Stromates — Livre IV (page 11)
«La mort, dit-il, touche au sommeil, puisque l'homme y est privé de la lumière; dans le sommeil, la vie touche à la mort; dans l'état de veille, la vie de l'homme qui est privé de la vue, touche au sommeil.»
«Bienheureux, en effet, Seigneur, parce que l'heure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement. Car nous sommes plus près de notre salut que quand nous avons reçu la foi. La nuit est déjà avancée et le jour s'approche. Quittons donc les œuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de la lumière.» L'apôtre appelle métaphoriquement le Fils du nom de lumière et de jour; par une autre métaphore, les préceptes sont les armes de la lumière. Voilà pourquoi il nous est recommandé de ne nous présenter à l'autel pour le sacrifice et la prière que purifiés par les ablutions, lavés et couverts de riches vêtements. Il faut encore voir un symbole dans ces prescriptions qui enjoignent d'orner l'extérieur. La purification véritable consiste à n'entretenir en soi que des pensées saintes. Ces ablutions légales, dont la tradition a passé de Moïse aux poètes profanes, figuraient aussi le baptême des Chrétiens. On lit dans ces poètes : « Pénélope, après s'être purifiée dans l'eau expiatoire et avoir revêtu des habits nouveaux, monte au temple pour y prier.» — « Télémaque trempe ses mains dans la vague écumante de la mer, puis adresse une prière à Minerve. » Les Juifs avaient aussi coutume de se purifier à diverses reprises, en sortant du lit conjugal. Elle est donc pleine de sagesse cette parole :
« Sois pur moins par l'eau que par l'esprit ; »
car c'est une pureté parfaite, j'imagine, que la pureté de l'esprit, la pureté des œuvres, la pureté des pensées, la droiture des paroles, et en dernier lieu, la virginité de l'âme jusque dans le sommeil. Nous sommes, si je ne me trompe, suffisamment purifiés par un repentir sincère et durable, lorsque, condam- 347 nant nos fautes précédentes, nous marchons en avant, éclairés dans notre intelligence et soulevant notre âme plongée dans la matière, pour la détacher des voluptés sensuelles et des péchés passés. S'il me fallait donner l'étymologie du mot science (en grec épistêmeà, je l'emprunterais au mot stasis, qui signifie station, repos, parce que la science arrête dans la réalité des choses notre esprit, tout à l'heure flottant et incertain. Le même mot a formé l'étymologie de la foi, (pistis) qui n'est que la station ou le repos de l'esprit dans ce qui est (péri to on stasis}. Pour nous, Chrétiens, nous aspirons à connaitre celui qui est juste, toujours et en toutes choses, qui, pour demeurer éternellement juste, n'a pas besoin de craindre les supplices portés par la loi, de redouter la haine de ses contemporains et des vengeurs de la vertu, de trembler enfin devant le péril auquel l'ont exposé ses crimes et ses bassesses. S'abstenir de l'injustice par des motifs semblables, c'est être bon par crainte et non par choix. Epicure dit que
« le sage, ou du moins celui qu'il regarde comme tel, ne voudrait jamais commettre une injustice, quelque profit qu'il dût lui en revenir; car il ne peut avoir la certitude qu'elle restera toujours secrète.»
Ainsi donc, ô Epicure, ton sage ferait le mal, si on pouvait lui garantir qu'il ne sera point découvert. Voilà de tes dogmes pleins de ténèbres ! Il y a plus ; si l'on se tient éloigné de l'injustice, dans l'espoir des récompenses que Dieu réserve aux bonnes actions, on n'est pas même, dans ces dispositions, bon de son propre mouvement. Dans le premier cas, c'est la crainte, dans le second, c'est la récompense qui donne la justice, je me trompe, une ombre de justice. Que l'espérance qui attend l'homme par de là le tombeau doive être bonne pour les gens de bien, et fatale pour les méchants, ceux qui ont embrassé la philosophie barbare ne sont pas les seuls à le savoir. Les Pythagoriciens professent le même dogme, puisqu'ils proposent l'espérance pour but à ceux qui s'adonnent à la philosophie. Socrate dit dans le Phédon,
« que les urnes des hommes vertueux quittent ce monde avec l'espérance de la félicité.»
Puis, blâmant les méchants, il dit par opposi- 348 tion:
« Ils vivent dans une espérance mauvaise.»
Héraclite est d'accord avec Socrate dans ce passage de son discours sur l'Homme :
« Des choses que l'homme ne peut ni espérer ni attendre lui sont réservées après sa mort. » Il était donc inspiré par Dieu l'apôtre qui écrit aux Romains :
« L'affliction produit la patience ; la patience, l'épreuve ; l'épreuve, l'espérance, et cette espérance ne sera pas confondue. »
En effet, la patience souffre en vue de l'espérance à venir. L'espérance signifie à la fois ce que l'on attend et la possession de la chose attendue. L'espérance, dans cette dernière acception, ne sera pas confondue, puisqu'elle n'aura plus rien de variable ni d'illusoire. L'homme qui obéit à la vocation pour elle-même, uniquement parce qu'il a été appelé, ne tend vers la connaissance ni par les menaces de la crainte, ni par l'attrait du plaisir. En retirera-t-il au dehors quelque fruit ou quelque délectation ? Il ne l'examine pas. Entraîné par l'amour de celui qui est réellement aimable, et conduit au devoir, il rend à Dieu un culte légitime. Supposez, si vous le voulez, que Dieu lui ait donné le pouvoir de faire impunément ce qui est défendu ; supposez qu'en soit assurée; supposez même, ce qui est impossible, que ses actions doivent demeurer toujours un mystère pour Dieu, jamais il ne consentira à rien faire contre la raison, une fois qu'il aura embrassé ce qui est vraiment beau et désirable en soi-même, et par conséquent aimable et digne d'être recherché.
Le bien, en effet, n'est pas dans l'entretien et la nourriture du corps. Notre Gnostique sait « que ce qui nous rend agréables à Dieu n'est pas le manger, »
ni le mariage, ni le célibat lorsqu'il est gardé par une aberration de l'intelligence, mais les œuvres vertueuses qui ont pour principe la lumière et la sagesse. S'il en était autrement, l'animal privé de raison aurait la tempérance, lorsqu'il ne touche point à la nourriture sous le bâton que son maître lève contre lui. Annuliez les promesses faites à ces prétendus hommes de bien ; écartez de leur tête le danger qui les menace, et à l'instant même vous verrez le fond de leur cœur.
Le vrai Gnostique s'abstient autant qu'il est en lui de tout ce qui flatte les sens ; et il sacrifie ces biens à des biens d'un ordre supérieur. En effet, ces hommes ne s'unissent pas assez étroitement à la nature des choses pour comprendre réellement, et avec les lainières de la gnose, que tout ce qui a été créé pour notre usage est bon, le mariage, par exemple, et la procréation des enfants, pourvu que l'on en use avec tempérance; mais qu'il est encore meilleur de se dégager des passions et de s'établir dans la vertu par sa ressemblance avec Dieu. Parmi les biens ou les maux qui viennent du dehors, ils s'abstiennent des uns, et nullement des autres. Il y a plus : dans les choses dont ils s'éloignent avec horreur, on les voit accuser la créature et le Créateur ; fidèles en apparence, le fond de leurs pensées est impie. Ce commandement :
n'a besoin ni de la nécessité qui provient de la crainte, et qui impose l'abstinence des choses agréables, ni de la récompense qui, par l'invitation de la promesse, engage à réprimer les désirs criminels. Ce n'est point à cause du précepte en lui-même, mais à cause de la promesse, que choisissent l'obéissance ceux qui obéissent à Dieu, en vue de ses rémunérations, et attirés par elles comme par un appât. Toutefois l'aversion pour les choses sensibles n'a pas pour conséquence de nous unir aux choses qui sont perçues par l'intelligence. Au contraire, l'union aux choses perceptibles uniquement à l'intelligence, détourne naturellement le Gnostique des choses sensibles, comme il convient à un homme qui, par le choix de ce qui est beau, a embrassé le bien avec pleine connaissance, qui bénit la génération et proclame la sainteté du Créateur, mais aussi bénit et sanctifie la ressemblance qui nous rapproche de Dieu. Il dira :
«Cependant je veux me délivrer du désir, Seigneur, afin de m'unir plus étroitement à vous. L'économie de ce monde est belle et les lois 350 qui régissent la création sont pleines de sagesse. Rien n'arrive sans cause. Il faut que je vive, ô Seigneur tout-puissant, parmi les œuvres de vos mains. Mais, tout en demeurant au milieu d'elles, je suis dans vous. Loin de moi la crainte, afin que je puisse approcher de vos grandeurs ! Je veux me contenter ici-bas de peu, tâchant d'imiter la justice de votre élection, qui discerne le bien d'avec ce qui n'en a que les apparences. » Les saints et mystiques enseignements de l'apôtre nous apprennent quel est le choix vraiment agréable à Dieu. Ce choix consiste, selon lui, moins à répudier certaines choses comme mauvaises, qu'à estimer qu'il y a d'autres biens meilleurs que les biens ordinaires. Voici ses paroles :
« Et ainsi, celui qui marie sa fille, fait bien; mais celui qui ne la marie point, fait encore mieux, la mettant à même de se porter à ce qui est plus saint, et de prier le Seigneur sans obstacle. »
Or, nous le savons, les choses d'une acquisition difficile ne sont point nécessaires, tandis que les choses nécessaires ont été comme placées sous notre main par la bonté du Créateur. Aussi Démocrite a-t-il eu raison de dire que
« la nature et la doctrine sont choses presque identiques. » Nous en avons déjà indiqué la cause en peu de mots. En effet, la doctrine règle l'homme comme on accorde un instrument; en le façonnant de la sorte, elle lui crée une nouvelle nature; car il n'importe en rien que l'homme, tel qu'il est, soit l'ouvrage de la nature, ou qu'il ait été ainsi discipliné par le temps et la doctrine. Du Seigneur proviennent l'un et l'autre bien, l'un par la voie de la création, l'autre par la voie de la régénération et de la rénovation qui résultent de la nouvelle alliance. Le choix doit porter surtout sur ce qui est utile à la partie la plus noble de l'homme; or, la partie la plus noble de toutes est l'intelligence. Avec ces pensées, les choses réellement bonnes paraissent les plus agréables, et donnent d'elles-mêmes les fruits qu'on attend, je veux dire la sérénité de l'âme.
« Celui qui m'écoute reposera en paix avec confiance, et libre de crainte. Aucun mal ne viendra le troubler. Confiez-vous en Dieu de tout votre cœur et de tout votre esprit. » Par là, le vé- 351 ritable Gnostique est déjà un Dieu.
« Je vous l'ai dit : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut. »
Empédocle déifie aussi dans les paroles suivantes les âmes des sages :
« Enfin, les devins, les poètres et les médecins sont les premiers des mortels. Viennent-ils à quitter la terre, ils renaissent dieux, et sont environnés des plus grands honneurs. »
L'homme, envisagé dans son abstraction et d'une manière absolue, est conçu selon l'idée de l'esprit qui lui est uni. Il n'est pas créé sans forme dans le laboratoire de la nature où s'accomplit mystérieusement l'œuvre de la génération humaine, puisque l'être et la forme de l'être sont chose commune à tous. Quant à l'homme, pris individuellement, il reproduit dans son caractère le type qu'ont imprimé à son âme les objets de sa prédilection. C'est ce qui nous fait dire qu'Adam a été parfait, dans ce qui concerne l'organisation, puisque rien ne lui manqua de ce qui caractérise l'idée et la forme humaines. Il reçut son perfectionnement en même temps que la vie, et il fut justifié par l'obéissance. Voilà ce qui s'élevait graduellement eu lui à la maturité, je veux dire la faculté dont il était le maitre, autrement, son libre arbitre. Que sa volonté ait choisi, et qu'elle ait choisi l'objet défendu, la faute ne doit point en être imputée à Dieu. On distingue deux sortes de génération; celle des êtres qui sont engendrés, celle des choses qui adviennent.
Le courage de l'homme, puisque l'homme est par sa nature sujet aux passions et aux troubles de l'âme, selon le langage usuel, affranchit de la crainte et rend invincible quiconque participe à ses mâles inspirations. La force du cœur est donc comme le satellite de l'esprit pour le maintenir dans la patience, la résignation et les autres vertus semblables. La tempérance et la prudence, avec ses salutaires effets, se rangent sous le chef du désir. Mais Dieu est impassible, sans colère, sans désirs ; inaccessible à la crainte, sans qu'on puise dire qu'il ait des périls à éviter ; tempérant, sans qu'on puisse dire qu'il ait des désirs à maîtriser. La nature de Dieu, en effet, ne peut tomber dans aucun péril ; aucune crainte ne peut l'assaillir, de même qu'il ne peut avoir aucun désir à réprimer. Cette parole 352 de Pythagore :
« Il faut que l'homme aussi devienne un, »
est donc répétée chez nous avec son sens mystique. Dieu, en effet, étant un, il ne doit y avoir qu'un pontife de Dieu, à l'image de cette immuable essence d'où découlent tous les biens. Le Sauveur, en interdisant jusqu'au désir, a coupé dans sa racine la colère qui n'est au fond que le désir de la vengeance. En général, le désir, quel qu'il soit, renferme un élément de trouble et de passion. Tout homme qui est parvenu à maitriser les mouvements désordonnés de l'âme et participe en vertu de son innocence à la nature divine, s'élève à cette sublime unité. Semblable à ces marins qui ont jeté l'ancre, et qui, en voulant attirer à eux l'ancre tutélaire, se mettent eux-mêmes en mouvement vers elle, le véritable Gnostique, en s'efforçant par une vie parfaite d'attirer Dieu à lui, gravite lui-même à son insu vers la majesté divine. Qui sert Dieu se sert lui-même. Ainsi donc, dans la vie contemplative, c'est veiller à ses plus chers intérêts que d'adorer Dieu, et la plénitude de la purification introduit la sainteté de l'homme dans la contemplation de la sainteté par essence. En effet, la tempérance qui s'observe et se contemple elle-même, sans jamais se démentir, s'assimile à Dieu, autant du moins que l'assimilation est possible.
(2) Mesure de capacité chez les Grecs. Le cotyle répondait à notre demi-setier.
(3) Platon, Apologie de Socrate.
De la cause et de la fin des peines infligées par Dieu. Du moment qu'une chose et son contraire, comme, par exemple, de philosopher ou de ne pas philosopher, de croire ou de ne pas croire, sont également entre nos mains, on peut affirmer que ces choses sont en notre pouvoir. Et pareillement, de ce que nous sommes maitres de deux choses contraires, il suit que ce qui est en notre pouvoir est possible. Par conséquent, il est en notre pouvoir d'accomplir ou de ne pas accomplir les préceptes. Il est donc juste que la louange et le blâme résultent de nos actes ; et le pécheur, puni pour les fautes qu'il a commises, est puni pour ses fautes uniquement. Les transgressions précéden- 353 tes ont eu lieu ; il ne peut jamais advenir que ce qui a été n'ait jamais été. Le Seigneur remet donc les fautes commises, avant la foi, et il les remet, non pas pour qu'elles n'aient pas été commises, mais pour qu'elles soient comme non avenues. — La rémission ne porte pas sur tous les péchés, s'écrie ici Basilide ; elle ne tombe que sur les transgressions involontaires échappées à la surprise et à l'ignorance, » comme si c'était un homme et non pas un Dieu qui nous ouvrit le trésor de ses dons : L'Écriture-Sainte va répondre à l'hérétique :
« Ton iniquité m'a jugé semblable à toi. »
Toutefois, quoique nous soyons punis pour des fautes volontaires, ce n'est pas afin que les prévarications puissent n'avoir pas été commises, mais précisément parce qu'elles l'ont été, que nous sommes punis. La punition ne donne pas au coupable la possibilité de n'avoir pas failli, elle l'aide à ne plus faillir désormais ; elle dit en outre au prochain : Garde-toi de tomber dans la même faute. Dieu donc, dans sa bonté, nous châtie ici-bas pour trois raisons : d'abord pour que le châtiment rende meilleur celui qui en a été l'objet; en second lieu, pour que ceux qui peuvent être sauvés soient préparés d'avance au salut par l'exemple du prochain ; troisièmement, enfin, pour sauver du mépris la victime d'une injustice et empêcher le renouvellement de l'outrage. Nous distinguons deux modes de corrections, l'un qui emploie la doctrine, l'autre le châtiment qu'on appelle aussi mode coercitif. Il faut savoir encore qu'il n'y a de châtié que les transgressions après le baptême. Les fautes antérieures ont été remises ; les fautes postérieures ont besoin de purification. Il a été dit des incrédules
« qu'ils ont été regardés comme la poussière que le vent balaie à la surface du sol, comme une goutte d'eau qui tombe d'un vase. »
La véritable perfection réside dans la connaissance et dans l'amour de Dieu. « Heureux l'homme qui possède les règles de la science, qui 354 ne se propose pour but ni le dommage de ses concitoyens, ni les œuvres de l'injustice, mais qui contemple l'indéfectible ornement de l'immortelle nature, et sait en quoi elle consiste, pourquoi et comment elle est toujours inaltérable. Jamais la pensée d'une action honteuse ne surgit dans ces sortes d'intelligences. »
Platon a donc eu raison de dire
« que l'homme adonné à la contemplation des idées vivra comme un Dieu parmi les mortels. L'esprit est le siège des idées ; Dieu est le siège de l'esprit. »
Vous l'entendez ! Platon a dit de l'homme appliqué à la contemplation du Dieu invisible qu'il est un dieu vivant parmi les mortels. Dans le Sophiste, Socrate appelle aussi dieu son hôte d'Élée parce qu'il excelle dans la dialectique, et il le compare
« à ces dieux qui, à la manière des hôtes étrangers, vont de cité en cité. En effet, quand l'âme planant au dessus de la matière, existe par elle-même de sa vie propre et n'a de relations qu'avec le monde des idées, »
ainsi que le Coryphée dans le Théétète, l'homme, élevé jusqu'à la nature de l'ange, habite avec le Christ, et plonge dans la contemplation, méditant toujours la volonté de Dieu. Et véritablement : « Voilà le seul sage ; tout le reste voltige ça et là, comme des ombres fugitives. » « Car les morts ensevelissent leurs morts. »
C'est de là que Jérémie a dit :
« J'entasserai dans la ville les cadavres des enfants de la terre, que je frapperai dans mon indignation. » Dieu, ne pouvant être démontré, n'est point le principe de la science. Mais le Fils est à la fois, sagesse, vérité, science, enfin tout ce qui peut avoir avec elles un rapport de parenté. De plus, il possède la démonstration, et l'explication de toutes choses. Toutes les puissances de l'esprit ayant été créées une seule chose, convergent au même centre, le Fils. Il est infini dans chaque notion de ses puissances, bien qu'il ne soit pas réellement un, comme ce qui est un mathématiquement, ni multiple comme ce qui admet plusieurs parties, mais en tant qu'enveloppant tout dans son unité, et dès lors un étant toutes choses. Car il est le cercle de tontes les puissances qui se meuvent en lui et s'unissent dans une 355 seule et même circonférence. Telle est la raison pour laquelle le Verbe a été appelé l'Alpha et l'Oméga, parce qu'il est le seul dont la fin est le commencement, dont le commencement est la fin, sans aucun intervalle, sans aucune dimension. Voila pourquoi croire au Verbe et par le Verbe, c'est arriver à l'unité, c'est-à-dire, être uni au Verbe par des liens indissolubles. Au contraire, ne pas croire au Verbe, c'est tomber dans la duité, dans la division, dans le partage. C'est ce qui a fait dire au Seigneur :
« Tout enfant étranger, incirconcis de cœur et de chair, c'est-à-dire impur de corps et d'esprit, n'entrera pas dans mon sanctuaire, ni tout étranger qui est au milieu des enfants d'Israël. Les lévites seuls y entreront. » Quels sont ces étrangers ? Ceux qui, au lieu de croire, veulent demeurer incrédules ? Il n'y a donc de véritables pontifes de Dieu que ceux qui mènent une vie pure. Aussi, parmi toutes les tribus qui se faisaient circoncire, celles-là étaient regardées comme les plus saintes, dont les fils recevaient, avec la consécration de l'huile, les fonctions de pontife, de roi, de prophète. Aussi le prophète leur recommande-t-il de ne pas toucher un cadavre, de ne pas entrer dans la chambre d'un mort, non pas que le corps soit chose perverse, mais parce que la désobéissance et le péché sont des œuvres de la chair inhérentes an corps, mortes avec lui, et par-là même abominables. Il n'a donc été permis au prêtre d'entrer dans la chambre d'un mort, que dans le cas où ce serait son père, sa mère, son fils ou sa fille, parce que les relations de la chair et du sang se bornent pour le prêtre aux rapports de filiation et de paternité. Les prêtres se purifient encore pendant sept jours, autant de jours que dura la création. Le septième, ils célèbrent le repos de Dieu ; le huitième,
« ils présentent une oblation pour leur péché »
comme il est écrit dans Ézéchiel. Par cette oblation, il faut entendre la promesse. Mais la purification parfaite, à mon avis, c'est la foi vraiment propitiatoire qui conduit par la loi et les prophètes à l'Évangile ; c'est la pureté qui consiste dans une obéissance entière, avec l'abandon et le détachement de toutes les 356 choses terrestres jusqu'au jour où nous rendrons à la terre, pour la joie de notre âme, cette tente de l'humanité. Que ce soit donc à l'année qui ramène le sabbat suprême, tous les sept ans ; que ce soit aux sept cieux, dont quelques-uns font des degrés intermédiaires entre Dieu et nous; que ce soit enfin à la région errante, voisine du monde des intelligences, que le prophète fasse allusion par la huitaine, dont il a parlé, toujours est-il que le véritable Gnostique devra, selon lui, se dégager du monde sensible et avant tout, du péché. C'est pourquoi, pendant sept jours, des victimes sont immolées pour l'expiation de l'iniquité; il faut craindre encore qu'il n'en reste quelque trace, même quand ce septième jour achève sa révolution. Job, cet homme plein de justice, a dit: