Le Pédagogue (page 8)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — pedagogue1–6.htm — trad. de Genoude 1839 · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Mon père, je désire que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi, afin qu'ils contemplent la gloire que vous m'avez donnée, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde. Père juste, le monde ne vous a point connu ; mais moi je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé, et je leur ai fait connaître votre nom, et je le leur ferai connaître afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux et moi en eux. »

« Je suis, dit-il ailleurs, le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort, le Dieu jaloux, poursuivant l'iniquité des pères sur les enfants, l'iniquité de ceux qui me haïssent ; et faisant miséricorde mille fois à ceux qui m'aiment et 56 gardent mes commandements. »

C'est lui qui place les uns à sa droite, les autres à sa gauche. Nous attribuons la bonté au Père et la justice au Fils, qui est le Verbe du Père, parce que ces vertus sont inséparables comme leurs personnes, et que leur puissance est infiniment égale comme leur amour.

Il jugera l'homme selon ses œuvres,

nous faisant auparavant connaître Jésus, qui est sa justice ; et Jésus nous faisant connaître son Père, qui est sa bonté.

La miséricorde et la colère l'accompagnent,

car il est aussi patient que puissant, et menace pour pardonner. Sa miséricorde et sa colère ont un même but, le salut des hommes. Le fils de Dieu nous dit que la bonté de son Père s'étend également sur les bons et sur les méchants.

« Soyez donc, dit-il, miséricordieux comme votre père est miséricordieux.

Personne n'est bon, si ce n'est mon Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. C'est lui qui a fait le soleil et les nuages qui donnent la pluie ; il les distribue à toutes ses créatures dans une même proportion, prouvant ainsi à la fois sa miséricorde, sa justice et son unité. »

« Je verrai les cieux, dit le prophète, qui sont l'ouvrage de vos mains.

Celui qui a créé les cieux habite dans les cieux ;

le ciel est votre demeure. » Le Seigneur priant son père lui dit :

« Notre Père, qui êtes dans les cieux. »

La demeure des cieux appartient a celui qui les a créés. Notre Seigneur Jésus-Christ est donc le fils du Créateur, c'est-à-dire de celui qui est juste, puisque la justice du créateur n'est mise en doute par personne. Saint Paul comprend ainsi cette justice et cette bonté réunies, et les explique en ces termes, afin de rendre témoignage à la vérité :

«Mais maintenant la justice que Dieu donne sans la loi nous a été découverte ; elle a été attestée par la loi et les 57 prophètes, et cette justice que Dieu donne par la foi en Jésus-Christ est pour tous ceux et sur tous ceux qui croient en lui ; car il n'y a point de distinction, parce que tous ont péché et n'ont rien dont ils puissent se glorifier, si ce n'est en Dieu ; étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qu'ils ont en Jésus-Christ. » Ce qui est juste est nécessairement bon. Voilà pourquoi il est écrit:

La loi est sainte, le précepte est saint, juste et bon.

La justice et la bonté forment le pouvoir divin.

« Personne, dit-il, n'est bon, si ce n'est le Père. »

Mais le Fils, qui est dans le Père, n'est-il pas bon aussi et n'est-ce pas le sens de ces paroles :

« Personne n'a connu le Père ? »

car le père était tout avant que le Fils vînt au monde. Il n'y a donc qu'un seul Dieu, bon, juste, créateur, père et fils tout ensemble, à qui grâces soient rendues dans les siècles des siècles. Amen. Il est naturel à la douceur du Verbe de menacer ceux qu'il veut sauver. C'est un digne remède de sa bonté toute divine, de nous faire rougir de nos fautes et de nous en détourner par la honte. Si le blâme est utile, les menaces le sont aussi. Elles réveillent l'âme de l'engourdissement où elle périrait, et bien loin de la blesser mortellement, elles la ramènent à la vie par une légère douleur. La sagesse du Pédagogue éclate en mille façons différentes; il rend témoignage en faveur des bons, il les connaît, les appelle à lui, et les rend meilleurs. Ceux, au contraire, qui vont l'offenser, il les en détourne et leur montre le droit chemin où ces nouvelles lois les vont diriger. Est-il une grâce plus grande que ce témoignage qu'il rend de nous? C'est notre sauveur qui rend témoignage devant notre juge. Nous devons même lui savoir gré de sa colère, si l'on peut appeler colère les avertissements pleins de bienveillance que son amour pour nous lui fait nous donner, et songer que si Dieu ressent nos passions, c'est qu'il s'est fait homme pour nous sauver.

58 CHAPITRE IX. Il appartient à la même puissance de faire du bien et de punir justement. — De la méthode qu'emploie le Verbe pour nous conduire. Notre pédagogue emploie toutes ses forces ; notre Verbe divin, toute sa sagesse pour nous conserver. Il avertit, il réprimande, il blâme, il accuse, il menace, il guérit, il promet, il donne, ne négligeant rien pour enchaîner et détruire le désordre de nos désirs. Pour tout dire, en un mot, le Seigneur agit envers nous comme nous agissons nous-mêmes envers nos enfants,

« As-tu des fils, dit la sagesse, instruis les avec soin et accoutume-les au joug dès leur enfance. As-tu des filles ? conserve la pureté de leur corps et ne leur montre pas un visage trop riant. »

Celui qui ne reprend pas ses enfants dans leurs fautes, de peur de les affliger, ne les aime point. Celui, au contraire, qui les reprend avec sévérité leur bâtit un long bonheur sur un chagrin d'un moment. Le Seigneur ne nous désire point la volupté de la terre, qui passe si vite, mais la béatitude du ciel, qui ne passe point. Étudions donc avec soin les leçons du Verbe, et cherchons dans les livres saints sa méthode de nous instruire qu'il y a gravée lui-même. Il avertit d'abord, et ses premiers avertisssements sont comme mêlés d'un tendre blâme, bien propre à faire revivre la sagesse dans les cœurs qui l'ont oubliée. Écoutez-le lui-même dans l'Évangile :

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et lu ne l'as pas voulu ! » Écoutez-le dans Jérémie:

« Ils 59 ont adoré le bois et la pierre, ils ont brûlé leur encens devant Baal. » C'est ici une des plus grandes preuves de la bonté de Dieu, qui, connaissant tout l'orgueil, toute l'insolence du peuple révolté contre lui et contre sa loi, ne laisse pas d'en avoir pitié et de l'exhorler à la pénitence par la bouche d'Ézéchiel:

« Fils de l'homme, tu habites an milieu des scorpions, parle-leur cependant, peut-être t'écouteront-ils. »

« Va, et dis à Pharaon de laisser mon peuple mais je sais qu'il ne le laissera point aller. » Le Seigneur, vous le voyez, connaît l'avenir; mais il nous laisse toute notre liberté, afin de nous offrir l'occasion d'une pénitence volontaire. Ne se lassant jamais d'avertir, il dit à son peuple, par la bouche d'Isaïe :

« Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi. »

II fait suivre ses avertissements répétés d'un blâme accusateur :

« Ils m'honorent sans raison, enseignant les doctrines et les commandements des hommes. »

Ce blâme montre à la fois le péché, et le remède qu'il faut employer pour en effacer la souillure. Le blâme est un reproche jeté aux actions honteuses. En voici un exemple dans Jérémie:

« Ils sont devenus comme des chevaux qui courent et qui hennissent après les cavales : chacun d'eux a poursuivi la femme de son voisin. »

« Ne visiterai-je donc point ces crimes, dit le Seîgneur ; et mon âme ne se vengera-t-elle pas de cette nation ? »

Il joint partout aux reproches un motif de crainte, parce que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.

« Ne les visiterai-je point, dit-il encore, par la bouche d'Osée ; eux qui se sont mêlés à d'impudiques courtisanes et aux sacrifices des initiés, eux qui, comprenant toute l'horreur de leurs crimes n'ont pas laissé de les commettre? » Leur crime est bien plus grand, puisqu'ils le connaissaient et qu'ils l'ont commis volontairement et avec réflexion. L'intelligence est l'œil de l'âme. Le nom d'Israël 60 donné au peuple choisi, signifie qui voit Dieu, c'est-à-dire qui le connaît. La plainte est un blâme adressé à la négligence et au mépris. Le Pédagogue l'emploie dans ce passage d'Isaïe:

« Cieux, écoutez; terre, prête l'oreille, le Seigneur a parlé. J'ai nourri des enfants, je les ai élevés, et ils se sont révoltés contre moi. Le taureau connaît son maître; l'âne, son étable; Israël m'a méconnu. »

N'est-ce pas une indignité que celui qui a connu Dieu ne connaisse pas son maître ? que le bœuf et l'âne, qui sont des animaux pesants et stupides, connaissent la main qui les nourrit et qu'Israël ne la connaisse point? Après plusieurs plaintes semblables, il ajoute, par la bouche de Jérémie :

« Et ils m'ont abandonné, dit le Seigneur. »

Le blâme se change ensuite en une accusation véhémente. C'est de ce remède que se sert le Pédagogue dans ce passage d'Isaïe :

« Malheur aux enfants déserteurs : Vous ne m'avez pas appelé dans vos conseils, vos traités n'ont pas été scellés de mon esprit. »

Il se sert de la crainte pour resserrer les cœurs, de la menace pour les ouvrir. C'est ainsi qu'on serre fortement les laines qu'on veut teindre, afin que la couleur les pénètre mieux. Lorsque la foi s'affaiblit et semble prête à s'éteindre, il jette au milieu des pécheurs l'horrible image de leurs péchés.

« Vous avez, leur dit-il, dans Isaïe, vous avez abandonné le Seigneur et excité l'indignation du Saint d'Israël. »

« Leur crime, dit Jérémie a rempli le ciel de stupeur et frappé la terre d'épouvante. Mon peuple a fait deux maux : il m'a abandonné, moi, source d'eau vive, pour se creuser des citernes, fosses entr'ouvertes, qui ne peuvent retenir l'eau. Jérusalem, dit-il encore, s'est enfoncée dans son péché ; c'est pourquoi elle est devenue chancelante : tous ceux qui l'honoraient l'ont méprisée, parce qu'ils ont vu son ignominie. »

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