Les Controverses (page 3)

François de Sales · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses (texte complet) · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ARTICLE XVII LA VRAYE EGLISE DOIT ESTRE UNIVERSELLEE EN LIEUX ET EN PERSONNES

Les Anciens disoyent sagement que sçavoir bien la difference des tems estoit un bon myen d’entendre bien les Escritures, a faute dequoy les Juifz errent, entendant du premier avenement du Messie ce qui est bien souvent dict du second, et les ministres encor plus lourdement, quand ilz veulent faire l’Eglise telle des saint Gregoire en ça qu’elle doit estre tems de l’Antichrist. Ilz tournent a ce biais ce qui est escrit en l’Apocalipse (12, 6, 14), que la femme s’enfuit en la solitude, dont ilz prennent l’occasion de dire que l’Eglise a esté cachee et secrette jusqu’a ce qu’elle s’est produite en Luther et ses adherens. Mays qui ne voit ce passage ne respire autre que la fin du monde et la persecution de l’Antichrist ? le tems y estant expressement determiné de trois ans et demy, et en Daniel aussi (12, 7). Or, qui voudroit par quelque glosse estendre ce tems que l’Escriture a determiné, contrediroit au Seigneur qui dict qu’il seraplutost accourci, pour l’amour des esleuz (Mat 24, 22). Comme donques osent ilz transporter ceste Escriture a une intelligence si contraire a ses propres circonstances ? Au contraire, l’Eglise est dicte semblable au soleil, a la lune , a l’arc en ciel (Ps 88, 37), a une reyne (Ps 44, 10,14), a une montaigne aussi grande que le monde (Dan 2, 35) : elle ne peut donques estre secrette ni cachee, mays doit estre universelle en son estendue.

Je me contenteray de vous mettre en teste deux des plus grans Docteurs qui furent onques. David avoit dict : Le Seigneur est grand et trop louable, en la cité de nostre Dieu, en la sainte montagne d’iceluy . C’est la cité, dict saint Augustin, assise sur la montaigne, qui ne peut se cacher, c’est la lampe qui ne peut estre couverte sous un tonneau, conneüe et celebre a tous, car il s’ensuit : Le mont Sion est fondé avec grande joye de l’univers. Et de faict, Nostre Seigneur, qui disoit que personne n’allume la lampe pour la couvrir sous un muy, comme eust il mis tant de lumieres qui sont en l’Eglise pour les couvrir et cacher en certains coins ? Voicy le mont qui remplit l’univers, voicy la cité qui ne peut se cacher.

Les Donatistes rencontrent le mont, et quand on leur dict, montés, ce n’est pas une montaigne, ce disent ilz, et plutost y choquent du front que d’y chercher une demeure. Isaïe, qu’on lisoit hier, cria : Il y aura es derniers jours un mont preparé sur le couppeau des montaignes, mayson du Seigneur, et toutes gens s’y couleront a la file. Qu’y a il de si apparent qu’une montaigne ? mays il se faict des montz inconneuz parce qu’ilz sont assis en un coin de la terre. Qui d’entre vous connoit l’Olimpe ? personne, certes, ne plus ne moins que les habitateurs d’iceluy ne sçavent que c’est de nostre mont Chidabbe ; ces montz sont retirés en certains quartiers, mays le mont d’Isaïe n’est pas de mesme, car il a rempli toute la face de la terre. La pierre taillee du mont sans oeuvre manuelle, n’est ce pas Jesus Christ, descendu de la race des Juifz sans oeuvre de mariage ? et ceste pierre la ne fracassa elle pas tous les royaumes de la terre, c’est a dire, toutes les dominations des idoles et demons ? ne s’accreut elle pas jusqu’a remplir le monde ? C’est donq de ce mont qu’il est dit, preparé sur la cime des mons ;

c’est un mont eslevé sur le sommet des mons, et toutes gens se rendront vers iceluy. Qui se perd et s’esgare de ce mont ? qui choque et se casse la teste en iceluy ? qui ignore la cité mise sur le mont ? mays non, ne vous esmerveilles pas qu’il soit inconneu a ceux cy qui haïssent les freres, qui haïssent l’Eglise, car, par ce, vont ilz tenebres et ne sçavent ou ilz vont, ilz se sont separés du reste de l’univers, ilz sont aveugles de mal talent : c’est saint Augustin qui a parlé.

Maintenant oyes saint Hierosme, parlant au nschismatique converti : " Je me resjouis avec toy " , ce dict il, " et rends grace a Jeus Christ mon Dieu, de ce que tu t’es reduit de bon coeur de l’ardeur de fausseté au goust de tout le monde ; ne disnat plus comme quelques uns : O Seigneur, sauves moy, car le saint a manqué, desquelz la voix impie vide et avilit la gloire de la Croix, assujettit le Filz de Dieu au diable, et le regret qui a esté proferé des pecheurs, il l’entend estre dict de tous les hommes. Mays ja n’advienne que Dieu soit mort pour neant, le puissant est lié et saccagé, la parole du Pere est accomplie : Demande moy, et je te donneray les gens pour heritage, et les bornes de la terre pour ta possession. Ou sont, je vous prie, ces gens trop religieux, ains plutost trop prophanes, quifont plus de sinagogues que d’eglises ? comme seront destruittes les cités du diable, et les idoles comme seront ilz abattus ? Si Nostre Seigneur n’a point eu d’Eglise, ou s’il l’a eue en la seule Sardigne, certes il est trop appauvri. Ha, si Satan possede une fois le monde, comment auront esté les trophees de la Croix ainsy accueillis et contraints en un coin de tout le monde ?

Et que diroit ce grand personnage s’il vivoit maintenant ? N’est ce pas bien avilir le trophee de Nostre Seigneur ? le Pere celeste, pour la grande humiliation et aneantissement que son Filz subit en l’arbre de la Croix, avoit rendu son nom si glorieux que tous genoux se devoient plier en la reverence d’iceluy (Philip 2, 8-10), et parce qu’il avoit livré sa vie a la mort, estant mis au rang des meschans (Is 53, 12) et voleurs, il avoit en heritage beaucoup de gens ; mays ceux cy ne prisent pas tant les passions du Crucifix, levans de sa portion les generations de mille annees, si que a peyne durant ce tems il ait eu quelques serviteurs secretz, qui en fin ne seront qu’hypocrites et meschans ; car je m’adresse a vous, o devanciers, qui porties le nom de Chrestiens, et qui aves esté en la vraye Eglise : ou vous avies la foy, ou vous ne l’avies pas ; si vous ne l’avies pas, o miserables, vous estes damnés (Marc 16, 16), et si vous l’avies, que n’en laissies vous des memoires, que ne vous opposies vous a l’impieté ? Ne sçavies vous que Dieu a recommandé le prochain a un chacun (Eccles 17, 12) ? et qu’on croit de coeur pour la justice, mays qui veut obtenir salut il faut faire la confession de foy (Rom 10, 10 ; Luc 12, 8) ? et comme pouvies vous dire, J’ay creu, et partant j’ay parlé (Ps 115, 1) ? Vous estes encore miserables, qui ayant un si beau talent l’aves caché en terre. Mays si, au contraire, o Calvin et Luther, la vraye foy a tousjours esté publiee par l’antiquité, vous estes miserables vous mesmes qui, pour trouver quelque excuse a vos fantasies, accuses tous les Anciens ou d’impieté s’ilz ont mal creu, ou de lascheté s’ilz se sont teuz.

ARTICLE XVIII L’EGLISE CATHOLIQUE EST UNIVERSELLE EN LIEUX ET EN PERSONNES LA PRETENDUE NE L’EST POINT

L’universalité de l’Eglise ne requiert pas que toutes les provinces ou nations reçoivent tout a coup l’Evangile, il suffit que cela se fasse l’une apres l’autre ; en telle sorte que neantmoins l’on voye tousjours l’Eglise, et qu’on connoisse que c’est celle la mesme qui a esté par tout le monde ou la plus grande partie, affin qu’on puisse dire : Venite ascendamus ad montem Domini (Is 2, 3). Car l’Eglise au tems des Apostres jetta par tout ses branches, chargees du fruict de l’Evangile, tesmoin saint Pol (Coloss 1, 6) ; autant en dict saint Irenee en son tems, qui parle de l’Eglise Romaine ou Papale a laquelle il veut que tout le reste de l’Eglise se reduise " pour sa plus puissante principauté " . Prosper parle de nostre Eglise, non de la vostre, quand il dict (Carmen de Ingratis, Pars Ia, lin 40-42) :

" Par l’honneur pastoral, Rome, siege de Pierre, Est chef de l’univers ; ce qu’elle n’a par guerre Ou par armes reduict a sa sujettion, Ores lui est acquis par la religion ; "

Car vous voyes bien qu’il parle de l’Eglise qui reconnoissoit le Pape de Rome pour chef. Du tems de saint Gregoire il y avoit par tout des Catholiques, ainsy qu’on peut voir par les epistres qu’il escrit aux Evesques presque de toutes nations. Au tems de Gratien, Valentinien et Justinien, il y avoit par tout des Catholiques Romains, comme on peut voir par leurs lois. Saint Bernard en dict autant de son tems ; et vous sçaves bien ce qui en estoit au tems de Godefroy de Bouillon. Despuys, la mesme Eglise est venue a nostre aage, et tousjours Romaine et Papale, de façon qu’encores que nostre Eglise maintenant seroit beaucoup moindre qu’elle n’est, elle ne lairroit pas d’estre tres Catholique, parce que c’est la mesme Romaine qui a esté , et qui a possedé presque en toutes les provinces des nations et peuples innombrables. Mais elle est encores maintenant estendue sur toute la terre, en Transylvanie, Pologne, Hongrie, Bohesme et par toute l’Allemagne, en France, en Italie, en Sclavonie, en Candie, en Espagne, Portugal, Sicile, Malte, Corsique, en Grece, en Armenie, en Syrie, et tout par tout : mettray jeicy en conte les Indes orientales et occidentales ? Dequoy qui voudroit voir un abregé, il faudroit qu’il se trouvast en un Chapitre ou assemblee generale des religieux de saint François appellés Observantins : il veroit venir de tous les coins du monde, viel et nouveau, des religieux a l’obeissance d’un simple, vil et abject ; si que ceux la seulz luy sembleroyent suffire pour verifier ceste partie de la prophetie de Malachie (1, 2) : In omni loco sacrificatur nomini meo.

Au contraire, Messieurs, les pretendus ne passent point les Alpes de nostre costé ni les Pyrenees du costé d’Espagne, la Grece ne vous connoist point, les autres trois parties du monde ne sçavent qui vous estes, et n’ont jamais ou parler de Chrestiens sans sacrifice, sans autel, sans sacerdoce, sans chef, san Croix, comme vous estes ; en Allemagne, vos compaignons lutheriens, brensiens, anbaptistes, trinitaires, rognent vostre portion, en Angleterre, les puritains, en france, les libertins : comme donques oses vous plus vous opiniastrer de demeurer ainsy a part du reste de tout le monde a guise des Luciferiens et Donatistes ? Je vous diray, comme disoit saint Augustin a l’un de vos semblables (De unit Eccl, c 17), daignes, je vous prie, nous instruire sur ce point, comme il se peut faire que Nostre Seigneur ayt perdu son Eglise par tout le monde, et qu’il ayt commencé de n’en avoir qu’en vous seulement. Certes, vous appauvrisses trop Nostre Seigneur, dict saint Hierosme (Supra, art 17 p134, cf p 71). Que si vous dites que vostre eglise a desja esté catholique au tems des Apostres, monstres donques qu’elle estoit en ce tems la, car toutes les sectes en diront de mesme ; comme enteres vous ce petit bourgeon de religion pretendue sur ce saint et ancien tige ? faites que vostre eglise touche par une continuation perpetuelle l’Eglise primitive, car si elles ne se touchent, comment tireront elles le suc l’une de l’autre ? ce que vous ne feres jamais. Aussi ne seres vous jamais, si vous ne ranges a l’obeissance de la Catholique, vous ne seres jamais, dis je, avec ceux qui chanteront : Redemisti nos in sanguine tuo, ex omni tribu, et lingua, et populo, et natione, et fecisti nos Deo nostro regnum (Apoc 5, 9-10).

ARTICLE XIX LA VRAYE EGLISE DOIT ESTRE FECONDE

Peut estre dires vous, a la fin, que cy apres vostre Eglise estendra ses ailes, et se fera catholique par la succession du tems. Mays ce seroit parler a l’adventure ; car, si les Augustin, Chrysostome, Ambroise, Cyprien, Gregoire, et ceste grande trouppe d’excellens pasteurs, n’ont sceu si bien faire que l’Eglise n’ayt donné du nez en terre bien tost apres, comme disent Calvin, Luther et les autres, quelle apparence y a il qu’elle se fortifie maintenat sous la charge de vos ministres, lesquelz ni en sainteté ni en doctrine ne sont comparables avec ceux la ? Si l’Eglise en son printems, esté et automne n’a point fructifié, comme voules vous qu’en son hiver l’on recueille des fruitz ? si en son adolescence elle n’a cheminé, ou voules vous qu’elle coure maintenant en sa viellesse ?

Mais, je dis plus. Vostre Eglise non seulement n’est pas catholique, mais encores ne le peut estre, n’ayant la force ni vertu de produire des enfans, mais seulement de desrobber les poussins d’autruy, comme faict la perdrix ; et neantmoins c’est bien l’une des proprietés de l’Eglise d’estre feconde, c’est pour cela entre autres qu’elle est appellee colombe (Cant 6, 8) ; et si son Espouxquand il veut benir un homme rend sa femme feconde, sicut vitis abundans in lateribus domus suae (Ps 127, 3), et faict habiter la sterile en une famille, mere joyeuse en plusieurs enfans (Ps 112, 9), ne devoit il pas avoir luy mesme une Espouse qui fut feconde ? Mesme que selon la sainte Parole, ceste deserte devoit avoir plusieurs enfans (Is 54, 1 ; Galat 4, 27), ceste nouvelle Hierusalem devoit estre tres peuplee et avoir une grande generation : Ambulabunt gentes in lumine tuo, dict le prophete (Is 54, 3, 4), et reges in splendore ortus tui. Leva in circuitu oculos tuos et vide ; omnes isti congregati sunt, venerunt itbi ; filii tui de longe venient, et filiae tuae de latere surgent (c 53, 11-12) ; et : Pro eo quod laboravit anima ejus, ideo dispertiam ei plurimos. Or ceste fecondité de belles nations de l’Eglise se faict principalement par la predication, comme dict saint Pol (1 Cor 4, 15) : per Evangelium ego vos genui : la predication donques de l’Eglise doit estre neflammee : Ignitum eloquium tuum Domine (Ps 118, 40) ; et qu’y a il de plus actif, vif, penetrant et prompt a convertir et bailler forme aux autres matieres que le feu ?

ARTICLE XX L’EGLISE CATHOLIQUE EST FECONDE

Telle fut la predication de saint Augustin en Angleterre, de saint Boniface en Allemagne, de saint Patrice en Hibernie, de Willibrord en frize, de Cyrille en Bohesme, d’Adalbert en Pologne, d’Astric en Hongrie, de saint Vincent Ferrier, de Jean Capistran ; telle la predication des Freres fervens, Henry, Anthoyne, Louis, de François Xavier et mille autres, qui ont renversé l’idolatrie par la sainte predication, et tous estoyent Catholiques Romains.

Au contraire, vos ministres n’ont encores converti aucune province du paganisme, ni aucune contree : diviser le Christianisme , y faire des factions, mettre en pieces la robbe de Nostre Seigneur, ce sont les effectz de leurs predications. La Doctrine Chrestienne Catholique est une douce pluie, qui fait germer la terre infructueuse ; la leur ressmeble plutost a une gresle qui rompt et terrasse les moissons, et met en friche les plsu fructueuses campaignes. Prenes garde a ce que dict saint Jude : Malheur, ce dict, a ceux qui perissenten la contradiction de Coré ; Coré estoit schismatique : ce sont des souilleures a un festin, banquetans sans crainte, se repaissans eux mesmes, nuees sans eaux qui sont transportees ça et la aux vens ; ilz ont l’exterieur de l’Escriture, mays ilz n’ont pas la liqueur interieure de l’esprit : arbres infructueuses de l’automne ; ilz n’ont que la feuille de la lettre, et n’ont point le fruit de l’intelligence : doublement mortz ; mortz quant a la charité par la division, et quant a la foy par l’heresie : desracinés, qui ne peuvent plus porter fruict ; flotz de mer agitee, escumans sesconfusions de debatz, disputes et remuemens ; plantes errantes, qui ne peuvent servir de guide a personne, et n’ont point de fermeté de foy mays changent a tous propos. Quelle merveille donques si vostre predication est sterile ? vous n’aves que l’escorce sans le suc, comme voules vous qu’elle germe ? vous n’aves que le fourreausans espee, la lettre sans l’intelligence, ce n’est pas merveille si vous ne pouves dompter l’idolatrie : ainsy saint Pol (2 Tim 3, 9), parlant de ceux qui se separent de l’Eglise, il proteste sed ultra non proficient. Si donques vostre eglise ne se peut en aucune façon dire catholique jusques a present, moins deves vous esperer qu’elle le soit cy apres ; puysque sa predication est si flaque, et que ses prescheurs n’ont jamais entrepris, comme dict Tertullien (De Praescr, c 42), la charge ou commission ethnicos convertendi, mays seulement nostros evertendi. O quelle eglise, donques, qui n’est ni unie, ni sainte, ni catholique, et qui pis est, ne peut avoir aucune raysonnable esperance de jamais l’estre.

ARTICLE XXI DU TITRE D’APOSTOLIQUE : MARQUE QUATRIESME Le manuscrit ne contient pas cet exposé. SECONDE PARTIE LES REGLES DE LA FOI AVANT-PROPOS

Si l’advis que saint Jan donne (1Jean 4, 1), de ne pas croire a toutes sortes d’espritz, fut onques necessaire, il l’est maintenant plus que jamais, quand tant de divers et contraires espritz, avec un’esgale asseurance, demandent creance parmi la Chrestienté en vertu de la Parole de Dieu ; apres lesquelz on a veu tant de peuples s’escarter, qui ça qui la, chacun a son humeur. Comme le vulgaire admire les cometes et feuz erratiques, et croit que ce soyent des vrays astres et vives planettes, tandis que les plus entenduz connoissent bien que ce ne sont que flammes qui se coulent en l’air le long de quelques vapeurs qui leur servent de pasture, et n’ont rien de commun avec les astres incorruptibles que ceste grossiere clarté qui les rend visibles ; ainsy le miserable peuple de nostre aage , voyant certaines chaudes cervelles s’enflammer a la suite de quelques subtilités humaines, esclairees de l’escorce de la Saint’Escriture, il a creu que c’estoyent des verités celestes et s’y est amusé, quoy que les gens de bien et judicieux tesmoignoient que ce n’estoyent que des inventions terrestres qui, se consumants peu a peu, ne laisseroyent autre memoyre d’elles que le ressentiment de beaucoup de malheurs qui suit ordinairement ces apparences.

O combien estoit il necessaire de ne s’abbandonner pas a ces espritz, et premier que de les suivre, esprouver s’ilz estoyent de Dieu ou non (1 Jean, ubi sup). Helas, il ne manquoit pas de pierres de touche pour descouvrir le bas or de leurs happelourdes, car Celuy qui nous fait dire que nous epprouvions les espritz, ne l’eut pas fait s’il n’eut sçeu que nous avions des Regles infallibles pour reconnoistre le saint d’avec le faint esprit. Nous en avons donques, et personne ne le nie, mays les seducteurs en produisent de telles quilz les puyssent faulser et plier a leurs intentions, affin qu’ayans les regles en main ilz se rendent recommandables, comme par un signe infallible de leur maistrise, sous pretexte duquel ilz puysent former une foy et religion telle qu’ilz l’ont imaginee. Il importe donques infiniment de sçavoir quelles sont les vra es Regles de nostre creance, car on pourra aysement connoistre par la l’heresie d’avec la vra e Religion, et c’est ce que je pretens faire voir en ceste seconde Partie.

Voicy mon projet. La foy Chrestienne est fondëe sur la parole de Dieu ; c’est cela qui la met au sauverain degré d’asseurance, comm’ayant a garend cest’eternelle et infallible verité ; la foy qui s’appu e ailleurs n’est pas Chrestienne : donques la Parole de Dieu est la vra e Regle de bien croire, puysqu’estre Fondement et Regle en cest endroit n’est qu’une mesme chose. Mays parce que ceste Regle ne regle point nostre croyance sinon quand ell’est appliquee, proposee et declairee, et que cecy se peut bien et mal faire, il ne suffit pas de sçavoir que la Parole de Dieu est la vra e et infallible Regle de bien croire, si je ne sçai quelle parole est de Dieu, ou ell’est, qui la doit proposer, appliquer et declairer. J’ay beau sçavoir que la Parole de Dieu est infallible, que pour tout cela je ne croiray pas que Jesus est le Christ Filz de Dieu vivant, si je ne suys asseuré que ce soit une parole revelee par le Pere celeste, et quand je sçauray cecy , encor ne seray je pas hors d’affaire, si je ne sçai comm’il le faut entendre, ou d’une filiation adoptive, a l’Arienne, ou d’une filiation naturelle, a la Catholique.

Il faut donques, outre ceste premiere et fondamentale Regle de la Parole de Dieu , un’autre seconde Regle par laquelle la premiere nous soit bien et deuement proposëe, appliquëe et declairee ; et affin que nous ne soyons sujetz a l’esbranslement et a l’incertitude, il faut que non seulement la premiere Regle, a sçavoir, la Parole de Dieu, mays encor la seconde, qui propose et applique ceste Parole, soit du tout infallible, autrement nous dmeurons tousjours en branle et en doute d’estre mal reglés et appuyés en nostre foy et croyance ; non ja par aucune defaute de la premiere Regle, mays par l’erreur et faute de la proposition et application d’icelle. Certes, le danger est egal, ou d’estre desreglé a faute d’une juste Regle, ou d’estre mal reglé a faute d’un’application bien reglëe et juste de la Regle mesme. Mays cest’infallibilité, requise tant en la Regle qu’en son application, ne peut avoir sa source que de Dieu mesme, vive et premiere fontaine de toute verité. Passons outre.

Or, comme Dieu revela sa Parole et parla pieça par la bouche des Peres et Prophetes, et finalement en son Filz (Heb 1, 1-2), puys par les Apostres et Evangelistes, desquelz les langues ne furent que comme plumes de secretaires escrivans tres promptement (Ps 44, 2), employant en ceste sorte les hommes pour parler aux hommes, ainsy, pour proposer, appliquer et declairer ceste sienne Parole, il emplo e son Espouse visible comme son truchement et l’interprete de ses intentions. C’est donq Dieu seul qui regle nostre croyance Chrestienne, mais avec deux instrumens, en diverse façon : 1. par sa Parole, com’avec une regle formelle ; 2. par son Eglise, comme par la main du compasseur et regleur. Disons ainsy : Dieu est le peintre, nostre foy la peinture, les couleurs sont la parole de Dieu, le pinceau c’est l’Eglise. Voyla donques deux Regles ordinaires et infallibles de nostre croyance : la Parole de Dieu qui est la Regle fondamentale et formelle, l’Eglise de Dieu qui est la Regle d’application et d’explication . Je consider’en ceste seconde Partie et l’un’et l’autre ; mays, pour en rendre le traitté plus clair et maniable, j’ay divisé ces deux Regles en plusieurs, en ceste sorte :

La Parolle de Dieu, Regle formelle de nostre foy, ou ell’est en l’Escriture ou en la Tradition :

je traitte premierement de l’Escriture, puys de la Tradition.

L’Eglise, qui est la Regle d’application, ou elle se declaire en tout son cors universel, par une croyance generale de tous les Chrestiens, ou en ses principales et nobles parties, par un consentement de ses pasteurs et docteurs ; et en ceste derniere façon, ou c’est en ses pasteurs assemblés en un lieu et en un tems, comm’en un Concile general, ou c’est en ses pasteurs divisés de lieux et d’aage mays assemblés en union et correspondance de foy, ou bien, en fin ,ceste mesm’Eglise se declaire et parle par son chef ministerial : et ce sont quattre Regles explicantes et applicantes pour nostre foy, l’Eglise ne cors, le Concile general, le consentement des Peres et le Pape ; outre lesquelles nous ne devons pas en rechercher d’autres, celles ci suffisent pour affermir les plus inconstans.

Mays Dieu, qui se plait en la surabondance de ses faveurs, voulant ayder la foiblesse des hommes, ne laisse pas d’adjouster par fois a ces Regles ordinaires (je parle de l’etablissement et fondation de l’Eglise), une Regle extraordinaire, trescertaine et de grand’importance ; c’est le Miracle, tesmoignage extraordinaire de la vraye application de la Parole divine.

En fin , la Rayson naturelle peut encor estre ditte une Regle de bien croire, mays negativement, et non pas affirmativement ; car qui diroit ainsy, telle proposition est article de foy donques ell’est selon la rayson naturelle, ceste consequence affirmative seroit mal tiree , puysque presque toute nostre foy est hors et par dessus nostre rayson ; mays qui diroit, cela est un article de foy donques il ne doit pas estre contre la rayson naturelle, la consequence est bonne, car la rayson naturelle et la foy estant puysees de mesme source et sorties d’un mesm’autheur, elles ne peuvent estre contraires.

Voyla donques 8 regles de la foy : l’Escriture, la Ttradition, l’Eglise, le Concile, les Peres, le Pape, les Miracles, la Rayson naturelle. Les deux premieres ne sont qu’une Regle formelle, les quattre suivantes ne sont qu’une Regle d’application, la septieme est extraordinaire, et la huittieme, negative. Au reste, qui voudroit reduire toutes ces regles en une seule, diroit que l’unique et vraye Regle de bien croire c’est la Parolle de Dieu, preschëe par l’Eglise de Dieu.

Or, j’entreprens icy de monstrer, clair comme le beau jour, que vos reformateurs ont violé et forcé toutes ces Regles (et il suffiroit de monstrer quilz en ont violé l’une, puysqu’elles s’entretiennent tellement que qui en viole l’une viole toutes les autres) ; affin que, comme vous aves veu en la premiere Partie qu’ilz vous ont levés du giron de la vraye Eglise par schisme, vous connoissies en ceste seconde partie quilz vous ont osté la lumiere de la vraye foy par l’heresie, pour vous tirer a la suitte de leurs illusions. Et me tiens tousjours sur une mesme posture, car je prouve premierement que les Regles que je produitz sont tres certaines et infallibles, puys je fais toucher au doigt que vos docteurs les ont violees. C’est icy ou je vous apelle au nom de Dieu tout puyssant, et vous somme de sa part de juger justement.

CHAPITRE PREMIER QUE LES REFORMATEURS PRAETENDUS ONT VIOLE LA SAINTE ESCRITURE, PREMIERE REGLE DE NOSTRE FOI ARTICLE PREMIER LA SAINTE ESCRITURE EST UNE VRAYE REGLE DE LA FOI CHRESTIENNE

J sçay bien ,Dieu merci, que la Tradition a esté devant tout’Escriture, puysque mesm’une bonne partie de l’Escriture n’est que Tradition reduitte en escrit avec un’infallible assistence du Saint Esprit ; mays parce que l’authorité de l’Escriture est plus aysement receüe par les reformateurs que celle de la Tradition, je commence par cest endroit, pour faire un’entree plus aysee a mon discours. La Sainte Escriture est tellement Regle a nostre creance Chrestienne, que qui ne croit tout ce qu’elle contient, ou croit quelque chose qui luy soit tant soit peu contraire, il est infidele. Nostre Seigneur y a renvoyé les Juifz pour redresser leur foy (Jean 5, 39) ; les Sadduceens erroyent pour ignorer les Escritures (Marc 12, 24) ; c’est donq un niveau tres asseuré, c’est un flambeau luysant es obscurités, comme parle saint Pierre (2 Pierre 1, 19), lequel ayant ou luy mesme la voix du Pere en la Transfiguration du Filz, se tient neantmoins pour plus asseuré au tesmoignage des Prophetes qu’en ceste sienne experience (vers 17, 18). Mays je pers tems ; nous sommes d’accord en ce point, et ceux qui sont si desesperés que d’y contredire, ne sçavent pas appuyer leur contradiction que sur l’Escriture mesme, se contredisans a eux mesmes avant que de contredire a l’Escriture, se servans d’elle en la protestation quilz font de ne s’en vouloir servir.

ARTICLE II COMBIEN ON DOIT ESTRE JALOUX DE SON INTEGRITE

Je ne m’arresteray pas nomplus gueres en cest endroit. On appelle la Sainte Escriture, Livre du Viel et du Nouveau Testament. Certes, quand un notaire a expedié un contract ou autr’escriture, personne n’y peut remuer, oster, adjouster un seul mot sans estre tenu pour faulsaire : voicy l’Escriture des testamentz de Dieu, expediee par les notaires a ce deputés ; comme la peut on altérer tant soit peu sans impieté ?

Les promesses ont esté dittes a Abraham, dict saint Pol (Gal 3, 16), et a sa semence ; il n’est pas dict, et ses semences, comme en plusieurs, mais comm’en une, et a ta semence, qui est Christ : voyes, je vous prie, combien la variation du singulier au plurier eust gasté le sens misterieux de ceste parole. Nostre Seigneur met en conte les iota, voire les seulz petitz pointz et accens de ces saintes paroles (Mat 5, 18) ; combien donques est il jaloux de leur integrité ? Les Ephrateens disoyent sibolleth, sans oublier pas une seule lettre, mais par ce quilz ne prononçoyent pas asses grassement, les Galaadites les esgorgeoyent sur le quay du Jordain (Jud 12, 6). La seule difference de prononciation en parlant, et en escrit la seule transposition d’un point sur la lettre scin, faisoyt tout l’equivocque, et, changeant le jamin en semol, au lieu d’un espi de blé signifioit une charge oufardeau. Qui change tant soit peu la sainte Parole merite la mort, qui ose mesler le prophane au sacré (Levit 10, 9-10). Les Arriens corrompoyent ceste sentence de l’Evangile (Jean 1, 1-2), In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum, en remuant un seul point ; car ilz lisoyent ainsy (Aug, l 3 De Doct Christiana, c 2) : Et Verbum erat apud Deum, et Deus erat. (Ici ilz mettoyent le point, puys recommençoyent la periode) Verbum hoc erat in principio apud Deum. Ilz mettoyent le point apres l’erat, au lieu de le mettr’apres le Verbum ; ce qu’ilz faisoyent de peur d’estre convaincuz par ce texte que le Verbe est Dieu : tant il faut peu pour alterer ceste sacree Parole.

Quand le vin est meilleur il se ressent plustost du gout estranger, et la cimetrie d’un excellent tableau ne peut souffrir le meslange de nouvelles couleurs. Le sacré depost des Saintes Escritures doit estre gardé bien conscientieusement.

ARTICLE III QUELZ SONT LES LIVRES SACRES DE LA PAROLE DE DIEU

Tous les livres sacrés sont premierement divisés en deux, en ceux du Viel Testament et ceux du Nouveau : puys, autant les uns que les autres sont partagés en deux rangs ; car il y a des Livres, tant du Viel que du Nouveau Testament, desquelz on n’a jamais douté quilz ne fussent sacrés et canoniques, il y en a desquelz l’on a douté pour un tems, mais en fin ont estés receuz avec ceux du premier rang.

Ceux du premier rang, de l’Ancien Testament, sont les cinq de Moyse, Josué, les Juges, Ruth, 4 des Rois, 2 de Paralipomenon, 2 d’Esdras et de Nehemie, Job, 150 Psaumes, les Proverbes, l’Ecclesiaste, les Cantiques, les 4 Prophetes plus grans, les douze moindres. Ceux ci furent canonisés par le grand Sinode ou se trouva Esdras et y fut scribe, et jamais personne ne douta de leur authorité qui ne fut tenu peremptoirment heretique, comme nostre docte Genebrard va deduysant en sa Chronologie. Le second rang contient ceuxci :

Hester, Baruch, une partie de Daniel, Tobie, Judith, la Sapience, l’Ecclesiastique, les Macchabees, premier et second. Et quand a ceux ci il y a grand’apparence, au dire du mesme docteur Genebrard, qu’en l’assemblëe qui se fit en Hierusalem pour envoyer les 72 interpretes en Aegipte, ces Livres, qui n’estoyent encores en estre quand Esras fit le premier canon, furent alhors canonisés, au moins tacitement, puysqu’ilz furent envoyés avec les autres pour estre traduitz ; hormis les Macchabbes, qui furent receuz en un’autr’assemblee par apres, en laquelle les praecedens furent drechef approuvés :

mays comme que ce soit, par ce que ce second canon ne fut pas faict si authentiquement que le premier, ceste canonisation ne leur peut acquerir un’entiere et indubitabl’authorité parmi les Juifz, ni les esgaler aux Livres du premier rang.

Ainsy dirai je des Livres du Nouveau Testament, qu’il y en a du premier rang, qui ont tousjours esté reconneuz pour sacrés et canoniques entre les Catholiques : telz sont les 4 evangiles, selon saint Mathieu, saint Marc, saint Luc, saint Jan, les Actes des Apôtres, toutes les Epistres de saint Pol hormis celle aux Hebrieux, une de saint Pierre, une de saint Jan. Ceuxdu second rang sont l’Epistre aux Hebrieux, celle de saint Jaques, la seconde de saint Pierre, la second’et troisiesme de saint Jan, celle de saint Jude, l’Apocalipse, et certaines parties de saint Marc, de saint Luc et de l’Evangile et Epistre premiere de saint Jan : et ceuxci ne furent pas d’indubitabl’authorité en l’Eglise au commencement, mais, avec le tems, en fin furent reconneuz comme ouvrage sacré du Saint Esprit, et non pas tout a coup, mais a diverses fois. Et premierment, outre ceux du premier rang tant du Viel que du Nouveau Testament, environ l’an 364 on receut au Concile de Laodicee (Can 59) (qui depuis fut approuve au Concile general sixieme (1)), le livre d’Hester, l’Epistre de saint Jaques, la 2. de saint Pierre, la 2. et 3. de saint Jan, celle de saint Jude, et l’Epistre aux Hebreux comme la quatorsiesme de saint Pol. Puys, quelque tems apres, au Concile 3. de Cartage (Can 6-7), auquel se trouva saint Augustin, et a esté confirmé au General, de Trulles, outre les Livres precedens du second rang, furent receuz au canon comme indubitables, Thobie, Judith, deux des Macchabëes, la Sapience, l’Ecclesiastique et l’Apocalipse ; mais avant tous ceux du second rang, le Livre de Judith fut receu et reconneu pour divin au premier general Concile de Nicee, ainsy que saint Hierosme en est tesmoin, en sa praeface sur iceluy. Voyla comm’on assembla les deux rangs en un, et furent renduz d’esgale authorité en l’Eglise de Dieu ; mays avec progres et succession, comm’une bell’aube levante qui peu a peu esclaire nostr’hemisphere. Ainsy fut dessé au Concile de Cartage la mesme liste des Livres canoniques qui a despuys tousjours esté en l’Eglise Catholique, et fut confirmee au sixiesme general (Can 2), au grand Concile de Florence en l’Union des Armeniens, et en nostr’aage au Concile de Trente, et fut suivie par saint Augustin (l 2 De Doct Christiana c 8)

A peu que je n’ay oublié de dire, vous ne deves point entrer en scrupule sur ce que je viens de deduyre, encor que Baruch ne soyt pas nommément cotté au Concile de Carthage, mais seulement en celuy de Florence et de Trente ; car, d’autant que Baruch estoit secretaire de Jeremie (36, 4), on mettoit en conte parmi les Anciens le Livre de Baruch comm’un accessoire ou appendice de Jeremie, le comprenant sous iceluy, ainsy que cest excellent theologien Belarmin le prouve en ses Controverses. Mays il me suffit d’avoir dict cecy ; mon Memorial n’est pas obligé de s’arrester sur chasque particularité. Somme, tous les Livres, tant du premier que du second rang, sont egalement certains, sacrés et canoniques.

ARTICLE IV PREMIERE VIOLATION DES SAINTES ESCRITURES FAITTE PAR LES REFORMATEURS, RETRANCHANS PLUSIEURS PIECES D’ICELLES

Voyla les Livres sacrés et canoniques, que l’Eglise a receu et reconneu unanimement des douze centz ans en ça : et avec quell’authorité ont osé ces nouveuax reformateurs biffer tout en un coup tant de nobles parties de la Bible ? Ilz ont raclé une partie d’Hester, Baruch, Thobie, Judith, la Sapience, l’Ecclesiastique, les Maccabees ; qui leur a dict que ces Livres ne sont pas legitimes et recevables ? pourquoy desmembrent ilz ainsy ce sacré cors des Escritures ?

Voicy leurs principales raysons, ainsy que j’ay peu recueillir de la vielle praeface, faicte devant les Livres praetenduz apocriphes imprimés a Neuf chastel, de la traduction de Pierre Robert, autrement Olivetanus, parent et amy de Calvin, et encores de la plus nouvelle, faitte sur les mesmes Livres par les professeurs et pasteurs pretenduz de l’eglise de Geneve, l’an 1588. 1. " Ilz ne se trouvent ni en Ebreu ni en Caldee, esquelles langues jadis ont estés escritz (fors a l’adventure le Livre de Sapience), dont grande difficulté seroit de les restituer. " 2. " Ilz ne sont point receuz comme legitimes des Ebreux " ; 3. " ni de toute l’Eglise. " 4. Saint Hierosme dict quilz ne sont point estimés " idoines " pour " corroborer l’authorité des doctrines ecclesiastiques. " (Praefat in lib Salom, Ad Chromat et Heliodor)

5. Le Droit Canon "en profere son jugement (Can Sta Romana Dist XV decreti Ia pars) 6. et la Glose (Can Canones Dist XVI), " qui dict qu’on les lit mais non point en general, comme si elle vouloit dire que genralement par tout ne soyent point approuvés. " 7. " Ilz ont estés corrompuz et falsifiés ", comme dict Eusebe (L 4, c 22) ; 8. " notamment les Macchabees ", 9. et specialement le second, que saint Hierosme dict " n’avoir trouvé en Ebreu " (In Prologo galeato, ad libros Sam et Mal). Voyla les raysons d’Olivetanus. 10. Il y a en iceux " plusieurs choses fauses ", dict la nouvelle praeface. Voyons maintenant ce que valent ces belles recherches.

1. Et quand a la premiere : estes vous d’avis den e recevoir pas ces Livres par ce quilz ne se trouvent pas en Hebreu ou Caldee ? receves donques Tobie, car saint Hierosme atteste quil l’a traduit de Caldee en latin, en l’epistre que vous cités vous mesmes (Epistola ad Chromatium et Heliodorum (Praefat in Tobium)) , qui me fait croire que vous n’estes guere gens a la bonne foy ; et Judith, pourquoy non ? qui a aussi bien esté escrit en Caldee, comme dict le mesme saint Hierosme, au Prologue ; et si saint Hierosme dict quil n’a peu trouver le 2. des Macchabees en Hebreu, qu’en peut mais le premier ? receves-le tousjours a bon conte, nous traitterons par apres du second. Ainsy vous diray je de l’Ecclesiastique, que saint hiérosme a eu et trouvé en Hebreu, comme il dict en sa praeface sur les Livres de Salomon. Puys donques que vous rejettes esgalement ces Livres escritz en Hebreu et Caldee avec les autres qui ne sont pas escritz en mesme langage, il vous faut chercher un autre praetexte que celuy que vous aves allegué, pour racler ces Livres du canon : quand vous dittes que vous les rejettes par ce quilz ne sont escritz ni en Hebreu ni en Caldee, ce n’est pas cela, car vous ne rejetteries pas, a ce conte, Tobie, Judith, le premier des Macchabees, l’Ecclesiastique, qui sont escritz ou en Hebreu ou en Caldee. Mays parlons maintenant pour les autres livres, qui sont escritz en autre langage que celuy que vous voules. Ou trouves vous que la regle de bien recevoir les Saintes Escritures soyt, qu’elles soyent escrittes en ces langages la plustost qu’en Grec ou Latin ? vous dittes quil ne faut rien recevoir en matiere de religion que ce qui est escrit, et apportes en vostre belle preface le dire des jurisconsultes : Eribescimus sine lege loqui ;

vous semble il pas que la dispute qui se faict sur la validité ou invalidité des escritures soyt une des plus importantes en matiere de religion ? sus donques, ou dmeurés honteux, ou produises la Sainte Escriture pour la negative que vous soustenés : certes, le Saint Esprit se declaire aussi bien en Grec qu’en Caldee.

On auroit, dittes vous, " grande difficulté de les restituer ", puys qu’on ne les a pas en leur langue originaire. Est ce cela qui vous fasche ? Mais pour Dieu, dittes moy, qui vous a dict quilz sont perduz, corrompuz ou alterés, pour avoir besoin de restitution ? Vous praesupposes peut estre que ceux qui les auront traduitz sur l’originaire auront mal traduit, et vous voudries avoir l’original pour les collationner et les juger. Laissés vous donq entendre, et dittes quilz sont apocriphes par ce que vous n’en pouves pas estre vous mesme le traducteur sur l’original, et que vous ne vosu pouves fier au jugement du traducteur : il ni aura donq rien d’asseuré que ce que vous aures conterollé ? monstres moy ceste regle d’asseurance en l’Escriture. Plus, estes vous bien asseuré d’avoir les textes hebreux des Livres du premier rang ainsy purs et netz comm’ilz estoyent au tems des Apostres et des 70 ? Gardes de mesprendre ; certes, vous ne les suives pas tousjours, et ne sçauries en bonne conscience : monstres moy encor cecy en la Saint’Escriture. Voyla donques vostre premiere rayson bien desraysonnable.

2. Quand a ce que vous dittes que ces Livres que vous appelles apocriphes ne sont point receuz par les Hebreux, vous ne dittes rien de nouveau ni d’important ; saint Augustin proteste bien haut : " Libros Machabeorum non Judaei sed Ecclesia Catholica pro canonicis habet : Non les Juifz, mais l’Eglise Catholique tient les Livres des Macchabees pour canoniques. " (l 18 c 36 Cité) Dieu merci, nous ne sommes pas des Juifz, nous sommes Catholiques : monstres moy par l’Escriture que l’Eglise Chrestienne n’aye pas autant de pouvoir pour authoriser les Livres sacrés qu’en avoit la Mosaique : il ni a en cela ni Escriture ni raison qui le monstre.

3. Oüy, mais toute l’Eglise mesme ne les reçoit pas, dites vous. Et de quell’eglise entendes vous ? certes, l’Eglise Catholique, qui est la seule vraye, les reçoit, comme saint Augustin vient de vous attester maintenant, et le repete encores ailleurs : le Concile de Carthage, celuy de Trulles, 6. general, celuy de Florence, et cent autheurs anciens, en sont tesmoins irreprochables et saint Hierosme nommement, qui atteste du livre de Judith qui fut receu au Concile premier de Nicee. Peut estre voules vous dire qu’anciennement quelques Catholiques douteront de leur authorité ; c’est selon la division que j’ay faitte ci-dessus : mais quoy pour cela ? le doute de ceux la a il peu empecher la resolution de leurs successeurs ? est ce a dire que si on n’est pas tout au premier coup resolu, il faille tousjours demeurer en bransle, incertain et irresolu ? A l’on pas esté pour un tems incertain de l’Apocalipse et d’Ester ? Vous ne l’oseries nier, j’ay de trop bons tesmoins ; d’Ester, saint Athanase et saint Gregoire Nazianzene, de l’Apocalipse, le Concile de Laodicee : et neanmoins vous les receves ; ou receves-les tous, puysqu’ilz sont d’esgale condition , ou n’en receves point, par mesme rayson. Mays, au nom de Dieu, quelle humeur vous prend-il d’alleguer icy l’Eglise, l’authorité delaquelle vous tenes cent fois plus incertaine que ces Livres mesme, et que vous dittes avoir esté fautifve, inconstante, voire apocriphe, si apocriphe veut dire caché ; vous ne la prises que pour la mespriser et la faire paroistre inconstante, ores advouant ores desavouant ces Livres. Mais il y a bien a dire entre douter d’une chose si ell’est recevable, et la rejetter : le doute n’empeche pas la resolution suivante, ains en est un praellable ; rejetter praesuppose resolution. Estre inconstant ce n’est pas changer un doute en resolution, mais ouy bien changer de resolution en doute ; ce n’est pas instabilité de s’affermir apres l’esbranlement, mays ouy bien de s’esbranler apres l’affermissement. L’Eglise donques, ayant pour un tems laissés ces Livres en doute, en fin les a receu en resolution authentique ; et vous voules que de ceste resolution elle retourne au doute. C’est le propre de l’heresie et non de l’Eglise de proufiter ainsy de mal en pis (2 Tim 3, 13) ; mays de ceci ailleurs.

4. Quand a saint Hiérosme que vous allegués, ce n’est rien a propos, puysque de son tems l’Eglise n’avoit encor pas pris la resolution qu’ell’a prise despuys, touchant la canonisation de ces Livres, hormis pour celuy de Judith.

5. Et le canon Sancta Romana, qui est de Gelaise premier, je crois que vous l’aves rencontré a tastons, car il est tout contre vous ; puysque, censurant les Livres apocriphes, il n’en nomme pas un de ceux que nous recevons, ains au contraire atteste que Tobie et les Maccabees estoyent receuz publiquement en l’Eglise.

6. Et la pauvre Glosse ne merite pas que vous la glossies ainsy, puysqu’elle dict clairement (Can Canones dist 16 decreti Ia Pars)) que " ces Livres sont leuz, mais non peut estre generalement ". Ce " peut estre " la garde de mentir, et vous l’aves oublié ; et si elle met en conte ces Livres icy dont est question, comm’apocriphes, c’est parce qu’elle croyoit que apocriphe, volut dire, n’avoir point de certain autheur, et partant y enroolle comm’apocriphe le Livre des Juges : et sa sentence n’est pas si authentique qu’elle passe en chose jugee ; en fin, ce n’est qu’une glosse.

7. Et ces falsifications que vous allegues ne sont en point de façon suffisantes pour abolir l’authorité de ces Livres, par ce qu’ilz ont esté justifiés et espurés de toute corruption avant que l’Eglise les receut. Certes, tous les Livres de la Saint’Escriture ont esté corrompuz par les anciens ennemis de l’Eglise, mais, par la providence de Dieu, ilz sont demeurés francz et netz en la main de l’Eglise comm’un sacré depost, et jamais on n’a peu gaster tant d’exemplaires quil n’en soit asses demeuré pour restaurer les autres.

8. Mays vous voules sur tout que les Maccabees nous tumbe des mains, quand vous dittes qu’ilz ont estés corrompuz ; or, puysque vous n’avances qu’une simple affirmation, je n’y pareray que par une simple negation.

9. Saint Hiérosme dict qu’il n’a sceu trouver le 2. en Hebreu ; et bien, que le premier y soit ; le second n’est que comme une epistre que les Anciens d’Israel envoyerent aux freres Juifz qui estoyent hors la Judee, et si ell’est escrite au langage le plus conneu et commun de ce tems-la, s’ensuit-il qu’elle ne soit pas recevable ? Les Aegyptiens avoyent en usage le langage grec beaucoup plus que l’hebreu, comme monstra bien Ptolemee quand il procura la version des 72 ; voyla pourquoy ce 2. Livre des Maccabees, qui estoit comme une epistre ou commentaire envoyé pour la consolation des Juifz qui habitoyent en Egipte, a esté escrit en Grec plus tost qu’en Hebreu.

10. Reste que les nouveaux praefaceurs monstrent ces fausetés desquelles ilz accusent ces Livres, ce qu’a la verité ilz ne feront jamais ; mays je les voys venir : ilz produiront l’intercession des Saintz, la priere pour les trepassés, le franc arbitre, l’honneur des reliques et semblables pointz, qui sont expressement confirmés es Livres des Maccabees, en l’Ecclesiastique et autres Livres quilz praetendent apocriphes. Prenes garde, pour Dieu, que vostre jugement ne vous trompe ; pourquoy, je vous prie, apelles vous faucetés ce que totue l’antiquité a tenu pour articles de foy ? que ne censures vous doctrine de ces Livres, que de censurer ces Livres, receuz de si long tems, par ce quilz ne secondent pas a vos humeurs ? parce que vous ne voules pas croire ce que les Livres enseignent, vous les condamnes ; et que ne condamnes vous plustost vostre temerité, qui se rend incredule a leurs enseignemens ?

Voyla, ce me semble, toutes vos raysons esvanou es, et n’ensçauries produire d’autres ; mays nous sçaurons bien dire, que sil est ainsy loysible indifferemment de rejetter ou revoquer en doute l’authorité des Escritures desquelles on a douté pieça, quoy que l’Eglise en a e determiné, il faudra rejetter ou douter d’une grande partie du Viel et du Nouveau Testament. Ce n’est donq pas un petit gain a l’ennemy du Christianisme, d’avoir de plein sault raclé en la Sainte Escriture tant de nobles parties. Passons outre.

ARTICLE V SECONDE VIOLATION DES ESCRITURES PAR LA REGLE QUE LES REFORMEURS PRODUISENT POUR DISCERNER LES LIVRES SACRES D’AVEC LES AUTRES ET DE QUELQUES MENUS RETRANCHEMENS D’ICEUX QUI S’EN ENSUIVENT

Le marchand rusé tient en monstre les moindres pieces de sa boutique, et les offre les premieres aux acheteurs, pour essayer s’il les pourra deduire et vendre a quelque niais. Les raysons que les reformeurs ont avancees au chapitre precedent ne sont que biffes, comme nous avons veu, desquelles on se sert comme d’amusement, pour voir si quelque simple et foible cervelle s’en voudroit contenter : et de faict, quand on vient au joindre, ilz confessent que ni l’authorité de l’Eglise, ni de saint Hierosme, ni de la Glosse, ni du Caldee, ni de l’Hebreu, n’est pas cause suffisante pour recevoir ou rejetter quelque escriture. Voicy leur protestation en la Confession de foy presentee au Roy de France par les François pretendus reformés : apres qu’ilz ont mis en liste, en l’Article troisiesme, les Livres qu’ilz veulent recevoir, ilz escrivent ainsy en l’Article quatriesme : " Nous connoissons ces Livres estre canoniques et regle tres certaine de nostre foy, non tant par le comun accord et consentement de l’Eglise, que par le tesmoignange et persuasion interieure du Saint Esprit, qui nous les faict discerner d’avec les autres livres ecclesiastiques. Quittans donques le champ des raysons precedentes pour se mettre a couvert, ilz se jettent dans l’interieure, secrette et invisible persuasion qu’ilz estiment estre faicte en eux par le Saint Esprit.

Or, a la verité, c’est bien procedé a eux de ne vouloir s’appuyer en cest article sur le commun accord et consentement de l’Eglise ; puysque ce commun accord a canonisé l’Ecclesiastique, les Livres des Macchabees, tout autant et aussitost que l’Apocalipse, et neantmoins ilz veulent recevoir celuy ci et rejetter ceux la : Judith, authorisé par le grand premier et irreprochable Concile de Nicee, est biffé par les reformeurs ; ilz ont donques rayson de confesser qu’en la reception des Livres canoniques, ilz ne reçoivent point l’accord et consentement de l’Eglise, qui ne fut onques plus grand ni solemnel qu’en ce premier Concile. Mais pour Dieu, voyes la ruse. " Nous connoissons ", disent ilz, " ces Livres estre canoniques, non tant par le commun accord de l’Eglise " : a les ou r parler, ne diries vous pas qu’au moins en quelque façon ilz se laissent guider a l’Eglise ? Leur parler n’est pas franc : il semble qu’ilz ne refusent pas du tout credit au commun accord des Chrestiens, mais que seulement ilz ne le reçoivent pas a mesme degré que leur persuasion interieure, et neantmoins ilz n’en tiennent aucun conte ; mais ilz vont ainsy retenus en leur langage pour ne paroistre pas du tout incivilz et desraysonnables. Car, je vous prie, s’ilz deferoient tant soit peu a l’authorité ecclesiastique, pourquoy recevroient ilz plustost l’Apocalipse que Judith ou les Macchabees, desquelz saint Augustin et saint Hierosme nous sont fideles tesmoins qu’ilz ont esté receuz unanimement de toute l’Eglise Catholique ? et les Conciles de Carthage, Trulles, de Florence, nous en asseurent. Pourquoy disent ilz donques, qu’ilz ne reçoivent pas les Livres sacrés " tant par le commun accord de l’Eglise que par l’interieure persuasion " ? puysque le commun accord de l’Eglise n’y a ni rang ni lieu. C’est leur coustume, quand ilz veulent produire quelque opinion estrange, de ne parler pas clair et net, pour laisser a penser aux lecteurs quelque chose de mieux. Maintenant, voyons quelle regle ilz ont pour discerner les Livres canoniques d’avec les autres ecclesiastiques : " le tesmoignage ", disent ilz, " et persuasion interieure du Saint Esprit ". O Dieu, quelle cachette, quel brouillart, quelle nuict ; ne nous voyla pas bien esclaircis en un si important et grave different ? On demande comme l’on peut connoistre les Livres canoniques, on voudroit bien avoir quelque regle pour les discerner, et l’on nous produit ce qui se passe en l’interieur de l’ame, que personne ne voit, personne ne connoit, sinon l’ame mesme et son Createur.

monstres moy clairement que ces inspirations et persuasions que vous pretendes sont du saint et non du faint esprit ; qui ne sçait que l’esprit de tenebres comparoit bien souvent en habit de lumiere ?

Monstres moy clayrement que, lhors que vous me dites que telle et telle inspiration se passe en vostre conscience, vous ne mentes point, vous ne me trompes point. Vous dites que vous sentes ceste persuasion en vous, mais pourquoy suis je obligé de vous croire ? vostre parole est elle si puissante, que je sois forcé sous son authorité de croire que vous penses et sentes ce que vous dites ? je veux vous tenir pour gens de bien, mais quand il s’agit des fondemens de ma foy, comme est de recevoir ou rejetter les Escrotures ecclesiastiques, je ne trouve ni vos pensees ni vos paroles asses fermes pour me servir de base.

Cest esprit faict il ses persuasions indifferemment a chacun, ou seulement a quelques uns en particulier ? si a chacun, et que veut dire que tant de milliades de Catholiques ne s’en sont jamais aperceuz, ni tant de femmes, de laboureurs et autres parmi vous ? si c’est a quelques uns en particulier, monstres les moy, je vosu prie, et pourquoy a ceux la plus tost qu’aux autres ? quelle marque me les fera connoistre et trier de la presse du rste des hommes ? Me faudra il croire au prmier qui dira d’en estre ? ce seroit trop nous mettre a l’abandon et a la mercy des seducteurs : monstres moy donques quelque regle infaillible pour connoistre ces inspirés et persuadés, ou me permettes que je n’en croye pas un.

Mays en conscience, vous semble il que l’interieure persuasion soit un moyen suffisant pour discerner les Saintes Escritures, et mettre les peuples hors de doute ? Que veut donq dire que Luther racle l’Epistre de saint Jaques, laquelle Calvin reçoit ? accordes un peu , je vous prie, cest esprit et sa persuasion, qui persuade a l’un de rejetter ce qu’il persuade a l’autre de recevoir. Vous dires peut estre que Luther se trompe, il en dira tout autant de vous ; a qui croire ? Luther se moque de l’Ecclesiaste, il tient Job pour fable ; luy opposeres vous vostre persuasion ? il vous opposera la sienne : ainsy cest esprit, se combattant soy mesme, ne vous laissera autre resolution que de vous bien opiniastrer de part et d’autre.

Puys, quelle rayson y a il que le Saint Esprit aille inspirant ce que chacun doit croire a des je ne sçay qui, a Luther, a Calvin, ayant abandonné sans aucune telle inspiration les Conciles et l’Eglise toute entiere ? Nous ne nions pas, pour parler clairement, que la connoissance des vrays Livres sacrés ne soit un don du Saint Esprit, mays nous disons que le Saint Esprit la donne aux particuliers par l’entremise de l’Eglise. Certes, quand Dieu auroit revelé mille fois une chose a quelque particulier nous ne serions pas obligés de le croire, sinon que Dieu le marquast tellement que nous ne puissions plus revoquer en doute sa fidelité ; mays nous ne voyons rien de tel en vos reformeurs. En un mot, c’est a l’Eglise generale que le Saint Esprit addresse immediatement ses inspirations et persuasions, puys, par la praedication de l’Eglise, il les communique aux particuliers ; c’est l’Espouse en laquelle le laict est engendré, puys les enfans le succent de ses mammelles : mays vous voules, au rebours, que Dieu inspire aux particuliers, et par leur moyen a l’Eglise, que les enfans reçoivent le laict, et que la mere soit nourrie a leurs tetins ; chose absurde.

Or, si l’Escriture n’est violeee et sa majesté lezee par l’establissement de ces interieures et particulieres inspirations, jamais elle ne fut ni ne sera violëe ; car ainsy la porte est ouverte a chacun de recevoir ou rejetter des Escritures ce que bon luy semblera. Hé de grace, pourquoy permettra on plus tost a Calvin de racler la Sapience ou les Maccabees, qu’a Luther de lever l’Epistre de saint Jaques ou l’Apocalipse, ou a Castalio, le Cantique des Cantiques, ou aux Anabaptistes, l’Evangile de saint Marc, ou a un autre, la Genese et l’Exode ? si tous protestent de l’interieure revelation, pourquoy croira l’on plustost l’un que l’autre ? Ainsy ceste Regle sacree, sous praetexte du Saint Esprit demeurera desreglee, par la temerité de chaque seducteur.Connoises, je vous prie, le stratageme. On a levé tout’authorité a la Tradition, a l’Eglise, aux Conciles ; que demeure il plus ? l’Escriture. L’ennemy est fin ; s’il la vouloit arracher tout a coup il donneroit l’alarme ; il establit un moyen certain et infallible pour la lever piece a piece tout bellement, c’est ceste opinion de l’interieure inspiration, par laquelle chacun peut recevoir ou rejetter ce que bon luy semble : et de faict, voyes un peu le progres de ce dessein. Calvin oste et racle du canon, Baruch, Tobie, Judith, la Sapience, l’Ecclesiastique, les Maccabees : Luther leve l’Epistre de saint Jaques, de saint Jude, la 2. de saint Pierre, la 2. et 3. de saint Jan, l’Epistr’aux Hebreux ; il se mocque de l’Ecclesiaste, et tient Job pour fable. En Daniel, Calvin a biffé le cantique des trois enfans, l’histoire de Susane et celle du dragon de Bel ; item, une grande partie d’Hester. En l’Exode on a levé, a Geneve et ailleurs parmi ces reformeurs, le 22. verset du 2d chapitre, lequel est de telle substance que ni les 70 ni les autres traducteurs ne l’auroyent jamais escrit sil n’eut esté es originaux. De Beze met en doute l’histoire de l’adultere, en l’Evangile de saint Jan (saint Augustin advise que pieça les ennemis du Christianisme l’avoyent ra é de leurs livres, mais non pas de tous, comme dict saint Hierosme). Es misterieuses parolles de l’Eucharistie, ne veut on pas esbranler l’authorité de ces motz, Qui pro vobis funditur (Luc 22, 20), par ce que le texte grec monstre clairement que ce qui estoit au calice n’estoit pas vin, mais le sang du Sauveur ? comme qui diroit en françois, Ceci est la coupe du nouveau testament en mon sang, laquelle sera respandue pour vous ; car en ceste façon de parler, ce qui est en la coupe doit estre le vray sang, non le vin, puysque le vin n’a pas esté respandu pour nous, mais le sang, et que la coupe ne peut estre versee qu’a rayson de ce qu’elle contient. Qui est le couteau avec lequel on a faict tant de retranchemens ? l’opinion de ces inspirations particulieres ; qu’est ce qui faict si hardis vos reformeurs a racler, l’un ceste piece, l’autre celle la, et l’autre un’autre ? le pretexte de ces interieures persuasions de l’esprit, qui les rend sauverains, chacun chez soy, au jugement de la validité ou invalidité des Escritures.Au contraire, Messieurs, saint Augustin proteste : " Ego vero Evangelio non crederem, nisi me Catholicae Ecclesiae commoveret authoritas : Je ne croirois pas a l’Evangile si l’authorité de l’Eglise Catholique ne m’esmouvoit " ; et ailleurs : " Novum et Vetus Testamentum in illo Librorum numero recipimus quem sanctae Ecclesiae Catholicae tradit authoritas : Nous recevons le Viel et le Nouveau Testament au nombre de Livres que l’authorité de la saint’Eglise Catholique propose.

" Le Saint Esprit peut inspirer que bon luy semble, mays quand a l’establissement de la foy publique et generale des fideles, il ne nous addresse qu’a l’Eglise ; c’est a elle de proposer quelles sont les vrayes Escritures, et quelles non : non qu’elle puysse donner verité ou certitude a l’Escriture, mays elle peut bien nous faire certains et asseurés de la certitude d’icelle. L’Eglise ne sçauroit rendre un livre canonique sil ne l’est, mais elle peut bien le faire reconnoistre pour tel, non pas changeant la substance du livre, mays changeant la persuasion des Chrestiens, la rendant tout’asseuree de ce dont ell’estoit douteuse. Que si jamais nostre Redempteur defend son Eglise contre les portes d’enfer, si jamais le Saint Esprit l’inspire et conduit, c’est en ceste occasion ; car ce seroit bien la laisser du tout et au besoin, sil la laissoit en ce cas duquel depend le gros de nostre religion. Pour vray, nous serions tres mal asseurés si nous appyions nostre foy sur ces particulieres inspirations interieures, que nous ne sçavons si elles sont ou furent jamais que par le tesmoigange de certains particuliers ; et supposé qu’elles soyent ou ayent esté, nous ne sçavons si elles sont du vray ou faux esprit ; et supposé qu’elles soyent du vray esprit, nous ne sçavons si ceux qui les recitent les recitent fidellement ou non, puys qu’ilz n’ont aucune marque d’infallibilité. Nous meriterions d’estre abismés, si nous nous jettions hors le navire de la publique sentence de l’Eglise, pour voguer dans le miserabl’esquif de ces persuasions particulieres, nouvelles, discordantes ; nostre foy ne seroit plus Catholique, ains particuliere.Mais avant que je parte d’icy, je vous prie, reformeurs, dittesm oy ou vous aves pris le canon des Escritures que vous suives. Vous ne l’aves pas pris des Juifz, car les Livres Evangeliques n’y seroyent pas, ni du Concile de Laodicee, car l’Apocalipse n’y seroit pas, ni du Concile de Cartage ou de Florence, car l’Ecclesiastique et les Maccabees y seroyent ; ou l’aves vous donq pris ? Pour vray, jamais il ne fut parlé de semblable canon avant vous ; l’Eglise ne vit onques canon des Escritures ou il n’y eut ou plus ou moins qu’au vostre : quelle apparence i a il que le Saint Esprit se soit recelé a toute l’antiquité, et qu’appres 1500 il ait descouvert a certains particuliers le roolle des vrayes Escritures ? Pour nous, nous suyvons exactement la liste du Concile Laodicean, avec l’addition faitte au Concile de Cartage et de Florence ; jamais homme de jugement ne laissera ces Conciles, pour suivre les persuasions des particuliers.Voyla donq la fontaine et la source de toute la violation qu’on a faict de ceste sainte Regle ; c’est quand on s’est imaginé de ne la recevoir qu’a la mesure et regle des inspirations que chacun croit et pense sentir.ARTICLE VICOMBIEN LA MAJESTE DES SAINTES ESCRITURES A ESTE VIOLEE ES INTERPRETATIONS ET VERSIONS DES HAERETIQUESAffin que les religionnaires de ce tems desreglassent du tout ceste premiere et tressainte Regle de nostre foy, ilz ne sont pas contentés de l’accourcir et defaire de tant de belles pieces, mays l’ont contournee et detournee chacun a sa poste, et au lieu d’adjuster leur sçavoir a ceste regle, ilz l’ont reglëe elle mesme a l’esquerre de leur propre suffisance, ou petite ou grande. L’Eglise avoit genralement receu, il y a plus de mill’ans, la version latine que l’Eglise Catholique produit, saint Hierosme, tant sçavant homme, en estoit l’autheur ou le correcteur ; quand voicy en nostr’aage s’eslever un espais brouillart de l’esprit de tournoyement (Is 19, 14), lequel a tellement esblouy ces regrateurs de vielles opinions qui ont couru cy devant, que chacun a voulu tourner, qui d’un costé qui d’autre, et chacun au biais de son jugement, ceste sainte sacrëe Escriture de Dieu : en quoy, qui ne voit la prophanation de ce vase sacré de la sainte lettre, dans laquelle se conservoit le precieux basme de la doctrine Evangelique ? Car, n’eust ce pas esté prophaner l’Arche de l’alliance, si quelqu’un eust voulu maintenir qu’un chacun la pouvoit prendre, la porter chez soy et la demonter toute et depecer, puys lui bailler telle forme qu’il eust voulu, pourveu quil y eust quelque apparence d’Arche ? et qu’est ce autre chose soustenir que l’on peut prendre les Escritures, les tourner et accomoder chacun selon sa suffisance ? Et neanmoins, des lors qu’on asseure que l’edition ordinaire de l’Eglise est si difforme quil la faut rebastir tout a neuf, et qu’un homme particulier y met la main et commence ce train, la porte est ouverte a la temerité : car si Luther l’ose faire, et pourquoy non Erasme ? et si Erasme, pourquoy non Calvin ou Melancthon ? pourquoy non Henricus Mercerus, Sebastien Castalio, Beze, et le reste du monde ? pourveu qu’on sache quelques vers de Pindare, et quatre ou cinq motz d’Hebreu, au pres de quelques bons Tresors de l’une et l’autre langue. Et comme se peuvent faire tant de versions, par si differentes cervelles, sans la totale eversion de la sincerité de l’Escriture ?Que dites vous ? que l’edition ordinaire est corrompue ? Nous avoüons que les transcriveurs et les imprimeurs y ont layssé couler certains aequivoques, de fort peu d’importance (si toutefois il y a rien en l’Escriture qui puysse estre dict de peu d’importance), lesquelz le Concile de trente (sess IV) commande estre levés, et que d’ores en avant on prene garde a la faire imprimer le plus correctement quil sera possible ; au reste, il n’y a rien qui ny soit tres sortable au sens du Saint Esprit qui en est l’autheur : comme ont monstré ci devant tant de doctes gens des nostres (Genbrard, in praef Psalt et in Psalt ; Titelman in Prol Apologetico ; Toletan, in I pag Apol. ; Belarminus (Controv De Verbo Dei, l 2, c 9-14), et alii) , qui se sont opposés a la temerité de ces nouveuax formateurs de religion, que ce seroit perdre tems d’en vouloir parler davantage ; outre ce que ce seroit folie a moy de vouloir parler de la naifveté des traductions, qui ne sceuz jamais bonnement lire avec les pointz en l’une des langues necessaires a ceste connoisance, et ne suys guere plus sçavant en l’autre. Mays quoy ? qu’aves vous faict de mieux ? chacun a prisé la sienne, chacun a mesprisé celle d’autruy ; on a tournaïllé tant qu’on a voulu, mays personne ne se conte de la version de son compaignon : qu’est ce autre chose que renverser la majesté de l’Escriture, et la mettre en mespris vers les peuples, qui pensent que ceste diversité d’editions vienne plutost de l’incertitude de l’Escriture que de la bigarrure des traducteurs ? bigarrure laquelle seule nous doit mettre en asseurance de l’ancienne traduction, laquelle, comme dict le Concile, l’Eglise a si longuement, si constamment et si unanimement approuvëe.ARTICLE VIIDE LA PROPHANATION ES VERSIONS VULGAIRESQue sil en va ainsy des versions latines, combien est grand le mespris et prophanation qui s’est faict es versions françoises, alemandes, polonnoises et autres langues : et neanmoins voicy un des plus pregnans artifices que l’ennemi du Christianisme et d’unité ait employé en nostr’aage pour attirer les peuples a ses cordelles ; il connoissoit la curiosité des hommes, et combien chacun prise son jugement propre, et partant il a induict tous les sectaires a traduire les Saintes Escritures, chacun en la langue de la province ou il se cantonne, et a maintenir ceste non jamais ou e opinion, que chacun estoit capable d’entendre les Escritures, que tous les devoyent lire, et que les offices publiques se devoyent celebrer et chanter en la langue vulgaire de chaque province.Mays qui ne voit le stratageme ? il ni a rien au monde qui passant par plusieurs mains ne s’altere et perde son premier lustre . Le vin qu’on a beaucoup versé et reversé s’esvente et perd sa force, la cire estant maniee change couleur, la mono e en perd ses caracteres ; croyes aussy que l’Escriture Sainte, passant par tant de divers verseurs, en tant de versions et reversions, ne peut qu’elle ne s’altere. Que si aux versions latines il y a tant de varieté d’opinions entre ces tournoyeurs, combien y en a il davantage es editions vulgaires et materneeles d’un chacun, esquelles chacun ne peut pas reprendre ni conteroller. C’est une bien grande licence a ceux qui traduysent, de sçavoir quilz ne seront point conterollés que par ceux de leur province mesme ; chaque province n’a pas tant d’yeux clairvoyans comme la France et l’Allemaigne. " Sçavons nous bien ", dict un docte prophane, " qu’en Baisque et en Bretaigne il y ait des juges asses pour establir cette traduction faicte en leur langue ? l’Eglise universelle n’a point de plus ardu jugement a faire " (Montaigne, l 1 c 56). C’est l’intention de Satan de croompre l’integrité de cest testament ;

il sçait ce quil importe de troubler la fontaine et de l’empoysonner, c’est gaster toute la troupe aegalement.Mays disons candidement ; ne sçavons nous pas que les Apostres parloyent toutes les langues (Act 2, 9-11) ? et que veut dire quilz n’escrivirent leurs Evangiles et Epistres qu’en Hebrieu, comme saint Hierosme atteste de l’Evangile de saint Matthieu(praefat. In Math), en Latin, et en Grec, comm’on tient des autres Evangiles ; qui furent les trois langues choysies (Ex pontificali Damasi, in vita Petri (Concilia an 43) ; Hilar, Praef in Psalmos 15), des la Croix mesme de Nostre Seigneur, pour la praedication du Crucifix ? Ne proterent ilz pas l’Evangile par tout le monde, et au monde ny avoit il point d’autre langage que ces trois la ? si avoit la verité (Act 2, 11), et neanmoins ilz ne jugerent pas estre expedient de diversifier en tant de langues leurs escritz : qui mesprisera donques la coustume de nostre Eglise, qui a pour son garand l’imitation des Apostres ? Dequoy nous avons une notable trace et piste en l’Evangile : car le jour que Nostre Seigneur entra en Hierusalem, les troupes alloyent criant, Osanna filio David ; bendictus qui venit in nomine Domini ; osanna in excelsis (Mat 21, 9) ; et ceste parole, Osanna, a estëe laissëe en son entier parmi les textes grecz de saint Marc et saint Jan, signe que c’estoit la mesme parole du peuple : or est il que Osanna, ou bien Osianna (l’un vaut l’autre, disent les doctes en la langue (Genbrard, in Psal. 117, 24), est une parole hebraique, non siriacque, prise, avec le reste de ceste louange la qui fut donnëe a Nostre Seigneur, du Psalme 117. Ces peuples, donques, avoyent accoustumé de dire les Psalmes en Hebrieu, et neanmoins l’Hebreu n’estoit plus leur langue vulgaire, ainsy qu’on peut connoistre de plusieurs paroles dites en l’Evangile par Nostre Seigneur, qui estoyent siriacques, que les Evangelistes ont gardees, comme Abba, Haceldema, Golgotha, Pascha et autres, que les doctes tiennent n’estre pas hebraiques pures mais siriaques, quoy qu’elles soient appellees hebraiques par ce que c’estoit le langage vulgaire des Hebreux de la captivité de Babiloyne . Laquelle, outre le grand poids qu’elle doit avoir pour contrebalancer a toutes nos curiosités, a une rayson que je teins pour tres bonne ; c’est que ces autres langues ne sont point reglëes, mays dville en ville se changent en accens, en frases et en paroles, elles se changent de sayson en sayson, et de siecle en siecle. Qu’on prenne en main les Memoyres du sire de Joinville, ou encores celles de Philippe de Commines ; on verra que nous avons du tout changé leur langage : qui neantmoins devoient être des plus politz de leur tems, estans tous deux nourris en court.

ARTICLE VII DE LA PROPHANATION ES VERSIONS VULGAIRES

Que sil en va ainsy des versions latines, combien est grand le mespris et prophanation qui s’est faict es versions françoises, alemandes, polonnoises et autres langues :

et neanmoins voicy un des plus pregnans artifices que l’ennemi du christianisme et d’unité ait employé en nostr’aage pour attirer les peuples a ses cordelles ; il connoissoit la curiosité des hommes, et combien chacun prise son jugement propre, et partant il a induict tous les sectaires a traduire les Saintes Escritures, chacun en la langue de la province ou il se cantonne, et a maintenir ceste non jamais ou e opinion, que chacun estoit capable d’entendre les Escritures, que tous les devoyent lire, et que les offices publiques se devoyent celebrer et chanter en la langue vulgaire de chaque province.

Mays qui ne voit le stratageme ?

il ni a rien au monde qui passant par plusieurs mains ne s’altere, et perde son premier lustre. Le vin qu’on a beaucoup versé et reversé s’esvente et perd sa force, la cire estant maniee change couleur, la mono e en perd ses caracteres ;croyes aussy que l’Escriture Sainte, passant par tant de divers verseurs, en tant de versions et reversions, ne peut qu’elle ne s’altere. Que si aux versions latines il y a tant de varieté d’opinions entre ces tournoyeurs, combien y en a il davantage es editions vulgaires et maternelles d’un chacun, esquelles chacun ne peut pas reprendre ni conteroller. C’est une bien grande licence a ceux qui traduysent, de sçavoir quilz ne seront point conterollés par ceux de leur province mesme ; chaque province n’a pas tant d’yeux clairvoyans comme la France et l’Allemaigne. " Sçavons nous bien ", dict un docte prophane (Montaigne, l I c LVI ), " qu’en pistres qu’en Basque et en Bretaigne il y ait des juges asses pour establir ceste traduction faicte en leur langue ? l’Eglise universelle n’a point de plus ardu jugement a faire ". C’est l’intention de Satan de corrompre l’integrité de cest testament ; il sçait ce quil importe de troubler la fontaine et de l’empoysonner, c’est gaster toute la troupe aegalement.

Mays disons candidement ; ne sçavons nous pas que les Apostres parloyent toutes langues (Act 2, 9-11) ? et que veut dire quilz n’escrivirent leurs Evangiles et Epistres qu’en Hebrieu, comme saint Hierosme atteste de l’Evangile de saint Matthieu (Praefat in Math) , en Latin, comme quelques uns pensent de celuy de saint Marc, et en Grec, comm’on tient des autres Evangiles ; qui furent les trois langues choysies (Ex Pontificali Damasi, in vita Petri Concilia an. 43 ; Hilar, Praef in Psalmos 15), des la Croix mesme de Nostre Seigneur, pour la praedication du Crucifix ? Ne porterent ilz pas l’Evangile par tout le monde, et au monde ny avoit il point d’autre langage que ces trois la ? si avoit a la verité (Act 2, 11), et neanmoins ilz ne jugerent pas estre expedient de diversifier en tant de langues leurs escritz : qui mesprisera donques la coustume de nostre Eglise, qui a pour son garand l’imitation des Apostres ? Dequoy nous avons une notable trace et piste en l’Evangile : car le jour que Nostre Seigneur entra en Hierusalem, les troupes alloyent criant, Osanna filio David ; bendictus qui venit in nomine Domini ; osanna in excelsis (Mat 21, 9) ; et ceste parole, Osanna, a estëe laissëe en son entier parmi les textes grecz de saint Marc et saint Jan, signe que c’estoit la mesme parole du peuple : or est il que Osanna, ou bien Osianna (et l’un vaut l’autre, disent les doctes en la langue (Genebrard in Psal CXVII, 24), est une parole hebraique, non siriacque, prise, avec le reste de ceste louange la qui fut donnëe a Nostre Seigneur, du Psalme 117 (v 24). Ces peuples, donques, avoyent accoustumé de dire les Psalmes en Hebrieu, et neanmoins l’Hebreu n’estoit plus leur langue vulgaire, ainsy qu’on peut connoistre de plusieurs paroles dites en l’Evangile par Nostre Seigneur, qui estoyent siriacques, que les Evangelistes ont gardees, comme Abba, Haceldema, Golgotha, Pascha, et autres, que les doctes tiennent n’estre pas hebraiques pures mais siriacques, quoy qu’elles soient appellees hebraiques par ce que c’estoit le langage vulgaire des Hebreux des la captivité de Babiloyne. Laquelle, outre le grand poids qu’elle doit avoir pour contrebalancer a toutes nos curiosités, a une rayson que je tiens pour tres bonne ; c’est que les autres langues ne sont point reglëes, mays de ville en ville se changent en accens, en frases et paroles, elles se changent de sayson en sayson, et de siecle en siecle. Qu’on prenne en main les Memoyres du Sire de Joinville, ou encores celles de Philippe de Commines ; on verra que nous avons du tout changé leur langage : qui neantmoins devoient être des plus politz de leur tems, estans tous deux nourris en court. Si donques il nous failloit avoir (sur tout pour les services publiqs) des bibles chacun en son langage, de cinquant’ans en cinquante il faudroit remuer mesnage, et tousjours en adjoustant, levant ou changeant une bonne partie de la naifveté sainte de l’Escriture, qui ne se peut faire sans grande perte. Bref, c’est chose plus que raysonnable qu’une si sainte Regle comm’est la sainte Parole, soit conservëe es langues reglëes, car elle ne pourroit se maintenir en ceste parfaitte integrité es langues bastardes et desreglees.

Mays je vous advise que le saint Concile de Trente (Reg IV lib prohibit) ne rejette pas les traductions vulgaires imprimëes par l’authorité des ordinaires, seulement il commande qu’on n’entreprene pas de les lire sans congé des superieurs ; ce qui est tres raisonnable, pour ne mettre pas ce couteau, tant affilé et tranchant a deux costés (Heb 4, 12), en la main de qui s’en pourroit esgorger soymesme, dequoy nous parlerons cy apres (Art X) ; et partant il ne trouve pas bon que chacun qui sçait lire, sans autr’asseurance de sa capacité que celle qui prend de sa temerité, manie ce sacré memorial. " Ni n’est certes rayson ", me souviens je avoir leu un essay du Sr de Montaigne (ubi sup p180), " de voir tracasser ", entre les mains de toutes personnes, " par une salle et par une cuysine, le saint Livre des sacrés misteres de nostre creance ; ce n’est pas en passant et tumultuairement quil faut manier un estude si serieux et venerable ; ce doit estre un’action destinee et rassise, alaquelle on doit tousjours adjouster ceste praeface de nostr’office, Sursum corda, et y apporter le cors mesme, disposé en contenance qui tesmoigne une particuliere attention et reverence. Et " crois davantage ", dict il, " que la liberté a chacun de " le traduire, et " dissiper une parole si religieuse et importante a tant de sortes d’idiomes, a beaucoup plus de danger que d’utilité ".

ARTICLE VIII DE LA PROPHANATION QUI SE FAICT EN EMPLOYANT LA LANGUE VULGAIRE AUX OFFICES PUBLICS

Le Concile defend (Sess XXII cap 8 et cap 9, can. 9) aussy que les services publiqs de l’Eglise ne se facent pas en vulgaire, mays en langue reglëe, chacun selon les anciens formulaires approuvés par l’Eglise. Ce desvit prend en partie ses raysons de ce que j’ay ja dict ; car, s’il n’est pas expedient de traduire ainsy a tous propos de province en province le texte sacré de l’Escriture, la plus grande partie, et quasi tout ce qui est es offices, estant pris de la Sainte Escriture, il n’est pas convenable de le mettre nomplus en françois : sinon quil y a d’autant plus de danger de reciter es services publiqs la Saint’Escriture en vulgaire, que non seulement les vieux mays les jeunes enfans, non seulement les sages mais les folz, non seulement les hommes mais les femmes, et, en somme, qui sçait et ne sçait lire, pourroyent tous y prendre occasion d’errer, chacun a son goust. Lises les passages de David ou il semble quil murmure contre Dieu de la prosperité des mauvais ; vous verres l’indiscret vulgaire s’en flatter en ses impatiences : lises la ou il semble demander vengeance sur ses ennemis ; et l’esprit de vengeance s’en affeublera : lises voir ces celestes et tresdivines amours es Cantiques des Cantiques ; qui ne sçaura les bien spiritualizer n’en prouffitera qu’en mal (2 Tim 3, 13) et ce mot d’Osëe, Vade et fac tibi filios fornicationum (Osee 1, 2), et ces actes des anciens Patriarches, ne donneroyent ilz pas licence aux idiotz ?

Mays sachons un peu, de grace, pourquoy on veut avoir les Escritures et services divins en vulgaire. Pour y apprendre la doctrine ? mays certes, la doctrine ne s’en peut tirer si quelqu’un n’a ouvert l’escorce de la lettre, dans laquelle est contenue l’intelligence ; ce que je deduyray tantost en son lieu (Art X) : la predication sert a ce point, non la recitation du service ; en laquelle la Parole de Dieu est non seulement recitëe, mays exposëe par le pasteur. Mays qui est celuy, tant houppé soit il et ferré, qui entende sans estude les Propheties d’Ezechiel et autres, et les Psalmes ? et que servira donques aux peuples de les ouir, sinon pour les prophaner et mettre en doute ? et quand au reste, nous autres Catholiques ne devons en aucune façon reduire nos offices sacrés aux langages particuliers, ains plus tost, comme nostr’Eglise est universelle en tems et en lieux, elle doit aussi faire ses services publiqs en un langage qui soit de mesme universel en tems et en lieux, tel qu’est le Latin en Occident, le Grec en Orient ; autrement nos praestres ne sçauroyent dire Messe, ni les autres l’entendre, hors de leurs contrëes. L’unité et la grand’estendue de nos freres requiert que nous disions nos publiques prieres en un langage qui soit un a toutes nations ; en ceste façon nos prieres sont universelles, par le moyen de tant de gens qui en chaque province peuvent entendre le Latin ; et me semble en conscience que ceste seule rayson doit suffire, car, si nous contons bien, nos prieres ne sont pas moins entendues en Latin qu’en François. Car, divisons le cors d’une republique en trois parties, selon l’ancienne division françoise, ou, selon la nouvelle, en quatre. Il y a 4 sortes de personnes : les ecclesiastiques, les nobles, ceux de roubbe longue et le opulas ou 3e estat ;

les trois premiers entendent le latin ou le doivent entendre, silz ne le font, leur damp. Reste le 3e estat, duquel encores une partie l’entend ; le reste, pour vray, si on ne parle le propre barragouin de leur contrëe, a grand peyne pourroit il entendre le simple recit des Escritures. Ce tresexcellent theologien Robert Belarmin (In hac quaestione Controv . de Verbo Dei, l 2 , c 15) raconte, pour l’avoir appris de lieu tres asseuré, qu’une bonne femme, ayant ouy en Angleterre un ministre lire le chap 25 de l’Ecclesiastique (quoy quilz ne le tiennent si non pour ancien, non pour canonique), parce quil est, la, discouru de la mauvaistie des femmes, elle se leva, en disant : " Et quoy ? c’est la parole de Dieu ? mays du diable. " Il recite encores (ibidem), le prenant de Theodoret (l 4 Hist 17 al. 16), un bon et juste mot de saint Basile le Grand : l’escuyer de cuysine de l’Empereur voulut faire l’entendu a produire certains passages de l’Escriture ; Tuum est de pulmento cogitare, non dogmata divian decoquere (Vide locum Theodoreti) ; comme sil eust dict : mesles vous de gouster vos sauces, non pas de gourmander la divine Parole.

ARTICLE IX De la prophanation des Psaumes en suivant la version de Marot Et en les chantant partout indifféremment

Mays entre toutes les prophanations, il me semble que cellecy se faict voir a travers des autres, qu’es temples, publiquement et tout par tout, aux champs, aux boutiques, on chante la rimaillerie de Marot comme Psalmes de David. La seule insuffisance de l’autheur, qui n’estoit qu’un ignorant, la lasciveté de laquelle il tesmoigne par ses escritz, sa vie tres prophane et qui n’avoit rien moins que du Chrestien, meritoit qu’on luy refusast la frequentation de l’eglise ; et neanmoins son nom et ses psalmes sont comme sacrés en vos eglises, et les chante l’on parmi vous autres comme s’ils estoyent de David : la ou, qui ne voit combien est violëe la sacrëe Parole ? car le vers, sa mesure, sa contrainte ne permet pas qu’on suyve la proprieté des motz de l’Escriture, mays y mesle l’on du sien pour rendre le sens parfaict et comble, et a esté necessaire a cest ignorant rimeur de choisir un sens la ou il y en pouvoyt avoir plusieurs. Et quoy ? n’est ce pas une prophanation et violation extreme d’avoir laissé a ceste cervelle esventëe un jugement de si grande consequence, et puys suivre aussy estroittement le triage d’un basteleur, es prieres publiques, comm’on fit jamais jadis l’interpretation des 70, qui furent si particulierement assistés du Saint Esprit ? combien de motz, combien de sentences couche il la dedans, qui ne furent jamais en l’Escriture ; c’est bien autre que de prononcer mal scibolleth. Toutefois, on sçait bien quil ni a rien qui ayt tant chatouïllé ces curieux, et surtout les femmes, que ceste authorité de chanter en l’eglise et assemblëe. Certes, nous ne refusons a personne de chanter avec le chœur, modestement et decemmment ; mays il semble plus convenables que les ecclesiastiques et deputés chantent pour l’ordinaire, comm’il fut faict a la dedicace du Temple de Salomon, 2 Paral 7, 6. O que l’on se plaict a faire voir sa voix es eglises : mays vous trahit on pas en ces chantemens qu’on vous faict faire ? Je n’ay ni la commodité ni le loysir de poursuivre le reste ; quand vous cries ces vers du Psalme 8, ut sup.

Et quand a ceste façon de faire chanter indifferemment , en tous lieux et en toutes occupations, les Psalmes, qui ne voit que c’est un mespris de religion ? N’est ce pas offencer la Majesté divine, de luy parler avec des paroles tant exquises comme celles des Psalmes sans aucune reverence ni attention ? dire des prieres par voye d’entretien, n’est ce pas se mocquer de Celuy a qui on parle ? Quand on voit, ou a Geneve ou ailleurs, un garçon de boutique se jouer au chant de ces Psalmes, et rompre le fil d’une tres belle priere pour dire, Monsieur, que vous plaict il ? ne connoist on pas bien qu’il faict un accessoire du principal, et que ce n’est sinon pour passetems quil chante ceste divine chanson, quil croit neantmoins estre du Saint Esprit ? Ne faict il pas bon voir ces cuysiniers chanter les Psalmes de la Poenitence de David, et demander chasque verset le lart, le chapon, la perdrix ? Ceste voix, dict des Montaignes, " est trop divine pour n’avoir autre usage que d’exercer les poulmons et plaire aux oreilles ". Je confesse qu’en particulier tous lieux sont bons a prier et toute contenance qui n’est pas peché, pourveu qu’on prie d’esprit, par ce que Dieu voit l’interieur, auquel gist la principale substance de l’orayson ; mays je crois que qui prie en publiq doit faire demonstration exterieure de la reverence que les paroles quil profere demandent ; autrement il scandalize le prochain, qui n’est pas tenu de penser quil ayt de la religion en l’interieur, voyant le mespris en l’exterieur.

Je tiens, donques, que tant pour chanter comme Psalmes divins ce qui est bien souvent fantasie de Marot, que pour le chanter irreveremment et sans respect, on peche tressouvent, en vostre tant reformëe eglise, contre ceste parole, Spiritus est Deus, et eos qui adorant eum in spiritu et veritate oportet adorare (Jean 4, 24) : car, outre ce qu’en ces psalmes vous attribues au Saint Esprit bien souvent les conceptions de Marot, contre la verité, la bouche aussy crie, par mi les rues et les cuysines, o Seigneur, o Seigneur, que le cœur ni l’esprit n’y sont point , mays au traffiq et au gain ; et, comme dict Isaïe (29, 13) , vous vous eslances de bouche vers Dieu, et le glorifies de vos levres, mays vostre cœur est bien loin de luy, et vous le craignes selon les commandemens et doctrines des hommes. Pour vray, cest inconvenient de prier sans devotion arrive bien souvent aux Catholiques, mais ce n’est pas par l’adveu de l’Eglise, et je ne reprens pas maintenant les particuliers de vostre parti, mais le cors de vostre eglise, laquelle par ses traductions et libertés met en usage prophane ce qui devroit estre en tres grande reverence.

Au chapitre 14 de la I. aux Corinthiens, Mulieres in ecclesia taceant (v 34) semble s’entre aussi bien des cantiques que du reste : nos religieuses sunt in oratorio, non in ecclesia.

ARTICLE X DE LA PROPHANATION DES ESCRITURES PAR LA FACILITE QU’ILZ PRAETENDENT ESTRE EN L’INTELLIGENCE DE L’ESCRITURE

L’imagination doit avoir grande force sur les entendemens huguenotz, puys qu’elle vous persuade si fermement ceste grande absurdité, que les Escritures sont aysëes a chacun, et que chacun les peut entendre : et de vray, affin de produire les traductions vulgaires avec honneur, il falloit bien parler ainsy. Mays dites la verité ; penses vous que la chose aille ainsy ? les trouves vous si aysëes ? les entendes vous bien ? si vous le penses, j’admire vostre creance, qui est non seulement sur l’experience, mays contre ce que vous voyes et sentes . Sil est ainsy, Que l’Escriture soit si aysëe a entendre, a quoy faire tant de commentaires des Anciens et tant de commenteries de vos ministres ? a quel propos tant d’harmonies, et a quoy faire ces escoles de theologie ? Il ne faut, ce vous dit on, que la doctrine de la pure Parolle de Dieu en l’Eglise. Mays ou est ceste Parole de Dieu ? en l’Escriture ; et l’Escriture est ce quelque chose de secret ? non pas, ce dit on, aux fideles : a quoy faire donq ces interpreteurs, ces praedicans ? si vous estes fideles, vous y entendres autant qu’eux ; renvoyes les aux infideles, et gardes seulement quelques diacres pour vous donner le morceau de pain et le vin de vostre souper ; si vous pouves vous repaistre vous mesmes au champ de l’Escriture, qu’aves vous a faire de pasteurs ? quelque jeun’innocent et pur enfant qui sçaura lire en fera bien la rayson. Mays d’ou vient ceste discorde, si frequente et irreconciliable, qui est entre vous autres freres en Luther, sur ces seules paroles, Cecy est mon cors, et sur le point de la justification ? Certes, saint Pierre n’est pas de vostre advis, qui admoneste, en sa 2. Epistre (3, 16), que ès Epistres de saint Pol il y a certains traitz difficiles, que les ignorans et remuans depravent, comme le reste de l’Escriture, a leur propre malheur. L’eunuche tresorier general d’Ethiopie estoyt bien fidele, puysqu’il estoit venu adorer au Temple de Hierusalem ; il lisoyt Isaïe (Act 8, 27-28), il entendoit bien les paroles, puys qu’il demandoit de quel Prophete s’entendoit (v 34) ce quil avoit leu ; neantmoins il n’en avoit pas l’intelligence ni l’esprit, comme luy mesme confessoit : Et quomodo possum si non aliquis ostenderit mihi ? (v 31) Non seulement il n’entend pas, mays confesse de ne le pouvoir sil n’est enseigné ; et nous verrons une lavandiere se vanter d’entendre aussy bien l’Escriture que saint Bernard. Ne connoisses vous pas l’esprit de division ? il faut s’asseurer que l’Escriture est aysëe, affin que chacun la tirasse, qui ça qui la, que chacun en face le maistre, et qu’elle serve aux opinions et fantasies d’un chacun. Certes, David la tenoyt pour malaysëe, quand il disoit : Da mihi intellectum ut discam mandata tua (Ps 108, 73). Si on vous a laissé l’epistre de saint Hierosme, ad Paulinum (Epist 53), devant vos bibles, lises la ; car il empoigne ceste cause tout expres. Saint Augustin en parle en mille lieux, mais sur tout en ces Confessions (l 12 c 14) ; en l’epistre 119 (c 21) il confesse d’ignorer beaucoup plus en l’Escriture quil n’y sçait.

Origene et saint Hierosme, celluyla en sa praeface sur les Cantiques (Opera, tom III, col 64), celluyci en la sienne sur Ezechiel (Opera, tom V col 15) , recitent quil n’estoit pas permis aux Juifz devant l’aage de 30 ans, lire les 3 premiers chapitres de Genese, le commencmeent et la fin d’Ezechiel ni les Cantiques des Cantiques, pour la profondité de leur difficulté, en laquelle peu de gens peuvent nager sans s’y perdre ; et maintenant chacun en parle, chacun en juge, chacun s’en faict accroire.

Or, combien soit grande la prophanation de ce costé personne ne le pourroit suffisamment penser qui ne l'’uroit veu : pour moy je diray ce que je sçay, et ne mens point. J’ay veu un personnage en bonne compagnie, auquel estant objectëe a un sien devis la sentence de Nostre Seigneur, Qui percutit te in maxillam, praebe ei et alteram (Luc 6, 29), l’entendit incontinent en ce sens, que comme pour flatter un enfant qui estudie bien, on luy met legerement a petitz coups la main a la joue pour l’inciter a mieux, ainsy vouloit dire Nostre Seigneur, a qui te trouvera bien faisant et t’y consolera, davantage et te flatter ou amadoüer des deux costés. Ne voyla pas un beau sens et rare ? mays la raison estoit encores plus belle, par ce qu’a l’entendre autrement ce seroit contre nature, et qu’il faut interpreter l’Escriture par l’Escriture, ou nous trouvons que Nostre Seigneur n’en fit pas de mesme quand le serviteur le frappa : c’est le fruit de vostre triviale theologie. Homme de bien, et qui a mon advis ne voudroit pas mentir, m’a raconté quil a ouy un ministre en ce pais, traittant de la Nativité de Nostre Seigneur, asseurer quil n’estoit pas né en une creche, et exposer le texte, qui est expres au contraire, paraboliquement, disant : Nostre Seigneur dict bien quil est la vigne, et il ne l’est pas pour cela, de mesme, encor quil soit dict quil est né en une creche, il ny est pas né pour cela, mais en quelque lieu honnorable, qui en comparaison de sa grandeur se pouvoit appeler creche. La couleur de cest’interpretation me faict encor plus croire l’homme qui me l’a dict, car estant simple et sans sçavoir lire, a grand peyne quil l’eut controuvëe. C’est chose tres étrange de voir comme ceste suffisance praetendue faict prophaner l’Escriture.

Hic adscribenda sunt ea verba c.

35 (Aliter c 25, Commonit I.) Vincentii Lirinensis : Nam videas eos, etc . Cecy n’est ce pas faire ce que dict Dieu en Ezechiel, 34 v 18 : Nonne satis vobis erat pascua bona depasci ? insuper et reliquias pascuarum vestrarum conculcatis pedibus.

Ad hoc signum addendum est caput de prophanatione per Psalmos Davidis versibus redditos.

ARTICLE XI RESPONCE AUX OBJECTIONS, ET CONCLUSION DE CE PREMIER ARTICLE

S’ensuyt ce que vous allegues pour vostre defence. Saint Pol semble vouloir qu’on face le service en langue intelligible, aux Corinthiens (1 Cor 14). Vous verres que pour cela il ne veut pas qu’on diversifie le service en toutes sortes de langages, mais seulement que les exhortations et cantiques qui se faysoyent par le don des langues soyent interpretés, affin que l’eglise ou on se trouve sache ce que l’on dict : Et ideo, qui loquitur lingua, oret ut interpretur (v 13). Il veut donques que les louanges qui se faysoyent en Corinthe se fissent en Grec, car, puys quilz se faysoyent non ja comme services ordinaires, mays comme cantiques extraordinaires de ceux qui avoyent ce don, pour consoler le peuple, il estoyt raysonnable quilz se fissent en langue intelligible, ou que on les eust interpreté sur le champ ; ce quil semble monstrer quand plus bas il dict : Si ergo conveniat universa ecclesia in unum, et omnes linguis loquantur, intrent autem idiotae aut infideles, nonne dicent quod insanitis ?(v 23) et plus bas (v 27, 28) : Sive lingua quis loquitur, secundum duos aut ut multum tres, et per partes, et unus interpretur ; si autem non fuerit interpres, taceat in ecclesia, sibi autem loquatur et Deo. Qui ne voit quil ne parle pas des offices solemnelz en l’eglise, qui ne se faysoyent que par le pasteur, mays des cantiques qui se faysoyent par le don des langues, quil vouloyt estre entenduz ; car, de vray, ne l’estans pas, cela detournoyt l’assemblëe et ne servoit de rien. Or de ces cantiques parlent plusieurs Peres, mays entr’autres Tertulien, lequel deduysant la sainteté des agapes ou charités des Anciens dict (In Apol c 39) : Post manualem aquam et lumina, ut quisque de Scripturis Sanctis vel de proprio ingenio potest, provocatur in medium Deo canere.

Obj. Populus hic labiis me honorat, cor autem eorum (Is 29, 13) : cela s’entend de ceux qui chantent et prient, en quel langage que ce soit, et parlent de Dieu par maniere d’acquit, sans reverence et devotion ; non de ceux qui parlent un langage a eux inconneu mays conneu a l’Eglise, et neantmoins ont le cœur ravi en Dieu.

Obj. Es Actes des Apostres (c 2, 11) on louoit Dieu en toutes langues : aussy faut il, mays es offices universelz et catholiques il y faut une langue universelle et catholique ; hors de la, que toute langue confesse que le Seigneur Jesus est a la dextre de Dieu le Pere (Philip 2, 11).

Au Deuteronome (30, 11-14) est-il pas dict que les commandemens de Dieu ne sont pas secretz ni celés ? et le Psalmiste dict il pas : Praeceptum Domini lucidum (Ps 18, 9) ; Lucerna pedibus meis verbum tuum (Ps 118, 105) ? Tout cela va bien, mays il s’entend estant prechëe et expliquëe et bien entendue, car, Quomodo credent sine praedicante (Rom 10, 14) ? et tout ce que David grand prophete a dict, ne doit estre tiré en consequence sur un chacun.

Mays on m’objecte a tous propos :

ne dois je pas chercher la viande de mon ame et de mon salut ? pauvre homme, qui le nie ? mays si chacun va aux pasturages comme les vielles o es, a quoy faire les bergers ? cherche les pastiz, mays avec ton pasteur. Se mocqueroit on pas du malade qui voudroit chercher sa santé en Hipocrate sans l’aide du medecin ? ou de celuy qui voudroit chercher son droit en Justinien sans s’adresser au juge ? Cherchez, luy diroit on, vostre santé, mais par le moyen des medecins ; et vous, cherchez vostre droit et le procurez, mais par les mains du magistrat. Quis mediocriter sanus non intelligat Scriptarum expositionem ab iis esse petendam qui earum sunt doctores ? dict saint Augustin (Lib I de morib. Ecclesiae. c I). Quoy ? si personne ne trouve son salut que qui sçait lire les Escritures, que deviendront tant de pauvres idiotz ? certes, ilz trouvent et cherchent leur salut asses suffisamment, quand ilz apprennent de la bouche du pasteur le sommaire de ce qu’il faut croire, esperer, aymer, faire et demander a Dieu. Croyes qu’encores selon l’esprit il est veritable ce que disoit le Sage : Melior est pauper ambulans in simplicitate sua quam dives in pravis itineribus (Prover. 28, 6) ; et ailleurs : Simplicitas justorum diriget eos (11, 3) ; et : Qui ambulat simpliciter ambulat confidenter (10, 9). Ou je ne voudrois pas dire quil ne faille prendre peyne d'’ntendre, mays seulement qu'’n ne se doit pas penser de trouver de soymesme son salut ni son pasturage, sans la conduite de qui Dieu a constitué pour cest effect, selon le mesme Sage (ibid 3, 5) : Ne innitaris prudentiae tuae, et, Ne sis sapiens apud temetipsum (vers 7) : ce que ne font pas ceux qui pensent en leur suffisance connoistre toute sorte de miseres, sans observer l’ordre que Dieu a establi, qui en a faict entre nous les uns docteurs et pasteurs (Eph 4, 11), non tous, et un chacun pour soymesme. Certes, saint Augustin (L 8 Conf c 8) trouva que saint Anthoyne, homme indocte, ne layssoit pas de sçavoir le chemin de Paradis, et luy avec sa doctrine en estoit bien loin alhors, parmi les erreurs des Manicheens.

Mays j’ay quelques tesmoignages de l’antiquité et quelques exemples signalés, que je veux laysser a la fin de cest article pour sa conclusion.

Saint Augustin : Admonenda fuit charitas vstra confessionnem non esse semper vocem peccatoris ; quia mox ut hoc verbum sonuit (in ore) lectoris, secutus est etiam sonus tunsionis pectoris vestri. Audito, scilicet, quod Dominus ait, Confiteor tibi, Pater (Matt 21, 25 ; Luc 10, 21), in hoc ipso quod sonuit Confiteor, pectora vestra tutudistis : tundere autem pectus quid est, nisi arguere quod latet in pectore, et evidenti pulsu occultum castigare peccatum ? quare hoc fecistis, nisi quia audistis, Confiteor tibi, Pater ? Confiteor audistis, quis est qui confitetur non attendistis ; nunc ergo advertite.

Voyes vous comme le peuple oyoyt la leçon publique de l’Evangile, et ne l’entendoit pas, sinon ce mot, Confiteor tibi, Pater ? qu’il entendoit par coustume, par ce qu’on le disoit tous au commencement de la Messe, comme nous faysons maintenant : c’est sans doute que la leçon s’en faysoit en Latin, qui n’estoit pas leur langage vulgaire.

Mays qui veut voir le conte que les Catholiques font de la Sainte Escriture et le respect quilz luy portent, quilz admirent le grand cardinal Borromëe, lequel n’estudioit jamais les Saintes Escritures sinon a genoux, luy semblant quil oyoyt parler Dieu en icelles, et que telle reverence estoit deüe a une si divine audience. Jamais peuple ne fut mieux instruict, selon la malice du tems, que le peuple de Milan sous le cardinal Borromëe ; mays l’instruction du peuple ne vient pas a force de tracasser les saintes Bibles, et forme de fantasies les Psalmes, ains de les manier, lire, ouyr, chanter et prier avec apprehension vive de la majesté de Dieu a qui on parle, de qui on lit ou escoute on la Parole, tousjours avec ceste praeface de l’ancienn’Eglise, Sursum corda.

Ce grand amy de Dieu, saint François, a la glorieuse et tressainte memoyre duquel on celebroit hier par tout le monde feste, nous monstroit un bel exemple de l’attention et reverence avec laquelle on doit prier Dieu. Voyci ce qu’en raconte le saint et fervent docteur de l’Eglise, saint Bonaventure (In vita S. Franc c 10) : Solitus erat vir sanctus horas canonicas non minus timorate persolvere quam devote ; nam licet oculorum, stomachi splenis et hepatis aegritudine laboraret, nolebat muro vel parieti inhaerere dum psalleret, sed horas semper erectus et sine caputio, non gyrovagis oculis nec cum aliq ua syncopa persolvebat ; si quando esset in itinere constitutus figebat tunc temporis gressum, hujusmodi consuetudinem reverentem et sacram propter pluviarum inundantiam non omittens ; dicebat enim : si quiete comedit corpus cibum suum, futurum cum ipso vermium escam, cum quanta pace et tranquillitate accipere debet anima cibum vitae ?

CHAPITRE II QUE L’EGLISE DES PRAETENDUZ A VIOLE LES TRADITIONS APOSTOLIQUES, 2E REGLE DE LA FOY CHRESTIENNE ARTICLE PREMIER QUE C’EST QUE NOUS ENTENDONS PAR TRADITION APOSTOLIQUE

Voicy les paroles du saint Concile de Trente (Sess IV), parlant de la verité et discipline Chrestienne Evangelique : Perspiciens (sancta Sinodus) hanc veritatem et disciplinam contineri in Libris scriptis et sine scripto Traditionibus, quae ab ipsius Christi ore ab Apostolis acceptae, aut ab ipsis Apostolis, Spiritu Sancto dictante, quasi per manus traditae, ad nos usque pervenerunt ; orthodoxorum Patrum exempla secuta, omnes Libros tam Veteris quam Novi Testamenti, cum utriusque unus Deus sit auctor, nec non Traditiones ipsas, tum ad fidem tum ad mores pertinentes, tanquam vel oretenus a Christo vel a Spiritu Sancto dictatas, et continua successione in Ecclesia Catholica servatas, pari pietatis affectu ac reverentia suscipit et veneratur. Voyla, a la verité, un decret digne d’une assemblëe qui puysse dire, Visum est Spiritui Sancto et nobis (Act 15, 28) ; car il ny a presque mot qui ne porte coup sur les adversaires et ne leur leve tous armes du poingt. Car, dequoy leur proufitera meshuy de crier : In vanum colunt me, docentes mandata et docrtinas hominum (Is 29, 13 Marc 7, 7). Irritum fecistis mandatum Dei propter traditionem vestram (Mat 15, 6). Ne intendas fabulis Judaicis (Tit 1, 14). Aemulator existenspaternarum mearum traditionum (1 Tim 1, 4 ; 1 Tim 1, 4) . Videte ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem fallaciam, secundum traditionem hominum (Col 2, 8). Redempti estis de vana vestra conversatione paternae traditionis (1 Pet 1, 18) ? Tout cecy n’est point a propos ; puysque le Concile proteste clairement que les Traditions quil reçoit ne sont ni traditions ni doctrines des hommes, ains, quae ab ipsius Christi Spiritu Sancto dictante, quasi per manus traditiae, ad nos usque pervenerunt : ce sont donques Parole de Dieu, doctrine du Saint Esprit, non des hommes. En quoy vous verres arrester quasi tous vos ministres, faysans des grandes harangues pour monstrer quil ne faut mettre en comparayson la tradition humaine avec l’Escriture ; mays a quel propos tout cela, sinon pour enjoler les pauvres auditeurs ? car jamais nous ne dismes cela.

En cas pareil ilz produysent contre nous ce que saint Pol disoit a son bon Timothëe (2 Tim 3, 16-17) : Omnis scriptura divinitus inspirata utilis est ad docendum, ad corripiendum, ad erudiendum in justitia, ut perfectus sit homo Dei, ad omne bonum opus instructus. A qui en veulent ilz ? c’est une querelle d’Allemand. Qui nie la tres excellente utilité de l’Escriture, sinon les huguenotz qui en levent des plus belles pieces comme vaynes ? Elles sont tres utiles, certes ; ce n’est pas une petite faveur que Dieu nous a faict de les nous conserver parmi tant de persecutions : mays l’utilité de l’Escriture ne rend pas les saintes Traditions inutiles, nom plus que l’usage d’un œil, d’une jambe, d’une oreille, d’une main, ne rend pas l’autre inutile ; dont le Concile dict : Omnes Libros tam Veteris quam Novi Testamenti, nec non Traditiones ipsas, pari pietatis affectu ac reverentia suscipit et venerantur. Belle façon de raysonner : la foy proufite, donques les œuvres ne proufitent de rien.

De mesme (Jean 20, 30-31) : Multa quidem et alia signa fecit Jesus quae non sunt scripta in libro hoc ; haec autem scripta sunt ut credatis quod Jesus est Filius (Dei), et ut credentes vitam haebatis in nomine ejus : donques il ny a rien autre a croire que cela ; belle consequence ! Nous sçavons bien que Quaecumque scripta sunt ad nostram doctrinam scripta sunt (Rom 15, 4) ; mays cela empechera il que les Apostres praechent ? Haec scripta sunt ut credatis quod Jesus est Filius Dei ; mays cela ne suffit pas, car, quomodo credent sine praedicante (ibid 10, 14) ? Les Escritures sont donnees pour nostre salut, mays nompas les Escritures seules, les Traditions y ont encor place : les oyseaux ont l’aisle droite pour voler ; donques l’aysle gauche ny sert de rien ? ains l’une ne va pas sans l’autre. Je laysse a part les responces particulieres, car saint Jan ne parle que des miracles quil avoyt a escrire, quil tient suffire pour prouver la divinité du Filz de Dieu.

Quand ilz produysent ces paroles, Non addetis ad verbum quod ego praecipio vobis, nec auferetis ab eo (Deut 4, 2) ; Sed licet nos aut angelus de caelo evangelizet vobis praeterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit (Gal 1, 8), ilz ne disent rien contre le Concile, qui dict expressement que la doctrine Evangelique ne consiste pas seulement es Escritures, mays encore es Traditions. L’Escriture donques est Evangile, mais nom pas tout l’Evangile, car les Traditions sont l’autre partie : qui enseignera donques outre ce qu’ont enseigné les Apostres, maudict soit il ; mays les Apostres ont enseigné par escrit et par Tradition, et tout est Evangile. Que si vous consideres de pres comme le Concile apparie les Traditions aux Escritures, vous verres quil ne reçoit point de Tradition contraire a l’Escriture ; car il reçoit la Tradition et l’Escriture avec pareil honneur, parce que l’une et l’autre sont ruysseauz tres doux et purs, qui sont partis d’une mesme bouche de Nostre Seigneur, comme d’une vive fontayne de sapience, et partant ne peuvent estre contraires, ains sont de mesme goust et qualité, et se joignans ensemble arrousent gayement cest arbre du Christianisme, quod fructum suum dabit in tempore suo (Ps 1, 3).

Nous appelons donques Tradition Apostolique la doctrine, soit de la foy soit des mœurs, que Nostre Seigneur a enseignëe de sa propre bouche ou par la bouche des Apostres ; laquelle n’estant point escritte es Livres canoniques, a esté ci devant conservëe jusqu'à nous comme passant de main en main, par continuelle succession de l’Eglise : en un mot, c’est la Parole de Dieu vivant, imprimëe non sur le papier (2 Jean 12) mais dans le cœur de l’Eglise (2 Cor 3, 2-3) seulement. Et ny a pas seulement Tradition des ceremonies, et de certain ordre exterieur arbitraire et de bienseance, mays, comme le dict le saint Concile, en doctrine qui appartient a la foy mesme t aux mœurs ; quoy que, quand aux Traditions des mœurs, il y en a qui nous obligent tres étroittement, et d’autres qui ne nous sont proposëes que par conseil et bienseance, et cellescy n’estans observëes ne nous rendent pas coulpables, pour veu qu’elles soyent approuvëes et prisëes comme saintes, et ne soyent mesprisëes

ARTICLE II QU’IL Y A DES TRADITIONS APOSTOLIQUES EN L’EGLISE

Nous confessons que la tressainte Escriture est tres excellente et tres utile ; rien ne luy peut estre contraire que le mensonge et l’impieté : mays pour establir ces verités il ne faut pas rejetter cellecy, a sçavoir, que les Traditions sont tres utiles ; donnees affin que nous croyons ; rien ne leur est contraire que l’impieté et le mensonge ; car pour establir une verité il ne faut jamais destruire l’autre. L’Escriture est utile pour enseigner ; apprenes donques de l’Escriture mesme quil faut recevoir avec honneur et creance les saintes Traditions. S’il ne faut rien adjouster a ce que Nostre Seigneur a commandé, ou est ce quil a commandé qu’on comdamnast les Traditions Apostoliques ? pourquoy adjoustes vous cecy a ses paroles ? ou est ce que Nostre Seigneur l’a jamais enseigné ? que tant s’en faut quil ait jamais commandé le mespris des Traditions Apostoliques, que jamais il ne mesprisa aucune tradition du moindre prophete du monde : coures tout l’Evangile, et vous n’y verres censurëes que les traditions humaines et contraires a l’Escriture. Voyes la Nouvelle 146 (In Corp Juris Civilis ; aliter Authenticae, Coll IX, tit. 29). Que si Nostre Seigneur ni ses Apostres ne l’ont jamais escrit, pourquoy nous evangelises vous ces choses cy ? au contraire, il est defendu de lever rien de l’Escriture, pourquoy voules vous lever les Traditions, qui y sont si expressement authentiquëes ?

N’est ce pas la Saint’Escriture de saint Pol qui dict, Itaque, fratres, tenete traditiones quas accepistis, sive per sermonem sive per epistolam ? Hinc patet quod non omnia per epistolam tradiderunt Apostoli, sed multa etiam sine literis (2 Thess 2, 14); eadem vero fide digna sunt tam ista quam illa , dict saint Chrysostome, en son commentaire sur ce lieu (Homil IV in Thess 2, 2). Ce que saint Jan mesme confirme (2, 12 & 3, 13-14 Epistola) : Multa habens scribere vobis, nolui per chartam et atramentum ; spero enim me futurum apud vos, et os ad os loqui ; c’estoyent choses dignes d’estre escrites, neanmoins il ne l’a pas faict, mays les a dites, et au lieu d’Escriture en a faict Tradition.

Formam habe sanorum verborum, quae a me audisti : bonum depositum custodi (2 Tim 1, 13-14), disoit saint Pol a sont Timothee ; n’estoit ce pas luy recommander la Parole Apostolique non escritte ? et cela s’appelle Tradition. Et plus bas : Quae audisti a me per multos testes, haec commenda fidelibus hominibus, qui idonei erunt et alios docere. Qu’y a il de plus clair pour la Tradition ? Voyla la forme : l’Apostre parle, les tesmoins le rapportent, saint Timothëe le doit enseigner a d’autres, et ceux la aux autres ; voyla pas une sainte substitution et fidecommis spirituel ?

Me mesm’Apostre loüe il pas les Corinthiens de l’observation des Traditions ? Quod per omnia, dict, mei memores estis, et sicut tradidi vobis praecepta mea servatis (2 Cor 11, 2). Si c’estoit en la seconde des Corinthiens, on pourroit dire que par es commandemens il entend ceux de la premiere, quoy que le sens y seroit forcé (mays a qui ne veut marcher tout ombre sert), mays cecy est escrit en la premiere ; il ne parle pas d’aucun Evangile, car il ne l’appelleroit pas praecepta mea : qu’estoit ce donques sinon une doctrine Apostolique non escritte ? cela nous l’appellerons Tradition. Et quand a la fin il leur dict, Caetera cum venero disponam (11, 34), il nous laysse a penser quil leur avoyt enseigné plusieurs choses bien remarquables, et neanmoins nous n’en avons aucun escrit ailleurs : sera il donq perdu pour l’Eglise ? non certes, mais est venu par Tradition, autrement l’Apostre ne l’eust pas envié a la posterité et l’eust escrit.

Et Nostre Seigneur dict : Multa habeo vobis dicere quae non potestis portare modo (Jean 16, 12). Je vous demande, quand leur dict il ces choses quil avoit a leur dire ? pour vray, ou ce fut apres sa resurrection les 40 jours quil fut avec eux, ou par la venue du Saint esprit ; mais que sçavons nous que c’est quil comprenoit sous ceste parole, Multa habeo, et si tout est escrit ? il est bien dict (Act 1, 3) quil fut 40 jours avec eux, les enseignant du royaume des cieux, mays nous n’avons ni toutes ses apparitions ni ce quil leur disoit en icelles.

CHAPITRE III QUE LES MINISTRES ONT VIOLE L’AUTHORITE DE L’EGLISE, 3ème REGLE DE NOSTRE FOY ARTICLE PREMIER QUE NOUS AVONS BESOIN DE QUELQU’AUTRE REGLE OUTRE LA PAROLE DE DIEU

Quand Absalon voulut faire une fois faction contre son bon pere, il s’assit pres de la porte au chemin, et disoit aux passans : Il ny a personne constitué du Roy pour vous ouir, hé, qui me constituera juge sur terre, afin que qui aura quelque negotiation vienne a moy et que je juge justement ? ainsy sollicitoit il le courage des Israelites (2 Rois 15, 2-6). Mays combien d’Absalons se sont trouvez en nostre aage, qui, pour seduyre et distraire les peuples de l’obeissance de l’Eglise, et solliciter les Chrestiens a revolte, ont crié sur les advenues d’Allemaigne et de France : il ny a personne qui soit establi du Seigneur pour ouyr et resouvre des differens sur la foy et religion ; l’Eglise n’y a point de pouvoir. Quicomque tient ce langage, Chrestiens, si vous le consideres bien vous verres quil veut estre juge luy mesme, quoy quil ne le die pas a descouvert, plus rusé qu’absalon. J’ay veu un des plus recens livres de Theodore de Beze, intitulé, Des vrayes, essentielles et visibles marques de la vra e Eglise Catholique : il me semble quil vise la dedans a se rendre juge, avec ses collateraux, de tout le different ou nous sommes. Il dict (p 49) que la conclusion de tout son discours est "que le vray Christ est la seule, vraye et perpetuelle marque de l’Eglise Catholique, entendant du vray Christ tel, " dict il , " quil s’est tres parfaittement declaré dès le commencement, tant es escrits prophetiques qu’apostoliques, en ce qui appartient a nostre salut ; " plus bas il dict : " Voyla ce que j’avois a dire sur la vraye, unique et essentielle marque de la vra e Eglise, qui est la Parole escritte prophetique et apostolique, bien et deuement administrëe ; " (p 78) et plus haut il avoit confessé quil y avoit des grandes difficultés es Escrittures Saintes, mays " nom pas es pieces qui touchent a nostre creance " (p 41) . A la marge il met cest advertissement, quil a mis quasi par tout le texte : " L’interpretation de l’Escriture ne se doit puyser d’ailleurs que de l’Escritture mesme, en conferant les passages les uns avec les autres, et les rapportant a l’analogie de la foy ; " et en l’Epistre au Roy de France : " Nous demandons qu’on s’en rapporte aux Saintes Escrittures canoniques, et que, sil y a doute sur l’interpretation d’icelles, la convenance et le rapport qui doit estre tant entre les passages de l’Escritture qu’entre les articles de la foy en soyent juges. " Il y reçoit " les peres, avec tout autant d’authorité quilz se trouveront de fondement es Escrittures ; " il poursuit : " Quand au point de la doctrine, nous ne sçaurions appeler a aucun juge non reprochable qu’au Seigneur mesme, qui a declaré tout son conseil touchant nostre salut par les Apostres et Prophetes. " Il dict encores quilz sont " ceux qui n’ont desavoüé ni voudroyent desavoüer un seul Concile digne de ce nom, ni general ni particulier, ancien ni plus recent, " (notés) " pourveu , " dict il, " que la pierre de touche, qui est la Parole de Dieu, en face l’espreuve. "

Voyla, en un mot, ce que veulent tous tant quil y a de reformayres, qu’on prenne l’Escritture pour juge. Mays a cela nous repliquons, Amen : mays nous disons que nostre different n’est pas la ; c’est qu’es differens que nous aurons sur l’interpretation, et qui s’y trouveront de deux motz en deux motz, nous avons besoin d’un juge. Ilz respondent, quil faut juger des interpretations de l'E’critture conferant passage avec passage et le tout au Simbole de la foy. Amen, Amen, disons nous ; mais nous ne demandons pas comment on doit interpreter l’Escriture, mays qui sera le juge : car, apres avoir conferé les passages aux passages et le tout au Simbole de la foy, nous trouvons que par ce passage, Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt ; et tibi dabo claves regni caelorum (Matt 16, 18-19), saint Pierre a esté chef ministerial et supreme oeconome en l’Eglise de Dieu ; vous dites, de vostre costé, que ce passage, Reges gentium dominantur eorum, vos autem non sic (Luc 22, 25-26), ou cest autre (car ilz sont tous si foibles que ne sçay pas lequel vous peut estre fondamental), Nemo potest aliud fundamentum ponere (1 Cor 3, 11), etc., conferé avec les autres passages et a l’analogie de la foy, vous faict detester un chef ministerial : nous suyvons tous deux un mesme chemin en la recherche de la verité de ceste question, a sçavoir, sil y a en l’Eglise un vicaire general de Nostre Seigneur, et neantmoins je suys arrivé en l’affirmative, et vous, vous estes logés en la negative ; qui jugera plus de nostre different ? Certes, qui s’addressera a Theodore de Beze, il dira que vous aves mieux discouru que moy, mays ou se fondera il en ce jugement, sinon sur ce quil luy semble ainsy, selon le praejugé quil en a faict il y a si long tems ? et quil dise ce quil voudra, car qui l’a establi juge entre vous et moy ?

C’est icy le gros de nostre affaire, Chrestiens ; connoisses, je vous prie, l’esprit de division. On vous renvo e a l’Escriture ; nous y sommes devant que vous fussies au monde, et y trouvons ce que nous croyons, clair et net. Mays il la faut bien entendre, adjustant les passages aux passages, le tout au Simbole ; nous sommes en ce train il y a quinze centz ans et passent. Vous vous y trompes, respond Luther. Qui vous l’a dict ? l’Escriture. Quelle Escriture ? telle et telle, ainsy conferëe et appariëe au Simbole. Au contrayre, dis je, c’est vous, Luther, qui vous trompes ; l’Escriture me le dict en tel et tel passage, bien joint et adjusté a telle et telle piece de l’Escriture et aux articles de la foy. Je ne suys pas en doute sil faut adjouster foy a la sainte Parole ; qui ne sçait qu’elle est au supreme grade de certitude ? ce qui me tient en peyne c’est l’intelligence de ceste Escriture, ce sont les consequences et conclusions qu’on y attache, lesquelles estans diverses, sans nombre et contraire bien souvent sur un mesme sujet, ou chacun prend parti, qui d’un costé qui d’autre, qui me fera voir la verité au travers de tant de vanités ? qui me fera voir ceste Escriture en sa naifve couleur ? car le col de ceste colombe change autant d’apparences que ceux qui le regardent changent de postures et distances. L’Escriture est une tres sainte et tres infallible pierre de touche ; toute proposition qui soutient cest essay je la tiens pour tres lo ale et franche. Mays quoy, quand j’ay en main ceste proposition, le cors naturel de Nostre Seigneur est realement, substantiellement et actuellement au Saint Sacrement de l’autel ? Je la fays toucher, a tous biays et de tous costés, a l’expresse et tres pure Parolle de Dieu et au Simbole des Apostres ; il ny a point d’endroit ou je ne la frotte cent fois si vous voules, et quand plus je regarde, tousjours je la reconnoys de plus fin or et de plus franc metail. Vous dites qu’en ayant faict de mesme vous y trouves du faux ; que voules vous que je fasse ? tant de maistres l’ont maniëe cy devant, et tous ont faict mesme jugement que moy, et avec tant d’asseurance quilz ont forclos, es asemblëes generales du mestier, quicomque y a voulu contredire : mon Dieu, qui nous mettra hors de doute ? Il ne faut plus dire la pierre de touche, autrement on dira, In circuitu impii ambulant (Ps 9, 9) : il faut que ce soit quelqu’un qui la manie, et face la preuve luymesme de la piece, puys, qu’il en face jugement, et que nous le subissions, et l’un et l’autre, sans plus contester ; autrement chacun en croira ce quil luy plaira. Prenes garde ; avec ces parades nous tirons l’Escriture apres nos fantasies, nous ne la suyvons pas. Si sal evanuerit, in quo salietur ? (Matt 5, 13) si l’Escriture est le sujet de nostre different, qui la reglera ?

Ah, quicomque dict que Nostre Seigneur nous a embarqués en son Eglise, a la mercy des ventz etde la marëe, sans nous donner un expert pilote qui s’entende parfaittement en l’art nautique sur la charte et la bussole, il dict quil veut nous perdre. Quil y ayt mis la plus excellente bussole et la charte la plus juste du monde, mays dequoy sert cela si personne n’a le sçavoir d’en tirer quelque regle infallible pour conduire le navire ? dequoy servira il quil y ait un tres bon timon, sil ny a un patron pour le mouvoir a la mesure qu’enseignera la charte ? mays sil est permis a chacun de le tourner au fil que bon luy semblera, qui ne void que nous sommes perdus ? Ce n’est pas l’Escriture qui a besoin de regle ni de lumiere estrangere, comme Beze pense que nous croyons ; ce sont nos gloses, nos consequences, intelligences, interpretations, conjectures, additions, qui ne pouvant demeurer coy s’embesoigne tousjours a nouvelles inventions : ni moins voulons nous un juge entre Dieu et nous, comm’il semble quil veuille interferer en son Epistre (p 203) ; c’est entr’un homme tel que Calvin, Beze, Luther, et entr’un autre tel que Echius, Fischer, Morus ; car nous ne nous demandons pas si Dieu entend mieux l’Escriture que nous, mays si Calvin l’entend mieux que saint Augustin ou saint Cyprien. Saint Hilaire dit tresbien : De intelligentia haeresis est, non de Scriptura, et sensus, non sermo, fit crimen (L II de Trinit 3) ; et saint Augustin : Non aliunde natae sunt haereses nisi dum Scripturae bonae intelligentur non bene, et quod in eis non bene intelligentur etiam temere et audacter asseritur. C’est le vray jeu de Michol ( 1 Rois 19, 13), de couvrir une statue faitte a poste dans le lict, des habitz de David ; qui regarde cela pense avoir veu David, mays il s’abuse, David ny est pas : l’heresie couvre au lict de son cerveua la statue de sa propre opinion des habitz de la Sainte Escritture ; qui voit ceste doctrine pense avoir veu la sainte Parole de Dieu, mays il se trompe, elle ny est point, les motz y sont mays non l’intelligence. Scripturae, dict saint Hierosme (Contra Lucif 28), non in legendo sed in intelligendo consistunt, sçavoir la loy n’est pas sçavoir les paroles, mays le sens.

Et c’est icy ou je crois d’avoir fermement prouvé que nous avons besoin d’une autre Regle pour nostre foy outre la regle de l’Escritture Sainte : Si diutius steterit mundus (dict une bonne fois Luther, Contra Zuing et Oecol), iterum fore necessarium, propter diversas Scripturae interpretationes quae nunc sunt, ut ad conservandam fidei unitatem Conciliorum decreta recipiamus, atque ad ea confugiamus ; il confesse qu’auparavant on la recevoit, et confesse que ci apres il le faudra faire. J’ay esté long, mays cecy une fois bien entendu, n’est pas un petit moyen de se resouvre a une tressainte deliberation. Autant en dis je des Traditions ;

car si chacun veut produyre des Traditions, et que nous n’ayons poinct de juge en terre, pour mettre en dernier ressort difference entre celles qui sont recevables et celles qui ne le sont pas, a quoy, je vous prie, en serons nous ? L’exemple est clair : Calvin trouve recevable l’Apocalipse, Luther le nie, autant en est il de l’Epistre de saint Jaques ; qui reformera ces opinions des reformateurs ? l’une ou l’autre est mal formëe, squi y mettra la main ? Voyla une seconde necessité que nous avons d’une autre 3e regle outre la Parole de Dieu.

Il y a neanmoins tresgrande difference entre les premieres regles et celles cy ; car la premiere Regle, qui est la Parole de Dieu, est Regle infallible de soy mesme, et tres suffisante pour regler tous les entendemens du monde, la seconde n’est pas proprement Regle de soymesme, mays seulement entant qu’elle applique la premiere, et qu’elle nous propose la droitture contenüe en la Parole sainte : ainsy qu’on dict les loyx estre une regle des causes civiles ; le juge ne l’est pas de soy mesme, puysque son jugement est obligé au reglement de la loy, neantmoins il est, et peut tresbien estre appellé, regle, par ce que l’application des loix estant sujette a varieté, quand il l’a une fois faicte il faut s’y arrester. La Sainte Parole, donques, est la loy premiere de nostre foy ; reste l’aplication de ceste Regle, laquelle pouvant recevoir autant de formes quil y a de cerveaux au monde, nonobstant toutes analogies de la foy, encores faut il avoir une seconde Regle pour le reglement de cest’application : il faut la doctrine, et quelqu’un qui la propose ; la doctrine est en la sainte Parole, mays qui la proposera ? Voyci comm’on deduit un article de foy : la Parole de Dieu est infallible, la Parole de Dieu porte que le Baptesme est necessaire a salut (Marc 16, 16), donques le Baptesme est necessaire a salut. La premiere proposition est inevitable : nous sommes en difficulté de la 2e avec Calvin ; qui nous appointera ? qui determinera de ce doute ? si chacun a l’authorité de proposer le sens de la sainte Parole, la difficulté est immortelle ; si celuy qui a l’authorité de proposer peut errer en sa proposition, tout est a refaire. Il faut donques qu’il y ait quelqu’infallible authorité, a la proposition de laquelle nous soyons obligé d’acquiescer : la Parole de Dieu ne peut errer, qui la propose ne peut errer, tout sera donques tres asseuré.

ARTICLE II QUE L’EGLISE EST UNE REGLE INFALLIBLE POUR NOSTRE FOY

Or, n’est il pas raysonnable qu’aucun particulier s’attribue cest infallible jugement sur l’interpretation ou explication de la sainte Parole ; car, a quoy en serions nous ? Qui voudroit subir le joug du jugement d’un particulier ? pourquoy plus tost de l’un que de l’autre ? quil parle tant quil voudra de l’analogie, de l’entousiasme, du Seigneur, de l’esprit, tout cela ne pourra jamais brider tellement mon cerveau que, sil faut s’embarquer a l’adventure, je ne me jette plus tost dans le vaysseau de mon jugement que dans celuy d’un autre, quand il parleroit grec, Hebrieu, Latin, Tartarin, Moresque et tout ce que vous voudres. S’il faut courir fortune d’errer, qui n’aymera mieux la courir a la suite de sa propre fantasie, que de s’esclaver a celle de Calvin ou de Luther ? chacun donnera liberté a sa cervelle de courir a l’abandon ça et la, par les opinions tant diverses soyent elles, et de vray, peut estre rencontrera il aussy tost la veritévqu’un autre. Mays c’est impieté de croire que Nostre Seigneur ne nous ayt layssé quelque supreme juge en terre, auquel nous puyssions nous addresser en nos difficultés, et qui fust tellement infallible en ses jugemens que suyvant ses decretz nous ne puysions errer. Je soutiens que cejuge n’est autre que l’Eglise Catholique, laquelle ne peut aucunement errer es interpretations et consequences qu’elle tire de la Sainte Escriture, ni es jugemens qu’elle faict sur les diifcultés qui s’y presentent. Car, qui ouyt jamais deviser, etc.

CHAPITRE IV QUE LES MINISTRES ONT VIOLE L’AUTHORITE DES CONCILES 4E REGLE DE NOSTRE FOY ARTICLE PREMIER ET PREMIEREMENT DES QUALITES D’UN VRAY CONCILE

On ne sçauroit mieux projetter un vray et saint Concile que sur le patron de celuy que les Apostres firent en Hierusalem. Or, voyons 1. Qui l’assembla : et nous trouverons quil fut assemblé par l’authorité mesme des pasteurs : Conveneruntque Apostoli et seniores videre de verbo hoc (Act 15, 6). Et de vray, ce sont les pasteurs qui ont charge d’instruire le peuple, et de prouvoir a son salut par les resolutions des doutes qui surviennent touchant la doctrine Chrestienne ; les empereurs et les princes doivent y avoir zele, mais selon leur ministere, qui est par vo e de justice, de police et de l’espëe, quilz ne portent pas sans cause (Rom 13, 4). Ceux donques qui voudroyent que l’Empereur eust ceste authorité, n’ont point de fondement en l’Escriture ni en la rayson ; car, quelles sont les causes principales pour lesquelles on assemble les Conciles generaux, sinon pour reprimer et repouser l’heretique, le schismatique, le scandaleux, comme loups de la bergerie ? ainsy fut faicte ceste premiere assemblëe en Hierusalem pour resister a certains de l’haeresie des Pharisaeens : et qui a charge de repouser le loup sinon le berger ? et qui est berger que celuy a qui Nostre Seigneur dict, Pasce oves meas (Jean 21, 17) ? Qui a l’authorité de repaistre le troupeau a l’authorité d’assembler les bergers, pour cognoistre quelle pasture et quelles eaux sont saines aux ouaïlles ; cela est proprement assembler les pasteurs in nomine Christi (Matt 18 , 20), c’est a dire, par l’authorité de Nostre Seigneur, car qu’est ce autre chose assembler les estatz au nom du prince que les convoquer par authorité du prince ? et qui a cest authorité que celuy qui commme lieutenant a receu les clefz du royaume des cieux (Matt 16, 19) ? Qui fit dire au bon pere Lucentius, evesque vicaire du Saint Siege apostolique, que Dioscorus avoit eu tresgrand tort d’avoir assemblé un Concile sans l’authorité Apostolique : Sinodum, dict il , ausus est facere sine authoritate Sedis Apostolicae, quod nunquam rite factum est, nec fieri licuit ; et dict ces paroles en la pleyne assemblëe du grand Concile de Caceldoyne. Il est neanmoins necessaire que si la ville ou l’assemblëe se faict est sujette a l’Empereur, ou a quelque prince, et qu’on veuïlle faire quelque cueillette publique pour les frais d’un Concile, que le prince chez lequel on s’assemble ayt donné licence et authorisé l’assemblëe, et les cueillettes doivent estre avouëes par les princes riere les estatz desquelz elles se font : et quand l’Empereur voudroit assembler un Concile, pourveu que le Saint Siege y consentit pour rendre la convocation legitime… Telles ont esté les assemblëes de quelques Conciles tres authentiques, et celle qu’Herode commanda en Hierusalem (Matt 2, 4) , pour sçavoir ubi Christus nasceretur, a laquelle les prestres et les scribes consentirent ; mays qui la voudroit tirer en consequence, pour attribuer l'’uthorité aux princes de commander les convocations, auroit autant de rayson que de tirer en consequence sa cruauté sur saint Jan Baptiste et le meurtre sur les petitz enfans.

2. Il succede que nous remarquions, en ce premier Concile chrestien qui fut faict par les Apostres, qui y fut apellé : Convenerunt, dict le texte, Apostoli et presbiteri videre de verbo hoc ; les Apostres et les prestres (Act 15, 6), en un mot, les gens d’Eglise : la rayson le vouloit, car le vieux proverbe est par tout bon, Ne sutor ultra crepidam, et le bon mot du pere Hosius, rapporté par saint Athanase (Epist ad solitariam vitam agentes 44), quil escrivit a l’empreur Constantius, Tibi Deus imperium commisit, nobis quae sunt Ecclesiae concredidit. C’est donques aux Ecclesiastiques d’y estre convoqués, quoy que les princes, l’Empereur, les roys et autres y ayent lieu comme protecteurs de l’Eglise.

Troysiesmement, qui y doit estre juge : et nous ne voyons pas que personne y portast sentence que 4 des Apostres, saint Pierre, saint Pol, saint Barnabas et saint Jaques, au jugement desquelz chacun acquiesça. Pendant qu’on deliberoit, les senieurs ou prestres parlerent, comm’il est probable selon ces paroles (Act 15, 7), cum autem magna conquisitio fieret, qui monstrent qu’on debatit bien fort ceste question ; mays quand il vint a resoudre et porter sentence, il ne se trouve personne qui ne soit Apostre : aussy ne trouve l’on pas es anciens Conciles et canoniques qu’autre que les Evesques ayt signé et defini ; qui fut la cause que les Peres du Concile de Calcedoyne (Actione prima), y voyans entrer les religieux et laicz, crierent plusieurs foys : Mitte foras superfluos, Concilium episcoporum est. Attendite, dict saint Pol (act 20, 28), vobis et universo gregi ; mays qui doit fayre cecy, de penser a soy et pour le cors general ? in quo vos posuit Spiritus Sanctus Episcopos regere Ecclesiam Dei : il appartient aux pasteurs de prouvoir de saine doctrine aux brebis.

4. Si nous considerons qui y praesida, nous trouverons que ce fut saint Pierre qui y porte le premier de la sentence, qui fut apres suyvie du reste, comme dict saint Hierosme (Ep. Ad Augustinum II (al. Ep. 112)) ; aussy avoit il la principale charge de pasteur, Pasce oves meas (Jean 21, 17), et estoit le grand oeconome sur le reste, Tibi dabo claves regni caelorum (Matt 16, 19), il estoit confirmateur des freres (Luc 22, 32), office qui appartient proprement au praesident et surintendant. Ainsy despuys, le successeur de saint Pierre, Evesque de Rome, a tousjours praesidé aux Conciles par ses legatz. Au Concile de Nicëe, les prmiers qui souscrivent ce sont Hosius, evesque, Vitus et Modestus, prestres, envoyës par le Saint Siege : et de vray, quelle occasion pouvoit faire que deux prestres souscrivissent devant les Patriarches, si ce n’eust esté quilz estoyent en lieutenance du supresme Patriarche ? Que quand a saint Athanase, tant s’enfaut quil y praesidat, quil ny fut pas assis ni ne souscrivit point, comme n’estant que diacre pour l’heure ; et le grand Constantin non seulement ny praesida pas, ains s’assit au bas des Evesques (Theod l I hist c 7 al 6), et ny voult point estre comme pasteur (Ruff l 1 c 2) mays comme brebis. Au Concile de Constantinople, quoy quil ny fut pas aucun legat pour luy, par ce quil traittoit la mesme cause avec les Evesques occidentaux a Rome qui estoit traittëe a Constantinople par les orientaux, qui ne s’estoyent peu joindre en esprit et deliberation, si est ce que par les lettres que les Peres de part et d’autre s’envoyerent, Damase, Evesque de Rome, est reconneu pour legitime chef et praesident (vide Theod l 5 c 10 al 9 et c 8). Au Concile d’Ephese, saint Cyrille y praesida comme legat et lieutenant de Caelestin, Pape : voyci les paroles de saint Prosper d’Aquitayne (Contra Collatorem c 21 , 2) : Per hunc virum (il parle du Pape Caelestin) etiam orientales Ecclesiae gemina peste purgatae sunt, quando Cyrillo, Alexandrinae urbis Antistiti, gloriossimo fidei Catholicae defensori, ad exsecandam nestirianam impietatem apostolico auxiliatus est gladio ; ce que le mesme Prosper dict encores in Chronico : Nestorianae impietati praecipua Cyrilli Alexandrini Episcopi industria et Papae Caelestini repugnat authoritas. Au Concile de Calcedoyne, il ny a rien qui ne crie tout par tout que les legatz du Saint Siege Romain ny aient praesidé, Pascasinus et Lucentius ; il ny en a que d’en lire les actes.

Voyla donques l’Escriture, la rayson, la prattique des 4 plus purs Conciles qui furent onques, ou saint Pierre praeside et ses successeurs quand ilz s’y sont trouvés ; j’en pourrois tout autant monstrer de tous les autres qui ont esté receuz en l’Eglise universelle comme legitimes, mays ceci suffira bien.

Reste le consentement, reception et execution des decretz du Concile, qui fut faicte, comm’elle se doit encores faire a present, par tous ceux qui y assistent, dont il fut dict (Act 15, 22) : Tunc placuit Apostolis et senioribus, cum omni Ecclesia, eligere viros ex eis, etc. ; m ays quand a l’authorité en vertu delaquelle la promulgation du decret de ce Concile-la fut faicte, elle ne fut sinon des gens ecclesiastiques : Apostoli et seniores fratres, iis qui sunt Antiochiae, Syriae et Ciliciae (Vers 23) ; l’authorité des brebis ny est point cottëe, mais celle la seulement des pasteurs. Il peut bien y avoir des laicz au Concile sil est expedient, mays non pas pour y tenir lieu de juges.

ARTICLE II COMBIEN EST SAINTE ET SACREE L’AUTHORITE DES CONCILES UNIVERSELZ

Nous parlons donq icy d’un Concile tel que celuy la, ou se trouve l’authorité de saint Pierre, tant au commencement qu’a la conclusion, et des autres Apostres et pasteurs qui s’y voudront trouver, sinon de tous au moins d’une notable partie ; ou la discussion soit libre, c’est a sçavoir, que qui voudra y propose ses raysons sur la difficulté qui y est proposëe ; ou les pasteurs ayent voix judiciaire ; telz en fin qu’ont esté ces quatre premiers, desquelz saint Gregoire faisoit tant de conte, quil en fit ceste protestation : Sicut sancti Evangelii 4 libros, sic 4 Concilia suscipere et venerari me factor (L I Epist ep 24 al 23, in fine).

Or sus, voyons un peu combien grande doit estre leur authorité sur l’entendement des Chrestiens ; et voicy comme les Apostres en parlent : Visum est Spiritui Sancto et nobis (Act 15, 28). L’authorité donques des Conciles doit estre reverëe comme appuyëe sur la conduite du Saint Esprit ; car, si contre ceste heresie pharisaique, le Saint Esprit, docteur et conducteur de son Eglise, assista l’assemblëe, il faut croire encores qu’en toutes semblables occasions il assistera encores les assemblees des pasteurs, pour, par leur bouche, regler et nos actions et nos creances. C’est la mesm’Eglise, aussy chere au celest’Espoux qu’elle fut alhors, en plus de necessité qu’elle n’estoit alhors ; quelle rayson y a il quil ne luy fist la mesme assistence quil luy fist alhors en pareille occasion ? Consideres, je vous prie, l’importance de ces motz Evangleiques (Matt 18, 17), Si quis Ecclesiam non audierit, sit tibi tanquam etnicus et publicanus ; et quand peut on jamais ouyr plus distinctement l’Eglise que par la voix d’un Concile general, ou les chefz de l’Eglise se trouvent tous ensemble pour dire et deduyre les difficultés ? le cors ne parle pas par ses jambes ni par ses mains, mays seulement par son chef ; ainsy, comme peut l’Eglise mieux prononcer sa sentence que par eses chefz ? Mays Nostre Seigneur s’explique : Iterum dico vobis, quia si duo ex vobis consenserint super terram de moni re quamcumque petierint, fiet illis a patre meo qui in caelis est ; ubi enim sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum (vers 19 et 20). Si deux ou troys, quand besoin en est, estans assemblés au nom de Nostre Seigneur, ont son assistence si particuliere quil est au milieu d’eux comm’un general emmy l’armee, comm’un docteur et regent au milieu de ses disciples, si le Pere les exauce infalliblement en ce quilz luy demandent, comme refuseroit il son Saint Esprit a la generale assemblëe des pasteurs de l’Eglise ?

Puys, si l’assemblëe legitime des pasteurs et chefz de l’Eglise pouvoit estre une fois saisie d’erreur, comme se verifieroit la sentence du Maistre, Portae inferi non praevalebunt adversus eam (Matt 16, 18) ? comme pourroit l’erreur et la force infernale s’emparer de l’Eglise a meilleures enseignes que d’avoir asservi les docteurs, pasteurs et cappitaines avec leur general ? Et ceste parole, Ecce ego vobiscum sum usque ad consumationem seculi (Matt ult v ult), que deviendroit elle ? Et l’Eglise comme sera elle colomne et pilier de verité (1 Tim 3, 15), si ses bases et fondementz soustiennent l’erreur et fauseté ? les docteurs et pasteurs sont les visibles fondementz de l’Eglise, sur l’administration desquelz le reste s’appu e.

En fin, quel plus estroit commandement avons nous que de prendre la pasture de la main de nos pasteurs (Luc 10, 16 ; Heb 13, 17) ? saint Pol ne dict il pas que le Saint Esprit les a colloqués au bercail pour nous regir (Act 20, 28), et que Nostre Seigneur les nous a donnés affin que nous soyons point flottans et emportés a tout vent de doctrine (Eph 4, 11 et 14) ? quel respect donques devons nous porter aux ordonances et canons qui partent de leur assemblëe generale ? Certes, pris a part l’un de l’autre, leurs doctrines sont encore sujettes a l’espreuve, mays quand ilz sont ensemble, et que toute l’authorité ecclesiastique est ramassëe en un, qui peut conteroller l’arrest qui en sort ? Si le sel s’esvanou t, en quoy le conservera-on (Matt 5, 13) ? si les chefz sont aveugles, qui conduira le reste ? si les colomnes tumbent, qui les soutiendra ? En un mot, l’Eglise de Dieu qu’a elle de plus grand, de plus asseuré et solide pour renverser l’haeresie que les arrestz des Conciles generaux ? L’Escriture, dira de Bezez. Mays j’ay ja monstré cy devant (ch 3 art 1), que de intelligentia haeresis est, non de Scriptura ; sensus, non sermo, fit crimen. Qui ne sçait combien de passages l’Arrien produict ? que luy peut on opposer sinon qu’il les entend mal ? mays il a pleyne liberté de croire que c’est vous qui interpretes mal, non luy, que vous vous trompes, non luy, que son rapport a l’analogie de la foy est mieux cousu que le vostre, pendant quil ni a que les particuliers qui s’opposent a ses nouveautés. Que si l’on leve la souveraineté aux Conciles des decisions et declarations necessaires sur l’intelligence de la sainte Parole, la sainte Parole sera autant prophanëe que les textes d’Aristote, et nos articles de Religion seront sujetz a revision immortelle, et de Chrestiens resoulz et asseurés deviendrons miserables academiques. Athanase dit que Verbum Domini per oecumenicam Niceae Sinodum manet in aeternum (Ep ad Episcop. Africanos 2) ; saint Gregoire Nazianzene, parlant des Apollinaristes, qui se ventoyent d’avoyr esté avoüés par un Concile Catholique, Quod si vel nunc, dict il, vel ante suscepti sunt, hoc ostendant et nos acquiescemus ; perspicuum enim erit eos rectae doctrinae assentiri, nec enim aliter se res habere potest (Ep ad Cledonium Ia) ; saint Augustin dict (L I de Bap. Contra Donat c 7) que la celbre question du Baptesme, meüe par les Donatistes, fit douter plusieurs Evesques, donec, plenario totius orbis Concilio, quod saluberrime sentiebatur etiam remotis dubitationibus firmaretur ; Defertur, dict Ruffin (L I Hist. C 5), ad Constantinum sacerdotalis Concilii (Nicaeni) sententia ; ille tanquam a Deo prolatam veneratur, cui si quis tentasset obniti , velut contra divina statuta venientem in exilium se protestatur acturum.

Que si quelqu’un pensoit, pour produire des analogies, des sentences de l’Escriture, des mots grecz et hebreux, quil luy fust permis de remettre en doute ce qui a desja esté determiné par les Conciles genraux, il faut quil produise des patentes du ciel bien signëes et scelees, ou quil die que chacun en peut autant faire que luy, et que tout est a la merci de nos subtiles temerités, que tout est incertain et sujet a la diversité des jugemens et considerations des hommes. Le Sage nous baille un autre advis (Ecclesiastes 12, 11-12) : Verba sapientium sunt sicut stimuli, et sicut clavi in altum defixi, quae per magistrorum consilium data sunt a pastore uno ; his amplius, fili mi, ne requiras.

ARTICLE III COMBIEN LES MINISTRES ONT MESPRISE ET VIOLE L’AUTHORITE DES CONCILES

Maintenant, demeureres vous endormis a ceste secousse que vos maistres ont donné a l’Eglise ? penses a vous, je vous prie. Luther, au livre quil a faict Des Conciles (Pars Ia, sub finem), ne se contente pas d’esbranler les pierres descouvertes, mays va mettre la sappe jusques aux pierres fondamentales de l’Eglise. Qui croiroit cecy de Luther, tant grand et glorieux reformateur ? au dire de Beze (In lib., Icones, etc.). comme traitte il le grand Concile de Nicee ? par ce que le Concile (Act 15) defend estre receuz au ministere clerical ceux qui se sont taillés eux mesmes, et defend quand et quand aux Ecclesiastiques de tenir en leurs maysons autres femmes que leurs meres et leurs sœurs, hic prorsus, dict Luther, non intelligo Spiritum Sanctum in hoc Concilio. Et pourquoy ? An debebit episcopus aut concionator illum intolerabilem ardorem et aestum amoris illiciti sustinere, et neque conjugio neque castratione se ab his periculis liberare ? An vero nihil aliud est negotii Spiritui Sancto in Conciliis, quam ut impossibilibus, periculosis, non necessariis legibus suos ministros obstringat et oneret ? Il n’excepte point de Concile, ains tient asseurement qu’un curé seul peut autant qu’un Concile : voyla l’opinion de ce grand reformateur. Mays qu’ay je besoin de courir loin ? de Beze dict, en l’Epistre au Roy de France (vide supra, c 3 art 1), que vostre reformëe ne refusera l’authorité d’aucun Concile ; voyla qui est bon, mauys ce qui s’ensuit gaste tout : " pourveü ", dict il, " que la Parole de Dieu en face l’espreuve ". Mays, mon Dieu,quand cessera on de brouiller ? les Conciles, pares toute consultation, espreuve faite a la sainte pierre de touche de la Parole de Dieu, jugent et determinent d’un article ; si apres tout cela il faut un’autre espreuve avant qu’on reçoive ceste determination, n’en faudra il encores une autre ?

qui ne voudra espreuver ? et quand finira on jamais ? apres l’espreuve faite par le Concile, de Beze et ses disciples veulent encores espreuver ; et qui gardera a un autre d’en demander autant ? pour sçavoir si l’espreuve du Concile a esté bien faite, pourquoy n’en faudra il une troysiesme pour sçavoir si la seconde est fidelle ? et puys une quatriesme pour la troysiesme ? tout sera refaire, et la posterité ne se fiera jamais a l’antiquité, mays ira roulant et mettant ores dessus ores dessous les plus saintz articles de la foy en la roüe de l’entendement. Nous ne sommes pas en doute sil faut recevoir une doctrine a la volëe, ou sil en fait faire l’espreuve a la touche de la Parole de Dieu ; mays nous disons que quand un Concile general en a faict l’espreuve, nos cerveaux n’y ont plus rien a revoir, mays seulement a croire : que si une fois on remet les canons des Conciles a l’espreuve des particuliers, autant de particuliers autant d’espreuves, autant d’espreuves que d’opinions. L’article de la realité du Cors de nostre Seigneur au tressaint sacrement avoit esté receu avec l’espreuve de plusieurs Conciles ; Luther a voulu faire un’autre espreuve, Zuingle un’autre sur celles cy, Calvin un’autre, autant d’espreuves ; autant d’espreuves autant d’opinions. Mays, je vous prie, si l’espreuve faite par un Concile general n’est asses authentique pour arrester le cerveau des hommes, comme l’authorité d’un quidam le pourra faire ? Voyci une grand’ambition. Des plus doctes ministres de Losanne, ces annëes passëes, l’Escriture et l’analogie de la foy en main, s’opposent a la doctrine de Calvin touchant la justification ; de soustenir l’effort de leurs raysons point de nouvelles, quoy qu’on face trotter certains petitz livretz morfonduz, sans goust ni pointe de doctrine : comme les traitte l’on ? on les persecute, on les faict absenter, on les faict menasser ; a quel propos cela ? par ce quilz enseignent une doctrine contrayre a la profession de foy de nostr’eglise. Bonté de Dieu ; on sousmet a l’epreuve de Luther, Calvin et Beze la doctrine du Concile de Nicee, pares treze cens ans d’approbation, et on ne veut pas qu’on face l’espreuve de la doctrine calvinesque, toute nouvelle, toute douteuse, rappetassee et bigarrëe. Que ne laissoit on a chacun faire son espreuve ? si celle de Nicee n’a pas peu arrester vos cerveaux, pourquoy voules vous par vos discours mettre un arrest aux cerveaux de vos compaignons, aussi gens de bien que vous, aussi doctes et pertinentz ? Connoisses l’iniquité de ces juges : pour donner liberté a leurs opinions ilz avilissent les anciens Conciles, et veulent par les leurs brider celles des autres ; ilz cherchent leur gloire, connoisses-le bien, et tout autant quilz en levent aux Anciens, ilz s’en attribuent.

Mays revenons au mespris quilz font aux Conciles, et combien ilz violent ceste sainte Regle de bien croire. De Beze , en l’Epistre au Roy de France et au Traitté mesme, dict que " le Concile de Nicëe a esté un vray et legitime Concile sil y en eut onques " ; il dict vray, jamays bon Chrestien n’en douta, ni des autres troys premiers : mays sil est tel, pourquoy est ce que Calvin apelle dure la sentence du Concile en son Simbole, Deum de Deo, lumen de lumine (In lib advers Gentilem) ? et que veut dire que ceste parole, ?????????, deplaict tant a Luther (in lib Confutat. Rationis latom.), Anima mea odit hoc verbum, homoousion? Parole laquelle est si recommandable en ce grand Concile. Que veut dire que vous ne tenes conte de la realité du Cors de Nostre Seigneur au Saint Sacrement, que vous appelles superstition le tres saint Sacrifice qui se faict par les prestres, du mesme precieux Cors du Sauveur, et que vous ne voules point mettre difference entre l’Evesque et le prestre ? puysqu’en ce grand Concile (can 14 al 18) tout y est si expressement non ja defini mays praesupposé comme chose toute notoire en l’Eglise. Jamais Luther ni Pierre Martir ou Ochin n’eussent estés de vos ministres silz eussent eu en memoyre les actions du grand Concile de Calcedoyne (Can 4, 7, 14, 15, 17) ; car il y est defendu tres expres que les religieux et religieuses ne se marient point. O quil feroit bon voir le tour de ce vostre lac si on eust eu en reverence ce Concile de Calcedoyne (Can 17, 20, 21, 22, 23), o que vos ministres se fussent bien souvent teuz, et bien a propos, car il y a expres comandement aux laicz de ne toucher aucunement aux biens ecclesiastiques, a un chacun de ne faire aucune conjuration contre les Evesques, et de ne calomnier en faitz ni en paroles les gens d’Eglise. Le Concile Constantinopolitain defere la primauté au Pape de Rome, et la presuppose comme notoire (Can 5 al 3) ; aussy faict bien celuy de Calcedoine (Act 4 et 16). Mais i a il article auquel nous ayons different avec vous qui n’ait esté plusieurs fois condamné es saintz Conciles generaux ou particuliers generalement receus ? et neantmoins vos ministres les ont reveillés sans honte, sans scrupule, nom plus que si c’eussent estés quelques saintz depostz et tresors cachés a l’antiquité, ou que l’antiquité eust serrés bien curieusement affin que nous en eussions la jouissance en cest aage.

Je sçai qu’es Conciles il y a des articles pour l’ordre et police ecclesiastique, qui peuvent estre changés et ne sont que temporelz, mays ce n’est pas aux particuliers d’y mettre la main : la mesm’authorité qui les a dressés les doit abroger, si quelqu’autre s’en mesle c’est pour neant ; et ce n’est pas la mesm’authorité si ce n’est un Concile, ou le chef general, ou la coustume de toute l’Eglise. Quant aux decretz de la doctrine de la foi, ilz sont invariables ; ce qui est une fois vray, l’est en eternité ; aussi les Conciles appellent Canons ce quilz en determinent, par ce que sont Regles inviolables a nostre creance. Mays tout cecy s’entend des vrays Conciles, ou generaux, ou provinciaux advoüés par les generaux ou par le Siege Apostolique : tel que ce ne fut pas le cas des 400 prophetes assemblés par Achab (3 Rois 22, 6) ; car il ne fut ni general, car ceux de Judas n’y furent point apellés, ni bien congregé, car il n’y eut point d’authorité sacerdotale, et ces prophetes n’estoyent pas legitimes et pour telz reconneuz par le roy de Juda, Josaphat, quand il dict : Non est hic propheta Domini, ut interogemus per eum (vers 7) ? comme sil eust voulu dire que les autres ne s’estoyent pas prophetes du Seigneur. Tel ne fut pas nomplus l’assemblëe des prestres contre Nostre Seigneur (Jean 11, 47), qui ne tint aucune forme de Concile, mays fut une conspiration tumultuaire et sans aucune procedure requise, et laquelle tant s’en faut qu’elle eust asseurance en l’Escriture de l’assistence du Saint Esprit, qu’au contrayre elle en avoit esté declairëe privëe par les Prophetes ; et de vray, la rayson vouloit que le Roy estant praesent les lieutenans perdissent l’authorité, et le grand Prestre praesent, la majesté du vicayre fut ravalëe a la condition des autres. Sans authorité du supresme chef de l’Eglise, qui estoit Notre Seigneur , lhors present d’une praesence visible, et lequel ilz estoyent obligés de reconnoistre : a la verité, quand le grand Sacrificateur est praesent visiblement, le vicayre ne se peut appeler chef, quand le gouverneur d’une forteressse est praesent, c’est a luy de donner le mot, non a son lieutenant. Outre tout cela, la Sinagogue devoit estre changëe et transferëe en ce tems la, et ceste sienne faute avoit esté predicte (Jean 12, 31.37.38 ;15, 25), mays l’Eglise Catholique ne doit jamays estre transferëe pendant que le monde sera monde, nous n’attendons point de troysiesme legislateur ni aucun autre sacerdoce, mays doit estre aeternelle. Et neantmoins, Nostre Seigneur fit cest honneur a la sacrificature d’Aaaron, que non obstant toute la mauvaise intention de ceux qui la posssdoyent, le grand Prestre prophetisa et prononça une sentence tres certayne, Quia expedit ut unus moriatur homo pro populo, ut non tota gens pereat (Jean 11, 50-51) ; ce quil ne dict pas de luy mesme et a cas, mays prophetiquement, dict l’Evangile, par ce quil estoit Pontife de ceste annëe la.

Ainsy voulut Nostre Seigneur conduire ceste Sinagogue et l’authorité sacerdotale avec un remarquable honneur a la sepulture, pour luy faire succeder l’Eglise Catholique et le sacerdoce Evangelique ; et la, ou la Sinagogue prit fin , qui fut en la resolution de faire mourir Nostre Seigneur, l’Eglise fut fondëe par ceste mort mesme : Opus consummavi quod dedisti mihi ut faciam (Jean 17, 4), dict Nostre Seigneur apres la cene, et en la cene nostre Seigneur avoit institué le nouveau testament, si que le viel, avec ses ceremonies et son sacerdoce, perdit ses forces et ses privileges, quoy que la confirmation du nouveau ne se fit que par la mort du testateur, comme parle saint Pol (Heb 9, 15). Il ne faut donq plus mettre en conte les privileges de la Sinagogue, qui estoient fondés sur un testament viel, et abrogé quand ilz disoyent ces cruelles paroles, Crucifige (Marc 15, 13-14), ou ces autres, Blsphemavit, quid adhuc egemus testibus? car ce n’estoyt autre qu’heurter a la pierre de choppement, selon les anciennes praedictions (Is 8, 14).

J’ay voulu lever ocasion a ces deux objections qu’on faict contre l’infallible authorité des Conciles et de l’Eglise ; les autres s’iront resoulvant cy apres, es essays particuliers que nous ferons de la doctrine Catholique : il n’y a chose si certayne qui n’ait des oppositions, mays la verité demeure ferme et glorieuse par les assautz de ses contraires.

CHAPITRE V LES MINISTRES ONT VIOLE L’AUTHORITE DES ANCIENS PERES DE L’EGLISE 5E REGLE DE NOSTRE FOY ARTICLE PREMIER ET 1. COMBIEN L’AUTHORITE DES ANCIENS PERES EST VENERABLE

Theodose le Viel ne trouva poinct de meilleur moyen de reprimer les contentions survenües de son tems au faict de la religion que, suyvant le conseil de Sisinnius, de faire venir les chefz des sectes, et leur demander silz tenoyent les anciens Peres, qui avoyent eu charge en l’Eglise avant toutes ces disputes, pour gens de bien, saintz, bons Catholiques et apostoliques ; a quoy les sectaires respondans qu’ouy, il leur repliqua : examinons donques vostre doctrine a la leur, et si elle se trouve conforme, retenons la , si moins, qu’on l’abolisse (Sozom l 7 Hist c 12). Il ny a point de meilleur expedient au monde : ja que Calvin et Beze confessent que l’Eglise demeura pure les six premieres centeynes d’annees, que nous regardions si vostre eglise est en mesme foy et doctrine que cellela ; et qui nous pourra mieux tesmoigner la foy que l’Eglise suyvoit en ces anciens tems, que ceux qui vivoyent alhors avec elle et en sa table ? qui pourra mieux desduire le deportemens de ceste celest’Epouse, en la fleur de son aage, que ceux qui ont eu cest honneur d’avoir les principaux offices chez elle ? Et de ce costé, les Peres meritent qu’on leur adjouste foy non pour l’exquise doctrine dont ilz estoyent pourveuz, mays pour la realité de leurs consciences, et la fidelité avec laquelle ilz ont marché en besoigne.

On ne requiert pas tant au tesmoin le sçavoir, que la preudhommie et bonne foy. Nous ne les voulons pas icy pour autheurs de nostre foy, mays seulement pour tesmoins de la creance en laquelle vivoyt l’Eglise de ce tems la ; personne n’en peut deposer plus pertinemment qu’eux qui y commandoyent, ilz sont irreprochables de tous costés ; qui veut sçavoir le chemin que l’Eglise a tenu en ce tems la, qui le demande a ceux qui l’ont tres fidelement accompagnee : Sapientiam omnium antiquorum exquiret sapiens, et in prophetis vacabit ; narrationem virorum nominatorum conservabit (Eccles 39, 1-2). Oyes ce que dict Hieremie : Haec dicit Dominus : state super vias, et videte et interrogate de semitis antiquis quae sit via bona, et ambulate in ea, et invenietis refrigerium animabus vestris (Jer 6, 16) ; et le Sage : Non te praeterat narratio seniorum, ipsi enim didicerunt a patribus suis (Eccles 8, 11). Mays nous ne devons pas seulement honorer leurs tesmoignages comme tres asseurés et irreprochables, ains encores bailler grand credit a leur doctrine sur toutes nos inventions et curiosités. Nous ne sommes pas en doute si les Peres anciens doivent estre tenuz pour autheurs de nostre foy, nous sçavons mieux que tous vos ministres que non ; ni ne sommes pas en dispute s’il faut recevoir pour certain ce qu’un ou deux Peres auront eu en opinion. Voicy nostre different : vous dites que vous aves reformé vostre eglise sur le patron de l’Eglise ancienne ; nous le nions, et prenons a tesmoins ceux qui l’ont veüe, qui l’ont conservëe, qui l’ont gouvernëe ; n’est ce pas une preuve franche et nette de toute supercherie ? icy nous ne produysons que la preudhommie et bonne foy des tesmoins. Outre cela, vous dites que vostre eglise a estëe taillëe a la regle et compas de l’Escriture ; nous le nions, et disons que vous aves accourcy, estressy et plié ceste regle, comme faysoyent ceux de Lesbos, pour l’accomoder a vostre cerveau, et … et reformëe selon la vraye inteligence de l’Escriture ; nous le nions, et disons que les anciens Peres ont eu plus de suffisance et d’erudition que vous , et neantmoins ont jugé que l’inteligence des Escritures n’estoit pas telle que vous dittes ; n’est ce pas une preuve tres certaine ? Vous dites que selon les Escrittures il faut abolir la Messe ; tous les anciens Peres le nient : a qui croirons nous, ou a ceste troupe d’Evesques et martirs anciens, ou a ceste bande de nouveaux venuz ? voyla ou nous en sommes. Or, qui ne voit qu’au premier cas c’est une impudence intolerable de refuser creance a ceste milliade de Martirs, Confeseurs, Docteurs qui nous ont praecedé ? et si la foy de ceste ancienne Eglise nous doit servir de Regle pour bien croire, nous ne sçaurions mieux trouver ceste Regle qu’es escritz et depositions de ces tressaintz et signalés ayeulz.

CHAPITRE VI Que les Ministres ont violé l’Autorité du Pape 6e Règle de notre Foi ARTICLE PREMIER PREMIERE PROMESSE (FAITE A SAINT PIERRE)

Quand Nostre Seigneur impose un nom aux hommes, il leur faict tousjours quelque grace particuliere selon le nom quil leur baille : sil change le nom de ce grnad pere des croyans, et d’Abram le faict Abraham, aussi de Pere eslevé il le faict Pere de multitude, apportant la rayson tout incontinent : Appellaberis Abraham, quia patrem multarum gentium constitui te (Gen 17, 5) ; et changeant celuy de Sarai en Sara, de Madame particuliere qu’elle estoit chez Abraham, il la rend Dame generale des nations et peuples qui devoyent naistre d’elle (vers 15-16). Sil change Jacob en Israel, la rayson est en realité sur le champ: Par ce que si tu as esté puyssant contre Dieu, combien plus surmonteras tu les hommes ? (Gen 32, 28) Si que Dieu, par les noms quil impose, ne marque pas seulement les choses nommëes, mays nous instruit de leurs qualités et conditions : tesmoins les Anges, qui ne portent point de noms que selon leurs charges, et saint Jan Baptiste, qui porte la grace en son nom qui annonça en sa praedication ; ce qui est ordinaire a ceste sainte langue des israelites. Ainsy l’imposition de nom en saint Pierre (Jean 1, 42) n’est pas un petit argument de l’excellence particuliere de sa charge, selon la rayson mesme que Nostre Seigneur y attacha, Tu es Petrus, etc.

Mays quel nom luy donne il ? nom plein de majesté, non vulgaire ni trivial, mays qui ressent sa superiorité et authorité, semblable a celuy d’Abraham mesme : car, si Abraham fut ainsy appelé par ce quil devoit estre pere de plusieurs peuples, saint Pierre a receu ce nom par ce que sur luy, comme sur une pierre ferme, devoit estre fondëe la multitude des Chrestiens ; et c’est a ceste ressemblance que saint Bernard appelle la dignité de saint Pierre, " Patriarchat d’Abraham " (l 2 de Cons c 8). Quand Isaïe veult exhorter les juifz par l’exemple d’Abraham leur tige, il apelle Abraham, pierre : Attendite ad petram unde excisi estis, attendite ad Abraham patrem vestrum (51, 1-2) ; ou il faict voir que ce nom de Pierre rapporte fort bien a l’authorité paternelle.

Ce nom est l’un de ceux de Nostre Seigneur ; car, quel autre nom trouvons nous attribué plus frquemment au Messie que celuy de pierre (Eph 2, 20 ; Ps 117, 21 ; 1 Cor 10, 4) ?

ce changement donques, et ceste imposition de nom, est tres considerable, car les noms que Dieu donne sont moelleux et massifz : il communique son nom a saint Pierre, il luy a donques communisqué quelque qualité sortable au nom. Nostre Seigneur est apellé principalement pierre, parce quil est fondement de l’ Eglise (1 Cor 3, 10) et pierre angulaire (Eph 2, 20 ; 1 Pierre 2, 6-7), l’appuy et la fermeté de cest edifice spirituel ; ainsy a il declairé que sur saint Pierre seroit edifiëe son Eglise (Matt 16, 18), et quil l’affermiroit en la foy : Confirma fratres tuos (Luc 22, 32). Je sçai bien quil imposa nom aux deux freres Jan et Jaques, Boanerges, enfans de tonnerres (Marc 3, 17), mays ni ce nom n’est point nom de superieurité ou commandement, ains d’obeissance, ni propre ou particulier, mays commun a deux ; ni ne semble pas quil leur fut permanent, puysque jamais ilz n’en sont appellés despuys, mays que ce fut plus tost un tiltre de louange, a cause de l’excellence de leur praedication. Mays en saint Pierre il donne un nom permanent, plein d’authorité, et qui luy est si particulier que nous pouvons bien dire auquel des autres a il dict, tu es pierre (heb 1, 5)

? pour monstrer que saint Pierre a esté superieur aux autres.

Mays je vous adviseray que nostre Seigneur n’a pas changé le nom de saint Pierre, mays a seulement joint un nouveau nom a l’ancien quil avoit ; peut estre affin quil se resouvint en son authorité de ce quil estoit de son estoc, et que la majesté du second nom fust attrempëe par l’humilité du premier, et que si le nom de Pierre le nous faisoit reconnoistre pour chef, le nom de Simon nous avisast qu’il n’estoit pas chef absolu, mays chef obeissant, subalterne et maistre valet. Il me semble que saint basile donne atteinte a ce que je dis, quand il dict : Petrus ter abnegavit, et colocatus est in fundamento. Petrus jam antea dixerat, et beatus pronunciatus fuerat ; dixerat, Tu es Filius Dei excelsi, et vicissim audierat se esse Petram, ita laudatus a Domino. Licet enim petra esset, non tamen Petra erat ut Christus ; ut Petrus, Petra erat. Nam Chrisuts vere est immobilis Petra, petrus vero propter Petram ; axiomata namque sua Chrsitus largitur autem ea non evacuatus, sed nihilo minus habens : petra est et Petram fecit, quae sua sunt largitur servis suis ; argumentum hoc est opulenti, habere videlicet et aliis dare. (Homil de Poenit 4 )

Ainsy parle saint Basile.

Qu’est ce qu’il (Nostre Seigneur)

dict ? Trois choses ; mays il les faut considerer l’une apres l’autre : Tu es Petrus, et super hanc petram adificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam ; Et tibi dabo claves regni caelorum ; quodcumque, etc. (Matt 16, 18-19) que il estoit pierre ou rocher, et sur ce rocher ou ceste pierre il edifieroit son Eglise. Mays nous voicy en difficulté : car on accorde bien que Nostre Seigneur ait parlé a saint Pierre et de saint Pierre jusques icy, et super hanc petram, mays que par ces paroles il ne parle plus de saint Pierre. Or, je vous prie, quelle apparence y a il que Nostre Seigneur eust faict ceste grande praeface, Beatus es Simon Bar Jona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in caelis est ; et ego dico tibi (vers 17), pour ne dire autre sinon, quia tu es Petrus, puys, changeant tout a coup de propos, il allast parler d’autre chose ? Et puys, quand il dict, et sur ceste pierre j’edifieray mon Eglise, ne voyes vous pas quil parle notoirement de la pierre delaquelle il avoit parlé praecedemment ? et de quell’autre pierre avoit il parlé que de Simon, auquel il avoit dict, Tu es Pierre ? Mays voicy tout l’equivoque qui peut faire scrupule a vos imaginations ; c’es que peut estre penses vous que comme Pierre est maintenant un nom propre d’homme, il le fut aussy alhors, et que Petrus ne soit pas la mesme chose que petra, et que, partant, nous passions la signification de Pierre a la pierre, par equivocque du masculin au feminin. Mays nous n’equivoquons point icy ; car ce n’est qu’un mesme mot, et pris sous la mesme signification , quand Nostre Seigneur a dict a Simon, Tu es Pierre, et quand il a dict, et sur ceste pierre j’edifieray mon Eglise : et ce mot de pierre n’estoit pas un nom propre d’homme, mays seulement il fut approprié a Simon Bar Jona ; ce que vous entendes bien mieux si on le prend au langage auquel Nostre Seigneur le dict. Il ne parloit pas Latin, mays Syriac ; il l’appela donques, nompas Pierre mays Cepha, en ceste façon, Tu es Cepha, et super hoc cepha aedificabo ; comme qui diroit en Latin, Tu es Saxum, et super hoc saxum, ou en François, Tu es Roche, et sur ceste roche j’edifieray mon Eglise. Maintenant, quel doute reste il que ce n’est qu’un mesme duquel il a dict, Tu es Roche, et duquel il dict, et sur ceste roche ? certes, il ne s’estoit point parlé d’autre Cepha en tout ce chapitre la que de Simon ;

a quel propos donques allons nous rapporter ce relatif, hanc, a un autre Cepha que celuy qui est immediatement praecedent ?

Vous me dires : ouy, mais le Latin dict, Tu es Petrus, et non Tu es Petra ; or, ce relatif hanc, a un autre Cepha que celuy qui est immediatement praecedent ?

Vous me dires : ouy, mais le Latin dict, Tu es Petrus, et non Tu es Petra ; or, ce relatif hanc, qui est feminin, ne se sçauroit rapporter a Petrus, qui est masculin. Certes, la version latine a asses d’autres argumentz pour faire connoistre que ceste pierre n’est autre que saint Pierre, et partant, pour accomoder le mot a la personne a qui on le bailloit pour nom, qui estoit masculine, il luy a baillé une terminayson de mesme, a l’imitation du grec qui avoit mis, Tu es ?????? , et super hanc ?????? ; mays il ne reussit pas si heureusement en Latin qu’en grec, par ce qu’en Latin, Petrus ne veut pas dire petra, mays en Grec ?????? et petra n’est qu’un mesme chose ; comme en François rocher et roche (est le mesme) toutefois, s’il me failloit approprier ou l’un ou l’autre a un homme, je luy appliqueroys plus tost le nom de rocher que de roche, pour la correspondance du mot masculin a la personne masculine. Il reste que je vous die sur ceste interpretation quil ni a personne qui doute que Nostre Seigneur n’ait appellé saint Pierre Cepha, car saint Jan le monstre tres expressement (c 1, 42), et saint Pol, aux Galates (2, 9 et alibi), ni que Cepha veuille dire une pierre ou un roch, ainsy que dict saint Hierosme (c 2 ad Gal).

En fin, pour vous monstrer que c’est bien de saint Pierre duquel il dict, et super hanc petram, je produis les paroles suivantes ; car c’est tout un de luy promettre les clefz du royaume des cieux, et de luy dire, super hanc petram ; et neantmoins nous ne pouvons pas douter que ce ne soit saint Pierre auquel il promet les clefz du royaume des cieux, puys quil dict clairement, et tibi dabo claves regni caelorum : si donques nous ne voulons descoudre ceste piece de l’Evangile d’avec les paroles praecedentes et les suivantes, pour la joindre ailleurs a nostre poste, nous ne pouvons croire que tout cecy ne soit dict a saint Pierre et de saint Pierre, Tu es Petrus, et super hancpetram aedificabo Ecclesiam meam ; ce que la vr e et pure Eglise Catholique, mesme selon la confession des ministres, a avoüé haut et cler en l’assemblëe de 630 Evesques au Concile de Calcedoyne (Act 3).

Voyons maintenant combien valent ces paroles et ce qu’elles importent. 1nt On sçait que ce que le chef est au cors d’un vivant, la racine en un arbre, le fondement l’est en un bastiment. Nostre Seigneur, donques, qui compare son Eglise a un aedifice, quand il dict quil l’edifiera sur saint Pierre il monstre que saint Pierre en sera la pierre fondamentale, la racine de ce precieux arbre, le chef de ce beau cors. La pierre sur laquelle on releve l’edifice c’est la premiere, les autres s’affermissent sur elle, celles qu’elle ne soustient ne sont pas de l’edifice ; on peut bien remuer les autres pierres sans que bastiment tumbe, mays qui leve la fondamentale, renverse la mayson. Les François appellent, mayson, l’edifice et la famille encores ; par ceste proportion que, comme une mayson n’est autre qu’un assemblage de pierres et autres materieux faict avec ordre, dependance et mesure, ainsy une famille n’est autre qu’un assemblage de gens, avec ordre et dependance les uns des autres. C’est a ceste similitude que Nostre Seigneur appelle son Eglise aedifice, duquel faysant saint Pierre le fondement, il le faict chef et superieur de ceste famille.

2nt Par ces paroles, Nostre Seigneur monstre la perpetuité et immobilité de ce fondement. La pierre sur laquelle on releve l’edifice c’est la premiere, les autres s’affermissent sur elle ; on peut bien remuer les autres pierres sans ruyner l’edifice, mays qui leve la fondamentale, renverse la mayson : si donques les portes d’enfer ne peuvent rien contre l’Eglise, elles ne peuvent rien contre son fondement et chef, lequel elles ne sçauroyent lever et renverser qu’elles ne mettent sans dessus dessous tout le bastiment. Il monstre une des differences quil y a entre saint Pierre et luy : car Nostre Seigneur est fondement et fondateur, fondement et aedificateur de l’Eglise, mays saint Pierre n’en est que fondement ; Nostre Seigneur en est le Maistre et Seigneur(Jean 13, 13) en proprieté, saint Pierre en a seulement l’oeconomie ; dequoy nous dirons cy apres.

3nt Par ces parolles, Nostre Seigneur monstre que les pierres qui ne sont posëes et arrestëes sur ce fondement ne sont point de l’Eglise, ni (n’appartiennent) a cest edifice.

ARTICLE II RESOLUTION SUR UNE DIFFICULTE

Mays une grande preuve au contraire, ce semble aux adversaires, c’est que selon saint Pol, Fundamentum aliud nemo potest ponere praeter id quod positum est, quod est Christus Jesus (1 Cor 3, 11) ; et selon le mesme, nous sommes domestiques de Dieu, superaedificati supra fundamentum Apostolorum et Prophetarum, ipso summo angulari lapide, Christo Jesu (Ephes 2, 19-20) ; et en l’Apocalipse, la muraille de la sainte cité avoit douze fondemens, et en ces douze fondemens le nom des douze Apostres (21, 14). Si dnques, disent ilz, tous les douze Apostres sont fondemens de l’Eglise, comment attribues vous ce tiltre a saint Pierre en particulier ? et si saint Pol dict que personne ne peut mettre autre fondement que Nostre Seigneur, comme oses vous dire que par ces paroles, Tu es Pierre, et sur ceste pierre j’aedifieray mon Eglise, saint Pierre ayt esté estably pour fondement de l’Eglise ? que ne dites vous plutost, dict Calvin (l 4 Inst. 6 6), que ceste pierre sur laquelle l’Eglise est fondëe n’est autre que Nostre Seigneur ? que ne dites vous plustost, dict Luther (L de Potest Papae), que c’est la confession de foy que saint Pierre avoit faict ? Mays a la verité, cen ‘est pas une bonne façon d’interpreter l’Escriture, que de renverser l’un des passages par l’autre, ou l’etirer par une intelligence forcëe a un sens estrange et mal advenant ; il faut y laisser tant qu’on peut la naifveté et suavité du sens qui s’y presente.

En ce cas donques, puysque nous voyons que l’Escriture nous enseigne qu’il ni a point d’autre fondement que Nostre Seigneur, et que la mesme nous enseigne clairement que saint Pierre l’est encores, et plus outre encores que tous les Apostres le sont, il ne faut pas refuser le premier enseignement pour le second, ni le second pour le troysiesme, ains les laysser tous troys en leur entier ; ce qui se fera aysement si nous considerons ces passages a la bonne foy et franchement.

Et pour vray, Nostre Seigneur est l’unique fondement de l’Eglise : c’est le fondement de nostre foy, de nostr’esperance et charité ; c’est le fondement de la valeur des Sacremens et de nostre foelicité ; et c’est encores le fondement de toute l’authorité et l’ordre ecclésiastique, et de toute la doctrine et administration qui s’y faict ; qui douta jamays de cela ? Mays, me dict on, sil est unique fondement, comment est ce que vous mettes encores saint Pierre pour fondement ? 1. Vous nous faictes tort ; nous ne le mettons pas pour fondement, Celuy la outre lequel on n’en peut point mettre d’autre, l’a mis luy mesme ; si que, si Nostre Seigneur est vray fondement de l’Eglise, comm’il l’est, il faut croire que saint Pierre l’est encores, puysque Nostre Seigneur l’a mis en ce rang : que si quelqu’autre que Nostre Seigneur mesme luy eust donné ce grade, nous crierions tous avec vous : Nemo potest aliud fundamentum ponere praeter id quod positum. 2. Et puys, aves vous bien consideré les paroles de saint Pol ? Il ne veut pas qu’on reconnoisse aucun fondement outre Nostre Seigneur, mays ni saint Pierre ni les autres Apostres ne sont pas fondemens outre Nostre Seigneur, ains sous Nostre Seigneur ; leur doctrine n’est pas outre celle de leur Maistre, mays celle la mesme de leur Maistre. Ainsy la supremse charge qu’eut saint Pierre en l’Eglise militante, a raison de laquelle il est apellé fondement de l’Eglise, comme chef et gouverneur, n’est pas outre l’authorité de son Miastre, ains n’est qu’une participation d’icelle ; si que luy mesme n’est pas fondement de ceste hierarchie outre Nostre Seigneur, mays plus tost en Nostre Seigneur, comme nous l’apellons tressaint Pere en Nostre Seigneur, hors duquel il ne seroit rien. Certes, nous ne reconnoissons point d’authorité seculiere outre celle de son Altesse ; mays nous en reconnoisssons bien plusieurs sous icelle, lesquelles ne sont pas proprement autres que celle de son Altesse, puysqu’elles en sont seulement certaynes portions et participations. 3. En fin, interpretons passage par passage. Saint Pol vous semble il pas se fayre asses entendre quand il dict : Vous estes suredifiés sur les fondemens des prophetes et Apostres ? mays affin qu’on sceut que ces fondemens n’estoient pas outre celuy qu’il praechoit, il adjouste : Ipso summo angulari lapide, Christo Jesu.

Nostre Seigneur donques est fondement, et saint Pierre aussi, mays avec une si notable difference, qu’au pris de l’un , l’autre peut estre dict ne l’estre point. Car Nostre Seigneur est fondement et fondateur, fondement sans autre fondement, fondement de l’Eglise Naturelle, Mosaique et Evangelique, fondement perpetuel et immortel, fondement de la militante et triomphante, fondement de soymesme, fondement de nostre foy, esperance et charité, et de la valeur des Sacremens. Saint Pierre est fondement non fondateur de toute l’Eglise, fondement, mays fondé sur un autre fondement qui est Nostre Seigneur, fondement de la seule Eglise Evangelique, fondement sujet a succession, fondement de la militante non de la triomphante, fondement par participation, fondement ministerial, non absolu, enfin administrateur et non seigneur, et nullement fondement de nostre foy, esperance et charité, ni de la valeur des Sacremens. Ceste si grande difference faict qu’en comparayson, l’un ne soit pas apellé fondement au pris de l’autre, qui neanmoins pris a part peut estre appellé fondement, affin de laisser lieu a la proprieté des Parolles saintes : ainsy qu’encores quil soit le bon Pasteur (Eph 4, 11) il ne laysse de nous en donner sous luy, entre lesquelz et sa majesté il y a si grnade difference, que luy mesme monstre (Jean 10, 11-16 ; Ez 34, 23) quil est le seul Pasteur.

Tout de mesme, ce n’est pas bien philosopher de dire, tous les Apostres en general sont appellés fondemens de l’Eglise, donques saint Pierre ne l’est que comme les autres. Au contraire, puys que Nostre Seigneur a dict en particulier et en termes particuliers a saint Pierre ce qui est dict par apres en general des autres, il faut conclure qu’il y a en saint Pierre quelque particuliere proprité de fondement, et quil a esté luy en particulier ce que tout le college a esté ensemble. Toute l’Eglise a esté fondëe sur tous les Apostres, et toute sur saint Pierre en particulier ; c’est donq saint Pierre qui en est le fondement, pris a part, ce que les autres ne sont pas, car a qui a il jamays esté dict en particulier, Tu es Pierre, etc.

? Ce seroit violer l’Escriture, qui diroit que tous les Apostres en general n’ont pas esté fondement de l’Eglise ; ce seroit aussy la violer , qui nieroit que saint Pierre ne l’eust esté particulierment :

il faut que la parole generale sortisse son efect general, et la particuliere, le particulier, affin que rien ne demeure inutile et sans mistere en des si misterieuses Escritures.

Voyons seulement a quelle rayson generale tous les Apostres sont apellés fondemens de l’Eglise :

et c’est par ce que ce sont eux qui par leur praedication ont planté la foy et doctrine Chrestienne ; en quoy sil faut donner praerogative a quelqu’un des Apostres, ce sera a celuy la qui disoit : Abundantius illis omnibus laboravi ( 1Cor 15, 10). Et c’est ainsy que s’entend le lieu de l’Apocalipse ; car les douze Apostres sont apellés fondemens de la celeste Hierusalem, par ce que ce ont esté les premiers qui ont converty le monde a la religion Chrestienne, qui a esté comme jetter les fondemens de la gloire des hommes et la semence de leur bienheureuse immortalité. Mays le lieu de saint Pol semble ne s’entendre pas tant de la personne des Apostres que de leur doctrine ; car il n’est pas dict que nous soyons suredifiés sur les Apostres, mays, sur le fondement des Apostres, c’est-a-dire, sur la doctrine quilz ont annoncëe : ce qui est aysé a reconnoistre, puysqu’il ne dict pas seulement que nous sommes sur le fondement des Apostres, mays encores des Prophetes, et nous sçavons bien que les Prophetes n’ont pas autrement esté fondemens de l’Eglise Evangelique que par leur doctrine. Et en cest endroit, tous les Apostres semblent aller a pair, si saint jan et saint Pol ne precedent pour l’excellence de leur theologie ; c’est donq de ce costé que tous les Apostres sont fondemens de l’Eglise. Mays en l’authorité et gouvernement saint Pierre a devancé tous les autres, d’autant que le chef surpasse les membres ; car il a esté constitué Pasteur ordinaire et supreme Chef de l’Eglise, les autres ont esté pasteurs delegués et commis, avec autant pleyn pouvoir et authorité sur tout le reste de l’Eglise que saint Pierre, sauf que saint Pierre estoit leur chef de tous, et leur pasteur comme de tout le Christianisme. Ainsy furent ilz fondemens de l’Eglise avec luy egalement, quand a la conversion des ames et par doctrine, mays quand a l’authorité et gouvernement ilz le furent inegalement, puysque saint Pierre estoit le chef ordinaire non seulement du reste de toute l’Eglise mays des Apostres encores ; car Nostre Seigneur avoit edifié sur luy toute son Eglise, de laquelle ilz estoyent non seulement parties, mays les principales et nobles parties. Licet super omnes Apostolos ex æquo Ecclesiae fortitudo solidetur, dict saint Hierosme (L I in Jov 26), tamen inter duodecim unus eligitur, ut capite constituto schismatis tolatur occasio. Sunt quidem, dict saint Bernard parlant a son Eugene (De Consid l II c 8), et nous en pouvons autant dire de saint Pierre par mesme rayson, sunt alii caeli janitores et gregum pastores, sed tu tanto gloriosus quanto differentius nomen haereditasti.

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