Nicomède (page 7)
Qu’avoir un fils si grand est ma plus grande gloire.
Mais parmi les douceurs qu’enfin nous recevons,
Faites-nous savoir, Prince, à qui nous vous devons.
NICOMÈDE.
L’auteur d’un si grand coup m’a caché son visage ;
1820Mais il m’a demandé mon diamant pour gage,
Et me le doit ici rapporter dès demain.
ATTALE.
Le voulez-vous, Seigneur, reprendre de ma main ?
NICOMÈDE.
Ah ! laissez-moi toujours à cette digne marque
Reconnoître en mon sang un vrai sang de monarque.
1825Ce n’est plus des Romains l’esclave ambitieux,
C’est le libérateur d’un sang si précieux.
Mon frère, avec mes fers vous en brisez bien d’autres :
Ceux du Roi, de la Reine, et les siens et les vôtres.
Mais pourquoi vous cacher en sauvant tout l’État ?
ATTALE.
1830Pour voir votre vertu dans son plus haut éclat ;
Pour la voir seule agir contre notre injustice,
Sans la préoccuper par ce foible service ;
Et me venger enfin ou sur vous ou sur moi,
Si j’eusse mal jugé de tout ce que je voi.
Mais, Madame…
ARSINOÉ.
1835Mais, Madame…Il suffit, voilà le stratagème
Que vous m’aviez promis pour moi contre moi-même.
(À Nicomède.)
Et j’ai l’esprit, seigneur, d’autant plus satisfait,
Que mon sang rompt le cours du mal que j’avais fait.
NICOMÈDE., à Flaminius
Seigneur, à découvert, toute âme généreuse
1840D’avoir votre amitié doit se tenir heureuse ;
Mais nous n’en voulons plus avec ces dures lois
Qu’elle jette toujours sur la tête des rois :
Nous vous la demandons hors de la servitude,
Ou le nom d’ennemi nous semblera moins rude.
FLAMINIUS, à Nicomède.
1845C’est de quoi le sénat pourra délibérer ;
Mais cependant pour lui j’ose vous assurer,
Prince, qu’à ce défaut vous aurez son estime,
Telle que doit l’attendre un cœur si magnanime ;
Et qu’il croira se faire un illustre ennemi,
1850S’il ne vous reçoit pas pour généreux ami.
PRUSIAS.
Nous autres, réunis sous de meilleurs auspices,
Préparons à demain de justes sacrifices ;
Et demandons aux Dieux, nos dignes souverains,
Pour comble de bonheur l’amitié des Romains.
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.