La Reine Margot (page 6)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Reine Margot (Dumas) · 63 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Allons, marchons devant nous, pensa-t-il ; il faudra bien que je finisse par rencontrer quelqu’un.

Et il s’engagea dans le couloir, qui allait toujours s’assombrissant.

Tout à coup la porte opposée à celle par laquelle il était entré s’ouvrit, et deux pages parurent, portant des flambeaux et éclairant une femme d’une taille imposante, d’un maintien majestueux, et surtout d’une admirable beauté.

La lumière porta en plein sur La Mole, qui demeura immobile.

La femme s’arrêta, de son côté, comme La Mole s’était arrêté du sien.

— Que voulez-vous, Monsieur ? demanda-t-elle au jeune homme d’une voix qui bruit à ses oreilles comme une musique délicieuse.

— Oh ! Madame, dit La Mole en baissant les yeux, excusez-moi, je vous prie. Je quitte M. de Mouy, qui a eu l’obligeance de me conduire jusqu’ici, et je cherchais le roi de Navarre.

— Sa Majesté n’est point ici, Monsieur ; elle est, je crois, chez son beau-frère. Mais, en son absence, ne pourriez-vous dire à la reine… ?

— Oui, sans doute, Madame, reprit La Mole, si quelqu’un daignait me conduire devant elle.

— Vous y êtes, Monsieur.

— Comment ! s’écria La Mole.

— Je suis la reine de Navarre, dit Marguerite.

La Mole fit un mouvement tellement brusque de stupeur et d’effroi que la reine sourit.

— Parlez vite, Monsieur, dit-elle, car on m’attend chez la reine mère.

— Oh ! Madame, si vous êtes si instamment attendue, permettez-moi de m’éloigner, car il me serait impossible de vous parler en ce moment. Je suis incapable de rassembler deux idées ; votre vue m’a ébloui. Je ne pense plus, j’admire.

Marguerite s’avança pleine de grâce et de beauté vers ce jeune homme, qui, sans le savoir, venait d’agir en courtisan raffiné.

— Remettez-vous, Monsieur, dit-elle. J’attendrai et l’on m’attendra.

— Oh ! pardonnez-moi, Madame, si je n’ai point salué d’abord Votre Majesté avec tout le respect qu’elle a le droit d’attendre d’un de ses plus humbles serviteurs, mais…

— Mais, continua Marguerite, vous m’aviez prise pour une de mes femmes.

— Non, Madame, mais pour l’ombre de la belle Diane de Poitiers. On m’a dit qu’elle revenait au Louvre.

— Allons, Monsieur, dit Marguerite, je ne m’inquiète plus de vous, et vous ferez fortune à la cour. Vous aviez une lettre pour le roi, dites-vous ? C’était fort inutile. Mais, n’importe, où est-elle ? Je la lui remettrai… Seulement, hâtez-vous, je vous prie.

En un clin d’œil La Mole écarta les aiguillettes de son pourpoint, et tira de sa poitrine une lettre enfermée dans une enveloppe de soie.

Marguerite prit la lettre et regarda l’écriture

— N’êtes-vous pas monsieur de La Mole ? dit-elle.

— Oui, Madame. Oh ! mon Dieu ! aurais-je le bonheur que mon nom fût connu de Votre Majesté ?

— Je l’ai entendu prononcer par le roi mon mari, et par mon frère le duc d’Alençon. Je sais que vous êtes attendu.

Et elle glissa dans son corsage, tout raide de broderies et de diamants, cette lettre qui sortait du pourpoint du jeune homme, et qui était encore tiède de la chaleur de sa poitrine. La Mole suivait avidement des yeux chaque mouvement de Marguerite.

— Maintenant, Monsieur, dit-elle, descendez dans la galerie au-dessous, et attendez jusqu’à ce qu’il vienne quelqu’un de la part du roi de Navarre ou du duc d’Alençon. Un de mes pages va vous conduire.

À ces mots, Marguerite continua son chemin. La Mole se rangea contre la muraille. Mais le passage était si étroit, et le vertugadin de la reine de Navarre si large, que sa robe de soie effleura l’habit du jeune homme, tandis qu’un parfum pénétrant s’épandait là où elle avait passé.

La Mole frissonna par tout son corps, et, sentant qu’il allait tomber, chercha un appui contre le mur.

Marguerite disparut comme une vision.

— Venez-vous, Monsieur ? dit le page chargé de conduire La Mole dans la galerie inférieure.

— Oh ! oui, oui, s’écria La Mole enivré ; car comme le jeune homme lui indiquait le chemin par lequel venait de s’éloigner Marguerite, il espérait, en se hâtant, la revoir encore.

En effet, en arrivant au haut de l’escalier, il l’aperçut à l’étage inférieur ; et soit hasard, soit que le bruit de ses pas fût arrivé jusqu’à elle, Marguerite ayant relevé la tête, il put la voir encore une fois.

— Oh ! dit-il en suivant le page, ce n’est pas une mortelle, c’est une déesse ; et, comme dit Virgilius Maro :

Et vera incessu patuit dea.

— Eh bien ? demanda le jeune page.

— Me voici, dit La Mole ; pardon, me voici.

Le page précéda La Mole, descendit un étage, ouvrit une première porte, puis une seconde, et s’arrêtant sur le seuil :

— Voici l’endroit où vous devez attendre, lui dit-il.

La Mole entra dans la galerie, dont la porte se referma derrière lui.

La galerie était vide, à l’exception d’un gentilhomme qui se promenait, et qui, de son côté, paraissait attendre.

Déjà le soir commençait à faire tomber de larges ombres du haut des voûtes, et, quoique les deux hommes fussent à peine à vingt pas l’un de l’autre, ils ne pouvaient distinguer leurs visages. La Mole s’approcha.

— Dieu me pardonne ! murmura-t-il quand il ne fut plus qu’à quelques pas du second gentilhomme, c’est M. le comte de Coconnas que je retrouve ici.

Au bruit de ses pas, le Piémontais s’était déjà retourné, et le regardait avec le même étonnement qu’il en était regardé.

— Mordi ! s’écria-t-il, c’est M. de La Mole, ou le diable m’emporte ! Ouf ! que fais-je donc là ! je jure chez le roi ; mais bah ! il paraît que le roi jure bien autrement encore que moi, et jusque dans les églises. Eh, mais ! nous voici donc au Louvre ?…

— Comme vous voyez. M. de Besme vous a introduit ?

— Oui. C’est un charmant Allemand que ce M. de Besme… Et vous, qui vous a servi de guide ?

— M. de Mouy… Je vous disais bien que les huguenots n’étaient pas trop mal en cour non plus… Et avez-vous rencontré M. de Guise ?

— Non, pas encore… Et vous, avez-vous obtenu votre audience du roi de Navarre ?

— Non ; mais cela ne peut tarder. On m’a conduit ici, et l’on m’a dit d’attendre.

— Vous verrez qu’il s’agit de quelque grand souper, et que nous serons côte à côte au festin. Quel singulier hasard, en vérité ! Depuis deux heures le sort nous marie… Mais qu’avez-vous ? vous semblez préoccupé…

— Moi ! dit vivement La Mole en tressaillant, car en effet il demeurait toujours comme ébloui par la vision qui lui était apparue ; non, mais le lieu où nous nous trouvons fait naître dans mon esprit une foule de réflexions.

— Philosophiques, n’est-ce pas ? c’est comme moi. Quand vous êtes entré, justement, toutes les recommandations de mon précepteur me revenaient à l’esprit. Monsieur le comte, connaissez-vous Plutarque ?

— Comment donc ! dit La Mole en souriant, c’est un de mes auteurs favoris.

— Eh bien, continua Coconnas gravement, ce grand homme ne me paraît pas s’être abusé quand il compare les dons de la nature à des fleurs brillantes, mais éphémères, tandis qu’il regarde la vertu comme une plante balsamique d’un impérissable parfum et d’une efficacité souveraine pour la guérison des blessures.

— Est-ce que vous savez le grec, monsieur de Coconnas ? dit La Mole en regardant fixement son interlocuteur.

— Non pas ; mais mon précepteur le savait, et il m’a fort recommandé, lorsque je serais à la cour, de discourir sur la vertu. Cela, dit-il, a fort bon air. Aussi, je suis cuirassé sur ce sujet, je vous en avertis. À propos, avez-vous faim ?

— Non.

— Il me semble cependant que vous teniez à la volaille embrochée de la Belle-Étoile ; moi, je meurs d’inanition.

— Eh bien, monsieur de Coconnas, voici une belle occasion d’utiliser vos arguments sur la vertu et de prouver votre admiration pour Plutarque, car ce grand écrivain dit quelque part : Il est bon d’exercer l’âme à la douleur et l’estomac à la faim. Prepon esti tên men psuchên odunê, ton de gastéra semô askeïn.

— Ah çà ! vous le savez donc le grec ? s’écria Coconnas stupéfait.

— Ma foi, oui ! répondit La Mole ; mon précepteur me l’a appris, à moi.

— Mordi ! comte, votre fortune est assurée en ce cas ; vous ferez des vers avec le roi Charles IX, et vous parlerez grec avec la reine Marguerite.

— Sans compter, ajouta La Mole en riant, que je pourrai encore parler gascon avec le roi de Navarre.

En ce moment, l’issue de la galerie qui aboutissait chez le roi s’ouvrit ; un pas retentit, on vit dans l’obscurité une ombre s’approcher. Cette ombre devint un corps. Ce corps était celui de M. de Besme.

Il regarda les deux jeunes gens sous le nez, afin de reconnaître le sien, et fit signe à Coconnas de le suivre.

Coconnas salua de la main La Mole.

De Besme conduisit Coconnas à l’extrémité de la galerie, ouvrit une porte, et se trouva avec lui sur la première marche d’un escalier.

Arrivé là, il s’arrêta, et regardant tout autour de lui, puis en haut, puis en bas :

— Monsir de Gogonnas, dit-il, où temeurez-fous ?

— À l’auberge de la Belle-Étoile, rue de l’Arbre-Sec.

— Pon, pon ! être à teux bas t’izi… Rentez-fous fite à fotre hodel, et ste nuit…

Il regarda de nouveau autour de lui.

— Eh bien, cette nuit ? demanda Coconnas.

— Eh pien, ste nuit, refenez izi afec un groix planche à fotre jabeau. Li mot di basse, il sera Gouise. Chut ! pouche glose.

— Mais à quelle heure dois-je venir ?

— Gand fous ententrez le doguesin.

— Comment, le doguesin ? demanda Coconnas.

— Foui, le doguesin : pum ! pum !…

— Ah ! le tocsin ?

— Oui, c’être cela que che disais.

— C’est bien ! on y sera, dit Coconnas.

Et saluant de Besme, il s’éloigna en se demandant tout bas :

— Que diable veut-il donc dire, et à propos de quoi sonnera-t-on le tocsin ? N’importe ! je persiste dans mon opinion : c’est un charmant Tédesco que M. de Besme. Si j’attendais le comte de La Mole ?… Ah ! ma foi, non ; il est probable qu’il soupera avec le roi de Navarre.

Et Coconnas se dirigea vers la rue de l’Arbre-Sec, où l’attirait comme un aimant l’enseigne de la Belle-Étoile.

Pendant ce temps une porte de la galerie correspondant aux appartements du roi de Navarre s’ouvrit, et un page s’avança vers M. de La Mole.

— C’est bien vous qui êtes le comte de La Mole ? dit-il.

— C’est moi-même.

— Où demeurez-vous ?

— Rue de l’Arbre-Sec, à la Belle-Étoile.

— Bon ! c’est à la porte du Louvre. Écoutez… Sa Majesté vous fait dire qu’elle ne peut vous recevoir en ce moment ; peut-être cette nuit vous enverra-t-elle chercher. En tout cas, si demain matin vous n’aviez pas reçu de ses nouvelles, venez au Louvre.

— Mais si la sentinelle me refuse la porte ?

— Ah ! c’est juste… Le mot de passe est Navarre ; dites ce mot, et toutes les portes s’ouvriront devant vous.

— Merci.

— Attendez, mon gentilhomme ; j’ai ordre de vous reconduire jusqu’au guichet, de peur que vous ne vous perdiez dans le Louvre.

— À propos, et Coconnas ? se dit La Mole à lui-même quand il se trouva hors du palais. Oh ! il sera resté à souper avec le duc de Guise.

Mais en rentrant chez maître La Hurière, la première figure qu’aperçut notre gentilhomme fut celle de Coconnas attablé devant une gigantesque omelette au lard.

— Oh ! oh ! s’écria Coconnas en riant aux éclats, il paraît que vous n’avez pas plus dîné chez le roi de Navarre que je n’ai soupé chez M. de Guise.

— Ma foi, non.

— Et la faim vous est-elle venue ?

— Je crois que oui.

— Malgré Plutarque ?

— Monsieur le comte, dit en riant La Mole, Plutarque dit dans un autre endroit : « Qu’il faut que celui qui a partage avec celui qui n’a pas. » Voulez-vous, pour l’amour de Plutarque, partager votre omelette avec moi, nous causerons de la vertu en mangeant ?

— Oh ! ma foi, non, dit Coconnas ; c’est bon quand on est au Louvre, qu’on craint d’être écouté et qu’on a l’estomac vide. Mettez-vous là, et soupons.

— Allons, je vois que décidément le sort nous a fait inséparables. Couchez-vous ici ?

— Je n’en sais rien.

— Ni moi non plus.

— En tout cas je sais bien où je passerai la nuit, moi.

— Où cela ?

— Où vous la passerez vous-même, c’est immanquable.

Et tous deux se mirent à rire, en faisant de leur mieux honneur à l’omelette de maître La Hurière.

VI la dette payée.

Maintenant, si le lecteur est curieux de savoir pourquoi M. de La Mole n’avait pas été reçu par le roi de Navarre, pourquoi M. de Coconnas n’avait pu voir M. de Guise, et enfin pourquoi tous deux, au lieu de souper au Louvre avec des faisans, des perdrix et du chevreuil, soupaient à l’hôtel de la Belle-Étoile avec une omelette au lard, il faut qu’il ait la complaisance de rentrer avec nous au vieux palais des rois, et de suivre la reine Marguerite de Navarre que de La Mole avait perdue de vue à l’entrée de la grande galerie.

Tandis que Marguerite descendait cet escalier, le duc Henri de Guise, qu’elle n’avait pas revu depuis la nuit de ses noces, était dans le cabinet du roi. À cet escalier que descendait Marguerite, il y avait une issue. À ce cabinet où était M. de Guise, il y avait une porte. Or, cette porte et cette issue conduisaient toutes deux à un corridor, lequel corridor conduisait lui-même aux appartements de la reine mère Catherine de Médicis.

Catherine de Médicis était seule, assise près d’une table, le coude appuyé sur un livre d’heures entr’ouvert, et la tête posée sur sa main encore remarquablement belle, grâce au cosmétique que lui fournissait le Florentin René, qui réunissait la double charge de parfumeur et d’empoisonneur de la reine mère.

La veuve de Henri II était vêtue de ce deuil qu’elle n’avait point quitté depuis la mort de son mari. C’était à cette époque une femme de cinquante-deux à cinquante-trois ans à peu près, qui conservait, grâce à son embonpoint plein de fraîcheur, les traits de sa première beauté. Son appartement, comme son costume, était celui d’une veuve. Tout y était d’un caractère sombre : étoffes, murailles, meubles. Seulement, au-dessus d’une espèce de dais couvrant un fauteuil royal, où pour le moment dormait couchée la petite levrette favorite de la reine mère, laquelle lui avait été donnée par son gendre Henri de Navarre et avait reçu le nom mythologique de Phébé, on voyait peint au naturel un arc-en-ciel entouré de cette devise grecque que le roi François Ier lui avait donnée : Phôs pherei ê de kai aïthzên, et qui peut se traduire par ce vers français :

Il porte la lumière et la sérénité.

Tout à coup, et au moment où la reine mère paraissait plongée au plus profond d’une pensée qui faisait éclore sur ses lèvres peintes avec du carmin un sourire lent et plein d’hésitation, un homme ouvrit la porte, souleva la tapisserie et montra son visage pâle en disant :

— Tout va mal.

Catherine leva la tête et reconnut le duc de Guise.

— Comment, tout va mal ! répondit-elle. Que voulez-vous dire, Henri ?

— Je veux dire que le roi est plus que jamais coiffé de ses huguenots maudits, et que, si nous attendons son congé pour exécuter la grande entreprise, nous attendrons encore longtemps et peut-être toujours.

— Qu’est-il donc arrivé ? demanda Catherine en conservant ce visage calme qui lui était habituel, et auquel elle savait cependant si bien, selon l’occasion, donner les expressions les plus opposées.

— Il y a que tout à l’heure, pour la vingtième fois, j’ai entamé avec Sa Majesté cette question de savoir si l’on continuerait de supporter les bravades que se permettent, depuis la blessure de leur amiral, messieurs de la religion.

— Et que vous a répondu mon fils ? demanda Catherine.

— Il m’a répondu : « Monsieur le duc, vous devez être soupçonné du peuple comme auteur de l’assassinat commis sur mon second père monsieur l’amiral ; défendez-vous comme il vous plaira. Quant à moi, je me défendrai bien moi-même si l’on m’insulte… » Et sur ce il m’a tourné le dos pour aller donner à souper à ses chiens.

— Et vous n’avez point tenté de le retenir ?

— Si fait. Mais il m’a répondu avec cette voix que vous lui connaissez et en me regardant de ce regard qui n’est qu’à lui : « Monsieur le duc, mes chiens ont faim, et ce ne sont pas des hommes pour que je les fasse attendre… » Sur quoi je suis venu vous prévenir.

— Et vous avez bien fait, dit la reine mère.

— Mais que résoudre ?

— Tenter un dernier effort.

— Et qui l’essayera ?

— Moi. Le roi est-il seul ?

— Non. Il est avec M. de Tavannes.

— Attendez-moi ici. Ou plutôt suivez-moi de loin.

Catherine se leva aussitôt et prit le chemin de la chambre où se tenaient, sur des tapis de Turquie et des coussins de velours, les lévriers favoris du roi. Sur des perchoirs scellés dans la muraille étaient deux ou trois faucons de choix et une petite pie-grièche avec laquelle Charles IX s’amusait à voler les petits oiseaux dans le jardin du Louvre et dans ceux des Tuileries, qu’on commençait à bâtir.

Pendant le chemin la reine mère s’était arrangé un visage pâle et plein d’angoisse, sur lequel roulait une dernière ou plutôt une première larme.

Elle s’approcha sans bruit de Charles IX, qui donnait à ses chiens des fragments de gâteaux coupés en portions pareilles.

— Mon fils ! dit Catherine avec un tremblement de voix si bien joué qu’il fit tressaillir le roi.

— Qu’avez-vous, Madame ? dit le roi en se retournant vivement.

— J’ai, mon fils, répondit Catherine, que je vous demande la permission de me retirer dans un de vos châteaux, peu m’importe lequel, pourvu qu’il soit bien éloigné de Paris.

— Et pourquoi cela, Madame ? demanda Charles IX en fixant sur sa mère son œil vitreux qui, dans certaines occasions, devenait si pénétrant.

— Parce que chaque jour je reçois de nouveaux outrages de ceux de la religion, parce qu’aujourd’hui je vous ai entendu menacer par les protestants jusque dans votre Louvre, et que je ne veux plus assister à de pareils spectacles.

— Mais enfin, ma mère, dit Charles IX avec une expression pleine de conviction, on leur a voulu tuer leur amiral. Un infâme meurtrier leur avait déjà assassiné le brave M. de Mouy, à ces pauvres gens. Mort de ma vie, ma mère ! il faut pourtant une justice dans un royaume.

— Oh ! soyez tranquille, mon fils, dit Catherine, la justice ne leur manquera point, car si vous la leur refusez, ils se la feront à leur manière : sur M. de Guise aujourd’hui, sur moi demain, sur vous plus tard.

— Oh ! Madame, dit Charles IX laissant percer dans sa voix un premier accent de doute, vous croyez ?

— Eh ! mon fils, reprit Catherine, s’abandonnant tout entière à la violence de ses pensées, ne savez-vous pas qu’il ne s’agit plus de la mort de M. François de Guise ou de celle de M. l’amiral, de la religion protestante ou de la religion catholique, mais tout simplement de la substitution du fils d’Antoine de Bourbon au fils de Henri II ?

Tous les livres