Manuel et Entretiens (page 13)
Comment faisait donc Socrate? Il forçait son interlocuteur lui-même à rendre témoignage de la vérité de ce qu'il lui disait, et il n'avait besoin du témoignage de personne autre. Il avait donc le droit de dire : Je laisse de côté les autres ; je me contente du témoignage de mon interlocuteur; je ne demande pas l'avis des autres ; il n'y a que celui de mon interlocuteur que je demande. Il savait, en effet, rendre si claires les conséquences de nos pensées, que le premier venu s'apercevait des contradictions qu'il y avait entre les siennes, et y renonçait. Est-ce que l'envieux est en joie? disait-il. Non, il souffre plutôt. Le voisinage d'un sort contraire au sien l'a affecté. Mais quoi! l'envie est-elle un chagrin causé par le malheur (d'autrui?) Eh! qui est envieux du malheur? C'est ainsi qu'il amenait son interlocuteur à dire que l'envie était un chagrin causé par le bonheur (d'autrui). Mais quoi! (ajoutait-il), pouvons-nous être envieux de ce qui est sans rapports avec nous? C'est ainsi qu'avant de s'éloigner il avait complété et précisé l'idée en question. Il ne disait pas (comme nous) : Définis-moi l'envie ; puis, quand on la lui avait définie : Tu l'as mal définie, parce que ta définition n'est pas convertible dans le défini. Termes techniques, ennuyeux et inintelligibles pour l'ignorant, et dont nous ne savons pas nous défaire. Nous ne savons pas agir sur l'ignorant, en nous y prenant de telle façon qu'il n'ait qu'à suivre ses propres pensées pour arriver à nous dire oui ou non. Aussi, sentant notre impuissance à cet égard, nous abstenons-nous avec raison de tenter l'affaire, pour peu que nous ayons de bon sens. Mais les étourneaux, qui sont le plus grand nombre, quand ils se trouvent en pareille conjoncture, embrouillent les autres et s'embrouillent eux-mêmes, et finalement eu arrivent à échanger des injures, avant de se retirer.
Le premier et le plus singulier mérite de Socrate était de ne jamais s'emporter dans la discussion, de ne jamais proférer une parole outrageante ou injurieuse, mais de laisser dire ceux qui l'insultaient, et de couper court aux disputes. Si vous voulez connaître toute sa force en ce genre, lisez Le Banquet de Xénophon, et vous verrez à quelles disputes il sut mettre fin. Aussi chez les poètes eux-mêmes est-ce avec raison un grand éloge que ce mot : « Il sut faire cesser en un instant la dispute, si vive qu'elle fût. »
Disons tout! De telles interrogations aujourd'hui ne seraient pas sans péril, et surtout à Rome. Celui qui les fera, en effet, ne devra évidemment pas les faire dans un coin; il devra aborder un personnage consulaire, si l'occasion s'en présente, ou bien un richard, et lui poser cette question : Peux-tu me dire à qui tu as confié tes chevaux? — Moi! — Au premier venu, sans connaissance de l'équitation? — Nullement. — Eh bien! à qui as-tu confié ton argent, ton or, tes vêtements? — Je ne les ai pas non plus confiés au premier venu. — Et ton corps, as-tu bien examiné à qui tu en confierais le soin? — Comment non? — Evidemment encore à quelqu'un qui se connût aux exercices du gymnase et à la médecine? — Parfaitement. — Est-ce donc là ce que tu as de meilleur? Ou n'as-tu pas quelque chose qui vaille mieux encore? — De quoi parles-tu? — De ce qui use de tout cela, par Jupiter! de ce qui juge chacune de ces choses et qui en délibère. — Tu veux parler de l'âme? — Tu m'as compris ; c'est d'elle que je parle. — Par Jupiter! je crois avoir là une chose qui vaut beaucoup mieux que toutes les autres. — Peux-tu donc nous dire comment tu prends soin de ton âme? Car il n'est pas probable que toi, qui es un homme de sens, si considéré dans la ville, tu ailles, sans réflexion, abandonner au hasard ce qu'il y a de meilleur en toi, que tu le négliges et le laisses dépérir? — Pas du tout. — En prends-tu donc soin toi-même? Et alors est-ce d'après les leçons de quelqu'un, ou d'après tes propres idées? Il y a grand péril à ce moment que cet homme ne te dise tout d'abord : De quoi te mêles-tu, mon cher? Est-ce que tu es mon juge? Puis, si tu ne cesses pas de l'ennuyer, il est à craindre qu'il ne lève le poing et ne te frappe. Moi aussi, jadis, j'ai eu le goût de ces interrogations ; mais c'était avant de rencontrer cet accueil.
Quand je vois quelqu'un dans l'inquiétude, je me dis : Que veut-il? S'il ne voulait pas quelqu'une des choses qui sont hors de son pouvoir, comment serait-il dans l'inquiétude? C'est ainsi que le joueur de harpe n'est pas inquiet, quand il joue pour lui seul; mais il l'est quand il paraît sur la scène, si belle que soit sa voix, et quel que soit son talent de musicien. Car alors il ne se borne plus à vouloir bien chanter : il veut encore être applaudi; et cela ne dépend pas de lui. Il est plein d'assurance sur le terrain des choses qu'il sait. Amène-lui à leur sujet tel ignorant que tu voudras, il ne s'en occupera pas. Mais il est inquiet à l'endroit des choses qu'il n'a pas étudiées et qu'il ne sait pas. Que veux-tu dire par là? Il ne sait pas ce que c'est que la foule, ou les éloges de la foule. Il a appris à toucher la corde la plus basse et la corde la plus haute ; mais ce que c'est que les applaudissements de la multitude, et quelle est leur importance dans notre vie, voilà ce qu'il ne sait pas, ce qu'il n'a jamais étudié. Il faut donc forcément qu'il tremble et qu'il pâlisse de peur à leur sujet.
Quand je vois quelqu'un trembler ainsi, je ne puis pas dire qu'il n'est pas musicien, mais je puis dire qu'il est autre chose encore, et non pas une seule chose, mais plus d'une. Avant tout, je l'appelle un étranger, et je dis : Cet homme ne connaît pas le pays où il est; depuis si longtemps qu'il vit parmi nous, il ignore les lois et les habitudes de notre cité, ce qui y est permis, ce qui y est défendu ; et il n'a jamais pris un jurisconsulte pour lui apprendre et lui expliquer nos institutions. Eh quoi! s'il ne savait pas rédiger un testament, il ne le rédigerait pas sans prendre quelqu'un qui le sût ; il ne s'aventurerait pas davantage à signer une garantie ou à écrire un engagement; et le voilà qui désire, qui craint, qui se porte vers les choses, qui s'efforce, qui entreprend sans l'aide d'aucun jurisconsulte! Et comment puis-je dire qu'il le fait sans l'aide d'aucun jurisconsulte? C'est qu'il ne sait pas qu'il veut ce qu'il ne lui est point donné d'avoir, et qu'il se refuse à ce qu'il ne peut éviter ; c'est qu'il ne sait pas non plus ce qui est à lui et ce qui ne l'est point. Or, s'il le savait, il n'y aurait jamais pour lui ni embarras ni contrainte, ni inquiétude. Comment y en aurait-il en effet? Redoute-t-on ce qui n'est pas un mal? Non. Mais quoi! Redoute-t-on le mal lui-même, quand il est en notre pouvoir de l'empêcher? Nullement. Si donc les choses dont nous n'avons pas le choix, ne sont ni des biens ni des maux ; si celles dont nous avons le choix dépendent toutes de nous ; si personne ne peut nous les enlever, non plus que nous les imposer quand nous n'en voulons pas, quelle place y a-t-il encore pour l'inquiétude? Ce qui nous inquiète, c'est notre corps, c'est notre bourse, c'est l'opinion de César; mais jamais notre dedans ne peut nous inquiéter. — Quoi! ne m'inquiéterai-je pas de tomber dans l'erreur? — Non ; car il dépend de moi de n'y pas tomber. — De tendre vers un but contraire à la nature? — Pas de cela non plus. Lors donc que tu vois un homme au visage fatigué, sois comme le médecin, qui dit d'après le teint : Un tel est malade de la rate, et un tel du foie. Dis, toi aussi : Le désir et l'aversion sont malades chez lui ; ils ne vont pas bien; ils sont en feu. Il n'y a jamais que cela en effet qui nous fasse changer de couleur, trembler, claquer des dents; il n'y a que cela qui fasse que les genoux nous manquent, et que nous nous affaissions sur nos deux jambes.
Aussi Zénon était-il tranquille, au moment de se trouver en présence d'Antigone ; parce que pas une des choses dont il faisait cas ne dépendait de ce dernier, et que tout ce qui dépendait de ce dernier lui était indifférent. Antigone, au contraire, n'était pas tranquille; au moment de se trouver en présence de Zénon; et ce n'était pas sans motif, car il désirait son approbation, chose dont il n'était pas le maître. Quant à Zénon, il ne désirait pas l'approbation d'Antigone : un maître ès arts ne désire jamais l'approbation d'un ignorant.
Je désire ton approbation. — Et par quoi veux-tu l'obtenir? Est-ce que tu connais les mesures au moyen desquelles un homme juge un autre homme? T'es-tu occupé de connaître ce que c'est qu'un homme de bien, ce que c'est qu'un méchant, et comment on devient l'un et l'autre? Pourquoi alors n'es-tu pas toi aussi un homme de bien?
— Comment! dit-on, je n'en suis pas un! — Non; car aucun homme de bien ne s'afflige, aucun ne gémit, aucun ne pleure; aucun ne pâlit et ne tremble en disant : Comment va-t-il m'accueillir? Comment va-t-il m'écouter? Comme il le voudra, esclave! Que t'occupes-tu des affaires des autres? N'est-ce pas à lui que sera la faute, s'il accueille mal ce qui viendra de toi? — Evidemment oui. — Mais la faute peut-elle être chez l'un, et le mal chez l'autre? — Non. — Pourquoi donc t'inquiéter des affaires d'autrui? — Tu as raison; mais ce qui m'inquiète, c'est la façon dont je lui parlerai. — Eh bien! N'es-tu pas le maître de lui parler comme tu le voudras? — Oui, mais je crains de ne pas m’en tirer. — Est-ce que si tu avais à écrire le nom de Dion, tu craindrais de ne pas t'en tirer? — Pas du tout. — Pour quelle raison, si ce n'est parce que tu as appris à écrire? — Evidemment oui. — Et si tu avais à le lire, n'en serait-il pas de même? — De même. — Pour quelle raison? C'est que toute espèce de savoir vous donne la force et la confiance dans les choses de son ressort. N'as-tu donc pas appris à parler? Et quelle autre chose as-tu apprise dans les écoles? — J'ai appris les syllogismes et les sophismes. — A quelle fin, si ce n'est de discuter en homme exercé? Et faire une chose en homme exercé, n'est-ce pas la faire avec à propos, avec certitude, avec intelligence, sans se tromper ni s'embarrasser jamais, et, en sus de tout cela, avec assurance? — Oui. — A cheval, et dans une plaine, redoutes-tu un fantassin, dans un genre de combat auquel tu es préparé, et lui non? — Soit! mais cet homme peut me tuer. — Parle donc franchement, malheureux! au lieu de faire le brave. Ne te prétends pas philosophe, et ne méconnais pas tes maîtres. Tant que tu auras ce corps par lequel tu donnes prise sur toi, obéis à tous ceux qui sont plus forts que toi.
Socrate avait vraiment appris à parler, lui qui tenait aux tyrans, aux juges et dans la prison, ce langage que vous savez. Diogène avait appris à parler, lui qui disait ce que vous savez à Alexandre, à Philippe, aux pirates, à celui qui l'avait acheté. Leur assurance venait de leur savoir. Mais toi va à tes affaires, et n'en sors plus. Va t'asseoir dans ton coin; arranges-y des syllogismes, et propose-les à d'autres. Il n'y a pas en toi l'homme qui peut conduire un peuple.
Un Romain était entré un jour avec son fils pour écouter Epictète faire une lecture : Telle est, dit le maître, la façon d'enseigner; et il se tut. Le romain le pria de dire la suite : Il n'est point d'art, dit Epictète, dont l'enseignement ne soit ennuyeux pour l'ignorant qui n'y connaît rien. Mais quant aux produits des arts, le but de leur création se révèle au premier coup d'œil, et de plus la plupart d'entre eux ont quelque chose qui séduit et agrée. C'est une triste chose que de rester là à voir comment s'apprend le métier de cordonnier; mais la chaussure a son utilité, et n'est pas d'autre part désagréable à la vue. L'enseignement du métier de charpentier aussi est peu attrayant, surtout pour l'ignorant qui y assiste par hasard ; mais l'utilité de ce métier se manifeste par ses produits. C'est ce qui se voit encore bien mieux dans la musique : assistez à une leçon, et vous trouverez que c'est le plus ennuyeux de tous les enseignements ; mais que d'agrément et de charmes dans les produits de la musique, même pour l'oreille des ignorants!
Or, voici comment nous nous représentons ici ce qu'a à faire le philosophe : il doit régler sa volonté sur les événements, si bien que rien de ce qui arrive n'arrive contre son gré, et qu'il ne désire jamais l'arrivée de ce qui n'arrive pas. Cela fait, il y gagne de ne jamais manquer ce qu'il désire, de ne jamais tomber dans ce qu'il veut éviter, de vivre, pour ce qui le regarde, sans chagrin, sans crainte, sans trouble, et, vis-à-vis de la société, en accomplissant ses devoirs naturels ou adventices, comme fils, comme père, comme frère, comme citoyen, comme mari, comme femme, comme voisin, comme compagnon de route, comme gouvernant, comme gouverné. Voilà comment nous nous représentons ce que doit faire le philosophe. Il nous reste à chercher après cela comment il arrive à le faire.
Nous voyons que c'est en apprenant certaines choses que le charpentier devient charpentier; que c'est en apprenant certaines choses que le pilote devient pilote. N'admettrons-nous donc pas ici aussi que, pour devenir un sage parfait, il ne suffit pas de vouloir, et qu'il faut encore apprendre certaines choses? Nous cherchons-donc quelles elles sont. Or, les philosophes disent que la première chose à apprendre, c'est qu'il y a un Dieu, que son intelligence s'étend d'avance sur tout l'univers, et que nous ne pouvons lui dérober non seulement nos actes, mais encore nos pensées ou nos sentiments. La seconde, c'est ce que sont les dieux; car ce qu'ils se trouveront être, il faudra que l'homme, qui veut leur plaire en leur obéissant, cherche à l'être, pour leur ressembler dans la mesure de ses forces. Si la divinité est loyale, il faudra que l'homme soit loyal; si elle est libre, il faudra qu'il soit libre; si elle est bienfaisante, il faudra qu'il soit bienfaisant; si elle a le cœur haut placé, il faudra qu'il l'ait; enfin ce sera à l'imitation de Dieu, qu'il lui faudra tout dire et tout faire.
— Par où faut-il donc commencer? — Si tu le veux bien, je te dirai qu'il faut commencer par comprendre les mots. — Ainsi donc aujourd'hui je ne comprends pas les mots? — Tu ne les comprends pas. — Comment est-ce donc que je m'en sers? — Comme ceux qui ne savent pas lire se servent des mots écrits, et les bestiaux des idées des sens. Autre est de se servir des choses, autre est de les comprendre. Si tu crois comprendre les mots, apporte-moi celui que tu voudras, le mot bien et le mot mal par exemple, et demandons-nous si nous les comprenons. Mais il est triste de se voir convaincre d'erreur, quand on a déjà un certain âge, et que peut-être on a déjà fait trois campagnes.-Je le sais bien. Et, quand tu es entré tout à l'heure chez moi, tu croyais bien n'avoir besoin de rien. Que pourrais-tu croire qui te manque en effet? Tu es riche; tu as peut-être une femme et des enfants, ainsi que de nombreux serviteurs ; César te connaît ; tu t'es fait à Rome de nombreux amis ; tu t'acquittes de ce que tu dois ; tu es en état de rendre le bien pour le bien, et le mal pour le mal. Que te manque-t-il encore? Si donc jeté montre qu'il te manque précisément ce qu'il y a de plus important et de plus essentiel pour le bonheur; que, jusqu'ici, tu t'es occupé de toute chose plutôt que de ce dont tu dois t'occuper; si j'ajoute, pour couronner le tout, que tu ignores ce que c'est que Dieu, ce que c'est que l'homme, ce que c'est que le bien, ce que c'est que le mal, peut-être me laisseras-tu te dire tout cela; mais, quand je te dirai que tu ne te connais même pas toi-même, pourras-tu me supporter, souffrir que je te le prouve, rester là en-fin? Non; tu t'en iras tout de suite, et furieux. Et cependant, quel tort t'aurai-je fait? Aucun, à moins que le miroir ne fasse du tort aux gens laids, en les montrant à eux-mêmes tels qu'ils sont; à moins qu'on ne trouve que le médecin insulte le malade, quand il lui dit : Mon ami, tu crois ne rien avoir! Tu as la fièvre. Fais diète aujourd'hui, et ne bois que de l'eau. Personne ne lui dit alors : Quelle insolence! Mais, si l'on dit à quelqu'un que ses appétits sont en feu, que ses craintes sont basses, que ses projets se contredisent, que ses volontés sont contre nature, ses opinions irréfléchies et fausses, il sort aussitôt en disait : On m'a insulté.
Le monde est comme une grande foire, où l'on amène des bêtes de somme et des bœufs pour les vendre; et où la plupart des gens viennent pour acheter ou pour vendre ; bien peu, pour se donner le spectacle de la foire, pour voir comment les choses s'y passent, en vue de quoi elles se font, quels sont ceux qui l'ont établie, et pourquoi ils l'ont fait. Ainsi en est-il de la grande foire de la vie : bon nombre de gens, semblables aux bêtes de somme, ne s'y occupent d'autre chose que du fourrage. Car, vous tous qui ne vous occupez que d'argent, de terres, d'esclaves et de magistratures, il n'y a dans tout cela que du fourrage. Bien peu parmi les hommes qui sont rassemblés ici, ont la curiosité d'examiner ce qu'est ce monde, et qui le gouverne. N'y a-t-il donc personne qui le gouverne? Comment serait-il possible qu'une ville ou une maison ne pussent subsister un seul instant sans quelqu'un qui les administrât et les conduisît, et que ce grand et magnifique ensemble fût maintenu dans un si bel ordre par les caprices du hasard? Il y a donc quelqu'un qui le régit. Quel est ce quelqu'un, et comment le régit-il? Qui sommes-nous, nous qui sommes nés de lui, et qu'avons-nous à faire? Y a-t-il un lien entre lui et nous? Sommes-nous, ou non, en rapports avec lui? Voilà les pensées de ce petit nombre, qui ne songe d'ailleurs qu'à une chose, à quitter la foire après l'avoir bien regardée. Mais quoi! le vulgaire se moque d'eux! C'est qu'en effet, à la foire, les marchands se moquent des simples spectateurs; et que les bêtes de somme, si elles avaient l'intelligence, se moqueraient de ceux qui attachent du prix à autre chose qu'au fourrage.
Sur les gens qui persistent obstinément dans ce qu'ils ont décidé
Il est des gens qui, pour avoir entendu dire qu'il faut être ferme, que notre faculté de juger et de vouloir est de sa nature indépendante et libre, que tout le reste, pouvant être entravé ou contraint, est esclave et ne nous appartient pas, s'imaginent qu'ils doivent persister obstinément dans toutes les décisions qu'ils ont pu prendre. Mais, avant tout, il faut que ta décision soit saine. Je veux que ton corps ait de la force, mais une force due à la santé et au travail. Si la force que tu m'étales est celle de la frénésie, et si tu t'en vantes, je te dirai : Mon ami, cherche un médecin ; ce n'est pas là de la force, mais un manque de force à un autre point de vue. Tel est au moral l'état de ceux qui comprennent mal les préceptes dont nous parlions. C'est ainsi qu'un de mes amis résolut, sans aucun motif.de se laisser mourir de faim. Je l'appris, quand il y avait déjà trois jours qu'il s'abstenait de manger; j'allai le trouver, et lui demandai ce qu'il y avait. Je l'ai résolu, me dit-il. — Mais quel est le motif qui t'y a poussé? Car, si ta résolution est raisonnable, nous allons nous asseoir près de toi, et t'aider à sortir de cette vie; mais, si elle est déraisonnable, changes-en. — Il faut être ferme dans ses décisions. — Que dis-tu là, mon ami? Il faut être ferme, non dans toutes ses décisions, mais dans celles qui sont raisonnables. Quoi! si, par un caprice, tu avais décidé qu'il faisait nuit, tu ne changerais pas, tu persisterais en disant : Je persiste dans mes décisions!! Que fais-tu, mon ami? Il ne faut pas persister dans toutes. Ne consentiras-tu pas à poser d'abord solidement ta base et tes fondements, à examiner si ta décision est bonne ou mauvaise, avant de lui faire porter le poids de ta fermeté et de ta constance? Si les fondements que tu poses sont défectueux et sans solidité, plus ce que tu y établiras sera fort et massif, plus ce sera prompt à s'écrouler. Vas-tu, sans aucune raison, nous enlever un homme que la vie a fait notre ami et notre compagnon, notre concitoyen dans la grande comme dans la petite patrie? Tu commets un meurtre, tu tues un homme qui n'a fait aucun mal, et tu dis : Je suis ferme dans mes décisions! Mais, s'il te venait là volonté de me tuer, serait-ce un devoir pour toi d'être ferme dans ta décision?
Notre homme se laissa dissuader, mais non sans peine ; et, de nos jours, il en est plus d'un qu'on ne peut faire changer. Aussi, crois-je savoir aujourd'hui ce que j'ignorais auparavant, le sens de ce dicton : On ne persuade pas plus un sot qu'on ne le brise. Dieu me préserve d'avoir pour ami un philosophe qui ne soit qu'un sot! Il n'y a rien de plus difficile à manier. — J'ai décidé, dit-il! — Mais les fous aussi décident; et plus ils persistent dans leurs décisions erronées, plus précisément ils ont besoin d'ellébore. Ne consentiras-tu pas à te conduire comme un malade, à appeler le médecin? Je suis malade, maître (lui dit-on) : viens à mon secours; examine ce que je dois faire; je n'ai, moi, qu'à t'obéir. De même ici : Je ne sais pas ce que je dois faire (devrait-on lui dire) ; je suis venu pour l'apprendre. Au lieu de cela, on lui dit : Parle-moi d'autre chose ; quant à cette question-là, je suis décidé. — Et de quelle autre chose veux-tu qu'on te parle? Car qu'y a-t-il de plus important et de plus utile que de te convaincre qu'il ne suffit pas d'avoir décidé et de ne point varier dans sa décision? C'est le déploiement de force d'un fou et non pas d'un homme de bon sens. — Je suis résolu à mourir, si tu veux me contraindre à cela! — Pourquoi, mon ami? Qu'est-il arrivé? — Je l'ai décidé! — Je suis bien heureux que tu n'aies pas décidé de me tuer! — Je ne veux pas de ton argent! — Pourquoi? — Je l'ai décidé. — Sache donc que la force que tu déploies pour refuser, rien ne garantit que tu ne la déploieras pas un jour pour prendre avec aussi peu de raison, et que tu ne diras pas encore : J'ai décidé. Dans le corps d'un malade qu'assiègent les rhumatismes, les humeurs se portent tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; de même une âme faible se porte d'un côté sans savoir pourquoi; puis, quand à cette inclinaison et à ce mouvement vient s'ajouter la force, il n'y a plus contre le mal qui en résulte ni secours ni remède.
Nous ne nous préparons pas aux jugements que nous portons sur les choses bonnes et mauvaises
Où est le bien? Dans notre libre arbitre. Où est le mal? Dans notre libre arbitre? Quelles sont les choses indifférentes? Celles qui ne relèvent point de notre libre arbitre. Mais quoi! hors de l'école, est-il quelqu'un qui se souvienne de ces principes? Est-il quelqu'un qui se prépare à répondre d'après ce système aux questions que lui posent les choses, comme on répond aux interrogations. Est-il jour? —Oui. —Eh bien! est-il nuit? —Non. — Eh bien! les astres sont-ils en nombre pair? — Je n'en sais rien. Quand de l'argent se présente à toi, es-tu préparé à répondre, comme tu le dois, que ce n'est pas un bien? T'es-tu exercé à ces réponses? Ou ne t'es-tu exercé qu'aux discussions de l'école? Pourquoi donc t'étonner de te surpasser toi-même dans les choses pour lesquelles tu t'es préparé, et de rester embarrassé dans celles pour lesquelles tu ne t'es pas préparé? Pourquoi l'orateur, qui est sûr d'avoir écrit de belles choses et de s'être gravé dans la mémoire ce qu'il a écrit, qui de plus apporte à la tribune une voix agréable, est-il pourtant dans l'inquiétude? C'est qu'il ne lui suffit pas de prononcer son discours? Que veut-il donc encore? Il veut être loué par les assistants. Or, il a étudié pour être en état de prononcer son discours, mais au sujet de la louange et du blâme, il n'a rien étudié. De qui a-t-il appris ce que c'est que la louange, ce que c'est que le blâme, quelle est la nature de l'un et de l'autre, quelles sont les louanges qu'il faut rechercher, quel est le blâme qu'il faut fuir? Quand s'est-il adonné au genre d'étude qui répond à toutes ces questions? Pourquoi donc t'étonner qu'il soit supérieur aux autres dans les choses qu'il a apprises, et que dans celles qu'il n'a pas étudiées il soit ce qu'est le vulgaire?
C'est ainsi que le joueur de harpe qui sait jouer de la harpe, qui chante bien, et qui a une belle tunique, ne se présente pourtant qu'en tremblant. C'est qu'il sait son métier, mais qu'il ne sait pas ce que c'est que la foule, ce que sont ses clameurs, ce que sont ses moqueries. Il ne sait même pas ce que c'est que l'inquiétude ; si elle est l'œuvre d'autrui ou la nôtre; si on peut ou non la faire cesser. Aussi, qu'on l'applaudisse, et il sort gonflé d'orgueil; mais, que l'on se moque de lui, c'est un ballon que l'on pique et qui s'aplatit.
Il en est à peu près de même de nous. De quoi faisons-nous cas? Des choses extérieures. A quoi nous attachons-nous? Aux choses extérieures. Pouvons-nous bien nous demander après cela d'où viennent nos craintes et nos tourments? Que peut-il arriver, en effet, quand nous regardons comme des maux ce qui se prépare pour nous? Est-ce qu'alors il nous est possible de ne pas craindre; possible de ne pas nous tourmenter? Seigneur Dieu, disons-nous après cela, faites que je n'aie point de tourments! Imbécile! n'as-tu pas des doigts? Et n'est-ce pas Dieu qui te les a donnés? Assieds-toi, et prie-le d'empêcher tes narines de couler! Mouche-toi plutôt, et ne lui fais pas de reproches. Pour le cas présent aussi ne t'a-t-il rien donné? Ne t'a-t-il pas donné la patience? Ne t'a-t-il pas donné l'élévation de l'âme? Ne t'a-t-il pas donné le courage? Voilà des doigts! Et, quand tu les as, chercheras-tu encore quelqu'un pour te moucher? Mais nous ne songeons pas à ces ressources; nous n'en tenons point compte! Car présentez-moi quelqu'un qui songe à la façon dont il fera quelque chose ; qui se préoccupe, non point d'un objet à obtenir, mais de la conduite qu'il tiendra. Qui donc, en se promenant, se préoccupe de sa manière de se promener? Qui donc, quand il délibère avec lui-même, se préoccupe de sa délibération même, et non pas des moyens de réussir dans ce sur quoi il délibère? S'il réussit, le voilà fier, et il dit : Comme nous avons su prendre le bon parti! Ne te disais-je pas, frère, qu'il n'est pas possible, quand nous avons réfléchi à une affaire, qu'elle ne tourne pas comme cela? Mais, s'il ne réussit point, voilà notre malheureux à bas, et qui ne trouve plus un mot à dire sur ce qui est arrivé. Quel est celui de nous qui consulte jamais les devins sur ce point? Quel est celui qui ne s'endort tranquillement sur ses actes? Quel est-il? Présentez-m'en un seul, pour que je voie l'homme que je cherche depuis si longtemps, l'homme qui est vraiment de noble race et d'une nature d'élite. Qu'il soit jeune ou vieux, présentez-le moi.
Comment donc s'étonner que nous nous connaissions si bien aux choses extérieures, et que dans nos actes il n'y ait que bassesse, impudence, absence de toute valeur, lâcheté, négligence, rien de bon en somme? C'est que nous n'en avons ni soin ni souci. Si nous avions peur, non point de la mort et de l'exil, mais de la peur elle-même, c'est elle que nous tâcherions d'éviter à titre de mal. Aujourd'hui dans l'école, nous avons du feu et de la langue, et, quand une de ces questions se présente, nous nous entendons à la traiter tout du long. Mais fais-nous passer à l'application, quels pauvres naufragés tu trouveras! Qu'il se présente un objet propre à nous troubler, et tu verras ce à quoi nous nous sommes préparés, ce à quoi nous nous sommes exercés! Aussitôt, faute de préparation, nous nous grossissons les objets qui nous entourent, et nous nous les figurons d'autre taille qu'ils ne sont. Quand je suis sur un navire, si mes yeux plongent dans l'abîme, ou si je considère la mer qui m'entoure, en n'apercevant plus la terre, je me trouble à l'instant, et je me représente que, si je faisais naufrage, il me faudrait boire toute cette mer; et il ne me vient pas à l'esprit qu'il suffit de trois setiers pour me suffoquer. Qu'est-ce qui me trouble donc ici? Est-ce la mer? Non ; mais ma façon de voir. De même, quand arrive un tremblement de terre, je me représente toute la ville tombant sur moi. Mais ne suffit-il pas d'une petite pierre, pour faire jaillir ma cervelle?
Qu'est-ce donc qui cause nos chagrins et nos désespoirs? Qu'est-ce, si ce n'est nos façons de voir? Lorsque nous nous éloignons, que nous nous séparons de nos compagnons, de nos amis, des lieux et des gens dont nous avons l'habitude, quelle est la cause de notre chagrin, si ce n'est nos façons de voir? Les enfants pleurent, dès que leur nourrice les quitte tant soit peu; mais qu'on leur donne une friandise, et les voilà qui l'oublient. — Veux-tu donc que nous ressemblions aux enfants? —Non, par Jupiter! car je ne veux pas que ce soit quelque friandise, mais la rectitude de nos jugements, qui produise sur nous cet effet. Quels sont donc les jugements droits? Ceux que l'homme doit méditer tout le jour, pour ne s'attacher à rien de ce qui n'est pas à lui, ni à un ami, ni à un lieu, ni à un exercice, ni à son corps lui-même; pour se souvenir de la loi, et l'avoir toujours devant les yeux. Quelle est donc la loi de Dieu? Veiller sur ce qui est à nous, et ne pas désirer ce qui n'est pas à nous; user de ce que l'on nous donne ; ne pas regretter ce qu'on ne nous donne pas; rendre de nous-mêmes et sans difficulté ce que l'on nous enlève, en sachant gré du temps pendant lequel nous nous en sommes servis, à moins que nous ne voulions pleurer après notre nourrice et après le sein. Qu'importe, en effet, quel est ton maître et de qui tu dépends! En quoi vaux-tu mieux que celui qui pleure pour une femme, si tu te désoles pour un gymnase, pour un portique, pour quelques jeunes gens, pour tout autre espèce de passe-temps? Un tel nous arrive en pleurant, parce qu'il ne peut plus boire de l'eau de Dircé. Est-ce que l'eau de la fontaine Marcia vaut moins que celle de Dircé? — Non; mais j'avais l'habitude de celle-là. — Eh bien! tu prendras l'habitude de celle-ci à son tour. Puis, quand tu t'y seras attaché, pleure aussi pour elle, et cherche à faire un vers dans le genre de ceux d'Euripide : Les thermes de Néron, la fontaine de Marcia!
C'est comme cela que naissent les drames, quand les moindres accidents arrivent aux imbéciles!
— Quand donc reverrai-je Athènes et l'Acropole? — Malheureux, ne te suffit-il pas de ce que tu vois chaque jour? Peux-tu voir quelque chose de plus beau, de plus grand que le soleil, la lune, les astres, et la terre, et la mer? Si tu comprends la pensée de celui qui gouverne l'univers, si tu le portes partout en toi-même, peux-tu regretter encore quelques cailloux et la beauté d'une roche? Que feras-tu donc, quand il te faudra quitter le soleil et la lune? T'assiéras-tu à pleurer, comme les enfants?
Que faisais-tu donc à l'école? Qu'est-ce que tu y entendais? Qu'est-ce que tu y apprenais? Pourquoi te dis-tu philosophe, quand tu pourrais dire ce qui est: J'ai écrit des introductions; j'ai lu les ouvrages de Chrysippe ; mais sans franchir le seuil de la philosophie. Qu'ai-je, en effet, de ce qu'avait Socrate, qui a vécu et qui est mort comme vous le savez? Qu'ai-je de ce qu'avait Diogène? Crois-tu donc, en effet, que l'un des deux pleurât ou s'emportât, parce qu'il ne devait plus voir un tel ou une telle, être à Athènes ou à Corinthe, mais, si le sort le voulait, à Suze ou à Ecbatane? Celui qui peut, lorsqu'il le voudra, se retirer du festin et cesser de jouer, peut-il être triste pendant qu'il y reste? Ne reste-t-il pas au jeu seulement le temps qui lui plaît? C'est bien un homme tel que toi qui saurait supporter un exil éternel ou une condamnation à mort!
Ne veux-tu pas, comme les enfants, cesser enfin de téter, et prendre une nourriture plus forte, sans pleurer après le sein de tes nourrices et sans te lamenter comme une vieille femme? — Mais en les quittant je leur ferai de la peine! — Ce n'est pas toi qui leur en fera, mais, pour elles comme pour toi, ce sont vos manières de voir qui vous en feront. Qu'as-tu donc à faire? Rejette tes façons de voir; et ces femmes aussi, si elles font bien, rejetteront les leurs. Si non, ce sera leur faute si elles pleurent. Homme, renonce à tout, suivant le proverbe, pour être heureux, pour être libre, pour avoir l'âme grande. Porte haut la tête ; tu es délivré de la servitude. Ose lever les yeux vers Dieu, et lui dire : Fais de moi désormais ce que tu voudras; je me soumets à toi; je t'appartiens. Je ne refuse rien de ce que tu jugeras convenable; conduis-moi où il te plaira; revêts-moi du costume que tu voudras. Veux-tu que je sois magistrat ou simple particulier? Que je demeure ici ou que j'aille en exil? Que je sois pauvre ou que je sois riche? Je te justifierai de tout devant les hommes; je leur montrerai ce qu'est en elle-même chacune de ces choses. Autrement, assieds-toi sur un ventre de bœuf, et attends-y que ta nourrice vienne te rassasier.
Si Hercule fût demeuré dans sa maison, qu'aurait-il été? Eurysthée, et non pas Hercule. Eh bien!, dans ses courses à travers le monde, combien n'a-t-il pas eu de compagnons et d'amis! Mais jamais il n'a rien eu de plus cher que Dieu ; c'est par là qu'il s'est fait regarder comme fils de Jupiter; c'est par là qu'il l'a été. C'est pour lui obéir, qu'il s'en est allé partout, redressant les iniquités et les injustices. Diras-tu que tu n'es pas Hercule, et que tu ne peux redresser les torts faits aux autres? Que tu n'es pas même Thésée, pour redresser ceux qu'on fait à l'Attique? Eh bien! remets l'ordre chez toi : chasse de ton cœur, au lieu de Procuste et de Scyron, la tristesse, la crainte, la convoitise, l'envie, la malveillance, l'avarice, la mollesse, l'intempérance. Tu ne pourras les en chasser, qu'en tournant tes regards vers Dieu seul, qu'en t'attachant à lui seul, qu'en te dévouant à l'exécution de ses commandements. Si tu ne veux pas le faire, tu suivras avec des larmes et des gémissements ceux qui seront plus forts que toi ; tu chercheras le bonheur hors de toi, et tu ne pourras jamais le trouver. Car tu auras renoncé à le chercher où il est, pour le chercher où il n'est pas.
Comment doit-on appliquer les notions a priori aux faits particuliers?
Quel est le premier devoir d'un philosophe? De bannir de son esprit les simples croyances. Car ce que l'on croit savoir, il est impossible de se mettre à l'apprendre. Or, nous allons tous chez les philosophes en parlant à tort et à travers de ce que l'on doit faire ou ne pas faire, du bien et du mal, du beau et du laid. A propos de toutes ces choses, nous louons, nous blâmons, nous critiquons, nous accusons, prononçant et discourant sur les occupations honorables ou honteuses. Pourquoi donc alors allons-nous trouver les philosophes? Pour apprendre ce que nous ne croyons pas savoir. Et qu'est-ce que nous ne croyons pas savoir? La Logique. Car nous voulons apprendre ce dont parlent les philosophes; les uns parce que nous trouvons ces choses-là jolies et fines, les autres pour en faire de l'argent. Or, il est ridicule de croire que, voulant apprendre une chose, c'est une autre que l'on apprendra, ou bien encore que l'on fera des progrès dans les choses que l'on n'apprend pas.