Stromates — Livre III (page 3)
« mais plutôt, condamnez-les. » La doctrine des hérétiques dont nous parlons prend sa source dans un livre apocryphe ; je citerai même le fragment par lequel ils autorisent leur libertinage. S'ils sont eux-mêmes les auteurs de ce livre, quel délire d'incontinence que d'appeler insolemment Dieu au secours de leur lubricité ! S'ils tiennent ce livre d'un étranger, ils se sont incorporé le poison de cette belle maxime, après en avoir altéré le sens. Voici le passage en question :
« Un était toutes choses ; mais après que l'Un universel eut trouvé bon de n'être plus seul, une vertu sortit de lui, il s'unit avec elle; leur union engendra le bien-aimé. Ensuite, il sortit de lui une nouvelle vertu, avec laquelle il s'unit encore et d'où naquirent les puissances qui ne peuvent être ni vues ni entendues ; etc. etc. jusqu'à ces mots :
« Chacune avec son nom distinct. »
Si ces hérétiques, comme les Valentiniens, eussent posé en principe la communion de l'esprit, peut-être eussent-ils rencontré quelques partisans. Mais, 219 élever au rang d'une sainte doctrine la communion des plaisirs charnels, c'est le propre d'an homme qui méconnait le salut. Telles sont aussi les doctrines des disciples de Prodicus, qui se donnent, sans aucun droit, le nom de gnostiques. Fils du premier Dieu par droit de nature, comme ils le prétendent, ils abusent de cette noble origine et de leur prétendue liberté, pour vivre à leur fantaisie. Or, leur fantaisie les porte surtout vers les plaisirs des sens ; ils se proclament affranchis de tout lien, comme maîtres du sabbat, et supérieurs à tout autre par l'excellence de leur race et leur qualité de fils de roi. La loi, disent-ils, n'atteint pas le roi. Mensonges ! D'abord, ils ne font pas tout ce qu'ils veulent; car, de nombreux obstacles les arrêteraient, malgré leurs désirs et leurs efforts; et ce qu'ils font, ils ne le font pas comme des rois, mus comme des criminels qui portent encore l'empreinte de la flagellation. C'est furtivement qu'ils commettent leurs adultères, craignant toujours d'être surpris, évitant d'être condamnés, et redoutant le supplice. Singuliers actes de liberté que l'incontinence et l'obscénité du langage !
« Tout homme qui pèche est esclave, »
dit l'apôtre. Et comment se gouvernerait-il selon Dieu, celui qui s'asservit à toute concupiscence? Écoutez le Seigneur:
« Et moi je vous dis : Ne convoitez pas. »
Or, quel est le misérable qui voudra pécher de propos délibéré? Qui prêchera la doctrine de l'adultère? Qui autorisera les dissolutions et la profanation de la couche nuptiale? N'avons-nous pas pitié de ceux même qui pèchent involontairement? Supposez les hérétiques transportés dans un monde qui n'est pas le leur ; comme ils ont été infidèles dans le monde d'un Dieu étranger, ils ne trouveraient aucune créance. Un hôte insulte-t-il aux habitants d'une ville où il a été accueilli ? cherche-t-il à leur nuire? ou plutôt ne vit-il pas comme un honnête voyageur, usant de ce qui lui est nécessaire, sans offenser aucun de ceux qui lui ont donné l'hospitalité? Et comment, lorsque dans leur révolte contre les lois, ils se conduisent aussi honteusement que ceux qui sont abominables aux yeux des païens eux-mêmes, c'est-à-dire lorsqu'ils sont livrés à l'adultère, à l'iniquité, à l'incontinence, à la fraude, 220 osent-ils proclamer que, seuls, ils connaissent Dieu? Placés qu'ils sont dans un monde qui ne leur appartient pas, leur meilleur moyen de prouver qu'ils ont une vertu vraiment royale, ce serait la régularité des mœurs; loin de là, ils sont abhorrés par les lois humaines et par la loi divine pour avoir embrassé un régime de vie contraire aux lois. Assurément, l'Israélite qui, dans les Nombres, immola le fornicateur, fit un acte de justice, comme Dieu l'atteste.
« Et si nous disons, déclare Jean dans son épître, que nous sommes en société avec lui, c'est-à-dire avec Dieu, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne suivons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en société avec lui, et le sang de Jésus, son fils, nous purifie de tout péché. »
Comment donc sont-ils meilleurs que les hommes du siècle, ceux qui agissent ainsi, et qui sont semblables aux plus méchants d'entre les hommes? Car, où les actes sont semblables, la nature, j'imagine, l'est aussi. Vous êtes d'une naissance supérieure, dites-vous? raison de plus d'être supérieurs aux autres par votre conduite, afin d'éviter que la même prison ne vous renferme.
« En vérité, a dit le Seigneur, si votre justice n'est plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume de Dieu. » On trouve dans Daniel des exemples relatifs à l'abstinence des aliments. Enfin, David, dans ses psaumes, s'exprime ainsi sur l'obéissance :
« Seigneur, comment la jeunesse redressera-t-elle ses voies? »
« En gardant vos paroles de tout son cœur. »
« Voici ce que dit le Seigneur : Ne marchez pas dans les voies des nations. »
De ces paroles, quelques autres hérétiques, hommes de peu d'intelligence et de nulle valeur, concluent que l'homme est l'œuvre de différentes puissances. La partie, disent-ils, qui se trouve au-dessous du nombril est le produit d'un art plus divin; les parties au-dessous, d'un art inférieur. De là leur tendance vers la copulation charnelle. Mais ils ne remarquent pas que les parties supérieures ont aussi des convoitises de sensua- 221 lité ou de débauche. En outre, ils contredisent le Christ, qui disait aux Pharisiens que le même Dieu a fait le dedans de nous et l'homme extérieur. Que dis-je? la convoitise ne vient pas du corps, quoiqu'elle s'accomplisse par le corps. Selon d'antres hérétiques, appelés antitacles ou adversaires, le Dieu de l'univers est notre père légitime, et toutes ses œuvres sont bonnes ; mais l'un des êtres créés par lui, ayant semé l'ivraie, engendra le mal et nous enlaça tous dans les filets du mal pour nous rendre les adversaires du Père. Voilà pourquoi nous résistons à ce rebelle, pour venger le Père, en donnant un démenti au second.
« Tu ne seras point adultère, nous dit ce dernier.»
Eh bien ! nous, nous courons à l'adultère pour aunuller son commandement. Notre réponse, la voici : La tradition nous apprend que les faux prophètes et ceux qui prennent le masque de la vérité, se font connaitre à leurs œuvres. Or, si vos œuvres vous condamnent, comment pouvez-vous soutenir encore que vous possédez la vérité ? Car, ou bien le mal n'existe pas, et alors celui que vous accusez d'avoir résisté a Dieu n'est passible d'aucun blâme, et il n'a fait aucun mal ; mais le mal détruit, l'arbre du mal l'est également. Ou bien si le mal existe essentiellement, répondez, que faites vous des préceptes qui nous prescrivent la justice, la continence, la tolérance, la patience et les matières semblables? Sont-ils bons? Sont-ils mauvais ? Si le précepte est mauvais, lui qui défend toutes les choses honteuses, voilà que le vice porte des lois contre lui-même et travaille à sa propre ruine, chose impossible. Si le précepte est bon ; en déclarant la guerre à des préceptes qui sont bons, ces hérétiques confessent donc qu'ils repoussent le bien, et qu'ils font le mal. Il y a plus : le Sauveur lui-même, auquel seul, à les en croire, on doit obéissance, défend la haine et l'injure :
« Hâtez-vous, dit-il, de vous réconcilier avec votre adversaire, pendant que vous êtes eu chemin avec lui.» Ou enfin ils refuseront d'obéir à l'exhortation du Christ, se faisant ainsi les adversaires de l'adversaire; ou s'ils l'aiment, ils ne s'élèveront pas contre lui, Mais quoi ! ne savez-vous pas, hommes de noble 222 origine (car il me semble qu'ils sont en face de moi), ne savez-vous pas qu'en repoussant des préceptes qui sont justes, vous repoussez votre propre salut? Non, ce n'est pas à la ruine de préceptes utiles, mais à votre propre raine que vous travaillez. Que dit le Seigneur ? Que vos bonnes œuvres brillent. Mais vous, que mettez-vous en lumière, sinon vos intempérances ? D'ailleurs, acharnés comme vous le dites à détruire les préceptes du législateur, pourquoi donc vous efforcer de ruiner au profit de votre intempérance les préceptes qui disent :
« Tu ne seras point adultère ; tu ne commettras pas le crime de Sodome, »
et tous ceux qui recommandent la continence ; tandis que vous ne détruisez pas l'hiver, œuvre du même législateur, pour placer l'été au milieu de l'hiver? Que ne rendez-vous la terre navigable? Que n'ouvrez-vous la mer au pied de l'homme, comme le tenta le barbare Xerxès, au rapport des historiens ? Pourquoi ne repoussez-vous pas tous les commandements? Car, lorsque Dieu prononce cet oracle : Croissez et multiplies-vous, vous devriez, vous, ses adversaires, vous abstenir entièrement de l'œuvre de la chair. Et lorsqu'il vous dit :
« Je vous ai donné toutes choses, pour votre nourriture et pour votre jouissance ; »
vous devriez vous les interdire toutes. Il y a plus, lorsqu'il vous dit : œil pour œil, vous ne devriez pas rendre coup pour coup. Et lorsqu'il ordonne que le voleur rende le quadruple de ce qu'il a pris, ne vous conviendrait-il pas, au contraire, de donner quelque chose de plus au voleur? Pareillement encore, puisque- vous refusez d'obéir à ce précepte : Tu aimeras le Seigneur, vous ne devriez pas même aimer le Dieu de l'univers. Et lorsqu'il nous dit :
« Tu ne tailleras ni ne jetteras en fonte aucune image ;»
il vous faudrait, pour être conséquents, adorer des images. Et comment ne seriez-vous pas des impies, vous qui vous constituez, pour me servir de vos termes, les adversaires du Créateur, mais qui ne dédaignez pas d'imiter les prostituées et les adultères ? Insensés, qui ne comprenez pas que vous relevez la puissance de ce Dieu dont vous proclamez la faiblesse, puisque sa volonté s'accomplit et non la volonté du dieu bon que vous donnez pour 223 le vôtre ! Ne manifestez-vous pas au contraire l'impuissance et le néant de votre père, comme vous l'appelez?
Ces hérétiques recueillent encore ça et là, dans certains passages des prophètes, des lambeaux de maximes qu'ils rattachent maladroitement à leurs dogmes, et des allégories qu'ils prennent à la lettre sans chercher le sens du symbole. Il est écrit, disent-ils :
Ils ont résisté à Dieu, et ils ont été sauvés. Mais ils ajoutent au dieu impudent, et les voilà transformant leur interpolation en conseil qui leur a été prescrit, avec l'opinion que leur salut est de résister au Créateur. Mais d'abord, il n'est pas écrit : au dieu impudent. Si le texte n'est point altéré, comprenez, insensés, par ce mot impudent, celui que l'on appelle le diable, soit parce qu'il est le calomniateur de l'homme, soit parce qu'il est l'accusateur du pécheur, soit parce qu'il est apostat. Mais voici le fait : Le peuple auquel s'applique cette parole, supportant avec peine et avec larmes la punition de ses péchés, murmurait, ainsi que le raconte le livre sacré, de ce que les autres nations ne recevaient pas le châtiment de leurs iniquités, tandis qu'à lui seul ou demandait un compte rigoureux de chacune de ses fautes. De là cette parole de Jérémie :
« Pourquoi les impies prospèrent-ils dans leurs voies ? »
parole semblable à celle que nous avons déjà citée de Malachie : Ils ont résisté à Dieu, et ils ont été sauvés. Car les prophètes inspirés par Dieu, non contents de proclamer les vérités qu'ils ont reçues d'en haut par inspiration, répètent encore par forme de subjection et comme des questions que les hommes adressent à Dieu, les rumeurs et les plaintes du peuple. Tel est le mot que nous avons rapporté. L'apôtre ayant en vue ces hérétiques dans son épitre aux Romains, n'écrit-il pas?
« Et pourquoi ne ferons-nous pas le mal afin qu'il en arrive du bien, comme quelques-uns nous le font dire par une insigne calomnie ? Ceux-là seront justement condamnés. »
Ce sont les hommes qui, en lisant, dénaturent, par les inflexions de la voix, le sens des Écritures pour justifier leurs voluptés personnelles, et qui, par la transposition de certains accents et de certains signes de ponctuation, détournent violemment au pro- 224 fit de leur luxure des préceptes pleins de sagesse et d'utilité :
« Vous avez fatigué le Seigneur par vos discours, s'écrie Malachie, et vous avez demandé : En quoi l'avons-nous fatigué ? En ce que vous avez dit : Tous ceux qui font le mal sont bons aux yeux du Seigneur. Voilà ceux qui lui plaisent ; et où est le Dieu de justice ?
Il signale deux sortes d'hérétiques : les premiers déclarent que tout leur est promis. Il les réfute d'abord. Fouiller plus profondément ce sol infect, ce serait remuer un trop grand nombre d'extravagances et d'hérésies. D'ailleurs, les détails qu'elles entraîneraient nécessairement, si nous les parcourions les unes après les autres, nous condamneraient nous-mêmes à rougir, et allongeraient démesurément ces commentaires. Pour obvier à ces inconvénients, voyons à ranger en deux classes toutes les hérésies, afin de leur répondre ensuite. En effet, ou elles prêchent la licence et l'affranchissement de toute règle; ou, dépassant la juste mesure, elles professent la continence par haine et par impiété. Traitons d'abord de la première série. S'il est permis de choisir un genre de vie quel qu'il soit, il est libre de choisir, celui que la continence accompagne. Cela est évident ; et si tout genre de vie est sans danger pour celui qui en fait choix, il est évident qu'une vie tempérante et vertueuse est bien plus sûre encore. Car, si le maître du sabbat a reçu le privilège ( menât-il une vie déréglée), de n'être pas comptable, à plus forte raison, celui qui se sera bien conduit sera-t-il au dessus de tout compte.
« Car, tout est permis, mais tout n'est pas expédient, »
dit l'apôtre. Or, si tout est permis, évidemment il est aussi permis d'être tempérant. De même donc que celui qui a usé de sa liberté pour vivre dans la vertu, est digne d'éloges ; de même aussi, celui qui nous a donné la libre jouissance de nous-mêmes et qui nous a permis de vivre à notre gré, est beaucoup plus digne encore de vénération et d'adoration, pour n'avoir pas voulu 225 que nos choix ou nos aversions nous fussent fatalement imposées. Mais si la sécurité est égale pour qui a embrassé l'incontinence comme pour qui a embrassé la continence, l'honneur n'est pas égal dans l'un et l'autre choix. Car le voluptueux fait une chose agréable au corps, tandis que l'homme tempérant affranchit des passions l'âme, maitresse du corps. Nous avons été appelés à la liberté, s'écrient-ils. Qui le niera?
« Ayons soin seulement, dit l'apôtre, que cette liberté ne nous soit point une occasion de vivre selon la chair. » Mais, si l'on ne doit rien refuser au désir, dans la pensée qu'une vie d'opprobre est chose indifférente en elle-même, ainsi qu'ils le répètent, qu'arrive-t-il alors? Ou il faut écouter aveuglément nos désirs et nous précipiter dans les derniers excès du crime et de la dépravation, sur les pas de quiconque nous les conseille; ou bien nous reculons devant certains désirs, et alors il ne faut donc pas vivre indifféremment, ni, lâches flatteurs d'un cadavre, obéir sans pudeur aux plus viles parties de nous-mêmes, au ventre et à ce que nous ne pouvons nommer. Car l'aliment des voluptés nourrit et vivifie le désir, de même qu'il languit et s'éteint faute de pâture. Or, comment adviendra-t-il que, vaincu par les voluptés du corps, on ressemble au Seigneur, ou que l'on ait la connaissance de Dieu ? Le principe de toute volupté est le désir : or le désir est un tourment et une inquiétude qui convoite parce qu'il n'a pas. C'est pourquoi ceux qui l'adoptent pour principe de conduite,
« souffrent mille maux, sans parler même du déshonneur »,
comme dit le poète, puisqu'ils choisissent dans le présent et dans l'avenir un mal qu'ils ont appelé sur eux-mêmes. Si donc tout était permis, nous n'aurions pas à craindre d'être retranchés du salut a cause de nos mauvaises actions; et l'hérésie aurait peut-être alors un prétexte pour se plonger dans la honte et le désordre. Mais puisque les préceptes divins nous montrent une vie heureuse à conquérir par notre attention à ne donner aucune fausse interprétation à la doctrine, à ne négliger aucun des devoirs, si minime qu'il paraisse, et à marcher où le Verbe nous conduit, parce que nous détourner de lui c'est tomber nécessaire- 226 ment dans un mal éternel, tandis que, suivre les divins enseignements par lesquels marchent tous les hommes de foi, c'est ressembler, autant qu'il est possible, au Seigneur ; il s'ensuit que la créature ne peut vivre ici-bas sans règle et sans loi. Loin de là; elle devra se tenir, selon ses forces, pure de désirs et de voluptés, et prendre soin de l'âme par laquelle il lui faut persévérer en Dieu seul. En effet, l'esprit où règne l'innocence, sanctuaire consacré par l'image de Dieu, est comme investi de la puissance divine.
« Quiconque a cette espérance dans te Seigneur, dit l'apôtre, se sanctifie comme le Seigneur est saint lui-même. »
Mais, que la connaissance de Dieu vienne à cens que les passions entrainent encore, cela est impossible, tout aussi bien que d'arriver à leur fin dernière, puisqu'ils n'ont pas la connaissance de Dieu. L'ignorance où il est de Dieu accuse celui qui ne parvient pas à cette fin; car, d'où provient l'ignorance de Dieu? du genre de vie que l'on a embrassé. II ne peut arriver que le même homme possède la science et ne rougisse pas de flatter la chair. Comment voulez-vous que cette proposition, la volupté est un bien, s'accorde avec cette autre : le bien est seulement ce qui est bon et honnête; ou avec celle-ci : le Seigneur est le seul beau, le seul Dieu bon, le seul aimable ?
« C'est dans le Christ que vous avez été circoncis, non d'une circoncision faite par la main des hommes, mais de la circoncision de Jésus-Christ, par laquelle vous avez été dépouillés de votre corps charnel. Si donc vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, recherchez ce qui est dans le ciel, n'ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre; car vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ ; »
non cette vie de fornication que mènent les hérétiques.
« Faites donc mourir les membres de l'homme terrestre, la fornication, l'impureté, les passions déshonnêtes et les mauvais désirs. Voilà les crimes qui attirent la colère de Dieu. Que ces pécheurs renoncent donc à la colère, à l'aigreur, à la malice, à la médisance; que les paroles déshonnêtes soient bannies de leur bouche. Qu'ils se dépouillent du vieil homme 227 et de ses mauvais désirs, et qu'ils se revêtent du nouveau, qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon limage de celui qui l'a créé. »
Car c'est par la conduite qu'éclaté la connaissance des préceptes. Tels discours, telle vie. L'arbre se distingue à ses fruits, non à ses fleurs, à ses feuilles et à ses branches. La connaissance se manifeste donc par le fruit et par la conduite, non par les discours et par les fleurs. Nous ne faisons pas de la connaissance une parole stérile et nue, mais une science divine; et cette lumière qui, descendue dans l'âme par l'obéissance aux préceptes, produit au-dehors les merveilles de cette connaissance, met l'bomme en état de se connaitre lui-même, et lui montre la route à suivre pour arriver à la possession de Dieu. Ce que l'œil est au corps, la connaissance l'est à l'âme. Et qu'à l'exemple de ceux qui vantent la douceur de la bile, on n'appelle pas liberté la servitude de la volupté. Nous avons appris, nous, que la liberté est celle que le Seigneur seul nous donne en nous affranchissant des voluptés, des mauvais désirs et des autres perturbations de l'âme.
« Celui qui dit : Je connais le Seigneur, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, dit Jean, et la vérité n'est point en lui. »
Il attaque la seconde classe d'hérétiques, ceux qui, par haine contre le Créateur, pratiquent la continence. J'en viens à ceux qui, par une apparente pratique de continence, impies envers la créature et le saint Créateur, envers le seul Dieu tout-puissant, enseignent qu'il ne faut point admettre le mariage, ni la procréation des enfants, ni introduire à sa place dans le monde d'autres êtres destinés au malheur, ni fournir des aliments à la mort. Je commence par les paroles de Jean : « Maintenant aussi il y a plusieurs antéchrists ; ce qui nous fait croire que la dernière heure est proche. Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas de nous; car s'ils eussent été de nous, ils seraient demeurés avec nous. » 223 Puis, confondons-les et renversons l'échafaudage de leur doctrine. Ainsi, lorsque le Seigneur répond à Salomé qui lui demandait jusques à quand durerait la puissance de la mort;
« aussi longtemps, dit-il, que vous autres femmes vous enfanterez, »