Épître aux Corinthiens (page 8)

Clément de Rome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org pageid:1306017 — Les Pères de l'Église/Tome 1/Épître aux Corinthiens (saint Clément), Genoude 1837 · 9 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)

Rappelons-nous les paroles de notre Seigneur : « Malheur à cet homme ! Il eût mieux valu qu’il ne fût pas né, que d’avoir scandalisé un seul de mes élus ! Il eût mieux valu qu’une meule lui fût attachée au cou et qu’on le jetât ainsi dans la mer, que d’avoir donné un mauvais exemple à un seul de ces petits ! »

Qu’a produit votre division ? Elle en a perdu plusieurs, elle en a jeté un grand nombre dans le doute, et nous tous dans le deuil. Et cependant ce schisme dure encore.

Prenez l’épître que vous avez reçue de l’apôtre saint Paul. Que vous recommandait-il avant toutes choses, lorsqu’il commençait à prêcher l’Évangile ? Certes, c’était bien sous l’inspiration de l’Esprit saint qu’il vous écrivait sur lui-même, sur Céphas, sur Apollon.

Vous étiez alors partagés entre des affections différentes ; mais ce partage de cœur vous laissait moins coupables que cette division ; il venait de votre attachement aux apôtres, d’une vertu si éprouvée, et à des hommes honorés de leur estime.

Mais quels hommes vous divisent aujourd’hui et viennent ternir la gloire de cette union fraternelle si vantée parmi vous ? Voyez-les, ces hommes ! Quelle honte, mes frères, la plus flétrissante, la plus indigne de votre caractère de Chrétiens, qu’on dise que l’Église de Corinthe, si ancienne, si ferme dans la foi, se révolte contre ses prêtres pour une ou deux personnes ! Et ce bruit n’est pas seulement venu jusqu’à nous, mais jusqu’à ceux qui nous sont le plus opposés de cœur et de sentiment : de sorte que, par votre imprudence, le nom du Seigneur est blasphémé et outragé, et que vous vous mettez vous-mêmes en péril.

Faisons promptement disparaître ce scandale ; revenons au Seigneur, pleurons notre égarement ; prions-le de nous rendre sa protection, de se réconcilier avec nous, de nous replacer, de nous rétablir dans la voie si pure, si glorieuse, de notre première union fraternelle.

Elle est la porte même de la justice qui s’ouvre vers la vie, selon ce qui est écrit : « Ouvrez-moi les portes de la justice ; j’y entrerai, je louerai le Seigneur. C’est la porte du Seigneur : par elle les justes iront à lui. »

Heureux ceux qui sont entrés par cette porte, qui n’ont point quitté la voie de la sainteté et de la justice, et sont restés fidèles au devoir sans se laisser intimider !

Quelqu’un parmi vous est-il ainsi fidèle au Seigneur, assez éloquent pour expliquer sa loi, assez habile pour discerner la vraie doctrine, et d’ailleurs pur dans ses mœurs ?

Qu’il soit d’autant plus humble qu’il est plus grand ! Qu’il cherche ce qui est utile à tous et non à lui seul !

Il sera fidèle observateur de ce commandement, s’il est animé de l’esprit de charité selon Jésus-Christ. Et qui peut parler dignement de ce lien de la charité divine ? Qui peut relever, comme il convient, la grandeur de ses avantages ? Le degré d’élévation où elle nous place est au-dessus de toute expression. La charité nous lie étroitement à Dieu ; elle couvre la multitude des péchés ; elle souffre tout, elle supporte tout avec patience ; en elle, rien de bas ni de superbe ; elle ne connaît point les schismes, elle n’allume point de divisions, elle ramène tout à la concorde ; c’est par elle que les élus de Dieu arrivent à la perfection.

Sans la charité rien n’est agréable à Dieu. C’est par un excès de charité que lui-même nous a adoptés.

C’est par son immense charité envers nous que le Christ, soumis à la volonté de son père, a livré son sang pour nous, son corps pour notre corps, sa vie pour la nôtre.

Vous voyez, mes frères, combien sa charité est grande, admirable ; combien le langage est impuissant pour relever son excellence !

Quel homme peut trouver ce trésor, sinon celui que Dieu en a jugé digne ? Demandons-lui surtout la grâce de vivre selon la charité, exempts de reproches, dégagés d’affections terrestres.

Toutes les générations depuis Adam jusqu’à nous se sont écoulées, mais ceux à qui Jésus-Christ a fait la grâce de mourir au sein de la charité vivent à jamais dans le séjour des justes, et leur gloire apparaîtra dans tout son éclat, lors de la visite du Christ, quand il entrera dans son règne.

Car il est écrit : « Va, mon peuple, entre pour un moment dans l’intérieur de ta maison, jusqu’à ce que ma colère et mon indignation soient passées. Alors je me souviendrai du jour favorable ; je vous ferai sortir de vos tombeaux. »

Quel est notre bonheur, mes frères, si nous savons accomplir les préceptes du Seigneur dans un esprit de paix, de concorde et de charité, et par celle-ci mériter la rémission de nos péchés ! Car il est écrit : « Heureux ceux dont les iniquités ont été remises et les péchés couverts ! Heureux l’homme à qui le Seigneur n’a point imputé son péché et dont la langue ne recèle point la fraude ! C’est ici la félicité même accordée aux élus par Jésus-Christ, à qui appartient la gloire dans les siècles des siècles. »

Nous tous, qui avons péché par les secrètes surprises de l’ennemi, demandons grâce. Que les auteurs du schisme consultent l’intérêt de tous. Ceux qui vivent dans la crainte et dans l’amour de Dieu aiment mieux voir tomber le châtiment sur leurs propres têtes que sur celles de leurs frères ; ils préfèrent tourner contre eux-mêmes la sentence de mort, plutôt que de détruire cette belle et sublime harmonie transmise par nos pères. Ne vaut-il pas mieux avouer sa faute, que d’endurcir son cœur, à l’exemple de ceux qui se révoltèrent contre Moïse, ce serviteur de Dieu ?

Leur punition fut éclatante : ils sont descendus vivants au fond de l’abîme ; la mort les a dévorés.

Si Pharaon et son armée, et tous les grands de l’Égypte, ont péri engloutis au fond de la mer Rouge, avec les chars et les cavaliers, n’est-ce point pour avoir endurci leurs cœurs insensés, après tant et de si grands prodiges opérés sur la terre d’Égypte par le serviteur de Dieu, le fidèle Moïse ?

Dieu, qui n’a besoin de rien, ne demande que l’aveu de nos fautes. David, un des élus, s’écrie : « J’avouerai mon péché au Seigneur, et ce sacrifice lui sera plus agréable que celui d’un jeune taureau dont le front et les pieds portent déjà les marques de ses forces naissantes. »

Que les pauvres voient et se réjouissent !

Il dit encore ailleurs : « Présentez à Dieu un sacrifice de louanges ; offrez vos vœux au Très-Haut ; invoquez-moi au jour de l’affliction, et je vous délivrerai ; une âme brisée par le repentir est le sacrifice que demande le Seigneur. »

Vous avez une connaissance pleine et entière des divines Écritures ; vous êtes entrés dans le sens profond des divins oracles ; rappelez-les donc à votre pensée et à votre souvenir.

Lorsque Moïse eut atteint le haut de la montagne, et qu’il eut passé là quarante jours et quarante nuits dans le jeûne et la pénitence, le Seigneur lui dit : « Lève-toi ; descends promptement d’ici, parce que ton peuple, tiré par toi de l’Égypte, a commis l’iniquité ; il a quitté aussitôt la voie que tu lui avais montrée. Tous se sont fait une idole qu’ils ont forgée eux-mêmes. » Et le Seigneur lui dit encore : « Je vois que ce peuple a la tête dure. Laisse-moi l’exterminer ; j’effacerai son nom de dessous le soleil, et je t’établirai sur un peuple grand, nombreux et plus puissant. » Alors Moïse s’écria : « Non, Seigneur ! pardonnez-leur, ou bien effacez-moi du livre des vivants. » Ô prodige de charité, ô perfection que rien ne peut surpasser ! le serviteur parle librement à son maître ; il demande pardon pour son peuple ou veut périr avec lui !

Qui d’entre vous est assez généreux, assez humain, assez compatissant pour s’écrier : Si à cause de moi on se dispute, on se divise, on fait schisme, je cède, je me retire où l’on voudra ; je consens à tout ce que le peuple demande de moi, pourvu que le troupeau de Jésus-Christ, que les prêtres établis pour le gouverner, demeurent dans l’union et dans la paix.

Une gloire immense sera le prix d’une telle conduite ; celui qui saura la tenir est sûr de trouver partout un asile ; car la terre et tout ce qu’elle renferme est au Seigneur.

Telle a été et telle sera toujours la conduite de ceux qui vivent de cette vie toute divine qui ne laisse jamais de repentir. Ne trouvons-nous pas chez les païens eux-mêmes des exemples d’un semblable dévouement ? N’a-t-on pas vu des princes, des rois, pendant les ravages de la peste, s’offrir eux-mêmes à la mort pour sauver la vie de leurs sujets ? N’a-t-on pas vu de généreux citoyens se bannir de leur patrie pour arrêter une sédition ?

On en connaît parmi nous qui ont présenté leurs mains aux chaînes pour en délivrer leurs frères ; d’autres qui se sont réduits en esclavage, et avec le prix de leur liberté ont acheté du pain à leurs frères[6].

Que de femmes, soutenues de la grâce de Jésus-Christ, se sont élevées, par l’héroïsme de leur courage, au-dessus de la faiblesse de leur sexe !

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