Salammbô (page 28)
(*) Page 198, ligne 5. Les quinze mille autour du pont furent surpris de voir, etc.
LXXVI. À cette vue, Spendius avec ses soldats se porta contre Hamilcar (*),
(*) Page 199, ligne 19. Spendius barbouilla ses joues, etc. et courut après sa troupe etc.
cependant que ceux qui gardaient la ville à la tête du pont, au nombre de dix mille environ, et ceux qui venaient d’Utique au nombre de quinze mille, se joignaient à lui (*).
(*) Page 199, ligne 22. Sa troupe qui se hâtait vers celle d’Utique.
Ils prirent à peine le temps d’opérer leur jonction (*)
(*) Page 199, ligne 24. Elles se rejoignirent toutes les deux si rapidement…
et, persuadés qu’ils avaient cerné Hamilcar, ils se consultèrent, s’encouragèrent et commencèrent l’attaque.
Lui, cependant, continuait à avancer : les éléphants venaient en tête, puis la cavalerie, puis les fantassins et en arrière-garde les soldats lourdement chargés (*).
(*) Page 199, ligne 26. Les éléphants s’arrêtèrent ; au fond de leurs intervalles, on distinguait les vélites ; plus loin, etc.
Et tout à coup, lorsqu’il vit les Barbares, emportés par leur élan, accourir sur lui, il commanda à toutes ses troupes de faire volte-face (*) ;
(*) Page 200, § 3. Mais quand on fut à trois cents pas, etc,
les premières lignes se replièrent précipitamment tandis qu’une conversion s’opérait à l’arrière-garde et portait peu à peu celle-ci en contact avec l’ennemi.
Les Africains et les Mercenaires, croyant que les Carthaginois se débandaient pour prendre la fuite, rompirent les rangs, se jetèrent sur eux et en vinrent résolument aux mains. Mais voici que la cavalerie, tournant bride subitement, vint se ranger auprès des premières lignes ; voici que le reste de l’armée d’Hamilcar revenait au combat ; à cette vue, les Barbares, surpris par la manœuvre, au milieu de leur poursuite désordonnée, en furent réduits à la déroute : les uns, se rejetant sur ceux qui les suivaient, les entraînaient avec eux dans leur perte ; les autres, et ce furent les plus nombreux, furent écrasés par les éléphants ou anéantis par la cavalerie (*).
(*) Pages 201 et suiv.
Il resta sur le terrain près de six mille Libyens et étrangers (*) ;
(*) Page 214, ligne 18. On se répétait qu’il y avait eu six mille Barbares de tués.
deux mille environ furent faits prisonniers (*) ;
(*) Page 214, § 2. Pour éblouir le peuple, Hamilcar avait envoyé à Carthage les deux mille captifs.
les autres s’en furent, qui dans la ville construite près du pont, qui dans le camp établi devant Utique. Quant à Hamilcar, après cette bataille il s’attacha aux pas de ses ennemis, s’empara de la ville placée à la tête du pont, en rejeta les défenseurs dans Tunis, puis parcourut le pays en vainqueur, reçut la soumission de plusieurs places, et força plusieurs autres à capituler (*).
(*) Cf l’énumération des places page 213.
Il rendit ainsi aux Carthaginois un peu d’énergie et de courage et fit renaître en eux l’espoir qu’ils avaient perdu.
LXXVII. Cependant, Mathos restait devant Utique, dont il continuait le siège ; il recommanda à Autarite, le chef des Gaulois, et à Spendius de ne pas perdre de vue Hamilcar : ils devaient fuir les plaines, à cause du grand nombre de chevaux et d’éléphants dont disposait l’ennemi, et suivre le pied des montagnes pour fondre sur les Carthaginois à la première occasion (*).
(*) Page 217.
En même temps il envoya demander des renforts aux Numides et aux Libyens, en les suppliant de ne pas laisser passer une occasion si favorable à la conquête de leur liberté. Spendius leva donc, sur les diverses nations qu’il avait sous ses ordres, à Tunis, une troupe d’environ six mille hommes, et se mit à suivre les Carthaginois dans leurs évolutions, en utilisant la montagne. Il avait également avec lui les Gaulois d’Autarite, environ deux mille hommes ; le reste des Mercenaires gaulois avait, jadis, lors du siège d’Eryx, passé aux Romains. Hamilcar venait de s’arrêter dans une plaine que des montagnes entouraient de toutes parts, lorsque précisément les troupes de renfort, envoyées aux Barbares par les Numides et les Libyens, firent leur jonction avec celles de Spendius (*).
(*) Page 221, ligne 33. Tout à coup de grands panaches se levèrent… c’était l’armée de Spendius.
De sorte qu’Hamilcar se trouva subitement dans la position suivante : en face de lui, les Libyens ; derrière lui, les Numides ; sur ses flancs, Spendius (*). Il était malaisé d’en sortir.
(*) Page 222, § 1.
LXXVIII. Or il y avait, en ce temps-là, un chef Numide du nom de Naravas, guerrier plein de valeur et l’un des plus considérables parmi les siens ; il avait toujours éprouvé pour Carthage une affection que lui avait léguée son père et qui, dans les circonstances présentes, s’était accrue de l’admiration que lui inspirait Hamilcar. Il jugea le moment venu de renouer avec lui et d’engager des pourparlers ; accompagné d’une centaine de Numides, il se rendit au camp d’Hamilcar et, arrivé au pied des retranchements, s’arrêta et fit signe de la main (*).
(*) Page 273, ligne 9. Tout à coup, Narr’Havas marcha résolument vers une sentinelle, etc.
Intrigué, le général lui dépêcha un de ses cavaliers ; Naravas répondit qu’il désirait parler à Hamilcar. Puis, tandis qu’Hamilcar hésitait encore, il remit ses armes (*)
(*) Ibid. Il jeta son épée, sa lance, ses javelots et disparut au milieu des Carthaginois.
et sa monture entre les mains de ses compagnons et pénétra hardiment dans le camp. Une telle audace plongea les assistants dans un étonnement voisin de la stupeur. Enfin ils le reçurent et le conduisirent auprès d’Hamilcar. Naravas prit la parole : Il aimait tous les Carthaginois, mais, surtout, il désirait devenir l’ami de Barca ; il venait lui offrir son alliance, prêt à s’associer, avec un dévouement absolu, à toutes ses entreprises comme à tous ses projets (*).
(*) Page 273.
La confiance dont le jeune chef avait témoigné en se rendant au camp, autant que la franchise de ses paroles, charmèrent si fort Hamilcar, que, non content d’accepter l’offre de son alliance, il lui promit de lui donner sa fille (*),
(*) Page 275, § 4. En récompense des services que tu m’as rendus, Narr’Havas, je te donne ma fille, etc.
si Naravas restait fidèle à Carthage. Leur arrangement conclu, Naravas revint, à la tête des Numides, dont il était le chef ; ils étaient environ deux mille. Ayant reçu ce renfort, Hamilcar se prépara à combattre. De son côté, l’armée de Spendius rejoignit celle des Libyens et, abandonnant les hauteurs pour la plaine, ils offrirent la bataille aux Carthaginois (*).
(*) Page 272, § 4.
Ce fut une terrible mêlée ; mais Hamilcar en sortit victorieux, grâce à l’impétuosité des éléphants et surtout à l’appui de Naravas, qui rendit ce jour-là d’immenses services. Autarite et Spendius durent prendre la fuite ; près de dix mille hommes restèrent sur le terrain ; Carthage fit quatre mille prisonniers (*).
(*) Cf. chap. XII.
Après la victoire, Hamilcar autorisa ceux d’entre eux qui voulaient s’enrôler parmi ses troupes à rester auprès de lui (*)
(*) Page 282, ligne 7. Le Suffète avait proposé à tous les captifs de servir dans ses troupes.
et il leur donna, pour équipement, des dépouilles enlevées à l’ennemi (*).
(*) Page 282, ligne 13… on leur avait distribué les armes de l’ennemi.
Quant au reste des prisonniers, il les réunit et leur déclara qu’il leur accordait rémission de leur crime et qu’ils pouvaient se retirer où bon leur semblerait. Il leur faisait seulement défense de reprendre les armes contre Carthage, sous peine, s’ils retombaient entre ses mains, d’être châtiés impitoyablement (*).
(*) Page 282, ligne 10. Il les avait renvoyés, en leur ordonnant de ne plus combattre Carthage.
LXXIX. Il arriva qu’à la même époque, en Sardaigne, les Mercenaires que Carthage entretenant dans l’île suivirent l’exemple de Mathos et de Spendius : ils se soulevèrent contre les Carthaginois. Ils commencèrent par emprisonner dans la citadelle le commandant des troupes auxiliaires, un certain Bostar, puis ils le mirent à mort en même temps que ses compatriotes. La République expédia en Sardaigne des troupes, avec Hannon comme général ; mais ces troupes firent elles-mêmes défection et passèrent aux rebelles ; les Mercenaires se saisirent d’Hannon, le mirent en croix (*)
(*) [Flaubert a expliqué dans sa lettre à Sainte-Beuve, les raisons qui l’ont porté, « par amour de la clarté », à « fausser l’histoire » quant à la mort d’Hannon.] Voir Correspondance, III, p. 332.
et finirent par exterminer tous les Carthaginois de Sardaigne avec une cruauté inouïe et après leur avoir infligé les supplices les plus raffinés (*).
(*) Page 283, ligne 4. On les rangea par terre, etc.
En peu de temps, ils se rendirent maîtres de toutes les places et gouvernèrent le pays sans partage, jusqu’au jour où les Sardes les rejetèrent en Italie. C’est ainsi que Carthage perdit la Sardaigne, si considérable par l’étendue de son territoire, sa population et ses richesses. Cependant Mathos, Spendius et le Gaulois Autarite (*)
(*) Page 285, ligne 3. Enfin, les trois chefs et le Shalischim se demandèrent…
n’avaient pas vu sans inquiétude Hamilcar se montrer si clément envers les prisonniers ; attirés par des procédés de ce genre, les Africains et les autres Mercenaires n’allaient-ils pas se tourner vers Carthage et profiter de l’asile qu’elle leur offrait ? Il importait donc de trouver quelque expédient nouveau qui excitât jusqu’à outrance la haine de leur soldatesque contre Carthage (*).
(*) Page 285, ligne 12. Donc, ils devaient poursuivre la guerre à outrance, etc.
À cet effet, ils réunirent leurs hommes et amenèrent au milieu d’eux un prétendu courrier qui leur était soi-disant envoyé par leurs compagnons de Sardaigne (*).
(*) Page 285, ligne 17. Deux heures après, un homme qui arrivait du côté d’Hippo-Zaryte, etc.
La lettre dont ce courrier était porteur leur recommandait de surveiller étroitement Giscon et les siens, dont ils s’étaient saisis traîtreusement à Tunis, comme nous l’avons dit ; il fallait faire bonne garde, car on savait que les Carthaginois avaient noué des intelligences dans le camp des Mercenaires pour délivrer leurs prisonniers (*).
(*) Page 285. (Les soldats grecs de la Sardaigne) recommandaient à leurs compagnons d’Afrique de surveiller Giscon avec les autres captifs, etc.
Aussitôt Spendius d’exhorter les Barbares (*) :
(*) Page 286, § 3. Spendius lut d’abord la lettre, etc.
« Gardez-vous, leur dit-il, de vous laisser prendre à la clémence qu’Hamilcar a affecté de témoigner envers les captifs ; ce n’est pas pour les sauver qu’il les a ménagés, c’est dans espoir de faire venir à lui, par l’appât de cette générosité même, tout le reste de notre armée (*) :
(*) Page 286, § 4. La douceur du Suffète était un appât pour les prendre, etc.
de la sorte, ce n’est pas sur quelques têtes seulement qu’il fera tomber sa vengeance, mais sur nous tous, et voilà où notre crédulité nous conduirait. Méfiez-vous donc, ajouta-t-il ; en laissant fuir Giscon, vous ne gagnerez que le mépris de vos adversaires et vous sacrifierez en même temps vos intérêts ; c’est un personnage considérable, un général valeureux : il sera votre plus dangereux ennemi. »
Et pendant qu’il parlait de la sorte, voici que parut un second courrier ; il se disait envoyé par les gens de Tunis (*) :
(*) Page 286, § 2. Mais le lendemain… un second coureur parut…
les conseils dont il était porteur étaient les mêmes que ceux qui venaient de Sardaigne.
LXXX. Autarite le Gaulois prit la parole : « Il n’y a pour nous, dit-il, qu’un moyen de salut, c’est d’abandonner tout espoir en Carthage. Quiconque attend quelque chose de la générosité de ces gens, ne saurait être un allié véritable. Ceux qu’il faut croire, ceux qu’il faut écouter, ceux à qui il faut obéir, ce sont ceux qui vous proposeront contre Carthage les extrémités les plus violentes et les plus impitoyables ; les autres, vous les traiterez en ennemis et en traîtres (*) ».
(*) Page 287, § 3. Un seul (projet) peut nous perdre ! pas de pitié ! On reconnaîtra les bons à la vitesse de leurs jambes et à la force du coup.
Il termina par cette exhortation : « Quant à Giscon et aux autres prisonniers que nous avons faits depuis, qu’ils périssent sur la croix ! (*) »
(*) Page 287, ligne 10. Le supplice des captifs était un jeu d’enfants. Pourquoi donc les épargner, etc.
Il était écouté dans les assemblées, parce que la plupart comprenaient ses paroles ; à vivre depuis si longtemps dans les armes, il avait appris le phénicien, et la majeure partie des soldats entendaient suffisamment cette langue, qu’ils avaient eu le temps d’apprendre pendant la dernière campagne. Sa harangue eut un immense succès, et il se retira sous les applaudissements. Cependant, un grand nombre de capitaines des diverses nations se précipitèrent en souvenir de la bienveillance que Giscon leur avait jadis témoignée, ils voulaient s’élever contre ce supplice de la croix (*).
(*) Page 288, ligne 2. … gênés par de vieux souvenirs, ils se tenaient à distance…
Mais il était impossible de saisir ce qu’ils disaient, car chacun parlait dans sa langue et, lorsqu’on eut compris que ce qu’ils demandaient c’était un adoucissement au supplice, un assistant cria : « Frappe » et aussitôt on lapida ces téméraires. Leurs amis les relevèrent, déchirés comme par des bêtes.
Quant à Giscon et aux autres prisonniers, au nombre d’environ sept cents, les gens de Spendius se saisirent d’eux, les entraînèrent hors des retranchements et, arrivés en vue du camp carthaginois, leur coupèrent d’abord les mains. Ce même Giscon que, peu de temps auparavant, ils préféraient à tous les autres Carthaginois, qu’ils appelaient leur bienfaiteur et avaient pris pour arbitre, c’est par qui qu’ils commencèrent le supplice (*).
(*) Cf. page 288.
On les mutila, on les mit à la torture, on leur cassa les jambes (*),
(*) Page 268, ligne 27… à coups de barres d’airain leur avaient cassé les jambes…
et, vivants encore, on les jeta dans une fosse (*).
(*) Page 268, ligne 28. Et ils périssaient tous, pêle-mêle, dans une fosse…
LXXXI. C’était, pour les Carthaginois, un malheur affreux et irréparable ; ils en reçurent la nouvelle avec une douleur indignée et mandèrent à Hamilcar et à Hannon, leur autre général, de les assister dans leur malheur et de venger les suppliciés.
En même temps, ils envoyèrent des hérauts aux rebelles, pour leur demander la permission d’enlever leurs morts (*).
(*) Page 288, § 5. Bientôt…deux étendards… signe convenu pour réclamer les cadavres…
Les Barbares refusèrent et les avertirent même de ne leur envoyer à l’avenir ni hérauts ni ambassadeurs, parce qu’ils leur infligeraient le même sort qu’à Giscon (*).
(*) Page 288, § 6. et que l’on renverrait les parlementaires avec les mains coupées.
Ils arrêtèrent ensuite de mettre à mort tout Carthaginois qui tomberait en leur pouvoir et, quant aux alliés de la République, de leur couper les mains et de les renvoyer dans cet état à Carthage ; ils ne manquèrent pas de le faire dans la suite…
LXXXII. Alors Hamilcar, cruellement anxieux devant tant d’atrocités, appela auprès de lui Hannon ; il espérait que les deux armées réunies viendraient plus facilement à bout des Barbares (*).
(*) Page 289, ligne 23, et page 290, ligne 8. … il ordonnait qu’on lui expédiât une autre armée. … Hannon en avait accepté le commandement…
Désormais, tout ennemi pris sur le champ de bataille, il le ferait tuer sans désemparer, et tout captif qu’on lui amènerait, il le ferait jeter aux bêtes (*) ;
(*) Page 289, ligne 19. Il prit la résolution d’être impitoyable.
il n’apercevait qu’un moyen d’en finir, c’était l’extermination.
Or, au moment même où les Carthaginois auraient pu se flatter des espérances les plus sérieuses, un coup terrible et imprévu allait les atteindre. À peine réunis, les deux généraux en vinrent à un tel degré de désaccord que, non contents de laisser échapper les occasions de battre l’ennemi, ils lui permirent, bien des fois, de prendre sur eux l’avantage ; tant était ardente la rivalité qui les animait (*).
(*) Page 290, § 1. Hannon se contentait… Sa jalousie l’empêchait de secourir le Suffète…
Avertie de ce dissentiment, la République ordonna que l’un des deux généraux serait rappelé ; celui que les troupes préféreraient resterait à leur tête (*).
(*) Page 290, ligne 34. Hamilcar écrivit au Grand Conseil de l’en débarrasser…
Ces malheurs ne furent pas les seuls : la ville d’Empories avait expédié par mer un convoi de vivres et de provisions que l’on attendait avec la plus vive impatience ; il fut assailli par une tempête et englouti dans les flots (*).
(*) Page 291, § 2. Mais trois jours après, une flotte qui venait de la Byzacène, apportant des vivres à Carthage, sombra dans une tempête.
De plus, nous avons vu que la Sardaigne avait secoué le joug de Carthage et c’était une île qui, plus d’une fois, dans des circonstances critiques, avait rendu à la République des services considérables (*).
(*) Page 291, § 2. Comme si ce n’était pas assez d’infortunes à la fois, on apprit que les Mercenaires de la Sardaigne, etc.
Enfin, calamité plus grande encore, Hippone et Utique, les seules villes d’Afrique qui eussent soutenu loyalement la guerre, qui avaient, jadis, repoussé les assauts d’Agathocle et ceux des Romains et qui, en aucun temps, n’avaient fomenté contre Carthage, Hippone et Utique passèrent à l’ennemi (*).
(*) Page 291, § 3 et 4. Alors les citoyens d’Hippo-Zaryte… Utique endurait…
Bien plus, elles ne se contentèrent pas de trahir : elles affichèrent subitement pour les Mercenaires une affection et un zèle absolus, et pour Carthage, une haine et une colère implacables (*).
(*) Page 292, ligne 2. Dès lors les deux villes syriennes montrèrent à leurs nouveaux amis un opiniâtre dévouement et à leurs anciens alliés une haine inconcevable.
Elles commencèrent en effet par massacrer les soldats que la République avait envoyés à leur secours, environ cinq cents hommes, avec leur général, puis les jetèrent du haut des murailles (*)
(*) Page 291, ligne 25. Survenant derrière eux, ils les prirent aux jambes et les jetèrent par-dessus les remparts…
et ouvrirent leurs portes aux Barbares. Elles n’accordèrent même pas aux Carthaginois la permission d’enterrer leurs morts.
En présence de ces événements, Mathos et Spendius s’enhardirent ; ils décidèrent de mettre le siège devant Carthage elle-même (*).
(*) Page 295, ligne 18. Ils allèrent s’établir plus loin tous bien résolus à faire le siège de Carthage.
Cependant la République envoya auprès d’Hamilcar le général Hannibal (*) ;
(*) [Ce général, qui n’était pas le fils d’Hamilcar Barca, ne joue aucun rôle dans Salammbô. Flaubert, qui a tenu à faire une place dans son roman au fils d’Hamilcar, s’est trouvé amené à supprimer l’autre Hannibal, celui dont parle Polybe, pour éviter une confusion entre ces deux personnages.]
elle le plaçait à la tête des troupes qui, avec la permission de Carthage, avaient renvoyé Hannon, lors de la rivalité des deux chefs. Alors, aidé d’Hannibal et de Naravas, Hamilcar parcourut toute la région, interceptant les convois de vivres de Mathos et de Spendius. Cette fois-là, comme bien d’autres, Naravas se montra le plus précieux des auxiliaires. Telle était la situation des forces en campagne.
LXXXIII. Carthage, cernée de tous côtés, se trouva réduite à implorer secours auprès des villes ses alliées. Hiéron de Syracuse avait suivi jusque-là les péripéties de cette guerre avec la plus vive attention et, en toute circonstance, s’était employé de son mieux à satisfaire aux demandes de Carthage ; cette nouvelle démarche le trouva plus zélé que jamais, car il estimait conforme à ses intérêts personnels et nécessaire au maintien de son autorité en Sicile et à ses bonnes relations avec Rome de sauver Carthage. Il ne voulait pas que Rome, devenue maîtresse sans rivale, conduisit le monde à son gré (*) ; prudente et sage conception !…