Le Pédagogue (page 9)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — pedagogue1–6.htm — trad. de Genoude 1839 · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Lorsque l'image de leur crime a rempli d'horreur les coupables, le Pédagogue les console et les encourage 61 comme il le fait dans les paroles de Salomon, où brille sa tendresse pour ses enfants :

« Mon fils, ne repousse point les instructions du Seigneur et ne t'irrite point contre ses reproches : le Seigneur châtie celui qu'il aime, il punit le fils qu'il reçoit en grâce, mais le pécheur fuit le reproche et le châtiment. »

L'Esprit saint fait dire au prophète :

« Que le juste me frappe, je reconnais sa miséricorde : ses reproches sont un parfum exquis. » Le châtiment est un blâme qui rend l'intelligence à ceux qui l'avaient perdue. C'est un remède que le Pédagogue connaît et qu'il met souvent en usage.

« Combien de temps crierai-je sans être écouté ? Leurs oreilles sont comme celles des incirconcis; semblable aux nations infidèles, ce peuple est incirconcis de cœur. Il n'y a plus d'obéissance dans mon peuple, il n'y a plus de foi dans mes fils. » Il attend encore cependant, il attend leur retour. Quelle admirable patience ! Mais enfin il se montre, et sa parole devient plus forte et plus incisive. C'est alors qu'il s'écrie :

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui sont envoyés vers toi. »

Cette répétition redouble l'horreur du crime et la gravité du reproche. Comment, en effet, celui qui connaît Dieu en peut-il persécuter les ministres ?

« A cause de vos crimes, leur dit-il, votre maison deviendra déserte. Je vous dis : Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Si, en effet, vous n'êtes point touchés de ma bonté ; si vous ne la reconnaissez point, vous reconnaîtrez mon pouvoir. » II maudit quelquefois ceux qu'il veut ramener. La malédiction est un discours énergique et un remède violent. En voici deux exemples :

« Malheur, dit Isaïe, à la nation perverse, au peuple chargé de crimes, à la race d'iniquité, a ces enfants corrupteurs! »

« Serpents, race de vipères, 62 dit l'évangéliste saint Jean. »

L'accusation, dans la bouche de Dieu, est un blâme dirigé contre ceux qui commettent l'injustice. C'est encore un autre genre de remède que le roi David et le prophète Jérémie emploient dans les passages suivants :

« Un peuple que je ne connaissais point, dit le saint roi, m'a servi ; il a prêté une oreille attentive à ma voix. Mes enfants, devenus rebelles ont menti contre moi ; ils se sont écoulés, ils ont rompu leurs digues. »

« J'ai donné à Israël l'écrit de répudiation, dit Jérémie, et la perfide Juda n'a pas craint. La maison d'Israël m'a méprisé,-et la maison de Juda a menti envers le Seigneur. » Quelquefois, par un artifice tendre et secourable, il rappelle et déplore les châtiments terribles dont les pécheurs endurcis deviennent la proie. Entendez les plaintes de Jérémie : « Comment est-elle assise solitaire, la ville pleine de peuple? Elle est devenue comme veuve, la maîtresse des nations. La reine des cités est tributaire ; elle a été vue pleurant dans la nuit. » Quelquefois il ajoute au blâme de cruelles injures. Écoutez encore le prophète Jérémie :

« Tu t'es montrée comme une courtisane frappante de beauté et de vices. Tu ne m'as point appelé dans ta demeure, moi ton père et le gardien de ta virginité ; courtisane, dis-je, impudente et empoisonneuse. »

Il n'insulte à ses débauches que pour la rappeler à la pudeur. Quelquefois il s'indigne contre ses fils mêmes, que ses faveurs enorgueillissent outre mesure. Nous reconnaissons l'emploi de ce remède, dans les deux passages suivants de Moïse et d'Isaïe :

« Fils coupable, dit le premier, race dépravée et perverse ; c'est donc là ce que tu rends au Seigneur, peuple fou et stupide ? N'est-ce pas lui qui t'a possédé, qui t'a fait et qui t'a créé? »

« Tes princes, dit Isaïe, sont rebelles et les compagnons des brigands; ils aiment les présents et recherchent un salaire. Ils ne rendent point justice à l'orphelin. »

Pour tout dire, 63 en un mot, ces divers artifices qu'il emploie pour nous effrayer, sont comme une source et une fontaine de salut. Comme sa nature est d'être bon, sa volonté est de nous sauver.

Sa miséricorde s'étend sur toute chair. Il nous menace, il nous châtie pour nous conduire, comme un bon pasteur son troupeau. Il aime et secourt tous ceux qui s'attachent à sa doctrine; mais il s'affectionne plus tendrement à ceux qui s'y livrent avec plus d'ardeur.

C'est ainsi qu'il conduit à travers le désert les six cents mille hommes qu'il a rassemblés. Tantôt il les frappe dans la dureté de leur cœur ; tantôt il les avertit avec une douceur toute divine.

Sa bonté patiente ne se lasse jamais ni de punir, ni de pardonner, et il les environne, jusqu'à la fin, de sa misécorde et de sa justice comme d'un rempart,

Comme ses miséricordes sont sans mesure, ses reproches le sont aussi.

Il est beau, sans doute, de ne pas pécher; mais il est bon aussi, quand on a péché, de se repentir et de faire pénitence. Il en est de même de la santé qui est préférable, sans doute, à la convalescence, sans que pour cela la convalescence soit à mépriser.

« N'éloigne pas le châtiment de l'enfant, disait Salomon ; car si tu le frappes de la verge, il ne mourra point ; tu le frapperas de la verge et tu délivreras son âme de la mort. » Les reproches sont comme des coups qui pénètrent l'àme, et, la châtiant de ses crimes', l'empêchent de mourir. Ils inspirent la modération et la tempérance à ceux que la violence de leurs passions est au moment d'emporter. Platon était tellement persuadé de l'efficacité des reproches, pour empêcher le vice ou pour le guérir, qu'il assure que les plus criminels et les plus vicieux d'entre les hommes sont toujours ceux qui les ont repoussés ; les plus vertueux, au contraire, ceux qui les ont écoutés avec docilité et reconnaissance. SI les princes et les magistrats ne sont point un objet de crainte aux citoyens, comment Dieu le serait-il pour ceux qui ne 64 l'offensent point?

« Si vous faites le mal, craignez, dit l'apôtre. »

C'est pour cela que le même apôtre, imitant les discours de Dieu, fait aux Églises d'aigres reproches, certain qu'il est de sa force et de la faiblesse de ceux qui l'écoutent. C'est encore pour cela qu'il dit aux Galates :

« Suis-je devenu votre ennemi pour vous avoir dit la vérité ? »

Celui qui se porte bien n'a pas besoin de médecin, mais bien celui qui est malade. Nous donc, qui luttons en cette vie contre une multitude sans cesse renaissante de passions honteuses et de désirs criminels ; nous, que les flammes du vice, allumées dans notre âme, menacent à chaque instant de dévorer, ne sommes-nous pas malades, n'avons-nous pas besoin d'un médecin ? Ce médecin, c'est le Sauveur. Les remèdes qu'il nous donne ne sont pas toujours doux et agréables, ils sont quelque fois acres et violents. Il emploie la crainte, comme il ferait le suc d'une racine amère et bienfaisante, pour arrêter les envahissements du péché qui ronge notre cœur. L'amertume de ce remède n'en détruit pas la salutaire influence. Malades donc, nous avons besoin de ses secours pour guérir ; égarés, de sa main pour nous diriger; aveugles, de sa lumière pour voir; il désaltère ceux qui ont soif, et leur donne à boire des eaux d'une fontaine vivifiante, qui apaisent d'avance toute soif à venir. Il donne la vie à ceux qui sont morts ; il est le pasteur des brebis ; il est le maître des enfants.

La nature humaine tout entière a besoin de ses innombrables et divins secours. Sans lui nos péchés demeurent en nous, nous oppriment et nous condamnent ; avec lui nous sommes séparés de la paille et nous devenons le pur froment qui remplit les greniers célestes. Il tient le van dans sa main, et il nettoiera son aire; il amassera son froment dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra point. Voulez-vous comprendre et sentir toute la sagesse 65 avec laquelle le divin pasteur, le Pédagogue tout-puissant, le Verbe paternel, nous instruit et nous dirige, réfléchissez à l'allégorie sous laquelle il se présente à nous, disant de luimême qu'il est le pasteur des brebis ; c'est-à-dire le Pédagogue des enfants. Voyez-le expliquant aux prêtres, par la bouche d'Ézéchiel, la tendre sollicitude dont il est animé pour son troupeau ; sollicitude admirable qu'ils doivent prendre pour modèle :

« Je ferai paître mes brebis moi-même, je chercherai celles qui étaient perdues, je relèverai celles qui étaient tombées, je banderai les plaies de celles qui étaient blessées, et elles paîtront dans de fertiles pâturages sur les montagnes d'Israël. »

Tels sont les soins du bon pasteur. Paissez-nous, Seigneur, comme des brebis ; paissez-nous de votre miséricorde et de votre justice. Conduisez-nous sur votre montagne sainte, à cette Église qui est élevée au-dessus des nues et qui touche le ciel.

« Je serai moi-même leur pasteur, je serai moi-même auprès d'eux, les entourant comme la robe entoure le corps ; ils m'appelleront, et je leur dirai : Me voici. »

Vos bontés, Seigneur, ont été plus rapides que mon espérance.

« Ils marcheront, dit le Seigneur, et ils ne tomberont point. »

Nous ne tomberons point parce que, pour arriver là où la chute n'est plus possible, il nous prête l'appui de son bras. Telle est sa bonté infinie. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir. Aussi l'Évangile nous le montre accablé de fatigue, ne reculant devant aucune des souffrances qu'il s'est imposées pour notre salut, et promettant de donner son sang pour la rédemption de plusieurs. N'est-ce pas le véritable caractère du bon pasteur ? n'est-ce pas une libéralité magnifique, donner sa vie pour son troupeau ? De quelle utilité n'est-il pas aux hommes ? de quelle bienveillance ne fait-il pas preuve envers eux, lui qui, pouvant être leur maître, a mieux aimé se faire homme pour 66 être leur frère, et mourir pour les sauver ? Il crie vers nous dans sa justice :

« Si vous venez directement à moi, je viendrai directement à vous : si vous y venez par des chemins détournés,j'entrerai dans ces mêmes chemins. »

Ces chemins détournés signifient les reproches qu'il fait aux pécheurs ; les chemins droits, sa bonté, qui est constante et inaltérable.

«Parce que j'ai appelé et que vous vous êtes éloignés, dit le Seigneur ; parce que vous avez dédaigné mes conseils et négligé ma menace. »

Les reproches qu'il nous fait nous sont donc de la plus grande utilité.

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