Le Pédagogue (page 18)
Ces louanges données aux vêtements célestes ne veulent point dire qu'ils soient réellement éclatants de luxe et d'orgueil ; mais c'est une figure de la vraie foi, ornement parfait et incorruptible de ceux qui ont obtenu miséricorde, et de l'Église, dans laquelle Jésus-Christ, incapable d'artifice, et de déguisement, brille comme l'or, tandis que les élus y sont représentés par les franges précieuses de ses vêtements. S'il faut, en faveur des femmes, relâcher quelque chose de cette sévérité, on leur permettra des habits plus commodes, mais point de vaines peintures qui flattent les yeux. Ces couleurs s'évanouissent bientôt, et d'ailleurs les mille préparations qu'on est obligé de faire subir aux laines en détériorent la nature et en affaiblissent le tissu. Rien n'est plus contraire à une bonne économie, rien n'est plus ridicule que d'admirer ces vêtements bizarres, enfants d'un caprice insensé, voiles, manteaux, écharpes, dont Homère dit que la pudeur est enveloppée et comme étouffée. Rien ne m'indigne plus que de voir tant de richesses si honteusement prodiguées. De quoi le premier homme couvrait-il sa pudeur dans le paradis? de feuilles et de branches d'arbre; et nous, à qui la laine des brebis a été donnée pour cet usage, faudra-t-il donc qu'en en abusant nous nous montrions aussi privés de raison que les brebis mêmes? Que sont les vêtements les plus somptueux ? Rien autre chose que les poils de la brebis. Méprisons-les, repoussons-les ; la raison divine, qui prend soin de nous éclairer, nous y exhorte et nous l'ordonne. Laissons Milet et l'Italie vanter la richesse de leurs étoffes ; laissons une multitude insensée s'y complaire et les rechercher, et n'en ayons ni soins ni souci. Saint 159 Jean, ce bienheureux modèle d'une vie simple et sans artifice , rejeta la laine comme un vêtement trop voluptueux, et choisit, pour se vêtir, le poil rude et grossier des chameaux. Sa nourriture était des sauterelles et de miel sauvage, image des voies simples du Seigneur, qu'il était chargé de préparer et d'ouvrir. Il n'avait garde de se vêtir de pourpre après avoir foulé aux pieds le vain faste du monde. Dans le repos de la solitude, cherchant uniquement son Bien, il s'était retiré en sa présence, et ne conversait qu'avec lui, libre des soins impurs des hommes mondains et de leurs coupables et honteuses frivolités. Le prophète Élie n'avait point d'autre habit qu'une peau de brebis serrée autour de son corps par une ceinture de poils. Isaïe allait nu et sans souliers; mais souvent il se couvrait d'un sac, vêtement de l'humilité. Une ceinture de lin était l'unique habit du prophète Jérémie.
Comme un corps, qui est nu, montre aussitôt sa force et sa vigueur, ainsi la beauté des mœurs, libre de tout ridicule ornement, montre plus vivement la grandeur et la magnificence de l'âme. Il est de la dernière arrogance de porter ces robes traînantes qui embarrassent la démarche et attirent après soi toutes les ordures du sol. Il faut les laisser à ces misérables saltimbanques qui étalent, sur un théâtre muet, leur détestable turpitude. Voulez-vous leur envier, avec ces longues et larges robes bariolées de mille couleurs, la honte de leur languissante et molle démarche ? Si vous objectez que le Sauveur a porté une robe longue, je vous répondrai que cette tunique de diverses couleurs représente les fleurs de la sagesse, qui ne se flétrissent jamais ; la différence des Écritures et des maximes du Seigneur, tout éclatantes des lumières de la vérité. C'est encore un habit de même sorte dont le roi prophète revêt le Seigneur dans ce passage :
« Vous vous êtes revêtus de gloire et de beauté, vous vous êtes couvert de là lumière comme d'un man- 160 teau. »
Nos habits, qui doivent toujours être propres et honnêtes, ne doivent point se soumettre au caprice et aux extravagances de la mode. Il est contre l'honnêteté de porter des vêtements qui ne viennent que jusqu'aux genoux, semblables à ceux des filles de Sparte ; car les femmes ne doivent laisser découverte aucune partie de leur corps. Peut-être est-ce ici le cas de rappeler et de louer la réponse que fit une femme à un homme qui lui disait, en la flattant :
« Vous avez de beaux bras. — Oui, dit-elle, mais ils ne sont pas exposés aux yeux du public; —des jambes belles et faites au tour ; — mais elles ne sont que pour mon mari ; — une figure charmante ; — j'en conviens, dit-elle encore, mais cette beauté est tout entière pour l'homme dont je suis l'épouse. »
[2,10p] Je n'approuve pas, cependant, que d'honnêtes femmes se donnent occasion de recevoir de semblables louanges de la part de ceux qui ne les leur donnent que dans l'espoir de les séduire et de les déshonorer. Non seulement il leur est défendu de montrer même le bout du pied, il faut encore qu'elles aient la tête voilée quand elles paraissent en public ; car il leur est vraiment honteux que leur beauté serve de piège à la faiblesse des hommes, ou de se servir d'un voile de pourpre pour mieux attirer leurs regards. Plût à Dieu même que je pusse leur interdire entièrement tout usage de cette couleur, et éloigner ainsi d'elle les yeux et l'attention de toutes ces femmes, qui, dédaignant de faire leurs autres habits, se plaisent à travailler la pourpre, qui enflamme leurs passions ; elles vivent et meurent au milieu de cette éclatante et vaine couleur. Les rivages qui nous l'envoient, Tyr, Sidon et tout le pays voisin des mers de Lacédémone, sont un objet de désir et d'envie ; les ouvriers qui la préparent et en colorent les étoffes sont estimés au-dessus de tous les autres, et on regarde comme hors de prix cette espèce de coquillage dont le sang la produit.
161 Ce n'est pas encore assez pour ces femmes artificieuses et ces hommes efféminés de teindre les vêtements de mille couleurs empruntées ; emportés hors de toute borne par un fol amour de se distinguer, leur effronterie ne s'arrête plus ; dédaignant les toiles de l'Égypte, ils en demandent d'une autre espèce à la Cilicie et à la Judée. Rien ne suffit à leur caprice, et les nous-mêmes qu'ils ont donnés à leurs habits sont encore plus innombrables que leurs formes et leurs couleurs. Quelle âme plus honteuse ! puisque le Dieu est plus précieux que le temple, et l'âme que le corps, assurément le corps doit l'être plus que le vêtement qui le couvre. Mais ces insensés renversent cet ordre ; car, si l'on vendait leur personne, on n'en trouverait jamais mille drachmes attiques, et eux-mêmes donnent mille talents d'une seule partie de leur habillement, avouant ainsi aux yeux de tous qu'ils valent moins que l'habit qu'ils portent. Pourquoi donc préfèrent-ils ces étoffes rares et précieuses à celles qui sont communes? C'est parce qu'ils ignorent le vrai bien et la véritable beauté, et qu'ils abandonnent la réalité pour l'apparence ; semblables aux insensés, aux yeux desquels les objets blancs paraissent noirs.
CHAPITRE XI. De la chaussure. Les femmes vaines et orgueilleuses montrent leur molle délicatesse jusque dans leur chaussure même. Leurs sandales sont enrichies de broderies d'or et relevées par des clous de même métal. Plusieurs même y font graver des embrassements amoureux, comme pour laisser sur la terre qu'elles foulent des traces de la corruption de leur âme. Loin de nous ces trompeuses chaussures où brillent l'or et les pier- 162 reries, les pantoufles d'Athènes et de Sicyone, les souliers de Perse et d'Étrurie! Il suffit que les souliers remplissent bien l'usége naturel pour lequel ils ont été faits, c'est-à-dire de couvrir les pieds, et de les défendre, en marchant, contre tout ce qui peut les blesser. On accordera aux femmes des souliers blancs quand elles demeureront à la ville et qu'elles ne feront point de voyages ; où, dans tes voyages, on a besoin de souliers huilés et relevés de clous. Du reste, elles ne demeureront jamais les pieds nus, cela est contraire à la bienséance, et peut être nuisible à la délicatesse de leurs sens, plus facilement blessés que les nôtres. Quant aux hommes, il leur est honorable de ne point se servir de souliers qui sont une espèce d'entrave et de liens ; c'est même un exercice très utile pour la santé et pour la souplesse des membres que d'aller pieds nus quand on le peut faire sans s'incommoder.
Si nous n'allons point en voyage , et qu'il nous soit impossible d'aller pieds nus, nous nous servirons d'une simple semelle à qui les Athéniens donnent un nom particulier qui indique, je crois, que cette espèce de chaussure laisse approcher le pied de la poussière. Le témoignage de saint Jean, disant qu'il n'était pas digne de délier la courroie des souliers du Sauveur, prouve assez qu'une chaussure simple et légère nous doit suffire. Celui qui montrait aux Hébreux le parfait modèle et le type de la véritable sagesse, n'avait sans doute rien d'affecté ou de recherché dans sa chaussure. J'expliquerai dans un autre endroit si cette figure ne peut pas recevoir un autre sens.
165 CHAPITRE XII. Il est défendu d'admirer les parures précieuses, les perles et les pierreries.
Il n'est certainement pas d'un homme raisonnable de montrer une frivole admiration à la vue de ces pierres jaunes ou vertes que les mers étrangères rejètent sur leur rivage, ou qu'on retire du sein de la terre. Ceux à qui leurs vives couleurs inspirent un ardent désir de les posséder ne sont autre chose que des insensés, dont les yeux fascinent la raison. Quant aux femmes, qui attachent le plus haut prix à des colliers ou bracelets de perles, aux améthistes, aux topazes, aux émeraudes, elles sont comme des enfants que l'éclat du feu attire et excite à s'en approcher parce que l'expérience ne leur a pas encore appris combien il est dangereux de le toucher. Leur orgueil est si excessif, leur luxe si extravagant, que, non contentes de separer de perles qui sont hors de prix, elles en décorent même leur lit avec une folle profusion. La perle naît dans une sorte de coquillage qui a de la resemblance avec les nacres; elle est de la grosseur de l'œil d'un gros poisson, et ces malheureuses n'ont pas honte d'adorer presque un coquillage, elles qui se pourraient parer de la perle divine, je veux dire du Verbe de Dieu, que l'Écriture appelle une perle, le pur et brillant Jésus, l'oeil de la chair, l'éclatante raison, par qui devient précieuse tonte chair que l'on régénère.
[2,12b] Ce coquillage qui naît dans l'eau, renferme un poisson qui produit la perle. Nous savons que la sainte Jérusalem est bâtie de pierres précieuses, et que les douze portes de la cité céleste représentent, par leur richesse, la richesse de la prédication apostolique. Les couleurs font le prix des 164 pierres précieuses, leur matière même n'en a aucun. C'est donc avec raison que l'Écriture-Sainte en construit symboliquement la demeure des saints. Cette fleur inimitable des pierres précieuses exprime bien la nature de ces substances spirituelles qui ne sont point sujettes à l'action de la mort. Ces femmes, qui ne comprennent point ce qu'il y a de symbolique dans les divines Écritures, défendent dans les termes suivants la folle admiration qu'elles éprouvent pour ces parures :
« Si le Seigneur nous les montre, pourquoi craindrions nous de nous en servir ? Ce plaisir que j'ai sous les yeux , pourquoi m'en priver volontairement; et pour qui donc ont-elles été faites, si ce n'est pour nous ? »
Telles sont les paroles de ceux qui ignorent et méconnaissent la volonté de Dieu. Car il donne d'abord à tous ce qui est nécessaire à tous, l'air et l'eau, tandis qu'il cache dans les entrailles de la terre, ou dans la profondeur des eaux, ce dont ils n'ont aucun besoin : ainsi l'or, ainsi les perles. Vous recherchez vainement ce qui ne peut vous être utile. Voilà que tout le ciel vous est ouvert, et vous ne cherchez point Dieu. Mais cet or que vous enviez, ces pierres dont vous faites vos délices, ce sont, parmi vous-mêmes, les criminels qui sont condamnés à les chercher et à les tirer du sein de la terre. Vous luttez contre l'Écriture, qui vous crie à haute voix :
« Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. »
«Tout m'est accordé et permis, dit l'apôtre, mais tout ne m'est pas expédient. » [2,12c] Dieu a créé l'homme de telle sorte que nous entrions en communication de services les uns envers les autres ; lui-même a envoyé son Verbe pour le commun salut du genre humain, et tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour tous, de peur que les riches ne prennent pour eux seuls ce qui est aux autres comme à eux. Ces mots,
« je possède des biens plus 165 qu'il ne m'en faut, pourquoi donc n'en userais-je pas à mon plaisir ? »
Ces mots, indignes de l'homme, sont destructifs de toute société. Ceux-ci, au contraire, sont pleins d'un tendre amour :
« Je possède ces biens, pourquoi n'en ferais-je pas part aux pauvres ? »
celui là est parfait, qui parle et agit ainsi.
« Vous aimerez votre prochain comme vous» même. »
Ce sont les vrais plaisirs et les précieux trésors. Je sais que Dieu nous a donné le pouvoir d'user, mais seulement jusqu'au nécessaire , et il veut que l'usage soit commun. Il est absurde, en effet, il est honteux qu'un seul homme vive dans les festins et la volupté, tandis que des milliers d'autres meurent de faim. Oui, certes, il y a plus de gloire à être bienfaisant que magnifiquement logé ; plus de sagesse à répandre ses biens sur les hommes qu'à les échanger contre des métaux et des pierres; plus d'avantage à posséder des amis qu'on a ornés soi-même, que des ornements inanimés. Quel est celui à qui les biens ont profité autant que ses bienfaits ?
[2,12d] Mais il nous reste à réfuter cette objection : qui donc possédera ce qui est somptueux et magnifique , si nous choisissons tout ce qui est humble et simple ? Nous-mêmes, répondrai-je, si nous en usons froidement et indifféremment, mais puisqu'il ne peut se faire que tous les hommes soient réglés et tempérants, il faut chercher, pour notre usage particulier, ce qu'il nous est facile de nous procurer , ce qui est nécessaire, et rejeter ce qui ne l'est pas. En un mot, aucune sorte de ces riches ornements que suivent le dégoût et l'ennui ne convient aux femmes chrétiennes, qui doivent mépriser la parure et le monde ; il faut qu'elles soient parées et belles intérieurement. La beauté ou la laideur est dans l'âme ; il n'y a que l'homme vertueux qui soit beau. La vertu brille comme une fleur sur les corps où elle habite, et les revêt d'une pure et douce lumière. La beauté de 166 chaque plante et de chaque animal est dans la vertu qui lui est propre. La vertu de l'homme est la justice, la tempérance , la magnanimité et la piété. Cest l'homme juste qui est beau ; en un mot, c'est celui qui est vertueux, et non point celui qui est riche. Les soldats veulent aussi que l'or brille sur leurs habits et sur leurs armes. Sans doute ils n'ont pas lu ce passage du poète, qui dit, en parlant d'un guerrier,
« qu'il s'avançait » couvert d'or comme une jeune fille. »
Du reste, il faut déraciner entièrement cet amour des vaines parures, qui n'ont aucun rapport avec la vertu, et qui, n'ayant d'autre objet que le corps, donnent au soin d'une vaine gloire ce que nous devrions donner à la bonté et à l'honnêteté. Cet amour, en effet, qui parle au corps de choses qui ne lui conviennent point, tout autant que si elles lui convenaient, cet amour a produit la réflexion du mensonge et l'habitude de la ruse; ce n'est point l'honnêteté, la simplicité, la haine de la dissimulation , la véritable enfance, qui sont ses fils; mais le faste, l'arrogance, la mollesse et les impures voluptés.
Les femmes dont je parle obscurcissent donc leur véritable beauté et l'accablent sous le poids de l'or; elles ne comprennent pas combien est grand le crime qu'elles commettent contre elles-mêmes en se chargeant d'innombrables chaînes, coutume insensée, qui rappelle celle de ces barbares qui attachent les criminels avec des chaînes d'or. Ces femmes me semblent envier le sort de ces captifs. Leurs colliers et leurs bracelets ne sont ils pas de véritables chaînes ? Sans doute, et les Athéniens mêmes leur en donnent le nom.
[2,12e] Pourquoi donc, ô femmes mondaines, cet amour frivole et insensé de la parure? Prenez-vous plaisir à paraître enchaînées? Si la richesse de la matière en efface la honte, qui en effacera le vice? Quand je les vois ainsi s'enchaîner volontairement, il me semble les voir se glorifier des calamités de leurs richesses. Le poète qui nous 167 peint Vénus surprise en adultère, et retenue dans des liens précieux, nous a voulu faire entendre peut-être qu'ils sont les emblèmes et les signes de ce crime. Du moins il raconte que ces liens étaient d'or. Les femmes n'ont pas honte de revêtir les symboles même de l'esprit malin. Si Eve fut séduite par le serpent, elles le sont par de riches parures; c'est l'appât dont le serpent se sert pour les entraîner à leur honte. On en voit qui se parent de figures de serpents et de murènes. Les poètes comiques, Nicostrate et Aristophane, ont fait à l'envi, pour les couvrir de honte, le dénombrement de leurs innombrables parures.
{passage non traduit, tiré des fragments d'Aristophane}.
Mais je m'indigne et me lasse de le répéter, ne comprenant pas même comment elles ne succombent pas sous le poids. Que de soins inutiles! quelle gloire frivole et insensée! Elles prodiguent leurs richesses comme des courtisanes, et se ruinent en se déshonorant ! Elles abusent des dons de Dieu par une criminelle folie, et imitent la malice du démon. Le Sauveur du monde a appelé insensé ce riche qui avait fait de grands amas de grains, et qui disait en lui-même : Tu as de grands biens en réserve pour beaucoup d'années, repose-toi, mange, bois et fais bonne chère. Mais Dieu lui dit :
« Insensé, en cette nuit même on te redemandera ton âme ; et les choses que tu as, à qui seront elles?»
Un des élèves du célèbre peintre Apelle, ayant chargé d'or un portrait d'Hélène, son maître lui lit : « N'ayant pu la faire belle, tu l'as faite riche. » Les femmes d'aujourd'hui resemblent à cette Hélène : si elles ne sont pas belles, elles sont magnifiquement parées. L'Esprit saint leur prédit, par la bouche de Sophonie, que leur or et leur argent ne les sauveront point au jour de la vengeance du Seigneur. [2,12f] Ce n'est point l'or, mais le Verbe, par qui brille l'or, qui doit parer la femme chrétienne. Les anciens Israélites eussent été heureux, si les parures qu'ils prirent à leurs femmes, ils les eussent détruites ou enfouies dans la terre. Mais ils en 168 firent un veau d'or, ils l'adorèrent et la punition qui suivit le crime de cette idolâtrie doit apprendre aux femmes le danger qu'il y a de les aimer et de s'en servir. Cette passion des bijoux et de l'or est une idole qu'éprouve le feu. Les délices du ciel ne sont pas réservées aux simulacres, mais à la vérité. De là ces paroles outrageantes que le prophète adresse aux Hébreux :
« Ils ont fait Baal d'or et d'argent; c'est-à-dire de leurs bijoux et de leurs meubles les plus précieux. » Le prophète ajoute la menace :
« Je visiterai en elle les jours de Baal, alors qu'elle brûlait l'encens, qu'elle se parait de colliers, de pendants d'oreille; qu'elle poursuivait ses amants, et qu'elle m'oubliait, »
dit le Seigneur. Abandonnez donc au démon ces malicieuses folies. Ne participez point à ses pompes, de peur d'être entraînés, sous un prétexte spécieux, à connaître le crime de l'idolâtrie.
« Suivez, ô femmes, les sages conseils de l'apôtre : Que les femmes prient aussi, étant vêtues d'une manière honnête ; qu'elles se parent de modestie et de chasteté, et non avec des cheveux frisés, des ornements d'or, des perles et des habits somptueux, mais comme il convient à des femmes qui montrent, par leurs bonnes œuvres, la piété dont elles font profession. »
Vous voyez qu'il leur défend toute parure extérieure. Si elles sont belles, l'art leur est inutile, si elles sont laides, la parure fait ressortir leur laideur. Que les chrétiennes donc soient humbles et toutes simples ; car la frugalité, qui retranche tout superflu et se contente du nécessaire, est la mère de la sainteté. Son nom seul indique qu'elle est ennemie de tout faste et de tout orgueil, douce, bonne, égale, et se suffisant à elle-même. Or, se suffire à soi-même, c'est n'avoir ni trop ni trop peu. C'est la justice qui produit ce contentement, c'est la vertu qui le nourrit; état habituel de celui qui acquiert par lui-même les réalités de la vie heureuse. Que vos mains soient toujours ouvertes sur les pauvres, et vos 169 yeux sur votre famille. Celui qui donne aux pauvres prête à Dieu, et les mains des forts s'enrichissent. Il appelle forts ceux qui méprisent les richesses et se montrent faciles à les communiquer et à les répandre. Que vos pieds soient rapides pour faire le bien et pour marcher dans les voies de la justice. La pudeur et la modestie doivent être vos colliers et vos bracelets ; car c'est la main de Dieu qui les a tressés. Heureux l'homme qui trouve la sagesse, et l'homme qui est riche en prudence ! sa possession vaut mieux que tous les trésors ; elle est plus précieuse que les plus précieuses perles ; elle est le seul et véritable ornement. Ne percez donc pas vos oreilles pour y suspendre des perles ; c'est faire violence à la nature, qui ne vous les a point données pour ce fol usage, mais pour entendre les saintes instructions de la divine parole. Vos yeux et vos oreilles sont faits pour entendre et contempler Dieu; le Verbe seul vous montrant cette véritable beauté que l'œil n'a point vue et que l'oreille n'a point entendue.