Enarrationes in Psalmos (page 2)
1. La teneur du psaume ne nous laisse rien voir à propos de ces pressoirs qui lui servent de titre, ce qui nous montrerait que souvent l’Ecriture nous désigne le même objet sous des figures multiples et variées. Nous pouvons donc, sous la dénomination de pressoirs, entendre l’Eglise, par la même raison qui nous l’a fait voir sous la figure d’une aire; car l’aire ou le pressoir, n’ont d’autre objet que d’ôter au blé ou au raisin ces enveloppes dont ils avaient besoin pour naître, pour croître et pour arriver à la maturité de la moisson ou de la vendange. Ces enveloppes ou ces soutiens sont, pour le blé, la paille dont il est dépouillé dans l’aire, et pour le vin, les grappes dont on l’extrait au pressoir. Il en est de même dans l’Eglise. Les bons y sont mêlés à la foule des hommes terrestres, mélange qui leur est nécessaire, et sans lequel ils ne pourraient naître, ni devenir aptes à la parole de Dieu; et les ministres de l’Eglise travaillent à les séparer de cette foule au moyen d’un amour spirituel. Ainsi en agissent aujourd’hui les bons qui mettent l’intervalle, non des lieux, mais de l’amour, entre eux et les méchants, bien que, selon le corps, ils soient présents avec eux dans les mêmes églises. Un autre temps viendra où le froment sera séparé pour les greniers et le vin pour les celliers du Père céleste, selon le mot de l’Evangile : « Il amassera le froment pour ses greniers, et jettera (155 ) la paille au feu inextinguible ( Luc III, 17) ».
La même pensée peut s’exprimer par cette autre comparaison : Il mettra son vin en réserve dans ses celliers et jettera le marc aux animaux; et le ventre des animaux pourrait être comparé aux gouffres de l’enfer.
2. On peut encore entendre les pressoirs d’une autre manière, mais en les regardant toujours comme figure de l’Eglise. Le Verbe divin aurait pour emblème Je raisin; car on voit dans cette grappe suspendue au bois, que les émissaires d’Israël rapportaient de la terre promise (Nomb. XIII, 24 ), une figure de Jésus crucifié. Alors, quand le Verbe divin a besoin d’emprunter le son de la voix pour arriver à l’oreille des auditeurs, l’intelligence de ce Verbe est au son de la voix, comme le vin doux est au marc qui le contient; et cette grappe sacrée arrive à nos oreilles comme sous la violence des pressoirs. C’est là qu’elle se déchire; et le son de la voix est pour les oreilles, tandis que le sens arrive dans la mémoire des auditeurs comme dans un réservoir, pour se déverser ensuite dans la règle des moeurs et dans les mouvements de notre âme, comme le vin coule de la cuve dans les celliers, où il prendra sa force en vieillissant, si la négligence ne le laisse pas aigrir. Car il s’est aigri chez les Juifs, qui ont abreuvé le Seigneur de ce vinaigre(Jean, XIX, 29 ). Au contraire, il aura de la douceur et de la force, le produit de cette vigne mystérieuse du Nouveau Testament que le Seigneur doit boire avec ses élus dans le royaume de son Père (Luc, XXII, 18 ).
3. Souvent encore, le nom de pressoir désigne le martyre; car après avoir passé sous le pressoir de la persécution, les restes mortels de ceux qui ont donné leur vie pour Jésus-Christ sont jetés sur la terre comme le marc, tandis que les âmes ont pris leur essor pour le repos de l’éternel séjour. Mais ce sens figuratif ne s’éloigne point des fruits que produit l’Eglise. Le nom de pressoir donné à ce psaume nous reporte donc à l’établissement de l’Eglise, alors que le Seigneur ressuscitait pour monter au ciel. Ce fut alors qu’il envoya l’Esprit-Saint; et les disciples qui en étaient remplis, prêchèrent avec confiance la parole de Dieu, et formèrent des Eglises.
4. C’est pourquoi il est dit avec raison: «Seigneur, notre Dieu, que votre nom est grand par toute la terre (Ps. VIII, 2 ) ! » Mais comment ce nom est-il grand dans l’univers entier? et le Prophète répond : « C’est que votre magnificence est élevée au-dessus des cieux (Ibid.)». Le sens serait alors : Seigneur, qui êtes notre Dieu, dans quelle admiration vous jetez les habitants de la terre! puisque, de votre abaissement en ce monde, vous avez fait éclater votre gloire par-dessus les cieux : pour ceux en effet qui vous voyaient monter au ciel, et pour ceux qui y croyaient, cette ascension montrait avec quelle puissance vous en étiez descendu.
5. C’est de la bouche des enfants nouveau-nés et à la mamelle, que vous avez tiré une louange parfaite , à l’encontre de vos ennemis (Id. 3 )». Par ces enfants nouveau-nés et à la mamelle, nous ne pouvons entendre que ceux dont l’Apôtre a dit : « Comme à des enfants en Jésus-Christ, je vous ai donné du lait et non des viandes solides (I Cor. III, 2 ) ». Ils étaient figurés par ces autres enfants qui précédaient Jésus-Christ en chantant ses louanges, et en faveur desquels Jésus cita ce passage dans sa réponse aux Juifs qui le pressaient de leur imposer silence : « N’avez-vous donc point lu cette parole, dit le Sauveur : C’est de la bouche des enfants nouveau nés et à la mamelle, que vous avez tiré une louange parfaite (Matt. XXI, 16 )? » Il a raison de ne point dire seulement: « Vous avez tiré votre louange »; mais, « une louange parfaite ».
Car il y a des fidèles dans l’Eglise, qui ont quitté le lait pour une nourriture plus solide, et c’est d’eux que parle saint Paul quand il dit : « Nous prêchons aux parfaits la sagesse divine (Cor. II, 6 ) » mais ils ne sont pas seuls pour former l’Eglise, car s’ils étaient seuls, Dieu abandonnerait la faiblesse humaine. Or, c’est par égard pour cette faiblesse, qu’il veut donner pour nourriture, à ceux qui sont incapables de comprendre les choses spirituelles et éternelles, la foi historique de tout ce qui s’est accompli dans le temps, depuis les Patriarches et les Prophètes, par celui qui est l’incomparable puissance et la sagesse de Dieu, et particulièrement dans le mystère de l’Incarnation. Quiconque y adhère par la foi y trouve le salut, lorsque, entraîné par cette autorité, il se soumet aux préceptes qui le purifient, s’enracine solidement la charité, devient capable de (156) courir avec les saints, non plus comme l’enfant qui a besoin de lait, mais comme le jeune homme qui prend une nourriture solide, et peut comprendre la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, connaître même l’amour de Jésus-Christ pour nous, qui surpasse toute connaissance (Eph. III, 18, 19 ).
6. « C’est de la bouche des enfants nouveau-nés et à la mamelle, que vous avez tiré une louange parfaite, à cause de vos ennemis ». Par ennemis de ce qu’a fait Jésus, et Jésus crucifié, nous devons entendre en général, tous ceux qui défendent de croire à l’inconnu , et qui nous promettent une connaissance claire. Telle est la conduite des hérétiques et de ceux que leurs superstitions idolâtres ont fait appeler philosophes : non qu’il soit mauvais de promettre la science, mais ils veulent écarter la foi qui est l’échelle salutaire et indispensable pour nous élever à une certitude dont l’objet ne peut être que les choses éternelles. Cette négligence d’un moyen si utile et si nécessaire nous prouve à elle seule, qu’ils n’ont point cette science promise au mépris de la foi. « C’est donc de la bouche des enfants nouveau-nés et à la mamelle, Seigneur, que vous avez tiré une louange parfaite », en nous disant par votre Prophète: « Si vous ne croyez, vous ne comprendrez point (Isa. VII, 9, suiv. les LXX.) », et en nous disant vous-même: « Bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui l’ont cru (Jean, XX, 29 ). A cause de vos ennemis », de ces mêmes hommes à l’occasion desquels vous avez dit : « Je vous rends grâces, Dieu du ciel et de la terre, qui avez dérobé ces mystères aux sages, pour les révéler aux petits (Matt. XI, 25 ) ». Le Seigneur les appelle sages, non qu’ils le soient en effet, niais parce qu’ils croient l’être. « Afin de détruire l’ennemi et le défenseur (Ps. VIII, 3 )
». Quel ennemi, sinon l’hérétique, à la fois ennemi et défenseur de la foi chrétienne, qu’il attaque, et que néanmoins il paraît défendre? On pourrait encore appeler ennemis et défenseurs, les philosophes du siècle:
carie Fils de Dieu est la force et la sagesse de Dieu, qui éclaire tous ceux que la vérité a rendus sages. Or, ces philosophes, ainsi nommés parce qu’ils font profession d’aimer la sagesse, paraissent la défendre, bien qu’ils en soient les ennemis, puisqu’ils ne cessent de prêcher des superstitions dangereuses , et de porter les hommes au culte des éléments de ce monde.
7. « Pour moi, je considère vos cieux, l’ouvrage de vos doigts (Ps. VIII, 4 ) ». Nous lisons que Dieu écrivit la loi de son doigt, pour la donner à Moïse , son saint et fidèle serviteur (Exod. XXXI, 18), et dans ce doigt de Dieu. beaucoup d’interprètes voient l’Esprit-Saint. Si donc par les doigts de Dieu, nous pouvons entendre aussi les ministres remplis de 1’Euprit-Saint, parce que c’est lui qui agit en eux: comme ce sont eux qui nous ont préparé toutes les divines Ecritures, il nous est permis aussi d’entendre par les cieux les livres de l’un et de l’autre Testament. Il est dit aussi de Moïse, que les mages de Pharaon, voyant qu’il les surpassait, s’écrièrent : « Celui-ci est le doigt de Dieu (Id. VIII, 19 )». Quoique cette expression d’Isaïe : « Le ciel sera replié comme un livre (Isa. XXXIV, 4 ) », s’applique au ciel éthéré, on peut très-bien l’entendre encore dans le sens allégorique des livres de l’Ecriture. « Pour moi donc, je considère les cieux qui sont l’ouvrage de vos mains », c’est-à-dire, je lirai, je comprendrai ces Ecritures, que vous avez écrites par vos ministres, que dirigeaient l’Esprit-Saint.
8. On peut donc aussi voir les livres saints, dans ces cieux dont il disait auparavant : « Votre magnificence est élevée au-dessus des cieux », ce qui signifiait : Parce que votre magnificence est plus élevée que les cieux, et qu’elle surpasse toutes les paroles des Ecritures; voilà que vous avez tiré de la bouche des enfants nouveau-nés et à la mamelle, la louange la plus parfaite, en contraignant à commencer par croire aux saintes Ecritures, ceux qui désirent arriver à la connaissance de votre grandeur; et cette grandeur est bien au-dessus des Ecritures, puisqu’elle surpasse tous les efforts et toutes les expressions du langage. Dieu donc a voulu abaisser les Ecritures jusqu’au niveau des enfants nouveau-nés et à la mamelle, comme l’a dit un autre psaume : «Il a abaissé les cieux et il est descendu (Ps. XVII, 19 ) » : et il l’a fait à cause de ses ennemis, qui détestent la croix de Jésus-Christ, et dont les discours orgueilleux ne peuvent même, en disant la vérité, devenir utiles aux enfants nouveau-nés et à la mamelle. C’est ainsi qu’est détruit l’ennemi et le défenseur, qui veut défendre tantôt la sagesse, tantôt le nom du Christ, et qui (157) attaque néanmoins la vérité dont il garantit la prompte intelligence, puisqu’il ruine la foi qui en est la base. On peut le convaincre encore de ne posséder point la vérité, puisqu’en ruinant la foi qui est l’échelle pour y arriver, il prouve qu’il en ignore le chemin. Si donc on veut détruire ce téméraire, cet aveugle prometteur de la vérité, qui en est à la fois l’ennemi et le défenseur, il faut regarder les cieux, l’ouvrage des doigts de Dieu, c’est-à-dire comprendre les saintes Ecritures qui s’abaissent jusqu’à cette lenteur des enfants qu’elles nourrissent d’abord par l’humble croyance des faits historiques accomplis pour notre salut, qu’elles fortifient ensuite jusqu’à les élever à la sublime intelligence des vérités éternelles. Ces cieux donc, ou les livres saints, sont l’ouvrage des doigts de Dieu, puisqu’ils sont écrits par le Saint-Esprit qui animait les saints et agissait en eux. Pour ceux qui ont cherché leur gloire plutôt que le salut des hommes, ils ont parlé sans l’Esprit-Saint, en qui sont les entrailles de la divine miséricorde.
9. « Je verrai donc les cieux, l’ouvrage de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez établies (Ps. VIII, 4 ). C’est dans le ciel que sont établies la lune et les étoiles; parce que l’Eglise universelle, souvent désignée par la lune, et les églises particulières, que désignerait, selon moi, la dénomination d’étoiles, sont basées sur les saintes Ecritures, que nous avons reconnues dans la dénomination des cieux. Dans un autre psaume, nous verrons plus à propos comment le nom de lune convient à l’Eglise, en expliquant cette parole: « Les pécheurs ont bandé leur arc pour percer, dans l’obscurité de la lune, les hommes au coeur droit (Id. X, 3 ) ».
10. « Qu’est-ce que l’homme pour que vous vous souveniez de lui, ou le fils de l’homme pour que vous le visitiez (Id. VIII, 5 )? » On peut se demander quelle est la différence entre l’homme et le fils de l’homme; car s’il n’y en avait aucune, le Prophète n’aurait pas dit avec la disjonctive: « L’homme ou le fils de l’homme ». Si le Prophète avait dit : « Qu’est-ce que l’homme pour que vous vous souveniez de lui, et le fils de l’homme pour que vous le visitiez? il semblerait faire une répétition du mot homme ».
Mais en disant: «L’homme, ou le fils de l’homme », il montre qu’il met entre ces deux expressions une différence. Retenons bien d’abord que tout fils de l’homme est un homme, bien que tout homme ne soit point fils de l’homme; car Adam est un homme sans être fils de l’homme, Il est donc bien de remarquer ici quelle est la différence entre l’homme et le fils de l’homme : et alors ceux qui portent l’image de l’homme terrestre qui n’est point fils de l’homme, sont désignés par le nom d’hommes, tandis que l’on appellerait fils de l’homme, ceux qui portent l’image de l’homme céleste (I Cor. XV, 49 ). L’homme terrestre, c’est le vieil homme, tandis qu’on appelle homme nouveau (Eph. IV, 22 ) l’homme céleste. Mais l’homme nouveau provient du vieil homme, puisque la régénération spirituelle ne s’opère que par le changement de notre vie terrestre et mondaine; et c’est ce qui le fait appeler fils de l’homme. Ici donc l’homme est terrestre, le fils de l’homme est céleste; le premier est loin de Dieu, tandis que l’autre est devant lui; alors il se souvient de l’un qui est à une longue distance, et il visite l’autre en l’éclairant à la lumière de sa face. Car « le salut est loin des pécheurs (Ps. CXVIII, 155), et sur nous, ô Dieu, est empreinte la lumière de votre face (Id. IV, 7 ) ». Ainsi encore, dans un autre psaume, le Prophète associe les hommes aux animaux, dit que Dieu les sauve avec les bêtes de somme, non sans doute en leur communiquant sa lumière intérieure, mais par une extension de sa miséricorde qui descend avec bonté jusqu’aux dernières créatures :
car Dieu sauve les hommes charnels comme il sauve les animaux; mais il sépare les fils des hommes, de ces hommes qu’il associait aux animaux ; il les proclame, bienheureux d’une manière plus relevée, et par l’effet de la vérité qui les éclaire, et de la source de vie qui se répand en eux. « Seigneur», dit-il, «vous sauverez les hommes et les animaux, selon que vous multipliez votre bienveillance, ô Dieu. Mais les enfants des hommes espéreront à l’ombre de vos ailes, ils seront enivrés de l’abondance des biens de votre maison, vous les abreuverez au torrent de vos délices. Car c’est en vous qu’est la source de la vie, et dans votre lumière nous verrons la lumière. Etendez votre miséricorde à ceux qui vous connaissent (Id. XXXV, 7-11 ).
Ainsi, le Seigneur dans sa bonté se souvient (158) de l’homme, comme il se souvient des animaux, car cette bonté s’étend jusqu’à ceux qui sont éloignés de lui; mais il visite le fils de l’homme quand il étend sur lui sa miséricorde pour le couvrir comme de ses ailes, quand il l’éclaire à la splendeur de sa propre lumière, l’abreuve de ses délices, l’enivre de l’abondance de sa maison, et lui fait oublier les misères et les égarements de sa vie passée. C’est ce fils de l’homme, ou cet homme nouveau, qu’enfante avec douleur et gémissement la pénitence du vieil homme. Cet homme, quoique nouveau, s’appelle néanmoins charnel, tant qu’il est nourri de lait : « Je n’ai pu», dit l’Apôtre, « vous parler comme à des hommes spirituels , mais seulement comme à des hommes charnels ». Et pour leur montrer qu’ils sont régénérés en Jésus-Christ, il ajoute: « Je vous ai traités comme de petits enfants en Jésus-Christ, vous donnant du lait, non une nourriture solide (I Cor. III, 1-3 ) ». Pour cet homme nouveau, retombé dans sa première vie, ce qui arrive souvent, c’est qu’il encourt le reproche d’être homme : « N’êtes-vous pas des hommes», dit saint Paul, « et ne marchez-vous pas tout à fait comme des hommes (Id. 3 )?»
11.Le fils de l’homme a donc été visité tout d’abord dans la personne de cet Homme-Dieu, né de la vierge Marie. L’infirmité de cette chair, que daigna porter la Sagesse divine, et les ignominies de la passion , ont fait dire au Prophète : « Vous l’avez rendu quelque peu inférieur aux anges (Ps. VIII, 6 )». Puis il se hâte de marquer la gloire de sa résurrection et de son ascension : « Vous l’avez couronné de gloire et d’honneur, en l’établissant sur toutes les oeuvres de vos mains (Id. 7 ) ». Comme les anges sont aussi l’oeuvre des mains de Dieu, nous croyons que le Fils unique de Dieu est au-dessus des anges, comme nous croyons qu’il n été quelque peu inférieur aux anges, dans les ignominies de sa naissance temporelle et de sa passion.
l2.
« Vous avez mis tout à ses pieds (Id. 8 ) ». Tout, dit le Prophète, sans exception; et afin qu’on ne pût entendre ces paroles dans un autre sens, l’Apôtre veut que la foi les accepte ainsi, quand il dit : « Excepté celui-là seul qui lui a tout assujetti (I Cor. XV, 27 ). Il s’appuie, dans l’Epître aux Hébreux, sur le témoignage de ce Psaume, quand il nous ordonne de croire que tout est soumis à Jésus-Christ (Héb.
II, 8 ), sans aucune exception. Toutefois le Prophète ne paraît pas beaucoup ajouter, quand il énumère « toutes les brebis, les boeufs, et même les bêtes sauvages; les oiseaux du ciel, les poissons de la mer qui se promènent dans ses sentiers (Ps. VIII, 9 ) ». Il paraît négliger les Vertus, les Puissances, et toutes les armées angéliques, négliger même les hommes, pour soumettre à Jésus-Christ les animaux : à moins que par les boeufs et les brebis, nous n’entendions les âmes saintes, qui produisent les fruits de l’innocence, ou qui travaillent à rendre la terre fertile, c’est-à-dire à obtenir des hommes terrestres une régénération dans les biens spirituels. Par ces âmes saintes, nous devons donc entendre non-seulement les hommes, mais aussi les anges, si nous vouIons conclure de ce verset que tout est soumis à Jésus-Christ Notre-Seigneur. Car il n’y aura plus rien qui ne lui soit soumis, si les princes d’entre les esprits, pour ainsi parler, lui sont assujettis. Mais comment prouver que par brebis, on peut entendre les plus élevés en sainteté, non-seulement des hommes, mais encore des créatures angéliques? Est-ce par ce que le Sauveur nous dit qu’il a laissé quatre-vingt-dix-neuf brebis sur les montagnes, ou dans les hauteurs des cieux, afin de descendre pour une seule (Matt. XVIII, 12 ; Luc, XV, 4 )?Par cette brebis tombée, si nous entendons la nature humaine déchue en Adam, parce que Eve avait été tirée de son côté (Gen. II, 22 ), ce qu’il n’est pas temps d’examiner ici pour le traiter d’une manière spirituelle, il ne reste plus pour les quatre-vingt-dix-neuf brebis, que des natures angéliques et non des âmes humaines. Quant aux boeufs, il est facile de les entendre des anges car si l’Ecriture désigne les hommes quand elle dit: « Vous ne lierez point la bouche au boeuf qui foule le grain (Deut. XXV, 4 ) », c’est que les hommes, en portant la parole de Dieu, sont des messagers comme les anges (Saint Augustin joue sur le mot Angelus, messager ; d’où evangelizare, porter la parle. ): combien nous sera-t-il plus facile de désigner sous la figure des boeufs, les anges eux-mêmes, ces messagers de la vérité, puisque les évangélistes qui partagent leur nom, sont désignés par les boeufs (I Cor. IX, 9 ; I Tim. V, 8 )? Donc, « vous lui avez assujetti toutes les brebis et tous les boeufs », c’est-à-dire toutes les créatures spirituelles ; et par là, (159) nous comprenons aussi tous les hommes qui vivent saintement dans l’Eglise ou sous les pressoirs, et qui sont désignés maintenant sous la figure de la lune et des étoiles.
13. « Et même les animaux des champs ». Et même, n’est point inutile ici. D’abord, parce que ces troupeaux des champs peuvent s’entendre des brebis et des boeufs ; car si les chèvres sont les animaux des rochers et des lieux escarpés, les brebis et les boeufs seront
les animaux des campagnes. Donc, après avoir énuméré « les brebis, les boeufs, et les animaux des champs », on peut fort bien se demander quels sont ces animaux des champs, -puisque l’on peut désigner ainsi les brebis et les boeufs. Mais l’expression, « et même, insuper », nous force à y trouver je ne sais quelle différence ; et cette expression, « et même », embrasse non-seulement les animaux des champs, mais les oiseaux du ciel, les poissons de la mer, qui parcourent les sentiers de l’abîme. Quelle est donc cette différence? Rappelons-nous les pressoirs, où le vin est mêlé au marc, et l’aire qui contient la paille et le froment (Marc, III, 12 ), et les filets qui renferment de bons et de mauvais poissons (Matt. XIII, 47), et l’arche de Noé, qui abrite des animaux purs et des animaux impurs (Gen. VII, 8 ); et vous verrez que l’Eglise ici-bas, jusqu’au jour du jugement, renferme non-seulement des brebis et des boeufs, c’est-à-dire de saints laïques et de saints ministres, mais « encore des animaux des champs, des oiseaux du ciel, des poissons de la mer, qui parcourent les sentiers de l’abîme ». Ces animaux des champs figurent très-bien les hommes qui mettent leur joie dans les voluptés charnelles, où ils n’ont rien d’escarpé, rien de fatigant à gravir. On peut appeler campagne, cette voie large qui conduit à la mort (Gen. IV, 8 ); Abel fut tué dans la campagne (Ps. XXXV, 7 ). Aussi devons-nous craindre qu’en descendant ces montagnes de la justice divine, dont le Prophète a dit: « Votre justice, ô Dieu, est comme les plus hautes montagnes », pour nous mettre à l’aise dans les facules voluptés de la chair, nous ne soyons égorgés par le démon.
Maintenant, dans ces oiseaux du ciel voyons les orgueilleux, dont il est dit «Ils opposent leur bouche au ciel (Id. LXXII, 9).Voyons-les s’élever à des hauteurs comme sur l’aile des vents, ceux qui disent: « Nous glorifierons notre parole, nos lèvres sont indépendantes, qui dominera sur nous (Ps. XI, 5 )? » Voyez encore dans les poissons de la mer , ces curieux qui parcourent sans cesse les sentiers de l’abîme, ou qui cherchent dans le gouffre du siècle les biens temporels: biens futiles, qui doivent périr aussi promptement que les sentiers tracés sur la mer disparaissent, quand l’eau se rejoint après avoir livré passage au vaisseau qui fuyait, ou à tout autre nageur. Le Prophète ne dit pas seulement qu’ils parcourent ces sentiers de l’abîme, mais qu’ils les parcourent sans cesse, perambulans, pour montrer leur infatigable obstination à rechercher des choses futiles et peu durables. Ces trois vices capitaux, la volupté charnelle, l’orgueil, la curiosité, renferment tous les péchés.
Saint Jean me paraît les énumérer en disant : « Gardez-vous d’aimer le monde, car tout ce qui est dans le monde, est convoitise de la chair, convoitise des yeux, ambition du siècle (Jean, II 15, 16 ) ». C’est dans les yeux que règne la curiosité.
Il est facile de voir à quoi se rapportent les autres convoitises. Telle fut aussi la triple tentation de l’Homme-Dieu, par la nourriture, ou l’appétit de la chair, quand le démon lui dit : « Faites que ces pierres se changent en pain (Matt. IV, 3 ) »; par la vaine gloire, alors qu’il le porta sur une haute montagne pour lui montrer et lui promettre tous les royaumes de la terre, s’il veut l’adorer ; par la curiosité, quand il lui suggéra de se précipiter du haut du temple, afin de voir si les anges le soutiendraient. Et comme cet ennemi ne put faire prévaloir aucune de ces suggestions, il est dit dans l’Evangile, « que Satan épuisa toute tentation (Luc, IV, 13 ) ». Dans le sens des pressoirs, tout est mis sous les pieds de Jésus-Christ, non-seulement le vin, mais le marc; non-seulement les brebis et les boeufs, c’est-à-dire les âmes saintes des fidèles, soit dans le peuple chrétien, soit chez les ministres, mais encore les animaux de la volupté, les oiseaux de l’orgueil, les poissons de la curiosité. Or, ces sortes de pécheurs, nous en sommes témoins, sont dans l’Eglise confondus avec les bons et les saints. Que Dieu donc agisse dans son Eglise, qu’il sépare du marc le vin pur. Quant à nous, travaillons à devenir un vin excellent, à compter parmi les brebis et les boeufs; mais ne figurons jamais, ni dans le marc de raisin, ni parmi les animaux des (160) campagnes, ni parmi les oiseaux du ciel, ni parmi ces poissons de la mer toujours parcourant les sentiers de l’abîme. Toutefois ces animaux n’ont pas qu’une seule signification, et pourraient s’expliquer autrement ; cela dépend du lieu où ils se trouvent, et ailleurs ils ont une autre signification. Il est de règle que, dans les symboles, il faut examiner, d’après la pensée du texte, la signification d’une figure. Tel est l’enseignement du Christ et des Apôtres. Répétons donc le dernier verset, par lequel déjà le Prophète avait commencé, et disons: « Seigneur, notre Dieu, que votre nom est admirable sur toute la terre! » Car, après avoir exposé le texte du psaume, il est bon d’en redire le premier verset qui en contient toute la pensée.
DISCOURS SUR LE PSAUME IX.
LES ACTES MYSTÉRIEUX DE JÉSUS-CHRIST.
Ces actes secrets consistent dans son avènement, tellement humble que les Juifs ne l’ont point connu, et dans cette sagesse mystérieuse qui lui fait abandonner aux impies les prospérités temporelles; piège funeste auquel ils seront, pris! tandis qu’il attire à lui les justes en les châtiant dès ici-bas.
1. Ce psaume a pour titre: « Pour la fin, psaume de David, pour les secrets du Fils (Ps. IX, 1 )». On peut se demander quels sont ces mystères du Fils: mais comme ce Fils n’est point précisé, nous devons comprendre que c’est le Fils unique de Dieu. En effet, le psaume qui porte en inscription : Pour le fils de David, ajoute: « Quand il fuyait devant son fils Absalon (Id. III, 1) ». Nominer celui-ci, c’était ne laisser aucun doute sur le fils dont il était question; et toutefois il n’est pas dit seulement : « Devant la face du fils Absalon », mais bien: « De son fils ». Or, ici comme il n’est pas dit: «Son fils », et comme d’ailleurs beaucoup de passages regardent les Gentils, le psaume ne peut s’entendre d’Absalon ; et d’ailleurs la guerre que ce fils de perdition fit à son père, n’a aucun rapport avec les Gentils, puisque le peuple seul d’Israël se divisa contre lui-même (II Rois, XV. ). Ce psaume est donc le chant des mystères du Fils unique de Dieu. Car le Sauveur se veut désigner lui-même, quand il dit simplement: Le Fils, sans rien ajouter; ainsi dans ce passage: « Si le Fils vous délivre, vous aurez la vraie liberté (Jean, VIII, 36 ) », il ne dit pas: «Le Fils de Dieu », mais simplement : Le Fils, laissant à juger de qui il est fils. Cette expression ne convient qu’à ce Fils par excellence, que l’on peut reconnaître dans notre langage, quand même il ne serait pas désigné plus spécialement.
C’est ainsi que nous disons : Il pleut, il lait beau, il tonne, -et autres manières de parler, sans préciser qui fait ces choses, parce que l’auteur par excellence s’offre de lui-même à notre esprit, sans être plus désigné. Quels sont donc les mystères du Fils? D’abord cette expression nous fait comprendre que le Fils a des actes connus, dont on distingue ceux que l’on appelle secrets ou mystérieux. Or, comme nous croyons à deux avènements du Sauveur, l’un accompli et que les Juifs n’ont pas compris; l’autre à venir, que nous attendons tous; comme le premier, ignoré des Juifs, a été avantageux aux Gentils, on peut fort bien entendre par les mystères ou les secrets du Fils, ce premier avènement, où l’aveuglement a frappé une pat-tic d’Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations entrât dans l’Eglise (Rom. XI, 25 ). Pour l’homme attentif, l’Ecriture insinue aussi deux jugements, l’un occulte, et l’autre évident. Le jugement occulte se fait actuellement, selon cette parole de saint Pierre: « Voici le temps où Dieu va commencer le jugement par la maison du (161) Seigneur (I Pierre, IV, 17 ) ». Ce jugement occulte est don la peine qui stimule chaque homme à se purifier, ou l’avertit de retourner à Dieu, ou le frappe d’un aveuglement qui le perdra. s’il méprise la voix et les corrections du Seigneur. On appelle manifeste, ce jugement dans lequel Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts, où tous confesseront que c’est de lui que viendront et aux bons la récompense, et aux méchants le supplice. Mais cette confession faite alors, loin de remédier au malheur, portera la damnation à son comble. Il est probable que le Seigneur parlait de ce double jugement, dont l’un est occulte et l’autre manifeste, quand il disait: « Celui qui croit en moi, a passé de la mort à la vie, et ne tombera point au jugement (Jean, V, 24 ) »
; c’est-à-dire au jugement visible. Car, passer de la mort à la vie, par une de ces afflictions, dont le Seigneur châtie ceux qu’il reçoit parmi ses enfants, c’est là le jugement occulte.
« Celui qui ne croit point », disait-il encore, « est déjà jugé (Id. III, 18 ) », c’est-à-dire, que le jugement occulte de Dieu le prépare au jugement manifeste. Le Sage nous parle aussi de ces deux sortes de jugements, quand il dit: « Votre jugement les a livrés à la dérision comme de jeunes insensés; et ceux que ce jugement n’a pas corrigés ont éprouvé le sévère jugement de Dieu (Sag.
XII, 25, 26 ) ». Ils sont donc réservés aux châtiments justes et sévères du jugement manifeste, ceux que ne redresse point le jugement secret du Seigneur. Ce psaume alors nous entretient des mystères du Fils, c’est-à-dire et de cet avènement dans son humilité, si utile aux nations, quand il tenait les Juifs dans l’aveuglement, et de cette peine dont Dieu se sert dans le secret, non pour damner les pécheurs, mais soit pour exercer la foi de ceux qui se convertissent, soit pour déterminer les autres à se convertir, soit afin de préparer à la damnation par l’aveuglement ceux qui demeurent dans l’impénitence.
2. « Je vous confesserai, Seigneur, dans toute l’étendue de mon cœur (Ps. IX, 2 ) » Douter quelque peu de sa providence, ce n’est point confesser Dieu de tout son coeur; mais comprendre, dans les mystérieux desseins de la sagesse divine, combien se dérobe à nos regards la récompense de celui qui dit: « Nous goûtons la joie dans les afflictions (Rom. V, 3 ) » ; comment toutes les peines corporelles qui nous affligent doivent aboutir à exercer ceux qui se convertissent à Dieu, ou à porter les pécheurs à se convertir, ou à préparer à la dernière et juste vengeance les pécheurs endurcis; et de la sorte, rapporter au gouvernement de la divine Providence, tous ces événements que les insensés attribuent témérairement au hasard, et nullement à l’action divine; c’est là confesser Dieu. « Je publierai toutes vos merveilles ». C’est publier toutes les merveilles de Dieu, que découvrir la main de Dieu, non-seulement dans ce qu’elle opère de visible sur le corps, mais dans son action invisible et bien supérieure sur les âmes. Car les hommes terrestres et qui jugent par les yeux, verront une plus grande merveille dans la résurrection corporelle de Lazare, que dans la résurrection spirituelle de Paul le persécuteur (Jean, XI, 44 ; Act. IX. ). Mais comme un miracle visible est pour l’âme un appel à la lumière, et qu’un miracle invisible éclaire celle qui obéit à cet appel; c’est raconter toutes les merveilles de Dieu, que croire aux miracles visibles, et de là s’élever à l’intelligence des miracles invisibles.
3. « Je me réjouirai en vous, et en vous je tressaillerai d’allégresse (Ps. IX, 3 ) ». Ni ce monde, ni les voluptés de la chair, ni les saveurs qui flattent le palais et la langue, ni les odeurs suaves, ni l’harmonie des sons passagers, ni les couleurs si variées des corps, ni les vaines louanges des hommes, ni les épousailles et une postérité périssable, ni la surabondance des biens temporels, ni l’étude profane de ce que renferment les espaces, ou de tout ce qu’amène la succession des temps, rien de tout cela, Seigneur, « n’est le sujet de ma joie; mais en vous, je tressaille d’allégresse », ou plutôt dans ces mystères du Fils, qui a « marqué sur notre front l’empreinte de votre lumière, ô mon Dieu (Id. IV, 7 ) ». Car « vous les cacherez, dit le Prophète, dans le secret de votre face (Id. XXX, 21 )». C’est donc vous qui faites la joie et l’allégresse de ceux qui racontent vos merveilles ; et il racontera vos merveilles, celui que nous annonce le Prophète, et qui viendra faire, non sa propre volonté, niais la volonté de son Père qui l’a envoyé (Jean, VI, 38 ).
4. Nous commençons donc à voir que c’est Jésus-Christ qui parie dans ce psaume. Car le (162) verset suivant porte : « Je chanterai votre nom, ô Très-Haut, car vous avez fait rebrousser mon ennemi en arrière (Ps. IX, 4 ) ». Or, quand l’ennemi de Jésus-Christ rebroussa-t-il en arrière, sinon quand il lui fut dit : « Retire-toi en arrière, Satan (Matt. IV, 10 )?» Car alors celui qui voulait par la tentation se mettre en avant, dut reculer en arrière, puisqu’il échoua dans ses tentatives de séduction, et n’obtint aucun avantage. L’homme terrestre est en arrière, mais l’homme céleste, quoique venu le dernier, est néanmoins en avant. « Le premier homme est terrestre, et vient de la terre, le second est céleste, et vient du ciel (I Cor. XV, 47 ) ». C’est de la race du premier que venait celui qui a dit: « Celui qui vient après moi a été fait avant moi (Jean, I, 15 ) », et l’apôtre saint Paul, oubliant ce qui est derrière lui, se porte à ce qui est en avant (Philip. III, 13 ). L’ennemi donc rebroussa en arrière quand il échoua auprès de l’homme céleste qu’il tentait, et il se retourna vers les hommes terrestres qu’il pouvait dominer. Nul homme, dès lors, ne peut prendre le devant sur cet ennemi, et le fa-ire rebrousser en arrière, si ce n’est celui qui a échangé l’image de l’homme terrestre contre l’image de l’homme céleste (I Cor. XV, 49 ). Nous pouvons encore, sans absurdité, par « mon ennemi » entendre, si nous l’aimons mieux, ou le pécheur en générai, ou l’homme idolâtre. Alors ces paroles : « Vous avez fait rebrousser mon ennemi en arrière», n’exprimeront point un châtiment, nais un bienfait, et un bienfait tel qu’on ne peut rien lui comparer. Quoi de plus heureux que d’abjurer son orgueil, et de renoncer à précéder le Christ, comme si nous étions en santé mais sans avoir besoin du médecin; mais de préférer suivre le Christ qui, appelant son disciple à la perfection, lui dit : « Suivez-moi (Matt. XIX, 21 )?
» Il vaut mieux néanmoins appliquer au démon cette parole: « Vous avez fait rebrousser mon ennemi en arrière ». Car le démon a été forcé de reculer, même dans la persécution des justes, et il est plus avantageux pour nous de subir ses poursuites, que de le suivre, comme s’il était pour nous un guide et un chef, Chantons donc le nom du Très-Haut qui a fait rebrousser l’ennemi en arrière, puisqu’il est bien mieux pour nous de fuir ses poursuites, que de le suivre quand il veut nous conduire. Car nous avons une retraite et un asile caché dans les mystères du Fils : « Et le Seigneur deviendra notre refuge (Ps. LXXXIX, 1 ). »
5. « Ils seront abattus et anéantis en votre présence (Ps. IX, 5 ) ». Qui donc tombera pour être anéanti, sinon le pécheur et l’impie? « Il tombera », parce qu’il n’aura plus de force; « il sera anéanti », parce qu’il cessera d’être impie ; « en votre présence », c’est-à-dire, quand il vous connaîtra, comme fut anéanti celui qui a dit : « Je vis, non pas moi, mais le Christ vit en moi (Gal. II, 20 )». Mais pourquoi « l’impie sera-t-il abattu et anéanti en votre présence? » C’est, répond le Prophète: « Parce que vous m’avez rendu justice, et que vous vous êtes déclaré pour ma cause (Ps. IX, 5 ) » ; c’est-à-dire, vous avez tourné à mon avantage et ce jugement dans lequel je parus être jugé, et cette condamnation que les hommes prononcèrent contre moi, en dépit de ma justice et de mon innocence. Car tout cela servit au Fils de Dieu pour notre délivrance: ainsi le pilote appelle sien, le vent qui lui sert pour une heureuse navigation.
6. « Vous êtes monté sur votre siége, vous qui jugez avec équité (Id. 5 ) ». Tel peut être le langage du Fils à son Père, dans le même sens qu’il disait: « Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi s’il ne vous était donné d’en-haut (Jean, XIX, 11 ) », regardant comme un effet de l’équité de son Père et de ses propres secrets, que le juge des hommes ait été jugé pour le salut des hommes. Peut-être est-ce l’homme qui dit à Dieu : « Vous êtes monté sur votre trône, vous qui jugez dans l’équité » ; désignant son âme sous le nom d’un trône, et alors son corps serait la terre, appelée escabeau des pieds du Seigneur (Isa. LXVI. ) : car Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde (II Cor. V, 19 ). Peut-être est-ce l’âme de l’Eglise, déjà parfaite, sans tache et sans ride (Eph. V, 27 ), digne des secrets du Fils, parce que le roi l’a introduite dans sa demeure secrète (Cant. I, 3 ), l’âme de l’Eglise qui dit à son Epoux: « Vous êtes monté sur « votre trône, vous qui jugez avec justice » , parce que vous êtes ressuscité d’entre les morts, pour vous élever au ciel et vous asseoir à la droite du Père. On peut, sans blesser les règles de la foi, donner à ces paroles, l’une ou l’autre de ces trois interprétations.
7. « Vous avez châtié les nations, et le (163) méchant a péri (Ps. IX, 6 ) ». Il est mieux d’appliquer ces paroles à Jésus-Christ que d’en faire son langage. Quel autre a châtié les nations pour en faire disparaître l’impie, comme il le fit, après son-ascension? Car alors il envoya l’Esprit-Saint, dont furent remplis les Apôtres qui prêchèrent avec confiance la parole de Dieu et accusèrent avec liberté les péchés des hommes. Leurs réprimandes firent disparaître l’impie, qui fut justifié et devint pieux. « Vous avez effacé son nom pour le siècle, et « dans les siècles des siècles(Ibid.) », Le nom de l’impie a disparu, car on ne peut appeler impie celui qui croit au vrai Dieu; son nom est donc effacé pour le siècle, c’est-à-dire, pendant que s’écouleront les jours du siècle. « Et dans les siècles des siècles ». Qu’est-ce que le siècle du siècle, sinon la durée dont le siècle n’est que l’image et comme l’ombre? Car cette révolution des temps qui se succèdent, alors que la lune croît et décroît, que le soleil revient chaque année dans sa gloire, que le printemps, que l’été, que l’automne et que l’hiver ne s’en vont que pour revenir encore, tout cela nous donne une certaine image de l’éternité. Mais la durée qui subsiste dans une immuable continuité, s’appelle siècle de ces siècles qui s’écoulent; elle est pour eux, comme le vers que vous avez dans l’esprit à l’égard de celui que vous prononcez de la voix. Le premier se comprend, le second s’entend, a sa mesure dans le premier, qui est l’oeuvre de l’art et qui demeure, tandis que le second passe dans l’air avec le son de la voix. C’est ainsi que le siècle qui passe trouve son modèle dans le siècle immuable, que l’on appelle siècle des siècles.
Celui-ci demeure chez le divin ouvrier, il est en permanence dans la sagesse et dans la puissance de Dieu : tandis que celui-là en mesure l’action dans chaque créature. Peut-être encore n’est-ce qu’une répétition, et qu’après avoir dit: « Dans le siècle», pour qu’on ne l’entendît point du siècle qui s’écoule, le Prophète aura ajouté : « Et dans le siècle du siècle ». Car il y a dans la version grecque : eis ton aiona, kai eis ton aiona tou aionos . Ce que plusieurs versions latines ont exprimé, non point en disant: « Dans le siècle, et dans le siècle du siècle»; mais bien: « Dans l’éternité et dans le siècle des siècles». Le nom de l’impie est donc détruit pour l’éternité, c’est-à-dire, que jamais à l’avenir il n’y aura plus d’impies; et si leur nom ne peut subsister dans ce siècle, il ne tiendra point dans le siècle des siècles.
8. « Les framées de l’ennemi ont fait défaut jusqu’à la fin (Ps. IX, 7 ). ». Ici, l’ennemi est au singulier, et non au pluriel. Or, cet ennemi, dont les armes ont fait défaut, quel est-il, sinon le démon, dont les armes sont les mille formes de l’erreur, qu’il emploie comme des glaives pour tuer les âmes? Mais à l’encontre de ces glaives, et pour les anéantir, il y a le glaive du Seigneur, dont il est dit au psaume septième : « il brandira son glaive, si vous ne retournez à lui ».
C’est lui peut-être qui est le terme où doit échouer la force des glaives ennemis, qui doivent prévaloir jusqu’à lui. Aujourd’hui, il travaille en secret, mais au dernier jugement, il resplendira de tout son éclat. C’est lui encore qui détruit les cités; car, après avoir dit que la puissance doit être en défaut, le Prophète ajoute: « Et vous avez détruit leurs cités». Une âme devient la ville de Satan, quand les conseils artificieux et mensongers lui établissent en quelque sorte une cour, qui se fait obéir par ses membres chacun dans son usage, comme par autant de satellites et de ministres ; les yeux servent la curiosité, les oreilles ses instincts licencieux, et elles recueillent tout propos qui porte à la débauche, les mains exercent la rapine et toute violence criminelle, et les autres membres soumis à une semblable tyrannie, travaillent dans ces desseins pervers. La populace de cette ville consisterait dans ces appétits sensuels et ces mouvements tumultueux de l’âme, qui soulèvent journellement dans l’homme des conflits séditieux. Il y a donc une cité partout où vous trouverez un roi, une cour, des ministres et un peuple. Et dans les villes déréglées nous ne verrions point tant de maux,- s’ils n’existaient d’abord dans chacun des citoyens, qui sont pour les cités des germes et des éléments. Ces cités donc, Jésus-Christ les détruit quand il en chasse le prince, ainsi qu’il est dit : « Le prince de ce siècle a été chassé dehors (Jean, XII, 31 ) » : la parole de la vérité porte le ravage dans ces royaumes, y étouffe les pernicieux desseins, y réprime les affections honteuses, y réduit en servitude l’action des membres et des sens, qui doivent servir à l’oeuvre de la justice et du bien; et ainsi s’accomplit cette parole de l’Apôtre : (164) « Que le péché ne règne plus dans notre corps mortel (Rom. VI, 12 ) », et le reste du passage. Alors l’âme apaisée se trouve en état d’acquérir le repos et le bonheur éternel. « Leur mémoire a péri avec fracas (Ps. IX, 7 )»,c’est-à-dire, la mémoire des impies. « Avec fracas », l’impiété ne se détruit pas sans bruit. Car nul homme n’arrive au calme du silence, à la paix profonde, s’il n’a d’abord fait à ses vices une guerre bruyante. Ou bien, « avec fracas», signifierait que la mémoire de l’impie périt avec ce fracas que fait ordinairement l’impiété.
9. « Tandis que le Seigneur demeure éternellement (Id. IX, 8 ). A quoi bon dès lors ces frémissements des nations et ces vaines machinations des peuples contre le Seigneur et contre son Christ (Id. II, 1, 2 ) », puisque le Seigneur demeure éternellement? « Il a préparé son «trône pour le jugement, et il jugera l’univers dans l’équité Id. IX, 9 ) ». C’est quand il a été jugé qu’il a préparé son trône. La patience qu’il a montrée nous méritait le ciel, et ce Dieu caché dans l’homme, stimulait notre foi. C’est là le jugement occulte du Fils. Mais parce qu’il doit venir d’une manière visible et dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, il s’est préparé un trône par un jugement caché. « Et il jugera ouvertement le monde « selon la justice », c’est-à-dire qu’il rendra à chacun selon son mérite , en plaçant les agneaux à sa droite et les boucs à sa gauche (Matt. XXV, 33 ). « Il jugera les peuples dans la justice », c’est la répétition de ce qui vient d’être dit, « qu’il jugera l’univers dans l’équité ». Dieu donc ne jugera point à la manière des hommes qui ne voient point le coeur, et qui en viennent plus souvent à renvoyer les coupables qu’à les condamner ; mais il jugera dans l’équité, selon la justice, selon le témoignage de la conscience, et selon que leurs pensées les accuseront ou les défendront (Rom. II, 15 ).
10. « Et le Seigneur est devenu le refuge du pauvre (Ps. IX, 10 ) ». Quelles que soient les poursuites de cet ennemi qui a dû rebrousser eu arrière, comment nuirait-il à ceux qui trouvent un asile dans le Seigneur? Il sera leur refuge, si dans ce monde, dont Satan est le prince, ils choisissent la pauvreté, ne s’attachant à rien de ce qui échappe à notre avidité pendant cette vie, ou que nous abandonnons à la mort. C’est à ces pauvres que le Seigneur sert de refuge. « Il est leur appui dans les jours de bonheur, dans la tribulation (Ps. IX, 10 ) ». C’est lui qui fait le pauvre, puisqu’il chante celui qu’il reçoit au nombre de ses enfants (Héb. XII, 6 ). Car le Prophète nous explique « l’appui dans les jours de bonheur », quand il ajoute:
« Dans la tribulation ». L’âme, en effet, ne se tourne vers Dieu, qu’en répudiant le monde, alors que la fatigue et la douleur viennent se mêler à ses plaisirs si frivoles, si dangereux et si funestes.
11. « Qu’ils espèrent en vous ceux qui connaissent votre nom (Ps. IX, 11 ) », en cessant de mettre leur espoir dans les richesses, et dans les autres charmes de ce monde. L’âme qui se détache du monde, et qui cherche en qui mettre son espérance, se réfugie avec bonheur dans la connaissance du nom même de Dieu. A la vérité, ce nom se trouve aujourd’hui dans toutes les bouches; mais le connaître, c’est connaître aussi Celui dont il est le nom. Car un nom n’est pas tel par lui-même, il n’a de valeur que dans sa signification. Or, il est dit : « Le Seigneur est son nom (Jér. XXXIII, 2 ) ». Connaître son nom, c’est donc se mettre avec plaisir à son service. « Et qu’ils espèrent en vous, ceux qui connaissent votre nom ». Le Seigneur dit encore à Moïse « Je suis celui qui suis (Exod. III, 14 ), et tu diras aux enfants d’Israël : Celui qui est, m’a envoyé. Que ceux-là donc, Seigneur, espèrent en vous qui connaissent votre nom », de peur qu’ils ne mettent leur espoir dans les biens qui passent avec la rapidité du temps, qui n’ont rien que le futur et le passé. A peine ce qu’ils ont de futur est-il arrivé, qu’il est déjà passé.
On l’atteint avec empressement, on le perd avec douleur. Mais dans la nature divine, il n’y a rien de futur qui ne soit point encore, rien de passé qui ne soit plus; être, c’est là tout ce qu’elle est, c’est l’éternité. Qu’ils cessent donc de mettre leur espoir et leur amour dans les biens du temps, qu’ils élèvent leur espérance jusqu’à l’éternité, ceux qui connaissent le nom de celui qui a dit : « Je suis celui qui suis », et dont il est écrit : « Celui qui est, m’a envoyé. Parce que vous n’abandonnerez pas, Seigneur, ceux qui vous cherchent ». Le chercher, c’est ne plus chercher des biens passagers et périssables, puisque « nul ne peut servir deux maîtres (Matt. VI, 21 ) ».
(165)
12. « Chantez au Seigneur qui habite en Sion (Ps. IX, 12 ) », est-il dit à ceux qui cherchent le Seigneur, et qu’il n’abandonne pas. Il habite Sion, qui signifie contemplation, et nous offre l’image de l’Eglise actuelle, comme Jérusalem figure l’Eglise à venir ou la cité des saints qui jouissent déjà de la vie des anges, puisque Jérusalem signifie vision de la paix. Or, la contemplation précède la vision, comme l’Eglise d’ici-bas précède la cité immortelle et éternelle qui nous est promise; mais elle ne la précède que dans l’ordre du temps sans la surpasser en dignité, car la fin où nous tendons est plus honorable que l’effort que nous faisons pour y arriver; or, notre effort actuel, c’est la contemplation, par laquelle nous arriverons à la vision. Mais si dès aujourd’hui le Seigneur n’habitait dans l’Eglise. de la terre, la plus attentive contemplation pourrait aboutir à l’erreur. Aussi est-il dit : « Le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple (I Cor. III, 17 ) »; et : « Le Christ habite dans l’homme intérieur et dans vos coeurs par la foi (Eph. III, 16, 17 )». Il nous est donc ordonné de chanter au Seigneur qui habite en Sion, afin que nous chantions de concert les louanges du Dieu qui habite en son Eglise. « Annoncez parmi les peuples ses merveilles (Ps. IX, 12 ) ». C’est ce qui a été fait, et se fera toujours.
13. « Le Seigneur s’est souvenu d’eux, en recherchant leur sang répandu (Id. 13 )». Comme si les Apôtres, envoyés porter l’Evangile aux peuples, répondaient à cette injonction: « Publiez ses merveilles parmi les peuples », et disaient : « Seigneur, qui pourra croire à notre parole (Isa. LIII, 1 )? » et: « Chaque jour, votre amour nous fait égorger ? ». Le Prophète a raison d’ajouter que pour les chrétiens persécutés, le fruit de la mort sera la grande acquisition de l’éternité : « Parce que le Seigneur se souvient d’eux et venge leur sang ». Mais pourquoi le Prophète a-t-il choisi de préférence cette expression : « Leur sang ? » Répondrait-il à cette question que pourrait lui faire un homme ignorant et faible dans la foi: « Comment prêcheront-ils chez ces infidèles qui doivent les égorger (Ps. XLIII, 22 )? » et dirait-il : « Le Seigneur se souviendra d’eux, et vengera leur sang », c’est-à-dire, viendra le dernier jugement pour mettre à découvert la gloire des victimes et le châtiment des bourreaux? Car nul n’entendra cette expression: « Dieu s’est souvenu d’eux », comme s’il avait pu les oublier; mais parce que le dernier jugement ne doit arriver qu’après un long espace de temps, le Prophète s’accommode au langage des hommes faibles, qui s’imaginent que Dieu oublie, parce qu’il agit avec plus de lenteur qu’eux-mêmes ne voudraient. C’est pour eux encore qu’il est dit plus bas : « Il n’a point oublié le cri des pauvres (Ps. IX, 13 ) » c’est-à-dire, il n’a point oublié, comme vous le pensez; et comme si, après avoir entendu ce mot : « Il s’est souvenu », ils disaient: « Il avait donc oublié»: «Non», dit le Prophète, «il n’oublie point le cri du pauvre».
14. Mais quel est, dirai-je, ce cri du pauvre que le Seigneur n’oublie point? Est-ce le cri exprimé dans les paroles suivantes: « Prenez-moi, Seigneur, en pitié , voyez à quelle humiliation me réduisent mes ennemis (Id. 14 )?» Pourquoi donc ne disait-il pas au pluriel: « Prenez-nous en pitié, Seigneur, et voyez à quelle humiliation nous réduisent nos ennemis ? »
comme si tant de pauvres criaient ensemble; et dit-il: « Prenez-moi en pitié, Seigneur », comme s’il n’y avait qu’un seul pauvre? Est-ce que celui-là seul parle au nom des saints qui, étant riche, s’est fait pauvre pour nous (II Cor. VIII, 9 ) ? Lui aussi dirait alors: « C’est vous qui me relevez des portes de la mort, afin que je publie vos louanges aux portes de la ville de Sion (Ps. IX, 15 ) ». Car c’est Jésus-Christ qui relève l’homme, non-seulement cet homme dont il s’est revêtu, et qui est le chef de l’Eglise ; mais chacun de nous, qui sommes les membres de son corps, et il nous élève au-dessus des convoitises dépravées qui sont les portes du trépas, puisque c’est par là que nous allons à la mort. Et la mort est déjà dans ces joies que procurent les jouissances, quand nous acquérons ce qu’il était criminel de désirer : « Car la convoitise est la racine de tous les maux (Tim. VI, 10 ) ». Aussi peut-on l’appeler porte de la mort, car une veuve qui vit dans les délices est déjà morte (Id. V, 6 ). Or, c’est par la convoitise que nous entrons dans les délices, comme par les portes de la mort. Mais les portes de Sion sont les saints désirs qui aboutissent à la vision de la paix dans la sainte Eglise. C’est donc dans ces portes qu’il nous faut publier toutes les louanges du Seigneur, afin (166) que l’on ne donne pas aux chiens ce qui est saint, ni les perles aux pourceaux (Matt. VII, 6 ), Les premiers préfèrent aboyer toujours, plutôt que de rechercher avec soin; les autres ne veulent ni aboyer ni chercher, mais se vautrer dans la fange de leurs voluptés. Mais quand on loue le Seigneur avec de saintes affections, alors il accorde à ceux qui demandent, il se manifeste à ceux qui le cherchent, il ouvre à ceux qui frappent. Ces portes de la mort s’entendraient-elles des sens du corps, des yeux qui s’ouvrirent en Adam, quand il eut goûté du fruit défendu (Gen. III, 7 ), et au-dessus desquels s’élèvent ceux qui ne recherchent point les biens visibles, mais les invisibles? « Ce qui est visible, en effet, n’est que temporel, tandis que les biens invisibles sont éternels (II Cor. IV, 18 ) » ; et alors les portes de Sion ne seraient-elles pas les sacrements et les principes de la foi que Dieu veut bien ouvrir à ceux qui frappent, afin qu’ils parviennent à connaître les secrets du Fils? « Car ni l’oeil n’a vu, ni l’oreille n’a entendu, ni le coeur de l’homme n’a compris, ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment (Id. II, 9 ) » ici finirait alors ce cri des pauvres, qui n’est point en oubli pour le Seigneur.
15. Voyons la suite. « Je serai dans la joie, à la vue du Sauveur qui vient de vous (Ps. IX, 16 ) » ; c’est-à-dire, je trouverai mon bonheur dans le Sauveur que vous m’avez donné , qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ, la force et la sagesse de Dieu (I Cor. I, 24 ). Tel est donc le langage de l’Eglise, affligée ici-bas et sauvée par l’espérance: tant que le jugement du Fils est caché, elle s’écrie avec espoir : « Je tressaillerai dans s le Sauveur que vous m’avez donné »; parce que sur la terre, elle est sous le poids des violences ou des erreurs de l’idolâtrie. « Les nations sont tombées dans la fosse qu’elles avaient creusée (Ps. IX, 16 ) ». Voyons ici comment le pécheur a toujours trouvé son châtiment dans ses propres oeuvres, et comment ceux qui ont voulu faire violence à l’Eglise sont demeurés dans la dégradation qu’ils voulaient lui faire subir. Ils voulaient tuer des corps, et eux-mêmes tuaient leurs âmes. « Leur pied s’est engagé dans le piège qu’eux-mêmes avaient «caché (Ibid. ) ». Ce piége caché, c’est la pensée fourbe, et par le pied de l’âme, on peut comprendre l’amour, qui s’appelle convoitise et débauche quand il est dépravé, affection et charité quand il est droit. C’est l’amour qui pousse l’âme vers le lieu où elle veut arriver; et ce lieu n’est point un espace occupé par une forme corporelle, mais le plaisir où elle se réjouit que l’amour l’ait fait aboutir. Or, la convoitise aboutit au plaisir dangereux, la charité aux chastes délices. De là vient que la convoitise est appelée une racine (Tim. VI, 10 ). La charité aussi est appelée racine, quand il s’agit de ces divines semences qui tombent dans les lieux pierreux, où elles doivent se dessécher sous les feux du soleil, parce qu’elles n’ont pas une racine profonde (Matt. XIII, 5 ) ; ainsi sont stigmatisés ceux qui reçoivent avec joie la parole de la vérité, mais qui cèdent facilement aux persécutions, parce que la charité seule peut résister. L’Apôtre dit encore :
« Afin que nous ayons la charité pour base et pour racine, et que par là nous puissions résister (Eph. III, 17 ) ».
Donc le pied des pécheurs, ou l’amour, s’engage dans le piége qu’ils avaient caché, parce qu’en goûtant le plaisir d’un acte trompeur, livrés qu’ils sont par le Seigneur aux désirs d’un coeur déréglé (Rom. I, 24 ), ils se laissent enlacer par ce plaisir, de manière à n’oser plus en dégager leur affection pour la porter à des objets sérieux. Au premier effort qu’ils tenteront, ils gémiront dans leur âme, comme le forçat qui veut dégager des fers son pied captif; et, succombant à la douleur, ils ne voudront plus se sevrer de ces plaisirs homicides. Ainsi donc, « dans ce piège qu’ils avaient caché », ou dans leurs desseins artificieux, «leur pied demeure « engagé », c’est-à-dire, leur amour est arrivé par la fraude à cette joie futile qui enfante la douleur.
16. « On reconnaît le Seigneur à l’équité de ses jugements (Ps. IX, 17) ». Tels sont en effet les jugements de Dieu, qu’il ne sort point du calme de sa félicité, ni des secrets de sa sagesse qui servent d’asile aux âmes bienheureuses, pour lancer contre les pécheurs le fer, la flamme, ou les bêtes féroces, et les livrer aux tourments. Comment donc sont-ils tourmentés, et comment le Seigneur exerce-t-il ses jugements? « C’est dans l’oeuvre de ses mains », dit le Prophète, « que le pécheur s’est enlacé».
17. Il y a ici : « Cantique de Diapsalma (Graec. LXX, ode diapsalmatos ) ». Autant que je puis en juger, c’est l’indice d’une joie secrète, causée par la séparation (167) actuelle, non de lieu, mais d’affection, entre les pécheurs et les justes, commise dans l’aire on sépare déjà le bon grain de la paille. Le Prophète continue : « Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer (Ps. IX, 18 )». Qu’ils soient livrés en leurs propres mains alors que Dieu les épargne, et enlacés dans leurs joies mortelles. « Ainsi que toutes les nations qui oublient le Seigneur (Ps. IX, 18 )», car elles ont refusé de connaître le Seigneur, et il les a livrées au sens réprouvé (Rom. I, 28 ).
18. « Car le pauvre ne sera pas éternellement en oubli (Ps. IX, 19 ) » : lui qui paraît oublié maintenant, quand le bonheur de cette vie semble s’épanouir pour les pécheurs, et que la tristesse est pour le juste; mais, dit le Prophète, « la patience des affligés ne périra pas éternellement ». Cette patience leur est nécessaire maintenant pour supporter les impies, dont ils sont séparés déjà par l’affection, jusqu’à ce qu’ils le soient tout à fait au dernier jugement.
19. « Levez-vous, Seigneur, et que l’homme ne s’affermisse point (Ps. IX, 20 )». Le Prophète appelle de ses soupirs le jugement dernier; mais avant qu’il arrive : « Que les nations, dit-il, soient jugées en votre présence », c’est-à-dire dans le secret et sous l’oeil de Dieu, puisqu’il n’y a pour le comprendre que le petit nombre des saints et des justes. « Seigneur, faites peser sur eux le joug d’un législateur (Id. 21 ) » ; qui serait, si je ne me trompe, l’Antéchrist, dont l’Apôtre a dit « que l’homme de péché se révélera (I Thess. II, 3 ). Que les peuples sachent bien qu’ils ne sont que des hommes» », et puisqu’ils refusent d’être délivrés par le Fils de Dieu, d’appartenir au Fils de l’homme, d’être enfants des hommes, ou des hommes nouveaux, qu’ils soient assujettis à l’homme, c’est-à-dire au vieil homme du péché, puisqu’ils sont eux-mêmes des hommes.
CONTINUATION DU PSAUME IX,
INSCRITE DANS L’HÉBREU SOUS LE NUMÉRO X.
20. Comme l’Antéchrist ou l’homme de péché s’élèvera, croit-on, jusqu’à un tel degré de vaine gloire, déploiera un tel pouvoir sua tous les hommes et sur les élus de Dieu, que plusieurs auront la faiblesse de croire que Dieu ne s’intéresse plus aux hommes; le Prophète, après un Diapsalma, exprime en quelque sorte les gémissements et les plaintes que soulève le retard du jugement. « Pourquoi dit-il, pourquoi, Seigneur, tant vous éloigner (Ps. IX, 1 ) ? » Et aussitôt l’interrogateur, comme s’il avait une illumination soudaine, ou comme s’il n’eût demandé ce qu’il savait bien que pour nous l’apprendre, ajoute: « Vous vous dérobez dans le temps propice, dans la tribulation »; c’est-à-dire, vous vous dérobes à propos, et vous suscitez la tribulation pour attiser dans les coeurs le désir de votre avènement; plus est longue la soif qui les dévore, et plus agréable sera la source de vie. Aussi le Prophète a-t-il pénétré la cause de ces retardements, quand il dit: « L’orgueil du méchant est un stimulant pour le pauvre ». C’est chose incroyable et vraie néanmoins, que la vue des pécheurs embrase les petits d’une vive ardeur, de sainte espérance qui les porte à une vie meilleure. La même raison mystérieuse a fait permettre à Dieu qu’il y eût des hérésies. Tel n’est pas sans doute le dessein des hérétiques, mais la sagesse de Dieu sait tirer avantage de leur perversité, elle qui crée et qui règle la lumière, qui règle seulement les ténèbres (Gen. I, 3, 4 ), afin qu’en les comparant à la lumière, on trouve celle-ci plus gracieuse, (168) comme en face de l’hérésie on se trouve plus heureux de rencontrer la vérité. Cette comparaison fait découvrir dans le monde les hommes d’une vertu éprouvée, que Dieu seul connaissait.
21. «Ils se prennent dans les pensées qu’ils enfantent»; c’est-à-dire que leurs pensées perverses deviennent des liens qui les enchaînent. Mais pourquoi des liens? « Parce que le pécheur est loué dans les desseins de son âme (Ps. IX, 3 )». Les paroles de la flatterie garrottent l’âme dans ses péchés; car on se plaît à faire ce qui, non seulement ne laisse à craindre aucun blâme, mais attire les applaudissements. « Et parce que l’on applaudit à celui qui fait le mal; les coupables sont enlacés dans les pensées qu’ils enfantent ».
22. «L’impie a irrité le Seigneur ». Ne félicitons point l’homme qui prospère en cette vie, dont les fautes demeurent sans vengeance, et rencontrent l’applaudissement. C’est là le plus grand effet de la colère divine. Il faut qu’un pécheur ait bien irrité Dieu, pour être ainsi traité, pour ne point ressentir le châtiment qui corrige. « Il a donc irrité le Seigneur, qui, dans sa grande colère, ne le recherchera point (Id. 4 )». La colère de Dieu est à son comble quand il ne recherche plus nos péchés , qu’il paraît les oublier, n’y faire aucune attention, et qu’il permet que l’impie arrive à la richesse et aux honneurs, par la fraude et les forfaits c’est ce que nous verrons surtout dans l’antéchrist, que les hommes croiront heureux jusqu’à le prendre pour un Dieu. Mais la suite du psaume va nous montrer combien cette colère de Dieu est redoutable.
23. « Dieu n’est point en sa présence ses voies sont toujours souillées (Id. 5 )». Celui qui a goûté les vrais plaisirs et les joies de l’âme, comprend combien il est malheureux d’être privé de la lumière de la vérité. Si la privation des yeux du corps, qui nous dérobe cette lumière du jour, est regardée comme une grande calamité parmi les hommes, quel ne sera point le malheur d’un homme qui prospère dans ses péchés, jusqu’à n’avoir plus Dieu en sa présence, et ne marche que dans des voies souillées, c’est-à-dire que ses pensées et ses desseins sont criminels? « Vos jugements ne sont plus rien à ses yeux ». L’âme qui a conscience de sa culpabilité, et qui ne se voit point châtiée, s’imagine que Dieu ne la juge point; et ainsi les jugements du Seigneur ne sont plus devant ses yeux, ce qui est pour elle une terrible damnation. « Il se rendra maître de ses ennemis (Ps. IX, 5 ) ». Car on croit qu’il vaincra tous les rois, et régnera seul sur la terre; et même saint Paul qui nous l’annonce, va jusqu’à dire: « Il s’assoira dans le temple de Dieu, et s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, et adoré (II Thess. II, 4 ) ».
24. Et comme il est livré aux convoitises de son coeur, et destiné aux dernières vengeances, voilà que par de criminels artifices il va s’élever au comble de cette gloire vaine et futile, et à la domination. De là vient que le Prophète ajoute: « Il a dit dans son coeur: A moins de faire le mal, je ne passerai point de race en race (Ps. IX, 6 ) », c’est-à-dire, mon nom et ma gloire ne s’en iront pas d’âge en âge à la postérité, si la ruse du mal ne me fait acquérir une telle domination que les siècles futurs ne puissent en garder le silence. Car l’esprit pervers qui ne connaît pas le bien, qui est étranger aux lumières de la justice, cherche par des actions criminelles à se frayer le chemin d’une renommée si éclatante, qu’elle retentisse dans les siècles. Et ceux qui ne peuvent se signaler par le bien, veulent au moins se rendre fameux par le crime, et répandre au loin leur renommée. Tel est, je crois, le sens de ces paroles : « Ce n’est que par le mal que je passerai de génération en génération ». On peut encore appliquer ces paroles à l’homme dont l’esprit vain et plein d’erreur ne croit pouvoir passer de cette vie mortelle à la vie éternelle que par la voie du crime C’est ce qui est rapporté de Simon (Act. VIII, 9, 23 ), qui croyait pouvoir s’élever au ciel par les coupables artifices de la magie, et passer de la nature humaine à la nature divine. Faut-il s’étonner maintenant que cet homme de péché, qui doit personnifier en lui-même toute la malice et toute l’impiété, dont tous les faux prophètes n’ont donné que l’ébauche, qui aura le don des miracles au point de séduire les justes, s’il était possible, aille jusqu’à dire en son cœur : « Je ne puis que par le mal être fameux d’âge en âge? »
25. « Sa bouche est pleine de blasphèmes, d’amertume et de fourberie (Ps. IX, 7 ) » C’est en effet (169) un horrible blasphème, que d’aspirer au ciel par d’aussi coupables artifices, et de prétendre à la vie éternelle, avec de semblables mérites. Aussi n’est-ce que sa bouche qui est pleine de ce blasphème; car sa prétention ne peut aboutir, et ne demeurera dans sa bouche que pour sa perdition, de lui qui osait bien se promettre le ciel au moyen de cette amertume et de cette fourberie, c’est-à-dire au moyen de cette exaltation, et de ces embûches qui lui gagnaient la foule. « Sous sa langue est le travail et la douleur ». Nul travail n’est plus pénible que l’injustice et l’impiété; et ce travail engendre la douleur, parce qu’il est non-seulement sans profit, mais encore nuisible. Travail et douleur qui caractérisent ce langage: « Ce n’est que par le mal que je puis passer d’âge en âge ». Aussi est-il dit que cela est « sous sa langue», et non dans sa langue, parce qu’il renfermera ces pensées dans l’intérieur de son âme, et tiendra aux hommes un tout autre langage, afin qu’on le regarde comme le champion du bien et de la justice, et même comme le Fils de Dieu.
26. « Il se met en embuscade avec les riches (Ps. IX, 8 ) ». Quels riches, sinon ceux qu’il comblera des biens de ce monde? Il se mettra donc, est-il dit, en embuscade avec eux, parce qu’il fera ostentation de leur faux bonheur pour tromper les hommes ; et ceux-ci, pris du désir, fatal d’acquérir de semblables richesses, négligent les biens éternels et tombent ainsi dans ses piéges. « Il veut tuer l’innocent dans l’obscurité (Id. 9 ) ». Par « obscurité » il entend, je crois, l’état de l’âme qui discerne à peine ce qu’il faut désirer, de ce qu’il faut fuir; et tuer l’innocent, c’est amener au péché celui qui était sans tache.
27. « Ses yeux sont en arrêt sur le pauvre ». Car il s’attache principalement à poursuivre les justes, dont il est dit : « Bienheureux ceux qui sont pauvres de gré, car le royaume des cieux leur appartient (Matt. V, 3 ). Il les « épie en secret, comme le lion en sa bauge ». Il appelle lion dans sa bauge, celui qui emploie la violence et l’artifice. La première persécution de l’Eglise fut violente, car alors on contraignait les chrétiens à sacrifier, par la proscription, les tourments et la mort l’autre persécution soulevée par les hérétiques et les faux frères, et qui dure encore, est caractérisée par l’artifice; la troisième et la plus dangereuse sera celle de l’antéchrist, qui sera caractérisée par l’artifice et par la violence. Il aura la force par l’empire, et l’artifice de la séduction par les prodiges. La violence est précisée par cette expression, « dans sa bauge ». Les paroles suivantes nous expriment le même sens, mais dans l’ordre inverse: « Il tend des embûches pour enlever le pauvre ». Voilà bien la ruse; et « pour le ravir après l’avoir attiré », marque la violence; car « l’attirer » nous montre qu’à force de le tourmenter, il parvient à s’assujettir l’homme pauvre.
28. La suite répète encore ce qui vient d’être dit : « Il l’humiliera dans un piég », c’est la ruse. « Il s’inclinera et tombera, quand il aura les pauvres sous sa domination (Ps. IX, 10 ) », c’est la violence. Le piège désigne bien les fourberies, et la domination indique évidemment la terreur. « Il humiliera donc le pauvre dans son piége », dit avec raison le Prophète; car plus paraîtront merveilleux les signes qu’il entreprendra d’opérer, et plus les saints d’alors seront méprisés, et tomberont dans l’opprobre; et comme ils doivent lui résister dans leur innocence et leur justice, il passera pour les avoir vaincus par l’éclat de ses prodiges. Mais à son tour « il s’inclinera et tombera, après les avoir dominés», c’est-à-dire, quand il aura tourmenté par toutes sortes de supplices les serviteurs de Dieu qui lui résisteront.
29. Mais pourquoi sera-t-il abaissé jusqu’à tomber? C’est qu’ « il a dit dans son cœur : Dieu a tout oublié, il a détourné sa face pour ne rien voir à jamais (Id. 11 )». C’est pour l’esprit humain un abaissement et une chute effroyable, de trouver sa félicité dans le crime, et de croire à son pardon, quand il est frappé d’aveuglement, et réservé pour cette dernière et exemplaire vengeance marquée par le Prophète qui s’écrie : « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, étendez votre main (Id. 12 ) »: c’est-à-dire, manifestez votre puissance. Il avait dit plus haut : « Levez-vous, Seigneur, et que l’homme ne s’affermisse point, que les peuples soient jugés en votre présence (Psal. Prim. IX, 20 ) », c’est-à-dire, dans ce secret que Dieu seul peut pénétrer. C’est ce qui est arrivé quand l’impie est parvenu à ce que les hommes regardent comme un grand bonheur, et que Dieu les a soumis à un législateur, tel qu’ils le (170) méritaient, et dont il est dit : « Etablissez sur eux un législateur, et que ces peuples sachent bien qu’ils sont des hommes (Psal. Secun. IX, 14 ) ». Et après ce châtiment juste et secret, il est dit: « Levez-vous, Seigneur, ô mon Dieu, étendez votre main », non plus dans le secret, mais dans la splendeur de votre gloire. «N’oubliez point à jamais les opprimés», comme l’imagine l’impie qui dit: « Le Seigneur a tout oublié; il a détourné sa tête pour ne rien voir à jamais (Psal. Secun. IX, 11 ).
» Car c’est bien nier que Dieu voie à jamais, ou jusqu’à la fin, que dire qu’il ne prend aucun soin des actions des hommes sur la terre. La terre est, en effet, la fin des choses, comme le dernier des éléments, où les hommes travaillent dans un ordre admirable, mais ordre qui leur échappe dans leurs travaux, car il appartient aux secrets du Fils. Donc, au milieu du labeur pénible d’ici-bas, l’Eglise, comme un navire au milieu des flots et des tempêtes, semble éveiller le Seigneur qui dort, afin qu’il commande aux vents déchaînés et ramène le calme. « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, lui dit-elle, étendez votre main, et n’oubliez point les pauvres sur la terre».
30. La connaissance du dernier jugement nous a fait dire avec joie : «Pourquoi l’impie a-t-il irrité le Seigneur (Id. 13 )? » De quoi lui a servi de commettre ces forfaits? « Il disait dans son coeur : Dieu ne les recherchera point. Vous le voyez, Seigneur», poursuit le Prophète, « mais vous considérez le travail et la colère, pour les livrer entre vos mains (Id. 14 )». Prononçons bien ces paroles pour en voir le sens; une fausse prononciation nous amène l’obscurité. L’impie a dit dans son coeur : «Dieu ne recherchera point les crimes », comme si le Seigneur voyant ce qu’il lui en coûtera de labeur et de peine pour les faire tomber entre ses mains, et dédaignant le labeur comme la colère, pardonne à ces impies, pour ne point prendre la peine de les châtier, ni se troubler par la colère. C’est ce qui arrive souvent aux hommes, qui dissimulent plutôt que de châtier, afin de s’épargner la peine de la colère.
31. « C’est à vous que le pauvre abandonne sa défense (Ibid. ) » . Car il n’est pauvre, ou plutôt il n’a méprisé tous les biens passagers de cette vie que pour mettre en vous seul son espoir. « Vous serez le protecteur de l’orphelin (Psal. secun. IX, 14 ) c’est-à-dire de celui pour qui le monde est mort, ce monde qui était son père, qui l’avait engendré selon la chair, de celui qui peut dire : « Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde (Gal. IX, 14 ) ». Dieu devient un père à de tels orphelins; et le Sauveur enseigne à ses disciples à le devenir, quand il dit: « N’appelez ici-bas personne votre père ( Matt. XXIII, 9 )». Lui-même en donne l’exemple tout le premier, en disant : « Quelle est ma mère, ou quels sont mes frères (Id. XII, 48 ) ? » C’est de là que certains hérétiques très-dangereux ont avoué qu’ils n’avaient pas de mère; ils n’ont point vu qu’en prenant ces paroles à la lettre, les disciples n’auraient point eu de pères. Car s’il dit lui-même : « Quelle est ma mère? » il leur donnait cet enseignement: « N’appelez ici-bas personne votre père ».
32. « Brisez le bras de l’impie et du méchant (Ps. IX, 15 ), de cet homme dont il est dit plus haut, qu’il se rendra maître de tous ses ennemis. Son bras, c’est sa puissance, à laquelle est opposée cette puissance du Christ, dont le Prophète a dit: « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, étendez votre main (Id. 5 ). On recherchera son péché; mais lui, ne reparaîtra plus » à cause de ce péché; c’est-à-dire, on le jugera sur ses crimes, et ces crimes l’auront fait disparaître. Alors qu’y a-t-il d’étonnant dans les paroles suivantes: « Le Seigneur sera roi des siècles et de l’éternité; nations, vous serez retranchées de la terre qui lui appartient (Id. 16 )?» Il désigne .par nations, les pécheurs et les impies.
33. « Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres (Id. 17 ) ». Ce désir dont ils étaient embrasés, quand au milieu des angoisses et des tribulations, ils soupiraient après le jour du Seigneur : « Votre oreille, ô Dieu, a entendu que leur coeur était prêt ». Cette préparation du coeur est celle que le Prophète a chantée dans un autre Psaume: « Mon cœur est préparé, ô Dieu, mon coeur est préparé (Id. LVI, 8 ) » ; et dont saint Paul dit: « Si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons par la patience (Rom. VI, 25 ) ». Par l’oreille de Dieu, nous ne devons rien entendre de corporel, mais cette puissance qui le porte à nous exaucer: et pour ne plus revenir à ce sujet, (171) quand l’Ecriture attribue à Dieu ces membres qui sont en nous visibles et corporels, nous devons entendre sa puissance d’action. Car il ne faut rien voir ici de corporel, quand Dieu écoute, non plus le son de la voix, mais la préparation du coeur.
34. « Vous rendrez justice à l’orphelin et au pauvre (Ps. IX, 18 )»; c’est-à-dire à celui qui ne se conforme pas au monde, et qui n’est point superbe. Juger l’orphelin, n’est pas rendre justice à l’orphelin. On juge l’orphelin même en le condamnant, maison lui rend justice quand on prononce en sa faveur. «Afin que l’homme ne cherche plus à s’agrandir sur la terre (Ibid. ) ». Car ce sont des hommes ceux dont il est dit : « Seigneur, élevez au-dessus d’eux un législateur, afin que les peuples sachent bien qu’ils sont des hommes (Ps. Prim. IX, 21 ) ». Mais celui qu’il est question d’élever en cet endroit sera un homme aussi, et c’est de lui qu’il est dit «Afin que l’homme renonce à s’agrandir sur la terre ». Ce qui arrivera quand le Fils de l’homme viendra juger cet orphelin qui s’est dépouillé du vieil homme et qui a ainsi comme exalté son Père.
35. Les secrets du Fils dont il est beaucoup parlé dans ce Psaume, seront suivis des manifestations de ce même Fils, dont il est quelque peu fait mention à la fin. Mais le sujet indiqué par le titre, en occupe la principale partie. On peut même ranger parmi les secrets du Fils le jour de son avènement, quoique sa présence doive être manifestée pour tous. Car il est dit de ce jour qu’il n’est connu de personne, ni des Anges, ni des Vertus, ni même du Fils de l’homme (Matt. XXIV, 36 ). Or, quel secret est plus impénétrable que celui que l’on dit être dérobé au juge même, non qu’il l’ignore, mais parce qu’il ne doit point le révéler? Si toutefois quelqu’un veut attribuer ces secrets du Fils, non plus au Fils de Dieu, mais au Fils de David même, dont tout le psautier porte le nom, car tous les Psaumes sont appelés Psaumes de David, qu’il écoute ces paroles adressées à Notre-Seigneur: « Fils de David, ayez pitié de nous (Matt. XX, 30 ) », et qu’il reconnaisse ce même Seigneur Jésus-Christ dont les secrets ont inspiré le titre du Psaume. Il en est de même de ces paroles de l’Ange: « Dieu lui donnera le trône de David son père (Luc, I, 32 ) ». Cette interprétation n’est point démentie par cette question du Christ aux Juifs : « Si le Christ est Fils de David, comment David inspiré de l’Esprit-Saint, l’appelle-t-il son Seigneur, en disant: Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’abatte vos ennemis à vos pieds (Matt. XXII, 11 ; Ps. CIX, 1 ) ?» Cette parole s’adressait à des hommes ineptes qui, dans le Christ dont ils attendaient l’arrivée, ne voyaient qu’un homme, et non point la puissance et la sagesse de Dieu. Dieu donc les formait à croire selon la vérité la plus pure, que le Christ est le Seigneur de David, puisqu’il était au commencement le Verbe, Dieu en Dieu, par qui tout a été fait; qu’il est aussi le fils de David, puisque selon la chair il est né de la race de David, Le Seigneur ne dit pas que le Christ n’est point fils de David; mais bien : Si vous êtes certain qu’il est son fils, apprenez encore qu’il est son Seigneur; ne vous arrêtez pas à voir dans le Christ sa qualité de fils de l’homme, ce qui fait qu’il est fils de David, pour abandonner sa qualité de Fils de Dieu qui le rend Seigneur de David. (172)
DISCOURS SUR LE PSAUME X.
L’HÉRÉSIE EN FACE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE.
L’âme catholique et fidèle répond aux invitations de l’hérésie, que sa confiance est dans le Seigneur et non dans les hommes, tandis que l’hérésie se confie dans les mérites du ministre des sacrements. Le Seigneur, par une même parole, aveugle les méchants et sauve les justes.
POUR LA FIN, PSAUME POUR DAVID (Ps. X, 1 ).
1. Ce titre n’a pas besoin d’être expliqué de nouveau, nous avons exposé suffisamment le sens de cette expression : « In finem, pour la fin » . Voyons donc le texte du psaume, qui me parait un chant contre les hérétiques. Ceux-ci, en effet, rappelant sans cesse avec exagération les fautes de plusieurs membres de l’Eglise, comme si, dans leurs sectes, tous les membres, ou du moins le plus grand nombre, étaient des justes, s’efforcent de nous détourner et de nous arracher des mamelles de l’Eglise, unique et véritable mère. Ils affirment que le Christ est parmi eux; ils affectent de nous avertir, par intérêt pour nous et par charité, de passer dans leur parti pour y trouver Jésus-Christ, qu’ils se vantent faussement de posséder. On sait que dans ces dénominations allégoriques données par les Prophètes à Jésus-Christ, se trouve aussi celle de Montagne. Il faut donc répondre à l’hérésie en loi disant: « Ma confiance est dans le Seigneur; comment dites-vous à mon âme : Va sur la montagne, comme un passereau (Id. 2 )?» Il n’est qu’une seule montagne en qui j’aie mis mon espoir; pourquoi me dire d’aller à vous, comme s’il y avait plusieurs Christs? Et si, dans votre orgueil, vous prétendez être cette montagne, j’avoue que je dois être ce passereau, et que mes ailes sont les forces et les préceptes de Dieu; mais ces ailes m’empêchent de voler vers de semblables montagnes, et de reposer mon espoir en des hommes orgueilleux. J’ai un nid où je puis reposer, puisque ma confiance est dans le Seigneur. Car le passereau trouve une demeure (Ps. LXXXIII, 4), et le Seigneur est un refuge pour le pauvre (Ps. IX, 10 ). Ainsi, de peur qu’en cherchant le Christ chez les hérétiques, nous ne le perdions réellement, chantons avec la plus entière confiance: « Ma confiance est dans le Seigneur; comment dites-vous à mon âme : Va sur la montagne comme le passereau ? »
2. « Voilà que les pécheurs ont bandé l’arc, ils ont rempli de flèches leur carquois, afin de tirer, dans l’obscurité de la lune, sur ceux qui ont le coeur droit (Ps. X, 3 ) ». Vaines terreurs de ceux qui nous menacent de la colère des pécheurs, pour nous pousser dans leur parti, comme dans celui des justes. « Voilà », disent-ils, « que les pécheurs ont bandé l’arc». Cet arc me paraît être l’Ecriture, qu’ils interprètent dans un sens charnel, et qui ne leur fournit alors que des maximes empoisonnées. « Ils ont préparé leurs flèches dans leur carquois »; c’est-à-dire, qu’ils ont préparé dans leurs coeurs, ces paroles qu’ils doivent nous lancer avec l’autorité des saintes Ecritures. « Afin de tirer sur l’innocent dans l’obscurité de la lune »; c’est-à-dire, qu’ils ont cru que la foule des hommes ignorants et charnels avait obscurci la lumière de l’Eglise, et qu’eux-mêmes ne pourraient être convaincus; ainsi ils corrompent les bonnes moeurs par des discours pervers (Ps. X, 3 ). Mais à toutes ces terreurs nous répondrons: « Ma confiance est dans le Seigneur (I Cor. XV, 33 ) ».
3. J’ai promis (Ci-dessus, Ps. VIII, n. 9 ), il m’en souvient, de considérer dans ce psaume comment la lune est une figure convenable de l’Eglise. Il y a deux opinions probables au sujet de la lune: savoir quelle est la véritable, c’est là ce qui est, selon moi, sinon impossible, du moins très difficile aux hommes. Si vous demandez d’où vient à la lune sa lumière, les uns répondent qu’elle a une lumière qui lui est propre, mais que son globe est moitié lumineux et moitié (173) obscur, et qu’ainsi, dans sa révolution, la partie lumineuse se tourne peu à peu vers la terre, et devient visible ; c’est pourquoi elle nous apparaît d’abord comme un croissant. Car si vous prenez une sphère à moitié blanche, et à moitié noire, et que vous mettiez sous les yeux la partie noire, vous ne verrez rien de blanc, mais ensuite, commencez à tourner vers vous le côté blanc, et faites-le peu à peu, vous verrez cette face blanche apparaître d’abord comme un croissant, puis se développer peu à peu, jusqu’à ce que la face blanche vous apparaisse complètement, et ne laisse rien voir d’obscur. Continuez encore la révolution de votre sphère, et peu à peu la partie obscure se montrera, tandis que la partie blanche ira en diminuant, jusqu’à ce qu’elle redevienne un croissant, pour échapper bientôt à la vue, et ne laisser sous vos yeux que la partie obscure; c’est ce qui a lieu, nous dit-on, quand la lumière de la lune va toujours en augmentant jusqu’au quinzième jour, puis diminue jusqu’au trentième, redevient un croissant, puis bientôt nous dérobe complètement sa lumière. Dans cette opinion, la lune pourrait être la figure allégorique de l’Eglise, qui brille dans sa partie spirituelle, tandis qu’elle est obscure dans ses membres charnels ; et souvent ses oeuvres spirituelles la signalent aux hommes; souvent aussi ce côté spirituel se réfugie dans la conscience, où Dieu seul peut le voir, et ne laisse voir aux hommes que la face corporelle, comme il arrive quand nous prions intérieurement, sans aucune apparence extérieure, alors que nos coeurs ne sont plus à la terre, mais élevés à Dieu, selon qu’il nous est recommandé.
D’autres disent que la lune n’a point une lumière qui lui soit propre, et qu’elle la reçoit du soleil ; que quand elle est en face du soleil, elle nous présente le côté qui n’est point éclairé, et paraît ainsi sans lumière; mais qu’à mesure qu’elle s’éloigne du soleil, cette partie même qu’elle présentait à la terre est illuminée ; elle commence nécessairement comme un croissant, jusqu’au quinzième jour, qu’elle est complètement opposée au soleil: c’est alors qu’elle se lève quand le soleil se couche ; de sorte qu’un homme qui observerait le coucher du soleil, pourrait aussitôt qu’il le perd de vue, se tourner vers l’orient, et verrait la lune à son lever. Mais à mesure que la lune tend à se rapprocher du soleil, elle nous montre peu à peu sa face obscure, puis redevient un croissant, pour disparaître totalement ; car alors sa partie lumineuse est toute vers le ciel, tandis qu’elle ne montre à la terre que la face que le soleil ne saurait éclairer. Dans cette seconde opinion, la lune serait la figure de l’Eglise qui n’a point une lumière propre, car sa lumière lui vient de ce Fils unique de Dieu, appelé souvent dans les saintes Ecritures, Soleil de justice. Incapable de connaître et de voir ce Soleil invisible, certains hérétiques s’efforcent d’attirer les esprits simples et sensuels, au culte de ce soleil visible et corporel, qui éclaire les yeux des mouches aussi bien que les yeux corporels des hommes. Ils parviennent même à entraîner ceux qui, dans leur impuissance de découvrir des yeux de l’âme la lumière intérieure de la vérité, ne peuvent se con-tenter de la simplicité de la foi catholique; et pourtant il n’y a pour les faibles que ce moyen de salut, que ce lait qui puisse les fortifier et les rendre capables d’une plus solide nourriture. De ces deux opinions, quelle que soit la vraie, le nom allégorique de la lune convient parfaitement à l’Eglise. Toutefois, s’il nous répugne de nous engager dans ces obscurités plus pénibles qu’elles ne sont utiles, ou si le temps nous manque, ou même si notre esprit s’y refuse, il peut nous suffire de regarder la lune avec le peuple, et sans en rechercher péniblement les raisons, de voir avec tout le monde qu’elle croît, qu’elle arrive à son plein, pour décroître ensuite. Et si elle ne disparaît que pour revenir encore, elle devient pour la multitude la moins exercée la figure de l’Eglise, dans laquelle on croit à la résurrection des morts.
4. Examinons ensuite pourquoi, dans ce psaume, il est parlé de « lune obscure » qui sert aux pécheurs pour décocher leurs flèches sur les coeurs droits. Car on peut dire de plusieurs manières que la lune est obscurcie; elle l’est à la fin de sa révolution mensuelle, puis quand un nuage nous dérobe sa lumière, puis quand elle s’éclipse totalement. Nous pouvons dire alors que les persécuteurs des martyrs ont voulu décocher leurs flèches sur les coeurs droits, pendant l’obscurité de la lune ; soit que l’Eglise naissante n’ait pas encore jeté sur la terre tout son éclat, ni dissipé les ténébreuses superstitions du paganisme; soit que les blasphèmes et les (174) calomnies contre le nom chrétien aient enveloppé la terre comme d’un nuage et rendu invisible la lune ou l’Eglise; soit que tant de martyrs égorgés et tant de sang répandu, aient détourné du nom chrétien les âmes faibles, en couvrant l’Eglise d’un voile sanglant, comme celui qui paraît quelquefois sur la lune et qui l’obscurcit ; dans ces jours de terreur, les impies décochaient comme autant de flèches, ces paroles artificieuses et sacrilèges, qui pervertissaient même les coeurs purs. On peut encore entendre ce passage, des pécheurs qui sont dans l’Eglise, qui ont saisi l’occasion d’un obscurcissement de la lune, pour commettre les forfaits que nous reprochent maintenant les hérétiques, accusés d’en être les auteurs. Mais quelle que soit la. source des crimes commis pendant l’obscurité de la lune, maintenant que la religion catholique est répandue et respectée dans tout l’univers catholique, pourquoi m’inquiéter de faits que j’ignore? Ma confiance est au Seigneur, et loin de moi, « ceux qui disent à mon âme : Va, chétif passereau, vers les montagnes. Car voilà que les pécheurs ont préparé leur arc pour décocher leurs flèches sur les coeurs droits, dans l’obscurité de la lune ». Et cette lune leur paraît encore obscure, parce qu’ils s’efforcent de jeter l’incertitude sur la véritable Eglise catholique, et qu’ils arguent contre elle des fautes de ces hommes charnels qu’elle contient en grand nombre. Qu’est-ce que ces tentatives, pour celui qui dit véritablement: Ma confiance est dans le Seigneur, qui montre par ce langage qu’il est le froment de Dieu, et qu’il supporte la paille avec patience, jusqu’à ce que viendra le temps de la vanner?
5. « Ma confiance est donc au Seigneur ». Que ceux-là tremblent qui mettent leur confiance dans un homme, et qui ne peuvent nier qu’ils lui appartiennent, puisqu’ils jurent sur ses cheveux blancs.; et si vous leur demandez en conversation à quelle communion ils appartiennent, ils ne peuvent se faire connaître qu’en se proclamant de son parti. Mais dites-moi ce qu’ils peuvent répondre, quand on leur représente ces crimes, ces forfaits innombrables qui remplissent chaque jour leur parti? Peuvent-ils dire: « Ma confiance est au Seigneur; et comment dites-vous à mon âme de se réfugier dans les montagnes comme le passereau? » Car ils n’ont plus confiance dans le Seigneur, en soutenant que les sacrements ne sanctifient que quand ils sont administrés par des hommes saints ? Aussi, demandez-leur quels sont les saints, ils rougiront de dire: C’est nous; et s’ils ne rougissent de le dire, ceux qui les entendront, rougiront pour eux. Ils forcent donc ceux qui reçoivent les sacrements, à mettre leur confiance dans un homme, dont le coeur échappe à nos yeux. Or, « maudit soit celui qui met son espoir dans un homme (Jér. XVII, 5 )». Dire en effet:
C’est ce qui est administré par moi, qui est saint, n’est-ce pas dire : Mettez votre espérance en moi? Mais que sera ce sacrement si vous n’êtes pas saint? Alors montrez-moi votre coeur. Et si vous ne le pouvez, comment saurai-je que vous êtes saint? Alléguerez-vous ce passage de l’Ecriture: « Vous les connaîtrez à leurs œuvres (Matt. VII, 16 )?» Assurément, je vois chez vous des oeuvres merveilleuses ; je vois chaque jour les Circoncellions courir ça et là sous la conduite de leurs évêques et de leurs prêtres, et donner le nom d’Israël à de terribles bâtons;
c’est là ce que les hommes de nos jours ne voient et n’éprouvent que trop. Quant aux actes du temps de Macaire, qu’ils nous reprochent amèrement, peu les ont vus, nul ne les voit maintenant; et quand on les voyait, tout catholique n’en pouvait pas moins dire, s’il voulait être serviteur de Dieu: « Ma confiance est dans le Seigneur ». C’est le langage que tient encore celui qui voit dans l’Eglise ce qu’il voudrait n’y point voir, qui se sent nager dans ces filets pleins de poissons, bons et mauvais, jusqu’à ce que l’on arrive sur les sables de la mer, pour séparer les bons des mauvais (Id. XIII, 47 ). Que peuvent répondre ces hérétiques, si l’homme qu’ils veulent baptiser leur fait cette question: Comment m’ordonnez-vous d’avoir confiance? Car si le mérite d’un sacrement est basé sur celui qui le donne et sur celui qui le reçoit, si c’est Dieu qui le donne et ma conscience qui le reçoit, voilà deux termes dont j’ai la certitude, sa bonté, et ma foi. Pourquoi venir vous interposer, vous dont je ne puis tirer , aucune certitude ? Laissez-moi chanter: « Ma confiance est dans le Seigneur ». Car si je mettais ma confiance en vous, qui peut me garantir que vous n’avez commis aucune faute cette nuit? Enfin, si vous voulez que j’aie confiance en vous, puis-je avoir d’autre motif que votre parole? (175)
Mais alors quelle confiance puis-je avoir, que ceux qui étaient hier en communion avec vous, qui communiquent aujourd’hui, qui communiqueront demain, n’auront commis aucune faute, après ces trois jours ? Et si ni vous ni moi ne sommes souillés par ce que nous ignorons, pourquoi rebaptisez-vous ceux qui n’ont rien connu de la trahison de Macaire ni de ses persécutions? Et ces chrétiens qui viennent de la Mésopotamie, qui ne savent le nom ni de Cécilien ni de Donat, comment osez-vous les rebaptiser, et nier qu’ils soient chrétiens? S’ils sont souillés par les péchés des autres, vous aussi, vous êtes sous le poids des crimes qui se commettent chaque jour, à votre insu, dans votre parti; et c’est en vain que vous objectez aux catholiques les décrets impériaux , vous qui sévissez dans votre camp avec les bâtons et les flammes. Tel est donc l’abîme où sont tombés ceux qui, voyant les désordres dans l’Eglise catholique, n’ont pu dire: « Ma confiance est au Seigneur n, et qui ont mis leur espoir dans les hommes. Ils l’auraient dit sans doute, s’ils n’eussent été les uns ou les autres tels qu’ils croyaient ceux dont ils ont feint de se séparer par un sacrilège orgueil.
6. Que l’âme catholique s’écrie donc : « Ma confiance est au Seigneur ; comment osez-vous me dire: Passereau, va dans les montagnes ? car voilà que les pécheurs ont bandé leur arc, ils ont rempli de flèches leur carquois, pour les décocher sur les justes durant une lune obscure». Puis, de ces pécheurs, s’élevant à Dieu, qu’elle dise: « Voilà qu’ils ont détruit ce que vous aviez rendu parfait (Ps. X, 4 )».
Et qu’elle tienne ce langage, non-seulement contre ceux dont nous parlons, mais contre tous les hérétiques. Car tous, autant qu’il est en eux, ont détruit cette louange parfaite que Dieu a tirée de la bouche des enfants nouveau-nés et à la mamelle (Id.
VIII, 3 ), quand, par de vaines et pointilleuses questions, ils tourmentent les faibles et ne les laissent point s’alimenter du lait de la foi. Et comme si l’on disait à cette âme : Pourquoi vous outils engagée à passer dans les montagnes comme le passereau ; pourquoi vous effrayer au sujet des pécheurs qui ont bandé leur arc, pour percer les coeurs droits dans l’obscurité de la lune ? la voilà qui répond : Ce qui m’effraie, c’est « qu’ils ont détruit ce que vous aviez rendu parfait ». Où l’ont-ils détruit, sinon dans leurs conciliabules, où loin de donner du lait aux faibles et à ceux qui ne con naissent point la lumière intérieure, ils les tuent de leurs poisons? « Mais le juste, qu’a-t-il fait? » Si Macaire et Cécilien sont coupables envers vous, que vous a fait le Christ qui a dit: « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix (Jean, XIX, 27 ) » ; cette paix que vous violez par le schisme le plus criminel ? Que vous a fait le Christ, qui déploya tant de patience envers le disciple qui le trahissait, jusqu’à l’admettre à cette première Eucharistie qu’il consacrait de ses mains, qu’il instituait de sa parole, et qu’il lui présenta comme aux autres Apôtres (Luc, XXII, 19, 21 )? Que vous a fait le Christ, qui donna mission de prêcher le royaume de Dieu à ce même traître qu’il avait appelé un démon (Jean, VI, 71 ), qui même avant de trahir le Seigneur, ne put en garder fidèlement les deniers (Id. XII, 6 ), et qu’il envoya néanmoins avec les autres disciples (Matt. X, 5 ) », pour nous apprendre que les dons de Dieu arrivent en ceux qui les reçoivent avec foi, quand même le ministre qui les distribue serait semblable à Judas?
7. « Le Seigneur habite son saint temple (Ps. X, 5 ). C’est dans ce sens que l’Apôtre a dit: « Le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple. Quiconque ose violer le temple de Dieu, Dieu le perdra (I Cor. III, 17 ) ». Or, c’est violer le temple de Dieu que d’en rompre l’unité, c’est ne plus être dans l’union avec cette tête (Coloss. II, 19 ) dont tout le corps soutenu par ses liens et ses jointures avec une si juste proportion, reçoit l’accroissement dans la mesure qui est propre à chacun de ses membres, et se forme par la charité (Eph. IV, 16 ). Le Seigneur est donc dans ce temple formé de plusieurs membres, qui ont chacun leurs fonctions, et qui sont reliés par la charité, en un seul édifice. C’est violer ce temple, que se séparer de l’unité catholique, pour chercher ailleurs la dignité d’un chef. « Le Seigneur habite son temple saint, le Seigneur a son trône dans le ciel (Ps. X, 5 ) » Si parte ciel vous entendez le juste, comme la terre nous désigne le pécheur , ainsi qu’il est dit: « Tu es terre, et tu retourneras en terre (Gen. III, 19 ), ces expressions : « Le Seigneur a son trône dans le ciel », sont une répétition de ce qui a été dit: « Le Seigneur habite son saint temple».
8. « Ses yeux regardent le ciel ». C’est à lui que le pauvre s’abandonne, et il lui sert de refuge (Ps. X, 10 ). C’est pourquoi toutes ces séditions, tous ces troubles que l’on soulève dans les filets jusqu’à ce qu’ils arrivent sur le rivage, ont pour auteurs des hommes qui refusent d’être les pauvres de Jésus-Christ; et c’est à leur perte, mais pour notre amendement, que les hérétiques prennent de ces troubles occasion de nous insulter. Mais pourront-ils détourner les regards de Dieu de ceux qui veulent bien être pauvres pour lui? « Car ses yeux regardent le pauvre ». Avons-nous à craindre que dans la foule nombreuse des riches, il ne puisse discerner ces quelques pauvres, pour les conserver et les nourrir dans le giron de l’Eglise catholique ? « Ses paupières interrogent les «enfants des hommes (Id. 5 ) ». Selon la règle que nous avons posée, j’entendrais volontiers par ces « enfants des hommes » ceux que la foi a fait passer du vieil homme à l’homme nouveau. Car l’oeil de Dieu paraît se fermer pour eux, quand certains passages des Ecritures les stimulent par leur obscurité à en rechercher le sens; comme il semble s’ouvrir quand ils reçoivent avec joie la lumière de passages plus clairs. Or, ces vérités des livres saints, tantôt claires et tantôt voilées, sont comme les paupières de Dieu qui interrogent, ou plutôt qui approuvent ces enfants des hommes stimulés plutôt que lassés par les obscurités, affermis plutôt qu’enorgueillis par la découverte.
9. « Le Seigneur interroge le juste et l’impie (Id. 6)». Et quand il interroge ainsi le juste et l’impie, quel mal pouvons-nous craindre de la part des impies qui pourraient être, avec des coeurs peu sincères, en communion de sacrements avec nous? « Mais celui qui aime l’iniquité nuit à son âme(Ibid. ). Ce n’est donc point à celui qui a mis sa confiance en Dieu, et qui n’espère point dans les hommes, c’est à son âme seulement que nuit celui qui aime le péché.
10. « Il fera tomber des piéges sur les pécheurs (Id. 7 ) ». Si l’on désigne sous le nom de nuages les Prophètes en général, soit les bons soit les mauvais appelés aussi faux prophètes (Matt. XXIV, 24 ), les faux prophètes sont destinés parle Seigneur à devenir des piéges qu’il fait tomber sur les pécheurs. Car il n’y a pour les suivre, que le pécheur, qui se prépare ainsi le dernier supplice, s’il persévère dans le crime, ou qui abjure son orgueil, s’il cherche un jour le Seigneur avec plus de sincérité. Mais si les nuées ne doivent désigner que les bons, les vrais prophètes, il est encore évident que leurs paroles, entre les mains de Dieu, sont des piéges pour les pécheurs, en même temps qu’une rosée qu’il répand sur les justes pour leur faire porter de bons fruits. « Aux uns», dit l’Apôtre, « nous sommes une odeur de vie pour la vie, aux autres, une odeur de mort pour la mort (II Cor. II, 16 ) ». Car on peut, sous le nom de nuages, désigner non-seulement l’Apôtre , mais quiconque donne aux âmes la rosée de la parole de Dieu. Pour celui qui comprend mal ces paroles, c’est le piége que Dieu fait tomber sur les méchants ; et pour celui qui les entend dans le vrai sens, c’est la rosée qui féconde les coeurs pieux et fidèles.
Cette parole de l’Ecriture, par exemple: « Ils seront deux dans une même chair (Gen. II, 24 ) », peut devenir un piége pour celui qui l’interprète dans le sens de l’incontinence. Mais si vous l’entendez avec saint Paul qui s’écrie : « Moi, je le dis dans le Christ et dans I’Eglise (Eph. V, 23 )», c’est une rosée sur un champ fertile. C’est le même nuage, ou l’Ecriture sainte qui produit ces deux effets. De même encore le Seigneur nous dit : « Ce n’est point ce qui entre dans votre bouche, mais bien ce qui en sort, qui souille votre âme (Matt. XV, 11 ) ». A cette parole, un pécheur se dispose à la bonne chère; tandis qu’elle prévient le juste contre le discernement des viandes, Cette même nuée de l’Ecriture laisse donc tomber, selon le mérite de chacun, et des piéges pour le pécheur, et pour le juste une pluie fécondante.
11. « Des torrents de feu et de souffre, la fureur des tempêtes, c’est là le calice qu’il leur prépare (Ps. X, 7 ) ».
Tel est le châtiment et la fin de ceux qui blasphèment le nom du Seigneur; d’abord ils sont dévorés par l’incendie de leurs passions, ensuite l’odeur fétide de leurs oeuvres corrompues les éloigne de l’assemblée des saints; enfin, entraînés et submergés dans l’abîme, ils subissent d’indicibles tourments. Telle est, Seigneur, la part de leur calice, tandis que vous avez pour le juste un calice enivrant et glorieux (Id. XXII, 5 ). « Car ils seront enivrés par la sainte abondance de votre maison (Id. XXXV, 9 ) ». Si le Prophète emploie cette (177) expression, « la part de leur calice », c’est, je crois, pour nous détourner de croire que, même dans le supplice des méchants, la Providence outrepasse les bornes de l’équité. Aussi a-t-il ajouté, comme pour nous rendre raison de ces châtiments : « C’est que le Seigneur est juste, et qu’il aime les justices (Ps. X, 8 )». Et ce n’est pas sans raison qu’il dit les justices, au pluriel, afin de nous montrer dans ces justices les justes eux-mêmes. Car il semble que dans plusieurs justes, il y ait plusieurs justices, bien qu’il n’y en ait qu’une seule en Dieu, qui est la source des autres; comme si un seul visage se trouvait en face de plusieurs miroirs, ceux-ci le refléteraient et feraient apparaître plusieurs fois ce visage, néanmoins unique. Aussi le Prophète revient-il au singulier, en s’écriant: « Sa face a vu l’équité ». Et peut-être a-t-il dit: « Sa face a vu l’équité », dans le même sens qu’il dirait : C’est dans sa face que l’on voit l’équité, c’est-à-dire quand on connaît sa face. Car la face de Dieu, c’est la puissance qu’il a de se faire connaître à ceux qui en sont dignes. Ou bien : « Sa face a vu l’équité», parce qu’il ne se fait pas connaître aux méchants, mais aux bons; et c’est là l’équité.
12. Si l’on veut que la lune soit la synagogue, il faut alors entendre le psaume de la passion du Sauveur, et dire des Juifs, « qu’ils ont détruit ce que Dieu avait rendu parfait»; et du Seigneur :
« Pour le juste, qu’a-t-il fait? » lui qu’ils accusaient de détruire la loi, tandis qu’eux-mêmes en détruisaient les préceptes par une vie coupable, et les méprisaient jusqu’à les remplacer par leurs traditions. Alors Jésus-Christ, selon sa coutume, parlerait dans son humanité, et dirait: « Ma confiance est dans le Seigneur; comment dites-vous à mon âme : Va, passereau, vers les montagnes? » répondant ainsi aux menaces de ceux qui le cherchaient pour le prendre et le crucifier. Alors les pécheurs voulaient décocher leurs flèches sur les justes ou sur ceux qui croyaient en Jésus-Christ, et l’obscurité de la lune peut fort bien désigner la synagogue remplie d’hommes pervers. C’est à cela que se rapporterait ce passage: « Le Seigneur habite son saint temple; le Seigneur a son trône dans le ciel », c’est-à-dire le Verbe, ou le Fils de Dieu qui est dans le ciel, habite aussi dans l’homme. « Ses yeux regardent le pauvre », c’est-à-dire cet homme dont il s’est revêtu, tout Dieu qu’il était, ou celui pour lequel il a souffert dans son humanité. « Ses paupières interrogent les enfants des hommes ». Fermer les yeux, puis les ouvrir, voilà probablement ce qu’il désigne sous le nom de paupières, et que nous pouvons entendre de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ ; car alors il éprouva les fils des hommes ou ses disciples, que sa mort avait effrayés, et que réjouit sa résurrection. « Le Seigneur interroge le juste et l’impie », en gouvernant l’Eglise du haut du ciel. « Mais celui-là hait son âme qui aime l’iniquité », et la suite nous en montre la raison. Ce passage : « Il fera pleuvoir des piéges sur l’impie », ainsi que le reste du psaume jusqu’à la fin, doit s’entendre dans le sens indiqué plus haut. (178)
source: http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/index.htm
Saint Augustin d'Hippone
Discours sur les Psaumes 11 à 20
DISCOURS SUR LE PSAUME XI.
LES ÉLUS SUR LA TERRE.
Ici-bas les justes sont en butte aux manoeuvres scandaleuses des impies. Le Seigneur les console par la promesse du Sauveur, qui mettra fin aux gémissements des opprimés.
POUR LA FIN, PSAUME DE DAVID POUR L’OCTAVE (Ps. XI, 1 ).
1. Nous avons dit, au psaume sixième, que cette octave peut s’entendre du jour du jugement. L’octave peut se dire encore de ce siècle éternel que Dieu doit donner aux saints, quand sera écoulé ce temps qui marche de sept jours en sept jours.
2. « Sauvez-moi, Seigneur, car l’homme saint a fait défaut (Id. II, 2 ) », c’est-à-dire qu’on ne le trouve plus; c’est ainsi que nous disons que le blé manque, et que l’argent manque. « Car les vérités se sont affaiblies parmi les enfants des hommes (Ibid. ) ». Il n’y a sans doute qu’une vérité qui éclaire les âmes saintes, mais comme il y a plusieurs âmes, on peut dire qu’il y a en elles plusieurs vérités comme une seule figure se réfléchit dans chaque miroir.
3. « Chacun tient à son prochain le langage du mensonge (Id.3) ». Par prochain , il faut comprendre tout homme, puisqu’il n’est permis de nuire à personne, et que « l’amour du prochain ne fait point ce qui est mal (Rom. XIII, 10 ). Leurs lèvres sont trompeuses, ils parlent en un coeur et en un coeur (Ps XI, 3 ), d’une manière perverse. Cette répétition « en un coeur et en un cœur », montre la duplicité.
4. « Que le Seigneur perde toutes les lèvres trompeuses ». « Toutes les lèvres », dit le Prophète, afin que nul ne se croie exempt : comme l’Apôtre a menacé de l’affliction l’âme de tout homme qui fait le mal, du juif d’abord, puis du gentil (Rom. II, 9 ), « La langue qui se glorifie» est la langue de l’orgueilleux.
5. « Ils ont dit : Nous glorifierons nos paroles, nos lèvres sont indépendantes, qui nous dominera (Ps. XI, 5 ) ? » Ce langage est celui des superbes et des hypocrites, qui espèrent de leur langage la séduction des hommes, et qui sont indociles à Dieu.
6. « A cause de la désolation des opprimés, et des gémissements des pauvres, je me lèverai, dit le Seigneur (Ps. XI, 6 )». C’est ainsi que, dans l’Evangile, le Seigneur prend en pitié ce peuple disposé à l’obéissance, mais qui n’avait point de pasteur. Aussi disait-il : « La moisson est abondante, mais il y a peu d’ouvriers (Matt. IX, 37 ) ». Nous pouvons attribuer ces paroles à Dieu le Père, qui a daigné envoyer son Fils à cause des pauvres et des misérables, c’est-à-dire de ceux qui étaient dans la pauvreté, dans l’indigence des biens spirituels. De là vient qu’il commença son discours sur la montagne en s’écriant : « Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (Id. V, 3 ). « Je mettrai dans le Sauveur », il ne dit point ce qu’il mettra, mais « dans le Sauveur » se doit entendre de Jésus-Christ, d’après cette parole: « Mes yeux ont vu votre Sauveur (Luc, II, 30 ) ». Dès lors nous devons comprendre qu’il a mis dans le Sauveur ce qui est nécessaire pour mettre fin à la misère des pauvres, et consoler le gémissement des opprimés. « J’agirai en lui avec confiance » ; ainsi qu’il est dit dans l’Evangile, « que Jésus les enseignait comme ayant autorité, et non comme leurs scribes (Matt. VII, 29 ) ».
7. « Les paroles du Seigneur sont des paroles pures (Ps. XI, 7 ) ». C’est le Prophète qui, en son propre nom , apprécie « les paroles du Seigneur comme des paroles pures ». Ces paroles sont pures, parce que le déguisement ne les a point altérées. Beaucoup prêchent la vérité, mais non d’une manière pure, car ils l’échangent contre les avantages de ce monde. C’est de ceux-là que l’Apôtre a dit qu’ils (179) n’annoncent pas Jésus-Christ avec des vues pures (Philipp. I, 17 ). « C’est un argent que le feu a purifié de toute terre ». Car la persécution excitée par les impies a éprouvé la parole du Seigneur. « Purifié sept fois », par la crainte de (Isa. XI, 2 ) Dieu, par la piété, par la science, par la force, par le conseil, par l’intelligence et par la sagesse (Matt. V, 3-9 ). Les degrés de béatitude sont aussi au nombre de sept, et le Seigneur les énumère dans un même discours sur la montagne, rapporté par saint Matthieu: « Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux ceux qui sont doux, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, bienheureux les miséricordieux, bienheureux ceux qui ont le coeur pur, bienheureux les pacifiques (Id. VII, 29 ). Ce sont là sept chefs principaux, dont tout le discours peut être regardé comme le développement. Car le huitième : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice», désigne ce feu qui a sept fois épuré l’argent. C’est à la fin de ce sermon qu’il est dit de Jésus-Christ qu’ « il enseignait comme ayant l’autorité , et non comme leurs scribes (Id. VII, 29 ) », ce qui a rapport à ces paroles: « J’agirai en lui avec confiance ( Ps. XI, 6 )».
8. « Pour vous, Seigneur, vous nous garderez, et nous préserverez éternellement de cette génération (Id. 8 ) », ici-bas comme des pauvres et des opprimés, là-haut comme des riches et des opulents.
9. « Les impies tournent dans leur cercle (Id. 9 )»; c’est-à-dire qu’ils sont insatiables de ces biens temporels, et cette soif est comme une roue qui accomplit sa révolution en sept jours, et qui n’arrive jamais à l’octave ou à l’éternité, qui fait le titre du psaume. Salomon a dit aussi: « Un roi sage dissipe les impies, et leur envoie un cercle de maux (Prov. XX, 26 )» .« Dans la profondeur de vos jugements, vous multipliez les enfants des hommes (Ps. XI, 9 ) ». Parce qu’il y a dans les choses du temps, cette multiplicité qui nous éloigne de l’unité de Dieu. « De là vient que le corps corruptible appesantit l’âme, et cette habitation terrestre abat l’esprit, capable des plus hautes pensées (Sag. IX, 15 ) ».Or, les justes se multiplieront selon la profondeur de Dieu, quand ils s’élèveront de vertu en vertu (Ps. LXXXIII, 8 ).
DISCOURS SUR LE PSAUME XII.
SOUPIRS DU JUSTE
Ceux qui gémissent à la vue de l’iniquité appellent de leurs voeux le Sauveur, qui doit nous aider à combattre victorieusement l’ennemi du salut.
POUR LA FIN, PSAUME DE DAVID (Ps. XII, 1 ).
1. « Le Christ est la fin de la loi pour justifier ceux qui croiront (Rom. X, 4 )». « Jusques à quand, « Seigneur, m’oublierez-vous dans la fin (Ps. XII, 2 )? » ou tarderez-vous à me faire connaître, d’une manière spirituelle, ce Christ qui est la sagesse de Dieu, et la fin que doit se proposer toute âme chrétienne. « Jusques à quand détournerez-vous de moi vos regards? » En réalité, Dieu ne nous oublie point et ne nous perd point de vue, mais l’Ecriture s’accommode à notre manière de parler. Dire que Dieu détourne de nous ses regards, c’est dire qu’il ne se fait point connaître à l’âme dont l’oeil n’est pas assez pur.
2. « Jusques à quand prendrai-je mes conseils dans mon âme (Ps. XII, 2 ) ? ». Ce n’est que dans l’adversité que nous avons besoin de conseil. Ainsi, jusques à quand puiserai-je mes conseils dans mon âme? signifie : Jusques à quand serai-je dans l’adversité? ou bien cette (180) parole serait une réponse qui signifierait Jusqu’à ce que j’arrête une résolution dans mon âme, Seigneur, vous m’oublierez par rapport à ma fin, et vous détournerez de moi vos regards: si un homme en effet n’a formé t dans son âme le dessein de pratiquer parfaitement la miséricorde, le Seigneur ne le dirige point vers sa fin, et ne se fait pas connaître à lui pleinement, ou face à face. «La douleur dans mon coeur pendant tout le jour», sous-entendez: Je mettrai cette douleur. « Pendant tout le jour » signifie une douleur sans fin, et le jour se prend ici pour le temps, et quiconque veut être délivré du temps, ressent la douleur en son coeur, et demande à passer dans l’éternité pour être délivré du jour terrestre.
3. « Jusques à quand mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi (Ps. XII, 3 )? » L’ennemi, c’est le démon ou l’habitude charnelle.
4. « Regardez-moi, Seigneur, exaucez-moi, ô mon Dieu ( Id. 4 ) ». Regardez-moi, est la conséquence de celte plainte: « Jusques à quand vos regards se détourneront-ils de moi n; et « Exaucez-moi», de cette autre plainte: « Jusques à quand m’oublierez-vous par rapport « à ma fin? » Illuminez mes yeux, pour que u je ne m’endorme jamais dans la mort (Ibid.)». Ces yeux sont ceux du coeur, que pourrait fermer le plaisir mortel du péché.
5. « Que jamais l’ennemi ne puisse dire : « Je l’ai vaincu (Ps. XII, 5 ) ». Craignons le persiflage du démon. « Ceux qui me persécutent seront dans la joie, si je suis ébranlé (Ibid. )» Cet ennemi, c’est le diable avec ses anges, qui ne dut point se réjouir d’avoir mis à l’épreuve le saint homme Job, cet homme juste qui ne fut point ébranlé (Job, I, 22 ), c’est-à-dire qui demeura ferme dans la foi.
6. «Pour moi, j’ai mis mon espoir en votre miséricorde (Ps. XII, 6 ) ». Si l’homme, en effet, demeure ferme dans le Seigneur et ne se laisse point ébranler, il ne doit point se l’attribuer, de peur qu’en se félicitant de sa fermeté, il ne soit ébranlé par l’orgueil. « Mon coeur a tressailli dans celui qui est votre salut », c’est-à-dire en Jésus-Christ qui est la sagesse de Dieu. « Je chanterai le Seigneur qui m’a comblé de biens»; de biens spirituels et qui ne touchent point à cette vie. « Je dirai sur la harpe le nom du Très-Haut (Ibid. ) », c’est-à-dire, dans ma joie je lui rendrai grâces, et je n’userai de mon corps que selon ses préceptes; tel est l’harmonie spirituelle de l’âme. Si l’on veut établir ici une différence, « je chanterai le Seigneur », exprimera le concert du coeur, et « je dirai sur la harpe », du concert des bonnes oeuvres, que Dieu seul peut connaître. « Le nom du Seigneur », c’est la connaissance qu’il nous donne de lui-même, connaissance qui est avantageuse pour nous et non pour lui.
DISCOURS SUR LE PSAUME XIII
LES BLASPHÈMES
Ici toute âme gémit quand retentissent à ses oreilles ces blasphèmes que l’impie vomit contre Dieu. Elle voit avec horreur l’impiété qui prévaut; elle en appelle à Dieu qui doit faire sortir de Sion le salut d’Israël ou des saints.
POUR LA FIN, PSAUME POUR DAVID (Ps. XIII, 1 )
1. Il est inutile de redire si souvent le sens de cette expression « pour la fin », puisque l’Apôtre nous dit que « le Christ est la fin de la loi, pour justifier ceux qui croiront(Rom. X, 4 ). Nous croyons en lui quand nous commençons à prendre la bonne voie; et nous le verrons au terme de cette voie, dont il est ainsi la fin.
2. « L’insensé a dit dans son coeur : Dieu (181) n’est pas n. Certains philosophes, que leur impiété et leurs sentiments faux et pervers sur la divinité signalent à l’exécration, n’ont pas même osé dire : Dieu n’est pas. Cette parole se « dit donc dans le cœur », car celui-là même qui en a la pensée, n’oserait la prononcer. « Ils sont devenus pervers et abominables, par leurs affections », c’est-à-dire, parce qu’ils ont donné au monde leur amour, et non à Dieu ; ce sont les affections qui causent dans l’âme une corruption et un aveuglement tels que l’insensé puisse dire en son coeur: « Dieu n’est pas ». Comme ils n’ont pas fait usage de la connaissance de Dieu, voilà que le Seigneur les a livrés au sens réprouvé (Rom. I, 28 )». « Il n’y en a pas un qui fasse le bien, non, pas jusqu’à un (Ps. XIII, 1 ) ». Cette expression, « jusqu’à un », peut signifier ou avec celui-là seul, de manière à exclure tout homme, ou à l’exception de celui-là seul, pour désigner Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est ainsi que nous disons d’un champ qu’il va jusqu’à la mer, sans y comprendre la mer elle-même. Il est mieux d’entendre que nul n’a fait le bien jusqu’à Jésus-Christ, car nul homme, s’il n’est instruit par Jésus-Christ même, ne peut faire le bien, puisque ce bien lui est impossible sans la connaissance de Dieu.
3. «Le Seigneur, du haut du ciel, a jeté les yeux sur les enfants des hommes, afin de voir s’il en est pour comprendre et rechercher Dieu (Id. 2 ) ». Ceci peut s’entendre des Juifs, que le Prophète appelle enfants des hommes, parce qu’ils n’adoraient qu’un seul Dieu, ce qui les rendait supérieurs aux Gentils, dont le Prophète me paraît avoir dit : « L’insensé a dit dans son coeur : Dieu n’est pas », et le reste. Le regard du Seigneur s’effectue par le moyen de ces âmes saintes, et qui sont marquées par cette expression de « ciel » ; puisque pour lui, rien ne lui échappe.
4. « Tous se sont égarés, et sont devenus inutiles (Id. 3 ) », c’est-à-dire que les Juifs sont devenus comme les Gentils dont il est parlé plus haut. « Il n’en est aucun pour faire le bien, il n’y en a pas jusqu’à un ». Il faut donner à ces expressions le sens exposé plus haut. « Leur gosier est un sépulcre ouvert (Ibid. )». On peut voir ici les excès de l’intempérance, ou, dans un sens allégorique, les pécheurs scandaleux qui tuent et qui dévorent en quelque sorte ce qu’ils entraînent dans leurs dérèglements.
C’est ainsi, mais dans un sens opposé, qu’il fut dit à Pierre; « Tue et mange», afin qu’il amenât les Gentils à sa croyance et aux saintes moeurs. « Leurs langues distillent le mensonge ». La flatterie accompagne toujours l’intempérance et les autres vices. « Leurs lèvres recèlent un poison d’aspic (Ps. XIII, 3 ) ». Le venin désigne la fraude, et l’aspic tous ceux qui demeurent sourds aux préceptes de la loi, comme l’aspic à la voix de l’enchanteur (Id. LVII, 5 ), ainsi qu’il est dit dans un autre psaume; « Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume ». C’est le venin de l’aspic. « Leurs pieds se hâtent pour répandre le sang (Id. XIII, 3 )»; ce qui désigne l’habitude invétérée du mal. « La meurtrissure et l’infortune sont dans leurs voies ». Car toute voie du méchant est laborieuse et misérable. Aussi le Seigneur a-t-il dit : « Venez à moi, vous tous qui gémissez sous le poids du travail et de la douleur, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur; car mon joug est doux, et mon fardeau léger (Matt. XI, 28 ) ». « Ils n’ont point connu la voie de la paix », de cette paix que désigne le Seigneur, par la douceur de son joug et la légèreté de son fardeau.
« La crainte du Seigneur n’est pas devant leurs yeux » ; sans dire que Dieu n’est pas, ils n’en craignent pas davantage le Seigneur.
5. « Ne comprendront-ils pas enfin, tous ces ouvriers d’iniquité?»Dieu les menace du jugement, « Ils dévorent mon peuple, comme on dévore un morceau de pain (Ps. XIII, 4 ) », c’est-à-dire chaque jour; car le pain est la nourriture quotidienne. Ces dignitaires dévorent le peuple, qui en tirent leurs avantages, sans faire tourner leur ministère .à la gloire de Dieu, et au salut de leurs subordonnés.
6. « Ils n’ont point invoqué le Seigneur ». Car c’est ne point l’invoquer, que désirer te qui lui déplaît. « ils ont tremblé, où n’était pas la crainte (Id. 5 ) » ,c’est-à-dire devant un dommage temporel. Car ils ont dit: « Si nous le laissons ainsi, chacun croira en lui, et les Romains viendront, et nous extermineront, nous et notre ville (Jean, XI, 48 )». Ils ont craint ce qui n’était point à craindre, la perte d’un royaume terrestre, et voilà qu’ils ont perdu le royaume des cieux, ce qu’ils auraient dû redouter Ainsi en est-il de tous les avantages temporels; plus les hommes en redoutent la perte, et moins ils arrivent aux biens éternels.
7. « Le Seigneur habite avec la génération des justes (Ps. XIII, 6 ) », c’est-à-dire qu’il n’est point avec ceux qui aiment le monde. Car il y a injustice à négliger le Créateur du monde pour s’attacher au monde, à servir la créature plutôt que le Créateur (Rom. I, 25 ). « Vous avez méprisé le dessein du pauvre, qui met son espoir dans le Seigneur (Ps. XIII, 6 ) », c’est-à-dire, vous avez méprisé l’humble avènement du Christ, parce qu’il n’étalait pas à vos yeux le faste du siècle; forçant ainsi ceux qu’il appelait à mettre leur espoir en Dieu, et non pas en des biens passagers.
8. « Qui fera sortir de Sion le salut d’Israël (Id. 7 ) ? » Sous-entendez, sinon celui-là même dont vous avez méprisé l’humilité! Car il viendra dans l’éclat de sa gloire pour juger les vivants et les morts, et mettre les justes en possession de son royaume; en sorte que si l’humilité de ce premier avènement a frappé d’aveuglement une partie d’Israël, pour donner lieu aux Gentils d’entrer complètement dans l’Eglise; dans le second, tout Israël sera sauvé, selon la prédiction de saint Paul. Car c’est encore en faveur des Juifs que l’Apôtre invoque ce témoignage d’Isaïe : « De Sion viendra celui qui détournera de l’impiété les enfants de Jacob (Isa. LIX, 20 )». C’est dans le même sens qu’il est dit ici : « Qui fera sortir d’Israël l’auteur du salut ? — Quand le Seigneur aura brisé les chaînes de la captivité de son peuple, Jacob sera dans la joie et Israël dans l’allégresse (Ps. XIII, 7 )». C’est une répétition, comme beaucoup d’autres ; car je pense que la joie de Jacob est identique à l’allégresse d’Israël.
DISCOURS SUR LE PSAUME XIV.
LE VRAI JUSTE.
Après avoir gémi sur les blasphèmes, le Prophète nous expose les vertus dont l’âme doit être ornée pour jouir du Seigneur et entrer dans ses tabernacles.
PSAUME POUR DAVID (Ps XIV, 1).
1. Le titre ne soulève aucune difficulté. « Seigneur, quel voyageur trouvera un abri sous votre tente (Ibid. ) ?» Quelquefois la tente ou tabernacle, se dit de la demeure éternelle; mais dans son acception propre, c’est un logement de guerre; de là vient que les soldats se nomment contubernales, compagnons de la tente, comme si leurs tentes étaient contiguës. Une raison de plus de l’entendre ainsi, c’est qu’il est dit: « Quel voyageur trouvera un abri?» Sur la terre en effet nous sommes en guerre avec le démon, et nous avons besoin d’une tente pour nous reposer. Cette tente désigne surtout notre foi à l’économie temporelle de l’Incarnation qui s’est accomplie en cette vie par notre Seigneur et pour notre salut. « Qui se reposera sur votre montagne sainte (Ps. XIV, 1 )?» Peut-être nous marque-t-il ici déjà la demeure éternelle, et par cette montagne faut-il entendre la charité suréminente du Christ dans la vie éternelle.
2. « Celui qui marche dans l’innocence, et dont la vie est pure (Id. 2 ) ». C’est là une proposition qu’il va détailler.
3. « Qui dit la vérité qu’il a dans son coeur (Id. 3 ) ». Quelques-uns, en effet, ont sur les lèvres une vérité qui n’est pas dans leur coeur. Ainsi, qu’un homme nous montre un chemin, qu’il sait être infesté par les voleurs, et nous dise: Dans cette voie, vous n’avez aucun voleur à craindre. Si en réalité nous ne rencontrons aucun voleur, il a dit une vérité qui (183) n’était pas en son coeur. Il pensait le contraire et a dit la vérité à son insu. C’est donc peu que la vérité soit dans notre bouche, si elle n’est aussi dans notre coeur. « Dont la langue n’a point menti ». La langue est menteuse, quand il y a désaccord entre la parole extérieure et la pensée qui se cache dans notre coeur. « Qui n’a fait aucun mal à son prochain ». Ce mot de prochain, on le sait, doit s’étendre à tous les hommes. « Qui n’adopte point l’injure que l’on fait à ses frères (Ps. XIV, 3 ) », c’est-à-dire, qui ne croit ni volontiers, ni témérairement aux paroles accusatrices.
4. « Celui dont la présence anéantit le méchant (Id. 4 ) ». La perfection pour l’homme c’est que le méchant n’ait aucune prise sur lui, et qu’il ne soit rien à ses yeux, c’est-à-dire que cet homme sache bien qu’il n’y a point de méchant, à moins que l’âme ne se détourne de l’éternelle et immuable beauté du Créateur, pour s’attacher à cette beauté d’une créature tirée du néant. « Mais il honore ceux qui craignent le Seigneur», comme le Seigneur le fait lui-même; car la sagesse commence par la crainte du Seigneur (Eccli. I, 16 ) ». Ce qui précède regarde les parfaits, et maintenant ce qui va suivre est pour ceux qui commencent.
5. « Celui qui s’engage par serment envers le prochain, mais sans le tromper; qui ne donne point son argent à usure, et ne reçoit e point de présents contre l’innocent (Ps. XIV, 4, 5 ) ». Ce ne sont point là de grandes vertus; mais celui qui ne peut les pratiquer pourra bien moins encore parler selon la vérité qu’il connaît en son coeur, sans employer sa langue à la fourberie, disant toujours au dehors ce qu’il croit être vrai, ayant dans la bouche : Oui, oui; non, non (Matt. V, 37 ). Il pourra moins encore ne pas nuire à son prochain, c’est-à-dire à qui que ce soit, ne point écouter l’injure contre ses frères: ces oeuvres sont de l’homme parfait, dont la présence anéantit les pervers. Bien que ces vertus soient moins élevées, le Prophète ne laisse pas de conclure ainsi : « Quiconque fait ces oeuvres, ne doit point déchoir dans l’éternité » ; c’est-à-dire qu’il arrivera aux oeuvres plus parfaites, qui nous valent cette grande et inébranlable stabilité. Car ce n’est probablement pas sans raison que le Prophète a passé d’un temps à un autre, que la première conclusion est au passé, tandis que celle-ci est au futur. Dans la première, il disait : « Le méchant s’est anéanti en sa présence »; et ici : « il demeurera ferme éternellement ».
DISCOURS SUR LE PSAUME XV.
LE CHANT DE LA RÉSURRECTION.
Parce que le Christ a mis sa confiance dans le Seigneur, qu‘il n’a voulu d’autre héritage que lui seul, le Seigneur l’a fait triompher de ses ennemis par la résurrection. Ces sentiments peuvent être aussi ceux de l’âme juste qui se confie en Dieu et qui triomphe aussi de la mort éternelle.
INSCRIPTION DU TITRE, POUR DAVID (Ps. XV, 1 ).
1. Ce Psaume est le chant de notre roi, dans son humanité, lui qui dans sa passion obtint sur l’inscription le titre de roi.
2. Voici ses paroles : « Conservez-moi, Seigneur, parce que j’ai mis en vous mon espoir ; j’ai dit au Seigneur: Vous êtes mon Dieu ; vous n’avez nul besoin de mes biens (Ps. XV, 2 ) » .Vous n’avez que faire de mes biens pour votre félicité.
3. « Aux âmes saintes qui habitent ses domaines (Id. 3 ) », c’est-à-dire à ces saints qui ont mis leur espoir dans la terre des vivants, aux (184) citoyens de la Jérusalem céleste, dont la conversation spirituelle est fixée par l’ancre de l’espérance, dans cette terre qui est fort bien nommée la terre de Dieu, quoique selon le corps ils vivent en ce bas monde,-e il a fait « admirer tout l’amour que j’ai pour eux (Ps. XV, 3 ) ». Le Seigneur donc a fait connaître à ces âmes saintes, mes desseins merveilleux pour leurs progrès, et ils ont alors compris l’avantage que leur procure ce mystère d’un Dieu qui est homme pour mourir, et de cet homme qui est Dieu pour ressusciter.
4. « Leurs infirmités se sont multipliées » ; non pour leur perte, mais pour leur faire désirer le médecin. « C’est pourquoi ils ont hâté leur course ». Donc, à la vue de leurs nombreuses maladies, ils se sont hâtés d’en chercher la guérison. « Je ne les assemblerai pas pour des sacrifices sanglants (Id. 4 ) ». Leurs assemblées ne seront plus charnelles, et ce n’est point en faveur du sang des animaux que je les rassemblerai pour les exaucer. « J’oublierai leur nom qui ne sera plus sur mes lèvres ». Par un changement tout spi-r rituel, ils oublieront ce qu’ils étaient autrefois; et moi, dans la paix que je leur donnerai, je ne verrai plus en eux des pécheurs ou des ennemis, ou même des hommes, mais je les appellerai des justes, des frères, et des enfants de Dieu.
5. « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice (Id. 5 ) ». Car ils posséderont aussi avec moi cet héritage qui est Dieu même. Que d’autres se choisissent, pour en jouir, l’héritage des biens temporels et passagers; le partage des saints, c’est Dieu qui est éternel. Que d’autres s’enivrent de mortelles voluptés, le Seigneur est la part de mon calice. En disant « de mon calice », je comprends aussi l’Eglise avec moi, car où est la tête, là est aussi le corps. Je ferai en effet mon héritage de leurs assemblées, et dans l’ivresse de mon calice j’oublierai leurs noms anciens. « C’est vous, ô Dieu, qui me rétablirez dans mon héritage (Ibid. ) », afin que ceux que je délivre, connaissent l’éclat que j’avais en vous avant la création du monde (Jean, XVII, 5 ) ». Ce n’est point pour moi que vous me rendrez ce que je n’ai point perdu, mais pour ceux qui ont perdu la connaissance de cette gloire; et comme je suis en eux, « c’est à moi que vous la rendrez ».
6. « Le cordeau a mesuré ma part dans des lieux ravissants (Ps. XV, 6 ) ». Comme le Seigneur devint autrefois la possession des prêtres et des lévites, mon héritage m’est échu comme par le sort, dans la splendeur de votre gloire, ô mon Dieu. « Et cet héritage est glorieux pour moi », car il n’est pas glorieux pour tous, mais pour ceux qui le comprennent ; et comme je suis en eux, c’est pour moi qu’il est glorieux.
7. « Je bénirai le Seigneur qui m’a donné l’intelligence », nécessaire pour voir et posséder cette part glorieuse. « De plus, jusqu’à la nuit, mes reins m’ont donné une sévère leçon ». En outre de l’intelligence, cette partie inférieure de moi-même, ou la chair, dont je me suis revêtu, m’a donné une leçon, en me faisant éprouver les ténèbres de la mort, qu’ignore cette intelligence.
8. « Je plaçais toujours le Seigneur en ma présence (Id. 8 ) ». En venant dans ce monde qui passe, je n’ai point perdu de vue celui qui demeure éternellement, avec le dessein de
rentrer en lui, après cette vie des temps. « Car il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé ». Il m’assiste, afin que je demeure ferme en lui-même.
9. « C’est pour cela que mon coeur a tressailli, que ma langue a chanté sa joie ». La joie donc a rempli mes pensées, et l’allégresse a éclaté dans mes paroles. « En outre, ma chair reposera dans l’espérance ». Ma chair ne sera point absorbée par la mort, mais elle s’endormira dans l’espérance de la résurrection.
10. « Parce que vous ne laisserez point mon âme dans les enfers (Id. 10 ) ». Vous ne donnerez pas mon âme comme une proie aux enfers, « et vous ne permettrez pas que votre saint « éprouve la corruption ». Vous n’abandonnerez pas à la pourriture un corps sanctifié, qui doit sanctifier les autres. « Vous m’avez fait connaître les voies de la vie ». C’est par moi que vous avez enseigné la voie de l’humilité, afin que les hommes revinssent à la vie, qu’ils avaient perdue par l’orgueil : et comme je suis en eux, c’est à moi que vous l’avez fait connaître. « Vous me remplirez de joie en me faisant voir votre face ». Quand ils vous verront face à face, leur joie sera telle qu’ils n’auront plus aucun désir; et comme je suis en eux , c’est moi que vous (185) remplirez de joie. « A votre droite sont d’éternelles délices (Ps. XV, 11 )». Vos faveurs et vos bontés nous sont délicieuses dans le chemin de cette vie, et nous font arriver au comble de la gloire en votre présence.
DISCOURS SUR LE PSAUME XVI.
L’ÉGLISE DE LA TERRE.
Environnée d’ennemis pervers, l’Eglise fait appel à Dieu. Elle le remercie de la protection qu’il lui accorde chaque jour, et a la ferme espérance de triompher par cette protection.
PRIÈRE DE DAVID (Ps. XVI, 1 ).
1. Il faut attribuer cette prière à Jésus-Christ uni à l’Eglise, qui est son corps.
2. « Seigneur, écoutez ma justice, entendez ma prière. Prêtez l’oreille à mes supplications, mes lèvres ne sont point trompeuses (Id. 2 )». Cette prière ne vous arrive pas de lèvres qui déguisent. « Que mon jugement émane de votre visage ». Que votre connaissance m’éclaire et me fasse juger selon la vérité. Ou bien, que mon jugement n’émane point de lèvres menteuses, mais de votre clarté, afin que je ne prononce rien de contraire à ce que je découvre en vous. « Que mes yeux voient l’équité», c’est-à-dire les yeux de mon coeur.
3. « Vous avez sondé mon coeur en le visitant la nuit ». Car ce coeur a été mis à l’épreuve quand la tribulation l’a visité. « Vous m’avez éprouvé par le feu, et vous n’avez point trouvé l’iniquité en moi (Id. 3 ) ». Cette épreuve de l’affliction qui a fait ressortir ma justice, peut être appelée, non-seulement une nuit qui nous trouble, mais un feu qui brûle.
4. « En sorte que ma bouche ne parle point selon les oeuvres des hommes (Id. 4 )». Afin que rien ne sorte de ma bouche qui ne soit pour votre gloire et votre louange ; et non pour les oeuvres des hommes qui agissent contre votre volonté. « A cause des paroles de votre bouche », paroles de votre paix, ou de vos prophètes; « j’ai traversé des voies difficiles » ; ces voies pénibles de la mortalité humaine et des douleurs.
5. « Pour affermir mes pieds dans vos sentiers (Ps. XVI, 5) ». Afin que la charité de l’Eglise devînt parfaite dans ces étroits sentiers qui conduisent à votre repos. « Afin que mes pas ne chancellent point », afin que ne s’effacent jamais les marques de mon passage, empreintes comme des pas, dans les sacrements et dans les écrits de mes Apôtres, et que ceux qui ont la volonté de me suivre puissent les regarder et les connaître. Ou bien, afin que je demeure inébranlable dans l’éternité, après avoir parcouru des chemins difficiles, et marqué mes pas dans vos étroits sentiers.
6. « J’ai crié, ô mon Dieu, parce que vous m’avez exaucé (Id. 6 ) ». Je vous ai adressé ma prière avec force et avec ferveur, parce que vous m’avez exaucé quand ma prière plus faible vous demandait cette ferveur. « Prêtez-moi l’oreille, écoutez mes paroles (Ibid. ) ». Que votre bonté n’abandonne point ma bassesse.
7. « Faites éclater vos miséricordes (Id. 7 )», de peur que ces bontés ne retombent dans le mépris, et n’obtiennent un amour trop imparfait.
8. « Vous qui protégez ceux qui espèrent en vous, contre ceux qui refusent votre droite », ou ces faveurs que vous m’accordez. « Conservez-moi, Seigneur, comme la prunelle de l’œil (Id. 8 )», qui paraît petite et rétrécie; c’est elle néanmoins qui donne à la (186) vue sa puissance, et nous fait discerner la lumière des ténèbres, comme c’est par l’humanité de Jésus-Christ que doit s’exercer, au jugement, le pouvoir divin de discerner les justes des pécheurs. « Protégez-moi, sous l’ombre de vos ailes», c’est-à-dire, que votre amour miséricordieux me serve de bouclier « contre les impies qui me persécutent (Ps. XVI, 9 ) ».
9. « Mes ennemis ont environné mon âme, ils ont fermé leurs entrailles (Id. 10 ) ». Ils se sont enveloppés d’une joie charnelle, après avoir saturé de crimes leur avidité. « Leur bouche a exhalé des paroles d’orgueil ». Leur bouche a décoché des paroles insolentes, quand ils ont dit: « Salut au roi des Juifs (Matt. XXVII, 29 ) », et autres blasphèmes semblables.
10. « Après m’avoir chassé, voilà que maintenant ils m’environnent ». Ils m’ont fait sortir de leur ville, et maintenant ils m’environnent à la croix. «Ils se sont résolus à fixer les yeux vers la terre (Ps. XVI, 11 ) ». C’est leurs coeurs qu’ils ont résolu de fixer aux choses terrestres, quand ils ont infligé à celui qu’ils mettaient à mort un mal qu’ils voulaient s’épargner à eux, qui étaient ses bourreaux.
11. « Ils m’ont reçu, comme le lion prêt à dévorer sa proie (Id. 12. ) ». Ils ont épié mes démarches, comme cet ennemi qui rôde autour de nous, cherchant à nous dévorer (I Pierre, V, 8 ). « Et comme le lionceau embusqué dans un fourré ». Ce peuple à qui vous avez dit : « Vous avez le diable pour père (Jean, VIII, 44 ) », c’est comme le lionceau méditant des embûches pour circonvenir et perdre le juste.
12. « Levez-vous, Seigneur, prévenez-les, et renversez-les (Ps. XVI, 13 )». Levez-vous, Seigneur, vous qu’ils croient endormi et peu soucieux des péchés des hommes. Châtiez d’avance leur malice par l’aveuglement, afin que la vengeance prévienne leur crime, et renversez-les de la sorte.
13. « Délivrez mon âme des impies ». Délivrez mon âme en me faisant triompher par la résurrection de cette mort que m’ont infligée les impies. « Délivrez votre glaive des ennemis de votre main (Ps. XVI, 14 ) ». Mon âme est votre glaive, ce glaive qu’a saisi votre main, ou votre force éternelle, afin de détruire les royaumes de l’iniquité, et de séparer les justes des impies. C’est ce glaive qu’il faut arracher aux ennemis de votre main, c’est-à-dire de votre puissance, ou de mes ennemis. « Seigneur, en les faisant disparaître de la terre, dispersez-les, pendant toute leur vie (Ibid. ) ». Faites-les disparaître de cette terre qu’ils habitent, et dispersez-les dans l’univers, pendant toute cette vie qu’ils croient la vie unique, puisqu’ils ne croient point à la vie éternelle. « Leur ventre est saturé de vos mystères (Ibid. ) ». Leur châtiment ne se bornera point à cette peine sensible, mais ces péchés qui leur cachent la lumière de votre vérité, occupent leur mémoire, et leur font oublier Dieu. « Ils se sont rassasiés de la chair des pourceaux ». Ils ont pris goût à l’immondice, eux qui foulent aux pieds les perles de la parole de Dieu. « Ils ont laissé leurs restes pour leurs jeunes enfants (Ibid. ) », en criant : « Que son sang retombe sur nous et sur nos fils (Matt. XXVII, 25 ) »
14. « Pour moi, j’apparaîtrai devant vous, lors de votre justice (Ps. XVI, 15 )»: moi que n’ont point reconnu ceux dont le coeur impur et ténébreux est impuissant à voir la lumière de la sagesse, voilà que j’apparaîtrai devant vous, au jour de votre justice. « Je serai rassasié, quand vous manifesterez votre gloire ». Quand, saturés d’impureté, mes ennemis ne pourront me connaître, je serai rassasié de cette gloire que vous ferez éclater dans ceux qui me comprennent. Au lieu de cette expression : « Ils se sont rassasiés de la chair des pourceaux», on trouve dans quelques exemplaires : « Ils se sont rassasiés d’enfants ». Cette double traduction vient du mot grec, qui est ambigu. Par ces enfants nous entendons les oeuvres. Les bons seront les bonnes oeuvres, et les méchants seront les oeuvres mauvaises. (187)
DISCOURS SUR LE PSAUME XVII.
CHANT DE DÉLIVRANCE.
L’Eglise unie à Jésus-Christ et triomphant des embûches des méchants, s’empare des paroles de David après que Dieu l’eût délivré de Saül et de ses ennemis; elle bénit le même Dieu qui l’a délivrée du démon et des convoitises charnelles.
1. « Pour la fin, à David, serviteur de Dieu (Ps. XVII, 1 ) », c’est-à-dire au Christ, qui en son humanité, est la main forte. « Il chanta au Seigneur les paroles de ce cantique, au jour où le Seigneur l’arracha à la puissance de ses ennemis, à la puissance de Saül (II Rois, XXII, 11 ; Ps. XVII, 2 ) »; ce Saül était le roi des Juifs, qu’eux-mêmes avaient demandé pour roi. De même que David signifie la main forte, Saül signifie demande. Or, on sait comment ce peuple demanda au Seigneur un roi (I Rois, VIII, 5 ), qui lui fut donné, non d’après les volontés de Dieu, mais selon sa propre volonté.
2. C’est donc le Christ uni à l’Eglise, ou le Christ tout entier, la tête et le corps, qui s’écrie : « Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force (Ps. XVII, 2 ) »», ou, je vous aimerai parce que vous me rendez fort.
3. « Vous êtes, ô Dieu, mon protecteur, mon refuge et mon libérateur (Id. 3 ) ». C’est vous qui m’avez protégé parce que je me suis réfugié en vous, et je me suis réfugié en vous, parce que vous m’avez délivré. « Le Seigneur est mon aide, en lui sera mon espoir ». C’est vous, ô Dieu, qui m’avez accordé la faveur de m’appeler, afin que je pusse espérer en vous. « Vous êtes mon protecteur, le boulevard de « mon salut, et mon rédempteur (Ibid. ) ». Vous êtes mon protecteur, parce que je n’ai point trop présumé de moi en élevant contre vous le boulevard de mon orgueil; mais c’est en vous que j’ai trouvé la puissance ou la haute et solide forteresse de mon salut; et pour me la faire trouver, vous m’avez racheté.
4. « Je louerai le Seigneur, et je l’invoquerai, et il me délivrera de mes ennemis (Id. 4 ) ». Ce n’est point en cherchant ma gloire, mais bien celle du Seigneur, que je l’invoquerai, et je n’aurai plus à craindre que les erreurs de l’impiété me soient nuisibles.
5. « Les douleurs de la mort », ou douleurs corporelles, « m’ont environné , et les torrents de l’iniquité m’ont troublé (Ps. XVII, 5 ) » . Ces multitudes impies un moment soulevées, comme les eaux de l’hiver qui se gonflent pour cesser bientôt, se sont efforcées de me troubler.
6. « Les douleurs de l’enfer m’ont assiégé (Id. 6 )». Chez ceux qui m’environnaient pour me perdre, il y avait ces tortures de la jalousie qui causent la mort, et aboutissent à l’enfer du péché. « Les filets de la mort m’ont prévenu », et ils me prévenaient, en cherchant les premiers à me faire un mal qui est retombé sur eux. Ces filets enveloppent pour la mort les hommes qu’ils ont surpris en leur vantant cette fausse justice, ce vain nom sans réalité, dont ils se glorifient contre les Gentils.
7. « Au milieu de l’angoisse, j’ai invoqué le Seigneur; j’ai crié vers mon Dieu, et de son saint temple il a entendu ma voix (Id. 7 ) ». Il a entendu ma voix dans mon coeur où il habite, « et le cri que j’ai poussé en sa présence ». Ce cri que n’entendent point les oreilles des
hommes, et que j’exhale intérieurement en sa présence, « est parvenu à son oreille ».
8. « La terre s’en est émue et a tremblé (Id. 8 ) ». Ainsi, quand le Fils de l’homme fut glorifié, les pécheurs furent émus et tremblèrent. «Et les fondements des montagnes ont été ébranlés » Les espérances que les superbes avaient fondées sur les biens de cette vie ont été renversées. « Ils ont été ébranlés, parce que le Seigneur s’est irrité contre eux », afin que l’espérance dans les biens terrestres ne s’affermît pas désormais dans les coeurs des hommes.
9. « Un tourbillon de fumée s’est élevé (188) devant sa colère ». Les hommes, touchés de repentir à la vue des menaces du Seigneur contre les impies, ont fait monter vers le ciel
des prières et des larmes. « Un feu s’est allumé en sa présence (Ps. XVII, 9 ) ». Au repentir a succédé le feu de la charité, qu’allumait la connaissance du Seigneur. « Des charbons ont été embrasés ». Ceux qui étaient déjà morts, n’ayant plus ni le feu des saints désirs, ni la lumière de la justice, qui étaient plongés dans de froides ténèbres, ont reçu de nouveau le feu et la lumière de la vie.
10. « Il a abaissé les cieux, et il est descendu ». Il a humilié le juste qui s’est abaissé jusqu’à la faiblesse des hommes. « Les ténèbres étaient sous ses pieds (Id. 10 ) », Aveuglés par leur malice, les méchants ne l’ont pas connu, eux qui goûtent les choses de la terre , et la terre est sous les pieds du Seigneur, elle est comme son marchepied.
11. « Il est monté sur les chérubins et a pris son vol (Id. 11 ) ». Il s’est élevé au-dessus de la plénitude de la science, afin que nul ne pût venir à lui que par la charité. Car la charité est la plénitude de la loi (Rom. XIII, 10 ). Et bientôt il s’est montré incompréhensible à ceux qui l’aimaient, de peur qu’ils ne crussent que l’on pouvait le comprendre au moyen des images temporelles. « Son vol était plus rapide que celui des vents »; c’est-à-dire que la promptitude avec laquelle il s’est montré incompréhensible dépasse ces vertus qui sont pour l’âme comme des ailes, dont elle se sert pour s’élever des frayeurs de la terre dans les régions de la liberté.
12. « Il a choisi les ténèbres pour sa retraite (Ps. XVII, 12 )». Il a choisi l’obscurité des sacrements, l’espérance qui est invisible dans le coeur des fidèles, pour s’y cacher, sans néanmoins les abandonner. Il se cache aussi dans ces ténèbres où nous marchons encore par la foi, et non par la claire vue (II Cor. V, 7 ), tant que nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, et que nous l’attendons par la patience (Rom. VIII, 25 ). « Son tabernacle est autour de lui ». Ceux qui se convertissent et croient en lui l’environnent de toutes parts; il est au milieu d’eux, parce qu’il répand sur eux d’égales faveurs, et qu’en cette vie il habite en eux comme dans une tente. « Il y a dans les nuages de l’air une eau ténébreuse » . Que nul ne s’imagine que l’intelligence des Ecritures lui donnera cette lumière dont nous jouirons quand nous aurons passé de la foi à la vision. Il y a quelque chose d’obscur dans la doctrine des Prophètes, et de tout prédicateur de la parole de Dieu.
13. « En comparaison de la lumière de sa présence (Ps. XVII, 13 ) » ; en comparaison de cette splendeur qu’il fera éclater en se manifestant à nous. « Ses nuées ont passé »; voilà que les hérauts de sa parole ne se restreignent plus dans les confins de la Judée, mais passent chez les nations. « Voilà que tombent la grêle et les charbons ardents ». C’est la figure de ces reproches qui doivent tomber comme une grêle sur les coeurs endurcis; mais s’agit-il d’une terre cultivée et douce, ou mieux d’une âme pieuse, cette grêle se change en eau; c’est-à-dire que ces menaces dures comme les glaçons, redoutables et impétueuses comme la foudre, se changent en une doctrine désaltérante, au feu de la charité les coeurs prennent une vie nouvelle. Voilà ce qu’ont produit parmi les Gentils, les nuées du Seigneur.
14. « Du haut des cieux le Seigneur a tonné (Id. 14 ) ». Le Seigneur s’est fait entendre de ce coeur juste qu’animait la confiance pour prêcher l’Evangile. « Et le Très-Haut a fait retentir sa voix n, afin qu’elle arrivât jusqu’à nous, et que du profond abîme des choses humaines, nous pussions entendre les choses célestes.
15. « Il a décoché ses flèches, et les a dispersés (Id. 15 ) ». Il a envoyé les Evangélistes sur les ailes des vertus, et ils ont tracé dans leur vol des chemins droits, non par leurs propres forces, mais par la force de Celui qui les envoyait. Il a dispersé ceux à qui il les envoyait, de sorte qu’ils ont été aux uns une odeur de vie pour la vie, aux autres une odeur de mort pour la mort (II Cor. II, 16 ). « Il a multiplié ses foudres et les a jetés dans la stupeur ». Ses miracles nombreux les consternaient.
16. « Alors ont apparu les sources d’eau vive (Ps. XVII, 6 ) ». Alors apparurent ceux que leurs prédications changeaient en sources d’eau vive, rejaillissant jusqu’à la vie éternelle (Jean, IV, 14 ). « Et les fondements du monde ont été mis à découvert ». Alors a été connu ce qui demeurait caché dans les Prophètes, qui sont la base de ce monde rattaché à Dieu par la foi. « Au bruit de vos menaces, ô Dieu », quand (189) vous avez crié : « Le royaume de Dieu est proche de vous (Luc, X, 9 )». «Au souffle bruyant de votre colère », ou quand vous avez dit: « Si vous ne faites pénitence, vous mourrez tous de la même manière (Id. XIII, 5 )».
17. « Il a envoyé d’en haut, et il m’a reçu», en appelant du milieu des Gentils cette Eglise qui est son héritage ou qui est sans tache et sans ride (Eph. V, 27 ) ; « Il m’a retiré du milieu des eaux », c’est-à-dire du milieu des peuples.
18. « Il m’a délivré de mes puissants ennemis (Ps. XVII, 18 ) ». Il m’a délivré de ces ennemis qui ont eu le pouvoir de m’affliger, et de troubler ma vie en ce bas monde. « Et de ceux qui me haïssaient, parce qu’ils l’emportaient sur moi (Ibid. ), pendant que, soumis à leur domination, j’ignorais le Seigneur.
19. « Ils m’ont prévenu au jour de mon affliction (Id. 19)». Ils furent les premiers à me nuire pendant que je me fatiguais à porter un corps mortel. «Et le Seigneur fut mon appui», et comme l’amertume des misères avait ébranlé et même renversé la hase des terrestres plaisirs, le Seigneur m’a servi d’appui.
20. « Le Seigneur m’a conduit dans un lieu spacieux». Comme j’étais à l’étroit, il m’a
conduit dans les spirituelles ailleurs de la foi. « il ma sauvé à cause de sa bienveillance pour moi ». Avant même que je l’eusse choisi, il m’a délivré d’ennemis puissants, jaloux de mon amour pour lui, et de ceux qui me haïssent maintenant, parce que c’est lui que je veux posséder.
21. « Le Seigneur me rendra selon ma justice (Id. 21 ) ». li me rendra selon le mérite de ma bonne volonté, lui qui, le premier, a été miséricordieux pour moi, avant que j’eusse cette volonté. « Et il me traitera selon la pureté de mes mains »; c’est-à-dire, selon la pureté de mes actions, lui qui m’a donné le pouvoir de faire le bien, en m’introduisant dans les lieux spacieux de la foi.
22. « Parce que j’ai gardé les voies du Seigneur (Id. 22 ) », afin d’y trouver amplement ces bonnes oeuvres qu’opère la foi, et le courage de persévérer.
23. « Je n’ai point commis l’iniquité contre mon Dieu, car j’ai devant les yeux tous ses jugements (Id. 23 ). Ces jugements, ou les récompenses des justes, les châtiments des pécheurs, les afflictions qui corrigent, les tentations qui éprouvent, voilà ce que j’ai continuellement sous les yeux. « Et je n’ai point repoussé de moi sa justice »; comme le font ceux qui succombent sous le fardeau, et retournent à leur vomissement.
24. « Je serai sans tache devant lui, et me garderai de toute iniquité (Ps. XVII, 24 ) ».
25. « Et le Seigneur me rendra selon ma justice (Id. 25 )». Non-seulement à cause de l’ampleur de cette foi qui agit par l’amour (Galat. V, 6 ), mais à cause de ma longue persévérance; voilà pourquoi le Seigneur me rendra selon ma justice. « Et selon la pureté de mes mains qui est visible à ses yeux (Ps. XVII, 25)», car ses yeux ne voient point comme voient les hommes. « Ce qu’ils voient en effet, n’est que temporel, et ce qu’ils ne voient point est éternel ». C’est à ces hauteurs que s’élève l’espérance.
26. « Vous serez saint avec celui qui est saint ». Il y a une profondeur cachée qui
fait comprendre que vous êtes saint avec celui qui est saint, parce que c’est vous qui le sanctifiez. « Que vous êtes innocent avec l’innocent (II Cor, IV, 18 ) ». Pour vous, en effet, vous ne nuisez à personne, mais chacun est garrotté par les chaînes de ses propres fautes (Ps. XVII, 26 ).
27. « Avec l’homme choisi vous serez choisi » ; car l’homme de votre choix vous choisit à son tour. « Et pervers avec le pervers (Prov. V, 22 ) ». Aux yeux de l’homme injuste vous paraissez injuste; car il dit que la voie du Seigneur n’est pas droite (Ezéch. XVIII, 25 ), tandis que c’est la sienne qui est tortueuse.
28. « Vous sauverez la race des humbles (Ps. XVII, 28 )». L’homme pervers regarde comme une injustice que vous accordiez le salut à ceux qui confessent leurs péchés. « Et vous humilierez l’oeil des superbes »; vous abaisserez ceux qui méconnaissent la justice de Dieu et veulent établir leur propre justice (Ps. Rom. X, 3 ).
29. « C’est vous, Seigneur, qui faites luire mon flambeau (Ps. XVII, 29 )». Car notre lumière ne vient pas de nous-mêmes: c’est vous, Seigneur, qui en allumez le flambeau. « C’est vous encore qui dissipez mes ténèbres ». Car nous sommes dans la nuit à cause de nos péchés, mais le Seigneur dissipera ces obscurités.
30. « C’est encore vous qui me délivrerez de la tentation (Id. 30 ) ». Je ne pourrais, sans vous, triompher de l’épreuve. « C’est en mon Dieu (190) que je franchirai la muraille ». Ce n’est point par ma puissance, mais par le secours de Dieu que je franchirai cette muraille que les péchés ont élevée entre les hommes et la Jérusalem céleste.
31. « Les voies de mon Dieu sont irréprochables (Ps. XVII, 31 ) ». Il ne vient point chez les hommes qu’ils n’aient d’abord purifié la voie de la foi, afin qu’il puisse venir en eux, lui dont les voies sont pures. « Ses paroles sont éprouvées par le feu », c’est-à-dire par le feu des afflictions. « Il est le protecteur de ceux qui espèrent en lui (Ibid. ) ». Et ceux qui, loin d’espérer en eux-mêmes, espèrent en lui, ne seront point consumés par la tribulation, car l’espérance vient après la foi.
32. « Qui donc serait Dieu, sinon le Seigneur» que nous servons? «Qui est Dieu si ce n’est notre Dieu (Id. 32)? » Qui est le vrai Dieu, sinon le Seigneur, que nous, ses enfants, devons posséder comme notre héritage, après l’avoir bien servi?
33. « C’est le Dieu qui m’a revêtu de force (Id. 33 )». Le Dieu qui m’a donné une ceinture afin que je devinsse fort, et que la robe flottante des convoitises ne retardât point mes oeuvres et mes démarches. « Et qui m’a aplani la voie de l’innocence ». Il a voulu m’aplanir la voie de la charité, afin que j’allasse à lui, comme j’ai dû aplanir la voie de la foi, par laquelle il vient à moi.
34. «Il a rendu mes pieds légers comme ceux du cerf (Id. 34 ) ».Il a rendu parfait cet amour qui me fera franchir les obstacles épineux et ténébreux de ce monde. « Il m’établira sur des lieux élevés ». Il fixera mes désirs dans le céleste séjour, afin que je sois rassasié de la plénitude de Dieu (Eph. III, 19 ).
35. « C’est lui qui dresse mes mains au combat (Ps. XVII, 35 ) ». Il me dresse à ces oeuvres capables de vaincre ces ennemis qui s’efforcent de nous fermer le passage vers le royaume dès cieux. «Vous avez tendu mes bras comme un arc d’airain », puisque vous me rendez infatigable dans la volonté des bonnes oeuvres.
36. « Vous m’avez protégé pour me sauver, votre main m’a soutenu (Id. 36 ) ». Votre main, c’est-à-dire votre grâce. « Vos leçons m’ont dirigé vers ma fin ». Vos châtiments ne me permettent point de m’égarer, et me redressent afin que je rapporte mes actions à cette fin qui doit m’unir à vous. « Cette leçon doit m’instruire encore », car vos sévérités me feront atteindre le but où elles me dirigent.
37. « Vous avez élargi la voie sous mes pas (Ps. XVII, 37 ) », et les voies étroites de la chair ne retarderont point ma course; car vous m’avez dilaté dans cette charité qui opère le bien avec joie, et à qui les membres et tout ce qu’il y a de mortel en moi servent d’instruments. « Mes pieds n’ont pas été vacillants », c’est-à-dire qu’il n’y a incertitude ni dans la voie que j’ai suivie, ni dans les traces que j’ai laissées à ceux qui veulent me suivre.
38. « Je poursuivrai mes ennemis, et les atteindrai (Id. 38 ) ». Je poursuivrai en moi les convoitises charnelles qui ne me captiveront plus, mais je les atteindrai pour les détruire. Et je ne retournerai point qu’elles ne soient détruites. Je ne cesserai cette poursuite et ne me donnerai de repos, qu’après avoir anéanti tout ce qui me nuit.
39. « Je les briserai, et ils ne pourront se soutenir ». Ils ne soutiendront pas mes attaques. « Ils tomberont sous mes pieds ( Id. 39 ) ». Après les avoir abattus, je leur préférerai cet amour qui me fait marcher vers l’éternité.
40. « Vous m’avez revêtu de force pour le combat». Vous avez relevé par la force la robe flottante de mes désirs charnels, afin que rien ne m’embarrasse dans ce combat. « Vous avez renversé à mes pieds ceux qui s’élevaient contre moi (Id. 39 )». Vous avez jeté dans l’erreur ceux qui me trompaient, et ils se sont trouvés sous mes pieds, ceux qui voulaient s’élever au-dessus de moi.
41. « Vous avez jeté derrière moi mes ennemis (Id. 41 ) ». C’est-à-dire, vous les avez convertis, et vous les avez placés derrière moi, en les portant à me suivre. « Vous avez dissipé ceux qui me haïssent ». Vous avez conduit à leur perte ceux qui ont persévéré dans leur haine.
42. « Ils ont crié, et nul ne pouvait les sauver (Id. 42 )». Qui pourrait sauver ceux que vous ne sauvez pas? « Ils ont crié vers le Seigneur, qui ne les a point exaucés ». C’est bien au Seigneur et non à tout autre qu’ils ont adressé leurs prières, et il n’a point jugé dignes de ses faveurs ceux qui n’abandonnaient point leurs désordres. (191)
43. « Je les disperserai comme la poussière qu’emporte le vent ( Ps. XVII, 43 ) ». Je les réduirai en poussière, car ils sont desséchés, n’ayant point reçu la rosée des divines miséricordes; et alors soulevés et enflés par l’orgueil, ils perdent l’inébranlable solidité de l’espérance, comme on est parfois secoué de dessus la terre qui est stable et ferme. « Je les détruirai comme la boue des rues ». Dans ces voies larges que suit le grand nombre, je ferai glisser, pour les perdre, les hommes de la luxure.
44. « Vous me délivrerez des contradictions du peuple (Id. 44 ) », c’est-à-dire des contradictions de ceux qui disent : « Si vous le renvoyez, chacun va le suivre (Jean, XI, 48 ) ».
45. « Vous m’établirez chef des nations, et voilà qu’un peuple que je n’avais pas connu, se range sous mes lois (Ps. XVII, 45 ) ». Ce peuple des Gentils que je n’ai point visité d’une manière corporelle, s’est rangé à mon culte. « Il m’a obéi quand il a entendu ma voix ». Il ne m’a point vu des yeux; mais en accueillant mes prédicateurs, il a obéi à l’appel de ma voix.
46. « Les fils de l’étranger ont menti contre moi (Id. 46 )». Des enfants, indignes de ce nom, ou plutôt des étrangers, à qui il est dit à juste titre: « Vous avez le diable pour père (Jean, VIII, 44 )», ont menti contre moi. « Ces enfants étrangers ont vieilli ». Ces fils, devenus étrangers, que je voulais rajeunir en leur apportant le Nouveau Testament , sont demeurés dans le vieil homme. « Ils ont chancelé dans leurs voies ». Faibles sur un seul pied, parce qu’ils tenaient l’Ancien Testament, ils ont méprisé le Nouveau, et sont devenus boiteux; et même dans l’ancienne loi, ils suivaient plutôt leurs traditions que celles de Dieu. Ils faisaient un crime de ne point se laver les mains (Matt. XV, 2 ); telle était, en effet, la voie qu’ils s’étaient eux-mêmes tracée, qu’une longue habitude avait battue, loin du sentier des préceptes du Seigneur.
47. « Vive le Seigneur, et béni soit mon Dieu (Ps. XVII, 47 ) ». C’est mourir que vivre selon la chair (Rom. VIII, 6 ) ; car le Seigneur est vivant, et mon Dieu est béni. « Qu’il soit exalté, le Dieu de mon salut ». Que je n’aie pas sur le Dieu de mon salut des pensées trop terrestres; que je n’attende point de lui un salut temporel, mais bien des choses célestes.
48. « C’est vous, ô Dieu, qui savez me venger, et qui m’assujettissez les peuples (Ps. XVII, 48 )». C’est me venger, ô Dieu, que de les assujettir à mon joug. « Vous me délivrerez de ces ennemis furieux »; de ces Juifs qui crient: « Crucifiez-le, crucifiez-le (Jean, XIX, 6 ) »,
49. « Vous m’élèverez au-dessus de ceux qui se révoltent contre moi (Ps. XVII, 49 )». Vous m’élèverez par la résurrection au-dessus de ces Juifs qui persiflent mes douleurs. « Vous me sauverez de l’homme injuste », de leur inique domination.
50. « C’est pour cela, Seigneur, que je vous bénirai parmi les nations (Id. 50 ) ». C’est par moi, Seigneur, que les nations vous béniront comme leur Dieu. « Je chanterai votre nom ». Mes bonnes oeuvres vous feront connaître au loin.
51. « Il célèbre le salut du roi qu’il a choisi (Id. 51 ) ». C’est Dieu qui nous fait admirer ces moyens de salut, que donne son Fils à ceux qui croient en lui. «Il fait miséricorde à son Christ ». C’est Dieu qui fait miséricorde à celui qui a reçu l’onction, « à David et à sa race dans l’éternité (Id. 52 ) », à ce libérateur dont la main puissante a vaincu le monde, et à ceux qu’il a engendrés à l’éternité par leur foi à l’Evangile. Toutes les paroles de ce psaume, qui ne pourraient s’approprier à Jésus-Christ ou au Chef de l’Eglise, doivent se rapporter à l’Eglise elle-même. Ces paroles sont de Jésus-Christ tout entier, de Jésus-Christ uni à ses membres. (192)
PREMIER DISCOURS SUR LE PSAUME XVIII.
LE VERBE DE DIEU.<![endif]>