Stromates — Livre II (page 11)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates2/21/22/23.htm — trad. de Genoude 1839 · 11 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Sous la terre qui nous recouvre, « les enfants sont un nom qui nous survit. Ainsi, les morceaux de liège dont les filets sont garnis, les soutiennent à la surface de la mer, et préservent de la submersion les mailles de lin. »

Les législateurs interdisent aux célibataires les hautes magistratures. Lacédémone imposait au châtiment non seulement au célibataire, mais encore à celui qui ne s'était marié qu'âne fois, ou qui s'était marié trop tard, ou qui vivait seul. L'illustre Platon veut que tout célibataire soit tenu de payer au trésor public la nourriture d'une femme, et de remettre aux magistrats les frais nécessaires à son entretien. Car, 200 en s'abstenant du mariage et de la procréation, ils amènent, autant qu'il est en eux, la disette d'hommes et détruisent les cités dont se compose le monde. C'est, en outre, une impiété d'abolir la génération, puisqu'elle est d'institution divine. N'y a-t-il pas d'ailleurs quelque faiblesse de cœur et une pusillanimité indigne d'un homme, à fuir les relations domestiques avec une femme et des enfants? car, ce dont la perte est un mal, le posséder est incontestablement un bien, et ainsi du reste. Or, perdre ses enfants, disent-ils, est un des plus grands maux ; avoir des enfants est donc un bien ; ce que je pois dire des enfants, je puis l'appliquer également au mariage.

« Sans père, dit le poète, pas d'enfants; sans mère, pas de fils conçu.» Le mariage fait la paternité comme l'homme la maternité. Le vœu suprême d'une femme, selon Homère, c'est d'avoir un mari et une famille, non pas seulement un mari et une famille, mais avec eux la concorde et la bonne intelligence. Que pour d'autres, l'harmonie de cette union réside dans les voluptés, il n'en va pas ainsi de ceux qui aiment la sagesse ; le mariage ne les conduit qu'à cet accord fonde sur la raison et sur le Verbe. Il permet à l'épouse, non l'embellissement de la figure, mais l'ornement des mœurs ; il dit aux hommes :

« Vous n'userez pas de vos femmes comme de maîtresses; vous ne vous proposerez pas pour but unique les plaisirs des sens ; mais vous vous marierez pour avoir une aide pendant votre vie entière, et pour pratiquer une sévère tempérance. »

L'homme, fruit du mariage, et pour lequel tout naît dans la nature, est d'un plus haut prix que le froment et l'orge que l'on sème en temps convenable. Or, voyez les agriculteurs, ils ne confient que sobrement à la terre les semences des blés. Il faut donc purifier le mariage des souillures qu'il peut amener, si nous ne voulons pas que les accouplements des animaux, pendant l'époque même du rut, ne nous couvrent de honte en gardant plus de réserve et plus de conformité à la nature que les unions humaines. En effet, plusieurs animaux, au temps marqué, s'éloignent aussitôt de la femelle, abandonnant le 201 reste à la Providence! Nous lisons dans les poètes tragiques que Polyxène, quoique égorgée et mourante, montra le plus grand soin à tomber avec décence, et à couvrir ce qu'il faut cacher aux yeux d'un homme. Le mariage fut aussi pour elle une calamité.

Ainsi donc, succomber sous l'effort des passions et leur céder la victoire, voilà le dernier degré de la servitude, comme les vaincre est la seule liberté. C'est pourquoi, d'après les divines Écritures, ceux qui ont violé les commandements, sont vendus aux étrangers ; c'est-à-dire aux péchés, qui sont contraires à la nature ; esclavage qui se prolonge jusqu'au moment de la conversion et du repentir. Il faut donc veiller sur le mariage, comme on veille sur une statue sainte, et le garder pur de toute profanation ; nous éveillant avec le Seigneur, nous endormant avec actions de grâces; priant, et lorsque nous fermons les yeux, et lorsque brille le flambeau sacré de la lumière ; faisant de toute notre vie un témoignage pour le Seigneur ; possédant la piété dans notre âme, et retenant sous les lois de la tempérance jusqu'à notre corps; car la tempérance et la mesure dans les paroles et dans les actions, sont choses vraiment agréables à Dieu. La voie de l'impudence est l'obscénité des paroles, qui produisent ensemble l'obscénité des actions. Mais comme l'Écriture conseille le mariage, et ne permet pas de renvoyer l'épouse, le Seigneur établit formellement cette loi :

« Vous ne renverrez pas votre femme, si ce n'est pour cause d'adultère. »

Tout mariage contracté pendant que l'un des époux vit encore, est à ses yeux un adultère. La femme se met au-dessus des soupçons et de la calomnie, ajoute-t-il, en n'ajustant ni ses cheveux ni sa personne au-delà de ce qui convient, en se livrant avec assiduité à l'oraison et à la prière, en ne quittant que rarement sa maison, en écartant de sa présence, autant que possible, ceux qui ne sont pas de sa famille, et en préférant son intérieur à des conversations oiseuses.

« Quiconque, dit le Seigneur, épouse une femme répudiée, commet un adultère avec elle. Quiconque répudie son épouse, commet un adultère avec elle, »

c'est-à-dire la force d'être adultère. 202 Non-seulement celui qui la répudie , mais celui qui l'a reçue est la cause de l'adultère, puisqu'il donne à la femme une occasion de pécher. S'il ne l'eût pas reçue, elle serait retournée vers son mari. Or, que prescrit la loi? Pour arrêter la pente naturelle de l'homme vers le vice, elle veut que la femme adultère et convaincue de ce crime soit mise à mort ; si elle est de famille sacerdotale, elle sera livrée au feu. L'homme adultère est aussi lapidé, mais non dans le même lien que sa complice, afin que leur mort n'ait rien de commun. Ainsi, la loi ancienne, au lieu de contredire l'Évangile, est d'accord avec lai. Comment cela ne serait-il pas, puisqu'ils émanent du même Dieu, l'un et l'autre? La femme, coupable de fornication, vivante, il est vrai, pour le péché, est morte aux commandements. Celle qui pleure sa faute, au contraire, comme engendrée de nouveau par sa conversion, renaît à la vie spirituelle par la mort de l'ancienne prostituée, et la résurrection de la femme nouvelle qu'enfante la pénitence. L'Esprit saint confirme ces paroles, lorsqu'il dit par la bouche des prophètes :

« Je ne veux point la mort de l'impie; mais je veux que l'impie se convertisse. »

Enfin les adultères sont lapidés comme morts, par la dureté de leur cœur, à la loi, contre laquelle ils se sont révoltés. Pourquoi le supplice est-il plus grand pour la fille du prêtre? Parce qu'on exigera beaucoup de celui à qui l'on a donné beaucoup. Ici s'arrête notre deuxième livre des Stromates, vu la longueur et le nombre des chapitres.

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