Le Pédagogue (page 6)
Ces paroles de l'Écriture font, il me semble, connaître notre Pédagogue et la manière dont il nous conduit.
Il avoue lui-même qu'il est effectivement notre Pédagogue, lorsqu'il dit de sa propre bouche :
« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de la terre d'Égypte. »
Qui donc a le pouvoir de faire entrer et de faire sortir ? n'est-ce point le Pédagogue ? Il apparut à Abraham et lui dit :
« Je suis le Seigneur ton Dieu, sois agréable à mes yeux. »
Ensuite il lui donne les meilleurs avis qu'un Pédagogue puisse donner à un enfant qui lui est cher :
« Sois irrépréhensible, lui dit-il, et j'établirai une alliance entre moi et toi, ainsi qu'entre moi et ta race. » Ces paroles sont bien le signe d'une amitié bienveillante et protectrice tout à la fois. Je trouve en Jacob une frappante image du Pédagogue. C'est pour cela que Dieu lui dit :
« Voilà que je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, je te ramènerai en cette terre; et je ne te délaisserai point jusqu'à ce que j'aie accompli tout ce que je t'ai promis. »
On dit encore que Dieu lutta avec lui :
« Il demeura seul, et voilà qu'un homme lutta avec lui jusqu'au matin. » Cet homme était le Pédagogue qui agissait et souffrait, qui instruisait son élève, l'exerçant à soutenir et à repousser les attaques de l'esprit malin. Les paroles 47 assez connaître que c'était le Verbe, le Pédagogue du genre humain, qui était alors l'adversaire de Jacob :
« Jacob l'interrogea, et il lui dit : Dis moi quel est ton nom ? et il lui répondit : pourquoi me demandes-tu mon nom ? »
Dieu, qui ne s'était pas encore fait Homme n'avait pas encore de nom.
« Jacob appela ce lieu du nom de Phanuel, disant : j'ai vu le Seigneur face à face et mon âme a été délivrée. »
Le Verbe est la face de Dieu, il l'éclaire et nous la fait connaître. Jacob fut surnommé Israël du jour où il eut vu le Seigneur son Dieu. C'est encore le Verbe qui est avec lui et qui lui dit longtemps après :
Ne crains pas d'aller en Egypte.
Voyez comme le Pédagogue accompagne en tout lieu le juste, comme il l'exerce au combat et lui apprend à vaincre son ennemi ! C'est encore lui qui instruit Moïse à bien remplir le ministère de Pédagogue. Le Seigneur dit, en effet :
« J'effacerai de mon livre quiconque aura péché contre moi ; mais, toi, va, conduis ce peuple où je t'ai dit. »
Le Seigneur était, dans la personne de Moïse, le Pédagogue de l'ancien peuple ; mais il est par lui-même celui du nouveau, et se montre à lui face à face.
« Voilà que le Seigneur dit à Moïse : Mon ange marchera devant toi. »
Cet ange représente sa puissance évangélique comme Verbe, son autorité et sa dignité comme Dieu.
Le jour, dit-il, où je les visiterai, je leur ferai porter la peine de leurs crimes ;
c'est-à-dire le jour où je leur apparaîtrai comme juge, je mesurerai le châtiment à l'offense. Le Verbe est, en effet, tout ensemble notre Pédagogue et notre juge : il juge et punit ceux qui désobéissent; mais, plein d'une tendre bonté, il ne leur tait point leurs péchés, au contraire, il les leur montre et les leur reproche, afin de les exciter à la pénitence.
Le Seigneur ne désire pas la mort, mais le repentir des pécheurs.
Il les menace pour nous instruire, il nous montre le châtiment pour nous détacher du péché. Quels crimes n'ont-ils pas commis ? 48 Ils ont massacré des hommes dans leur colère, ils ont mutilé des animaux ; colère horrible et abominable ! Quel maître est donc plus doux et plus humain que le Verbe ? La crainte était le mobile de l'ancienne loi, l'amour est celui de la nouvelle. La crainte s'est changée en amour. Le Verbe était un ange terrible; il est le doux, le tendre Jésus.
Tu craindras, disait-il, le Seigneur ton Dieu ;
Voici donc ses nouveaux ordres :
Ne péchez plus comme autrefois,
fuyez le mal, faites-le bien, brûlez d'amour pour la justice et d'horreur pour l'iniquité.
Cette nouvelle alliance est une suite de l'ancienne. Ne lui reprochez donc pas sa nouveauté.
« Ne dites pas, dit le Seigneur, dans Jérémie, ne dites pas que je suis jeune. Avant que je vous eusse formé dans le sein de votre mère, je vous ai connu ; avant que vous en fussiez sorti, je vous ai sanctifié. »
Cette prophétie, appliquée à l'homme, peut signifier ceux que Dieu voyait et savait fidèles, avant la création du monde, ces élus de Dieu, qui sont appelés ses enfants, parce que, appelés depuis peu au salut, ils ont depuis peu accompli sa volonté. L'Esprit divin ajoute :
« Je t'ai établi prophète pour les nations, prophétise et ne prends pas pour une injure un nom nouveau qui convient à ceux qui le sont. »
La loi est l'ancienne grâce que le Verbe donnait aux hommes par le ministère de Moïse. Remarquons la manière dont l'Écriture s'exprime à ce sujet. La loi a été donnée par Moïse, c'est-à-dire par le Verbe, dont Moïse était le serviteur et l'envoyé ; voilà pourquoi la douleur n'a duré qu'un temps. Mais la grâce et la vérité nous sont venues directement de Jésus-Christ ; voilà pourquoi la nouvelle grâce est éternelle. L'Écriture dit de la loi qu'elle a été donnée; elle ne dit point de la vérité, qui est la grâce du père, et l'éternel ouvrage du Verbe, qu'elle ait été donnée ; elle dit qu'elle a été faite par Jésus-Christ 49 sans lequel rien n'a été fait. Moïse, animé d'un esprit prophétique, voit le Verbe dans l'avenir; et, cédant à sa perfection, il recommande au peuple d'obéir fidèlement aux préceptes de ce nouveau guide.
« Dieu, leur dit-il, suscitera du milieu de vous un prophète semblable à moi. »
Il parle ici de Josué; mais nous savons que Josué est, dans l'Écriture, la figure de Jésus-Christ. Il donne au peuple les conseils qu'il sait leur devoir être utiles :
« Vous écouterez ce prophète, leur dit-il ; celui qui ne l'écoutera point, sera puni. »
Cette prophétie nous apprend le nom de notre divin Pédagogue et nous montre son autorité. Elle met entre ses mains les marques de sa sagesse, de son empire et de sa puissance. Ceux que le Verbe ne guérira point par la persuasion seront menacés ; ceux que les menaces ne guériront point seront châtiés ; ceux que le châtiment trouvera incorrigibles, le feu de l'enfer les dévorera. Un rejeton naîtra de la tige de Jessé. C'est le Pédagogue, plein de sagesse, de douceur et d'autorité. Il ne jugera point, selon les vains discours, les vaines opinions des hommes ; mais il rendra justice à l'humble, et confondra les orgueilleux.
« Le Seigneur, disait David, m'a chatié avec sévérité, mais il ne m'a pas laissé en proie à la mort. »
Être chatié par le Seigneur, c'est être instruit par le Pédagogue, c'est être délivré de la mort. Le même prophète dit encore : vous les conduirez avec une verge de fer. C'est la même pensée qui agite l'apôtre lorsqu'il dit aux Corinthiens :
« Lequel aimez-vous mieux, » que je vous aille voir, le reproche à la bouche ou avec charité et dans un esprit de douceur? Le Seigneur, dit David, va faire sortir de Sion le sceptre de votre autorité. »
Le même prophète dit ailleurs :
« Votre houlette me fortifie, votre verge me console. »
La puissance du Pédagogue est donc, vous le voyez, une puissance grave, vénérable., consolante et salutaire.