Stromates — Livre VI (page 7)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates6/61/62.htm — trad. de Genoude 1839 · 11 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Or, jeûner n'est autre chose que s'abstenir généralement de tout mal, soit en action, soit en parole, soit même eu pensée. La justice est donc un ensemble complet (30) dont toutes les parties, semblables à elles-mêmes, se correspondent exactement : paroles, actions, abstinence du mal, bonnes œuvres, connaissance parfaite, rien qui boite en elle ; rien qui blesse l'égalité, ni la droiture. De ce qu'un homme est juste, il est nécessairement fidèle ; mais de ce qu'il est fidèle, il n'est pas à dire qu'il soit juste. Je parle ici de cette justice progressive et consommée par laquelle le nom de Gnostique se confond avec celui de Juste.

« C'est ainsi que la foi d'Abraham lui fut imputée à justice, »

parce qu'il s'était élevé à quelque chose de plus grand et de plus parfait que la foi. Car on n'est pas juste pour s'abstenir uniquement du mal. Il faut de plus faire le bien et connaitre pourquoi il est nécessaire de s'interdire telle chose, pourquoi il est nécessaire d'accomplir telle autre. Le juste, selon le langage de l'apôtre,

« acquiert l'héritage par les armes de la justice, par celles de droite, comme par celles de gauche ; »

il se défend avec celles-ci, il frappe avec celles-là ; car les armes défensives et l'abstinence de tout péché sont insuffisantes pour la perfection, si l'on n'y joint les œuvres de la justice et l'énergie du bien. C'est alors que, protégé de tou- 534 tes parts et monté au faite de la connaissance, le juste se révèle et que le visage de son âme s'illumine de la même gloire que celui de Moïse, propriété (31) qui, nous l'avons dit précédemment, caractérise l'âme du juste. De même que les couleurs de la teinture, en s'imprégnant dans la laine, l'affectent d'une certaine manière pour toujours, et la distinguent des autres laines, ainsi les traces du labeur moral disparaissent promptement de l'âme pour n'y laisser place qu'au bien et à la vertu : d'un autre côté, la volupté qui accompagne une action honteuse passe, et l'ignominie s'imbibe. Telles sont les marques visibles attachées à l'une et à l'autre âmes, sceau de glorification pour celle du juste, de condamnation pour celle du méchant. Il n'en faut point douter. Une vie dont tous les moments étaient consacrés à la justice, et d'augustes familiarités avec le Dieu qui lui parlait face à face, répandaient sur le visage de Moïse une splendeur étincelante qui s'échappait en forme de gloire : de même, par suite de la contemplation, dans la pratique de la prophétie et des bonnes œuvres, je ne sais quelle divine puissance de bonté s'attache à l'âme du juste, et imprime sur sa figure comme un sceau brillant de justice, espèce de rayonnement intellectuel que je comparerais volontiers à la chaleur du soleil, lumière unie à l'âme par la charité indéfectible, qui lui vient de Dieu, et lui apporte quelque chose de Dieu. Ainsi devient semblable au Dieu sauveur le Gnostique véritable, qui s'est élevé, dans la mesure que comporte la faiblesse humaine, jusqu'à la perfection « du Père qui est dans les cieux. » C'est ce Père de miséricorde qui a dit :

« Mes petits enfants, encore un peu de temps, et je suis avec vous. »

La bonté que Dieu possède par nature n'est pas la raison pour laquelle il « de« meure éternellement heureux et incorruptible, sans souci d'aucune affaire, sans susciter aucun embarras à qui que ce soit (32) » mais bienfaisant par une propriété de son essence ; 535 Dieu véritable, père tendre, incessamment occupé à faire du bien, tels sont les motifs pour lesquels il demeure éternellement dans le même état de bonté. A quoi servirait une bonté oisive, qui ne se manifesterait point par des actes de bonté ?

(15) Il y a ici une méprise de copiste. Ce passage appartient à saint Clément pape, et il est déjà cité sous ce nom, livre I des Stromates.

(16) Le plus ancien de tous les symboles est sans contredit la croix, Les plus antiques statues égyptiennes le tiennent déjà dans leur main, et sous le nom de clé du Nil, le présentent comme un emblème de la fecondité et du salut ; tantôt avec les quatre branches +-, tantôt avec le trois T seulement. — Tertullien, De Oratione, dit qu'il y a dans toute la nature tendance à former la croix pour adorer ou remercier le créateur, et que les oiseaux même la font en étendant leurs ailes. Justin-le-Martyr remarque que la croix est empreinte sur toute chose ; qu'il n'est aucun ouvrier qui n'en ait la figure sur ses instruments, et que l'homme la dessine sur son propre corps lorsqu'il élève les bras. Minucius Feftx parlant aux princes, s'écrie : « Les poteaux de vos trophées imitent l'instrument de notre salut, et l'armure que vous y suspendez est l'image du crucifié. Le navire même qui vogue à pleines voiles sur les mer forme et invoque la croix. » Enfin saint Jérôme, dans ses Comnettaires sur saint Marc, ajoute que l'homme ne peut invoquer le ciel, ni nager dans les eaux, sans être porté par la croix, qui est la forme de tout mouvement, de toute vie, et la figure même du monde.

La lettre grecque et phénicienne thau forme la croix T, et dans les nombres signifiait 300. La croix, dans les catacombes, se figurait de beaucoup de manières. Le plus souvent elle est carrée, à quatre branches ; c'est celle qu'on appelle croix grecque, parce que les Grecs du moyen-âge l'ont gardée de la primitive Église, époque où elle n'était pas plus grecque que romaine. Souvent elle est posée sur l'ancre de la foi, ou s'enlace dans le monogramme du Christ entre l'alpha et l'oméga. (17) Jésus, dont l'iota et l'êta sont les initiales. Ce passage est emprunté à l'apôtre saint Barnabé, chapitre 9.

(18) Lorsque les mathématiciens grecs voulurent désigner un angle, ils observèrent que le genou en faisait un, et le mot qui leur servait pour nommer le genou ( gonu ), composa le mot gone, qui chez eux signifie angle. Un nombre est appelé trigone ou triangulaire, quand ses unités peuvent être disposées en forme de triangles, où les côtes et les angles sont égaux, tels que 1, 3, 6, 10, 15, 27, etc.

(19) Comme l'addition des nombres naturels produit la suite des triangulaires, l'addition des nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13,17, 19, etc.. produit une progression par addition, 1, 4, 9, 16, 25, 36, 49, 64, 81, 100, etc., qui est la suite des nombres carrés, et qui forment la seconde espèce des nombres polygones. On les appelle tétragones, quadrangulaires, ou carrés, parce que leurs unités peuvent toujours être dispolées en forme de carré, comme on peut le voir par des figures applicables à 1, 4, 9, 16, 25, 36, etc.

(20) Inégaux ou barlongs, parce que, traduits en carrés, ils donneraient des carrés de dimension inégale, 3 X *4, 5 X 6, etc. Selon Potter, heteromekeis signifierait impair, parce que la série des chiffres est de 7. Mais avec cette explication, ex anisotétos, fait double emploi.

(21) Un nombre est pentagone qand par la disposition de ses unités il forme des figures régulières de cinq côtés, 1, 5, 12, 22, 25, 51, etc. C'est la troisième espèce des nombres polygones.

(22) Un nombre est hexagone quand il forme, par la disposition de ses unités, des figures régulières de six côtés, 1, 6, 15, 26, 45, 66, etc. De même pour les eptagones, les octogones, les ennéagones, etc.

(23) C'était là sans doute une tradition populaire chez les Juif» : toujours «t-il qu'on ne rencontre rien de semblable dans l'Écriturc-Sainte. Il n'en est pas de même d'Hippocrate, chez lequel on trouve ce calcul qu'Aegidius a reproduit dans les deux vers suivants :

Sex in lacte dies, tres sunt in sanguine terni,

Bisseni carnem, ter teni membra figurant. (24) Marquées en grec par la majuscule T, qui vaut 300.

(25) Ce mot signifie, en grec, la cinquantième.

(27) Nous adoptons ici l'explication de Potter.

(28) La Bible et la raison placent cet événement avant la fécondité de Sara.

(29) Ekinduneue. Ce verbe ne signifie pas seulement courir un danger, mais être traduit en justice. La Bible est la pour établir qu'Abrabam ne courut aucun danger de la part d'Abimélech, mais qu'il fut appelédevant lui pour rendre compte des motifs qu'il avait eus de cacher la véritable nature des liens qni l'unissaient à Sara.

(30) La justice est carrée, dit le texte. Cette expression est familiere à Platon et à Aristote pour désigner un homme dont les principes sont fortement arrêtés et qui n'offre sur lui-même aucune prise aux passions, aux événements, à l'opinion. Anér tetragonos, un homme à base carree.

(31) Nous lisons idioma, propriété, avec le docteur Lowth, au lieu de soma, corps.

(32) Selon Diogène de Laërce, c'est là le premier principe d'Épiacure : « L'être heureux et incorruptible ne se mêle d'aucune affaire et ne suscite aucun embarras à autrui. » Cicéron répete la même formule dans son Traité de la nature des dieux, livre I. Quod beatum et immortale est, id non habet, nec exhibet cuiquam negotium.

Il y a dans le ciel de hauts degrés de gloire réservé aux véritables Gnostiques et correspondant aux dignites d'évéque, de prêtre et de diacre dans l'Eglise terrestre.

L'homme qui, après avoir modéré d'abord ses passions, s'est ensuite exercé à l'impassibilité, puis est monté progressivement jusqu'à la pratique du bien qui constitue la perfection gnostique, devient sur la terre semblable aux anges. Revêtu de lumière et resplendissant comme le soleil par les actes de bonté qu'il produit, il marche par la connaissance qui s'appuie sur la justice et la charité, vers la sainte demeure, à l'exemple des apôtres. Ces derniers n'ont pas été investis de l'apostolat par un privilège inhérent à l'excellence de leur nature (33), ni par un droit d'élection antérieure ; car Judas fut choisi comme eux. Mais ils méritèrent l'apostolat aux yeux de celui qui connait d'avance la fin de toutes choses. Aussi voyons-nous Mathias, qui n'avait pas été choisi dans le même temps qu'eux, substitué à Judas, parce qu'il s'était montré digne de cette mission. Il est donc permis, de nos jours encore, à ceux qui se sont exercés dans la pratique des commandements, et qui ont vécu dans la perfection et dans la connaissance, conformément à l'Évangile, d'entrer dans le collège des apôtres (34). On est véritablement 536 prêtre de l'Église, on est diacre dans toute la rigueur de ce mot, c'est-à-dire, ministre de la volonté de Dieu, quand on exécute et que l'on enseigne ce que veut le Seigneur. L'ordination, le sacerdoce, ne font pas la justice. On n'est regardé comme prêtre que parce que l'on est juste. Et bien qu'ici-bas le simple prêtre n'occupe pas le siège d'honneur, « il prendra place sur un des vingt-quatre trônes, et jugera les peuples, » comme dit Jean dans l'Apocalypse. Car le Testament du salut, qui, depuis le commencement du monde, est arrivé jusqu'à nous, à travers les générations et les siècles, est Un, quoiqu'il diffère par le mode et l'application. Il suit de là que le don du salut est un et immuable, et qu'il émane d'un seul Dieu par l'intermédiaire d'un seul Seigneur, bien qu'il se soit manifesté de plusieurs manières. Ainsi tombe le mur mitoyen qui séparait te Grec d'avec le Juif pour faire de celui-ci un peuple privilégié (35). De la sorte, les deux peuples « se rencontrent dans une même « foi « et se confondent dans un seul peuple d'élus. « Les premiers d'entre les élus, dit Jean, sont ceux qui se sont élevés « jusqu'à la perfection de la connaissance, et qui, membres de l'Église, ont été honorés de la plus grande gloire. Juges et administrateurs, choisis indifféremment parmi les Juifs et parmi les Grecs, ils siègent au nombre de vingt-quatre par« ce que le bienfait de la grâce a été doublé (36). » La hiérarchie de l'Église terrestre avec son épiscopat, sa prêtrise, son diaconnat, n'est sans doute qu'une image de la gloire angélique, et des rangs divers destinés, suivant les promesses de l'Écriture, à ceux qui, marchant sur les traces des apôtres, auront vécn dans la perfection de la justice, conformément à l'Évangile. L'apôtre les voit enlevés d'abord sur les nuages, puis investis du diaconat, puis franchissant un nouveau degré dans la gloire céleste ( car la gloire diffère de la gloire. ) promus à 537 la prêtrise, et grandissant toujours jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à la plus haute perfection.

Une demeure est assignée dans le ciel, selon le mérite de chacun, à ceux qui aiment la vérité et qui font le bien. Les fidèles qui sont parvenus à ce bienheureux état « reposeront, c'est-à-dire, dans l'Eglise céleste où sont rassemblés les philosophes de Dieu, « les véritables Israélites qui ont le cœur pur et chez lesquels il n'est point de déguisement ; ceux qui, au lieu de s'arrêter dans le repos du septénaire (37), devenus semblables à Dieu par l'accomplissement des bonnes œuvres, montèrent jusqu'à l'octonaire, héritage promis à la vertu agissante, tabernacle où ils contemplent sans voile, avec le regard de l'esprit, le divin spectacle dont on ne peut se rassasier.

« Et j'ai d'autres brebis, dit le Seigneur, qui ne sont point de cette bergerie, »

ce qui signifie que d'après la mesure de leur foi elles ont été jugées dignes d'un autre bercail et d'une autre demeure.

« Mes brebis entendent ma voix ; »

c'est-à-dire, comprennent le sens intime de mes préceptes, et dans une interprétation magnifique et pleine de dignité, connaissent le dogme de la rémunération et aperçoivent les rapports mutuels qui enchainent les œuvres les unes aux autres. Lors donc que nous lisons dans l'Évangile :

nous ne supposons pas que le Sauveur ait voulu dire d'une manière absolue que tous ceux qui croiront, n'importe comment, seront sauvés. Nous savons qu'il faut joindre 538 les œuvres à la foi. Car, cette parole, le Sauveur l'adressait aux Juifs seuls qui étaient en possession de la loi, dont la vie était irréprochable et auxquels rien ne manquait, sinon de croire au Seigneur. L'intempérance exclut donc la foi. Il ne suffira pas au fidèle de sortir de la chair : il faudra nécessairement qu'il dépose le fardeau des vices et des passions avant de pouvoir parvenir à la demeure qui lui est assignée. Mais connaitre est plus que croire, de même aussi qu'être jugé digne de recevoir, en outre du salut, les plus grands honneurs que Dieu réserve aux justes, est supérieur au salut lui-même. Lors donc que notre fidèle est arrivé par un long exercice à se dépouiller des infirmités de l'âme, il passe dans un séjour plus heureux que celui où il résidait tout à l'heure, brisé par la douleur, expiant dans la pénitence les fautes qu'il a commises depuis son baptême. Il se punit avec rigueur, soit de n'avoir pas encore atteint, soit de ne pouvoir jamais atteindre le haut degré de gloire auquel il aspire et où d'autres sont déjà parvenus. Ses péchés le couvrent de honte et d'humiliation : il n'éprouve pas de supplice plus cruel ; car la justice de Dieu est pleine de miséricorde, et sa miséricorde pleine de justice. Ce n'est pas tout; après que chacun aura subi la peine de ses transgressions, et que les supplices auront cessé (38), les serviteurs qui n'auront été jugés dignes que d'un tabernacle inférieur, conserveront une douleur inconsolable de ne pouvoir partager la splendeur de leurs frères que Dieu a glorifiés à cause de leur justice.

Salomon, désignant le véritable Gnostique sous la dénomination de sage, s'exprime en ces termes au sujet de ceux qui contemplent avec admiration la dignité dont le Chrétien parfait a été revêtu :

« Ils verront la fin du sage et ils ne comprendront pas ce que Dieu a décrété sur lui, et à quoi il l'a destiné ; » et ils diront de sa gloire :

« Le voilà, celui que nous avions en mépris et qui était l'objet de nos outrages. Insensés que nous étions ! nous avons estimé sa vie une démence 539 et sa fin un opprobre ! Comment est il compté parmi les fils de Dieu, et comment son partage est-il entre les saints ? » Ce n'est donc pas seulement le fidèle, mais encore le païen, qui est à juste titre passible du jugement. Sachant, en effet, dans son éternelle prescience que la gentilité ne croirait pas eu lui, Dieu néanmoins, pour l'élever à la perfection dont elle était susceptible, lui accorda la philosophie, mais seulement comme une préparation à la foi. Il lui donna pour objets d'adoration le soleil, la lune et les astres, que Dieu a faits pour les nations, dit la loi (39), de peur que, vivant sans Dieu et dans une complète impiété, elles ne périssent entièrement. Mais ces peuples ingrats, infidèles au commandement divin, adorèrent des images taillées. Or, si le même repentir ne les purifie pas, ils seront châtiés, ceux-ci, pour n'avoir pas voulu croire en Dieu, lorsqu'ils en avaient le pouvoir ; ceux-là, parce qu'avec la volonté d'être fidèles ils n'ont rien fait pour réaliser leur désir ; quelques autres même aussi, pour ne s'être pas élevés de l'adoration des astres à l'adoration de celui qui créa les astres. Encore un coup, Dieu avait suspendu sur leurs têtes les étoiles comme un chemin qui les conduisait à lui. Mais bien loin de s'en tenir aux corps lumineux qui leur avaient été accordés dans ce but, ils redescendirent des cieux pour s'agenouiller devant le bois et la pierre, « réputés dès lors comme une paille « qu'emporté le vent, dit l'Écriture, comme une goutte d'eau

« qui tombe dans le vase ; » c'est-à-dire, estimés inhabiles au salut, et retranchés du corps de l'humanité ! De même qu'opérer son salut simplement est une œuvre moyenne, tandis que le faire dans toute la perfection du devoir est une œuvre entièrement bonne, de même toutes les œuvres du Gnostique sont marquées du sceau de la perfection ; celles du fidèle vulgaire n'ont qu'une bouté moyenne, parce qu'elles ne sont encore ni consommées par la raison ni dirigées par la science. Toutes les actions du Gentil, au contraire, sont des pé- 540 chés. L'Écriture, en effet, ne nous dit pas simplement : le bien, elle nous recommande en outre de diriger nos actions vers un but et de leur donner pour principe la raison. Les mains inhabiles sur la lyre ou sur la flûte doivent s'abstenir de ces instruments ; de même ceux qui ne possèdent pas la connaissance, et qui ne savent pas comment il faut user des choses de la vie pendant qu'ils sont ici-bas ne doivent pas y toucher. Ce n'est pas seulement sur les champs de bataille que les guerriers combattent pour la liberté : quiconque a reçu l'onction du Verbe, rougissant d'une noble honte à la pensée d'être traîné captif par la volupté, livre de généreux combats sur la couche de son sommeil, pendant ses repas, à la face des tribunaux.

« Je ne vendrai jamais ma vertu pour un injuste gain. »

Qu'est-ce que ce gain injuste? Evidemment le plaisir et la douleur, la crainte et l'angoisse, et, pour le dire en un mot, les différentes passions qui travaillent notre âme, douces dans le présent, mais pleines d'amertume le moment d'après,

« Que vous sert, en effet, de gagner le monde entier, dit le Seigneur, si vous perdez votre âme ? » Il est donc manifeste que les hommes, stériles en bonnes œuvres, ne connaissent pas ce qui leur est profitable. S'il en est ainsi, ils ne sont pas même capables de demander à Dieu ce qui est bon, puisqu'ils ignorent quels sont les vrais biens, et ils les recevraient qu'ils les posséderaient à leur insu, impuissants qu'ils sont à en faire un digne usage, et absolument étrangers par la connaissance à la manière de se servir convenablement des présents de Dieu.

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