Épître aux Corinthiens (page 9)
ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)
Judith, voyant sa ville assiégée, demande aux anciens du peuple qu’il lui soit permis de passer dans le camp ennemi. Elle sortit donc, s’offrant au péril pour sa patrie et pour son peuple assiégé ; et Dieu livra au bras d’une femme le puissant Holopherne.
Esther, dont la foi fut si vive, ne s’exposa pas à un moindre danger pour sauver les douze tribus condamnées à périr. Elle pria, dans le jeûne et le cilice, l’auteur et le souverain maître de toutes choses, le Dieu des siècles ; et ce Dieu, voyant l’humilité de son cœur, sauva le peuple, à cause du péril qu’elle avait osé affronter.
Et nous aussi prions pour ceux qui sont tombés dans l’égarement ; demandons pour eux l’humilité et la modération ; qu’ils obéissent ici, non à l’homme, mais à la volonté de Dieu. À l’aide de la miséricorde divine, le sentiment de leurs fautes leur deviendra devant Dieu et devant les saints une source de grâces et de mérites. Recevez, ô mes frères, cette correction fraternelle, qu’il est si rare de mal recevoir.
Ces avis, que nous nous donnons mutuellement, sont assurément ce qu’il y a de meilleur et de plus salutaire. Ils nous rattachent à la volonté divine, et à ce sujet l’Écriture-Sainte nous dit :
« Le Seigneur m’a repris avec sévérité, mais aussi il n’a pas laissé mon âme en proie à la mort ; le Seigneur reprend celui qu’il aime, il châtie l’enfant qu’il protége. Que le juste me reprenne et me corrige dans sa miséricorde, et que l’huile des pécheurs ne couvre point ma tête. » Et ailleurs : « Heureux l’homme que Dieu corrige lui-même et qui ne repousse point la réprimande du Tout-Puissant ! Si Dieu cause un moment de douleur, il présente aussitôt le remède ; il blesse et sa main guérit. Six fois il t’arrachera aux tribulations, et à la septième le mal ne t’atteindra plus ; dans la famine, il te préservera de la mort ; dans les combats, du tranchant du glaive ; tu échapperas aux traits d’une méchante langue, et tu ne craindras plus le mal quand il surviendra ; tu riras des vains efforts de l’injustice et de l’iniquité, et tu ne redouteras point les bêtes sauvages, car elles s’adouciront pour toi ; tu verras la paix régner sous ta tente, et celle-ci ne sera jamais ébranlée ; tu verras ta race se multiplier, et tes enfants croître comme l’herbe des prairies ; tu entreras au tombeau comme un blé mûr que l’on moissonne en son temps, ou comme les gerbes apportées à l’autel au temps de la moisson. »
Vous voyez, mes frères, que, tout en nous châtiant, Dieu nous aime ; et comme le châtiment de sa part est tout miséricordieux, il veut, dans les coups salutaires dont il nous frappe, nous faire trouver d’utiles leçons.
Vous donc qui avez jeté les premières semences de division, soumettez-vous aux prêtres et recevez la correction fraternelle dans un véritable esprit de pénitence.
Fléchissez l’orgueil de vos cœurs, apprenez à vous soumettre, quittez cette jactance de paroles si vaines et si superbes. Ne vaut-il pas mieux être petit et recommandable dans le troupeau de Jésus-Christ, que de se voir dépossédé de ses espérances par une trop haute opinion de soi-même ? Car voici ce que dit le livre nommé Panarêtos, c’est-à-dire qui renferme tous les préceptes de la vertu : « Je vous ferai entendre le langage de mon esprit, je vous enseignerai ma parole. Parce que je vous ai appelés et que vous ne m’avez pas obéi, parce que je prolongeais au loin ma voix, et que vous n’avez pas été attentifs ; parce que vous avez rendu inutiles mes conseils, et que vous avez été rebelles à mes réprimandes, moi, je me rirai à mon tour de votre ruine ; je me réjouirai lorsqu’arrivera votre perte, quand la terreur viendra soudain, quand la ruine fondra sur vous comme une tempête, quand se précipiteront la détresse et l’angoisse : alors vous m’invoquerez et je ne vous écouterai pas ; les méchants me chercheront et ne me trouveront point, parce qu’ils ont haï la sagesse et qu’ils n’ont pas embrassé la crainte du Seigneur, parce qu’ils n’ont pas voulu prêter attention à mes conseils et qu’ils se riaient de mes réprimandes ; alors ils mangeront le fruit de leurs crimes, ils seront rassasiés de leur impiété. »
Que Dieu qui voit tout, qui commande aux esprits, qui règne sur toute chair, qui a choisi notre Seigneur Jésus-Christ, et vous par lui, pour être son peuple privilégié, donne à toute âme qui invoque son saint et glorieux nom la foi, la crainte, la paix, la patience, la modération, la continence, la pureté, la tempérance, pour qu’elle lui soit agréable par Jésus-Christ, notre pontife suprême, notre puissant protecteur, et qu’à lui soient rendus gloire, majesté, puissance, honneur, maintenant et dans tous les siècles des siècles.
Rendus à la paix et à la joie, faites repartir promptement les députés que nous vous avons envoyés, Claudius, Éphébus, Viton, Valère, Testunatus, afin qu’ils nous apportent au plus tôt l’heureuse nouvelle du rétablissement de l’union et de la concorde que nous désirons si ardemment, et que nous puissions, sans le moindre retard, nous réjouir du retour de la tranquillité parmi vous.
Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous et avec ceux qui sont sur toute la terre les élus de Dieu en Jésus-Christ, par lequel gloire, honneur, puissance, règne éternel advienne à ce Dieu dans les siècles des siècles.
↑ Qui reconnaîtrait, dans cette description de l’Église de Corinthe, les mœurs de cette ville naguère si dissolue et maintenant tout angélique ? Qu’on rapproche saint Clément de tout ce qui s’écrivait alors, et l’on jugera de quel abîme de corruption Jésus-Christ a retiré le genre humain. On voit les mœurs de ce siècle dans Horace, dans Juvénal, dans Martial, dans Pétrone. Les infamies dont ces auteurs sont remplis se disaient et s’écrivaient publiquement, parce que l’on ne se cachait pas pour les commettre. Il semble que la Providence ait conservé tous ces livres, d’ailleurs si pernicieux, pour que l’on comprenne mieux le bienfait du Christianisme. On voit les mêmes abominations dans Suétone, dans les auteurs de l’histoire d’Auguste qui décrivent les deux siècles suivants, dans Lucien, dans Apulée, dans Athénée. Les Pères mêmes de l’Église ont été obligés d’en parler assez ouvertement, entr’autres saint Justin, saint Clément d’Alexandrie, Tertullien.
↑ Saint Clément parle de saint Pierre, de saint Paul et de leurs disciples. Ainsi s’est fondée la tradition apostolique, et il est impossible d’y refuser son assentiment. Auprès de saint Pierre étaient saint Marc qu’il nomma son fils, saint Clément dont nous lisons l’épître, saint Évode, qui lui succéda à Antioche, saint Lin et saint Clin, qui lui succédèrent à Rome. Auprès de saint Paul étaient saint Luc, saint Tite, saint Timothée et encore saint Clément, pape. Auprès de l’apôtre saint Jean se trouvent saint Polycarpe et saint Papias. Ces saints s’appliquaient à retenir la doctrine des apôtres dans leur mémoire plutôt que dans des écrits, et l’enseignaient par la pratique et par les discours. C’est ainsi qu’en imitant leurs maîtres ils se rendaient eux-mêmes les modèles des fidèles. Et voilà la tradition plus propre à perpétuer une doctrine que l’Écriture, de l’aveu même des philosophes qui ont tant écrit !
↑ Cette vérité qu’il y a des terres habitées au delà de l’Océan, entrevue par saint Clément, a été confirmée par les découvertes modernes.
↑ Le fait du phénix passait pour vrai au temps de saint Clément. Plutarque, Pline, Tacite, Pomponius Méla, Philostrate, Libanius, Tacite, en ont parlé comme les Pères de l’Église, qui l’ont rappelé souvent comme une image de la résurrection générale.
↑ On voit ici une allusion au grand sacrifice des Chrétiens, au sacrifice non sanglant qui remplaçait tous les sacrifices de la loi.
↑ Le dévoûment de Vincent de Paul a commencé avec l’Église. La charité fraternelle était si bien pratiquée par les premiers Chrétiens, que les païens, en parlant d’eux, se disaient les uns aux autres : « Quelle espèce nouvelle de gens est-ce ceci ? Voyez avec quelle tendresse ils s’aiment. Ils n’ont rien en propre et en particulier ; ce que l’un possède appartient à tous ; leur vie même n’est pas à eux, ils sont prêts, à la sacrifier les uns pour les autres. »