Épître aux Corinthiens (page 3)

Clément de Rome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org pageid:1306017 — Les Pères de l'Église/Tome 1/Épître aux Corinthiens (saint Clément), Genoude 1837 · 9 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)

Car Dieu dit encore dans les saintes Écritures : « Sur qui arrêterai-je mes regards, sinon sur l’homme doux, paisible, tremblant à ma voix ? »

La justice, la piété, nous font un devoir d’obéir à ce Dieu plutôt que de suivre, dans les voies de l’orgueil et de la rébellion, ceux qui ont donné l’exemple d’une détestable jalousie.

C’est s’exposer non à une perte légère, mais au plus grand péril, que de céder aveuglément à l’impulsion de ces hommes qui poussent aux querelles et aux discordes pour nous écarter du droit chemin.

Usons de bienveillance les uns à l’égard des autres, prenant pour modèle la douceur et la bonté de celui dont nous tenons la vie. Car il est écrit : « Les bons habiteront la terre ; les justes s’y affermiront, mais les méchants en seront retranchés à jamais. »

Il est dit ailleurs : « J’ai vu l’impie au plus haut degré d’élévation ; il égalait en hauteur les cèdres du Liban. J’ai passé, et déjà il n’était plus. J’ai cherché sa place, je ne l’ai pas trouvée. Gardez l’innocence, aimez la justice. De grands biens sont tenus en réserve pour l’homme pacifique. »

Attachons-nous étroitement à ceux qui fondent la paix sur la piété, et non à ces hommes qui veulent une paix fausse et mensongère.

C’est d’eux qu’il est dit : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

Et ailleurs : « Ils me flattaient des lèvres, ils me maudissaient dans le cœur. »

Et dans un autre endroit : « Ils l’aimaient seulement de bouche, leur langue mentait au Seigneur ; mais leur cœur n’était pas droit devant lui. Ils n’ont point été fidèles à son alliance. Que les lèvres trompeuses deviennent muettes ! Dieu confondra la bouche qui trompe et la langue qui se glorifie. Ils ont dit : Nous glorifierons notre parole ; nos lèvres sont à nous, et quel est donc notre maître ? À cause de la désolation des opprimés et du gémissement des pauvres, je me lèverai, dit le Seigneur ; je les placerai en lieu sûr, et je serai fidèle à ma parole. »

Jésus-Christ est avec l’homme qui pense humblement de lui-même, et non avec ceux qui élèvent au-dessus de son troupeau une tête orgueilleuse.

Jésus-Christ, notre Seigneur, le sceptre de la majesté divine, malgré sa puissance, est-il venu au monde en étalant le faste et l’orgueil ? N’est-il pas venu, au contraire, dans l’humilité, ainsi que l’Esprit saint l’avait annoncé ? « Seigneur, s’écrie-t-il, qui croira à votre parole ? Pour qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Il s’élèvera en la présence de Dieu comme un arbrisseau, comme un rejeton qui sort d’une terre aride. Il n’a ni éclat, ni beauté ; nous l’avons vu, il était méconnaissable ; méprisé, le dernier des hommes, homme de douleurs, il est familiarisé avec la misère ; son visage était obscurci par les opprobres et par l’ignominie, et nous l’avons compté pour rien. Il a vraiment porté lui-même nos infirmités ; il s’est chargé de nos douleurs. Oui, nous l’avons vu comme un lépreux, frappé de Dieu et humilié. Il a été blessé lui-même à cause de nos iniquités ; il a été brisé pour nos crimes ; le châtiment qui doit nous procurer la paix s’est appesanti sur lui ; nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous sommes tous égarés comme des brebis ; chacun de nous suivait sa voie, et le Seigneur a fait tomber sur lui l’iniquité de tous. Au milieu des douleurs, il n’a point ouvert la bouche ; il a été à la mort comme un agneau ; il est demeuré comme une brebis devant celui qui la tond ; il est mort au milieu des humiliations après un jugement. Qui racontera sa génération ? Il a été retranché de la terre des vivants. Je l’ai frappé pour les crimes de mon peuple. »

Et dans un autre endroit, Jésus-Christ parle ainsi lui-même : « Pour moi, je suis un ver de terre et non un homme. Je suis l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. Tous ceux qui me voient m’insultent ; le mépris sur les lèvres, ils ont secoué la tête en disant : Il a mis son espoir en Dieu ; que Dieu le délivre ; que Dieu le sauve, puisqu’il se plaît en lui. »

Vous voyez, mes chers frères, le modèle qui nous a été donné. Si le souverain maître s’est abaissé à ce degré d’humilité, que ferons-nous donc, nous qui devons tout à sa grâce, nous qui sommes placés sous le joug de sa miséricorde ?

Retraçons en nous l’humilité de ces hommes qu’on voyait couverts de peaux de chèvres et de brebis, allant partout prêcher l’avénement de Jésus-Christ. Nous voulons parler ici des prophètes Élie, Élisée, d’Ézéchiel, et de tant d’autres qui ont mérité d’être loués par l’Esprit saint dans les divines Écritures.

C’est là qu’Abraham est honoré du plus glorieux témoignage : il est appelé l’ami de Dieu. Mais lui, uniquement occupé de la gloire du Seigneur, s’humilie en s’écriant : « Je ne suis que cendre et poussière ! »

Il est ainsi parlé de Job : « Simple et droit, il craignait le Seigneur et fuyait le mal. » Pour lui, s’accusant lui-même, il dit : « Personne n’est sans souillure, sa vie ne fût-elle que d’un jour. »

Et Moïse, trouvé fidèle dans tout ce qui regardait le service du Seigneur, Moïse, dont Dieu employa le ministère pour dérober Israël aux coups et aux outrages qui l’accablaient, est loin de parler magnifiquement de lui-même au milieu des honneurs qui l’entourent. Lorsque, du sein d’un buisson, la voix de Dieu lui parle, il s’écrie : « Qui suis-je, pour que vous m’interrogiez ? Ma voix est faible, ma langue est embarrassée. » Et ailleurs : « Je ne suis qu’une légère vapeur qui s’élève d’un vase. »

Mais que dirons-nous de David, honoré du plus glorieux suffrage, celui de Dieu même, qui lui parle en ces termes : Enfin, j’ai trouvé un homme selon mon cœur ; c’est David, fils de Jessé. Je l’ai sacré avec l’huile sainte. » Et David, parlant au Seigneur, lui dit : « Ô mon Dieu ayez pitié de moi, selon la grandeur de vos miséricordes ; lavez-moi de plus en plus de mes souillures ; effacez mon iniquité ! J’ai péché contre vous, contre vous seul, et j’ai fait le mal en votre présence ; j’ai été conçu dans l’iniquité ; ma mère m’a conçu dans le péché. »

3o Amour que Dieu manifeste pour la paix ; dispositions qu’il demande pour la faire régner.

C’est l’humilité de ces hommes si grands et si honorés, c’est leur respect pour l’obéissance, qui nous a rendus meilleurs, ainsi que tous les âges précédents et tous les hommes qui ont reçu les divins oracles avec droiture et avec crainte.

Instruits par tant d’illustres et de glorieux exemples, revenons à cette paix que nous goûtions autrefois ; portons sans cesse nos regards vers notre père, l’auteur de tout ce qui existe. Attachons-nous à cette paix qu’il nous a apportée, ce don par excellence, ce bienfait qui surpasse tous les autres.

Contemplons Dieu par la pensée, considérons des yeux de l’esprit sa volonté toujours amie de la paix ; voyons comme cet amour se manifeste dans toutes ses œuvres.

Les cieux, mis en mouvement par sa main puissante, lui restent paisiblement soumis.

Le jour et la nuit fournissent la carrière qu’il leur a prescrite, et jamais ne se nuisent l’un à l’autre.

Le soleil, la lune, les chœurs des astres, décrivent selon ses ordres, dans une harmonie parfaite, sans la plus légère déviation, les orbites qui leur furent tracés.

La terre, toujours féconde, produit dans chaque saison, d’après sa volonté, une nourriture abondante pour l’homme et pour tous les animaux, sans résistance de sa part, sans le moindre changement aux lois qu’elle a reçues.

Les abîmes qu’on ne peut pénétrer, les profondeurs de la terre qu’on ne peut dévoiler, respectent également ses ordres.

La masse profonde de la mer immense, d’après la disposition du Créateur, s’enfle, s’élève en montagne, et ne franchit point les barrières placées autour d’elle : tel est l’ordre qu’elle a reçu ; elle l’exécute.

Car le Seigneur lui a dit :

« Tu viendras seulement jusque là ; et là se brisera l’orgueil de tes flots. »

L’Océan, d’une profondeur impénétrable, et les mondes semés au delà de l’Océan[3], sont gouvernés par les mêmes lois.

Les diverses saisons, le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, se succèdent paisiblement l’une à l’autre.

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