Les Trois Mousquetaires (page 43)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le roi était triste et paraissait malade, ce qui lui ôtait de sa haute mine. En effet, la veille la fièvre l’avait pris au milieu du parlement et tandis qu’il tenait son lit de justice. Il n’en était pas moins décidé à partir le soir même, et malgré les observations qu’on lui avait faites, il avait voulu passer sa revue, espérant, par ce premier coup de vigueur, vaincre la maladie qui commençait à s’emparer de lui.

La revue passée, les gardes se mirent seuls en marche, les mousquetaires ne devant partir qu’avec le roi, ce qui permit à Porthos d’aller faire, avec son superbe équipage, un tour dans la rue aux Ours.

La procureuse le vit passer avec son uniforme neuf et sur son beau cheval. Elle aimait trop Porthos pour le laisser partir ainsi ; elle lui fit signe de descendre et de venir auprès d’elle. Porthos était magnifique ; ses éperons résonnaient, sa cuirasse brillait, son épée lui battait fièrement les jambes. Cette fois les clercs n’eurent aucune envie de rire, tant Porthos avait l’air d’un coupeur d’oreilles.

Le mousquetaire fut introduit près de M. Coquenard, dont le petit œil gris brilla de colère en voyant son prétendu cousin tout flamboyant. Cependant une chose le consola intérieurement, c’est qu’on disait partout que la campagne serait rude : il espérait tout doucement au fond du cœur que Porthos y serait tué.

Porthos présenta ses compliments à maître Coquenard et lui fit ses adieux ; maître Coquenard lui souhaita toutes sortes de prospérités. Quant à Mme Coquenard, elle ne pouvait retenir ses larmes ; mais on ne tira aucune mauvaise pensée de sa douleur ; on la savait fort attachée à ses parents, pour lesquels elle avait toujours eu de cruelles disputes avec son mari.

Tant que la procureuse put suivre des yeux son beau cousin, elle agita un mouchoir en se penchant hors de la fenêtre, à faire croire qu’elle voulait se précipiter. Porthos reçut toutes ces marques de tendresse en homme habitué à de pareilles démonstrations. Seulement, en tournant le coin de la rue, il souleva son feutre et l’agita en signe d’adieu.

De son côté, Aramis écrivait une longue lettre. À qui ? Personne n’en savait rien. Dans la chambre voisine, Ketty, qui devait partir le soir même pour Tours, attendait cette lettre mystérieuse.

Athos buvait à petits coups la dernière bouteille de son vin d’Espagne.

Pendant ce temps, d’Artagnan défilait avec sa compagnie. En arrivant au faubourg Saint-Antoine, il se retourna pour regarder gaîment la Bastille, à laquelle il avait échappé jusqu’alors. Comme c’était la Bastille seulement qu’il regardait, il ne vit point milady qui, montée sur un cheval isabelle, le désignait du doigt à deux hommes de mauvaise mine, qui s’approchèrent aussitôt des rangs pour le reconnaître. Sur une interrogation qu’ils firent du regard, milady répondit par un signe que c’était bien lui. Puis, certaine qu’il ne pouvait plus y avoir de méprise dans l’exécution de ses ordres, elle piqua son cheval et disparut.

Les deux hommes suivirent alors la compagnie, et à la sortie du faubourg Saint-Antoine, montèrent sur des chevaux tout préparés qu’un domestique sans livrée tenait en main en les attendant.

CHAPITRE XLI. LE SIÉGE DE LA ROCHELLE.

e siége de La Rochelle fut un des plus grands évènements du règne de Louis XIII, et une des plus grandes entreprises militaires du cardinal. Il est donc intéressant et même nécessaire que nous en disions quelques mots, plusieurs détails de ce siége se liant d’ailleurs d’une manière trop importante à l’histoire que nous avons entrepris de raconter, pour que nous les passions sous silence.

Les vues politiques du cardinal, lorsqu’il entreprit ce siége, étaient considérables. Exposons-les d’abord, puis nous passerons aux vues particulières qui n’eurent peut-être pas sur Son Éminence moins d’influence que les premières.

Des villes importantes données par Henri IV aux huguenots comme places de sûreté, il ne restait plus que La Rochelle. Il s’agissait donc de détruire ce dernier boulevard du calvinisme ; levain dangereux auquel se venaient incessamment mêler des ferments de révolte civile ou de guerre étrangère.

Espagnols, Anglais, Italiens mécontents, aventuriers de toute nation, soldats de fortune de toute secte, accouraient au premier appel sous les drapeaux des protestants et s’organisaient comme une vaste association dont les branches divergeaient à loisir sur tous les points de l’Europe.

La Rochelle, qui avait pris une nouvelle importance de la ruine des autres villes calvinistes, était donc le foyer des dissensions et des ambitions. Il y avait plus : son port était la dernière porte ouverte aux Anglais dans le royaume de France, et en la fermant à l’Angleterre, notre éternelle ennemie, le cardinal achevait l’œuvre de Jeanne d’Arc et du duc de Guise.

Aussi Bassompierre, qui était à la fois protestant et catholique, protestant de conviction et catholique comme commandeur du Saint-Esprit, Bassompierre, qui était Allemand de naissance et Français de cœur, Bassompierre enfin, qui avait un commandement particulier au siége de La Rochelle, disait-il en chargeant à la tête de plusieurs autres seigneurs protestants comme lui :

— Vous verrez, messieurs, que nous serons assez bêtes pour prendre La Rochelle.

Et Bassompierre avait raison : la canonnade de l’île de Ré lui présageait les dragonnades des Cévennes ; la prise de La Rochelle était la préface de la révocation de l’édit de Nantes.

Mais, à côté de ces vues du ministre niveleur et simplificateur et qui appartiennent à l’histoire, le chroniqueur est bien forcé de reconnaître les petites visées de l’homme amoureux et du rival jaloux.

Richelieu, comme chacun sait, avait été amoureux de la reine ; cet amour avait-il chez lui un simple but politique, ou était-ce tout naturellement une de ces profondes passions comme en inspira Anne d’Autriche à ceux qui l’entouraient ? C’est ce que nous ne saurions dire, mais en tous cas on a vu par les développements antérieurs de cette histoire, que Buckingham l’avait emporté sur lui et que, dans deux ou trois circonstances et particulièrement dans celle des ferrets, il l’avait, grâce au dévoûment des trois mousquetaires et au courage de d’Artagnan, cruellement mystifié.

Il s’agissait donc pour Richelieu, non seulement de débarrasser la France d’un ennemi, mais de se venger d’un rival. Au reste la vengeance devait être grande et éclatante, et digne en tout d’un homme qui tient dans sa main pour épée les forces de tout un royaume.

Richelieu savait qu’en combattant l’Angleterre, il combattait Buckingham ; qu’en triomphant de l’Angleterre, il triomphait de Buckingham ; enfin qu’en humiliant l’Angleterre aux yeux de l’Europe, il humiliait Buckingham aux yeux de la reine.

De son côté Buckingham, tout en mettant en avant l’honneur de l’Angleterre, était mu par des intérêts absolument semblables à ceux du cardinal. Buckingham aussi poursuivait une vengeance particulière. Sous aucun prétexte Buckingham n’avait pu rentrer en France comme ambassadeur ; il voulait y rentrer comme conquérant.

Il en résulte que le véritable enjeu de cette partie que les deux puissants royaumes jouaient pour le bon plaisir de deux hommes amoureux, était un simple regard d’Anne d’Autriche.

Le premier avantage avait été au duc de Buckingham ; arrivé inopinément en vue de l’île de Ré avec quatre-vingt-dix vaisseaux et vingt mille hommes à peu près, il avait surpris le comte de Toiras, qui commandait pour le roi dans l’île, et, après un combat sanglant, il avait opéré son débarquement.

Relatons en passant que dans ce combat avait péri le baron de Chantal. Le baron de Chantal laissait orpheline une petite fille de dix-huit mois.

Cette petite fille fut depuis Mme de Sévigné.

Le comte de Toiras se retira dans la citadelle Saint-Martin avec la garnison et jeta une centaine d’hommes dans un petit fort qu’on appelait le fort de la Prée.

Cet évènement avait hâté les résolutions du cardinal, et en attendant que le roi et lui pussent aller prendre le commandement du siége de la Rochelle, qui était résolu, il avait fait partir Monsieur pour diriger les premières opérations, et avait fait filer vers le théâtre de la guerre toutes les troupes dont il avait pu disposer.

C’était de ce détachement envoyé en avant-garde que faisait partie notre ami d’Artagnan.

Le roi, comme nous l’avons dit, devait suivre aussitôt son lit de justice tenu. En se levant de ce lit de justice le 28 juin, il s’était senti pris par la fièvre. Il n’en avait pas moins voulu partir, mais son état empirant il avait été forcé de s’arrêter à Villeroy.

Or, où s’arrêtait le roi s’arrêtaient les mousquetaires ; il en résultait que d’Artagnan, qui était purement et simplement dans les gardes, se trouvait séparé, momentanément du moins, de ses bons amis Athos, Porthos et Aramis. Cette séparation, qui n’était pour lui qu’une contrariété, serait certes devenue une inquiétude sérieuse s’il eût pu deviner de quels dangers inconnus il était entouré.

Il n’en arriva pas moins sans accident au camp établi devant La Rochelle, vers le 10 du mois de septembre de l’année 1627.

Tout était dans le même état. Le duc de Buckingham et ses Anglais, maîtres de l’île de Ré, continuaient d’assiéger, mais sans succès, la citadelle de Saint-Martin et le fort de la Prée ; de plus les hostilités avec La Rochelle étaient commencées depuis deux ou trois jours à propos d’un fort que le duc d’Angoulême venait de faire construire près de la ville.

Les gardes, sous le commandement de M. des Essarts, avaient leur logement aux Minimes.

Mais, nous le savons, d’Artagnan, préoccupé de l’ambition de passer aux mousquetaires, avait rarement fait amitié avec ses camarades ; il se trouvait donc isolé et livré à ses propres réflexions.

Ses réflexions n’étaient pas riantes. Depuis un an qu’il était arrivé à Paris, il s’était mêlé aux affaires publiques, de sorte que ses affaires privées n’avaient pas fait grand chemin, comme amour et comme fortune.

Comme amour, la seule femme qu’il eût aimée véritablement, était Mme Bonacieux, et Mme Bonacieux avait disparu sans qu’il pût découvrir encore ce qu’elle était devenue.

Comme fortune, il s’était fait, lui chétif, ennemi du cardinal, c’est-à-dire d’un homme devant lequel tremblaient les plus grands du royaume, à commencer par le roi.

Cet homme pouvait l’écraser, et cependant il ne l’avait pas fait. Pour un esprit aussi perspicace que l’était d’Artagnan, cette indulgence était un jour par lequel il voyait dans un meilleur avenir.

Puis il s’était fait encore un autre ennemi, moins à craindre, pensait-il, mais que cependant il sentait instinctivement n’être pas à mépriser : cet ennemi, c’était milady.

En échange de tout cela il avait la protection et la bienveillance de la reine ; mais la bienveillance de la reine était, par le temps qui courait, une cause de plus de persécution, et sa protection, on le sait, protégeait fort mal : témoin Chalais et Mme Bonacieux.

Ce qu’il avait donc gagné de plus clair dans tout cela, c’était le diamant de cinq ou six mille livres qu’il portait au doigt, et encore ce diamant, en supposant que d’Artagnan, dans ses projets d’ambition, voulût le garder pour s’en faire un jour un signe de reconnaissance près de la reine, n’avait, en attendant, puisqu’il ne pouvait s’en défaire, pas plus de valeur que les cailloux qu’il foulait à ses pieds.

Nous disons « que les cailloux qu’il foulait à ses pieds », car d’Artagnan faisait ces réflexions en se promenant solitairement sur un joli petit chemin qui conduisait du camp à un village voisin : or, ces réflexions l’avaient écarté plus loin qu’il ne croyait, et le jour commençait à baisser, lorsqu’au dernier rayon du soleil couchant, il lui sembla voir briller derrière une haie le canon d’un mousquet.

D’Artagnan avait l’œil vif et l’esprit prompt ; il comprit que le mousquet n’était pas venu là tout seul, et que celui qui le portait ne s’était pas caché derrière une haie dans des intentions amicales. Il résolut donc de gagner au large, lorsque de l’autre côté de la route, derrière un rocher, il aperçut l’extrémité d’un second mousquet.

C’était évidemment une embuscade.

Le jeune homme jeta un coup d’œil sur le premier mousquet et remarqua avec une certaine inquiétude qu’il s’abaissait dans sa direction, mais aussitôt qu’il vit l’orifice du canon immobile, il se jeta ventre à terre. En même temps le coup partit, et il entendit le sifflement d’une balle qui passait au-dessus de sa tête.

Il n’y avait pas de temps à perdre : d’Artagnan se redressa d’un bond, et au même moment la balle de l’autre mousquet fit voler les cailloux à l’endroit même du chemin où il s’était jeté la face contre terre.

D’Artagnan n’était pas un de ces hommes inutilement braves qui cherchent une mort ridicule pour qu’on dise d’eux qu’ils n’ont pas reculé d’un pas ; d’ailleurs il ne s’agissait plus de courage ici : d’Artagnan était tombé dans un guet-apens.

— S’il y a un troisième coup, se dit-il, je suis un homme mort.

Et aussitôt, il s’enfuit à toutes jambes dans la direction du camp, avec la vitesse des gens de son pays, si renommés pour leur agilité ; mais, quelle que fût la rapidité de sa course, le premier qui avait tiré ayant eu le temps de recharger son arme, lui envoya un second coup si bien ajusté, cette fois, que la balle traversa son feutre et le fit voler à dix pas de lui.

Comme d’Artagnan n’avait pas d’autre chapeau, il ramassa le sien tout en courant, arriva fort essoufflé et fort pâle dans son logis, s’assit sans rien dire à personne et se mit à réfléchir.

Cet évènement pouvait avoir trois causes :

La première et la plus naturelle pouvait être une embuscade de Rochelois, qui n’eussent pas été fâchés de tuer un des gardes de Sa Majesté, parce que c’eût été un ennemi de moins, et que cet ennemi pouvait avoir une bourse bien garnie dans sa poche.

D’Artagnan prit son chapeau, examina le trou de la balle et secoua la tête. La balle n’était pas une balle de mousquet, c’était une balle d’arquebuse ; la justesse du coup lui avait déjà donné l’idée qu’il avait été tiré par une arme particulière ; ce n’était donc pas une embuscade militaire, puisque la balle n’était pas de calibre.

Ce pouvait être un bon souvenir de M. le cardinal. On se rappelle qu’au moment même où, grâce au bienheureux rayon de soleil, il avait aperçu le canon du fusil, il s’étonnait de la longanimité de Son Éminence à son égard.

Mais d’Artagnan secoua la tête d’un air de doute. Pour les gens vers lesquels il n’avait qu’à étendre la main, le cardinal recourait rarement à de pareils moyens.

Ce pouvait être une vengeance de milady.

Cette conjoncture était plus raisonnable.

Il chercha inutilement à se rappeler ou les traits ou le costume des assassins ; mais il s’était éloigné d’eux si rapidement, qu’il n’avait eu le loisir de rien remarquer.

— Ah ! mes pauvres amis, murmura d’Artagnan, où êtes-vous ? et que vous me faites faute !

D’Artagnan passa une fort mauvaise nuit. Trois ou quatre fois il se réveilla en sursaut, se figurant qu’un homme s’approchait de son lit pour le poignarder. Cependant le jour parut sans que l’obscurité eût amené aucun incident.

Mais d’Artagnan se douta bien que ce qui était différé n’était pas perdu.

D’Artagnan resta toute la journée dans son logis ; il se donna pour excuse vis-à-vis de lui-même que le temps était mauvais.

Le surlendemain à neuf heures, on battit aux champs. Le duc d’Orléans visitait les postes. Les gardes coururent aux armes ; d’Artagnan prit son rang au milieu de ses camarades.

Monsieur passa sur le front de bataille ; puis tous les officiers supérieurs s’approchèrent de lui pour lui faire leur cour. M. des Essarts, capitaine des gardes, s’approcha comme les autres.

Au bout d’un instant, il parut à d’Artagnan que M. des Essarts lui faisait signe de venir à lui : il attendit un nouveau geste de son supérieur, craignant de se tromper, et ce geste s’étant renouvelé, il quitta les rangs et s’avança pour prendre l’ordre.

— Monsieur va demander des hommes de bonne volonté pour une mission dangereuse, mais qui fera honneur à ceux qui l’auront accomplie, et je vous ai fait signe, afin que vous vous tinssiez prêt.

— Merci, mon capitaine, répondit d’Artagnan, qui ne demandait pas mieux que de se distinguer sous les yeux du lieutenant-général.

En effet, les Rochelois avaient fait une sortie pendant la nuit et avaient repris un bastion dont l’armée royaliste s’était emparée deux jours auparavant ; il s’agissait de pousser une reconnaissance perdue pour voir comment l’armée gardait ce bastion.

Au bout de quelques instants, Monsieur éleva la voix et dit :

— Il me faudrait pour cette mission trois ou quatre volontaires, conduits par un homme sûr.

— Quant à l’homme sûr, je l’ai sous la main, Monseigneur, dit M. des Essarts en montrant d’Artagnan, et quant aux quatre ou cinq volontaires, Monseigneur n’a qu’à faire connaître ses intentions, et les hommes ne lui manqueront pas.

— Quatre hommes de bonne volonté pour venir se faire tuer avec moi ! dit d’Artagnan en levant son épée.

Deux de ses camarades aux gardes s’élancèrent aussitôt, et deux soldats s’étant joints à eux, il se trouva que le nombre demandé était suffisant. D’Artagnan refusa donc tous les autres, ne voulant pas faire de passe-droit à ceux qui avaient la priorité.

On ignorait si, après la prise du bastion, les Rochelois l’avaient évacué, ou s’ils y avaient laissé garnison ; il fallait donc examiner le lieu indiqué d’assez près pour vérifier la chose.

D’Artagnan partit avec ses quatre compagnons et suivit la tranchée ; les deux gardes marchaient au même rang que lui, et les soldats venaient par derrière.

Ils arrivèrent ainsi en se couvrant du revêtement jusqu’à une centaine de pas du bastion. Là d’Artagnan en se retournant s’aperçut que les deux soldats avaient disparu.

Il crut qu’ayant eu peur, ils étaient restés en arrière, et continua d’avancer.

Au détour de la contrescarpe, ils se trouvèrent à soixante pas à peu près du bastion.

On ne voyait personne, et le bastion semblait abandonné.

Les trois enfants perdus délibéraient s’ils iraient plus avant, lorsque tout à coup une ceinture de fumée ceignit le géant de pierre, et une douzaine de balles vinrent siffler autour de d’Artagnan et de ses deux compagnons.

Ils savaient ce qu’ils voulaient savoir, le bastion était gardé, une plus longue station dans cet endroit dangereux eût donc été une imprudence inutile. D’Artagnan et les deux gardes tournèrent le dos et commencèrent une retraite qui ressemblait à une fuite.

En arrivant à l’angle de la tranchée qui allait leur servir de rempart, un des gardes tomba, une balle lui avait traversé la poitrine ; l’autre, qui était sain et sauf, continua sa course vers le camp.

D’Artagnan ne voulut pas abandonner ainsi son compagnon, et s’inclina vers lui pour le relever et l’aider à rejoindre la ligne ; mais dans ce moment deux coups de fusil partirent : une balle cassa la tête au garde déjà blessé, et l’autre vint s’aplatir sur le roc après avoir passé à deux pouces de d’Artagnan.

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