Protreptique (Exhortation aux Grecs) (page 8)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — contrelesgentils.htm — trad. de Genoude 1839 · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(100) — Mais par quel moyen, me dites-vous, le ciel s'ouvrira-t-il devant moi? — Le Seigneur est la voie; voie étroite, il est vrai, mais qui part du ciel; voie étroite, il est vrai, mais qui remonte au ciel ; voie étroite, que la terre méprise et dédaigne, mais qui ne laisse pas d'être large et adorée dans les deux. Sans doute, à qui n'a jamais entendu nommer le Verbe, il sera pardonné en faveur de son ignorance. Mais celui qui en connaît les oracles et qui s'opiniâtre dans une incrédulité volontaire, plus son intelligence est riche de lumières, plus ses connaissances lui seront fatales, puisqu'il sera condamné au tribunal de sa propre science pour avoir refusé de choisir ce qu'il y avait de meilleur.

La nature de l'homme d'ailleurs l'enchaîne à Dieu par des relations particulières. Nous ne contraignons point le taureau à chasser, ni le chien à labourer. Nous disposons de ces animaux dans la mesure de l'instinct que Dieu leur a départi. Ainsi, recueillant dans l'homme, qui est fait pour contempler le ciel, dans l'homme, plante née là-haut dans les régions de l'éternité, les privilèges inhérents à sa nature et par lesquels il règne sur le reste des animaux, nous l'exhortons à servir Dieu et à faire ici-bas des provisions qui l'accompagnent dans toute l'éternité. Laboure la terre, lui disons-nous, si telle est ta profession; mais pendant que tu remues la terre, travaille à connaître celui qui l'a créée. Nautonier, va fendre les flots delà mer; mais avant de prendre en main le gouvernail, invoque le pilote de la terre et des deux. Faut-il marcher sous l'aigle des Césars? écoute avant tout le monarque dont la voix ne commande rien que de juste.

(101) Revenez donc enfin à vous-mêmes, comme l'on revient de l'engourdissement de l'ivresse et du sommeil. Si peu que vous ouvriez les yeux, reconnaissez quel fruit il vous revient de ces pierres devant lesquelles vous vous courbes, et des dépenses que vous consacrez stérilement au culte de la matière. Vous jetez à pleines mains vos richesses dans la gouffre de l'ignorance, de même que vous précipitez votre vie dans la mort, dernier abîme où s'engloutit votre chimérique espoir. Mais hélas ! telle est la force de l'habitude qui vous tyrannise, que vous ne savez ni prendre pitié de vous-mêmes, ni vous rendre aux conseils de ceux que vos erreurs touchent de compassion. Entraînés par la coutume, vous courez à une ruine volontaire jusqu'à votre dernier moment. Pourquoi cette opiniâtreté? « C'est que la lumière est venue dans le monde; mais les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière; » quand, pour les purifier de l'orgueil, des richesses et de la crainte, il ne fallait que cette exclamation du poète:

« Où porté-je tous ces trésors ? où m'égaré-je moi-même ? »

Si donc après avoir répudié les fictions extravagantes, vous avez fermement résolu de vous affranchir aussi du joug de l'habitude, dites à la vaine opinion :

« Songes et fantômes, adieu! vous n'étiez que des chimères ! »

(102) En effet, ô hommes ! pourquoi vous imaginer que Typhon est Mercure, Andocide et Amyet? N'est-il pas visible aux yeux de tous que ce sont autant de pierres comme Mercure lui-même? Si l'arc-en-ciel et le cercle qui environne la lune ne sont plus des dieux, mais de simples phénomènes produits par l'air ou par les nuages ; si vous effacez aussi de ce nombre le jour, le mois, l'année, le temps qui se forme de ces diverses périodes, il s'ensuivra que le soleil et la lune, dont le cours mesure les intervalles mentionnés tout à l'heure, ne sont pas davantage des dieux. Quel homme, s'il n'a l'esprit aliéné, inscrira parmi les dieux le jugement, le supplice, la vengeance? Plus de Furies! plus de Parques ! plus de Destin, puisque la république, la gloire et Plutus, que les peintres représentent aveugle, descendent de l'Olympe. La Honte, l'Amour, et Vénus des dieux ! Mais à ce titre il faut aussi que la turpitude, l'amour, la beauté, le commerce de la chair, montent au marne rang. Vous ne prostituerez plus maintenant le nom de Dieu au sommeil et à la mort, ces deux frères jumeaux, dans le langage de vos poètes, puisqu'ils ne sont que des accidents naturels à tous les animaux. Laissez là votre Fortune, votre Sort, vos Parques! Si la Dispute et le Combat ne sont plus des dieux, il faut également refuser ce titre à Mars et à Enyo. Si les éclairs, les foudres, et les nuages ont perdu la qualification divine, pourquoi la conserver au feu, à l'eau, aux étoiles errantes ou comètes qui sont engendrées par une certaine disposition de l'air ? que celui qui fait de la fortune une déesse, en fasse une aussi de l'action !

(103) Par conséquent, si aucune de ces appellations mensongères, si nul de ces simulacres dressés par la main des hommes et dépourvus de sentiment, n'est le Dieu véritable, s'il existe en nous-mêmes, le fait est constant, je ne sais quel invincible préjugé de la puissance divine, il ne nous reste plus qu'à confesser que le Dieu unique et véritable est le seul qui soit et qui ait été. Fermer les yeux à cette vérité, c'est ressembler à ceux qui ont bu de la mandragore (6) ou quelque poison semblable.

Mais à vous, que Dieu vous accorde de revenir de votre sommeil et de connaître le Dieu véritable. Ne prenez plus pour la Divinité l'or, la pierre, le bois, l'action, la maladie, la passion et la crainte. Car la terre est couverte de milliers de démons, qui ne sont ni immortels, ni mortels, puisqu'ils ne participent pas plus à la vie qu'à la mort. Simulacres de bois ou de pierre, que les hommes vénèrent comme leurs maîtres légitimes, ils déshonorent et souillent la vie de leurs adorateurs par une coutume extravagante. « Mais la terre et tout ce qu'elle renferme, nous dit l'Écriture, appartient au Seigneur. »

(104) Imaginez-vous que Dieu vous adresse ces paroles : Ne regardez pas la pierre, le bois, les oiseaux, les serpents, comme des objets plus sacrés que les hommes. Loin de là, tenez les hommes pour véritablement sacrés ; n'estimez les bêtes que ce qu'elles sont. Les hommes, en effet, dans le lâche aveuglement de leurs pensées, croient que Dieu promulgue ses oracles par la voix d'un corbeau ou d'un geai, mais qu'il garde le silence par la bouche de l'homme. Dès lors ils rendent les honneurs divins à un misérable oiseau qu'ils transforment en interprète et en messager de Dieu ; mais l'homme, créature de Dieu, l'homme qui, bien qu'il ne glousse ni ne croasse, fait au moins entendre le langage de la raison; l'homme, qui les instruit avec miséricorde, et les pousse à la pratique de là justice, ils le poursuivent en barbares; ils s'efforcent de l'immoler, sans être retenus ni par l'espérance des bienfaits célestes, ni par la crainte des châtiments. Pourquoi tant d'humanité ? Ils n'ont pas foi en Dieu, pas plus qu'ils ne comprennent sa puissance.

Quelle est la grandeur de l'amour de Dieu pour les hommes ? quelle est l'intensité de sa haine pour le crime? les paroles humaines ne sauraient l'exprimer. De même que la colère alimente le supplice du pécheur, la miséricorde comble de bienfaits ceux qui font pénitence. Mais être abandonné de l'assistance de Dieu, c'est de tous les malheurs le malheur le plus terrible. De là vient que parmi les envahissements de l'esprit malin, il n'en est pas de plus formidable pour nous que la cécité, qui ferme nos yeux à la contemplation du ciel, et la surdité, qui nous rend complètement inhabiles à entendre les divins enseignements.

(105) Aussi, vous qui êtes comme mutilés pour la vérité, aveugles d'esprit, et sourds d'intelligence, vous restez plongés dans l'apathie, sans douleur, sans indignation, sans nul désir de voir le ciel et l'architecte du ciel, sans chercher à entendre, ni à connaître le père et le créateur de toutes choses, sans appliquer enfin votre cœur à la conquête du salut. Quiconque est en marche vers la connaissance de Dieu, ne se laisse retarder par aucun obstacle, ni par la perte de ses enfants, ni par la détresse de l'indigence, ni par l'obscurité du nom, car le possesseur de la véritable sagesse n'aspire point à s'en délivrer « par le tranchant du fer ou de l'airain. » Il la préfère à tout ce que renferme le monde. Le Christ est partout salutaire. Le zélateur du juste, étant l'ami de celui auquel rien ne manque, ne manque de rien lui-même, attendu que le trésor de sa félicité Il l'a placé dans lui-même et dans Dieu, là où il n'y a ni ver, ni voleur, ni pirate, mais l'éternel distributeur des biens. C'est donc à bon droit que l'Écriture vous compare à ces serpents qui ferment les oreilles à la séduction des enchantements. « Ils ressemblent au serpent et à l'aspic qui ferment l'oreille pour ne point entendre la voix de l'enchanteur dont la parole peut les adoucir. »

(106) Mais vous, laissez-vous prendre aux charmes de la sainteté ; recevez la douceur de notre Verbe; rejetez le poison homicide, afin qu'il vous soit donné de vous dépouiller de la mort comme à ces reptiles de renouveler leur jeunesse. Écoutez mes accents ; ne fermez point vos oreilles, ne murez point votre intelligence; mais gravez au fond de vos cœurs les paroles qui sortent de notre bouche. L'immortalité est un merveilleux remède. Ah ! de grâce ne rampez plus à la manière des serpents, « car les ennemis du Seigneur baiseront la poussière de ses pieds » dit l'Écriture. Détachez vos yeux de la terre; regardez le ciel, admirez les merveilles divines, cessez de dresser des pièges sous les pas du juste et d'entraver la route de la vérité. Soyez prudents et sans malice; peut-être que le ciel vous donnera les ailes de la simplicité, car il donne des ailes aux enfants de la terre, afin de vous aider à sortir de ces retraites pour aller habiter au ciel. Seulement repentez-vous de tout votre cœur, afin que tout votre cœur s'ouvre à la réception du Seigneur. « Peuples, espérez en lui dans tousses temps, répandez devait lui votre âme, » dit-il à ceux qui sont revenus récemment de leur impiété; il est plein de miséricorde, et il fait abonder la justice.

Ô homme, crois à l'Homme-Dieu ! ô homme, crois au Dieu vivant, qui a souffert et qui est adoré ! Esclaves, croyez à celui qui est mort. Hommes, qui que vous soyez, croyez à celui qui seul est le Dieu de tous les hommes. Croyez, et vous recevrez le salut pour récompense de votre foi. « Cherchez Dieu, et votre âme vivra, » Quiconque cherche Dieu, s'occupe de son salut. Avez-vous trouvé Dieu? vous possédez la vie.

(107) Cherchons-le donc pour vivre réellement. Le prix de cette découverte, c'est la vie dans le sein de Dieu. « Qu'ils se réjouissent, qu'ils tressaillent d'allégresse en vous, tous ceux qui vous cherchent ; » qu'ils redisent éternellement : Gloire à Dieu ! Quel hymne magnifique en l'honneur de Dieu, que l'immortalité de l'âme chrétienne, qui est munie des enseignements de la justice, et porte gravés au fond d'elle-même les augustes caractères de la vérité! Je le demande, où faut-il graver la justice ailleurs que dans l'âme du sage ? Quel autre sanctuaire ouvrirez-vous à la pudeur, à la charité, à la mansuétude ? Vous tous qui êtes marqués de ces empreintes divines, ne l'oubliez pas, vous êtes placés aux plus propices barrières de la sagesse, pour vous élancer de là dans l'arène de la vie et des tribulations. La sagesse ! elle est le port du salut à l'abri de la tempête. La sagesse ! elle donne aux enfants de bons pères, quand ils se sont jetés dans le sein du Père ; aux pères, de bons .fils, quand ils ont connu le Fils; aux épouses, de bons époux, quand elles ont tourné leurs regards vers l'époux ; aux esclaves, enfin, de bons maîtres, quand ils ont brisé la chaîne du plus honteux esclavage !

(108) Ô combien la bête est plus heureuse que l'homme égaré par l'erreur ! L'animal est plongé dans la même ignorance que vous; oui, sans doute; mais l'animal ne trahit pas la vérité. Je ne vois point parmi les bêtes un peuple d'adulateurs; connaissez-vous des poissons qui adorent les faux dieux ? où sont les oiseaux qui vénèrent des idoles ? Ne pouvant s'élever à la connaissance de Dieu, puisque l'intelligence leur manque, ils n'admirent du moins que la beauté d'un ciel unique. Eh quoi ! ne rougirez-vous pas, enfin, de vous être ravalés au-dessous de l'animal dépourvu de raison, vous qui avez consumé tant de siècles dans l'impiété ? Vois avez passé par le berceau, par l'adolescence, par la jeunesse; la maturité a disparu. Vertueux, vous ne l'avez pas encore été. Parvenus au déclin de votre carrière, honorez du moins votre vieillesse. À ce moment solennel où la vie échappe, embrassez du moins la sagesse, reconnaissez Dieu, afin que le dernier terme de votre existence s'empare du commencement du salut. Vous avez vieilli dans le culte de vos fausses divinités ; venez vous rajeunir dans le culte du vrai Dieu. Le vrai Dieu vous inscrit au nombre des enfants qui ont gardé leur innocence.

Que l'Athénien suive les lois de Solon ! que l'habitant d'Argos obéisse à Phoronée, et le Spartiate à Lycurgue. Vous, si vous êtes Chrétiens, vous avez le ciel pour patrie, et Dieu pour législateur. Mais quelles sont nos lois? « Vous ne tuerez point. — Vous ne commettrez point l'adultère. — Vous ne déroberez point. — Vous ne porterez point faux témoignage. — Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. » Puis viennent, pour compléter ces oracles, d'autres lois conformes à la raison, et de saintes paroles qui sont gravées dans le cœur de tous les hommes. Ainsi, par exemple : « Vous aimerez le prochain comme vous-même. — Si quelqu'un vous frappe sur la joue, présentez-lui l'autre. — Vous ne convoiterez pas ; car quiconque a regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère. »

(109) Répondez ? Ne vaut-il pas mieux que l'homme s'interdise dès l'origine la convoitise des objets défendue, plutôt que de posséder l'objet de ses convoitises.

Mais vous, l'austérité du salut épouvante votre pusillanimité. Les mets délicats flattent notre palais ; nous les préférons à cause de l'attrait naturel que le plaisir a pour nous, tandis que les aliments amers, quoiqu'ils révoltent les sens, entretiennent ou rétablissent la santé. Il y a mieux ; l'âpreté des remèdes fortifie souvent un estomac débile. Il en va de même de la coutume. Elle caresse et chatouille par une douceur apparente; mais elle conduit à l'abîme; la vérité, au contraire, nous emporte vers les cieux. Raide et austère au début, elle n'en est pas moins la meilleure nourrice de la jeunesse; tantôt gynécée recommandable par la gravité des mœurs ; tantôt sénat consacré par la sagesse et la prudence. Qu'il soit difficile de l'aborder, ou quelle réside hors de la portée des hommes, ne le croyez pas ; elle est près de nous ; elle habite dans nos maisons, et, comme l'insinue Moïse, l'homme orné de la sagesse est tout entier dans ces trois organes, la main, la bouche, le cœur. Tel est le véritable symbole de la vérité. Pour l'embrasser complètement, il faut le concours de ces trois choses: prudence, action, parole. Mais la foule des plaisirs, en voltigeant autour de mon imagination, m'écartera de la sagesse, dites-vous. Ne craignez rien. Vous passerez sans qu'il vous en coûte, et avec le regard du dédain, à côté des frivolités de la coutume, à peu près comme le jeune homme brise les hochets qui ont diverti son enfance.

(110) Au reste, la puissance divine, en brillant sur l'univers avec une incroyable rapidité et une bienveillance qui ouvre à tous un libre accès, a rempli le monde de la semence du salut. Non, ce n'est pas sans le concours d'une éternelle Providence qu'a été accomplie par le Seigneur, dans un si court intervalle de temps, une si prodigieuse révolution ; par le Seigneur, méprisé en apparence, mais adoré de fait, expiateur, sauveur, miséricordieux, Verbe divin, Dieu véritable sans aucun doute, égal au maître de l'univers, parce qu'il était son fils et que « le Verbe était en Dieu. » La prédication proclame-t-elle sa doctrine, la foi l'accueille; s'incarne-t-il pour revêtir la forme de la créature et jouer sur la scène de notre monde le rôle de l'humanité, la foi reconnaît encore à travers ces voiles obscurs l'athlète qui combat légitimement, et qui aide sa créature dans ce duel terrible. Né de la volonté elle-même du Père, et descendu parmi tous les hommes avec une diffusion plus rapide que celle des rayons solaires, il fit aisément resplendir sur le monde le flambeau de la connaissance divine. D'où venait-il? qui était-il? Il le manifesta par sa doctrine et par ses mi-rades. Il est le médiateur entre Dieu et l'homme, le pacificateur universel, le Sauveur du genre humain, le Verbe sacré, la fontaine d'où jaillissent la vie et la paix, la source qui s'épanche sur toute la terre, et, pour le dire en un mot, la source par laquelle a été produite l'universalité des êtres, vaste océan de biens.

(112) Puisque le Verbe en personne est descendu parmi nous, qu'avons nous besoin désormais de fréquenter les écoles des philosophes? Pourquoi visiter encore Athènes, la Grèce et l'Ionie, pour interroger laborieusement leur science? Si nous voulons prendre pour maître celui qui a rempli l'univers par les merveilles de la puissance, de la création, du salut, de la grâce, de la législation, de la prophétie et de la doctrine, nous reconnaîtrons qu'il n'est pas une seule doctrine qu'il ne communique, et le Verbe a fait de l'univers un sanctuaire qui parle aussi éloquemment qu'Athènes et les écoles les pins vantées de la Grèce. Pour vous qui, ajoutant foi aux mensonges de la fable, vous persuadez que le Crétois Minos s'entretint familièrement avec Jupiter, vous sera-t-il si difficile de croire que les Chrétiens, en devenant les disciples de Dieu, sont les dépositaires de la véritable sagesse, de celle que les philosophes les plus illustres n'ont fait que bégayer en termes obscurs, tandis que les disciples du Christ l'ont recueillie et prêchée à la terre? Dans le Christ d'ailleurs, point de division ni de partage, si je puis ainsi parler. Il n'est ni Barbare, « ni juif, ni grec, ni homme, ni femme. » Il est l'homme nouveau, transformé par le saint esprit de Dieu.

(113) De plus, les autres conseils ou préceptes manquent de portée et ne traitent que des questions particulières. Faut-il s'engager dans les liens du mariage? Doit-on se mêler d'administration publique ? Est-il bon d'engendrer des enfants ? Tels sont les points qu'ils débattent. Il n'en est pas de même de la doctrine qui conseille la piété. Seule universelle, elle seule embrasse l'ensemble et le plan de la vie qu'elle dirige en toute circonstance jusqu'à son dernier moment. Si nous la prenons pour guide, la vie éternelle ne nous fera pas défaut: « La philosophie, selon le langage dès anciens, est une admonition permanente qui concilie l'éternel amour de la sagesse ; mais le précepte du Seigneur illumine les yeux de l'homme. » Recevez donc le Christ, recevez le Sens de la vue : recevez la lumière,

« Afin de connaître complètement Dieu et l'homme. »

« Le Verbe qui nous éclaire est plus doux que l'or, plus précieux que les pierreries, plus désirable que le miel le plus délicieux. » Et comment ne serait-il pas désirable, celui qui a produit au grand jour l'intelligence humaine ensevelie jusque-là dans les ténèbres, et qui a aiguisé le regard de l'âme, où se reflètent ses rayons? De même que si le soleil voilait sa lumière, tous les autres astres disparaîtraient dans une nuit éternelle, de même, sans le bienfait de la révélation et de la lumière du Verbe, qui est venue nous Inonder, il n'y aurait aucune différence entre nous et lés animaux, victimes engraissées dans les ténèbres, pour être bientôt la pâture de la mort. Recevons donc la lumière afin de recevoir Dieu .en même temps. Recevons là lumière, et devenons les disciples du Seigneur. N'a-t-il pas fait cette promesse à son père : « Je raconterai votre nom à mes frères, je publierai vos louanges au milieu de leur assemblée ? » Verbe éternel, racontez-moi, je vous en conjure, le nom de Dieu, votre père; publiez ses louanges. Vos enseignements communiquent le salut ; votre cantique m'apprendra qu'en cherchant Dieu je me suis égaré jusqu'ici. Mais, ô Seigneur, quand vous me prenez par la main pont me conduire à la lumière, lorsque je trouve Dieu par votre assistance et que je reçois de vous la connaissance du Père, je deviens votre cohéritier, puisque vous n'avez pas rougi de m'avoir pour frère.

(114) Secouons donc, il en est ternes, cette apathique léthargie; écartons les ténèbres qui, placées devant nos yeux comme un nuage, nous interceptent les splendeurs de la vérité ; contemplons le Dieu véritable, mais auparavant adressons-lui cette respectueuse acclamation : « Salut, ô lumière descendue des hauteurs du ciel pour briller aux yeux des hommes plongés dans les ténèbres et enfermés dans les ombres de la mort, lumière plus pure que celle du soleil, plus agréable que toutes les douceurs de la vie présente ! » Cette lumière n'est rien moins que la vie éternelle, et quiconque y participe possède la vie. La nuit fuit la clarté des cieux, et, se cachant de frayeur devant le jour du Seigneur, loi cède l'empire. Partout est répandue la lumière indéfectible, et l'Occident croit enfin à l'Orient. Voilà le prodige que signifiait la création nouvelle. En effet, le soleil de justice dont le char parcourt l'univers visite également tout le genre humain, à l'exemple de son Père, « qui fait lever son soleil sur tous les hommes indistinctement, » et répand sur chacun d'eux la rosée de la vérité. Le Verbe a transporté l'Occident au Levant ; en clouant la mort à sa propre croix, il l'a montrée transformée en la vie ; divin agriculteur, il a suspendu au firmament l'homme arraché par lui au trépas ; il échangé la corruption en incorruptibilité, et, sous sa main, la terre est devenue le ciel. Comment a-t-il accompli cette rénovation ? « En annonçant la félicité ; en excitant les peuples à l'œuvre par excellence; en rappelant à leur mémoire quelle est la vie véritable; » en nous investissant du magnifique et divin héritage que nulle violence ne peut enlever ; en élevant l'homme jusqu'à Dieu par la céleste doctrine; «en donnant à l'intelligence humaine des lois qu'il a gravées dans notre cœur. » De quelles lois l'apôtre entend-il parler ? Les voici: « Tous connaîtront Dieu, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. Je serai un Dieu propice, dit le Seigneur, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés. »

(115) - Adoptons les lois qui portent la vie en elles; Dieu nous presse, obéissons; connaissons-le, afin qu'il nous soit propice. Rendons-lui, quoiqu'il n'ait pas besoin de notre salaire, une âme bien purifiée, je veux dire un culte de piété, qui soit comme le loyer que lui offre notre reconnaissance pour le domicile de la terre.

« Renvoyons-lui de l'or pour de l'airain, de riches hécatombes pour quelques victimes. »

Regardez ! pouvait-il vous livrer la terre à un prix moins élevé? Il vous accorde, en outre, l'eau pour vous servir de boisson, la mer et les fleuves pour naviguer, l'air pour respirer, le feu pour aider l'industrie humaine, le monde pour être votre habitation. Est-ce tout? Il vous permet d'envoyer de la terre des colonies dans le ciel. Encore un coup, pour des bienfaits si multipliés et des créations si diverses, quel modique retour il vous demande ! Les malades qui croient à la puissance de la magie reçoivent avec respect des amulettes qu'ils attachent à leur cou, et des enchantements qu'ils estiment salutaires. Pour vous, vous dédaignez même de suspendre à vos poitrines le Verbe céleste, notre Sauveur ; et, Incrédules aux enchantements divins, vous ne voulez pas vous affranchir des passions, qui sont les maladies de l'âme, ni du péché, qui est la mort éternelle. Hommes, chez lesquels le sentiment et la vue sont émoussés, vous vivez dans les ténèbres, pareils à ces animaux qui se creusent des demeures souterraines, sans autre souci que votre nourriture, et environnés de corruption. Mais il y a une vérité qui vous crie : « La lumière sortira des ténèbres. » Que la lumière resplendisse donc enfin dans la partie secrète de l'homme, je veux dire dans son cœur ; oui, que les rayons de la science se lèvent et illuminent de tout leur éclat l'homme intérieur, le disciple de la lumière, l'ami du Christ, et son cohéritier, surtout quand le nom auguste et vénérable d'un père compatissant, qui n'impose à ses enfants que des obligations douces et salutaires, sera parvenu à la connaissance d'un fils bon et religieux. Qui se laisse diriger par lui excelle en toutes choses; il marche à la suite du Très-Haut, il obéit au Père, il reconnaît son égarement, il aime Dieu, il chérit le prochain, il accomplit le précepte, il a droit à la récompense, il la revendique hautement.

(116) Le dessein éternel de Dieu, c'est de sauver le genre humain : voilà pourquoi le Dieu de la miséricorde lui a envoyé le bon pasteur. Le Verbe, ayant dévoilé la vérité, manifesta aux hommes les mystères du salut, afin qu'ils se sauvassent par le repentir, on qu'ils fussent condamnés par le jugement, s'ils refusaient de se soumettre. La voilà, cette prédication de la justice, bonne nouvelle pour les cœurs dociles, sentence de mort pour les rebelles. Et quoi ! la trompette des combats rassemblera ses légions et proclamera la guerre; et le Christ, qui entonne jusqu'aux dernières limites du monde le cantique de la paix, n'aura pas le droit de rassembler sa pacifique milice ? Il n'en est rien, ô homme ! Il a convoqué sous ses drapeaux, par la voix de son sang et de sa doctrine, les paisibles combattants auxquels il a ouvert le royaume des cieux. La trompette de Jésus-Christ, c'est son évangile. La trompette sacrée a retenti, nos oreilles se sont ouvertes à ses accents. Revêtons donc les armes de la paix : « Prenons la cuirasse de la justice, le bouclier de la foi, le casque du salut, et l'épée spirituelle, qui est le glaive de Dieu. » C'est ainsi que l'apôtre nous prépare à de généreux combats. Telles sont nos armes, impénétrables à tous les coups. Protégés par elles, marchons intrépidement contre l'ennemi, éteignant les traits enflammés de l'esprit malin par les flèches que le Verbe a trempées dans l'eau réparatrice, répondant aux bienfaits sacrés par le cantique de la reconnaissance, et honorant le maître de l'univers par son Verbe divin. Il vous a promis soa assistance. « Vous achèverez à peine de m'invoquer, dit-il lui-même, que je vous crierai : Me voici ! »

(117) Ô sainte et bienheureuse puissance par laquelle Dieu habite avec les hommes Il faut donc tout à la fois imiter et adorer la meilleure comme la plus noble des natures. Or, on ne peut imiter Dieu qu'en l'honorant par la sainteté ; on ne peut l'honorer qu'en l'imitant. Par conséquent, le céleste et divin amour ne s'attache véritablement aux hommes que quand la beauté réelle, excitée par le Verbe divin, a resplendi dans une âme. Mais voilà le point capital. Le salut marche du même pas que la volonté sincère; la vie éternelle et la libre détermination s'enchaînent, pour ainsi parler, dans des nœuds indissolubles. Point d'autre exhortation à la vérité que celle qui, semblable à l'ami le plus tendre, veille à nos côtés jusqu'à notre dernier soupir, et qui, compagne toujours fidèle, escorte l'âme alors qu'elle remonte pure et entière vers la céleste patrie.

Dans quel but vous exhorte-je, sinon pour que vous obteniez le salut? Le Christ n'a pas d'autre vœu. Pour tout dire, en un mot, il vous accorde la vie. Mais quel est ce Christ? Je vous l'apprendrai en peu de mots; il est le Verbe de la vérité, le Verbe de l'incorruplibilité; il régénère l'homme en le ramenant à la vérité, il est l'aiguillon du salut; c'est lui qui chasse la corruption, c'est lui qui bannit la mort, c'est lui qui a bâti dans l'homme un sanctuaire vivant pour y ériger Dieu. Purifiez ce temple de tout votre pouvoir ; abandonnez au vent et à la flamme les plaisirs et la mollesse, comme des fleurs périssables. Cultivez prudemment, au contraire, les fruits de la tempérance ; consacrez-vous vous- même à Dieu comme les prémices de la moisson, afin que tout soit à lui, le bienfait et la reconnaissance du bienfait. Il convient au disciple du Christ de paraître digne du trône et d'en avoir été jugé digne en effet.

(118) Fuyons la coutume, fuyons-la comme le nautonier évite un promontoire fécond en naufrages, comme il se dérobe aux menaces de Charybde, ou bien aux séductions des mensongères sirènes. La coutume ! elle étouffe l'homme dans ses bras; elle le détourne de la vérité; elle le pousse hors des, chemins de la vie. De quel nom appeler ce fléau? filet captieux, crible de la perdition, fosse où tombe l'Imprudent, gouffre où tout va s'engloutir.

« Poussez votre navire loin de cette fumée et par-delà ces vagues mugissantes. »

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