son propre éloge, mais très-légèrement.

Il veut d'abord épuiser l'éloge des Thessaloniciens. Voici le sens de ses paroles : Nous savions que vous étiez des hommes généreux, et, magnanimes, des hommes choisis, c'est pourquoi nous avons aussi tout enduré pour vous. En effet, dire : " Vous savez de quelle manière nous avons agi " , c'était leur rappeler qu'on aurait de grand coeur donné sa vie pour eux; dévouement dont l’apôtre attribue le mérite non à lui, mais à eux, parce qu'ils étaient des hommes élus de Dieu. C'est la même pensée qu'il exprime encore ailleurs en ces termes : "Je souffre tous ces maux pour les élus". (II Tim. II,10.) Que ne souffrirait-on pas pour les bien-aimés de Dieu? A peine a-t-il parlé de lui-même qu'il se hâte d'ajouter presque en propres termes : Puisque vous êtes les bien-aimés et les élus de Dieu, il était naturel que je souffrisse tout pour vous. Ce n'était pas tout de les louer pour les fortifier, il était bon encore de leur rappeler dans le même but qu'ils avaient eux-mêmes montré un courage égal au zèle qu'on leur avait témoigné.

Il ajoute donc : " Et vous êtes devenus nos imitateurs et les imitateurs du Seigneur, ayant reçu la parole au milieu d'une grande tribulation, avec la joie du Saint-Esprit". Quel éloge ! Les disciples, en un moment, sont devenus des docteurs. Non-seulement ils ont écouté la prédication , mais encore ils ont atteint jusqu'au faite où était saint Paul. Mais cela n'est rien en comparaison de ce qui suit, voyez jusqu'où il les exalte en disant : "Vous êtes devenus les imitateurs du Seigneur". De quelle manière? " En recevant la parole au milieu d'une grande tribulation, avec la joie du Saint-Esprit ". Non-seulement au milieu de la tribulation, mais au milieu " d'une grande tribulation ". On peut voir, par les Actes des apôtres, quelle persécution l'on suscita contre eux. (Act. XVII.) Ils émurent tous (181) les magistrats, dit l'auteur, et soulevèrent toute la ville. Et l'on ne peut pas dire que s'ils ont été affligés et ont reçu la foi, ils l'aient fait avec tristesse, puisqu'il est dit au contraire qu'ils ont montré une grande joie. Il en était de même des apôtres. " Ils se réjouissaient ", est-il dit "de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus-Christ". (Act. V, 44) Ce qu'il y avait de merveilleux dans leur conduite, c'était principalement cette joie. Ce n'est pas déjà peu de chose que de souffrir l'affliction n'importe comment, mais la souffrir avec joie suppose des hommes élevés au-dessus de la nature humaine, et dont le corps est devenu comme impassible. Comment étaient-ils devenus les imitateurs du Seigneur? Parce que le Seigneur avait lui-même enduré beaucoup de souffrances, et qu'il ne s'en était pas plaint, mais réjoui, puisqu'il les avait acceptées volontairement, et qu'il était venu sur la terre pour cela. En effet, il s'est anéanti lui-même pour nous, sachant qu'il aurait à souffrir les crachats, les soufflets, la croix. Et au milieu de ces souffrances, la joie qu'il éprouvait lui faisait dire : " Mon Père, glorifiez-moi". (Jean, XVII, 1.)

3. " Avec la joie du Saint-Esprit ". Pour qu'on n'objecte pas: Comment mêlez-vous ensemble l'affliction et la joie ? Ces choses-là ne sont-elles pas incompatibles? l'apôtre ajoute : " Avec la joie du Saint-Esprit ". L'affliction est dans les choses du corps, la joie dans celles de l'esprit. Comment cela? Les faits sont douloureux, mais les suites en sont tout autres, par la permission du Saint-Esprit. Ainsi, on peut souffrir sans se réjouir, comme lorsqu'on souffre pour ses péchés; et l'on peut aussi se réjouir jusque sous les fouets, lorsqu'on souffre pour Jésus-Christ. Telle est la joie du Saint-Esprit. De ce qui semble douloureux, elle fait sortir des délices. On vous a affligés, persécutés, veut dire l'apôtre, mais l'Esprit-Saint ne vous a pas délaissés dans vos maux mêmes : et comme autrefois il versa la rosée sur les trois enfants de la fournaise, il répand de même sur volis une joie céleste au milieu de vos afflictions. Et comme alors la rosée qui rafraîchissait les trois enfants, n'était point l'effet du feu; de même la joie que vous ressentez maintenant n'est point l'effet de vos maux. Les afflictions naturellement ne produisent point la joie; cela est réservé aux afflictions que l'on souffre pour Jésus-Christ, et est l'effet de la rosée du Saint-Esprit, qui, par la fournaise des maux, fait passer les élus dans un repos et un rafraîchissement éternel. " Avec la joie ", dit saint Paul; et non simplement avec la joie, mais avec une grande joie; car c'est ce que marque ce mot : "Avec la joie du Saint-Esprit".

" De sorte que vous avez servi de modèles à tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l'Achaïe". Cependant ils avaient été les derniers visités par l'apôtre. Mais vous avez brillé, leur dit-il, jusqu'à devenir les modèles de ceux qui vous ont précédés.

C'était là une vertu vraiment apostolique. L'apôtre ne dit pas simplement qu'ils ont servi de modèles à ceux qui n'ont pas encore embrassé la foi, mais à ceux mêmes qui l'ont déjà embrassée. Vous leur avez appris de quelle manière il faut croire en Dieu, vous qui, à peine entrés dans la foi, avez commencé à combattre pour elle. — " Dans l'Achaïe", c'est-à-dire dans la Grèce.

Que ne fait point le zèle? Il ne lui faut ni temps, ni délai, ni retard. Il lui suffit de se montrer, et tout est fait. Ainsi les Thessaliens, les derniers venus dans la foi, se montraient les maîtres des premiers venus. Que personne donc ne se décourage: quand même on aurait passé une bonne partie de sa vie sans tien faire, on pourrait encore, en très-peu de temps, faire plus qu'on n'aurait peut-être fait en s'y prenant dès le commencement. Si celui qui n'était pas encore chrétien, jette tout en le devenant un si vif éclat, que ne pourra pas faite celui qui a déjà la foi?

Mais, d'un autre côté, qu'on n'aille pas tomber dans la paresse sous prétexte qu'on pourra tout réparer en peu de temps. Car l'avenir est incertain et le jour du Seigneur est un voleur qui survient tout à coup pendant que nous dormons. Si nous ne dormons point, il ne viendra pas nous surprendre comme un voleur, il ne nous emmènera point sans que nous soyons prêts. Si nous veillons, il viendra comme un envoyé du Rai du ciel nous appeler au bonheur qui nous est préparé. Mais si nous nous endormons, il se présentera comme un voleur. Que personne donc ne s'endorme, que personne ne soit lâche dans la pratique de la vertu, car voilà le sommeil. Ne savez-vous pas que, lorsque nous dormons, nos biens sont peu en sûreté, et qu'il est facile de nous les prendre? Veillons-nous, la garde en est facile. Dormons-nous, malgré tous nos soins, nous perdons souvent ce que nous avons. Portes, (182) verrous, sentinelles en dedans et au dehors, rien n'empêche le voleur d'entrer. Quelle conséquence tirer de mes paroles? c'est qu'éveillés nous n'avons pas besoin du secours d'autrui, et qu'endormis le secours d'autrui ne nous servira de rien et n'empêchera point notre perte.

C'est un grand bien que d'être secouru par les prières des saints, mais à la condition que nous nie resterons pas nous-mêmes sans rien faire. Vous dites : Mais de quoi me serviront les prières des autres, si moi-même je suis vigilant, et si je ne me réduis pas moi-même à en avoir besoin ? Je vous conseille fort de ne pas vous réduire à cet état. Cependant nous avouerons, si nous sommes sages, que nous ne sommes jamais sans avoir besoin des prières des autres. Saint Paul ne disait pas: Qu'ai-je besoin de prières ? Et cependant ceux qui priaient pour lui étaient loin d'être ses égaux. Et vous, vous dites : Qu'ai-je besoin de prières? Saint Pierre non plus ne disait pas : Qu'ai-je besoin de prières? " Une prière assidue ", dit le livre des Actes (XII, 5), " était adressée pour lui à Dieu, par l'Eglise ". Et vous, vous dites : Qu'ai-je besoin de prières ? Vous en avez un grand besoin, puisque vous vous imaginez n'en avoir pas besoin. Vous seriez un saint Paul que vous en auriez encore besoin. Ne vous élevez pas, pour que vous ne soyez pas rabaissé. Mais, comme je viens de le dire, c'est à la condition que nous agirons nous-mêmes, que les prières faites pour nous, nous seront utiles. Ecoutez les paroles de saint Paul : " Je sais que cela tournera à mon salut, par l'assistance de vos prières et le secours de l'Esprit de Jésus- Christ " (Philip. I, 49); et ailleurs : " Vous m'aiderez aussi en cela par le secours des prières que vous ferez pour moi, afin que Dieu, nous ayant fait grâce par les prières de plusieurs personnes, plusieurs personnes se joignent aussi à nous pour lui en témoigner notre reconnaissance ". (II Cor. I, 11.) Et vous, vous dites : Qu'ai-je besoin de prières? Mais si nous demeurons dans la lâcheté, personne, par ses prières, ne pourra nous être utile. De quel secours Jérémie fut-il pour les Juifs? Trois fois il se présenta devant le Seigneur, et trois fois il lui fut répondu : " Ne priez point, ne demandez rien pour ce peuple , parce que je ne vous exaucerai point ". (Jérém. VII, 16.) De quel secours fut pour Saül la prière de Samuel ? Et cependant il pleura sur lui jusqu'au dernier jour de sa vie, et il n'offrait pas seulement pour lui quelque prière en passant. De quel secours furent pour les Israélites les prières de ce même prophète? Ne disait-il pas lui-même : " Dieu me garde de pécher jusqu'à oublier de prier pour vous ". Et néanmoins tous périrent. — Les prières sont donc inutiles, direz-vous. Au contraire, elles sont utiles et grandement, mais à la condition que nous y joignions notre action. Les prières sont une aide et un secours; or, on ne secourt et on n'aide que celui qui travaille déjà lui-même.

Si vous restez sans rien faire, l'utilité du secours sera nulle.

4. Si les prières des autres pouvaient mener au ciel même les négligents, pourquoi tous les païens ne sont-ils pas chrétiens ? Ne prions-nous pas pour tous les hommes? Saint Paul ne faisait-il pas de même? Ne demandons-nous pas que tous se convertissent? Pourquoi donc, dites-moi, les méchants ne deviennent-ils pas tous bons? N'est-il pas évident que c'est parce qu'ils ne veulent rien faire de leur côté ? L'utilité des prières des autres pour nous est très-grande, lorsque, de notre part, nous faisons ce qui dépend de nous. Faut-il vous prouver cette utilité ? Rappelez-vous Corneille et Tabithe. (Act. X, 3 et IX, 36.) Ecoutez ce que Jacob dit à Laban " Si le Dieu que mon père craignait, n'était venu à mon secours, vous m'auriez renvoyé nu de chez vous " ; voyez encore ce que Dieu dit : " Je protégerai cette ville à cause de moi, et de David mon serviteur ". (Gen. XXXI, 42 ; IV Rois, XIX, 34.) Mais quand parle-t-il ainsi ? A l'époque d'Ezéchias, roi juste.

Si les prières pouvaient quelque chose pour les plus méchants, pourquoi, lorsque Nabuchodonosor vint, Dieu ne dit-il pas la même chose, mais lui livra-t-il la ville ? Alors le crime prévalut. Ce même Samuel, dont je viens de parler, pria une autre fois pour les Israélites, et obtint ce qu'il demandait, mais en quelle circonstance? Ce fut lorsqu'ils étaient eux-mêmes agréables à Dieu, et c'est pourquoi Dieu mit en fuite leurs ennemis.

Mais, direz-vous, quel besoin ai-je qu'un autre prie pour moi, si je suis, moi, en grâce auprès de Dieu? Ne tenez jamais ce langage, ô homme, vous avez un besoin réel de prières, et un grand besoin. Voyez ce que Dieu dit des amis de Job: " Job priera pour vous, et (183) votre péché vous sera remis ". (Job, XLII, 8.) Ils avaient commis un péché, mais non un grand péché.

Cependant ce même saint qui, par ses prières, avait pu sauver ses amis, n'eût pas sauvé les Juifs dans le temps de leur ruine. " Quand Noé, Job et Daniel se présenteraient devant moi pour eux ", dit Dieu, " ils ne délivreraient pas leurs fils, ni leurs filles, parce que leur malice a prévalu ". (Ezéch.

XIV, 16.) Il dit encore à Jérémie : " Quand Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, je n'écouterais pas leurs prières ". (Jér. XV, 1.) Dieu fait la même réponse à ces deux prophètes, parce qu'ils l'avaient tous deux prié inutilement pour le peuple. Ezéchiel dit à Dieu : Hélas, Seigneur, perdrez-vous ce qui reste d'Israël? Et Dieu, pour lui montrer la justice de ses vengeances, et afin qu'il fût convaincu que s'il rejetait ses prières, ce n'était point qu'il méprisât sa personne, Dieu fait voir à ce saint prophète les péchés de son peuple, ce qui revenait à lui dire , Ce que vous voyez suffit pour vous convaincre que si je n'exauce pas votre prière, ce n'est point par mépris pour vous, mais à cause de l'énormité de leurs péchés. Néanmoins il ajoute encore : " Quand Noé, Job et Daniel me prieraient pour eux, je ne les écouterais point ". Il était naturel que Dieu parlât de la sorte à un prophète qui avait tant souffert. Vous m'avez commandé, disait-il à Dieu, de manger sur un fumier, et je l'ai fait; vous m'avez commandé de me raser, et je vous ai obéi; vous m'avez commandé de dormir en me tenant toujours couché sur un côté, et je l'ai fait; vous m'avez commandé de passer par le trou d'une muraille chargé de bagages, et je l'ai fait; vous m'avez ôté ma femme avec défense de la pleurer, et je ne l'ai point pleurée. J'ai souffert une infinité d'autres choses pour ce peuple ; et lorsque je vous prie pour lui, vous n'écoutez pas mes prières. Il est vrai, répond Dieu, que je ne vous écoute pas, mais ce n'est point par mépris pour vous; quand Noé, Job et Daniel prieraient pour leurs propres enfants, je ne les écouterais pas. Et Jérémie qui avait moins souffert par les ordres de Dieu, mais bien davantage par la malice de son peuple, que lui dit le Seigneur ? " Ne voyez-vous pas ce qu'ils font? " (Jér. VII, 17.) — Oui, répondit le Prophète, je vois ce qu'ils font, mais faites pour moi ce que je vous demande. C'est alors que le Seigneur lui dit "Quand Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, je ne les écouterais pas ". Il nomme d'abord Moïse, leur législateur, celui qui les avait tant de fois délivrés du péril, celui qui disait : " Si vous voulez pardonner cette faute, pardonnez-la, sinon, effacez-moi aussi de votre livre ". (Exod. XXXI, 32.) Quand le même prophète, dit Dieu, se présenterait encore aujourd'hui devant moi, et me ferait la même prière, ce serait inutilement. Samuel lui-même n'obtiendrait rien, Samuel qui les a aussi tant de fois délivrés, Samuel qui fut dès son enfance si admirable. J'ai dit du premier que je m'entretenais avec. lui comme un ami avec son ami, et non par énigmes. J'ai dit de l'autre que je lui étais apparu dès son enfance, et que, par égard pour lui, j'avais rouvert la prophétie depuis un certain temps fermée; il est dit, en effet, que la parole du Seigneur était rare alors, et qu'il n'y avait pas de vision distincte. (I Rois, III, 1.) Eh bien, quand ces hommes se présenteraient maintenant devant moi, ils n'obtiendraient rien. Il est dit aussi de Noé, qu'il était juste et parfait dans sa génération (Gen. VI, 9); de Job, qu'il était irréprochable, juste, pieux et véridique (Job, I,1); quant à Daniel, les Chaldéens le prenaient pour un Dieu : or ils viendraient devant moi pour me supplier, qu'ils ne pourraient sauver leurs fils ni leurs filles.

Que la vue de ces vérités, mes frères, nous porte à ne pas mépriser les prières des saints, et à ne pas non plus nous y reposer entièrement; ainsi, d'une part, ne soyons pas négligents, ne vivons pas au hasard ; de l'autre, ne nous privons pas du secours si important de la prière. Demandons aux saints qu'ils prient pour nous, qu'ils élèvent pour nous leurs mains vers Dieu, et nous, de notre côté, attachons-nous à la vertu. Par là nous obtiendrons les biens promis à ceux qui aiment Dieu; par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui gloire, empire, honneur soient au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

HOMéLIE II. PAR VOUS LA PAROLE DU SEIGNEUR S'EST RéPANDUE AVEC éCLAT NON-SEULEMENT EN MACéDOINE ET EN ACHAIE, MAIS VOTRE FOI EN DIEU EST ENCORE SORTIE POUR SE FAIRE CONNAîTRE PARTOUT, TELLEMENT QU'IL N'EST POINT NéCESSAIRE QUE NOUS EN PARLIONS; PUISQUE TOUT LE MONDE NOUS RACONTE A NOUS-MêMES QUEL A éTé LE SUCCèS DE NOTRE ARRIVéE PARMI VOUS, ET COMMENT VOUS VOUS êTES CONVERTIS A DIEU APRèS AVOIR QUITTé LES IDOLES, POUR SERVIR LE DIEU VIVANT ET VéRITABLE, ET POUR ATTENDRE DU CIEL SON FILS QU'IL A RESSUSCITé D'ENTRE LES MORTS, JéSUS QUI NOUS DéLIVRE DE LA COLèRE A VENIR. (I, 8-10 JUSQU'à II, 9.)

Analyse.

1. D'où vient ce grand retentissement qu'a eu dans le monde la conversion des Thessaloniciens ? La célébrité d'Alexandre le Grand et du nom Macédonien en a été cause en partie.

2. Les apôtres de Dieu ne recherchent pas la gloire humaine.

3, 4. Excellente description d'une amitié chrétienne. — Qu'il faut aimer pour en bien comprendre la douceur. — Qu'une âme désintéressée imite la bonté que Dieu a eue pour les hommes.

1. De même qu'un parfum exquis ne peut tenir son odeur cachée, mais la répand de toutes parts, en remplit l'air et réjouit les sens de ceux qui en approchent; de même les hommes d'une vertu généreuse et admirable ne la tiennent point renfermée en eux-mêmes, mais par la renommée qui s'en répand, ils sont utiles à un grand nombre et les rendent meilleurs. Il en était ainsi des Thessaloniciens, ce qui fait dire à saint Paul : " Vous avez servi de modèle à tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l’Achaïe. Par vous, en effet, la parole du Seigneur s'est répandue avec éclat, non-seulement en Macédoine et en Achaïe, mais votre foi en Dieu est encore devenue célèbre partout ". Vous avez été en même temps l’instruction de vos voisins et l'exemple de toute la terre. Car c'est là ce que veut dire ce mot : " Votre foi est devenue célèbre partout ". L'apôtre ne se contente pas de dire que leur réputation était répandue partout, il ajoute " avec éclat ". Comme le son d'une trompette éclatante retentit dans tous les lieux d'alentour; de même le bruit de votre foi si généreuse a rempli également tout l'univers. D'ordinaire, les grands événements ont, dans le lieu où ils s'accomplissent, un retentissement qui s'affaiblit parla distance ; il n'en est pas de même du bruit de votre foi, le retentissement en a été égal par toute la terre. Que l'on ne croie pas qu'il y ait de l'exagération dans ces paroles. La nation des Macédoniens était autrefois fameuse avant la venue de Jésus-Christ; elle jouissait alors partout de plus de célébrité que les Romains. Ce qui a fait la gloire des Romains, c'est d'avoir subjugué les Macédoniens. Les grandes actions du roi des Macédoniens sont au-dessus de tout discours ; parti d'une petite ville, il a conquis l'univers. Le Prophète le vit sous la figure d'un léopard ailé, ce qui marquait sa rapidité, son impétuosité ardente, et la soudaineté avec laquelle il allait parcourir lé monde sur les ailes de la victoire. On rapporte qu'ayant entendu dire a un philosophe qu'il existait une infinité de mondes, il soupira amèrement, parce que de ce nombre infini de mondes, il n'en avait pas même conquis un tout entier; tant il avait l'âme et le coeur grands-, et sa renommée par toute la terre n'était pas moindre. En même temps que la gloire du roi, s'était élevée celle de la nation. On le nommait Alexandre de Macédoine. Sa réputation remplissait le monde, et rien de ce qui concernait le pays d'un roi, partout si célèbre, ne demeurait ignoré.

Les Romains eux-mêmes ne l'emportaient pas sur les Macédoniens en célébrité.

"Votre foi en Dieu est sortie " pour se faire connaître " partout ". Il se sert du terme " est sortie " comme s'il parlait d'un être animé. C'est un effet de leur ferveur extraordinaire. Il ajoute encore, toujours pour montrer la puissance et l'énergie de cette même foi : " Tellement qu'il n'est pas nécessaire que nous en parlions, puisque tout le monde nous raconte à nous-mêmes quel a été le (185) succès de notre arrivée parmi vous". Ceux qui ont été témoins de vos vertus n'ont rien à en apprendre aux autres qui les préviennent, informés de tout avant d'avoir rien vu ; tant la renommée a été prompte et exacte à les instruire. Nous n'avons donc pas besoin de leur raconter tes merveilles de votre piété, quand nous voulons les porter à vous imiter, puisqu'on nous prévient partout, et que l'on commence par nous dire ce qu'on aurait dû apprendre de nous. L'envie que font naître vos vertus ne peut tenir contre leur éclat, et tous sont contraints de se faire les hérauts de vos glorieux combats. Leur infériorité en face de vous ne les rend pas muets sur votre compte, et ils sont les premiers à vous louer. Secondée par des dispositions si favorables, notre parole ne saurait rencontrer nulle part l'incrédulité ni la défiance. " Tout le monde nous raconte quelle a été notre arrivée parmi vous ". Qu'est-ce à dire? Qu'elle a été pleine de périls, exposée à mille morts sans que rien ait pu vous troubler; que vous nous êtes demeurés attachés comme s'il n'y avait eu aucun danger à craindre; que vous nous avez accueillis une seconde fois malgré les tribulations, comme vous auriez pu faire si, au lieu de la persécution, nous vous avions apporté tous les biens. Saint Paul, accompagné de Silas, avait quitté Thessalonique pour aller à Bérée.

Pendant son absence les fidèles furent persécutés.

A son retour il fut reçu avec amour et avec beaucoup d'honneurs par les fidèles qui exposèrent ainsi leur vie pour lui. C'est de cette seconde arrivée surtout qu'il veut parler. Ce mot donc : " Quelle a été notre arrivée parmi vous ", présente un sens complexe. Il renferme l'éloge de saint Paul et de Silas non moins que celui des Thessaloniciens, quoique l'apôtre leur attribue tout l'honneur. — " Et comment vous vous êtes convertis à Dieu après avoir quitté les idoles, pour servir le Dieu vivant et véritable ". C'est-à-dire, combien votre conversion a été facile, comme vous avez vite embrassé son culte avec entrain, comme il a fallu peu d'efforts pour vous amener à servir le Dieu vivant et véritable.

Puis, prenant un ton moins grave, celui d'un homme qui exhorte, il ajoute : " Pour attendre du ciel son Fils, qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus qui nous a délivrés de la colère à venir ". Pour attendre du ciel, dit saint Paul, celui qui a été crucifié et enseveli, c'est ce qu'il fait entendre en ajoutant " Qu'il a ressuscité des morts ". On voit ensemble, dans ce verset, la résurrection, l'ascension, le second avènement de Jésus-Christ, le jugement, la récompense des bons et le supplice des méchants. — " Jésus qui nous a délivrés de la colère à venir ". C'est là une consolation, un encouragement et une exhortation. Car, si Dieu a ressuscité son Fils d'entre les morts, s'il est dans le ciel, s'il en doit revenir, et cela, vous le croyez, car autrement vous n'auriez pas souffert ce que vous avez souffert, n'est-ce pas là une grande consolation pour vous? Que si vos persécuteurs doivent infailliblement subir un jour leur peine, et vous, recevoir votre récompense, ce que l'apôtre affirme dans sa seconde épître (II Thess. I, 9), c'est encore une autre consolation que vous aurez, et une grande. En disant d'attendre du ciel le Fils de Dieu, Jésus-Christ, l'apôtre nous apprend que les maux sont pour nous dans le temps présent et les biens dans l'avenir, lorsque le Christ viendra du ciel. Voyez combien l'espérance nous est nécessaire, puisque le Christ crucifié est ressuscité, est monté aux cieux et doit venir juger les vivants et les morts.

2. " Car vous savez vous-mêmes, mes frères, que notre arrivée chez vous n'a pas été sans fruit ; mais après avoir beaucoup souffert auparavant, comme vous savez, et avoir été traités avec outrage dans Philippes, nous ne laissâmes pas d'avoir assez confiance en notre Dieu pour vous prêcher hardiment l'Evangile de Dieu parmi beaucoup de combats ". (II, 4.) Il est vrai que votre conduite a été généreuse, mais la nôtre aussi n'a point été humaine. C'est la même pensée exprimée déjà plus haut, savoir que le mérite de la prédication se montre de la part des prédicateurs par les signes miraculeux et le dévouement, et de la part des disciples par la ferveur et le zèle. Vous savez vous-mêmes que notre arrivée parmi vous n'a point été sans fruit, c’est-à-dire n'a point été humaine ni ordinaire. A peine délivrés des dangers de mort et des mauvais traitements, nous retombâmes dans de nouveaux périls. " Mais après avoir beaucoup souffert auparavant, et avoir été outragés, comme vous savez, dans Philippes; nous avons montré notre Confiance en notre Dieu ". Voyez comme de nouveau il (186) rapporte tout à Dieu. " Pour prêcher hardiment devant vous l'Evangile de Dieu parmi beaucoup de combats ". On ne peut dire que nous ayons eu ces combats à Philippes, mais non parmi vous. " Vous m'êtes témoins des peines, des inquiétudes, des périls où nous avons été dans votre ville". Il dit la même chose en écrivant aux Corinthiens : " J'ai été parmi vous dans de grandes afflictions, dans de grands travaux, dans une grande crainte, et dans de grands tremblements ". (I Cor. 11, 3.)

" Car nous ne vous avons point prêché une doctrine d'erreur et d'impureté, et nous n'avons point eu dessein de vous tromper, mais comme Dieu nous a choisis pour nous confier son Evangile, nous parlons aussi, nous, pour plaire non aux hommes, mais à Dieu qui voit le fond de nos coeurs (3, 4) ". C'est donc, comme je l'ai déjà dit, de la fermeté de ce peuple que saint Paul tire des preuves pour montrer que sa prédication était l'ouvrage de Dieu.

Autrement, s'il y eût eu de l’illusion et de la tromperie, nous n'aurions pas enduré des maux si excessifs qu'ils ne nous permettaient même pas de respirer. Que prouvait donc notre patience? sinon que si un avenir de bonheur ne nous était réservé, ou si nous n'eussions été pleinement assurés que notre espérance n'était pas vaine, nul d'entre nous n'aurait de bon coeur souffert tant de maux. Qui donc voudrait, pour les seuls biens d'ici-bas, souffrir tant de maux, mener une vie d'angoisses et pleine de périls ? Otez l'espérance des biens à venir et dites-moi comment les apôtres auraient pu convertir une seule personne ? Quoi de plus capable d'effrayer des disciples que de voir les maîtres qui les instruisent si persécutés? Mais cela ne vous a point effrayés. " C'est que nous ne vous avons point prêché une doctrine d'erreur ". L'Evangile n'est pas un leurre ni une tromperie pour que nous reculions devant quelque chose. Notre doctrine n'est pas une doctrine d'abomination comme les pratiques des sorciers et des magiciens. Ce n'est pas une doctrine " d'impureté " que nous vous prêchons. Nous ne sommes ni artificieux, ni factieux comme Theudas.

" Mais comme Dieu nous a choisis pour nous confier son Evangile, nous parlons aussi non pour plaire aux hommes, mais à Dieu ". Vous le voyez, ce n'est pas ici une affaire d'amour-propre; nous ne cherchons pas à plaire aux hommes, mais à Dieu qui connaît le fond de nos coeurs. Autrement, quelle serait la raison de notre conduite? Après ce témoignage flatteur, qu'ils ne font rien pour plaire aux hommes ni pour rechercher leurs honneurs, il ajoute : " Comme nous avons été choisis de Dieu pour être chargés de son Evangile ". C'est comme s'il disait : S'il ne nous avait vus affranchis de toute préoccupation terrestre, il ne nous aurait pas choisis. Tels donc il nous a choisis, tels nous restons. — " Nous avons été choisis de Dieu après examen " ; il nous a examinés et nous a confiés son Evangile.

Nous restons dans le même état dans lequel nous avons été approuvés de Dieu. La charge de prêcher l'Evangile de Dieu est une preuve de vertu; Dieu ne nous aurait pas approuvés pour cette mission s'il avait vu en nous quelque chose de mauvais. Quand saint Paul dit que Dieu l'a éprouvé, il veut dire simplement qu'il l'a vu bon et qu'il l'a choisi pour apôtre, et non qu'il l'ait mis à l'épreuve. Nous avons. besoin, nous; de mettre à l'épreuve pour savoir à quoi nous en tenir; mais Dieu connaît tout d'une seule vue et sans épreuve.— Donc, nous parlons comme doivent parler ceux que Dieu a choisis et qu'il a jugés dignes de l'Evangile. Et nous ne parlons pas comme si nous avions à plaire aux hommes, c'est-à-dire, ce n'est pas à cause de vous que nous faisons ce que nous faisons. Et parce qu'il les avait loués, pour prévenir le soupçon que cela aurait pu causer, il ajoute : " Car nous n'avons usé d'aucune parole de flatterie, comme vous le savez, et notre ministère n'a point servi de prétexte à notre avarice, Dieu m'en est témoin. Nous n'avons point non plus recherché aucune gloire de la part des hommes, ni de vous ni d'aucun autre. Nous pouvions cependant, comme apôtre de Jésus-Christ, vous charger de notre subsistance (5, 6) ". — Nous n'avons pas usé de flatterie, comme font ceux dont l'intention est de tromper , de s'emparer des hommes et de les dominer. On ne peut dire que nous vous ayons adulés pour vous dominer, ou nous approprier vos richesses. Qu'il ne les a pas flattés pour les dominer, la chose est claire, et il en appelle à leur témoignage; qu'il ne les a pas flattés par un motif d'avarice, si l'on en peut douter, il en prend Dieu à témoin. — " Nous n'avons point non plus (187) recherché aucune gloire de la part des hommes, ni de vous, ni d'aucun autre. Nous pouvions cependant, comme apôtre de Jésus-Christ, vous charger de notre subsistance". C'est-à-dire, nous n'avons pas recherché les honneurs, nous n'avons pas étalé de faste, nous ne nous sommes point fait escorter. Et quand nous l'aurions fait, qui aurait pu nous condamner ? Si les ambassadeurs des rois sont honorés, quels qu'ils soient personnellement, à combien plus forte raison devions-nous l'être? Il ne dit pas : Nous avons été dans l'opprobre, nous avons été laissés sans honneur, ç'eût été leur faire un reproche; il dit : Nous n'avons pas recherché les honneurs. Si nous n'avons pas recherché les honneurs, lorsque la prédication nous donnait ce droit, il est clair que nous n'agissons pas en vue de la gloire humaine. Quand même cependant nous aurions recherché les honneurs, qui eût pu nous en faire un crime? N'est-il pas convenable que les envoyés de Dieu aux hommes, que ceux qui viennent du ciel sur la terre, en qualité d'ambassadeurs, soient accueillis même avec beaucoup d'honneurs? Par surérogation nous n'avons rien fait de cela, pour fermer la bouche à nos adversaires.

3. Et vous ne pouvez dire que telle a été ma conduite envers vous, mais non envers les autres. Voici, en effet, ce qu'il dit écrivant aux Corinthiens : " Vous souffrez que l'on vous réduise en servitude, que l'on vous dévore, que l'on vous pille, que l'on s'élève, que l'on vous frappe au visage ". (II Cor. XI, 20.) La même chose se trouve exprimée dans les passages suivants : " Son aspect ", disent vos séducteurs en parlant de Paul, son aspect est misérable, son discours " méprisable " ; et "

pardonnez-moi cette injure, etc., " (Ibid. X, 10 et XII, 13.) Ici, dans son épître aux Thessaloniciens, il parle encore de l'argent qu'il pouvait demander pour sa subsistance, en qualité d'apôtre de Jésus-Christ.

" Mais nous avons été parmi vous comme de petits enfants, comme une mère qui nourrit et qui aime tendrement ses propres enfants. Ainsi dans l'affection que nous ressentions pour vous, nous aurions souhaité de a vous donner, non-seulement la connaissance de l'Evangile de Dieu, mais aussi notre a propre vie, tant était grand l'amour que nous vous portions (7, 8) ". Nous avons été au milieu de vous comme de petits enfants; nous n'avons montré ni orgueilleuse dureté, ni fastueuse hauteur " au milieu de vous ". C'est comme s'il disait : J'ai été l'un d'entre vous, je n'ai pas pris pour moi une place plus haute que les autres.

" Nous avons été comme une mère qui nourrit et qui aime tendrement ses propres enfants ". Tel doit être le pasteur. Une mère caresse-t-elle son enfant pour en retirer de la gloire? Exige-t-elle de lui de l'argent pour le lait qu'elle lui donne ? Lui est-elle à charge ? lui fait-elle de la peine? Saint Paul donc veut montrer, par cette comparaison, jusqu'où doit aller l'affection d'un pasteur pour son peuple. C'est cet amour, dit-il aux Thessaloniciens, que nous avons eu pour vous. Non-seulement nous n'avons rien désiré de vos biens, mais s'il avait fallu donner notre vie même pour vous, nous l'aurions fait de bon coeur. Est-ce là, dites-moi, l'effet d'un sentiment purement humain? qui serait assez insensé pour le croire? Nous aurions voulu, dit saint Paul, vous donner non-seulement l'Evangile de Dieu, mais notre propre âme. C'est donc plus de donner sa vie que de prêcher, parce que l'on souffre davantage en donnant sa vie. Il est vrai que l'Evangile est quelque chose de plus précieux : mais la mort aussi est quelque chose de plus pénible. Nous aurions voulu, dit l'apôtre, s'il eût été possible, livrer nos âmes pour vous. Comme il avait beaucoup loué ce peuple, il a soin de leur dire qu'il ne l'a pas fait pour rechercher la gloire, ni de l'argent, ni pour les flatter. Les Thessaloniciens avaient eu de grands combats à soutenir. Ils méritaient donc quelques louanges afin de s'affermir de plus en plus dans leurs bonnes résolutions. Cependant ces louanges pouvant devenir suspectes, saint Paul s'efforce de prévenir ces soupçons. C'est dans cette vue qu'il leur parle de ses périls. Et, d'autre part, afin que l'on ne croie pas qu'il parle de ses périls pour s'attirer des hommages en retour, il ajoute : " Parce que vous m'êtes très-chers". J'aurais volontiers donné ma vie pour vous, parce que je vous suis étroitement attaché. Nous annonçons l'Evangile parce que Dieu nous l'ordonne ; mais notre affection pour vous est telle que, s'il le fallait, nous livrerions pour vous notre âme. Telle est l'amitié véritable, celui qui aime donnerait sa vie si elle lui était demandée et que cela fût possible. Que dis-je, si elle lui était demandée? bien plus (188) il courrait lui-même au-devant d'un tel don. Rien de plus doux qu'un tel amour; il n'est mêlé d'aucune amertume. Un ami fidèle est vraiment le baume salutaire de la vie; un ami fidèle est vraiment un rempart solide.

Que ne ferait pas un ami sincère? Quelle joie n'apporte-t-il pas à la vie, quelle utilité, quelle sûreté?

Des trésors par milliers ne seraient pas comparables à un sincère ami. Parlons donc des délices d'une sainte amitié.

Eu voyant son ami, l'ami éprouve une joie dont il est inondé. L'union de leurs deux âmes leur procure d'ineffables délices; il suffit d'un souvenir de l'ami pour élever la pensée, pour lui donner des ailes. Je parle des vrais amis, unis du fond de l'âme, prêts à mourir s'il le faut, dont l'affection est ardente.

Je ne veux pas que l'on pense à ces amis vulgaires, amis de table, amis de note, ce n'est pas de ceux-là que je parle. Si quelqu'un possède un ami tel que celui que j'ai en vue, il me comprend. Il ne se rassasie jamais de le voir, le vît-il tous les jours. Il lui souhaite les mêmes biens qu'à lui-même. J'ai connu un homme qui commençait toujours à prier pour son ami, ensuite pour lui-même. Tel est un ami, qu'on aime, à cause de lui jusqu'aux temps, jusqu'aux lieux mêmes. Comme les objets qui ont de l'éclat, le font rejaillir tout autour d'eux, de même les amis laissent quelque chose de leur amabilité aux lieux qu'ils fréquentent. Et souvent nous retrouvant dans ces mêmes lieux sans nos amis, nous pleurons au souvenir des jours que nous y avons passés avec eux. Il n'est pas donné au discours de représenter tout le plaisir que nous fait goûter la présence d'un ami, ceux-là seuls le connaissent, qui en ont fait l'expérience. On peut librement demander une grâce à un ami et la recevoir sans la moindre honte. Lorsqu'ils nous prient de quelque chose, nous leur en savons gré lorsqu'ils craignent de nous importuner, nous ne nous en consolons pas. Nous n'avons rien qui ne soit à eux. Souvent, lorsque tout nous inspire du dégoût en ce monde, nous ne voudrions cependant pas les quitter. Ils nous sont plus agréables que la lumière du jour.

4. Non, la lumière du jour elle-même n'est pas plus douce qu'un ami, qu'un véritable ami. Et ne vous étonnez pas de ce que je dis. Mieux vaudrait, pour nous, que le soleil s'éteignît, que d'être privés de nos amis; mieux vaudrait vivre dans les ténèbres que d'être sans amis. Pourquoi? parce que beaucoup peuvent voir le soleil et rester néanmoins dans les ténèbres, et que ceux qui sont riches en amis, ne sauraient ressentir de tristesse au milieu même de l'affliction. Je parle toujours dès véritables amis, des amis spirituels, et qui ne préfèrent rien à l'amitié.

Tel était saint Paul , qui aurait, de bon coeur, donné sa vie sans même attendre qu'on la lui eût demandée, et qui eût, sans hésiter, descend et dans les flammes de l'enfer. C'est avec cette ferveur qu'il faut aimer. Je veux donner un exemple d'amitié. Les amis aiment leurs amis avec plus de tendresse gire les pères n'aiment leurs enfants, que les enfants n'aiment leurs pères, le dis les amis selon Jésus-Christ. Ne me parlez pas des amis d'aujourd'hui , l'amitié est une vertu que nous avons perdue avec tant d'autres. Mais remontez vers les temps apostoliques, et, sans parler des apôtres eux-mêmes, considérez quels étaient les simples fidèles, dont il est dit qu'ils n'avaient tous qu'un coeur et qu'une âme ; que nul ne regardait comme sa propriété exclusive rien de ce qui lui appartenait, et qu'on distribuait à chacun selon son besoin. (Act. IV, 30.) Les mots " le tien" et " le mien" ne s'entendaient jamais parmi eux. Ne rien tenir comme sa propriété exclusive, mais tout regarder comme le bien du prochain, considérer ses propres biens comme des choses étrangères, épargner la vie de son ami comme la sienne propre : c'est dans la réciprocité, cette disposition que consiste la vraie amitié.

Et où trouver une telle amitié? dira-t-on. En effet, elle est difficile à rencontrer à cause de notre mauvaise volonté que notre volonté change et rien ne sera plus facile. Si une telle amitié n'était pas possible, Jésus-Christ ne nous l'eût pas commandée; il t'en eût pas fait un précepte si exprès. Il faut le dire encore une fois, c'est quelque chose de grand que l'amitié. C'est un bien qui ne peut s'exprimer ni se connaître que par l'expérience , l'union des amis a été quelquefois jusqu'à produire des hérésies; c'est elle qui fait que les païens sont encore païens. Celui qui aimé ne veut ni dominer ni commander. Il se tient pour obligé qu'on lui commande. Un ami aime mieux faire un plaisir que le recevoir, parce qu'il aime. Il est, en donnant toujours, comme un homme qui ne peut satisfaire ses désirs. Il ne trouve pas tant de plaisir dans le bien qu'on lui fait, que dans le bien qu'il fait lui-même. Il (189) aime mieux obliger son ami que d'être l'obligé de son ami, ou plutôt il veut devoir et qu'on lui soit redevable. Il veut faire plaisir, et il ne veut pas paraître faire plaisir, mais paraître l'obligé tout en obligeant.

Je suis sûr que beaucoup d'entre vous n'entendent rien à ce que je dis. En effet, il semble qu'il y ait de la contradiction à dire qu'un homme en prévienne un autre, qu'il commence à l'obliger le premier, et qu'en même temps il veuille ne point paraître l'avoir prévenu. C'est ainsi que Dieu lui-même a agi à notre égard. Il voulait nous donner son propre Fils; mais pour ne pas paraître nous le donner gratuitement, mais comme quelque chose qu'il nous devait, il commanda à Abraham de lui donner son fils; de sorte que tout en nous faisant le plus grand des dons, il paraissait ne rien faire d'extraordinaire. Celui qui n'aime point, reproche le bien qu'il fait, et exagère jusqu'aux moindres grâces. Celui qui aime, au contraire, cache tout le bien qu'il fait et veut que ses bons offices passent pour rien. Bien loin de vouloir qu'on croie que son ami lui ait obligation, il fait tout son possible pour faire croire que c'est lui-même qui ]ni est obligé des services qu'il lui a rendus.

Je vous le dis encore : je sais bien que plusieurs ne comprennent rien à ce que je dis, car je parle d'une vertu qui n'est plus guère maintenant que dans le ciel. Lorsque je vous parle de l'amitié, c'est comme si je vous parlais de quelque plante inconnue qui viendrait dans l'Inde, et que vous n'auriez jamais rencontrée. Tout ce que je pourrais vous en dire, ne vous en donnerait pas l'exacte connaissance, puisque je ne pourrais pas vous en faire sentir la vertu par expérience. De même quelque éloge que je fasse de l'amitié, vous ne me comprendrez pas si vous n'aimez. — C'est dans le ciel qu'est cette noble plante ; c'est là qu'elle pousse des branches chargées, non de perles mais de vertus infiniment plus précieuses. Comparez l'amitié à tous les plaisirs honnêtes ou déshonnêtes, vous n'en trouverez pas qui l'égale. L'amitié surpasse toutes les douceurs du monde, sans excepter même celle du miel, puisqu'on finit par se dégoûter du miel et jamais d'un ami. Tant qu'il est ami, on ne s'en lasse point; au contraire, on l'aime toujours de plus en plus, et la douceur qu'on y senti n'est point mêlée d'amertume. Un ami est plus agréable que la vie même, c'est pourquoi on en a vu ne plus désirer de vivre après la mort de leurs amis. On souffre de bon coeur l'exil avec un ami, et sans lui on est comme exilé dans son propre pays et dans sa maison même. On trouve la pauvreté supportât le avec un ami; sans lui, ni la santé ni les richesses n'ont rien qui nous plaise, tout nous est insupportable. On retrouve dans un ami un autre soi-même. Je souffre de ne point trouver d'exemple qui me satisfasse. Je reconnais, avec confusion, que tout ce que je dis est infiniment au-dessous de la vérité.

Car les avantages que j'ai marqués ne regardent encore que cette vie. Mais ensuite Dieu récompense une amitié semblable au-delà de ce qu'on peut s'imaginer. Il nous offre une récompense afin que nous nous aimions les uns les autres. Aimez, dit-il, et recevez une récompense ; c'est nous qui devrions, pour cela, offrir une récompense. Priez, dit-il encore, et recevez une récompense; c'est nous encore qui devrions offrir une récompense pour lesbiens que nous demandons. Parce que vous me demandez mes grâces, recevez une récompense. Jeûnez et soyez récompensé. Devenez vertueux et je vous récompenserai, bien que vous me soyez redevable. Lorsque les pères ont rendu leurs enfants vertueux, ils les en récompensent ; car ils leur sont redevables du plaisir qu'ils éprouvent de les voir vertueux. Dieu fait de même. Devenez vertueux, nous dit-il, et je vous promets une récompense. Votre vertu réjouit mon coeur de père, et pour cela je vous dois une récompense.

Si vous devenez mauvais, c'est tout le contraire; car vous irritez l'auteur de votre existence. N'irritons pas Dieu, réjouissons au contraire sort coeur, afin que nous obtenions le royaume des cieux en Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc.

Traduit par M. JEANNIN.

HOMéLIE III. CAR VOUS N'AVEZ PAS OUBLIé, MES FRèRES, NOTRE PEINE ET NOTRE FATIGUE; NUIT ET JOUR TRAVAILLANT DE MANIèRE A N'êTRE A CHARGE A AUCUN DE VOUS, NOUS AVONS PRêCHé L'éVANGILE DE DIEU. VOUS êTES TéMOINS VOUS-MêMES, ET DIEU AVEC VOUS, DE CE QU'IL Y A EU DE SAINT, DE JUSTE ET D'IRRéPROCHABLE DANS NOTRE CONDUITE ENVERS VOUS, QUI AVEZ EMBRASSé LA FOI. VOUS SAVEZ QUE NOUS AVONS AGI ENVERS CHACUN DE VOUS, COMME UN PèRE ENVERS SES ENFANTS, VOUS EXHORTANT, VOUS CONSOLANT, VOUS CONJURANT DE MARCHER D'UNE MANIèRE DIGNE DE DIEU, QUI VOUS A APPELéS AU PARTAGE DE SA ROYAUTé ET DE SA GLOIRE. (CHAP. II, 9-12 JUSQU'A III, 4.)

190 Analyse.

1-3. Devoirs du maître envers ses disciples. — Saint Paul travaillant, de ses mains, de manière à n'être à charge à personne. — De la manière dont les apôtres parlaient aux fidèles. — Eloge de la fermeté, de la constance des fidèles de Thessalonique. — Saint Paul ne se lasse pas de prendre dans l'histoire du Christ toutes les raisons qui doivent retremper le courage en face des périls. — Invectives contre les Juifs déicides, et poursuivant les chrétiens de leur haine. — Affection de saint Paul pour les fidèles. — Grandeur de l'Eglise plantée, cultivée par lui. — Pourquoi saint Paul envoie Timothée à Thessalonique.

4-6. Les persécutions ne doivent pas être, pour la foi, un sujet de trouble. — Le chrétien est destiné à souffrir.

— Souffrir, voilà le seul mérite, le seul titre de gloire du chrétien. — L'amour du plaisir, cause de la perte de l'homme et de tous ses malheurs. — Nos passions plus cruelles pour nous que tous les bourreaux. — Contre la vaine gloire, l'amour des richesses, la superstition qui consulte les devins. — Consentir aux pertes d'argent, c'est s'enrichir. — Bénir Dieu dans l'adversité. — Imiter Job. — Etre pauvre, et pouvoir donner quelque chose au plus puissant des rois, à Dieu même, quelle richesse!

1. Le maître ne doit reculer devant aucune fatigue pour le salut de ses disciples. Car si le bienheureux Jacob travaillait nuit et jour pour garder ses brebis, à bien plus forte raison, celui qui a charge d'âmes, doit-il tout faire, quelque pénible, quelque modeste que soit sa tâche, en vue de son unique but, qui est le salut de ses disciples, et la gloire qui en revient à Dieu. Voyez donc le travail qu'acceptait Paul, ce héraut de Jésus-Christ, cet apôtre de la terre élevé à une dignité si haute; il travaillait de ses mains pour ne pas être à charge aux disciples; car " vous n'avez pas oublié " , dit-il, " mes frères, notre peine et notre fatigue ". Il avait dit auparavant : " Nous aurions pu vous être à charge, comme apôtres du Christ" ; c'est ce qu'il dit encore dans l'épître aux Corinthiens : " Ne savez-vous pas que les ministres des sacrifices mangent de ce qui est offert pour les sacrifices? " (I Cor. IX, 13.) Le Christ a établi que ceux qui annoncent l'Evangile, vivent de l'Evangile. Mais moi, dit-il, je n'ai pas voulu ; j'ai préféré la fatigue. Et ce n'est pas assez dire qu'il travaillait, mais c'était avec un zèle ardent.

Voyez ce qu'il dit: " Car vous n'avez pas oublié ", il ne dit pas mes bienfaits, mais, " notre peine et notre fatigue; nuit et jour travaillant de manière à n'être à charge à aucun de vous, nous avons prêché l'Evangile de Dieu ". Aux Corinthiens, il adresse d'autres paroles: " J'ai dépouillé les autres églises, en recevant d'elles l'assistance dont j'avais besoin pour vous servir". (II Cor. XI, 8.) Il est bien entendu qu'en d'autres lieux aussi il travaillait; mais il ne parlait pas de ce travail aux Corinthiens ; il prenait une expression plus piquante, comme s'il disait: Ce sont les autres qui m'ont nourri, quand c'était vous que je servais.

Ici, il ne parle pas de la même manière; mais que dit-il?

" Nuit et jour travaillant". Aux Corinthiens, il dit: " Et lorsque je demeurais parmi vous, et que j'étais dans la nécessité, je n'ai été à charge à personne " (Ibid, 9). " Et j'ai reçu l'assistance dont j'avais besoin pour vous servir " : ici au contraire, il montre que les fidèles sont pauvres; dans l'épître aux Corinthiens, il n'en est pas de même. Voilà pourquoi il invoque toujours le témoignage de ceux de Thessalonique "Vous êtes témoins, vous-mêmes ", dit-il, " et Dieu avec vous ". La confiance avec laquelle il s'appuie sur le témoignage de Dieu, voilà de quoi les persuader; les autres assertions laissaient dans l'incertitude ceux qui ignoraient les faits. Ne réclamez pas, ne dites pas: C'était Paul qui parlait; Paul s'arme d'un témoignage de beaucoup supérieur au sien, pour les persuader. De là ce qu'il dit: " Vous (191) êtes témoins, vous-mêmes, et Dieu avec vous, de ce qu'il y a eu de saint, de juste et d'irréprochable dans notre conduite envers vous, qui avez embrassé la foi ". Il fallait aussi leur adresser des éloges; voilà pourquoi il leur parle d'une manière qui devait les persuader. Si je n'ai rien reçu ailleurs, dit-il, quoique je fusse dans le besoin, cela est bien plus vrai encore maintenant. " De ce qu'il y a eu de saint, de juste et d'irréprochable dans notre conduite envers vous, qui avez embrassé la foi. Vous savez que nous avons agi envers chacun de vous, comme un père envers ses enfants, vous exa portant, vous consolant ". Après avoir parlé de sa manière de vivre au milieu des hommes, il parle de ce qui tient à la charité, ce qui est une idée plus élevée, et son langage est celui de l'humilité. " Comme un père envers ses enfants, vous exhortant, vous consolant, vous conjurant de marcher d'une manière digne de Dieu, qui vous a appelés au partage de sa royauté et de sa gloire ". Cette expression, " vous conjurant", lui est inspirée par le souvenir de ce que font les pères.

Oui, nous vous avons conjurés; et, en cela, nous n'avons pas usé de rigueur, nous nous sommes conduits comme des pères. " Chacun de vous ". Ah ! dans une si grande multitude , personne de négligé , ni petit, ni grand, ni riche, ni pauvre ! — " Vous exhortant ", dit-il, à la résignation; " vous consolant, vous conjurant ". — "

Vous exhortant " ; donc les apôtres ne cherchaient pas la gloire. " Vous conjurant " ; certes, ce n'étaient pas des flatteurs; " de marcher d'une a manière digne de Dieu, qui vous a appelés au partage de sa royauté et de sa gloire ". Voyez maintenant ce que ce récit a d'instructif et de consolant. Car si Dieu nous a appelés à sa royauté, s'il nous a appelés à sa gloire, il faut tout supporter. Nous vous exhortons, non pas pour que vous nous fassiez quelque faveur, mais pour que vous obteniez le royaume des cieux.

" C'est pourquoi nous rendons à Dieu, nous aussi, de continuelles actions de grâces, de ce qu'ayant entendu, de notre bouche, la parole de Dieu, vous l'avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu'elle l'est véritablement, la parole de Dieu, efficace en vous qui avez embrassé la foi (13) ". On ne peut pas prétendre, dit-il, que nous, de notre côté, nous fassions toutes choses d'une manière absolument irréprochable, mais que vous, de votre côté, vous vous montriez indignes de notre séjour auprès de vous; car vous ne nous avez pas écoutés comme on écoute des hommes; vous avez été attentifs, comme si vous entendiez les avertissements de Dieu même. Qui le prouve ? De même qu'il démontre qu'il n'a recherché ni la faveur qu'obtiennent les flatteries, ni fa vaine gloire dans ses prédications, et qu'il en donne pour preuves les périls qu'il a courus, le témoignage de ses auditeurs, les oeuvres qu'il a faites, de même il prouve, par les périls qu'ils ont affrontés, la piété avec laquelle ils ont reçu la parole. En effet, comment, leur dit-il, si vous n'aviez pas écouté, comme on écouterait Dieu lui-même, comment pourriez-vous supporter de tels périls? Et voyez à quelle hauteur il les élève:

" Car, mes frères, vous êtes devenus les imitateurs des Eglises de Dieu, qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ dans la Judée ; vous avez souffert, de la part de vos concitoyens, les mêmes persécutions que ces Eglises de la part des juifs, qui ont tué le Seigneur Jésus-Christ, et les prophètes; qui nous ont persécutés; qui ne sont point agréables à Dieu et qui sont ennemis de tous les hommes; qui nous empêchent d'annoncer aux gentils la parole du salut, comblant ainsi la mesure de leurs péchés, car la colère de Dieu est tombée sur eux et y demeurera jusqu'à la fin ".(Ibid. 14, 15, 16.)

2. Vous êtes, dit-il, devenus les imitateurs des Eglises de Dieu qui sont dans la Judée. Grande consolation ; il n'est pas étonnant, dit-il, que les juifs vous traitent comme ils ont traité leurs frères. Et maintenant ce n'est pas une faible marque de la vérité de la prédication, de voir que des juifs mêmes étaient décidés à tout supporter. " Parce que vous avez a souffert ",dit-il," de la part de vos concitoyens, les mêmes persécutions que ces Eglises de la part des juifs ". Il y a plus d'énergie en ce qu'il dit: " Que celles qui sont dans la Judée ". Il montre par là que les fidèles se réjouissaient partout de leurs combats. Il dit donc Vous aussi, vous avez souffert les mêmes traitements ; et maintenant, qu'y a-t-il d'étonnant qu'ils vous aient fait subir les rigueurs qu'ils ont osé exercer contre le Seigneur? Voyez-vous quelle grande consolation il leur apporte?

Et il ne se lasse pas d'exprimer cette idée dans presque toutes ses lettres, vous le verrez, si vous les étudiez avec soin; toujours opposer aux épreuves mille exemples différents empruntés du Christ. Voyez bien, ici, c'est en accusant les Juifs, qu'il rappelle l'histoire du Seigneur, la passion du Seigneur; il savait bien que c'était là la meilleure des consolations. " Qui ont tué le Seigneur ", dit-il ; mais peut-être ne le connaissaient-ils pas? Au contraire, ils le connaissaient parfaitement, et après ? N'ont-ils pas encore tué leurs prophètes ? et lapidé ceux dont ils portent partout les livres? Certes, ils ne l'ont pas fait par amour pour la vérité. Donc il n'y a pas seulement une consolation dans les tentations; mais encore un: avertissement qui nous fait voir que les persécuteurs n'agissent point par amour pour la vérité; ce qui est un motif pour les fidèles de ne pas se troubler. " Qui nous ont persécutés ", dit-il; et nous aussi, dit-il, nous avons souffert des maux sans nombre. — " Qui ne sont point agréables à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes, qui nous empêchent d'annoncer aux gentils la parole du salut". Vous l'entendez: " Qui sont ennemis ", dit-il, " de tous les hommes ". Comment cela? C'est que, s'il faut parler à toute la terre, et s'ils nous en empêchent, ce sont, pour toute la terre, des ennemis. Ils ont tué le Christ, les prophètes; ils outragent Dieu ; ce sont, pour toute la terre, des ennemis ; ils nous chassent, nous; qui sommes venus pour le salut du monde. Qu'y a-t-il d'étonnant qu'ils aient tenu envers vous la même conduite; qu'ils reproduisent ce qu'ils ont fait dans la Judée? " Qui nous empêchent", dit-il, "d'annoncer aux gentils la parole du salut ". L'envie, voilà ce qui fait obstacle au salut de tous. " Comblant ainsi la mesure de leurs péchés, car la colère de Dieu est tombée sur eux et y demeurera jusqu'à la fin ". Il n'y a plus lieu de croire qu'il en sera comme par le passé; il n'y a plus pour eux. de retour possible; ils ne mettent plus de bornes à leurs crimes; la colère de Dieu va fondre sur eux. Qui le prouve? La prédiction du Christ, car la consolation des affligés ne consiste pas seulement à voir leurs afflictions partagées, mais à voir le coup qui frappe ceux qui les ont affligés. Si le retard de la vengeance est une douleur, que ce soit une consolation de n'avoir plus à l'attendre. L'apôtre fait plus; il a supprimé le délai en disant : que " la colère " est proche, qu'elle est décidée, qu'elle est prédite.

"Aussi, mes frères, ayant été pour un peu de temps comme des orphelins, loin de vous par le corps, non par le coeur, nous avons désiré, avec d'autant plus d'ardeur, de jouir de votre présence ". Il ne dit pas, séparé, il emploie un mot plus expressif. Plus haut il a parlé de la flatterie pour montrer qu'il ne flatte pas, qu'il ne recherche pas la gloire. De même qu'il a dit plus haut: " Comme un père envers ses enfants, comme une nourrice ", de même ici il emploie une expression de choix, "comme des orphelins " ; ce qui se dit des enfants qui n'ont plus de père. Eh quoi ! ceux-ci sont-ils donc orphelins? Non, dit-il, mais c'est nous. Si l'on médite sur la nature de la douleur, de même que des enfants, en bas-âge, dont nul ne prend soin, qui supportent, avant le temps, une perte cruelle, regrettent amèrement leurs parents, non-seulement par affection naturelle, mais parce qu'ils sont dans l'abandon, de même cela est vrai de nous; de là il montre la douleur que son âme ressentait de la séparation. Et si nous pouvons,nous exprimer ainsi, ce n'est pas que nous ayons été loin de vous longtemps, mais " pour un peu de temps ", et cela, " par le corps , non par le coeur. Car nous vous portons toujours dans notre pensée". Voyez la force de l'affection. Quoiqu'il les portât toujours dans son coeur, il recherchait leur vue, leur présence. Qu'on ne m'objecte pas ici une sagesse intempestive ; voilà la marque d'une ardente charité: voir, entendre, converser, c'est une grande consolation. " Nous avons désiré avec d'autant plus d'ardeur ", qu'est-ce à dire " avec d'autant plus d'ardeur? " Ou cela veut dire: Nous vous étions fortement attachés, ou, comme il est vraisemblable, après une heure d'éloignement, nous désirions voir votre visage. Voyez, considérez le bienheureux Paul; ne pouvant par lui-même satisfaire son désir, il le fait par des intermédiaires ; comme lorsqu'il envoie, aux habitants de Philippes, Timothée ; à ceux de Corinthe, le même encore; il a recours à des intermédiaires, quand il ne peut pas se rapprocher lui-même; sa tendresse en effet avait des transports invincibles; son amitié était indomptable. C'est pourquoi " nous avons voulu vous aller trouver ", c'est l'affection qui tient ce langage. Quoiqu'en ce moment, (193) dit-il, je n'aie pas d'autre besoin que celui de vous voir. " Et moi Paul, je l'ai voulu, une et deux fois; mais Satan nous en a empêchés ".

3. Que dites-vous, saint apôtre? Satan vous empêche? Oui;

ce n'était pas là l'oeuvre de Dieu. Pour les Romains, il leur dit que Dieu l'en a empêché. (Rom. XV, 22.) Et ailleurs, Luc déclare que l'esprit les a empêchés de venir en Asie. (Act. XVI, 6.) Aux Corinthiens, il dit que c'est l'oeuvre de l'esprit; ici, au contraire, que c'est l’oeuvre de Satan. Mais quel est cet empêchement qui vient de Satan ? Des épreuves qu'il ne soupçonnait pas, épreuves violentes; c'est que des piéges lui avaient été tendus par les juifs, et il fut retenu dans la Grèce pendant trois mois. (Act. XX, 3.) Il y a certes une différence entre demeurer de propos délibéré, en vertu d'un projet, demeurer de soi-même, et se trouver empêché. Dans l'épître aux Romains, il dit : " C'est pourquoi, n'ayant plus maintenant aucun sujet de demeurer davantage dans ce pays-ci". (Rom.XV, 23.) Ailleurs : " C'est pour vous épargner que je n'ai point voulu aller à Corinthe ". (II Cor. I, 23.) Ici, au contraire , rien de pareil ; mais quoi ? " Satan nous en a empêchés. Moi Paul, une fois et deux fois ". Voyez quelle recherche de paroles, comme il tient à montrer la vivacité de son affection pour eux : " Moi Paul ". C'est comme s'il disait: Quand même les autres ne l'eussent pas voulu. Les autres se bornaient à vouloir, mais moi j'ai entrepris. " Et certes, quelle est notre espérance, notre joie et la couronne de notre gloire ? N'est-ce pas vous aussi, qui l'êtes devant le Seigneur Jésus-Christ, pour le jour de son avènement? " (Ibid. 19.) Ce sont les Macédoniens, qui sont votre espérance, ô bienheureux Paul? Non, dit-il, pas eux seulement. Voilà pourquoi il s'exprime de cette manière " N'est-ce pas vous aussi? " — " Quelle est en effet ", dit-il, " notre espérance , notre joie et la couronne de notre gloire ? " Ne reconnaissez-vous pas là le langage des femmes ont les entrailles s'attendrissent, quand elles parlent à leurs enfants tout petits ? " Et la couronne ", dit-il, " de notre gloire". Le mot de couronne ne lui suffisait pas pour montrer la splendeur qu'il a en vue , il ajoute : " De notre gloire ". Quel feu ! Jamais un père, une mère, supposez-les ensemble , et confondant leur amour, ne pourraient montrer une tendresse égale à celle de Paul. " Notre joie ", dit-il , " et la couronne ". Je tressaille plus de joie , dit-il , pour vous , que pour une couronne. Considérez toute une Eglise, Eglise que Paul a plantée , et qui a poussé des racines ; qui ne tressaillirait pas devant cette nombreuse postérité, cette postérité si belle? Aussi, ce langage n'est pas de la flatterie; car il ne dit pas seulement , vous, mais : Vous avec les autres , " vous êtes notre gloire et notre joie (20) ".

" Ainsi, ne pouvant souffrir plus longtemps de n'avoir point de vos nouvelles, j'ai jugé à propos de rester tout seul à Athènes " , ce qui veut dire : J'ai préféré.

" Et je vous ai envoyé Timothée, notre frère et ministre de Dieu dans la prédication de l'Evangile de Jésus-Christ (III, 1, 2) ". Ce qu'il dit , ce n'est pas pour faire l'éloge de Timothée, mais pour leur montrer combien il les honore , en leur envoyant un aide et un ministre de l'Evangile; c'est comme s'il disait : Nous avons arraché à ses travaux, nous avons envoyé un ministre de Dieu, notre aide dans l'Evangile du Christ. Et il ajoute la raison : " Pour vous fortifier et vous exhorter dans votre foi, afin que personne ne s'ébranle par les persécutions qui nous arrivent (3) ". Qu'est-ce à dire ? C'est que les épreuves des maîtres troublent les disciples. Or, il était en proie alors à un grand nombre d'épreuves, comme il le dit lui-même : " Satan nous en a empêchés ". C'est pour les ranimer qu'il leur parle ainsi; comme s'il disait: Une fois, deux fois, j'ai voulu aller vous trouver, sans le pouvoir; ce qui était, pour lui, une grande privation. Or il est vraisemblable que cette absence les avait troublés , car les disciples sont moins tourmentés de leurs propres épreuves que de celles de leurs maîtres. Un soldat s'affecte moins de ses propres blessures que de celles du chef de l'armée. " Pour vous fortifier ", dit-il; donc, c'est pour prévenir leur trouble, qu'il a envoyé; ce n'est pas que leur foi fût défectueuse, ni qu'ils eussent quelque chose à apprendre. " Et vous exhorter à demeurer fermes dans votre foi ; sans que personne soit ébranlé des persécutions qui nous arrivent. Car vous savez que c'est à quoi nous sommes destinés. Dès lors même que nous étions parmi vous , nous vous prédisions que nous aurions des afflictions à souffrir; et nous en avons eu, en effet, comme vous le (194), savez (4) ". Il ne faut pas se troubler, dit-il; il n'est rien arrivé d'étrange, d'inattendu cette observation devait suffire pour les ranimer. Comprenez-vous que c'est pour la même raison que le Christ disait aussi à ses disciples ce qui devait arriver? Ecoutez ses paroles : " Et je vous le dis maintenant, avant que cela arrive, afin que, lorsque cela sera arrivé, vous croyiez en moi ". (Jean, XIV, 29.) Car c'est une grande consolation, une bien grande, en vérité, d'être ainsi averti de la bouche des maîtres. Un malade entend son médecin lui dire que ceci, que cela doit arriver, et il ne se trouble pas; supposez, au contraire, un accident imprévu, le médecin lui-même incertain et embarrassé, la maladie plus forte que la médecine, voilà le malade troublé, consterné;

il en est de même ici. Paul, qui voyait l'avenir, leur prédit les afflictions, " et nous en avons eu ", dit-il, " en effet, comme vous le savez ". Et il ne dit pas seulement que telle affliction a eu lieu, mais qu'il en a beaucoup prédit, et que tout ce qu'il a prédit est arrivé. " C'est à quoi nous sommes destinés ".

Par conséquent, non-seulement les épreuves passées ne doivent ni nous troubler ni nous confondre, mais il en doit être de même des épreuves à venir qui pourraient se rencontrer.

" C'est à quoi nous sommes destinés ".

4. Ecoutons, si nous avons des oreilles pour écouter. C'est à cela qu'est destiné le chrétien. Le, " c'est à quoi nous sommes destinés ", l'apôtre l'applique à tous les fidèles. " C'est à quoi nous sommes destinés ", et nous, comme si nous étions destinés à une vie tranquille, nous sommes tout étonnés. Et maintenant de quoi sommes-nous étonnés? Car l'affliction qui nous a saisis, l'épreuve n'a rien que d'humain. C'est le cas de vous dire : " Vous n'avez pas encore résisté jusqu'à répandre votre sang, en combattant contre le péché ". (Hébr. XII, 4.) Je me trompe, ce n'est pas le cas de vous adresser ces paroles. Que faut-il donc vous dire ? Vous n'avez pas encore méprisé les richesses. A ceux qui avaient perdu tous leurs biens, on pouvait adresser les paroles de l'apôtre; mais à ceux qui ont toute leur fortune, que leur dire, sinon, à qui a-t-on ravi ses biens, à cause du Christ? A qui a-t-on donné des soufflets? Qui donc a été outragé? je dis, en paroles. De quoi donc pourriez-vous vous glorifier? Où prendriez-vous le droit de parler? Quand le Christ a tant souffert pour nous qui étions ses ennemis, quelles souffrances pouvons-nous montrer, endurées par nous pour lui? Nos souffrances, néant; les bienfaits reçus de lui, c'est l’infini. Où prendrons-nous le droit de parler au dernier jour? Ne savez-vous pas que c'est un corps couvert de blessures, criblé de cicatrices qui recommande le soldat au souverain? S'il n'a rien à montrer, fût-il même irréprochable , ignorez-vous qu'il reste au dernier rang ? Mais ce n'est pas le temps des combats, me répond-on. Mais si c'était le temps des combats; où trouverait-on, répondez-moi, un combattant? Qui s'élancerait dans la mêlée? Qui mettrait en déroute la phalange ennemie? Ah ! personne, je le crains : quand je vois que vous ne parvenez pas à mépriser les richesses en vue du Christ, comment croirais-je que vous sauriez mépriser les coups? Savez-vous, répondez-moi, supporter noblement les outrages, et bénir qui vous fait affront? Vous ne le faites pas, vous n'obéissez pas à la loi. Vous ne faites pas ce qu'on peut faire sans dan. ger, et vous supporterez les coups, dites-moi, malgré la souffrance, malgré la douleur?

Ne savez-vous pas qu'il faut, dans la paix, s'exercer à la guerre? Ne voyez-vous pas ces soldats qui sans que la guerre, gronde d'aucun côté, au sein d'une paix profonde, fourbissent leurs armes, suivent les chefs qui leur enseignent la manoeuvre dans les rangs, et s'en vont au soleil , dans de vastes plaines, tous les jours, s'exercer aux combats, avec un zèle ardent? Qui les imite pour les combats spirituels? Personne. Aussi, quand vient la guerre, sans vigueur et sans énergie, nous appartenons à qui veut nous prendre.

Quelle démence que de se figurer que le temps présent n'est pas le temps des combats, lorsque Paul nous crie : " Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ, seront persécutés " (II Tim. III, 12) ; lorsque le Christ nous dit : " Vous aurez à souffrir l'affliction dans le monde " (Jean, XVI, 33); lorsque le bienheureux Paul nous crie encore de sa voix éclatante : " Nous n'avons pas à combattre la chair et le sang, mais... " et encore: " Soyez donc fermes; que la vérité soit la ceinture de vos reins ". (Ephés. VI, 12, 14.) Et nul, dans ces jours d'autrefois, ne lui dit Pourquoi nous armez-vous, je vous le demande, puisqu'il n'y a pas de guerre ?(195) Pourquoi nous créer des affaires sans besoin? Pourquoi faire prendre la cuirasse à des soldats qui pourraient vivre dans le repos et la tranquillité? A qui lui eût fait entendre 'de telles paroles, l'apôtre aurait répliqué : C'est surtout quand il n'y a pas de guerre, qu'il faut penser à la guerre. Quiconque, dans la paix, pense à la guerre, sera terrible à l'heure des batailles; au contraire, celui qui ne sait pas la guerre, s'épouvante, même au sein de la paix. Pourquoi? Parce qu'il pleure en voyant ce qu'il possède , et il s'attriste de ne pouvoir défendre ses biens en combattant. Car tous les biens ales lâches qui ne savent passé battre, appartiennent aux braves habitués aux combats, et voilà une première raison pour vous armer. Ensuite le temps de la guerre, c'est le temps de notre vie. Comment cela, et de quelle manière? Le démon nous assiège tant que notre vie dure. écoutez ce que dit l'apôtre à ce sujet. Il tourne autour de nous, comme un lion rugissant ( I Pierre , V, 8), pour nous enlever. Les innombrables passions des sens se ruent sur nous , il faut les passer en revue si nous voulons nous soustraire à l'irréflexion qui nous tromperait.

Dites-moi , je vous le demande, qui ne combat pas contre nous? Richesses, beauté, plaisirs, pouvoir, envie , gloire, orgueil insolent. Ce n'est pas seulement notre gloire à nous, qui combat contre nous pour nous ravir l'humilité, c'est aussi la gloire des autres, pour nous inspirer une haine envieuse. Et maintenant tous les maux contraires, pauvreté, ignominie; mépris, abandon , privation de toute force , ne nous font-ils pas aussi la guerre? Tous ces ennemis sont en nous ; nous en avons aussi d'extérieurs : les méchancetés , les trahisons, les perfidies, les calomnies, les pièges de toutes sortes; et tous les malheurs que les démons nous ménagent, les principautés, les puissances , les princes de ce siècle de ténèbres, les esprits de perversité. Nous sommes, les uns dans la joie, les autres dans la douleur. Aberration des deux côtés. — Mais la santé, mais la maladie. — Où trouver ce qui n'est pas une cause de péché? Voulez-vous que je remonte jusqu'à Adam, pour vous dire tout de suite comment tout s'explique? Qu'est-ce qui a perdu le premier homme ? Le plaisir, la gourmandise, l'ambition. Et, après lui, son premier fils? L'envie et la haine. Et les hommes du temps de Noé ? La luxure et tous les maux qu'elle enfante. Et le fils de Noé ? L'oubli de la pudeur, l'effronterie. Et les Sodomites ? L'abomination , la débauche blasée et repue. Et. c'est ce qui arrive souvent à la pauvreté même : aussi un sage disait : " Ne me " donnez ni la richesse ni la pauvreté ". (Prov. XXX, 8.) Faisons mieux, n'accusons ni la richesse, ni la pauvreté , mais la volonté incapable de faire un bon usage soit de la pauvreté, soit de la richesse. "Reconnaissez", dit le sage, " que vous marchez parmi les pièges " . (Ecclés. IX, 38.)

5. C'est donc avec une admirable sagesse que le bienheureux Paul dit: " C'est à quoi à nous sommes destinés ". II ne se contente pas de dire: Nous sommes soumis aux épreuves, mais: " C'est à quoi nous sommes destinés " ; comme s'il disait: C'est pour cela que nous naissons. C'est là notre tâche, c'est là notre vie, et toi, au rebours, tu cherches le repos? Il n'y a pas près de vous de bourreau qui vous déchire le flanc, qui vous force de sacrifier; mais la cupidité est là, l'avarice est là qui nous arrache les yeux. Il n'y a pas de soldat pour mettre le feu à notre bûcher, pour nous étendre sur le gril ardent, mais le feu de nos sens est plus brûlant que les flammes des bourreaux. Il n'y a pas de roi pour nous promettre des biens innombrables et forcer notre consentement, mais il y a l'amour insensé de la gloire, plus puissant à nous séduire. Combat terrible, oui, vraiment épouvantable, si nous voulons conserver la sagesse; la vie présente, elle aussi, a ses couronnes.: écoutez Paul qui vous dit: " Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice que me décernera le juste juge, et non-seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son avènement ". (II Tim. IV, 8.) Quand vous perdez un enfant chéri, un fils unique, élevé dans l'opulence, qui donnait de belles espérances, qui devait être votre seul héritier, ne pleurez pas, mais bénissez Dieu, glorifiez celui qui a reçu votre enfant, et vous ne le céderez en rien à Abraham. De même qu'il donna son fils à Dieu pour obéir à son ordre, de même, vous, laissez Dieu vous prendre le vôtre, et ne gémissez pas.

Vous êtes tombé dans une maladie grave, et voilà une foule de gens qui veulent vous forcer à recourir à des charmes, à des amulettes, à d'autres moyens encore pour obtenir votre guérison; mais vous, qui craignez Dieu, vous (196) leur opposez l'énergie, la fermeté d'une grande âme, vous aimez mieux tout souffrir que de rien faire qui sente le culte des idoles; eh bien, cette conduite vous vaut la couronne du martyre. N'en doutez pas. Comment cela, et de quelle manière? je vous l'explique. De même que le martyr supporte avec l'énergie d'une grande âme toutes les tortures, plutôt que d'adorer les idoles, de même, vous aussi, vous supportez les douleurs de la maladie, plutôt que de recourir à ce que vous offre le démon, plutôt que de faire ce qu'il veut devons. Mais les douleurs du martyre sont bien plus violentes? Mais celles de la maladie sont plus longues: aussi le résultat est le même. Souvent même elles sont plus violentes. Eh bien, que faites-vous, répondez-moi, quand la fièvre intérieure tourmente votre corps et le brûle, et que, repoussant les conseils qu'on vous donne , vous rejetez bien loin de vous le charme magique, est-ce que vous ne ceignez pas votre front de la couronne du martyre? Autre circonstance encore : vous avez perdu de l'argent? Des conseillers en foule vous disent d'aller consulter les devins : mais vous, vous n'écoutez que la crainte de Dieu, vous savez ce qu'il défend, et vous aimez mieux perdre votre argent que de désobéir à Dieu.

Qu'en résulte-t-il ? Vous obtenez une récompense aussi forte que si vous aviez donné cet argent aux pauvres; si, après avoir subi une telle perte, vous bénissez le Seigneur, si, au lieu d'aller trouver les devins, vous consentez plutôt à ne recouvrer jamais rien, vous obtenez une récompense aussi forte que si vous vous étiez dépouillé pour Dieu. De même que c'est la crainte de Dieu qui fait qu'on se dépouille pour les indigents, de même c'est la crainte de Dieu qui vous a empêché, de rentrer en possession de ce que d'autres vous ont ravi. Il ne dépend que de nous d'être ou de n'être pas blessés dans nos vrais intérêts; nul autre ne peut nous nuire. Si vous le voulez, méditons cette vérité, à propos du vol.

Un voleur a brisé le mur d'une chambre, il s'y est élancé, il a. fait main basse sur de la vaisselle d'or d'un grand prix, sur des pierres précieuses, enfin il a emporté tout un trésor, et ce voleur n'a pas été pris. Voilà un malheur qui paraît lourd à supporter, il semble qu'il y ait là un grave préjudice; il n'en est rien ; il dépend de vous qu'il y ait là, soit préjudice, soit profit. Et comment pourrait-on y trouver un profit, me dites-vous? Je veux essayer de vous en faire la démonstration. Vous n'avez, vous, qu'à vouloir ce qui est arrivé, il y aura un profit considérable; si vous refusez le concours de votre volonté, vous subirez un dommage plus grand que la perte réelle. Il en est ici comme dans l'industrie : la matière première étant donnée , l'ouvrier habile en fait un bon usage ; au contraire, l'ouvrier maladroit la perd, la gâte; il fait si bien qu'elle est, pour lui, une cause de préjudice; il en est de même dans cette circonstance. Comment donc y aura-t-il pour vous un profit? Si vous bénissez Dieu, si vous ne faites pas entendre d'amères lamentations, si vous répétez les paroles de Job: " Le Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a ôté : nu, je suis sorti du ventre de ma mère; nu, je m'en retournerai ". (Job. I, 21.) Que dites-vous : " Le Seigneur m'a ôté? "

C'est le voleur qui m'a ôté, me réplique-t-on, et comment pouvez-vous dire : " Le Seigneur m'a ôté? " Cessez de vous étonner c'était à propos de ce que le démon lui avait ôté que Job aussi s'écriait . " Le Seigneur m'a ôté ". Or, si ce saint personnage n'a pas craint de parler ainsi, comment pourrez-vous hésiter, quand un voleur vous aura enlevé quelque chose, à dire que c'est le Seigneur qui vous l'a ôté?

Quel homme admirez-vous, répondez-moi, celui qui prodigue son bien aux pauvres, ou Job qui fait entendre ces paroles? Job n'a pas -moins de mérite que celui qui donnerait tout son bien aux pauvres, quoiqu'il ne donnât rien alors. Ne dites pas : Il m'est impossible de faire entendre des actions de grâces, ce n'est pas par ma volonté que l'événement est arrivé ; je ne le soupçonnais, ni ne le voulais quand le voleur m'a pris mon bien; quelle pourrait être ma récompense ? Ni Job non plus ne soupçonnait, ni ne voulait ce qui lui est arrivé, est-il besoin de le dire ? toutefois Job a lutté. Eh bien, vous pouvez, vous aussi, mériter une récompense aussi grande que si vous aviez volontairement sacrifié vos biens. Et c'est avec raison que nous avons, pour celui qui bénit Dieu, au sein des injustices qu'il subit, plus d'admiration encore que pour celui qui donne volontairement ce qu'il possède. Pourquoi? C'est que ce dernier reçoit des éloges qui le soutiennent, il a sa conscience nourrie de bonnes espérances, et ce n'est que quand il se sent assez fort pour supporter la perte de ses biens, qu'il les rejette loin de lui; le (197) premier au contraire, est encore attaché aux richesses qu'on lui arrache par violence. Or, voilà deux conditions qui ne. sont pas les mêmes : Ne s'être rien réservé de ses biens après y avoir renoncé volontairement ; ou, quand on les possède encore, se les voir arracher. Prononcez les paroles de Job, et vous recevrez des trésors, des trésors bien plus considérables que ceux qui furent accordés à Job.

Job n'a reçu que le double de ce qu'il possédait auparavant (Job, XLII, 10); mais à vous, le Christ promet le centuple. La crainte de Dieu vous a fait éviter le blasphème? vous n'avez pas recouru aux devins? dans le malheur, vous avez béni Dieu ? C'est comme si vous aviez pris les richesses en dédain; car une pareille conduite suppose nécessairement le dédain des biens de ce monde. Or il n'y a pas égalité de mérite entre la sagesse lentement acquise qui dédaigne ces biens, et la vertu qui supporte tout le coup d'une perte subite. C'est ainsi que la perte devient un profit, que vous ne recevez aucun préjudice, au contraire que vous recevez du démon un bienfait.

6. Mais maintenant, comment la perte devient-elle un malheur pour vous ? C'est lorsque votre âme est blessée par cette perte. En effet, répondez-moi. Un voleur vous a dépouillé de votre argent? Pourquoi vous dépouillez-vous vous-même de votre salut? pourquoi, aux malheurs qui vous viennent des autres, ajoutez-vous de plus grands malheurs où vous vous: précipitez vous-même?

Ce voleur vous a peut-être jeté dans la pauvreté, mais vous êtes le premier à vous faire, dans vos plus chers intérêts, les torts les plus graves; ce voleur vous a privé de choses extérieures à vous, qui plus tard, malgré vous, devaient vous abandonner;

mais vous, vous vous enlevez à vous-même votre éternel trésor. Le démon vous a affligé en vous privant de vos biens? Affligez-le à votre tour, vous aussi, en bénissant le Seigneur. Gardez-vous de réjouir le démon ; .si vous allez trouver les devins, vous réjouissez le démon ; si vous bénissez Dieu, vous portez au démon un coup mortel. Et voyez ce qui arrive : vous ne retrouverez pas vos biens, pour avoir été consulter les sorciers, car ils ne sauraient rien vous dire ; si d'aventure ils vous apprennent quelque chose, vous perdez votre âme, vous devenez la risée de vos frères, et vous reperdez de nouveau, et tristement, tous vos biens. En effet le démon qui sait que vous ne supportez pas une perte de ce genre, que c'est pour vous un motif de renier votre Dieu, ne vous rend vos richesses que pour se ménager une nouvelle occasion de vous tromper. Supposez que les devins parfois rencontrent juste, il n'y a pas lieu, pour vous, de vous étonner. Le démon n'a pas de corps; il rôde dans tout l'univers, c'est lui-même qui arme les brigands; car ces oeuvres-là ne se font pas sans le concours du démon. Donc, si c'est lui qui arme les brigands, il sait de même où ils se cachent; car il n'est pas sans connaître ceux qui le servent. Il n'y a donc là rien d'étonnant. Le démon voit qu'une perte vous afflige, il vous en ménage une seconde; s'il voit au contraire votre dédain qui ne fait que rire de pareilles attaques, il renonce à vous harceler par ce moyen. C'est la conduite que nous tenons nous-mêmes avec nos ennemis; nous ne les attaquons que par ce qui peut leur causer de la peine; si nous les trouvons indifférents, nous renonçons à les affliger, dans l'impuissance où nous sommes de les piquer au vif; ainsi fait le démon.

Que dites-vous? Ne voyez-vous pas l'indifférence que montrent pour l'argent les navigateurs; quand la tempête s'élève sur la mer, comme ils jettent tout dans les flots ? Et personne ne se prend à dire : Que fais-tu, ô homme? Agis-tu donc de concert avec la tempête, es-tu le complice du naufrage? Avant que les flots engloutissent ton trésor, c'est toi-même qui le jettes dans le gouffre, de tes propres mains? Avant le naufrage, tu te fais un naufrage toi-même ? Ce seraient là des propos d'un homme grossier, n'ayant aucune idée des hasards de la mer ; au contraire, le matelot expérimenté, sachant ce qui produit le calme, ce qui provoque la tempête, ne fera que rire à de telles paroles : Si je jette, dira-t-il, une proie au gouffre, c'est pour que tout ne soit pas englouti. De même celui qui a l'expérience des choses de la vie humaine et de ses épreuves, au moment où l'esprit risque de faire naufrage, englouti par là corruption, le sage alors se débarrasse de l'argent qui lui reste. On vous a volé, faites l'aumône, et vous rendrez votre barque plus légère. Des brigands vous ont dépouillé ? Eh bien, vous, donnez au Christ ce qu'ils vous ont laissé. Voilà comment vous vous consolerez dans la pauvreté qu'on vous a faite. Rendez votre barque plus légère, ne songez pas à garder ce qui vous reste, votre (198) barque pourrait sombrer. Eh quoi, pour sauver leurs corps, les matelots jettent la cargaison, ils n'attendent pas l'invasion du flot qui submergerait la barque; et vous, pour sauver votre âme, vous ne conjurerez pas le naufrage ? Faites-en l'essai, si vous ne me croyez pas, je vous en conjure, faites-en l'essai, et vous verrez la gloire de Dieu. Quand il vous arrive quelque affliction, faites bien vite l'aumône, bénissez Dieu de ce qui vous arrive, et vous verrez de quelle joie vous serez inondé. Tel est le profit, si mince qu'il soit, dans les choses. de l'esprit, qu'il fait disparaître toute perte dans les choses de ce monde. Tant que vous avez de quoi donner au Christ, vous êtes riche.

Répondez-moi, vous avez été dépouillé, un roi s'approche de -vous, vous tend la main, ne rougit pas de recevoir de vous quelque chose, ne vous regarderez-vous pas comme le plus riche qui soit au monde, vous qui, dans une si grande pauvreté, voyez un roi qui ne rougit pas de vous? Ne vous dépouillez pas vous-même, n'ayez qu'une pensée, celle de vous vaincre vous-même, et vous vaincrez sans peine le perfide démon. Il ne dépend que de vous de faire de grands bénéfices. Méprisons les richesses, afin de ne pas mépriser notre âme. Mais comment arriverons-nous à les mépriser? Ne voyez-vous pas ce qui se passe pour la beauté du corps, et l'amour qu'elle inspire; tant que les yeux en sont frappés, le feu brûle, la flamme s'élève et resplendit; une fois qu'on a détourné ses regards, tout s'éteint, tout est assoupi; est-ce vrai? Il en est de même des richesses : que nul n'amasse des objets dorés, plus de pierres précieuses, plus de colliers, plus de bracelets , plus de cette amorce pour les yeux. Si vous voulez être riche, comme les hommes des anciens jours, ne mettez pas votre richesse dans l'or, mais dans les choses nécessaires, afin d'être toujours prêt à les distribuer aux autres. Renoncez à l'amour des ornements ; les richesses de ce genre sont exposées aux mauvais coups des brigands, et ne nous donnent que des soucis; plus de vases d'or ni d'argent; ayez des provisions de froment, de vin, d'huile; ayez-en, non pour les vendre et en faire de l'argent, mais pour les distribuer aux malheureux. Si nous savons nous détourner de ces biens superflus, nous obtiendrons les biens du ciel. Puissions-nous tous entrer dans ce partage, en Jésus-Christ, etc.

HOMéLIE IV. NE POUVANT DONC ATTENDRE PLUS LONGTEMPS, JE VOUS L'AI ENVOYé, POUR RECONNAîTRE L'éTAT DE VOTRE FOI, AYANT APPRéHENDé QUE LE TENTATEUR NE VOUS EUT TENTéS, ET QUE NOTRE TRAVAIL NE DEVINT INUTILE. MAIS TIMOTHéE, éTANT REVENU VERS NOUS, APRèS VOUS AVOIR VUS, ET NOUS AYANT APPORTé LA BONNE NOUVELLE DE VOTRE FOI ET DE VOTRE CHARITé, ET DU BON SOUVENIR, QUE VOUS AVEZ SANS CESSE DE NOUS, QUI VOUS PORTE A DéSIRER DE NOUS VOIR, COMME NOUS AVONS AUSSI LE MêME DéSIR POUR VOUS, NOUS TENONS A VOUS DIRE, MES FRèRES, QUE, DANS TOUTES LES AFFLICTIONS ET DANS TOUS LES MAUX QUI NOUS ARRIVENT, VOTRE FOI NOUS FAIT TROUVER NOTRE CONSOLATION EN VOUS; QUE NOUS VIVONS MAINTENANT, SI VOUS DEMEUREZ FERMES DANS LE SEIGNEUR. (III, 5-8 JUSQU'à LA FIN DU CHAPITRE.)

Analyse. 1-3. Les prophètes, les saints ne connaissent pas tout, ils participent à la faiblesse humaine. — Pourquoi Dieu a voulu qu'il en fût ainsi. — Affection de saint Paul pour les fidèles; ses inquiétudes, en ce qui concerne leur foi et leurs moeurs. — Raisons du voyage de Timothée, envoyé par saint Paul, à Thessalonique. — C'est du coeur que vient le mal de la corruption ; tel, sans faire d'actions mauvaises, est perverti.

4. Contre l'impureté. — De l'amour pur, de l’amour des saints en général et de saint Paul en particulier; de sa tristesse et de ses larmes pour les pécheurs.

5. Courage, bonté, chasteté de Joseph. — De l'oubli des injures, de la facilité à pardonner, de l'humilité.

— Rompons tous nos liens, ne différons pas l'œuvre de notre salut.

1. La question qui se pose aujourd'hui devant nous, occupe un grand nombre de personnes, et se représente bien souvent. Quelle est cette question ? "Ne pouvant donc ", dit-il," attendre plus longtemps, je vous ai envoyé " Timothée pour reconnaître l'état de votre (199) foi ". Que dites-vous? Celui qui connaît tant de choses, celui qui a entendu les paroles mystérieuses, celui qui est monté jusqu'au troisième ciel, il y a quelque chose qu'il ne connaît pas, et cela lorsqu'il est à Athènes, dans une ville qui n'est pas très-éloignée de Thessalonique, quand la séparation date de si peu de temps? " Comme des orphelins " , dit-il, " loin de vous pour un peu de temps ". (Chap. II, 17.) Ainsi un tel homme ne connaît pas l'état de ceux de Thessalonique, et il faut nécessairement qu'il leur envoie Timothée, pour reconnaître l'état de leur foi? " Ayant " appréhendé " , dit-il, " que le tentateur ne " vous eût tentés, et que notre travail ne de" vînt inutile ". Quoi donc, dira-t-on , est-ce que ces grands saints ne savaient pas tout ? Non; et c'est ce que l'on peut conclure d'un grand nombre d'anciens exemples et de ceux qui les ont suivis. Ainsi Elisée ne connaissait pas la pauvre veuve. (IV Rois, IV.) Ainsi Elie disait à Dieu : " Je suis demeuré seul, ils cherchent encore à m'ôter la vie " ; ce qui lui valut de Dieu cette réponse : " Je me suis " réservé sept mille hommes ". (III Rois, XIX, 10, 18.) Et quand Samuel fut envoyé pour oindre David, le Seigneur lui dit : " N'ayez égard, ni à sa bonne mine, ni à la grandeur de sa taille, parce que j'ai rejeté Saül, et que je ne juge pas des choses par ce qui en paraît aux yeux des hommes; car l'homme ne voit que le dehors, mais le Seigneur regarde le fond du coeur " (I Rois, XVI, 7) ; ce qui marque la sollicitude et la providence de Dieu. Comment et pourquoi? Et pour les saints eux-mêmes, et pour ceux qui se confient aux saints. Car, de même que c'est Dieu qui permet les persécutions, de même c'est encore Lui qui permet que les saints ignorent beaucoup de choses, afin de les réduire à la modération; de là ce que Paul disait lui-même . " J'ai ressenti, dans ma chair, un aiguillon qui est j'ange de Satan , pour me donner des soufflets " (II Cor. XII, 7), c’est-à-dire pour que je ne m'élève pas trop dans mes pensées. Dieu l'a voulu ainsi pour que les autres hommes n'allassent pas s'imaginer de trop grandes choses à son sujet. Et en effet, si à voir les miracles que les saints ont opérés, on les a pris pour des dieux (Act. XIV, 10) , cette erreur se serait bien plus propagée , s'ils eussent toujours montré la connaissance de toutes choses. Aussi le même Paul dit encore : " Je ne veux pas que l'on m'estime au-dessus de ce que l'on voit en moi, ou de ce que l'on entend dire de moi ". (II Cor. XII, 6.) Et maintenant, écoutez les paroles de Pierre, quand il eut guéri le boiteux : " Pourquoi nous regardez-vous avec des yeux étonnés, comme si c'était par notre vertu, ou par notre puissance, que nous eussions fait marcher ce boiteux? " (Act. III, 12.) Si ces paroles, ces actions, malgré l'infirmité de ceux qu'on entendait, qu'on voyait, provoquaient des suppositions fausses, que serait-il arrivé s'ils eussent été revêtus de toute espèce de grandeur? Pierre ne veut pas qu'on puisse attribuer à une nature surhumaine, dont les apôtres seraient doués , les grandes oeuvres qu'ils opèrent; il veut prévenir une adoration insensée; voilà pourquoi il montre la faiblesse des apôtres; il veut couper court à tout prétexte d'orgueil, et voilà pourquoi Paul montre ici une certaine ignorance; voilà encore pourquoi, bien qu'il se fût souvent proposé d'aller à Thessalonique , il n'y a pas été;

c'est pour qu'on sache, à n'en pas douter, qu'il y a beaucoup de choses qu'il ignore; cette ignorance offrait donc un grand avantage. D'ailleurs , même avec cette ignorance, il y avait encore un grand nombre de gens qui le nommaient la grande vertu de Dieu; d'autres l'exaltaient de diverses manières; s'il n'eût pas paru ignorant, que n'auraient-ils pas pensé de lui? Maintenant , il semble qu'il y ait, dans ces paroles, comme un reproche; si pourtant on les considère avec attention , elles montrent bien plutôt que les gens de Thessalonique méritent l'admiration, par leur vertu qui surmontait les tentations. Comment cela? Soyez attentifs.

En effet, vous leur avez d'abord dit, ô bienheureux Paul, que vous étiez destiné pour souffrir ces maux, et de plus, vous leur avez encore dit, que personne donc ne se trouble; pourquoi, maintenant, leur envoyez-vous Timothée , comme si vous aviez peur que ce que vous redoutez n'arrive ? L'apôtre n'écoute ici que son affection; ceux qui aiment redoutent même les dangers qui n'existent pas, c'est le caractère d'une charité ardente; de plus, l'apôtre s'inquiète du grand nombre des tentations. Sans doute , j'ai dit, " ce à quoi nous sommes destinés " , mais l'excès des maux m'a effrayé. Aussi l'apôtre ne dit-il pas qu'il les condamne, en leur envoyant Timothée (200) , mais : " Ne pouvant pas attendre plus longtemps ", paroles où respire l'amitié.

Que signifie, " ayant appréhendé que le tentateur ne vous eût tentés?" Voyez-vous que les tentations qui . nous font chanceler, sont des œuvres du démon, qui proviennent de ce qu'il veut nous égarer? S'il ne peut pas nous ébranler nous-mêmes, il ébranle, en nous attaquant, ceux qui sont plus faibles : c'est là l'effet d'une faiblesse insigne, d'une faiblesse inexcusable. C'est ce qu'il fit, à propos de Job, en excitant son épouse : " Maudissez Dieu ", lui dit-elle, " et mourez". (Job. II, 9.) Voyez comme le démon l'a tentée. Maintenant, pour. quoi l'apôtre ne dit-il pas: Ne vous eût ébranlés, mais: " Ne vous eût tentés? " C'est que, dit-il , j'ai soupçonné seulement que vous pouviez avoir été tentés; il se garde bien d'appeler cette tentation un ébranlement. Il faut accepter le choc pour être ébranlé. Ah ! voyez la tendresse de Paul. Il oublie ses afflictions, les perfidies qui l'entourent. Car je pense qu'en ce moment il demeurait dans la Grèce, où saint Luc nous dit qu'il séjourna trois mois au milieu des pièges des Juifs qui voulaient le perdre.

2. Donc il oublie ses propres dangers, ne pensant qu'à ses disciples. Voyez-vous qu'il n'est pas un père selon la nature qui puisse lui être comparé? Que faisons-nous? dans les afflictions, dans les dangers, nous ne pensons plus qu'à nous; Paul, au contraire, ne craignait, ne tremblait que pour ses enfants, au point de leur envoyer, malgré les dangers qu'il courait lui-même, son unique consolateur, son unique auxiliaire, Timothée. " Et que notre travail ne devînt inutile ". Pourquoi ? Quand même ils auraient été renversés, -ce ne serait pas de votre faute, ce ne serait pas par votre négligence. N'importe, en ces circonstances, je dis que mon travail serait devenu inutile, c'est mon vif amour pour mes frères qui parle ainsi. " Ayant appréhendé que le tentateur ne vous eût tentés ". Ce qu'il fait, sans savoir s'il vous fera tomber. Eh bien ! le démon, même sans savoir s'il triomphera, nous attaque; nous, au contraire, quoique nous sachions parfaitement que nous aurons l'avantage sur lui, nous ne sommes pas en éveil? Que le démon nous attaque sans savoir l'issue de la lutte, c'est ce qui se voit à propos de Job : en effet, voici ce que disait à Dieu ce démon pervers : " N'avez-vous pas, à l'intérieur et à l'extérieur, mis un rempart tout autour de lui ? Enlevez-lui ses biens j'imagine, certes, qu'il vous bénira en face ". (Job, I, 10, 11.) Il nous tente. S'il voit un côté faible, il attaque; s'il rencontre la force., il se retire. " Et que notre travail ", dit l'apôtre, "ne devînt inutile ". Ecoutons tous le récit des fatigues de Paul. Il ne dit pas: Notre ouvrage, mais " notre travail ". Il ne dit pas : Et que vous vous perdiez, mais: "Et que notre travail n'ait été inutile". Quand vous auriez été ébranlés, je n'en serais pas surpris;

mais puisque vous ne l'avez pas été, je vous admire. Voilà, dit-il, ce à quoi nous nous attendions, mais ce qui s'est produit, c'est tout le contraire : car non-seulement vous ne nous avez donné aucun sujet d'affliction, mais, de plus, vous nous avez consolés. — " Mais Timothée étant revenu vers nous après vous avoir vus, et nous ayant apporté la bonne nouvelle de votre foi et de votre charité". — "Et nous ayant apporté la bonne nouvelle ", dit-il. Voyez-vous l'allégresse de Paul ? Il ne dit pas : Nous ayant apporté la nouvelle, mais: " La bonne nouvelle ", tant il attachait de prix à leur solidité dans la foi, à leur charité. Car nécessairement, quand la foi est solide, la charité aussi est robuste. Et il se réjouissait de leur charité, parce qu'il y voyait un signe de leur foi. " Et du bon souvenir que vous avez sans cesse de nous, qui vous porte à désirer de nous voir, comme nous avons aussi le même désir pour vous ". Il y a ici des éloges : ce n'est pas seulement quand nous étions auprès de vous, ni quand nous faisions des miracles, mais maintenant encore, quand nous sommes loin de vous, frappés de coups, en proie à mille maux, que vous avez su garder un bon souvenir de nous. Ecoutez, voyez l'admiration qui s'attache aux disciples, gardant de leurs maîtres un bon souvenir, voyez combien leur sort est digne d'envie; imitons-les; car, par là, nous servons nos propres intérêts, nous ne sommes pas utiles seulement à ceux que nous aimons. " Qui vous porte à désirer de nous voir, comme nous avons aussi le même désir pour vous ". Encore un sujet de joie ici pour les fidèles. Apprendre, quand on aime, que celui qui est aimé connaît l'amour qu'on lui porte, c'est là un grand motif de joie et de consolation. " Nous tenons à vous dire, mes frères, que, (201) dans toutes les afflictions et dans tous les maux qui nous arrivent, votre foi nous fait trouver notre consolation en vous; que nous vivons maintenant, si vous demeurez fermes dans le Seigneur ". Où trouver l'égal de ce Paul qui regardait le salut du prochain comme son propre salut, qui était, à l'égard de tous, ce qu'est le corps pour ses membres? Qui nous fera entendre aujourd'hui un pareil cri de l'âme? Ou plutôt, qui concevra jamais un pareil sentiment dans son coeur? Il ne pensait pas que les fidèles dussent lui savoir gré des épreuves qu'il acceptait pour eux, mais c'est lui qui leur savait gré de ce que ses épreuves à lui n'ébranlaient pas leur constance; il a l'air de leur dire : C'est pour vous plus que pour nous,que les épreuves sont dangereuses; vous êtes plus éprouvés, vous qui ne subissez pas les souffrances, que nous qui les subissons. Mais depuis que Timothée, dit-il, nous a apporté ces bonnes nouvelles, nous ne sentons plus rien de nos douleurs, mais, " dans toutes les afflictions, votre foi nous fait trouver notre consolation "; et non-seulement dans toutes. les afflictions, mais " dans tous les maux qui nous arrivent ", dit-il, et avec raison. Car un bon maître est au-dessus de toutes les douleurs, tant que ses disciples s'avancent au gré de ses désirs. C'est par vous, dit-il, que nous sommes consolés; ce qui veut dire, c'est vous qui nous fortifiez. Assurément c'était tout le contraire ; car le courage qui triomphe des souffrances, qui résiste avec fierté, un pareil exemple suffisait bien pour affermir les disciples. Mais l'apôtre voit, dans le sens opposé, l'édification qu'il raconte, il transporte l'éloge aux disciples : c'est vous, dit-il, qui avez répandu sur nous l'huile fortifiante, c'est vous qui nous avez permis de respirer, c'est vous qui nous avez enlevé le sentiment de nos souffrances. Et il ne dit pas Nous respirons, ni, nous sommes consolés, mais que dit-il? " Que nous vivons mainte" nant " ; il montre par là qu'il n'y a pour lui d'autre épreuve, d'autre mort que le scandale qui provoquerait leur chute, puisque ce qu'il regarde comme sa vie, c'est leur avancement. Quel autre a jamais exprimé ainsi, ou sa douleur de la faiblesse de ses disciples, ou la joie qu'ils lui causent? Il ne dit pas : Nous nous réjouissons, mais, " nous vivons ", marquant par là la vie à venir.

3. C'est que, sous cette espérance, la vie même n'est pas une vie pour nous. Voilà quels doivent être les sentiments des maîtres, ceux des disciples ; et nul n'aura jamais à s'en repentir. L'apôtre développe ensuite cette pensée ;

voyez, écoutez : " Car quelles actions de grâces pouvons-nous rendre assez dignement à Dieu, à cause de vous, pour toute la joie dont nous tressaillons, à cause de vous, devant notre Dieu; nuit et jour, le conjurant avec ardeur, pour qu'il nous soit donné de voir votre visage, afin d'ajouter à ce qui peut manquer encore à votre foi (9, 10) ? " Non-seulement, dit-il, c'est la vie que nous vous devons, mais nous vous devons aussi une joie si grande, que nous ne pouvons pas en rendre à Dieu de dignes actions de grâces.

Votre perfection, nous la regardons, dit-il, comme un présent divin; vous nous avez fait tant de bien, que nous pensons que ce bien nous vient de Dieu, ou plutôt que c'est l'oeuvre de Dieu; car ni l'âme humaine, ni l'ardeur de tout le zèle humain ne sauraient rien produire de pareil. " Nuit et jour ", dit-il, " le conjurant avec ardeur ". Encore des expressions où la joie éclate. Supposez un agriculteur qui entend dire que la terre arrosée de ses sueurs est chargée de fruits; il lui tarde devoir de ses propres yeux ce qui le remplit d'une joie si vive; c'est ainsi que Paul brûle de voir la Macédoine. " Le conjurant avec ardeur " , voyez combien c'est expressif; " pour qu'il nous soit donné de voir votre visage, afin d'ajouter à ce qui peut manquer encore à votre foi ".

Ici, une question qui demande assez d'explications. Si vous vivez maintenant, parce que les fidèles sont solides, si Timothée vous a apporté les bonnes nouvelles de leur foi et de leur charité, si vous en avez été rempli d'une joie si vive , qu'il vous est impossible d'en rendre à Dieu de dignes actions de grâces, comment vous avisez-vous de parler de ce qui peut manquer encore à leur foi? N'auriez-vous tout à l'heure fait entendre que des flatteries? Nullement, gardons-nous d'en rien croire. L'apôtre a commencé par dire qu'ils ont soutenu nombre de combats, qu'ils n'ont pas été moins éprouvés que les Eglises de la Judée. Qu'est-ce que cela signifie? C'est qu'ils n'avaient pas eu pleine et entière communication de la doctrine, ils n'avaient pas appris tout ce qu'ils avaient à apprendre, ce que montre l'apôtre vers la fin de sa lettre.

Peut-être y (202) avait-il, chez eux, des recherches au sujet de la résurrection , des agents nombreux de troubles, non plus des persécutions, des dangers pour les personnes, mais de prétendus docteurs. De là ces mots : " Ce qui peut manquer encore à votre foi " ; de là le tour que prend l'expression; l'apôtre ne dit pas : Afin de confirmer, mais " afin d'ajouter ". En effet, quand il avait craint pour la foi même : " Je vous ai ", écrivait-il, " envoyé Timothée pour vous affermir " ; mais ici il n'est question que d'ajouter à ce qui peut manquer, ce qui est plutôt une oeuvre d'enseignement qu'un effort pour raffermir; c'est de même que Paul écrit ailleurs : " Pour que vous soyez parfaits pour toute bonne oeuvre". (I Cor. I, 10.) Or, ce qui est humainement parfait, c'est ce à quoi il ne manque que très peu de chose; c'est là ce qui devient parfait.

" Que Dieu lui-même notre Père, et Notre-Seigneur Jésus-Christ nous conduisent vers vous. Que le Seigneur vous fasse croître de plus en plus dans la charité que vous avez les uns pour les autres, et envers tous, et qu'il la rende telle que la nôtre est envers vous (11, 12) ". C'est la marque de la plus tendre affection, non-seulement de ressentir dans son coeur un tel désir, mais encore d'exprimer ce voeu dans sa lettre; voilà la marque d'une âme brûlante et qui ne peut plus du tout se contenir; il faut remarquer aussi l'usage qui se fait ici de la prière, et en même temps une justification d'une absence qui n'était ni volontaire, ni le fait de l'indifférence. C'est comme s'il disait : Que Dieu lui-même supprime les épreuves qui nous entraînent de tous les côtés, de telle sorte qu'il nous soit donné d'aller vers vous par le plus court chemin. " Que le Seigneur vous fasse croître de plus en plus ". Voyez-vous le transport d'un amour qui ne se possède plus, qui éclate dans les paroles ? " Fasse croître et surabonder ", dit-il, " de plus en plus " ; expressions plus fortes que, augmente. On pourrait dire que l'apôtre désire obtenir d'eux l'excès de leur amour.

Qu'il rende votre charité, dit-il, " telle que la nôtre est envers vous ". C'est-à-dire, l'amour, nous l'éprouvons déjà, nous voulons que vous le ressentiez aussi. Voyez-vous quelle extension de charité l'apôtre réclame? La charité entre fidèles ne lui suffit pas : il lavent envers tous et partout. C'est là, en réalité, le propre de l'amour selon Dieu, il embrasse tous les hommes; aimer tel ou tel et non tel autre, ce n'est que de l'amitié à la manière des hommes. Notre amour, à nous, n'est pas de ce caractère. " Telle que notre charité est envers vous. Qu'il affermisse vos coeurs en vous rendant irréprochables, par la sainteté, devant Dieu notre " Père, en la présence de Notre-Seigneur " Jésus-Christ, venant avec tous ses saints (13) ". Il leur montre que c'est à eux que l'amour est utile, non à ceux qui sont aimés. Je veux, dit-il, que cette charité croisse, afin qu'il n'y ait aucun reproche parmi vous. L'apôtre ne dit pas : Qu'il vous affermisse, mais " Qu'il affermisse vos coeurs. Car c'est du coeur que partent les mauvaises pensées". (Matth. XV, 19.) Il peut se faire, sans qu'on opère aucune action, que l'on soit un pervers : ainsi, l'homme qui est envieux, qui ne croit à rien, le perfide, le méchant qui se réjouit du mal d'autrui, qui ne connaît pas l'affection, dont toutes les pensées sont mauvaises, tout cela vient du coeur ; la sainteté consiste à s'en purifier. A proprement parler, la sainteté c'est la chasteté parfaite, puisque l'impureté est surtout la fornication et l'adultère;

maintenant, en général, tout péché est impureté, toute vertu au contraire est pureté. En effet, " Bienheureux ", dit le Seigneur, " ceux qui ont le coeur pur? " (Matth. V, 8.) Les coeurs purs, dont parle ici le Seigneur, sont ceux qui le sont tout à fait.

4. Je sais bien, en effet, que les autres vices ne souillent pas moins l'âme. Voulez-vous une preuve que la malice en ternit l'éclat? Ecoutez le Prophète : " Purifie ton coeur de la malice, Jérusalem " (Jérém. IV, 14) ; et encore : " Lavez-vous, purifiez-vous, enlevez la malice de vos âmes ". (Is. I, 16.) Il ne dit pas La fornication ; donc ce n'est pas la fornication seulement, mais les autres vices aussi qui souillent l'âme. " Qu'il affermisse ", dit-il, " vos coeurs, en vous rendant irréprochables, par la sainteté, devant Dieu, notre Père, en la présence de Notre-Seigneur Jésus-Christ, venant avec tous ses saints ". Le Christ sera donc alors notre juge, mais ce n'est pas seulement en sa présence, mais aussi en présence du Père que nous serons jugés. Ou bien encore, l'apôtre dit que nous devons être tout à fait irréprochables devant Dieu : c'est ce que je répète sans cesse, nous devons l'être en présence de Dieu (car c'est en cela que consiste la vertu sincère) et non-seulement, en (203) présence des hommes. C'est donc la charité qui rend irréprochable, car en réalité elle nous fait éviter toute espèce de fautes. Or, je m'entretenais, un jour, avec une personne, et je disais que la charité nous rend irréprochables, que l'amour du prochain ne laisse entrer dans notre âme aucun péché, je passais en revue tous les autres péchés; une des personnes que je connais le mieux, m'interrompit alors pour m'objecter : Et la fornication ? Aimer et se livrer à la fornication sont-ils incompatibles? N'est-ce pas au contraire de l'amour que vient ce péché? On comprend que l'amour du prochain exclue l'avarice, l'adultère, l'envie, les perfidies et tout ce qui y ressemble; mais est-ce la même chose de la fornication ? — Alors moi, je lui soutins que l'amour est de nature à détruire la fornication. Car celui qui aime la femme adonnée à cette honte, s'efforcera de l'éloigner des autres hommes, et il se gardera bien de se livrer lui-même à ce péché.

C'est la plus forte preuve de la haine qu'on porte à la femme impudique, que de se livrer avec elle à l'impudicité; c'est une preuve d'affection réelle, que de la détourner de cette abominable conduite. Il n'est pas, non il n'est pas de péché que la puissance de l'amour ne consume, comme fait un feu dévorant. Le sarment le plus mince résiste plus aux flammes d'un bûcher, que le péché à la puissance de l'amour.

Sachons donc le faire et germer et grandir dans nos âmes, afin de pouvoir nous tenir dans la grande société des saints;

tous ces illustres saints se sont rendus agréables à Dieu par leur amour du prochain. D'où vient qu'Abel a reçu la mort, et ne l'a pas donnée ? C'est qu'il était plein d'amour pour son frère; une pensée de meurtre ne pouvait entrer dans son âme. D'où vient que Caïn conçut cette envie qui l'a perdu ? Je dis Caïn, je ne veux plus l'appeler le frère d'Abel. C'est que les fondements de l'amour n'étaient pas assez solides en lui. D'où vient la gloire des fils de Noé? N'est-ce pas de leur amour pour leur père, ce qui fit, que leurs yeux ne supportèrent pas sa nudité ? D'où vient que le troisième a été maudit? N'est-ce pas parce qu'il était incapable.

d'aimer? Et Abraham, d'où est venue sa gloire? sinon de l'amour qu'il a montré en s'occupant des intérêts de son neveu?

de la supplication qu'il fit entendre pour les habitants de Sodome? Oui, l'amour des saints était plein de transports, plein d'ardeur; leur âme était ouverte à la pitié.

Réfléchissez en vous-mêmes, concevez, s'il se peut, l'amour brûlant de Paul, l'audace avec laquelle il défie les flammes, cet homme de diamant, solide, inaltérable, en qui rien ne branle, rivé à Dieu par la crainte, qui ne fléchit jamais. " Qui donc nous séparera ", dit-il, " de l'amour de Jésus-Christ? L'affliction, ou les angoisses, ou les persécutions, ou la faim, ou la nudité, ou les périls, ou le glaive ? " (Rom. VIII, 35.) Celui qui méprisait tout cela, et la terre, et la mer, celui qui se moquait des portes de l'enfer, de ces portes de diamant, celui à qui rien jamais ne résistait, le même homme, voyant les larmes de quelques-uns de ses amis, fut tellement brisé, broyé, lui, ce coeur de diamant, qu'il ne put dissimuler son émotion, qu'aussitôt il s'écria : " Que faites-vous, de pleurer ainsi, et de m'attendrir le coeur? " (Act. XXI, 13.) Que dites-vous, je vous en prie? Une larme a-t-elle pu briser ce coeur de diamant? Oui, dit-il, je résiste à tout, mais non à l'amour; il est plus fort que moi, il me domine. C'est là ce qui plaît à Dieu. Il a résisté à l'abîme des eaux, et il suffit de quelques larmes pour lui fendre le coeur. " Que faites-vous, de pleurer ainsi, et de m'attendrir le coeur? " C'est que la puissance de la charité est grande. Voulez-vous le voir encore dans les pleurs ? Ecoutez ce qu'il dit, dans une autre circonstance : " Pendant trois ans, nuit et jour ", dit-il, " je n'ai pas cessé d'avertir, avec des larmes, chacun de vous ". (Act. XX, 31.) La vivacité de sa charité lui faisait craindre l'invasion de quelque fléau. Et encore : " Je vous écrivis alors, dans une grande affliction, dans un serrement de " coeur, avec une grande abondance de lai" mes ". (II Cor. II, 4.) Et maintenant, répondez-moi, que penserons-nous de ce courageux Joseph, de cet homme ferme, qui tint tête à une tyrannie si impérieuse, qui se montra si fier devant un tel foyer d'amour, qui sut combattre, repousser avec tant de noblesse la passion de sa maîtresse insensée? Quelle âme n'aurait pas été séduite? La beauté, la dignité, l'éclat du rang, la magnificence des vêtements, l'enivrement des parfums (car les odeurs embaumées sont aussi des dissolvants de l'âme), les paroles les plus caressantes, quelles séductions manquaient?

5. Vous savez fort bien que cette femme, (204) possédée par l'amour, par un amour si violent, n'aurait reculé devant aucune espèce d'abaissement, après avoir pris le ton d'une suppliante. Elle était tellement brisée, cette femme parée d'ornements d'or, cette femme, d'une condition royale, qu'elle a bien pu se jeter aux pieds d'un esclave, captif dans sa maison, qu'elle a bien pu encore le conjurer, en pleurant, en s'attachant à ses genoux, et cela, non pas une fois seulement, ni deux, mais souvent, en renouvelant tous ses efforts. Joseph pouvait voir alors surtout un oeil étincelant; il n'est pas vraisemblable qu'elle fît sa toilette sans y penser; elle devait, au contraire, mettre tous ses soins à s'embellir, en femme qui tenait à tendre de nombreux filets pour prendre l'agneau de Jésus-Christ. Ajoutez ici encore beaucoup de sortilèges et de charmes. Eh bien ! pourtant, cet homme inébranlable, solide, insensible comme la pierre, quand il vit ses frères, qui l'avaient vendu, qui l'avaient jeté dans une citerne, qui l'avaient livré, qui voulaient le tuer, qui avaient été la cause et de sa prison et de sa haute fortune, quand il apprit, de leur bouche, ce qu'ils avaient dit à son père : " Nous dirons ", rapporte l'Ecriture, " qu'une bête sauvage l'a dévoré " (Gen. XXXVII, 20), il fut brisé, il sortit, il se sentit fondre, il sentit son coeur se briser, ses larmes jaillissaient; ne pouvant supporter son émotion, il sortit, puis il revint, " se faisant violence " (Gen. XLIII, 30), c'est-à-dire, essuyant ses larmes. Comment, que fais-tu , ô Joseph ? tu pleures? Mais convient-il donc de verser des larmes? Ce qu'il faut ici, c'est que ta colère éclate, et ta fureur, et ton indignation, et que tu infliges un châtiment terrible, que tu exiges une juste réparation; tu tiens tes ennemis en tes mains, ces meurtriers de leur frère, et tu peux satisfaire ta vengeance. Et, ce faisant, tu ne commettras pas une action contre la justice, ce n'est pas toi qui commences l'oeuvre de la violence, tu te venges de ceux qui ont usé de violence contre toi. Ne considère pas ta dignité, ton rang; ce n'est pas à ces traîtres que tu dois ton élévation, mais à Dieu, qui a sur toi répandu ses faveurs. Qu'as-tu à sangloter? Joseph répondrait : J'ai, pour moi, l'estime de tous, loin de moi le malheur de tout perdre par cette rancune vindicative . en vérité, je n'ai rien autre chose à faire, en ce moment, qu'à pleurer. Je ne suis pas plus cruel que les bêtes féroces ; on les voit, par un instinct naturel, se réconcilier, quels que soient les maux qu'elles aient soufferts. Je pleure, uniquement de ce qu'ils ont pu me traiter ainsi.

Imitons-le, à notre tour, et pleurons sur ceux qui nous font une injure; ne nous irritons pas contre eux; ils sont réellement dignes de larmes, parce qu'ils se mettent sous le coup. de la punition et du supplice. Je n'ignore pas quelles larmes vous versez maintenant, quelle joie vous pénètre; vous admirez Paul, vous êtes, devant Joseph, en extase, vous leur donnez le titre de bienheureux. Mais voici ce qu'il faut faire : s'il arrive que l'un de vous a un ennemi, que celui-là y pense en ce moment, qu'il y tienne sa réflexion attachée, qu'il profite de la ferveur dont son coeur s'embrase au souvenir des saints, pour fondre l'endurcissement de la colère, pour adoucir ce qu'il y a, dans son âme, de farouche rigueur. C'est que je n'ignore pas non plus que quand vous serez sortis de l'église, quand j'aurai cessé de parler, quelque reste de ferveur qui vous brûle encore, vous ne serez plus tout ce que vous êtes au moment où vous entendez la parole. Donc c'est maintenant qu'il faut rompre la glace du coeur; c'est une glace en réalité que ce souvenir qui refroidit, qui engourdit l'âme, après une injure qu'on ne veut pas oublier. Mais invoquons le soleil de justice; demandons-lui de nous envoyer ses rayons; au lieu d'une dure glace, il n'y aura plus en nous qu'une onde rafraîchissante. Une fois réchauffée au soleil de justice, notre âme n'aura plus en elle rien de dur, de raboteux ni de sec, rien de ce qui ne sert qu'à brûler, sans porter aucun fruit; on n'y trouvera plus que des fruits mûrs, doux et suaves, des sources abondantes de plaisir et de joie. Aimons-nous les uns les autres, ce rayon viendra sur nous. Accordez-moi, je vous en conjure, ce qui m'est nécessaire pour que mon discours soit un transport d'allégresse faites que j'entende dire qu'il ne vous aura pas été tout à fait inutile; qu'un de vous, au sortir de l'église, a serré bien vite les deux mains de son ennemi, s'est jeté à son cou, l'a embrassé, pressé contre son coeur, l'a couvert de ses caresses et de ses larmes. Serait-ce une bête féroce, une pierre, tout ce que vous voudrez, votre bonté l'adoucira. Car enfin pour. quoi un tel est-il votre ennemi ? Parce qu'il vous a outragé ? Mais il ne vous a fait aucun (205) mal. Mais voilà, c'est par des considérations empruntées à l'argent, que vous dédaignez ce frère, qui est votre ennemi? Non, jamais cela, je vous en conjure. Rompons tous nos liens. Nous avons l'occasion dans nos mains, sachons en faire un bon usage. Coupons les cordages qui nous attachent au péché; avant de partir d'ici pour le jugement, jugeons-nous réciproquement nous-mêmes. " Que le soleil ", dit l'apôtre, " ne se couche point sur votre colère ". (Ephés. IV, 26.) Pas de délai. Les délais ne font qu'engendrer, à l'infini, les ajournements. Différer aujourd'hui, c'est ajouter à votre confusion ; hésiter demain, c'est vous apprêter plus de honte encore ; reculer après-demain, c'est vouloir encore plus de rougeur sur son front. Ne nous déshonorons pas nous-mêmes; pardonnons afin qu'il nous soit pardonné.

Si nous recevons notre pardon, nous obtiendrons les biens du ciel, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

HOMéLIE V. AU RESTE, MES FRèRES, NOUS VOUS DEMANDONS, ET NOUS VOUS CONJURONS, EN NOTRE-SEIGNEUR JéSUS, QU'APRèS AVOIR APPRIS DE NOUS COMMENT VOUS DEVEZ MARCHER, POUR PLAIRE A DIEU, VOUS AVANCIEZ DE PLUS EN PLUS. CAR VOUS SAVEZ QUELS PRéCEPTES NOUS VOUS AVONS DONNéS, DE LA PART DE NOTRE-SEIGNEUR JéSUS-CHRIST. CAR LA VOLONTé DE DIEU, C'EST VOTRE SANCTIFICATION. (CHAP. IV, 1-3 JUSQU'AU VERSET 8.)

Analyse. 1. Ce n'est pas en leur propre nom, mais au nom du Seigneur que les apôtres exhortent les fidèles. — La vertu parfaite ne consiste pas seulement à éviter le mal, il faut, de plus, faire le bien. — De la sanctification.

2. Contre la fornication. Combien l'adultère est détestable.

— C'est un outrage à Dieu même. — Des différentes espèces d'adultères, surtout en ce qui concerne la conduite des hommes. 3. Il convient de marier les jeunes gens de banne heure. — Contre les habitudes licencieuses que contracte la jeunesse. — Précautions de saint Jean Chrysostome quand il parle sur l'impureté ! — De la pudeur qui s'alarme des mots, et non des choses. 4. Contre les spectacles lascifs, et tout ce qui porte à l'impudicité. — Contre la mollesse, la lâcheté, qui s'oppose à la volonté, à la correction des moeurs.

1. Après avoir insisté sur ce qui était urgent, dans le moment, il passe aux affaires éternelles, aux vérités qu'il faut toujours entendre; il annonce la suite de son discours par cette expression, " au reste ", ce qui veut dire, et toujours, et continuellement nous vous demandons, et nous vous conjurons en Notre-Seigneur. Eh quoi ! il ne se croit pas assez d'autorité pour conjurer les fidèles, en son propre nom; et cependant qui avait autant d'autorité que lui? Il s'adjoint le Christ. C'est au nom de Dieu que nous vous conjurons, dit-il. Car c'est là le sens de cette expression : " En Notre-Seigneur".C'est ainsi qu'il disait aux Corinthiens: "C'est Dieu même qui vous exhorte par notre bouche" . (II Cor. V, 20.) " Qu'après avoir appris de nous ". Le, " Après avoir appris ", ne suppose pas seulement l'instruction par les paroles, mais l'enseignement par les oeuvres. Ces mots: " Comment vous devez marcher", embrassent toute la conduite de la vie. "Pour plaire à Dieu, vous avanciez de plus en plus"; c'est-à-dire, vous montriez une vertu plus haute, vous ne vous renfermiez pas seulement dans la stricte observation des préceptes, mais vous les dépassiez, c'est là ce que veut dire, " vous avanciez de plus en plus ". Dans les passages qui précèdent, il admire la solidité de leur foi; ici l'apôtre veut régler leur vie. En effet, c est une marque de progrès que d'aller jusqu'à dépasser les préceptes et les commandements; car alors ce n'est plus seulement la nécessité doctrinale, c'est le libre mouvement de la volonté qui détermine toutes les actions. La terre ne rend pas seulement ce qu'on y a semé; il en est de même pour l'âme qui ne doit pas se borner à reproduire la semence qu'on y jette, mais la dépasser. Voyez-vous combien l'apôtre a raison de vouloir qu'on dépasse les préceptes?

206 Il y a, pour la vertu, deux moments: se détourner du mal, et faire le bien. Il ne suffit pas de s'écarter des vices, pour arriver à la vertu; le chemin qui détourne du péché n'est que le commencement de la route qui conduit au bien; il faut, pour parvenir, l'ardeur de la bonne volonté. La conduite, en ce qui concerne les vices à éviter, n'est, leur dit l'apôtre, que l'obéissance aux préceptes, et il a raison, car les mauvaises actions attirent les châtiments, mais on ne mérite pas d'être loué, parce que l'on n'en commet pas. Quant à la pratique de la vertu, comme ne se rien réserver de ses biens, toutes les oeuvres de ce genre ne sont plus seulement, dit-il, des actions déterminées par les préceptes; mais de ces oeuvres l'Ecriture dit : " Qui peut comprendre ceci, le comprenne ". (Matth. XIX, 12.) Il p a donc apparence que l'apôtre, après leur avoir donné, dans le temps, quelques préceptes avec beaucoup de circonspection et de tremblement, se propose, dans cette lettre, de rappeler à leur souvenir ce qui constitue la vraie piété. Voilà pourquoi. il ne fait pas ici une exposition des préceptes; il se contente de les leur rappeler. " Car vous savez " , dit-il, " quels préceptes nous vous avons donnés, de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Car la volonté de Dieu, c'est votre sanctification ". Et, remarquez, il n'est pas de pensée, dans toutes ses lettres, qu'il insinue d'une manière aussi pressante que celle-ci-: ailleurs encore, il écrit : " Recherchez la paix avec tous , et la sanctification sans laquelle nul ne verra le Seigneur ". (Hébr. XII,14.) il n'est pas étonnant que toutes ses lettres à ses disciples expriment cette pensée, puisqu'à Timothée même il écrit : " Conservez-vous pur vous-même". (I Tim. V, 22.) Dans sa seconde épître aux Corinthiens, il disait : "Dans l'excès de la patience, dans les jeûnes, dans la pureté". ( II Cor. V., 5, 6.) Partout on trouvera cette pensée, et dans l'épître aux Romains, et dans toutes les autres.

C'est qu'en effet l'impureté est, pour tous, un mal pernicieux; le porc, couvert de fange, répand l'infection partout sur son chemin, on ne voit plus, on ne sent plus que le fumier; c'est l'image de la fornication ; il est difficile de se laver de cette souillure. Quand il arrive que des hommes, des hommes mariée se livrent à cette honte, quel excès dans le mal ! "Car la volonté de Dieu", dit-il, "c'est votre sanctification; c'est que vous vous absteniez de toute fornication". Il y a bien des espèces de dérèglements, bien des formes, des variétés de plaisirs, que le discours se refuse à exprimer. En disant, " de toute fornication", l'apôtre laisse le soin de comprendre, à ceux qui connaissent ces désordres.

"Que chacun de vous sache maintenir son vase dans la sanctification et dans l'honneur, et non point en suivant les mouvements de la concupiscence, comme les païens qui ne connaissent point Dieu (4, 5) ". — " Que chacun de vous sache", dit-il, " maintenir son vase ". C'est qu'en effet c'est une oeuvre qui suppose un grand savoir, que d'éviter le libertinage. Donc, nous maintenons notre vase, quand il reste pur et dans la sanctification; mais quand il est impur, c'est que le péché le tient naturellement. Car ce n'est plus notre volonté que le corps accomplit, mais ce que le péché lui commande. " Non point en suivant les mouvements de la concupiscence ", dit-il. Ici l'apôtre montre le moyen de pratiquer la tempérance, les mouvements de la concupiscence doivent être retranchés. C'est l’amour des plaisirs, la passion des richesses, l'indolence de l'âme, son inertie, ce sont tous les vices de ce genre qui nous portent à la concupiscence et aux dérèglements.

" Comme les païens qui ne connaissent point Dieu ". Si telles sont leurs moeurs, c'est qu'ils ne s'attendent pas à voir le jour de l'expiation. " Que nul ne franchisse ses limites, ni n'augmente sa part, en cette affaire, aux dépens de son frère (6) ".

2. L'apôtre a bien raison de dire: " Que nul ne franchisse ses limites ". Dieu affecte, à chaque homme, une femme au plus; il fixe des limites naturelles; ce commerce n'admet qu'une seule femme. Le commerce avec une seconde est en dehors des limites, il y a vol, la part est démesurée. Disons mieux, il y a là un crime plus détestable que toute espèce de brigandage. Car nous éprouvons moins de douleur, quand on nous vole notre argent, ou notre or, que quand on brise le coffre-fort du bien conjugal. Vous appelez un homme votre frère, et vous augmentez votre part à ses dépens, et contre toute justice? Ici, c'est de l'adultère qu'il parle; plus haut, il avait en vue toute espèce de fornication. Aga moment de dire, qu'on ne doit pas franchir ses limites qu'on ne doit pas augmenter sa part aux dépens de son frère, l'apôtre prévient une restriction; n'allez pas croire, dit-il, que je ne (207) pense qu'aux égards que vous devez à vos frères, il vous est également défendu de posséder les femmes des autres, et les femmes qui se trouvent non mariées, défendu d'avoir des femmes en commun. Toute espèce de fornication est interdite; aussi ajoute-t-il : "Parce que le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés". Il leur a d'abord adressé une prière, il les a touchés par le sentiment de l'honneur, en disant : " Comme les païens"; il entreprend ensuite de démontrer tout ce qu'il y a là de dérèglement; c'est ce à quoi tend l'expression: " Ni n'augmente sa part, aux dépens de son frère". Il ne reste plus qu'à dire le plus important, c'est ce que fait l'apôtre de cette manière : " Parce que le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés, comme nous vous l'avons déjà déclaré et attesté". En effet, nous ne commettrons pas impunément de pareilles actions, les plaisirs que nous goûterons ne compenseront pas les châtiments qui nous attendent. " Car Dieu ne nous a pas appelés pour être impurs, mais pour être saints (7) ".

Après avoir dit: " Aux dépens de son frère ", il ajoute que le Seigneur punit ces outrages; pour montrer que, quoique la personne lésée soit infidèle, Dieu punit l'impudicité, il ajoute, de plus, cette dernière raison qui revient à ceci : Ce n'est pas pour venger l'infidèle, que Dieu vous punira, mais parce que c'est lui-même que vous avez outragé; c'est lui qui vous a appelé, et vous avez outragé ce Dieu qui vous appelle. Voilà pourquoi l'apôtre continue ainsi : " Donc l'outrage n'est pas un outrage à un homme, mais au Dieu qui nous a donné son Saint-Esprit (8) ". Par conséquent, soit que vous corrompiez, dit-il, une reine, soit que vous outragiez votre servante mariée, le crime est égal. Pourquoi? parce qu'il ne venge pas les personnes qui ont été outragées, c'est lui-même qu'il venge; quant à vous, vous vous êtes également souillé, vous avez également outragé Dieu. Car, des deux côtés, il y a adultère, puisque, des deux côtés, il y a mariage.

Dans le cas même où vous ne commettriez pas d'adultère, quand vous vous livrez à la débauche, quoique la courtisane n'ait pas de mari, peu importe, Dieu exerce également la vengeance, parce qu'il se venge lui-même. Car vous montrez moins de mépris pour la personne outragée que pour Dieu. Ce qui le prouve, c'est que, dans ces moments-là, vous vous cachez de l'homme que vous offensez, tandis que vous ne pouvez dire que Dieu ne vous voit pas.

Répondez-moi : supposez un homme décoré de la pourpre par l'empereur, comblé d'honneurs par son souverain, un homme à qui sa dignité fait un devoir de mener une vie qui convienne à son rang, et cet homme s'en irait déshonorer une femme; qui aurait-il outragé? Cette femme ou l'empereur qui l'a fait ce qu'il est? Sans doute cette femme aussi est outragée, mais quelle différence entre les outrages ! Aussi, je vous en conjure, gardons-nous de ces dérèglementa. Nous punissons l'épouse qui habite avec nous et se livre à d'autres qu'à nous; de même sommes-nous punis, nous aussi, non par les lois de Rome, mais par celles de Dieu. Car la débauche est un adultère. Il n'y a pas adultère seulement dans le cas d'une femme mariée, mais lorsque l'homme impudique est soumis au lien conjugal. Faites bien attention à mes paroles : je sais bien que mon discours est pénible à entendre pour le grand nombre, mais il est nécessaire pour que vous vous corrigiez. Ce qui constitue l'adultère, ce n'est pas seulement l'outrage que nous faisons à une femme mariée, mais quand nous nous adressons à une femme libre de tout engagement, et que nous sommes nous-mêmes liés à une femme, nous commettons un adultère. Pourquoi, puisque la femme impudique n'est pas enchaînée? Mais vous êtes enchaîné, vous: vous avez transgressé la loi ; vous avez outragé votre propre chair. Car pourquoi, répondez-moi, punissez-vous la femme, dans le cas même où elle se livre à l'impudicité avec un homme libre de tout engagement, non marié ? C'est qu'il y a adultère. Cependant, l'homme impudique n'a pas de femme, mais c'est que la femme est enchaînée à un mari. Eh bien, vous, de votre côté, vous êtes enchaîné à une femme. De sorte que votre fait est également un adultère. "Quiconque aura " , dit le Seigneur, " renvoyé sa femme, si ce n'est en cas d'impureté, la rend adultère; et qui épouse la femme renvoyée, est adultère". (Matth. V, 32.) Si l'homme qui épouse la femme renvoyée est adultère, n'est-il pas vrai que l'homme marié, qui se livre à une courtisane, est bien plus adultère encore? Voilà, certes, une vérité évidente pour tout le monde.

Que ces paroles vous suffisent, ô hommes car c'est pour de pareils dérèglements que le Christ dit : " Leur ver ne mourra point, leur (208) feu ne s'éteindra point ". (Marc, IX, 45.) Mais maintenant il est nécessaire de vous parler, dans l'intérêt des jeunes gens; ou plutôt ce n'est pas tant dans leur intérêt que dans le vôtre; car ce n'est pas à eux, c'est à vous que conviennent de pareils discours; comment cela? Je m'explique : celui qui n'a pas appris à commettre l'adultère ne commet pas l'adultère ; mais celui qui se vautre avec des courtisanes, arrive bientôt à commettre l'adultère, quoiqu'il n'ait pas eu de commerce avec des femmes mariées, quoiqu'il n'ait pris d'infâmes habitudes qu'avec des femmes libres de tout engagement.

3. Quel est donc le conseil que je vous donne? C'est d'extirper les racines du mal; et, dans cette pensée, vous tous dont les fils sont des jeunes gens et qui voulez les lancer dans le monde, hâtez-vous de les soumettre au lien conjugal. La jeunesse est l'âge des passions qui troublent; à l'époque qui précède le mariage , retenez vos fils par vos exhortations, vos menaces, des paroles qui inspirent la crainte, qui rappellent les promesses, par les mille moyens dont vous disposez. A l'époque du mariage, maintenant, pas de délai (voyez, je parle comme les femmes qui font les mariages), mariez vos enfants. Je ne rougis pas de tenir un pareil langage, puisque Paul n'a pas rougi de dire: " Ne vous refusez point l'un à l'autre ce devoir " (I Cor. VII, 5), pensée qui semble, pour la pudeur, bien plus embarrassante que ce que je dis; mais Paul n'a pas rougi. C'est que sa pensée ne s'arrêtait pas aux expressions, mais se portait sur les bonnes oeuvres résultant des expressions employées par lui.

Donc, une fois votre fils devenu grand, avant de le faire entrer dans la milice, dans toute autre profession, occupez-vous de son mariage. S'il s'aperçoit que vous ne perdez pas de temps pour lui trouver une épouse, si vous ne le faites pas attendre, il pourra triompher du feu qui le brûle; mais s'il remarque votre nonchalance, vos lenteurs, les occasions manquées par vous, s'il comprend que vous tenez, avant de le marier, à ce qu'il ait de grands revenus, la longueur de l'attente lui fera perdre courage, et vous le verrez vite glisser dans le libertinage. Hélas, hélas ! la racine de tous les maux, ici encore, c'est l'avarice. Nul ne se soucie de la modestie, de la sagesse de son enfant, tous jettent sur l'or des regards avides, et voilà pourquoi nul ne s'applique à faire ce que je conseille ici. Je vous en prie, avant tout, réglez vos enfants. Le jour où votre fils s'approchera d'une jeune fille chaste, rien qu'à sa vue, il se sentira possédé d'un vif désir, d'une crainte de Dieu plus grande; il y aura un vrai mariage, un mariage honorable, noble, l'union de corps purs que rien n'a souillés; les enfants qui en sortiront seront comblés de toute espèce de bénédictions; l'époux et l'épouse n'auront l'un pour l'autre que déférence ; ignorant des moeurs étrangères, ils ne connaîtront réciproquement qu'eux -mêmes pour se céder tout l'un à l'autre.

Mais quand un jeune homme commence à prendre des leçons d'impudicité auprès des courtisanes, quand les désordres d'une vie honteuse sont devenus pour lui une habitude, le premier soir, le second soir encore il apprécie sa jeune épouse, mais bientôt il retombe dans l'infamie, il lui faut les éclats d'un rire dissolu et sans frein, les paroles que rien n'arrête, les attitudes lascives, toute l'ignominie que notre discours ne veut pas exprimer. La noble épouse ne supporte pas cette honte, elle ne se laisse pas profaner. Car si elle a été fiancée à un homme, c'est pour vivre en société avec lui, c'est pour lui donner des enfants , ce n'est pas pour être le honteux objet qui provoque des rires infâmes ; elle doit être la gardienne de sa maison, elle doit le former lui-même à l'honnêteté, elle n'est pas faite pour lui fournir un aliment de débauche. Quant à vous, je le sais bien, vous trouvez pleins de charmes les gestes des courtisanes ; l'Ecriture aussi nous apprend que " le miel coule des lèvres de la courtisane " (Prov. V, 3) ; et si je fais tant d'efforts, c'est pour que vous ne goûtiez pas à ce miel qui se change bien vite en amertume. C'est encore ce que dit l'Ecriture : " Qui semble dans le moment verser un doux breuvage dans votre gosier, mais bientôt, vous trouvez un goût plus amer que le fiel, qui vous pénètre plus que la pointe d'une épée à deux tranchants ". (Ibid. 4.)

Que dites-vous? Il faut que vous supportiez même l'immodestie pour ainsi dire, de ma parole, qui brave en ce moment la réserve et la pudeur. Ce n'est pas de gaîté de coeur que je tiens ce langage; ceux qui ont, dans leur conduite, dépouillé toute pudeur, me forcent (209) à parler. Nous voyons, dans l'Ecriture, un grand nombre d'exemples qui me soutiennent. Ezéchiel, dans les reproches qu'il adresse à Jérusalem, emploie un grand nombre d'expressions dont il ne rougit pas, et il a raison; il ne parle pas pour son plaisir, mais par intérêt pour ceux qui l'inquiètent.

Quand ses expressions paraîtraient honteuses, ce n'est certes pas un but honteux qu'il poursuit, au contraire, la pensée la plus honnête l'inspire, il veut purifier les âmes; il faut faire entendre les expressions mêmes des choses, pour que l'âme qui n'a plus de pudeur puisse retrouver ce qu'elle a perdu. Quand le médecin veut faire sortir du corps l'humeur qui le corrompt, il commence par mettre les doigts sur le siège du mal; la main qui cherche la guérison doit commencer par se souiller, pour que la guérison soit possible. C'est ce que je fais en ce moment: si je ne commence pas par souiller ma bouche qui cherche à guérir votre mal, je ne pourrai pas vous guérir. Je me trompe, ni ma bouche ne se souille, ni les mains du médecin ne sont des mains souillées. Pourquoi? C'est que l'impureté n'est pas dans notre nature, dans notre corps, de même que l'impureté ne sort pas des mains du médecin, mais d'ailleurs. Eh bien, si, pour sauver un corps étranger, le médecin ne refuse pas de plonger ses mains dans la pourriture, quand il s'agit de sauver notre propre corps, répondez-moi , pourrons-nous refuser? Car vous êtes notre propre corps, ô vous à qui je m'adresse, corps malade et souillé, et pourtant notre corps.

4. Eh bien, qu'ai-je voulu vous dire, et à quoi tend toute cette exhortation? Voici ce que je dis : le vêtement que porte votre esclave, vous ne voudriez pas le porter, ce vêtement immonde vous dégoûte, vous aimeriez mieux être nu que de vous en servir; mais voilà un corps souillé, immonde, et ce n'est pas seulement à votre esclave qu'il sert, mais à des milliers d'autres, et vous vous en servirez, et vous ne serez pas dégoûté ? Vous rougissez d'entendre ces paroles ? Ah ! rougissez donc des actions, et non des paroles. Je passe toutes les autres infamies, les moeurs perverties, infâmes, la dégradation d'une existence servile, abominable pour un être libre. Vous approchez de la même femme, vous et votre esclave; et encore, s'il n'y avait avec vous que votre serviteur, mais il y a aussi le bourreau. Vous ne supporteriez pas le contact des mains du bourreau; et cette femme qui n'a fait qu'un corps avec lui, vous la pressez dans vos bras, vous la couvrez de vos baisers, et cela sans frissonner d'horreur ? sans honte ? sans remords? sans crainte?

Je viens de dire à vos pères qu'ils doivent s'occuper promptement de vous marier ; mais vous n'en êtes pas moins, vous, exposés à tous les châtiments. S'il n'y avait pas un grand nombre d'autres jeunes gens plus sages que vous, des jeunes gens qui vivent dans la chasteté , s'il ne s'en était pas montré un grand nombre, et autrefois, et aujourd'hui encore, peut-être auriez-vous quelque excuse mais s'ils existent, quel moyen aurez-vous de prétendre que vous n'avez pas pu éteindre en vous la flamme de la concupiscence? Ceux qui ont eu ce pouvoir vous condamnent, parce qu'ils ne sont pas d'une autre nature que vous. Ecoutez ce que dit Paul : " Recherchez la paix et la sanctification sans laquelle nul ne verra le Seigneur ". (Hébr. XII, 14.) Ces menaces ne suffisent-elles pas pour vous remplir de terreur? Vous voyez d'autres hommes, toujours chastes, toujours dignes de tous les respects, et vous, vous ne pouvez même pas rester pur pendant votre jeunesse ? Vous voyez d'autres hommes qui ont des milliers de fois triomphé du plaisir, et vous ne combattrez pas le plaisir une seule fois? Voulez-vous que je vous donne l'explication de cette conduite ? Ce n'est pas la jeunesse qu'il faut accuser, car, à ce titre, tous les jeunes gens devraient être dissolus ; c'est nous-mêmes qui nous jetons dans le bûcher ardent.

Quand vous allez au théâtre, quand vous y prenez place, pour- assouvir vos regards de la nudité des femmes, vous goûtez un moment de plaisir, et vous revenez dévoré parla fièvre.

Quand vous voyez des femmes qui posent pour montrer leurs formes, quand les yeux et les oreilles ne sont frappés que d'infâmes amours, une telle, dit l'un, aimait un tel et ne l'a pas obtenu, elle s'est pendue, ajoutez à cela les affreux commerces où des mères se perdent avec leurs enfants ; quand vous entendez ces choses, que des femmes, que des gestes abominables, et ce n'est pas tout, que des vieillards vous enseignent (des vieillards, des hommes se mettent des masques et jouent des rôles de femmes), je vous le demande, répondez-moi, que devient désormais votre chasteté, avec de pareils entretiens, de pareils (210) spectacles, de pareils bourdonnements autour de votre âme, de pareils songes qui occupent ensuite vos nuits ? L'âme naturellement se représente surtout alors ce qui a charmé pendant le jour ses désirs et ses goûts. Donc, quand vous voyez là des choses honteuses, quand vous entendez des discours plus honteux encore, quand vous recevez tant de blessures, quand vous n'y appliquez pas de remèdes, quel moyen que la corruption ne s'étende pas? Quel moyen que la maladie n'empire pas, et cela bien plus vite que pour les plaies qui affligent nos corps? Si nous voulions, bien plus facile que la guérison du corps serait celle de notre volonté malade. Car, pour le corps, il faut et des remèdes, et des médecins, et du temps; pour l'âme, la volonté suffit, et aussitôt elle est bonne ou mauvaise. Car c'est de la volonté qu'est venue la maladie. Quand nous nous plaisons à accumuler sur nous ce qui nous perd, quand nous ne tenons aucun compte de ce qui nous est salutaire, d'où peut nous venir la santé ? Voilà pourquoi Paul disait : " Comme les païens, qui ne connaissent point Dieu ". Soyons donc saisis et de honte et de crainte à voir que les païens, qui ne connaissent point Dieu, pratiquent souvent la chasteté, la continence; soyons confus d'être pires qu'eux. Il nous est facile de pratiquer la continence, nous n'avons qu'à le vouloir; nous n'avons qu'à nous détourner de ce qui nous perd ; à vrai dire, il n'est pas facile de fuir l'impureté, si nous ne voulons pas la fuir.

Qu'y a-t-il de plus facile que de se rendre à pied sur la place publique? mais grâce à notre insigne mollesse, voilà qui est devenu chose difficile, non pour les femmes seulement, mais, à l'heure où je vous parle, même pour les hommes. Qu'y a-t-il de plus facile que de dormir? Or, voilà ce que nous avons trouvé moyen de rendre encore difficile. Grand nombre de riches se tournent et retournent inutilement toute la nuit, parce qu'ils ne savent pas attendre, pour dormir, qu'ils aient besoin de dormir. Enfin, il n'y a rien de difficile, quand on veut, de même qu'il n'y a rien de facile, quand on ne veut pas; car tout dépend de nous. Voilà pourquoi l'Ecriture dit encore : " Si vous voulez m'écouter ", et encore : " Si vous ne voulez pas m'écouter ". (Is, I, 19.) Donc, tout se réduit à vouloir, à ne pas vouloir. Voilà ce qui fait que nous sommes châtiés, que nous sommes loués. Puissions-nous être du nombre de ceux qui sont loués, et obtenir les biens que nous annoncent les promesses, par la grâce et par la bonté etc.

HOMéLIE VI. QUANT A CE QUI REGARDE LA CHARITé FRATERNELLE, NOUS N'AVONS PAS BESOIN DE VOUS éCRIRE SUR CE SUJET, PUISQUE DIEU VOUS A APPRIS LUI-MêME A VOUS AIMER LES UNS LES AUTRES; ET, VRAIMENT, C'EST CE QUE VOUS PRATIQUEZ A L'éGARD DE TOUS NOS FRèRES, QUI SONT DANS TOUTE LA MACéDOINE. (IV, 9-11.)

Analyse.

1. De la nécessité de la charité. — Contre l'oisiveté.

— Celui qui travaille, donne aux autres. — Il vaut mieux donner que recevoir. — Le travail, remède à la pauvreté; la foi en la résurrection, remède à la tristesse.

2. Contre le désespoir où se laissent aller, devant la mort. ceux qui croient en la résurrection. — Spécialement contre la douleur exagérée des veuves. — Sur les veuves inconsolables convolant à de secondes noces.

3. La longue vie, dans les premiers temps du monde, était la récompense de la foi des patriarches. — Longue vie d'Abraham et de Sara. — Ne pas irriter Dieu; il y a de la prudence à l'aimer par-dessus tout. — Explication de la fermeté de Job. — Quand Dieu nous comble de ses bienfaits, ils sont absolument gratuits, nullement mérités par nous.

1. Pourquoi, après des discours si pressants sur la modestie et la sagesse, au moment de leur parler des oeuvres à accomplir, au moment de leur prouver qu'il ne faut pas s'affliger du départ de ceux qui nous sont chers, pourquoi ne parle-t-il qu'en passant du principe de tous les biens, de la charité ? " Nous n'avons pas besoin", dit-il, "de vous écrire". Il y a là une grande preuve d'intelligence et d'habileté dans l'enseignement spirituel. Il (211) fait ici deux choses: il montre que la charité est tellement nécessaire, qu'elle n'a pas même besoin d'être enseignée, car les vérités d'une grande importance éclatent aux yeux de tous; ensuite il les touche plus vivement en leur parlant ainsi, que s'il leur adressait une exhortation. Celui qui, par la considération que vous avez fait votre devoir, se dispense de vous exhorter, supposé que vous ne l'ayez pas rempli, vous excite plus fortement à l'accomplir. Et maintenant, voyez, il ne parle pas de la charité envers tous, mais de la charité envers ses frères. " Nous n'avons pas besoin de vous écrire ". Il fallait donc se taire, ne rien dire, puisqu'il n'en était pas besoin. Mais, en disant : Il n'est pas besoin, il dit plus que s'il faisait un discours en règle : " Puisque Dieu vous a appris lui-même ". Voyez quel honneur il leur fait : il leur donne Dieu lui-même pour maître. Il n'est pas nécessaire, dit-il, qu'un homme vous instruise. C'est ce que dit encore le Prophète : " Dieu leur apprendra à tous ". — " Puisque Dieu vous a appris lui-même ", dit-il, " à vous aimer les uns les autres, et, vraiment, c'est ce que vous pratiquez à l'égard de tous nos frères, qui sont dans toute là Macédoine ", et à l'égard de tous les autres, dit-il. Ce sont là des paroles tout à fait pressantes, pour les porter à cette conduite.

Ce n'est pas sans y penser que je vous dis que Dieu vous a instruits lui-même; je le vois bien, aux oeuvres que vous faites; et, à l'appui de ces paroles, il cite un grand nombre de témoignages.

" Nous vous exhortons, mes frères, à vous avancer de plus en plus dans cet amour, à vous étudier, à vivre en repos, à vous appliquer chacun à ce que vous avez à faire, à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l'avons ordonné, afin que vous vous conduisiez honnêtement envers ceux qui sont hors de l'Eglise, et que vous vous mettiez en état de n'avoir besoin de personne ". Il leur montre ici combien de maux résultent de l'oisiveté; de combien de vertus le travail est la source. Vérité qu'il met hors de contestation, par des exemples pris des choses qui nous entourent, comme il le fait dans un grand nombre de passages ; l'apôtre a grande raison de procéder ainsi: car, pour le commun des hommes, les choses sensibles sont plus éloquentes que les choses spirituelles. Le propre de la charité envers le prochain, ce n'est pas de recevoir, mais de donner. Et maintenant, voyez la sagesse de l'apôtre; au moment d'adresser aux fidèles une prière, des avertissements, il s'arrête, il établit simplement la règle de la vertu parfaite ; il veut laisser aux fidèles un moment pour respirer, après ses premiers avertissements; il veut qu'ils puissent se remettre de ses menaces. On l'a entendu dire : " Donc l'outrage n'est pas un outrage à un homme, mais à Dieu ". Une raison si forte ne souffre pas qu'on regimbe contre le précepte. Or, maintenant, l'effet du travail c'est que l'homme actif ni ne reçoit rien des autres, ni ne languit dans l'oisiveté. Celui qui travaille, donne aux autres: " C'est un plus grand bonheur ", est-il dit, " de donner que de recevoir ". (Act. XX, 35.)

" A travailler ", dit-il, " de vos propres " mains " ; où sont ceux qui veulent voir ici une œuvre spirituelle? Comprenez-vous comment le texte enlève à cette explication toute vraisemblance, par ces mots : " De vos propres mains? " Est-ce qu'on jeûne avec les mains? Est-ce qu'elles servent à veiller, à coucher sur la dure? Nul ne peut le soutenir. Mais il parle d'un travail spirituel ; c'est en effet une oeuvre spirituelle que de travailler pour fournir aux besoins des autres, et rien ne vaut ce travail. " Afin que vous vous conduisiez honnêtement ". Voyez sa manière de les toucher:

il ne dit pas : De peur que vous ne vous déshonoriez en mendiant, mais il exprime implicitement cette pensée, d'une manière douce, de manière à piquer sans être blessant. Car, si les fidèles qui sont avec nous, se scandalisent de cette mendicité, à plus forte raison les étrangers trouvent-ils mille sujets d'accusations et de reproches, à la vue d'un homme sain de corps, pouvant se suffire à lui-même, et qui mendie, et qui a besoin des autres. Aussi nous appellent-ils d'un nom qui signifie " marchands du Christ. Voilà comment ", dit-il ailleurs, " le nom de Dieu est blasphémé ". (Rom. II, 24.) Mais ici, rien de pareil. Il leur parle de ce qui pouvait le plus les toucher de la honte d'une pareille conduite. " Or, nous ne voulons pas, mes frères, que vous ignoriez ce que vous devez savoir , touchant ceux qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pas, comme font les autres hommes qui n'ont point d'espérance (12) ".

2. Les deux plus grandes causes des troubles de leurs pensées, c'étaient la pauvreté, et un chagrin porté au découragement, raisons (212) de trouble aussi pour le reste des hommes. Voyez comment s'y prend l'apôtre, pour guérir ces blessures. La pauvreté leur venait de ce qu'on leur avait enlevé leurs biens; or, s'il donne à ceux qui se sont vu ravir leurs biens à cause du Christ, le conseil de gagner leur vie par le travail, à plus forte raison le donne-t-il aux autres hommes. On leur avait enlevé leurs biens ; c'est ce qui résulte de ces paroles : " Vous êtes devenus les imitateurs des Eglises de Dieu, qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ, dans la Judée ". (I Thess. II, 14.)

Comment cela? c'est qu'en écrivant à ces Eglises, il leur disait : " Vous avez vu avec joie tous vos biens pillés ". (Hébr. X, 14.) Maintenant, dans le passage qui nous occupe, il parle de la résurrection. Quoi donc? n'avait-il pas déjà discouru avec eux sur ce sujet? sans doute; mais il insinue ici un autre mystère. Quel est-il ? C'est que " nous, qui sommes vivants et qui sommes réservés, " dit-il, " pour l'avènement du Seigneur, nous ne préviendrons point ceux qui sont dans le sommeil de la mort (14) ". La résurrection suffit pour consoler celui que tourmente la douleur; il suffit aussi de ce qu'il dit en ce moment pour confirmer la foi en la résurrection. Reprenons donc, et disons comme lui : " Or, nous ne voulons pas, mes frères, que vous ignoriez ce que vous devez savoir, touchant ceux qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne vous attristiez pas, comme font les autres hommes, qui n'ont point d'espérance ". Voyez ici quelle douceur de langage; il ne leur dit pas : Etes-vous assez privés de raison, comme aux Galates (Galat. III, 3), assez insensés, vous, qui connaissez la résurrection, pour succomber à la douleur comme les incrédules? Il leur dit, avec une parfaite douceur : " Je ne veux pas " ; montrant d'ailleurs qu'il respecte leur vertu. Et il ne dit pas, touchant ceux qui sont morts, mais, dès ses premières paroles, il pose le fondement de la consolation.

Se frapper la poitrine, au trépas de ceux qui ne sont plus, ce n'est pas là, assurément, une conduite digne de ceux qui espèrent; sans doute l'âme qui ne sait rien de la résurrection, qui prend, cette mort pour une mort, a raison de guérir, de se lamenter sur ceux qui ont péri, de se livrer à une insupportable douleur ; mais toi qui attends la résurrection, pourquoi te lamentes-tu ? Le deuil ne convient qu'à ceux qui n'ont pas d'espérance.

Ecoutez, ô femmes; vous toutes qui aimez les gémissements, vous toutes qui vous livrez au deuil outre mesure, vous faites ce que font les gentils. Si le deuil, au moment du départ de ceux qui ne sont plus, est le propre des gentils, que dirons-nous de ceux qui se frappent la poitrine, qui se déchirent les joues? Quel nom leur donner, répondez-moi ? D'où viennent vos lamentations, si vous croyez que le mort ressuscitera, si vous croyez qu'il n'est pas mort, si vous croyez qu'il n'y a là qu'un assoupissement et un sommeil? Mais, me répond-on, les habitudes si cruellement changées, un appui que l'on perd, un surveillant, un protecteur, tant de services précieux ravis à la fois ! Quand vous perdez un fils, avant l'âge, incapable jusqu'à ce jour de rien faire pour vous, pourquoi vos lamentations, pourquoi vos regrets? C'est, dit-on, qu'il montrait de belles espérances, et je croyais qu'il prendrait soin de moi. Et voilà pourquoi je regrette mon mari; pourquoi, mon fils; pourquoi je me frappe la poitrine; pourquoi je gémis; je crois en la résurrection, mais je suis abandonnée, sans secours; j'ai perdu mon protecteur, celui qui habitait avec moi, dont la vie était liée à la mienne, celui qui me consolait;

de là mon deuil; je sais bien qu'il ressuscitera, mais je ne puis, en attendant, supporter la séparation ; une multitude d'affaires tourbillonnent sur moi; je suis exposée à tous ceux qui veulent me nuire; mes serviteurs, qui me craignaient auparavant, aujourd'hui me méprisent et m'insultent; celui que mon époux a bien traité, a oublié aujourd'hui ses bienfaits; mais celui qui a souffert de lui quelque rigueur, garde rancune à l'homme qui n'est plus, et tourne contre moi sa colère. C'est ce qui fait que je ne supporte pas mon veuvage, que mon deuil ne saurait être paisible, et voilà pourquoi je me frappe la poitrine, voilà pourquoi je me lamente. Comment donc nous y prendre pour consoler ces femmes? Que leur dire? Comment bannir, loin d'elles, le chagrin? D'abord, j'essaierai de leur prouver que ce ne sont pas là des paroles qui expriment la douleur; que c'est le langage de tout ce qu'il y a,en réalité, de plus déraisonnable dans la passion. En effet, si vous avez de la douleur pour ce que vous dites, il faudrait pleurer toujours celui qui est parti; si, au contraire, au bout d'un (213) an, vous l'avez aussi bien oublié que s'il n'avait jamais existé, ce qui vous fait pleurer, ce n'est pas celui qui n'est plus, ni sa tutelle que vous avez perdue; mais c'est la séparation qui vous est insupportable; et vous ne pouvez vous résigner à voir vos relations rompues. — Eh bien ! que diront celles qui convolent à de secondes noces? assurément ce n'est pas le premier mariage qu'elles regrettent; mais laissons-les, ne nous adressons qu'à celles dont la douleur est fidèle à ceux qui, ne sont plus. Pourquoi pleurez-vous votre enfant? Pourquoi pleurez-vous votre mari? C'est que je n'ai pas joui de l'un ; c'est que je m'attendais à jouir de l'autre plus longtemps. Je vous le demande, quelle manque de foi que de penser qu'un mari, qu'un enfant puisse vous assurer un bonheur qui ne vous serait pas assuré par Dieu? Comment ne voyez-vous pas que c'est Dieu que vous irritez? Si le Seigneur vous prend ces objets de votre tendresse, souvent c'est pour que vous ne vous y attachiez pas, en renonçant aux espérances d'en-haut; car le Seigneur est un Dieu jaloux, et ce qu'il veut surtout de nous, c'est notre amour, et cela parce qu'il est pour nous plein d'amour. Vous savez bien comment se comporte l'amour ardent; celui qui aime, est jaloux jusqu'à mieux aimer perdre la vie, que de se voir préférer un rival;

et voilà pourquoi Dieu vous a pris votre mari ou votre enfant; c'est à cause de ces paroles que vous avez prononcées.

3. Expliquez-moi, en effet, pourquoi, dans les anciens temps, il n'y avait ni veuvage, ni perte prématurée; pourquoi Abraham et Isaac vécurent si longtemps; c'est parce que Isaac, étant plein de vie, Abraham lui préféra Dieu. En effet, Dieu lui dit : Va me l'immoler. Et Abraham immola son fils. Pourquoi Sara atteignit-elle une si longue vieillesse? C'est parce que Sara étant pleine de vie, Abraham écouta Dieu plus que Sara; aussi Dieu lui disait : " Ecoute Sara ton épouse ". (Gen. XXI, 12). Ni l'amour pour un mari, ni l'amour pour une femme, ni l'intérêt pour un enfant, n'excitait alors la colère de Dieu. Mais aujourd'hui que nous sommes penchés vers la terre et tout à fait déchus, maris, nous aimons nos femmes plus que Dieu; femmes, nous nous attachons à nos maris plus qu'à Dieu ; et alors Dieu, malgré nous, nous rappelle à son amour. N'aime pas ton mari plus que Dieu, et tu ne sentiras jamais le veuvage; je dis plus, supposé que tu sois veuve, tu ne sentiras pas ton état. Pourquoi? c'est que tu as pour défenseur un ami plus tendre, un protecteur immortel. Si tu aimes Dieu plus que tout, ne pleure pas; car celui que tu aimes plus que tout, est immortel, et il ne permet pas que tu sois sensible à la perte du moins aimé.

Un exemple vous prouvera cette vérité ; répondez-moi, vous avez un mari, qui fait tout au gré de vos désirs ; la considération l'entoure ; il répand la gloire tout autour de vous; il chasse loin de vous tous les mépris; c'est un homme fameux auprès de tous, plein de sagesse, d'habileté, d'amour pour vous; vous êtes heureuse par lui; il vous donne un fils, et ce fils, avant l'âge, s'en va; est-ce que vous sentirez le deuil? nullement. Celui qui est plus aimé, rend la perte moins sensible. Eh bien, maintenant, si vous avez plus d'amour pour Dieu que pour votre mari, Dieu ne vous l'enlèvera pas aussi vite ; s'il vous l'enlève, vous n'en ressentirez pas le deuil; voilà pourquoi le bienheureux Job n'a pas éprouvé une douleur trop amère en apprenant, coup sur coup, la mort de ses enfants; il aimait Dieu plus que ses fils. L'objet aimé étant plein de vie, ses pertes n'étaient pas faites pour l'abattre.

Que dis-tu, ô femme, ton mari et ton fils te défendaient et veillaient sur toi, et Dieu te traite avec rigueur? Ce mari, qui te l'a donné? N'est-ce pas Dieu? Et toi-même, qui est-ce qui t'a faite? N'est-ce pas Dieu? Tu n'étais pas, et il t'a donné l'être; et il a mis en toi une âme ; et il t'a douée de pensées; et il a daigné se faire connaître à toi; et, à cause de toi, il a traité avec rigueur son Fils unique ; et tu dis que c'est toi qu'il traite avec rigueur; et tu dis que celui qui est esclave comme toi, a pour toi moins de rigueur? Quelle colère n'excitent pas de telles paroles? Qu'as-tu reçu, quel pareil bienfait as-tu éprouvé de la part de ton mari? Tu ne saurais le dire.

Si quelquefois il t'a traitée avec bienveillance, sa bienveillance était provoquée par la tienne qui avait commencé.

Mais à propos de Dieu, ce langage est impossible; quand Dieu nous comble de ses bienfaits , ce n'est pas pour répondre aux nôtres, il n'a besoin de personne, il n'écoute que sa seule bonté, pour faire du bien aux hommes ; il t'a promis le royaume du ciel, il t'a donné la vie immortelle, la gloire, la fraternité, l'adoption des enfants de Dieu ; il t'a (212) faite cohéritière de son Fils unique; et toi, après tant de bienfaits, tu penses encore à ton mari? De quels dons t'a-t-il gratifiée, qui ressemblent à ces dons ?

Le Seigneur a fait lever pour toi son soleil, et il t'a envoyé la pluie; il te nourrit des fruits des saisons; malheur à notre ingratitude. Il te prend ton mari pour que tu n'y attaches pas toute ton âme, et toi, tu t'obstines à poursuivre celui qui est parti;

et tu renonces à Dieu quand tu. devrais- le bénir, quand tu devrais te jeter tout entière dans ses bras; car enfin, qu'as-tu reçu de ton mari? Les douleurs de l'enfantement, les fatigues, les outrages, et souvent les querelles, et les reproches, et les paroles d'indignation. N'est-ce pas là ce qu'il faut attendre des maris? Mais il y a aussi, me répond cette femme, d'autres -présents bien doux. Quels sont-ils ? Il m'a revêtue de vêtements somptueux, il a couvert d'or mon visage, il m'a faite considérable pour tous. Eh bien, si vous voulez, Dieu vous donnera un ornement bien plus riche, car l'or est mie parure moins splendide que l'honnêteté. Notre Roi a aussi des vêtements qui ne ressemblent pas à ceux de la terre, qui sont bien plus riches; il ne tient qu'à vous de les revêtir.

Quels sont-ils? Des vêtements brochés d'or; vous n'avez qu'à vouloir, pour en revêtir votre âme. Mais votre mari vous a rendue considérable parmi les hommes; quelle merveille I le veuvage vous a rendue respectable pour lés démons,. Autrefois, vous commandiez à vos serviteurs, je veux bien dire que vous leur commandiez ; aujourd'hui vous avez pour serviteurs, soumis à votre empire, les puissances incorporelles , les principautés , les dominations, le prince de ce monde. Et maintenant, vous ne me parlez pas des chagrins qui vous tourmentaient avec votre mari ; si parfois vous aviez à craindre les magistrats, si parfois; dans le voisinage, d'autres personnes étaient plus considérées que vous; aujourd'hui, vous êtes affranchie de tous ces soucis, et de la terreur, et de la crainte. Mais voilà ce qui vous inquiète : qui les nourrira, ces enfants qui vous restent? Le père des orphelins; car qui vous les a donnés? répondez-moi. N'entendez-vous pas le Christ dire dans l'Evangile : " La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? " (Matth. VI, 25.)

4. Voyez -vous que ces lamentations ne viennent pas d'une affection dont l'âme s'est fait une habitude, mais du manque de foi? Mais les enfants n'ont plus une position si brillante, une fois que leur père est mort. Pourquoi ? Dieu est leur père, et leur position a cessé d'être brillante? Combien vous en montrerai-je d'enfants élevés par des veuves, qui ont acquis de la considération? Combien furent élevés par leur père, qui ont péri? Car, si vous les élevez comme il convient, dès le premier âge, ils jouiront d'un plus grand bienfait que de la sollicitude paternelle. Et voilà la fonction des veuves, elles doivent élever leurs fils. Ecoutez ce que dit saint Paul " Si elle a bien élevé ses enfants " ; et ailleurs " Elle se sauvera par les enfants qu'elle aura mis au monde " (l'apôtre ne dit pas par son mari) " s'ils persévèrent dans la foi, dans la charité, dans la sainteté et dans une vie bien réglée ". ( I Tim. V, 10 et II, 15.) Inspirez-leur la crainte de Dieu dès l'enfance, et il les gardera mieux que n'importe quel père; ce sera là, pour eux, le mur indestructible. En effet, quand le gardien réside à l'intérieur, nous n'avons pas besoin des appuis du dehors; si au contraire ce gardien manque, toutes les choses du dehors sont inutiles. Voilà ce qui leur tiendra lieu de richesse, de gloire, de parure; voilà qui fera leur splendeur, non-seulement sur la terre, mais dans les cieux. Ne regardez pas ceux qui ont des ceintures d'or, ceux que portent des coursiers, ceux qui brillent, dans les palais des rois, de l'éclat de leurs pères, ceux qui ont un cortège de serviteurs et de pédagogues.

Voilà peut-être ce qui excite les lamentations des veuves sur leurs fils orphelins; elles pensent, elles se disent : Si mon fils avait encore son père, il jouirait de toute cette félicité, tandis que maintenant le voilà abaissé, sans honneur; nul n'a de considération pour lui. Bannis ces pensées, ô femme; ouvre-toi les portes du ciel par les conceptions de ton esprit; contemple la royauté d'en-haut, c'est là que le vrai roi réside; considère ceux qui demeurent sur la terre : peuvent-ils être revêtus de plus de gloire que ton fils, élevé à ces hauteurs? Gémis alors, si tu peux. S'il est sur la terre quelque gloire, il n'en faut tenir aucun compte; tu peux te représenter ton fils comme un soldat du ciel, enrôlé dans cette sublime armée. Les soldats de là-haut ne montent pas des chevaux;

leurs coursiers sont les nuages; ( 215) ils ne se traînent pas sur la terre, ils volent dans le ciel; ils n'ont pas des esclaves précédant leur marche, ce sont les anges (lui vont devant eux; ils n'escortent pas un roi mortel, mais le Roi qui possède en propre l'immortalité, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs; ils n'entourent pas leurs reins d'une ceinture vulgaire, mais d'une gloire ineffable; et ils éclipsent les rois et tous ceux qu'on honore et qu'on estime; car, dans cette résidence royale, on ne recherche ni trésors, ni noblesse, ni rien de pareil ; on ne recherche que la vertu; et., avec elle, rien ne manque et l'on est au premier rang.

Rien ne nous est difficile, si nous voulons être sages. Lève les yeux au ciel, et vois de combien ces hauteurs dominent le faîte des rois. Si, de ces rois supérieurs, les parvis sont tellement magnifiques, que les palais des rois de la terre ne sont plus que de la boue ; si l'un de nous peut mériter de voir de près, dans toutes ses parties, cette sublime demeure, quelle ne sera pas sa félicité? " La veuve qui est vraiment veuve et abandonnée ", dit l'apôtre, " espère en Dieu ". (I Tim. V, 5.) A qui adressé je ces paroles? Aux veuves qui ont des enfants, parce qu'elles sont de beaucoup plus considérables aux yeux de Dieu; parce qu'elles ont une plus grande occasion de plaire à Dieu ; parce que tous leurs liens sont brisés ; parce qu'elles n'ont plus rien qui les retienne; parce qu'elles n'ont plus de chaînes à traîner. Tu es séparée de ton mari, mais tu es unie à Dieu ; tu n'as plus de compagnon d'esclavage. partageant son existence avec toi, partage ton existence avec le Seigneur. Lorsque tu pries, n'est-ce pas avec Dieu que tu t'entretiens ? réponds-moi. Lorsque tu fais la lecture, écoute sa voix qui te parle ; que te dit-il? Des paroles bien plus désirables que les paroles d'un époux. Un époux, même quand il vous flatte, ne vous fait pas grand honneur; ce n'est qu'un compagnon d'esclavage; mais quand le Seigneur flatte sa servante, c'est alors que l'affection bienveillante est précieuse. Comment le Seigneur nous témoigne-t-il sa bonté? Ecoutez ses paroles : " Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai " ; et encore, il nous crie par le Prophète : " Une mère peut-elle oublier son enfant, et n'avoir point compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles; mais, quand même elle l'oublierait, pour moi, je ne vous oublierai jamais ". (Isaïe, XLIX, 15.) Quelles paroles d'amour ! Et ailleurs : " Tournez-vous vers moi " ; et dans un autre passage encore : " Tourne-toi vers moi, et tu seras sauvé ". (Isaïe, IV, 5, 22; XLIV, 22.) Si l'on veut recueillir, dans le Cantique des cantiques, d'autres expressions plus mystiques : " Ma colombe, mon unique beauté ". (Cant. II, 10.) Voilà ce que dit le Seigneur à l'âme qu'il chérit. Quoi de plus doux que ces paroles? Voyez-vous l'entretien de Dieu avec l'homme?

Eh quoi ? dites-moi ; ne voyez-vous pas combien de fils de ces femmes bienheureuses, sont partis, sont couchés dans les tombeaux; combien de femmes ont souffert des douleurs plus cruelles, perdant leur mari , avant de perdre leurs enfants? Elevons nos âmes, appliquons-les aux divines promesses, méditons-les, et aucun chagrin ne nous accablera, et nous passerons notre vie entière dans la joie spirituelle, et nous jouirons des biens de l'éternité. Puissions-nous tous les obtenir par la grâce et par la bonté, etc.

HOMéLIE VII. JE NE VEUX PAS QUE VOUS IGNORIEZ, MES FRèRES, CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR TOUCHANT CEUX QUI DORMENT DU SOMMEIL DE LA MORT, AFIN QUE VOUS NE VOUS ATTRISTIEZ PAS, COMME FONT LES AUTRES HOMMES, QUI N'ONT PAS L'ESPéRANCE. (IV, 12 ET 13.)

Analyse.

1. Sur le dogme de la résurrection. — Le Christ a réellement revêtu notre chair ; autrement la résurrection n'a pas de sens. — Il faut distinguer la résurrection universelle, et la résurrection individuelle et particulière. (246)

2. Des objections qu'on opposait au dogme de la Résurrection.

— Sur la métempsycose. à diverses erreurs des Grecs. — Images naturelles pour faciliter la foi en la résurrection. 3. Nous ne savons rien de rien, nous ne comprenons rien; rien n'est impossible à Dieu.

1. Bien des douleurs ne nous viennent que de notre ignorance, à ce point que si nous étions instruits, nous bannirions la tristesse. C'est ce que Paul fait voir par ces paroles : " Je ne veux pas que vous ignoriez, afin que vous ne vous attristiez pas, comme font les autres hommes, qui n'ont pas l'espérance ". Que leur défendez-vous d'ignorer? Le dogme de la Résurrection, dit l'apôtre. Mais pourquoi ne leur dites-vous pas : Le châtiment réservé à qui ne connaît pas le dogme de la Résurrection? C'est que c'était chose manifeste et avouée, et qu'à cette pensée du châtiment facile à sous-entendre, il en voulait ajouter une autre aussi très-profitable. Ils croyaient à la résurrection, ce qui ne les empêchait pas de se lamenter, de là les paroles de l'apôtre. Il ne tient pas le même langage aux incrédules, et à ceux dont il s'occupe ici : car évidemment ces derniers, puisqu'ils s'inquiétaient des temps, n'ignoraient pas le dogme. " Car si nous croyons ", dit l’apôtre, " que Jésus est mort et ressuscité et vivant, nous devons croire aussi que Dieu amènera avec Jésus, ceux qui se seront endormis en lui (13)

". Où sont-ils ceux qui ne veulent pas que le Seigneur ait réellement pris notre chair? Evidemment, s'il ne s'est pas incarné, il n'est pas mort; mais, s'il n'est pas mort, il n'est pas .ressuscité. Que deviennent les raisons que l'apôtre nous donne pour nous porter à la foi ? Faut-il n'y voir, comme font les contradicteurs, qu'une frivole imposture ? Car si la mort est le fait du péché, comme le Christ est sans péché, que deviennent les exhortations de l'apôtre ? Et maintenant pourquoi dit-il encore : " Comme font les autres hommes qui n'ont pas l'espérance ? " C'est comme s'il disait : Que pleurez-vous, ô hommes? sur qui vous affligez-vous ? sur les pécheurs, ou simplement sur tous ceux qui meurent? Et ceux qui n'espèrent pas en la résurrection, que pleurent-ils eux-mêmes, puisque tout est néant pour eux ? " Le premier-né ", dit l'apôtre, " d'entre les morts " (Col. I, 18), c'est-à-dire les prémices. Donc, puisqu'il y a des prémices, il faut qu'il y ait une suite. Maintenant voyez, l'apôtre s'abstient ici de raisonnements , parce qu'il s'adressait à des âmes bien disposées. Mais quand il écrit aux Corinthiens, il développe les preuves et il ajoute : " Insensés que vous êtes, ce que vous semez ne se vivifie-t-i1 pas ? " (I Cor. XV, 36.) Son langage d'aujourd'hui avec les Thessaloniciens, convient mieux, à la condition de s'adresser à des fidèles : les mêmes paroles, aux gentils, quelle efficacité auraient-elles pu avoir?

" Nous devons croire aussi ", dit l'apôtre, " que Dieu amènera, avec Jésus, ceux qui se seront endormis en lui ". Encore, "ceux qui se seront endormis " ; il ne dit jamais, les morts. A propos du Christ, il lui a bien fallu dire " est mort ", avant de dire qu'il est ressuscité; mais ici : " Ceux qui se seront endormis en Jésus ". Ou il faut entendre, par ces paroles, ceux qui se sont endormis ayant la foi dans Jésus, ou l'apôtre déclare que Dieu, par le moyen de Jésus, réunira ceux qui se seront endormis, à savoir les fidèles. Ici les hérétiques prétendent qu'il s'agit de ceux qui ont reçu le baptême. Mais alors que signifie le: Nous devons croire " aussi ? " En effet, Jésus ne s'est pas endormi dans le baptême. Pourquoi donc l'apôtre dit-il : " Ceux qui se seront endormis?" C'est qu'il ne parle pas d'une résurrection universelle, mais d'une résurrection particulière. " Dieu amènera, avec Jésus, ceux qui se seront endormis avec lui ", dit l'apôtre, et c'est sa manière de parler dans un grand nombre d'endroits.

" Ainsi nous vous déclarons, comme l'ayant appris du Seigneur, que nous, qui sommes vivants, et qui sommes réservés pour son avènement, nous ne préviendrons point ceux qui sont dans le sommeil (14) ". C'est en parlant des fidèles qu'il dit encore: " Ceux qui se seront endormis avec le Christ". Ailleurs: " Les morts ressusciteront ". Ensuite, ce n'est plus seulement de la résurrection qu'il traite, mais, et de la résurrection, et du degré d'honneur au sein de la gloire. Tous jouiront de la résurrection, dit-il; quant à la gloire, tous n'y participeront pas, mais ceux qui se seront endormis " avec le Christ ". Donc l'apôtre, jaloux de les consoler, ne les console pas seulement par la résurrection, mais par tous les honneurs qui les attendent, et par la brièveté du temps qui les en sépare ; ce qu'il fait, parce qu'ils connaissaient le dogme de la (217) Résurrection. La preuve que c'est par tous ces honneurs qu'il les veut consoler, c'est la suite de ses paroles: " Et nous serons toujours avec le Seigneur, et nous serons ravis dans les nuages". (I Cor. XV.)Mais comment les fidèles se sont-ils endormis avec Jésus? C'est-à-dire qu'ils possèdent le Christ en eux. Quant à cette expression, " amènera avec Jésus ", c'est pour montrer qu'on les amène de tous les côtés. " Nous vous déclarons " , dit l'Apôtre, " comme l'ayant appris du Seigneur ". Sur le point d'annoncer une vérité aussi étrange, il prend les précautions nécessaires pour opérer la persuasion : " Comme l'ayant appris du Seigneur ", dit-il; ce qui signifie, nous ne parlons pas de nous-mêmes; nous vous disons ce que le Christ nous a enseigné : " Que nous qui sommes vivants, et qui sommes réservés pour son avènement, nous ne préviendrons point ceux qui sont dans le sommeil " : C'est ce qu'expriment ces paroles de la lettre aux Corinthiens : " En un moment, en un clin d'oeil... " (Ibid), où l'apôtre assure la foi à la résurrection par la manière même dont elle doit s'accomplir.

2. C'est qu'aussi l'on objectait des difficultés naturelles;

alors l'apôtre montre qu'il est aussi facile à Dieu d'enlever les morts que les vivants. Quant à ce mot: " Nous ", il ne l'applique pas à lui-même, car il ne devait pas vivre jusqu'à l'époque de la résurrection, mais il l'applique aux fidèles;

voilà pourquoi il ajoute : " Qui sommes réservés pour l'avènement du Seigneur, nous ne préviendrons pas ceux qui sont dans le sommeil ". C'est comme s'il disait: Ne créez pas des difficultés, lorsque vous entendez dire que les vivants d'alors ne préviendront pas les morts tombés en dissolution, en putréfaction, ceux qui sont morts depuis des milliers d'années; c'est Dieu qui fait tout. Et, comme il lui est facile de faire comparaître ceux qui ont tous leurs membres, il lui est également facile de faire venir ceux qui sont décomposés. Mais il y a des personnes qui ne croient pas à ces choses, dans l'ignorance où elles sont de Dieu. Lequel, dites-moi, est le plus facile de faire venir du néant à l'existence, ou de ressusciter ce qui était décomposé ?

Mais que disent les incrédules? Un tel a souffert un naufrage, et il a été englouti, et, dans la chute qu'il a faite au fond de l'eau, de nombreux poissons l'ont reçu. Et chacun de ces poissons lui a mangé un membre; et ensuite, de ces poissons mêmes, l'un a été pris dans un tel golfe, l'autre, dans tel autre, et celui-ci a été mangé par celui-là, et celui-là par un troisième. Et maintenant ceux qui ont mangé les poissons, par qui l'homme a été dévoré, ont péri;

les uns, dans telle contrée; les autres, dans telle autre, et ces mangeurs de poissons ont été mangés des vers : dans cette confusion, dans cette dispersion, le moyen de croire à une résurrection ? Qui rassemblerait cette poussière? A quoi tend ce discours, ô homme, et que signifie cet enchaînement de réflexions frivoles dans un problème inexplicable ? Car, répondez-moi , si cet homme n'était pas tombé dans la mer, si un poisson ne l'avait pas mangé; si ce poisson n'avait pas été lui-même mangé par des hommes sans nombre;

si ce mort eùt été déposé, après les funérailles ordinaires, dans un tombeau , à l'abri des vers, hors de toute atteinte nuisible, expliquez encore la résurrection, après la dissolution, expliquez la poussière et la cendre qui se rattachent, pour se coller ensemble ; expliquez d'où peut renaître la fleur de la vie dans un cadavre. N'y a-t-il pas là un mystère inexplicable ? Si ce sont des grecs qui nous opposent ces doutes, nos réponses seront interminables; car enfin, n'ont-ils pas, au milieu d'eux, des penseurs qui donnent des âmes aux plantes, à des arbres, à des chiens? Lequel est le plus facile, dites-moi, de reprendre possession de son corps, ou de revêtir un corps étranger? Il en est d'autres qui parlent d'un feu qui consume tout, et qui croient à la résurrection des vêtements et des chaussures, et on ne les tourne pas en ridicule; d'autres arrivent avec leurs atomes. Quant à ceux-là, nous n'avons rien à leur dire. Mais pour les fidèles, si toutefois il faut appeler fidèles ceux qui nous interrogent, nous leur dirons comme l'apôtre, que c'est de la corruption que vient toute vie, toute plante, tout germe. (I Cor. XV, 36.)

Ne voyez-vous pas le figuier? Quel tronc, que de souches et que de feuilles, de rameaux; de bourgeons, de racines, qui se prolongent, qui s'entrelacent; et cet arbre si grand, dont vous voyez la nature, naît de ce grain; jeté de haut en bas, et qui se corrompt et qui meurt; car, s'il ne devient pas poussière et dissolution, rien ne se fera. Expliquez-moi cet effet-; et la vigne, si belle à voir, (218) et dont le fruit est si doux, sort de ce grain d'une forme si laide. Et enfin, répondez-moi, n'est-ce pas de l'eau seulement qui tombe d'en-haut; et comment cette eau, qui est une par sa nature, subit-elle de si nombreuses transformations? Car voilà qui est bien plus merveilleux que la résurrection.

Là même germe, même planté, même substance, une grande parenté; ici, dans la pluie, une seule et même qualité, une seule et même nature; comment donc subit-elle de si nombreux changements? La vigne produit du vin, et non-seulement du vin, mais, et des feuilles, et la sève. Et en effet, ce n'est pas seulement la grappe, mais tout le reste, tout ce qu'on voit dans la vigne, qui en tire sa nourriture. Et de même l'olivier produit, avec l'huile, tout ce qui sort de l'olivier; et remarquez cette merveille : ici l'humide, là le sec; ici le doux, là l'aigre; ici l'astringent, là l'amer'; d'où viennent, répondez-moi, tant de changements?

Donnez-moi l'explication ; impossible à vous. Et maintenant, considérez-vous vous-mêmes, je vous en prie, car voilà un, sujet qui est plus près de vous. Cette première semence, comment se change-t-elle de manière à former des yeux, des oreilles, des mains, un coeur ? D'où lui viennent tant de formes qui la dessinent? Ne voyez-vous pas, dans le corps, d'innombrables différences de figure, de grandeur, de qualité, de position, de puissance, d'harmonie? Comment des nerfs, des veines, des chairs, des os , des membranes, des artères, des muscles, des cartilages et bien d'autres choses particulières, que les médecins connaissent et dont ils parlent d'une manière exacte, qui sont des attributs de notre nature, comment tout cela vient-il d'une seule et même semence? Cette merveille né vous semble-t-elle pas bien plus complexe, bien plus inexplicable? Comment l'humide et le mou se réunissent-ils de manière à former ce qui est dur et froid, à former un os? de manière à produire le chaud et l'humide, réunis dans le sang? le froid et le mou, réunis dans le nerf? le froid et l'humide, réunis dans l'artère?

D'où vient tout cela, répondez-moi? D'où vient que vous ne doutez pas? Ne voyez-vous pas, chaque jour, la résurrection et la mort dans l'écoulement des âges? Où s'en est allée la jeunesse ? D'où est venue la vieillesse? Et comment ce quia vieilli, ce qui ne peut pas se donner la jeunesse à soi-même, enfante-t-il, dans un autre, l'enfance , plus jeune que la jeunesse? Que ce que l'on ne peut se donner à soi-même, on le donne à un autre?

3. C'est ce que nous montrent et les arbres et les animaux. Pourtant, ce qu'on donne à un autre, on devrait d'abord se le donner à soi-même; mais c'est là une exigence de la raison humaine : quand Dieu agit, il faut que tout cède. Si ces mystères sont inexplicables, à tel point qu'il n'est rien de plus inexplicable, je ne puis m'empêcher de penser aux insensés dont l'esprit se travaille sur la génération incorporelle du Fils. Nous portons, dans nos mains, des choses mille fois étudiées, que nul ne peut comprendre. Comment donc se travailler ainsi au sujet de cette génération ineffable, inexprimable, répondez-moi?

Ne faut-il pas que la pensée succombe à scruter de telles profondeurs? A quels vertiges ne s'expose pas l'esprit qui veut fixer son regard sur ces mystères ? N'éprouvera-t-il pas un éblouissement à le rendre stupide? Eh bien! non, ces esprits sont incorrigibles; ils ont la vigne, ils ont le figuier, dont ils ne peuvent rien dire , et les voilà, sur Dieu, qui se travaillent ; car enfin, répondez-moi, comment ce grain se résout-il en feuilles et en souches,? Comment produit-il ce qui n'était pas, ce qu'on ne voyait pas auparavant en lui? Mais ce n'est pas, me répond-on, un effet du grain; tout ce travail vient de la terre. Eh bien ! alors, comment, sans ce grain, la terre ne produit-elle rien d'elle-même ? Mais ne déraisonnons pas. Ni la terre, ni le grain ne produisent cet effet; c'est l’oeuvre du Seigneur, qui commande à la terre et aux semences. Aussi , tantôt sans aucune semence, tantôt avec des semences, il a produit tout ce qui reçoit la naissance : tantôt il s'est contenté de montrer sa puissance, comme quand il dit " Que la terre produise de l'herbe verte " (Gen. I, 11); tantôt, il veut en nous montrant sa puissance, nous instruire, nous enseigner l'activité courageuse qui accepte les labeurs avec joie.

Pourquoi ce discours? Ce n'est pas sans dessein; c'est pour réveiller notre foi à la résurrection. Quand il nous arrivera de vouloir tout comprendre par notre seule raison, si l'intelligence nous est refusée, il faut que nous sachions nous résigner avec douceur, il faut que nous sachions nous abstenir avec sagesse, réprimer nos pensées, nous réfugier dans cette (219) croyance, qu'il n'est rien d'impossible à Dieu, rien pour lui de difficile.

Donc, instruits de ces vérités, mettons un frein à nos pensées, ne franchissons pas nos limites, les bornes imposées à notre connaissance; car, dit l'apôtre, "si quelqu'un se flatte de savoir quelque chose, il ne sait encore rien comme il faut le savoir ". (I Cor. VIII, 2.) Je ne parle pas de Dieu , dit-il, mais de quelque chose que ce soit. Car, que voulez-vous savoir de la terre? qu'en connaissez-vous, répondez-moi? Sa mesure? sa grandeur? sa position? sa substance? le lieu qu'elle occupe? où elle se tient? sur quoi elle s'appuie? sur tout cela vous serez toujours muet. Qu'elle est froide, sèche et noire, à la bonne heure; mais en dire plus, impossible. Mais de la mer? même embarras pour vous, difficultés inexplicables; attendu que vous ne savez, ni où elle commence, ni où elle s'arrête; sur quoi elle s'appuie; qui en porte le fondement; quel est son lieu; si, après la mer, il y a un continent, ou de l'eau et de l'air; et maintenant, des choses qu'elle renferme que savez-vous? Et de l'air? Et des éléments? Jamais vous n'en pourrez rien dire; je laisse ces sujets. Voulez-vous, parmi les plantes, prendre ce qu'il y a de moins considérable, ce gazon qui ne porte pas de fruit, que nous connaissons tous ; expliquez-m'en la naissance. N'a-t-il pas pour substance de l'eau , de la terre , du fumier ? D'où lui vient sa beauté, son admirable couleur? et d'où vient que cette beauté se flétrit? Ni la terre, ni l'eau n'ont produit cet ouvrage. Ne voyez-vous pas que partout c'est de la foi qu'il nous faut? D'où vient que la terre produit? D'où vient que la terre enfante ? répondez-moi. Impossible à vous ; apprenez , ô homme, par les choses d'en-bas, par tout ce qu'elles contiennent, à ne pas scruter inutilement, curieusement le ciel.

Et si encore vous ne scrutiez que le ciel, et non le Dieu du ciel? Vous ne connaissez pas, répondez-moi, la terre dont vous êtes né, où vous prenez votre nourriture, où vous habitez, que vous foulez aux pieds, sans laquelle vous ne pouvez même pas respirer; et, sur des choses si éloignées de vous, vous exercez votre curiosité? Vraiment l'homme n'est que vanité. Et si l'on vous ordonnait de descendre au fond de l'abîme, de rechercher ce qu'il y a au fond de la mer, vous ne supporteriez pas un pareil ordre; et quand personne ne vous y force, de vous-même, vous voulez embrasser l'abîme qu'il est impossible de sonder? Cessez, je vous en conjure; naviguons à la surface, ne nous mettons pas à nager dans les raisonnements; la fatigue nous prendrait bien vite; nous serions engloutis dans les ondes; servons-nous des divines Ecritures comme d'un navire; déployons les voiles de la foi. Si nous montons sur ce navire-là,nous aurons pour pilote, la parole de Dieu: si au contraire nous nous jetons à la nage au milieu des raisonnements humains, plus d'espoir. Car, pour ceux qui voguent ainsi, où est le pilote? Double danger, absence de navire , absence de pilote. Si la barque est en péril quand il n'y a pas de pilote, du moment qu'il n'y a ni pilote ni barque, quelle peut être l'espérance du salut? Ne nous jetons pas dans un péril manifeste; assurons notre marche en nous suspendant à l'ancre sacrée;

c'est ainsi que nous naviguerons jusqu'au port tranquille, avec une riche cargaison, et dans une pleine sécurité, et nous obtiendrons les biens réservés à ceux qui chérissent Dieu, dans le Christ Notre-Seigneur, auquel appartient, ainsi qu'au Père, etc.

HOMéLIE VIII. AINSI NOUS VOUS DéCLARONS, COMME L'AYANT APPRIS DU SEIGNEUR, QUE NOUS, QUI SOMMES VIVANTS, ET QUI SOMMES RéSERVéS POUR SON AVéNEMENT, NOUS NE PRéVIENDRONS POINT CEUX QUI SONT DANS LE SOMMEIL DE LA MORT ; CAR AUSSITOT QUE LE SIGNAL AURA éTé DONNé PAR LA VOIX DE L'ARCHANGE, ET PAR LE SON DE LA TROMPETTE DE DIEU, LE SEIGNEUR LUI-MêME DESCENDRA DU CIEL, ET CEUX QUI SERONT MORTS EN JéSUS-CHRIST, RESSUSCITERONT D'ABORD; PUIS, NOUS AUTRES, QUI SOMMES VIVANTS, ET QUI AURONS éTé RéSERVéS JUSQU'ALORS, NOUS SERONS EMPORTéS AVEC EUX DANS LES NUéES, POUR ALLER AU-DEVANT DU SEIGNEUR AU MILIEU DE L'AIR; ET AINSI NOUS SERONS POUR JAMAIS AVEC LE SEIGNEUR. (CH. IV. 14, 15, 16, 17.)

220 Analyse.

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