Épître aux Corinthiens (page 2)

Clément de Rome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org pageid:1306017 — Les Pères de l'Église/Tome 1/Épître aux Corinthiens (saint Clément), Genoude 1837 · 9 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)

Voyons de quel prix il est devant Dieu, ce sang qui fut versé pour notre salut et qui offrit au monde entier sa réconciliation par la pénitence.

Si nous remontons la suite de toutes les générations, nous verrons que Dieu, dans tous les âges, a ménagé ce moyen de salut à tous les hommes.

Noé prêche la pénitence, et les hommes dociles à sa voix sont sauvés.

Jonas vient annoncer aux Ninivites une ruine entière ; mais ceux-ci font pénitence, appaisent Dieu par leurs prières, et trouvent grâce devant lui, bien qu’ils ne fussent pas de son peuple.

Les ministres des grâces divines ont parlé de la pénitence d’après l’Esprit saint, et c’est ainsi que le souverain maître en parle lui-même avec serment :

« Je possède la vie, dit le Seigneur ; je ne veux pas la mort de l’homme pécheur, mais son repentir. »

Il ajoute ensuite ces touchantes paroles : « Repentez-vous de votre iniquité, maison d’Israël. Dites aux enfants de mon peuple : Vos péchés, formeraient-ils une chaîne non interrompue de la terre au ciel, seraient-ils plus rouges que l’écarlate, plus noirs que les vêtements de deuil, tournez-vous vers moi de tout votre cœur, écriez-vous : Mon père ! et je vous écouterai comme si vous étiez un peuple saint.

« Ô Sion ! si tu veux écouter ma voix, tu jouiras des fruits de la terre ; mais si tu refuses de m’entendre, le glaive te dévorera, car c’est le Seigneur qui a parlé. »

Comme il voulait que tous eussent part au salut attaché à la pénitence, il les a affermis par sa volonté toute-puissante.

Obéissons à cette volonté sainte qui nous comble de biens et d’honneurs ; implorons humblement la clémence de notre Dieu ; renonçons aux œuvres vaines, à l’esprit de contention et de jalousie qui mène à la mort, pour recourir désormais à la miséricorde divine.

Que nos regards se reportent toujours sur ces hommes qui n’ont jamais cessé de travailler à la gloire du Très-Haut et de publier sa grandeur.

Voyez Énoch, que son obéissance a fait trouver juste devant le Seigneur, et qui fut transporté dans le ciel sans laisser sur la terre aucune trace de sa mort.

Noé, reconnu fidèle, fut chargé d’annoncer au monde une génération nouvelle. Par lui, Dieu conserva et maintint en paix les animaux introduits dans l’arche.

Abraham, appelé l’ami de Dieu, prouva sa fidélité par sa soumission à ses ordres. L’obéissance lui fit quitter pays, parents, maison paternelle ; et, en échange de cette petite contrée, de cette famille peu nombreuse, de cette maison sans éclat qu’il abandonnait, il obtint l’héritage des promesses divines.

Car c’est ainsi que Dieu lui parle : « Sors de ta terre et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai ; et je t’établirai sur une grande nation. »

Et lorsque Abraham se fut séparé de Loth, Dieu lui dit de nouveau :

« Lève les yeux, et regarde du lieu où tu es maintenant vers l’Aquilon et le Midi, vers l’Orient et l’Occident. Toute la terre que tu vois, je te la donnerai et à ta postérité pour toujours ; et je multiplierai ta race comme la poussière de la terre. Si quelqu’un d’entre les hommes peut compter les grains de sable, il pourra compter aussi la suite de tes descendants. »

Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice.

En récompense de cette foi et de l’hospitalité qu’il aimait à exercer, un fils lui fut donné dans sa vieillesse, et il porta l’obéissance jusqu’à l’offrir à Dieu sur une des montagnes que le Seigneur lui avait indiquées.

La piété de Loth et son zèle hospitalier le sauvèrent de Sodome, lorsque tout le pays d’alentour fut condamné à périr par le souffre et par le feu.

Dieu montrait qu’il n’abandonne jamais ceux qui placent en lui leur confiance ; tandis que ceux qui s’égarent dans une voie contraire éprouvent sa justice par des châtiments et des supplices.

La femme de Loth, sortie de Sodome avec lui, dans des sentiments si différents et si éloignés des siens, devint un exemple de cette justice, puisqu’elle fut changée en une statue de sel, qui subsiste encore aujourd’hui.

Et par là Dieu voulait nous apprendre que ceux qui manquent de foi et doutent de sa puissance restent, pour les âges à venir, comme une preuve sensible de la sévérité de ses jugements.

La courtisane Rahab fut aussi sauvée, grâce à sa foi et à l’hospitalité qu’elle exerça.

Josué, fils de Nun, avait envoyé des espions à Jéricho ; le roi de cette contrée sut qu’ils étaient venus pour reconnaître le pays, et aussitôt il fit partir des hommes chargés de les arrêter et de les mettre à mort.

Rahab, qui était hospitalière, les reçut chez elle et les cacha sur sa terrasse, sous le lin qui s’y trouvait. Les envoyés du roi se présentèrent et lui dirent : « Chez toi sont entrés des hommes qui viennent reconnaître le pays. Montre-les ; le roi l’ordonne.

« Les deux hommes que vous cherchez, répondit-elle, sont entrés chez moi, il est vrai, mais ils sont sortis tout aussitôt et continuent leur route. » Elle ne leur découvrit point les espions, et elle dit à ceux-ci : « Je sais que le Seigneur vous a livré cette ville ; l’effroi, l’épouvante se sont répandus sur tous les habitants : quand vous en serez les maîtres, sauvez-moi, ainsi que la maison de mon père. »

Ils lui répondirent : « Tout doit arriver ainsi que vous l’avez dit.

« Quand on viendra vous annoncer notre approche, vous rassemblerez tous les vôtres dans cette maison, et ils seront sauvés ; mais tous ceux qu’on trouvera dehors périront. »

Ils lui recommandèrent encore, pour qu’il leur fût facile de reconnaître la maison, de laisser pendre du toit un ruban d’écarlate : montrant par là que le sang de Jésus-Christ serait un gage de rédemption pour tous ceux qui croient et qui espèrent en Dieu.

Vous voyez, mes frères, que cette femme n’avait pas seulement la foi, mais encore le don de prophétie.

Soyons humbles, mes frères, renonçons à tout ce qui est orgueil, faste, déraison, colère. Observons ce qui est écrit. Que nous dit l’Esprit saint ? Que le sage ne se glorifie pas dans sa sagesse, ni le fort dans sa force, ni le riche dans son opulence ; que celui qui se glorifie le fasse dans le Seigneur : qu’il ne recherche que lui ; qu’il pratique la justice et l’équité.

Rappelons-nous surtout les paroles par lesquelles le Seigneur Jésus nous recommande la douceur et la patience : « Soyez, dit-il, miséricordieux, si vous voulez obtenir miséricorde ; remettez, et on vous remettra ; ainsi que vous agirez, on agira envers vous ; on vous donnera comme vous donnerez ; vous serez jugés ainsi que vous aurez jugé ; on aura pour vous l’indulgence que vous aurez pour les autres, la mesure dont vous aurez usé à leur égard servira envers vous. »

Affermissons-nous de plus en plus dans la pratique de ces préceptes. Soyons fidèles observateurs des divins oracles, et n’ayons jamais que d’humbles sentiments de nous-mêmes.

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