Lettres (page 21)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

10 [mai] 1614.

A Monsieur

[Monsieur] le Comte de Tornon.

A Thurin.

CMLXXIV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er (MINUTE) Un moyen d'accroître la dévotion au pays du Chablais. - L'abbaye de Ripaille et la piété des princes de Savoie. - Fermeté et constance de l'Ordre des Chartreux.

Annecy, 12 juin 1614.

Monseigneur,

Lhors que j'eu l'honneur de faire la reverence a Vostre Altesse il y a un an , je luy proposay de faire loger les RR. Peres Chartreux en l'abbaye de Filly en Chablaix , pour l'accroissement de la devotion qu'un si saint Ordre feroit en ce païs la et pour l'ornement que la reparation d'une abbaye si remarquable y apporteroit. Mays du despuis, ayant sceu que Vostre Altesse avoit jetté ses yeux et son desir sur Ripaille pour le mesme effect, je m'en suis infiniment res-joui; et en toute humilité je la supplie d'en ordonner au plus tost l'execution, affin que nous voyons en nos jours la pieté restablie en un lieu qui a esté rendu tant signalé par celle que Messeigneurs les predecesseurs mesmes de Vostre Altesse y ont si saintement et honnorablement prattiquee ; asseurant qu'en meilleures mains le genereux et pieux dessein de cette restauration ne pourroit estre confié, qu'en celles d'un Ordre si ferme et constant comme est celuy des Chartreux, lequel, ayant tous-jours esté des son commencement fort obligé a la serenissime Mayson de Vostre Altesse, luy a aussi reciproquement tous-jours esté et est tres affectionné et dedié. Et tandis, je continue a supplier incessamment la divine Majesté qu'elle respande a jamais toutes ses plus cheres benedictions sur la personne et la couronne de Vostre Altesse, de laquelle je suis, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le 12 juin 1614.

CMLXXV A MADAME DE LA FLECHERE Le baptême d'un neveu du Saint: il se promet d'y voir M. et Mm. de Charmoisy. - Nouvelles et messages.

Annecy, 13 juin 1614.

Ce billet escrit a l'impourveu vous saluera, ma tres chere Fille, de la part de mon ame qui ayme parfaitement la vostre en Nostre Seigneur. Je n'ay eu nul moyen .de respondre a vos lettres jusqu'a present. Mercredi nous allons faire le baptesme du petit neveu , et la grande niece se porte beaucoup mieux. Nous pensons y avoir M. et Mme de Charmoysi ; car encor que mon frere ne le sçache pas, estant neanmoins tous les deux a Dalmaz pour les noces de madamoyselle de Dalmaz , il y a de l'apparence qu'ilz viendront a Presles , ou estant, il n'y auroit pas de l'apparence de ne les supplier pas , principalement parce que nous n'avons encor point veu la chere cousine . Or: sus, ce pendant allés bien doucement sur le pavé de Chambery a la sollicitation de vostre affaire ; mais je dis bien doucement, car c'est l'importance. Madame nostre seur de Bons est a la Visitation , mais je ne l'ay encor point veuë. Madame des Crilles pense estre receuë le jour de la Visitation . Salués, je vous prie, de tout mon cœur nostre seur madame de Brescieu, et madame de la Valbonne et madame d'Aiguebelette . Je suis sans fin,

Tout vostre en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le 13 juin 1614.

A Madame de la Flechere.

CMLXXV bis (lettre MMXXXV du volume XXI reclassée) (1)

AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON (INéDITE) Aventures d'un paquet de lettres. - Un voyage mystérieux ; honneurs rendus à un officier du duc de Nemours.

Annecy, 15 juin 1614.

Monsieur,

Vous treuveres les lettres ci jointes de longue datte ; c'est que le sieur Roybon (2) ayant rencontre le sieur de la Bretonniere (3) en chemin, est revenu icy avec luy pour affaires et a rapporté le pacquet que je luy avois donné la semaine passee. Or, estant encor surpris de ce second depart, comme n'ayant pas sceu jusques a present le retour du porteur, je n'adjousteray rien autre, sinon que j'ay donné un livre en main propre audit sieur de la Bretonniere ; si que les trois seront pour ceux quil vous plaira (4). Plusieurs voudroit (sic) bien deviner le sujet du voyage dudit sieur de la Bretonniere ; mays moy, qui n'ay ni le benefice de la prophetie, ni le malefice de la curiosité, je le laisse aller et luy souhaite bon voyage et bonheur. Toute cette ville luy a fait un honneur extraordinaire (5), tesmoignant que tous les serviteurs de Monseigneur de Nemours portent icy tiltre de tout respect, quand ilz sont de meurs et humeurs non scandaleuses. Dieu vous comble de toute sainte felicité, Monsieur, et vous rende de plus en plus favorable a cherir Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

xv juin 1614.

Je salue tres humblement madame ma cousine (6).

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon.

Revu sur l'Autographe appartenant au marquis de Monteynard, à Tencin (Isère).

(1)Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) Jacques de Roybon, issu d'une famille dauphinoise, était déjà en 1592 au service du duc de Nemours et son contrôleur ordinaire. C'est avec ce titre qu'il parait dans l'acte signé à Annecy le lendemain du jour où le Saint écrivait cette lettre (16 juin 1614), et par lequel il abandonne à Henri de Savoie ses droits sur la terre de Grésy (L6, note 483). (3) Intendant et premier secrétaire du duc de Nemours, Charles Chaliveau, seigneur de la Bretonnière (L2, note 237), était revenu de Turin et voyageait pour les intérêts de son maître qui, à son tour, ne devait pas tarder à quitter le Piémont. Blessé par les procédés de Charles-Emmanuel, Henri préparait sa vengeance (L6, notes 476,477), et en septembre, la Bretonnière était à Paris. (4) C'étaient sans doute des exemplaires de l'Introduction a la Vie devote que l'Evêque de Genève envoyait au comte de Tournon. (L6, note 478). (5) Les registres des Délibérations du Conseil de Ville n'en font aucune mention (6) Philiberte de Beaufort, femme du comte (L5, note 7).

CMLXXVI A MADAME DE LA FLECHERE Le duel et les censures de l'Eglise au XVIIe siècle. - le courage " desreglé " des catholiques qui acceptent le duel. - Ce qui tourmentait le plus François de Sales à leur sujet. - Une pieuse industrie.

Annecy, 22 juin 1614 .

Ma tres chere Fille,

Je voy par vostre lettre l'estat de l'ame du cher mari, par le duel desseigné, et non commis, auquel il s'estoit resolu. Je ne pense pas qu'il y ait excommunication, car il n'est venu a aucun effect porté par les Canons Mais, ma tres chere Fille, je confesse que je suis scandalizé de voir des ames bonnes catholiques, et qui d'ailleurs ont de l'affection a Dieu, estre si peu soigneuses du salut eternel, que de s'exposer au danger de ne voir jamais la face de Dieu et de voir a jamais et sentir les horreurs de l'enfer. En verité, je ne puis penser comme l'on peut avoir un courage si desreglé, mesme pour des bagatelles et choses de rien .

L'amour que je porte a mes amis, mais specialement au cher mari, me fait herisser les cheveux en teste quand je sçai qu'ilz sont en tel peril, et ce qui me tourmente le plus, c'est le peu d'apparence qu'il y a qu'ilz ayent le vray desplaysir qu'il faut avoir de l'offense de Dieu, puis qu'ilz ne tiennent conte de s'en empescher a l'advenir. Que ne ferois-je pas pour obtenir que telles choses ne se fissent plus !

Or, je ne dis pas cecy pour vous inquieter. Il faut esperer que Dieu nous amendera tous ensemblement, pourveu que nous l'en supplions comme il faut. Procurés donq que le cher mari se confesse, car encor que je ne pense pas qu'il soit en excommunication, il est neanmoins en un terrible peché mortel, duquel il faut qu'il sorte soudain ; car l'excommunication ne se contracte qu'avec les effectz, mais le peché se contracte par la volonté.

Je pense que j'auray bien tost le brasselet de la presence de Dieu , que je supplie vous benir de toutes les desirables benedictions que vous puissiés desirer, ma tres chere Fille.

Vostre plus humble et tres affectionné serviteur et compere,

FRANçs, E. de Geneve.

Le 22 juin 1614, a Neci.

CMLXXVII A M. CLAUDE DE QUOEX (L2, note 95) Avis et démarches pour obtenir l'annulation des vœux de Mme des Gouffiers.

Annecy, [juin ou juillet] 1614 .

Monsieur,

Je vous supplie de voir la lettre de nostre monsieur de Sainte Catherine et me faire sçavoir, si pourtant vous en aves connoissance, quell'est la sentence dont il fait mention en la 2me ligne, comm'aussi sil seroit asses tost pour escrire que l'on pourroit bien accepter Monseigneur de Lion pour commissaire ; car, a ce que je voy, cela faciliteroit beaucoup l'affaire , et Mme de Goffier a receu une lettre de Mme l'Abbesse du Paraclit qui oste tout le scrupule qu'elle pouvoit avoir sur la personne de mondit seigneur l'Archevesque. Cependant, engagé dans cet appointement, je vous donne mille fois le bonjour, et suis sans fin, Monsieur, Vostre plus humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve. A Monsieur

Monsieur de Quoex, Conseiller de Sa Grandeur

et premier Collateral au Conseil de Genevois.

Revu sur l'Autographe conservé à Chambéry, Archives du Sénat de Savoie.

CMLXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL Préparatifs d'une course sur le lac.

Annecy, juillet 1614 .

Il est impossible de se treuver demain a 9 heures, car ni madame Vulliat ne sçauroit estre preste, ni je ne sçai comment nostre fille le pourroit estr'aussi, attendu quil faudroit partir au fin moins a trois heures de mattin. Il sera donq mieux de bien s'apprester, prendr'une barque expres et assigner le jour du depart . Cependant, mille et mille fois le bon soir, ma tres chere Mere, que Nostre Seigneur veuille a jamais benir. Amen. Et le bonsoir encor a la chere grande fille et a la fille malade .

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Grosset, à Genève. CMLXXIX AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Les Pères Barnabites à Annecy. - Le Duc est prié de favoriser leur mission, d'une incomparable utilité pour le collège de la ville.

Annecy, 8 juillet 1614.

Monseigneur,

Le bien de la venue des Peres Barnabites en cette ville est de si grande. consideration, que Vostre Altesse, laquelle l'a si saintement desiré, le fera sans doute puissamment reüscir, non obstant les petites difficultés qui se presentent , qui ne procedent que d'une bonne affection, a laquelle Vostre Altesse donnera, sil luy plait, la mesure et discretion ; en sorte que si le Pere General des Barnabites ne pouvoit ouctroyer la dispense qu'on requiert , sa Congregation ne laissast pas pour cela d'estre introduitte dans ce college ou, en tous evenemens, ell'apportera un'utilité incomparablement plus desirable que tout ce qui s'y est fait jusques a present. J'en supplie donq en toute humilité Vostre Altesse Serenissime, que Dieu face a jamais prosperer, selon l'extreme et continuel souhait, Monseigneur, de Vostre tres humble et tres obeissant serviteur et orateur,

FRANçS, Evesque de Geneve.

VIII julliet 1614, a Nessy.

A Son Altesse Serenissime.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. CMLXXX A MADAME DE LA FLéCHèRE (INEDITE) Nouvelles de la sauté du Saint. - Regret d'avoir manqué une visite désirée.

Annecy, l1 juillet 1614.

Que je fus marri, ma tres chere Fille, quand a mon reveil je sceu que le cher mari m'avoit demandé, car j'avois bien envie de l'entretenir un peu ; mays je n'avois pas peu dormir la nuit, pour le reste de quelques inquietudes corporelles que trois ou quatre jours de flux de ventre m'avoyent laissee (sic). Or pourtant, cela n'a rien esté sinon une evacuation de catarre, sans laquelle indubitablement j'allois estre fort malade ; la ou maintenant je me porte fort bien, quoy que tous-jours un peu incommodé de ce flux qui, petit a petit, va passant. Ma tres chere Fille, pries tous-jours bien Dieu pour mon cœur, qui vous ayme d'un amour plus que paternel, affin quil se purifie et que 1'amour divin y regne sans exception, reserve, ni fin quelcomque; car ainsy ne cesse-je de vous souhaiter une parfaite sainteté. Je m'en vay voir nostre pauvre Mere et la bonne Mme d'Escrilles qui m'attendent ; je les salueray de vostre part, comme je vous prie de saluer la chere seur . Je suis d'un'ame nompareille, Tout vostre, F., E. de Geneve.

XI jullet 1614.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Mâcon.

CMLXXX bis

A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Piété et patience de Gallois de Sales, frère du Saint, durant sa dernière maladie.

Sales, 29 ou 30 juillet 1614 .

…………………………………………………………………………………. Il faut tous-jours, ma chere Fille, que je vous die quelque chose de nos affaires domestiques et de l'estat de la famille a laquelle vous prenes tant de part. Nous venons de rendre icy les derniers devoirs a feu mon tres cher frere de Boisy : il est trespassé despuis peu entre mes bras ; je luy ay fermé les yeux et la bouche, mais il m'avoit ouvert son cœur d'une maniere si chrestienne dans le Sacrement de Confession , que j'ay de grans sujetz d'esperer que Dieu a receu son ame dans les douceurs de sa misericorde. Au reste, j'ose dire que c'est une chose estonnante des maux qu'il a souffert en tout son cors, et l'espace de plusieurs moys, estant contraint de demeurer dans une mesme posture corporelle, mais avec une pieté et une patience si remarquable, que nous le pouvons nommer le Job de nostre famille ………….

CMLXXXI AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII Actions de grâces pour une gratification accordée aux églises du pays de Gex,

Annecy, 31 juillet 1614.

Sire,

Les Catholiques de Gex et moy avons receu les trois cens escus d'aumosne que Vostre Majesté a donnés pour la reparation des eglises (letre 970), avec une tres humble reverence et action de graces, non seulement parce que les faveurs qui proviennent de si haut lieu sont tous-jours de grande estime, mais aussi parce que ce sont comme des arrhes de plus grans bienfaitz pour l'avenir; dont nous en esperons que la royale bonté de Vostre Majesté regardera de son œil propice la misere a laquelle l'heresie a reduit ce pauvre balliage, pour respandre a son secours les graces et assistances qui luy peuvent servir de remede. Ainsy Dieu soit a jamais le protecteur de Vostre Majesté, Sire, pour la combler des saintes benedictions que luy souhaitte

Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

31 julliet 1614, a Nessi.

CMLXXXII AU DUC DE BELLEGARDE Double interprétation du titre de " filz " désiré par le destinataire. - Exhortation aux pratiques de piété. - Le monde, malgré sa malignité, estime les vrais dévots et la dévotion sérieuse et toute suave.

Annecy, 31 juillet 1614.

Monsieur,

J'ay receu la lettre par laquelle Vostre Grandeur s'abbaisse jusques a me conjurer que des-ormais je l'appelle mon Filz. Et ma petitesse s'esleve bien aussi jusques la que de le vouloir faire et penser que je le puis, sans faire tort a ce que vous estes, bien qu'a la verité ce sera chose rare de voir la disproportion d'un si chetif pere avec un enfant si relevé. Mays la nature mesme, qui est si sage, a bien fait une pareille singularité en une plante que les arboristes nomment communement le filz avant le pere, parce qu'elle pousse son fruit avant ses fleurs. Et puis, vous ne regardés pas, comme je pense, ma personne, mais cet Ordre sacré duquel elle est doüee, qui est le premier de tous les Ordres en l'Eglise, de laquelle vous aves cet incomparable honneur et bonheur d'estre un membre vivant (Ep 5,30), et non seulement vivant, mais animé de l'amour sacré, qui seul est la vie de nostre vie, comme vos bons desirs tesmoignent. Or sus donq, Monsieur, je vous appelleray des-ormais mon Filz; mais parce que vous seriés ennuyé de voir tous-jours les protestations du respect avec lequel j'useray de ce terme d'amour, je vous veux dire une fois pour toutes que je vous nommeray mon Filz avec deux differentes mais accordantes affections, dont Jacob appella deux de ses enfans, enfans et filz. Car voyés-vous, Monsieur, il appella son cher Benjamin, son filz, avec un cœur si plein d'amour, que pour cela on a despuis appellé ainsy tous les enfans bienaymés de leurs peres.. Mais son cher enfant Joseph, devenu vice roy en Egypte, il l'appella son filz avec un amour si plein d'honneur, que, pour ce grand honneur, il est dit que mesme il l'adora (Gn 37,9) ; car si bien ce fut en songe, ce ne fut pas en mensonge, mais en verité, que ce grand gouverneur d'Egypte avoit veu, lhors de son enfance, que son pere, sous le signe du soleil, luy faysoit une profonde reverence que l'Escriture Sainte appelle du nom d'adoration.

Voyla donq comme je proteste de vous appeller mon Filz: et comme mon Benjamin d'amour, et comme mon Joseph d'honneur. Ainsy, ce mot de Filz sera plus plein d'honneur, de respect et de reverence que celuy de Monsieur ; mais d'une reverence toute destrempee en l'amour, pour le meslange duquel elle respandra en mon ame une suavité qui n'aura point d'esgale. C'est pourquoy je n'adjousteray point au nom de Filz celuy de Monsieur, sinon quelquefois, parce qu'il n'en sera pas besoin, l'un estant plus exquisement compris en l'autre qu'il ne sçauroit estre exprimé.

Que d'ayse, mon cher Filz, quand on me dit que vous estes le seigneur au grand cœur, qui, emmi ces vaines vanités de la cour, demeurés ferme en la resolution que ce cœur a prise de contenter celuy de Dieu (lettre 906) ! Hé, si faites, mon cher Filz ; perseverés a communier souvent et a faire les autres exercices que Dieu vous a si souvent inspirés. Le monde croit de vous avoir des-ja perdu, il ne vous tient plus des siens. Il se faut bien garder qu'il ne vous regaigne, car ce seroit vous perdre du tout que de vous laisser gaigner a cet infortuné que Dieu a perdu et perdra eternellement. Le monde vous admirera et, malgré sa mauvaise humeur, il vous regardera par honneur quand il vous verra emmi ses palais, ses galeries, ses cabinetz, conserver soigneusement les regles de la devotion, mais devotion sage, serieuse, forte, invariable, noble et toute suave.

Ainsy soit il, mon cher Filz. Qu'a jamais Dieu soit vostre grandeur et le monde vostre mespris, et je suis ce pere qui vous ayme comme son Benjamin et vous honnore comme son Joseph.

FRANçs, E. de Geneve.

Le dernier julliet 1614.

CMLXXXII bis (lettre MMXXXVI du volume XXI reclassée) (1)

AU DUC ROGER DE BELLEGARDE (FRAGMENT) Mélange d'amour et de respect. - Motif et but de l'union de deux cœurs.

Après juillet 1614 (2)

…………………………………………………….

Il est vray, Monsieur, je veux desormais cherir Vostre Grandeur si fortement, fidelement et respectueusement, que le meslange de la force, de la fidelité et du respect fasse le plus absolu amour et honneur qui vous puisse jamais estre rendu par homme quelcomque que vous ayes provoqué ; en sorte que le tiltre de Pere dont il vous plaist me gratifier, ne soit ni trop haut, ni trop puissant, ni trop doux pour signifier la passion avec laquelle j'y correspondray. Dieu, par apres, la consideration duquel a donné naissance a cette si grande liayson, la benira de sa sainte grace, affin qu'elle soit fertile en toute consolation pour l'un et l'autre des cœurs qui, ensemblement, l'un par l'autre et l'un en l'autre, ne respirent emmi cette vie mortelle que d'aymer et tenir l'eternité de l'immortelle en laquelle vit et regne la vie hors de laquelle tout est mort. Et que veux je au Ciel et en la terre (Ps 72,25) pour mon tres honnoré filz et pour moy, sinon de vivre a jamais de cette vie des enfans de Dieu ?………………………… (1) Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) Hérissant, reproduisant le texte de l'édition de 1641, y ajoute la date: fevrier 162I, ce qui occasionna une erreur dans le premier classement de cette lettre. Une étude plus sérieuse a démontré la nécessité de la scinder en deux parties, dont la seconde seule appartient à 1621 ; elle est imprimée au tome XX, p. 213. la première moitié, que nous donnons ici, est évidemment adressée à Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde (L5, note 545), et remonte aux premiers temps de la liaison plus intime du grand Ecuyer et de l'Evêque de Genève. Sa place serait non loin de la lettre du 31 juillet 1614 (L6, lettre 981) ; la comparaison des deux textes en convaincra.

CMLXXXIII AU BARON FRANçOIS DU VILLARS (INéDITE) Plainte du Saint contre une prétention exorbitante qu'avaient eue les protestants à l'assemblée des Etats du bailliage de Gex. .

Annecy, 1er août 1614.

Monsieur,

J'ay sceu tout ce qui s'est passé pour l'assemblee des trois Estatz de vostre balliage au prejudice de celuy des trois qui a tous-jours esté le premier et le plus favorisé en France , et lequel estant sous ma charge pour ce quartier la, permettes moy, Monsieur, que je me plaigne a vous premierement, et que je vous supplie de voir si ce tort se pourra reparer entre vous et ces bons ecclesiastiques, avant que le devoir de ma charge m'oblige de m'en douloir ailleurs. Je vous honnore de tout mon cœur, et tous nos gens d'Eglise vous tiennent pour leur bon pere ; mays en cette cause qui regarde la gloire de Dieu et le respect de l'estat ecclesiastique, nous ne pouvons rien dissimuler. Consideres donq, Monsieur, que les huguenotz non seulement ne sont pas du clergé, mais haïssent et le nom et la chose sacree quil signifie, et jamais ne fut veu que les ministres fissent cors a part en France. Il n'est pas raysonnable de mettre Dagon sur l'autel avec l'Arche de l'alliance: Dieu l'a declaré (1 R 5,1). Monsieur, je me prometz qu'y ayant bien pensé, vous nous osteres ce juste sujet de plainte, et nous conserverés, comme je desire a jamais continuer, en l'affection qui m'a fait par tout nommer, Monsieur, Vostre plus humble asseuré serviteur, FRANçs, E. de Geneve,

1 aoust 1614, a Nessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

CMLXXXIV AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON François de Sales s'abstient prudemment de fréquenter le duc de Nemours, alors à Annecy. - La réimpression en petit format de l'Introduction à la Vie devote engage l'auteur à préparer une nouvelle édition. - Affaires de MM. du Noyret et de Portes.

Annecy, 3 août 1614.

Monsieur,

J'ay donné en main propre de Monseigneur le Duc de Nemours les deux lettres que vous m'avies addressee (sic), comme je feray tous-jours fort exactement tout ce qui sera de vos volontés et en mon pouvoir.

Au demeurant, je suis icy aupres de ce Prince comme n'y estant point, dautant que la multitude des affaires que cette levee d'armees luy donne m'empesche de pouvoir si souvent joüir de lhonneur de sa presence, comme peut estre je ferois en un 'autre sayson ; laissant a part le viel enseignement : La place d'un Evêque, c'est d'être dans sa bergerie et non à la cour. Si vous venes asses tost pour le treuver icy, vous verres que je ne brusle point mes ayslerons a ce flambeau. Je ne nie pas, certes, que le favorable tesmoignage que vous rendes a ce pauvre petit livret de l'Introduction ne m'ayt grandement encouragé, et plus en verité que celuy de plusieurs grans personnages qui, sans me connoistre, me l'ont beaucoup recommandé par lettres. Je le revoy maintenant, par ce qu'on le reimprime en petit volume , et j'y treuve infinité de fautes, partie de l'imprimeur, partie de l'autheur, que je corrige tendrement, ne voulant pas, sil se peut, qu'on connoisse sensiblement autre changement que celuy de la correction de l'imprimeur. Monsieur du Noyeret a esté grandement consolé d'avoir sceu, selon vostre desir, la souvenance que vous aves eüe de luy en m'escrivant. Je suis apres a demesler le reste de son affaire , dont je ne puys venir a chef, ayant deux rudes parties au Conseil secret de Sa Grandeur .

Ces bonnes Dames de la Visitation escrivent a madame ma cousine , d'une petite ambition qui leur est venue, en laquelle pourtant elles regardent a la gloire de Nostre Seigneur . Pour moy, quant a present, je n'en ay point de plus grande que d'estre fortement avoüé de vous, Monsieur, et d'elle, Tres humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

M. des Portes a vostre lettre, et le contentement d'avoir plus heureusement terminé son affaire quil ne pensait.

3 aoust 1614.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon,

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise Pensa, à Turin.

CMLXXXV A DOM BRUNO D'AFFRINGUES, GéNéRAL DES CHARTREUX L'Evêque de Genève sollicite l'admission d'une postulante chez les Chartreusines de Mélan.

Annecy, 7 août 1614.

Mon tres Reverend Pere,

Outre l'humble remerciment que je dois et fay a V. R. pour le bon accueil qu'il vous pleut de faire a la supplication que je vous presentay, il y a quelque tems, en recommandation de la fille de monsieur de Lornay des Costes , j'adjouste encor mon intercession a mesme intention, affin quil vous playse faire le billet requis au P. dom Vicayre de Melan , qui a dit audit, sieur de Lornay que, moyennant cela, sa fille seroit asseuree de sa place . Or, je ne fay nulle difficulté de m'obliger a vostre bonté de plus en plus, par ce qu'aussi bien vous doys-je des-ja tout ce que je suis et puis estre, a rayson de tant de faveurs que vous m'aves departies ci devant, et sur tout pour cette rare bienveuillance delaquelle vous rendes tant de tesmoignages a mes amis, qu'ilz m'en glorifient tous extremement, que je vous conjure de me continuer, puis que, vous souhaitant sans fin toute sorte de sainte fœlicité, je suis d'un'affection tres parfaite, Mon tres Reverend Pere, Vostre tres humble confrere et serviteur, FRANçs. E. de Geneve.

VII aoust 1614, a Nessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Clermont-Ferrand.

CMLXXXVI AU BARON JEAN-BéROLD DE CUSY (INEDITE) Les brebis gagnent à l'absence des mauvais bergers. - Pourquoi on allait à la guerre au dix-septième siècle.

Annecy, 8 août 1614.

Monsieur,

Je seray bien ayse que vostre curé absente, car il est de ceux la desquelz la residence est plus nuysible aux brebis que l'absence ; et je mettrois volontier pour terme de son congé, jusques a ce qu'il soit meilleur et plus sage, mays cela le fascheroit. Quant a pourvoir d'un vicayre, je luy en ay nommé un lequel, s'il veut prendre le parti, vous donnera, je m'asseure, de la satisfaction ; et en cas qu'il ne veuille, je penseray, entre ci et mardy, ce que je pourray faire pour vous en prouvoir d'un bon. Au reste, je prie Dieu qu'il benisse le voyage de nostre monsieur le baron de Bonvillaret et le vous face revoir, et a madame sa mere , plein de joye et de l'honneur que l'on va chercher a la guerre. Ce pendant je demeureray, Monsieur, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

VIII aoust 1614.

A Monsieur le Baron de Cusy.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

CMLXXXVII

AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON (INéDITE) Saint François de Sales et les offenses. - l'amitié et la charité. - Une amitié un peu forte ne doit pas être chatouilleuse. - Un louable projet de retraite.

Annecy, 11 août 1614.

Non certes, Monsieur, je ne suis nullement delicat, amant les ceremonies, les complimens ; non, pas mesme les offences ne gastent rien avec moy, si elles ne sont faites et appostees expres pour ruiner l'amitié (je parle de l'amitié, et non de la commune charité que rien ne doit ruiner) ; car celles qui proviennent de negligence, de foiblesse, d'inconsideration, voire mesme de quelque soudaine passion d'ire, de courroux et de haine, il me semble qu'un'amitié un peu forte les doit supporter, en consideration de nostr'humanité qui est sujette a ces accidens. Madame vostre seur vous escrit de son voyage, duquel ell'a conferé avec monsieur des Portes . La pauvreté de cette sayson concourt avec l'amour de l'autre seur pour l'y faire resoudre. Ce qu'elle pretend aller avec Mme de Polinge, dame de grande vertu , et pour estr'aupres d'une seur si sage et devote, rend son desir asses probable. Elle desireroit fort de mener la petite madamoyselle Marguerite , mais, comm' elle m'escrit, elle voudroit qu'elle fut un peu brave d'habillemens, comme sa bonne naissance et sa bonne mine requiert.

Je prevoy que vous ne viendres pas si tost a cause de la longueur des demain de ce païs-là ; neanmoins je feray l'advertissement que vous me dites a madame de la Croix, ma cousine , que je treuve fort a propos, bien qu'il ny ait rien a craindre en effect. Mays il est mieux de n'avoir mesmement pas a craindre les ombres en françois, comm'on ne les craint pas en espagnol.

Vous aures receu une lettre (note 481) par laquelle ces bonnes Dames de la Visitation demandent une nouvelle faveur a madame ma cousine , que je salue tres humblement, et suis, Monsieur,

Vostre tres humble, tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XI aoust 1614.

A Monsieur Monsieur le Comte de Tornon. A Thurin.

Revu sur l'Autographe conservé chez les RR. PP. de Saint-Edme, Abbaye de Pontigny (Yonne).

CMLXXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Une visite empêchée.

Annecy, 14 août 1614

Ma tres chere Mere,

J'avois proposé avec un extreme desir de vous aller un peu voir et saluer a cette veille de la grande feste de nostre Maistresse, mais je n'ay sceu.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.

CMLXXXIX A LA MèRE CLAUDINE DE BLONAY, ABBESSE DE SAINTE-CLAIRE D'EVIAN Unique préface pour toute une correspondance. - Propriétés de l'eau vive que l'on puise en Notre-Seigneur par la sainte oraison ; erreur et malheur des familles religieuses qui ne s'appliquent pas à cet exercice. - Un ignorant qui en sait plus que beaucoup de savants. - Les Œuvres de sainte Thérèse. - Vertus à faire fleurir dans un monastère. - Utilité d'un bon et vertueux confesseur pour une Communauté.

Annecy, 18 août 1614.

Ma tres chere Seur, A cette premiere fois que je vous escris, je vous veux dire deux ou trois motz de preface, qui puissent servir pour toutes les lettres que je vous envoyeray des-ormais selon les occurrences.

1. Que ni vous ni moy n'y fassions plus aucune preface ; car l'amour de Dieu que vous aves sera ma preface envers vous, et le desir que j'ay de l'avoir sera vostre preface envers moy. 2. En vertu de ce mesme amour, ou possedé ou desiré, asseurés vous, ma chere Seur, que vous et toutes vos filles treuveres tous-jours mon ame ouverte et dediee au service des vostres. 3. Mays tout cela sans ceremonies, sans artifice, d'autant qu'encor que nos vocations soyent differentes en rang, ce saint amour auquel nous aspirons nous esgale et unit en luy.

Certes, ma tres chere Seur, et vous et vos filles estes tres heureuses d'avoir en fin rencontré la veine de cette eau vivante qui rejaillit a la vie eternelle (Jn 4,10), et de vouloir en boire de la main de Nostre Seigneur, auquel, avec sainte Catherine de Gennes et la bienheureuse Mere Therese, il me semble que vous faites cette sainte priere : Seigneur, donnés-moy de cette eau (Jn 4,15 ; TAD liv 12, ch 2). Qu'a jamais cette Bonté divine soit loüee, qui luy mesme s'est rendu une source d'eau vive au milieu de vostre compaignie ; car a ceux qui s'addonnent a la tressainte orayson, Nostre Seigneur est une fontayne en laquelle on puise par l'orayson l'eau de lavement, de refrigere, de fertilité et de suavité.

Dieu sçait, ma tres chere Seur, quelz sont les monasteres esquelz ce saint exercice n'est point prattiqué ; Dieu sçait quelle obeyssance, quelle pauvreté et quelle chasteté y est observee devant les yeux de sa divine Providence, et si les assemblees des filles ne sont pas plustost des compaignies de prisonnieres que de vrayes amoureuses de Jesus Christ. Mais nous n'avons pas tant besoin de considerer ce mal la, que de peser au juste poids le grand bien que les ames reçoivent de la tressainte orayson. Vous n'estes donq point trompees de l'avoir embrassee, mais trompees sont les ames qui, s'y pouvant appliquer, ne le font pas. Et neanmoins, en certaine façon, a ce que je voy, le doux Sauveur de vos ames vous a trompees d'une tromperie amoureuse pour vous tirer a sa communication plus particuliere, vous ayant liees par des moyens que luy seul a sceu treuver et conduittes par des voyes que luy seul avoit conneuës. Relevés donq bien haut vostre courage pour suivre soigneusement et saintement ses attraitz, et tandis que la vraye douceur et humilité de cœur regnera parmi vous, ne doutés point d'estre trompees.

Le frere N. est un vray ignorant, mais ignorant qui sçait plus que beaucoup de sçavans ; il a les vrays fondemens de la vie spirituelle, et sa communication ne vous peut qu'estre utile. Je m'asseure que son Superieur ne vous la refusera pas tandis que vous en useres avec discretion et sans luy donner trop de distraction.

Je n'ay peu encor lire les livres que vous m'aves envoyé, ce sera a mon premier loysir. Vous aves bien fait de vous apprivoyser avec la bienheureuse Mere Therese, car en verité, ses livres sont un thresor d'enseignemens spirituelz.

Sur tout, faites regner entre vous la dilection mutuelle, franche, spirituelle ; la communauté parfaite, tant aymable et si peu aymee en ce siecle, mesme es monasteres que le monde admire ; la sainte simplicité, la douceur de cœur et l'amour de la propre abjection. Mais ce soin, ma tres chere Seur, il faut qu'il soit diligent et ferme, et non empressé, ni a secousses.

Je seray bien ayse de sçavoir souvent de vos nouvelles, et ne doutés point que je ne vous responde. Monsieur N. me fera prou tenir vos lettres .

En particulier, ce m'a esté de la consolation de sçavoir la bonté et vertu de vostre Pere confesseur , qui, avec un esprit vrayement de pere envers vous, coopere a vos bons desirs et est encor bien ayse que les autres y contribuent. Pleust a Dieu que tous les autres de vostre Ordre fussent aussi charitables et affectionnés a la gloire de Dieu ! les monasteres qui sont en leur charge seroyent plus parfaitz et plus purs.

Je resaluë mes cheres Seurs Anne et Marie Salomé , et me res-jouis dequoy elles sont entrees en cette Religion en un tems auquel la vraye et parfaite pieté commence a y refleurir; et pour leur consolation, je leur dis que leur parente Mme des Crilles, qui est maintenant novice a la Visitation , tasche aussi fort de son costé de s'avancer en Nostre Seigneur.

Ma tres chere Seur, je vous escris sans loysir, mais non pas sans une infinie affection envers vous et toutes vos filles, que je supplie toutes de recommander mon ame a la misericorde de Dieu, comme de ma part je ne cesseray point de vous souhaitter benediction sur benediction, et que la source de toute benediction vive et regne a jamais au milieu de vos cœurs. Amen.

Je suis, d'un amour tout cordial, Vostre tres humble frere et serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 18 aoust 1614, a Nessi.

CMXC A MADAME DE LA VALBONNE Se consacrer à Notre-Seigneur, c'est une grâce dont la grandeur se découvre avec le temps. - Pourquoi Dieu permet les " secousses de l'amour-propre. " - Salutations.

Annecy, 19 août 1614 .

J'ayme mieux vous escrire sans loysir ni commodité, que de l'attendre plus longuement, ma tres chere Niece, ma Fille. Vostre lettre m'a fort pleu, par ce que j'y voy ces marques de vostre resolution de perseverance au dessein de servir a jamais Nostre Seigneur avec toute la pureté et fidelité que vous poures. Que bienheureux est vostre cœur, ma chere Fille, qui se dedie a un'affection si juste et si sainte ! Plus nous irons avant, plus nous reconnoistrons la grandeur de la grace que le Saint Esprit nous fait de nous donner ce courage. Et bien que quelquefois vous receves des secousses de l'amour propre et de vostre imbecillité, ne vous en troublés point, car Dieu le permet ainsy affin que vous luy serries la main, que vous vous humiliies et reclamies son secours paternel. L'esperance de vous voir avec madame la Premiere m'excuse de vous parler plus au long par escrit, principalement pressé comme je suis. Salues, je vous prie, de ma part, Mme de la Flechere, et toutes deux ensemble Mme d'Aiguebelette, si ell'est la. Je suis sans reserve, d'un cœur tout fidele, Vostre plus humble oncle et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XIX aoust 1614.

Je salue M. vostre cœur de tout le mien tres humble .

A Madame Madame de la Valbonne.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.

CMXCI A MADAME DE LA FLéCHèRE Affaires diverses. - Un malade bien résigné. - La seule chose digne d'être estimée.

Annecy, 19 août 1614.

Helas, ma tres chere Fille, que dires vous de ce pere qui tarde tant a respondre ? Certes, ce n'est pas faute de memoyre, et moins de volonté, mays j'ay un peu douté ou vous esties jusques des il y a trois jours, que je sçai que vous estes la . J'escris donq a M. le Premier selon vostre desir, bien que je sache combien peu vous aves besoin d'intercession aupres de luy qui vous honnore tant. Vous treuveres la lettre ci jointe d'un peu longue datte, mays il ny a remede; nostre bonne Mere qui l'escrit, ne me voit point sans que nous parlions de vous comme de celle qui nous ayme tant. Le pauvre M. de Charmoysi est tous-jours entre les mains des medecins, sans voir goute, mais avec bonne esperance de voir, Dieu aydant. Il fait merveilles a se resigner a la volonté de Dieu, ainsy que la petite cousine m'escrit. Ma tres chere Fille, en fin, de quel costé que nous nous retournions, nous ne treuverons rien digne d'estre estimé que la grace de Nostre Seigneur, a laquelle je ne cesse point de vous recommander, comme estant tres parfaitement vostre et

Vostre plus humble serviteur et compere.

La seur et la niece de deça se portent bien

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMXCII AU DUC DE BELLEGARDE Pourquoi l'amour paternel est puissant ; celui du Saint comparable au feu. L'idéal qui sied à une grande âme. - Préservatifs conseillés contre les malignes influences de la cour.

Annecy, [août] 1614 .

Monsieur ,

Il ne se peut dire de quelle ardeur mon ame souhaitte la perfection de l'amour de Dieu a la vostre. Les meilleurs moyens pour exprimer cette passion sont ceux dont vous me gratifies, pourveu que l'on y entende une merveille que j'appellerois miracle, si je n'en estois l'ouvrier, apres Dieu et vostre commandement : car ordinairement, l'amour paternel est puissant parce qu'il descend comme un fleuve qui prend sa source de la pente ; mais en nostre sujet, le mien, qui sort de ma petitesse, en remontant a vostre grandeur, il prend vigueur a la montee et accroist sa vistesse en s'eslevant : c'est parce que, si les autres se contentent de ressembler a l'eau, celuy-ci est comparable au feu. Certes, Monsieur, j'escris sans reflexion, et je voy que j'abuse de vostre bienveuillance a luy dire ainsy mes saillies.

Dieu vous tienne de sa sainte main et establisse de plus en plus ce genereux et celeste dessein qu'il vous a donné de luy consacrer toute vostre vie. Il est juste et equitable que ceux qui vivent ne vivent pas pour eux mesmes, mais pour Celuy qui est mort pour eux (2 Co 5,15). Une grande ame, Monsieur, pousse toutes ses meilleures pensees, affections et pretentions jusques dans l'infini de l'eternité; et puisqu'elle est eternelle, elle estime trop bas ce qui n'est pas eternel, trop petit ce qui n'est pas infini, et surnageant a toutes ces menues delices, ou plustost a ces vilz amusemens que cette chetifve vie nous peut presenter, elle tient les yeux fichés dans l'immensité des biens et des ans eternelz.

Monsieur, a mesure que vous connoissés que l'air de la cour est pestilent, usés soigneusement de preservatifz. Ne sortés pas le matin que vous ne porties sur le cœur un epitheme du renouvellement de vos resolutions fait en la presence de Dieu. Oh si le soir vous lisies douze lignes dans quelque livret de devotion, apres avoir fait vostre petite orayson ! car cela dissiperait les qualités contagieuses que les rencontres du jour pourroyent avoir jetté autour de vostre cœur.

Et vous purgeant souvent par le doux et gratieux syrop magistral de la confession, Monsieur, j'espererois que vous demeureries comme un celebre pyrauste entre les flammes, sans endommager vos aisles (Arist.

Hist. anim. 5,19 ; Pline Hist Nat 11, 36 ; IVD préface).

Que bienheureuse est la peyne, pour grande qu'elle soit, qui nous delivre de la peyne eternelle ! Qu'aymable est le travail duquel la recompense est; infinie !

Monsieur, je suis, d'un cœur plus que paternel, FRANçs, E. de Geneve.

CMXCIII A M. GUILLAUME-FRANçOIS DE CHABOD SEIGNEUR DE JACOB (lNëDlTE) Témoignages de sympathie à un ambassadeur qui n'avait pas réussi dans sa mission. - Discrète invitation à sanctifier ses derniers jours. - Promesse d'une visite.

Annecy, [vers le 20 août] 1614

Monsieur,

Je me res-jouis de vostre heureux retour, lequel eut esté comblé de consolation pour vous et pour tous les bons et pour moy, si vostre saint zele eüt eu le sucees que vos remonstrances requeroyent. Mays ce tems est ainsy fait, il ne produit pas les choses bonnes et desirables qu'avec plusieurs travaux de ceux qui les entreprennent, et au contraire, le mal s'avance sans culture, par la propre malice de cet aage. Que vous seres heureux, Monsieur, si ce reste de vos jours, que je souhaite grans et bons, vous appliques de plus prez vostre ame a son Principe, dans le repos d'une vie a moytié solitaire, telle qu'est celle que vous faites de deça en comparayson de Paris et de la cour. J'espere que l'esté ne se passera point sans que j'aye le bien d'estre quelque tems aupres de vous, ou nous nous entretiendrons plus au long sur ce digne sujet. Que si la multitude des affaires de ma charge et mes affaires particulieres, bien que non domestiques, me permettoyent d'estre a mon gré ou je voudrois, souvent je me treuverois lâ de tems en tems. Mays, ou que je sois, vous m'aves, Monsieur, Vostre humble tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve. Monsieur, je resalue bien humblement madame... .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nancy.

CMXCIV A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS, éVêQUE DE BELLEY " La mousse des exemptions. " - Une vertu qui vaut un procès de canonisation. - Un déplaisir et une crainte du Saint. - Injuste ingérence de l'Etat dans l'exercice du pouvoir spirituel de l'Eglise. - L'Evêque de Genève se confie, pour la défense de ses droits, à la vaillance de son ami.- Messages pour Dijon.

Annecy, 22 août 1614.

Monseigneur,

Je me res-jouis, certes, de vos victoires; car, quoy que l'on sçache dire, c'est la plus grande gloire de Dieu que nostre Ordre episcopal soit reconneu pour ce qu'il est, et que cette mousse des exemptions soit arrachee de l'arbre de l'Eglise ou on void qu'elle a fait tant de mal, ainsy que le sacré Concile de Trente a fort bien remarqué (Sess 24, de Reform 11). Mais je regrette pourtant que vostre esprit patisse tant en cette guerre, en laquelle, sans doute, il n'y a presque que les Anges qui puissent conserver l'innocence ; et qui tient la moderation emmi les proces, le proces de sa canonization est tout fait pour luy, ce me semble. "Dans l'amour, garder la modération, c'est à peine si les dieux en sont capables." (Publius Syrus, Sententiae A,22) mais je dirois plus volontier : Plaider et ne pas perdre le sens, c'est tout juste le privilège des Saints. Neanmoins, quand la necessité le requiert et que l'intention est bonne, il faut s'embarquer sous l'esperance que la Providence mesme qui nous oblige a la navigation, s'obligera elle mesme a nous conduire .

Tout mon plus grand desplaysir, c'est de voir qu'en fin en fin cette amertume de cœur, que vous me depeignés, vous ravira d'aupres de nous et me ravira une des plus pretieuses consolations que j'eusse, et a ce peuple un bien inestimable ; car, des Prelatz affectionnés, il en est si peu !

" Quelques-uns apparaissent çà et là, flottant sur l'immensité des eaux. " (Virg Aeneis 1, 118)

Seigneur, sauvez-moi, car le saint a manqué. (Ps 11,1)

Je voy bien, Monseigneur, par vostre lettre et par celle de M. de N., qui, en verité, est mon amy et bon pere tres singulier , que nous ne sçaurions conserver les libertés ecclesiastiques que les Ducs nous avoyent laissees es païs estrangers, Oh ! Dieu benisse la France de sa grande benediction et y fasse renaistre la pieté qui regnoit du tems de saint Louys.

Mais cependant, Monseigneur, puisque ce pauvre petit clergé de vostre evesché et du mien a le bonheur que vous parleres en son nom aux Estatz , nous serons delivrés de tout scrupule, si apres vos remonstrances nous sommes reduitz en la servitude ; car, que pourroit-on faire davantage, sinon s'escrier au nom de l'Eglise : Voyez, Seigneur, et considérez, car je suis devenu méprisable ? (Lm 1,11) Quelle abjection, que nous ayons le glaive spirituel en main (Ep 6,17) et que, comme simples executeurs des volontés du magistrat temporel, il nous faille frapper quand il l'ordonne et cesser quand il le commande, et que nous soyons privés de la principale clef de celles que Nostre Seigneur nous a donnees (Mt 16,19), qui est celle du jugement, du discernement et de la science en l'usage de nostre glaive ! L'oppresseur a porté la main sur tout ce qu'elle avait de plus désirable ; car elle a vu les nations entrer dans son sanctuaire, les nations au sujet desquelles tu avais dit : Elles n'entreront point dans ton assemblée.(Lm 1,10) Ce n'est pas, non, avec un esprit d'impatience ni de murmuration que je dis cecy ; car je me resouviens tous-jours que Il nous est arrivé beaucoup de malheurs, parce que nous avons péché et commis l'iniquité. (1 M 1,12 ; 6,13 ; Ps 105,6).

Or sus pourtant, Monseigneur, vous verres nos articles et feres, je m'asseure, tout ce qui se pourra pour la conservation des droitz de Dieu et de son Eglise. Et tandis que nostre Josué sera la, nous tiendrons les mains haussees (Ex 17,10) et prierons qu'il ayt une speciale assistance du Saint Esprit ; nous invoquerons les Anges protecteurs et les saintz Evesques qui nous ont precedé, qu'ilz soyent autour de vous et qu'ilz animent vos remonstrances.

De vous envoyer quelqu'un de la part de mon diocese, il n'en fut jamais question. Mon diocese est-il pas vostre, puisque je le suis si parfaitement ? Votre peuple est mon peuple.

Vous verres la , le Pere Dom Jean de Saint Malachie , a Saint Bernard ; si vous le hantes, vous treuveres en luy une veine feconde de pieté, de sagesse et d'amitié pour moy qui l'honnore reciproquement bien fort. De madame Folin, dites m'en un jour a loysir l'histoire , parce que Il est juste d'annoncer la gloire du Roi.

Dieu soit a jamais le cœur de nos ames. Je suis, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 22 aoust 1614, a Nessi.

CMXCV A M. éTIENNE DUNANT, CURé DE GEX (INéDITE) Règlement de plusieurs affaires intéressant diverses paroisses du pays de Gex.

Annecy, 28 août 1614.

Monsieur,. Ce qui a esté promis a M. le curé de Sessi , je vous prie qu'on le luy face bon sil se peut, car en verité, la qualité du lieu requiert qu'on le gratifie. Or, il me dit que c'est cent florins annuelz, et on pourroit les donner tous-jours par provision et sans consequence. M. Mesnage veut tous-jours aller, et je voy son esprit fort tendu a cela. Je vous addresse une comission que je ne puis ni eviter ni donner ailleurs ; il vous plaira d'en aviser les parties. Quant a la vente des bleds, je ne praetends recommander personne, sinon que ce soit a l'utilité de l'Eglise et tout le reste étant égal.car ces revenus ecclesiastiques sont trop prœtieux pour estre sujectz a aucune autre affectation que celle de Dieu. Le P. Commissaire ne vient point. M. Cheynel sçait ou il faut prendre les cent escus du don du Roy qui restent, car je croy quil en a despensé deux cens , dont il faudra aviser avec le P. Commissaire, quand il sera venu, comme on se pourra faire, car avec M. Cheynel je ne sçai qu'en dire, puisque mesme le P. Cotton , qui a moyenné cest'aumosne, me le recommande fort. C'est pitié que chacun veut avoir des volontés ! Ils couraient, et je ne les envoyais pas (Jr 23,21) et neanmoins ilz veulent que ce soit comme si on les avoyt envoyés. Or bien, il faut se donner du loysir pour voir tout cela. Je suis sans fin, Vostre plus humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

XXVIII aoust 1614.

Mons. le Curé de Gex.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le marquis de Prunarède, à Montpellier.

CMXCVI A MADAME DE LA FLéCHèRE Les mauvais procédés et les répugnances de l'amour-propre : excellentes occasions de pratiquer l'humilité.

Annecy, [août-septembre] 1614 .

J'ay veu, ma tres chere Fille, vostre esmotion de colere et de repugnance a l'endroit de ceux qui traittent avec vous asprement. Or sus, il faut rasseoir vostr'esprit, car cela n'est rien que nous ne sachions bien ; car nous sçavons bien que nostre nature bouillonne en mille sortes d'aigreurs quand on nous attaque, et que nostr'amour propre nous suggere tous-jours asses de mauvayses affections contre ceux qui nous attaquent. Mais, graces a Dieu, nous resistons en fin finale, nous ne nous laissons pas emporter au mal ; au moins, si nous sommes esbranlés, nous ne tumbons pas du tout. Voyla donq une bonn'occasion de nous humilier, de nous confondre doucement et de prattiquer l'abjection de nous mesme. Demeures donq ainsy en une sainte paix, et si M. vostre mary le treuve bon, ne laisses pas d'aller voir ces gens-la pour tesmoigner la charité ; mais vous pourres bien estre courte en vostre visite. Mon Dieu, je pense que si vous venies icy l'hiver vous auries bien plus de repos que lâ ; mais je n'ay garde d'en plus parler, puisque tant d'autres considerations que je ne sçai pas, peuvent avoir rafroydy le dessein que vous en aviés. Bonsoir, ma tres chere Fille, je vous escris tous-jours sans loysir, et suis tous-jours pour jamais tres…… A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMXCVII AU DUC DE BELLEGARDE Progrès spirituels du duc de Bellegarde. - A quelle condition peut-on servir Dieu à la cour. - Pourquoi Dieu est le plus digne objet de notre amour.

Annecy, 12 septembre 1614.

Je n'ay point de plus grande gloire en ce monde, Monsieur mon Filz, que celle d'estre nommé pere d'un tel filz, ni point de plus douce consolation que de voir la complaysance que vous en aves. Mais je ne veux plus rien dire sur ce sujet, qui aussi m'est indicible ; il me suffit que Dieu m'a fait cette grace, laquelle m'est tous les jours plus delicieuse, quand on me dit de toutes parts que vous vives a Dieu, quoy qu'emmi ce monde.

0 Jesus mon Dieu, quel bonheur d'avoir un filz qui sçache par merveilles si bien chanter les chansons de Sion emmi la terre de Babylone ! Les Israëlites s'en excuserent jadis parce que non seulement ilz estoyent entre les Babyloniens, ains encor captifs et esclaves des Babyloniens (Ps 136,1) ; mais, qui n'est point en l'esclavage de la cour, il peut emmi la cour adorer le Seigneur et le servir saintement. Non certes, mon tres cher Filz, quoy que vous changies de lieu, d'affaires et de conversations, vous ne changeres jamais, comme j'espere, de cœur, ni vostre cœur d'amour, ni vostre amour d'object, puisque vous ne sçauries choisir ni un plus digne amour pour vostre cœur, ni un plus digne object de vostre amour que Celuy qui vous doit rendre eternellement bienheureux. Ainsy la varieté des visages de la cour et du monde ne donnera point de changement au vostre, duquel les yeux regarderont tous-jours le Ciel auquel vous aspirés, et la bouche reclamera tous-jours le souverain Bien que vous y esperés (TAD liv 12 ch 4.)

Mais pensés, je vous supplie, mon cher Filz, si ce ne m'eust pas esté un ayse incomparable de pouvoir aller moy mesme aupres de vous en l'occasion de ces Estatz , pour vous parler avec cette nouvelle confiance que ces noms de pere et de filz m'eussent donné (lettre 981). Dieu neanmoins ne le voulant pas, puisqu'il permet que je sois attaché icy, ni vous, ni moy non plus ne le devons pas vouloir. Vous seres donq la mon Josué qui combattrés pour la cause de Dieu en presence ; et moy je seray icy comme un Moyse qui tendray mes mains au Ciel (Ex 17,10), implorant sur vous la misericorde divine affin que vous surmonties les difficultés que vostre bonne intention rencontrera.

De vous supplier meshuy de m'aymer, je ne le veux plus faire, puisque je puis plus courtement et expressement vous dire : soyés donq mon vray filz de tout vostre cœur, Monsieur, puisque je suis de tout le mien, non seulement

Vostre tres humble et obeissant serviteur,

mais vostre pere infiniment tres affectionné, FRANçs, E. de Geneve.

CMXCVIII AU BARON PAUL DAMAS D'ANLEZY (INéDITE) Mme des Gouffiers aspirante à la Visitation; accueil que lui préparent le Fondateur et les Religieuses. - Sa famille n'aura nul sujet de blâmer son choix.

Annecy, 28 septembre 1614.

Monsieur,

Puisque le brevet requis pour la declaration de la nullité des vœux de madame de Gouffier vostre seur, est expedié en la sorte qu'elle a peu desirer (note 369), elle ne peut, ce me semble, mieux tesmoigner qu'elle n'a pas pourchassé sa liberté que pour la reengager plus heureusement a Dieu, qu'en s'approchant de vous pour prendre les resolutions convenables a son entiere retraitte , laquelle ayant choysie en ce lieu et en la compaignie qu'ell'a veüe et considere_ plus d'un an, il m'est advis que je dois vous protester, Monsieur, que sa naissance, ses vertus et ses saintes intentions luy ont acquis tout le service que je luy pourray rendre ; et que si bien elle sera icy esloignee de la plus part de ses parens, elle sera neanmoins proche de plusieurs personnes qui les honnorent infiniment, et qui l'auront en une consideration si sainte et honnorable, que pour ce regard, Monsieur, vous n'aures nul sujet de blasmer son choix, auquel, puis qu'ell'a eu plus d'attention a contenter Dieu que de servir aux respectz humains, sa divine Majesté sans doute luy donnera toutes les benedictions qu'ell'en doit esperer, et en fera deriver sur vous quelque bonne part, si mes souhaitz sont exaucés ; car je le (sic) feray toute ma vie pour vostre bonheur, et demeureray de tout mon cœur, Monsieur, Vostre plus humble serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

XXVIII septembre 1614, Anessi.

A Monsieur

Monsieur le Baron d'Anlezy.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.

CMXCIX A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Un échange qui accommoderait infiniment les monastères de Saint-Dominique et de la Visitation ; il se fera, si le prince de Nemours en témoigne le désir. - Le destinataire est prié d'en parler à Sa Grandeur.

Annecy, fin septembre ou commencement d'octobre 1614 .

Monsieur, L'extreme necessité que la Visitation a d'une partie du jardin de Saint Dominique, sur lequel le bastiment nouveau regardera , fait que plusieurs gens d'honneur ont pensé de proposer que les Peres de Saint Dominique prissent une partie d'un jardin du college sur lequel ilz regardent, et moyennant une recompense que l'on donneroit au college, que les Dames de la Visitation fourniroyent ; et qu'en cette sorte, les Peres de Saint Dominique lascheroyent la partie requise de leur jardin en faveur de la Visitation: dont deux maysons, Saint Dominique et la Visitation, demeureroyent infiniment accommodees, et le college nullement incommodé .

Or, j'en parlay l'autre jour a Monsieur , qui treuva bon de le recommander aux Administrateurs du college par l'entremise de M. Dufresne . Mais maintenant que les Peres Barnabites sont remis , cela dependra aussi d'eux : c'est pourquoy, s'il plaisoit a Monsieur de leur tesmoigner qu'il desire ce commun accommodement, il y a de l'apparence que la chose reusciroit, pourveu que le tesmoignage de son desir fust un peu bien exprimé. Ce que Sa Grandeur fera facilement, puisqu'elle peut prier lesditz Barnabites de voir avec messieurs de son Conseil si cela se pourra bonnement faire, et que s'il se peut sans grande incommodité, il desire fort affectionnement que cela se fasse et qu'il les en prie .

Il reste que je vous supplie d'en parler a Monsieur, ce que je feray presentement, sans attendre davantage que les Peres Barnabites montent si haut pour parler a Sa Grandeur ; et il sera a propos qu'elle fasse ce bon office en cette occasion. Je serois allé moy mesme l'en supplier ; mais je n'ay pas creu que cela fust bien, puisque je me fusse rendu soupçonné, et peut estre devray je en venir en cette bonne affaire comme mediateur avec messieurs du Conseil.

Excusés moy, j'espere, cette confiance, Monsieur ; c'est en qualité de Vostre tres humble et affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Monsieur

[Monsieur] de Forax,

Gentilhomme de la Chambre de Monsieur le Duc de Nemours.

M

A M. PIERRE-FRANçOIS JAY, CURé DE BONNEVILLE Un futur assistant du Saint aux Offices de la cathédrale.

Annecy, 2 octobre 1614.

Monsieur, Nous vous attendions icy, des avant-hier, pour achever le projet que vous avies fait de venir estre l'un de nos assistans en l'eglise cathedrale, puisqu'en (sic) nous avons treuvé une consideration de juste poids pour dispenser, pour vostre particulier, sur la regle du concours , pour la conservation de laquelle j'ay, jusques a present, fait de la difficulté en cett'affaire. Venes donq, attendu que vous estes de Vostre plus humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

2 octobre 1614.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Vu , à Carouge (Genève).

MI A LA MèRE DE CHANTAL Une visite des Pères Barnabites annoncée à la Mère de Chantal.

Annecy, vers le 6 octobre 1614 .

Ma Mere,

Le Pere Superieur et le P. Don Chrisostome vont pourvoir la situation de vostre mayson et en prendre les mesures, affin de bien instruire le P. General de la necessité que vous avés du jardin des Peres de Saint Dominique (notes 542,543). Ilz entreront donq, et je suis d'advis que vous les facies monter vers vous, affin de leur parler, et puis vous les feres accompagner. En somme, ilz sont de la mayson.

Revu sur un fac-simile de l'Autographe, conservé à la Visitation d'Annecy.

MII A LA MêME Reprise d'un travail interrompu à regret. - Un concours, et " l'eschange des jardins " à acheminer.

Annecy, [7] octobre 1614 .

Que dites vous, ma tres chere Mere, la Messe du P. Don Simplician vous sera-elle suffisante ? Si cela n'est, je m'y en vay. Or, je suis sur le livre que j'ay tant laissé ces jours passés, et apres disné nous avons un concours , apres lequel je verray d'acheminer l'eschange des jardins. Hier nous ne fismes rien, la partie estant remise a jeudy. Bon jour, ma tres chere Mere, a laquelle je souhaitte mille benedictions.

MIII A MM. LES PROVISEURS DU COLLEGE DE SAVOIE A LOUVAIN L'introduction des Barnabites au collège d'Annecy laisse subsister l'alliance avec le collège de Savoie à Louvain. - Les Proviseurs sont priés d'agréer ce qui a été fait et de correspondre au désir du Saint.

Annecy, 15 octobre 1614.

Messieurs, Sur l'expres commandement de Son Altesse Serenissime , de Monseigneur le Prince Cardinal et de Monseigneur le Duc de Nemours, seigneur de ce païs de Genevois (note 462), messieurs les Administrateurs de ce college d'Annessi (note 545) ont remis ledit college a la direction et conduitte des Peres de la Congregation de Saint Paul (notes 338, 462), gens de grand zele et doctrine.

En quoy, toutefois, ni eux, ni moy, qui ay eü la charge d'en faire les propositions (note 339), n'avons rien eü en plus grande consideration que de faire les traittés de sorte que l'alliance et correspondance qui est et doit estre entre le college de Savoye Chappuysien de dela et celuy de deça , fut saintement et religieusement conservee en tout ce qui en depend; qui nous fait croire que non seulement vous aggreeres, mais que vous loüeres ce qui a esté fait et en favoriseres davantage ce college, puisque Dieu y sera mieux servi et la jeunesse mieux instruite.

Et neanmoins, affin que vous nous facies ce bien que de nous conserver vostre douce et desirable bienveuillance, je vous supplie de la nous despartir en cett'occasion, appreuvant nos bonnes intentions, lesquelles sans doute nous vous eussions communiquees avant que d'en venir aux effectz, si le desir pressant de ces Princes nous en eust donné le loysir . Vostre prudence et charité vous conduiront a ce bien, et le respect que nous vous devons nous rendront (sic) de plus en plus desireux de nous maintenir en la societé et bonn'intelligence que la bonne memoyre de feu monsieur Chapuis a voulu estre entre nous.

Et pour mon particulier, je prieray Nostre Seigneur quil vous comble de ses plus cheres benedictions, demeurant de tout mon cœur, Messieurs, Tres humble, tres affectionné serviteur en Dieu, FRANçs, E. de Geneve.

xv octobre 1614, Anessi.

A Messieurs Messieurs les Proviseurs du College de Savoye. A Louvain.

MIV A MADAME DES GOUFFIERS, RELIGIEUSE DU PARACLET Dieu guide les âmes qui remplissent avec humilité quelque mission de sa Providence. - Le vrai esprit de la Visitation, et comment elle doit considérer les autres genres de vie. - Pourquoi Dieu l'a créée. - C'est sa " plus grande gloire qu'il y art une Congregation de la Visitation au monde. " - Humilité du Fondateur; son affection pour les Ursulines.

Annecy, 15 octobre 1614 .

………………………………………………………………………………….

Si la Providence divine vous employe, ma tres chere Fille, vous deves vous humilier grandement et vous res-jouir, mais en cette Bonté souveraine, laquelle, comme vous sçaves, vous a asses fait connoistre qu'il vous vouloit vile et abjecte a vos propres yeux, par les consolations qu'il vous a donné es essays que vous aves faitz de vous avilir et abbaisser.

Non certes, ma chere Fille, je ne seray point en peyne de vostre conduitte si vous marches sur ce chemin la, car Dieu sera vostre guide, et puis vous ne manqueres pas de personnes qui vous donneront conseil pour cela.

Selon vostre desir, j'escris au P. Grangier , que je vous prie encor de saluer fort affectionnement de ma part et l'asseurer de mon humble service pour luy. Vous faites extremement bien de tesmoigner une tres absolue indifference , car aussi est ce le vray esprit de nostre pauvre Visitation, de se tenir fort abjecte et petite, et de ne rien s'estimer sinon entant qu'il plaira a Dieu de voir son abjection; et partant, que toutes les autres formes de vivre en Dieu luy soyent en estime et en honneur, et, comme je vous ay dit, qu'elle se tienne entre les Congregations comme les violettes entre les fleurs, basse, petite, de couleur moins esclattante, et luy suffise que Dieu l'a creee pour son service et affin qu'elle donnast un peu de bonne odeur en l'Eglise. Si que, tout ce qui est le plus a la gloire de Dieu doit estre suivi et aymé et poursuivi : c'est la regle de tous les vrays serviteurs du Ciel.

C'est sans doute la plus grande gloire de Dieu qu'il y ayt une Congregation de la Visitation au monde, car elle est utile a quelques particuliers effectz qui luy sont propres ; c'est pourquoy, ma tres chere Fille, nous la devons aymer. Mais s'il se treuve des personnes plus relevees qui ayent aussi des pretentions plus grandes, nous devons les servir et reverer tres cordialement, quand l'occasion s'en presentera. J'attendray donques de vos nouvelles plus particulieres sur le service que vous pourres rendre a cette nouvelle plante , laquelle, si Dieu veut estre une plante de la Visitation et une seconde Visitation, sa Bonté en soit a jamais glorifiee.

Je suis bien ayse que vous logies aux Urselines : c'est une des Congregations que mon esprit ayme. Resalués les de ma part et les asseurés de mon affection a leur service en tout ce que je pourray, qui ne sera pourtant jamais rien a cause de ce que je suis.

Tenés bon, ma tres chere Fille, dans l'enclos de nos sacrees resolutions ; elles garderont vostre cœur si vostre cœur les garde, avec l'humilité, la simplicité et la confiance en Dieu.

Vostre plus humble et affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 15 octobre 1614.

MV A LA MêME (INéDITE) Succès des négociations entreprises pour l'obtention d'une dispense en Cour de Rome. - Le P. de Villars à Lyon. - Prudence recommandée à la destinataire. - Messages divers.

Annecy, 26 octobre 1614.

Voyci une lettre d'attente, ma tres chere Fille, car ayant receu la vostre grande, il faudra bien aussi faire une grande responce. Ce sera, Dieu aydant, dans peu de jours (lettre 1007), par le bon M. le contrerolleur Vulliat , lequel nous est demeuré de reste au partir de Monseigneur de Nemours et qui praetend, pourtant, d'aller tost a Lion mesme. Et maintenant, c'est par M. de Foras , qui me promet de faire seurement tenir la lettre, que j'employe pour vous annoncer la venue de vostre despeche de Romme , mais despeche si bien faite, que si nous l'avions faite nous mesme nous ne l'aurions pas faite autrement. Je vous en envoyeray une copie, avec une lettre de Monseigneur le Cardinal Bandini, qui vous escrit si courtoysement que l'on ne pourroit rien desirer de plus .

Le bon M. de Sainte Catherine m'escrit quil a un peu despensé gros, mais je ne sçai pas que c'est ; si je puis, je l'apprendray pour vous en tenir avertie. Monseigneur le Nonce de France est deputé, et le lieu pour estre ouïe sera nostre pauvre chere Visitation; si que il y a toute sorte d'apparence que Monseigneur le Nonce me commettra, et que vous aures le commissaire le plus vostre et qui vous souhaite le plus de sainte consolation qui soit et puisse estre au monde. Au reste, il ne se peut dire quelle joye nostre Mere en a, et de sçavoir le bon P. de Vilars a Lion , dequoy je suis aussi fort consolé. Et pleut a Dieu que je peusse le loger en nostre chaire ce Caresme ; mais il y a des-ja quelques moys que le P. Prieur de Saint Dominique est prié, et je n'oserois y bouger chose du monde .

…………………………………………………………………………………………………… Fille, de vous tenir dans l'enclos des advis que je vous donnay; ilz sont salutaires en tous tems, mays en l'occurrence en laquelle vous estes, ilz sont necessaires. Dieu vous tiendra tous-jours de sa main droite, ma tres chere Fille, et vous marcheres saintement et asseurement. Ainsi j'invoque sur vostre cœur sa toute puissante Bonté, affin qu'elle le remplisse de son tressaint amour. Amen.

Salues, je vous supplie, cherement de ma part le P. Grangier (note 567 ) et le P. de Vilars, que j'honnore tous deux de toutes mes affections, comm'aussi le bon P. Philippe , en la bienveuillance duquel vous estes obligee de me conserver, puisque c'est par vostre entremise que j'y suis entré. Je salue ces bonnes Dames Urselines, vos hostesses (note 570) et mes cheres Seurs, et encor ces Dames de la Presentation, .Mmes d'Auxerre , Colin et Belet . Vives toute a Dieu, pour qui je suis tout parfaittement vostre, ma tres chere Fille, ma Seur tres cherement bienaymee.

XXVI octobre 1614.

Mays n'oublies pas madame Vulliat ; c'est une fille nouvelle que j'en ayme un peu tendrement (note 457). A Madame

Madame de Gouffier.

Aux Urselines. A Lion.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Orléans.

MVI A LA SOEUR DE CHASTEL, RELIGIEUSE DE LA VISITATION La nature et la grâce en la Sœur de Chastel. - Conduite à tenir dans ce conflit. A quelles conditions Dieu chérit les âmes tracassées.

Annecy, 28 octobre 1614.

Certes, ma tres chere Fille, vous me faites bien playsir de me nommer vostre Pere, car j'ay en verité bien un cœur amoureusement paternel pour le vostre, lequel je voy bien tous-jours un petit foible en ces ordinaires legeres contradictions qui luy arrivent. Mais je ne laisse pas de l'aymer, car encor quil luy semble quelquefois qu'il va perdre courage pour des petites paroles et reprehensions qu'on luy fait, toutefois il ne l'a encor jamais perdu son courage, ce pauvre cœur ; car son Dieu l'a tenu de sa main forte et, selon sa misericorde, il n'a jamais abandonné sa miserable creature. 0 ma tres chere Fille, il ne l'abandonnera jamais, car quoy que nous soyons troublee et angoissee de ces impertinentes tentations de chagrin et de despit, si est-ce que jamais nous ne voulons quitter Dieu, ni Nostre Darne, ni nostre Congregation qui est sienne, ni nos Regles qui sont sa volonté.

Vous dites bien, en verité, ma pauvre chere Fille Peronne Marie: ce sont deux hommes, ou deux femmes, que vous aves en vous (Gn 25,22). L'une est une certaine Peronne, laquelle, comme fut jadis saint Pierre son parrein, est un peu tendre, ressentante et depiteroit volontier avec chagrin, quand on la touche ; c'est cette Peronne qui est fille d'Eve et qui, par consequent, est de mauvaise humeur. L'autre, c'est une certaine Peronne Marie qui a une tres bonne volonté d'estre toute a Dieu, et pour estre toute a Dieu, d'estre toute simplement humble et humblement douce envers tous les prochains ; et c'est celle ci qui voudroit imiter saint Pierre, qui estoit si bon apres que Nostre Seigneur l'eut converti ; c'est cette Peronne Marie qui est fille de la glorieuse Vierge Marie et, par consequent, de bonn'affection. Et ces deux filles de ces diverses meres se battent, et celle qui ne vaut rien est si mauvaise, que quelquefois la bonne a bien a faire a s'en defendre, et lhors, il est advis a cette pauvre bonne qu'elle a esté vaincue et que la mauvaise est plus brave. Mais, non certes, ma pauvre chere Peronne Marie, cette mauvaise la n'est pas plus brave que vous, mais ell'est plus afficheuse, perverse, surprenante et opiniastre ; et quand vous alles pleurer, ell'est bien ayse, par ce que c'est tous-jours autant de tems perdu, et elle se contente de vous faire perdre le tems quand elle ne vous peut pas faire perdre l'eternité. Ma chere Fille, releves fort vostre courage, armes vous de la patience que nous devons avoir avec nous mesme. Reveilles souvent vostre cœur affin quil soit un peu sur ses gardes a ne se laisser pas surprendre ; soyes un peu attentive a cet ennemi ; ou que vous mettres le pied, penses a luy, si vous voules, car cette mauvaise fille est par tout avec vous, et si vous ne penses a elle, elle pensera quelque chose contre vous. Mays quand il arrivera que de sursaut elle vous attaque, encor qu'elle vous face un peu chanceler et prendre quelque petite entorse, ne vous fasches point, mais reclames Nostre Seigneur et Nostre Dame : ilz vous tendront la sainte main de leur secours, et silz vous laissent quelque tems en peine, ce sera pour vous faire de rechef reclamer et crier de plus fort a l'ayde. N'ayes point honte de tout ceci, ma chere Fille, non plus que saint Paul, qui confesse (Rm 7,13) quil avoit deux hommes en soy, dont l'un estoit rebelle a Dieu et l'autre obeissant. Soyes bien simple, ne vous fasches point ; humilies vous sans descoragement, encourages vous sans presomption. Sachés que Nostre Seigneur et Nostre Dame vous ayant mis au tracas du mesnage, savent bien et voyent que vous y estes tracassee ; mais ilz ne laissent pas de vous cherir, pourveu que vous soyes humble et confiante. Mays, ma Fille, n'ayes donq point honte d'estre un peu barboullié (sic) et poudreuse; il vaut mieux estre poudreuse que tigneuse, et pourveu que vous vous humiliies, tout se tournera en bien. Pries bien Dieu pour moy, ma chere Fille certes toute bien aymee, et qu'a jamais Dieu soit vostre amour et protection. Amen.

Jour Saint Simon et Jude, 1614.

Revu sur l'Autographe conservé au 2d Monastère de la Visitation de Rouen.

MVII A MADAME DES GOUFFIERS, RELIGIEUSE DU PARACLET Le Saint donnera de bon cœur ses Filles pour la fondation de Lyon. - Pourquoi le genre de vie de la Visitation en facilite la diffusion. - Un trait de la Providence divine et le suffrage du Patron de l'Eglise lyonnaise. - Un des plus grands avantages des Congrégations au XVIIe siècle. - Déférence que méritent les Carmélites. - Messages et salutations.

Annecy, 30 octobre 1614 .

Ouy da, ma tres chere Fille, nous donnerons de bon cœur de nos Seurs de la Visitation pour augmenter la gloire de Dieu . Mays, qui pourroit asses admirer non plus qu'asses loüer sa Providence ? Cette Bonté paternelle aura regardé de l'œil de son amour une quantité de filles et de femmes qui, pour diverses raysons, demeuroyent entre les hazars des flotz de la mer mondaine, s'il ne leur dressoit un port aysé auquel elles puissent surgir, nonobstant que leurs barques soyent un peu foibles. La mediocrité de nostre Visitation est propre pour estre grandement estendue et multipliee ; les hautes et relevees Religions ne peuvent pas estre montees si aysement.

Au reste, ma chere Fille, celuy qui a destourné , ramene maintenant ses congregees a leur premier dessein. Il m'escrit un trait de la Providence divine qui me plaist fort ; car en la patente de permission que Leurs Majestés ont donnee pour l'erection de cette Mayson, on la nommait " de la Congregation de la Visitation, " comme si Nostre Seigneur se fust voulu declairer par la voix royale . Et le glorieux saint Jean Baptiste, Patron de l'Eglise lionnoise, aura donné son suffrage a ce choix, comme ayant si bonne part au mystere de la Visitation, en laquelle il fut rendu serviteur de son Maistre et filleul de la sacree Vierge.

………………………………………………………………………………………………… Je retourne a l'affaire de dela , et puisque je suis a parler, je ne me puis tenir de m'estonner dequoy il semble qu'on se soit comme caché des Jesuites ; car au contraire, entre les biens des Congregations, au dessus des Religions, celuy la est de (sic) plus grans, que les Congregations peuvent fort aysement avoir l'assistence des Peres Jesuites, comme la Congregation des Guastales, de Milan , celle de Castillon et plusieurs autres d'Italie, qui fleurissent en sainteté et perfection.

Quant a l'establissement des Carmelines, certes, il est desirable a Lion et en plusieurs lieux ; mais pour cela, je ne voudrois pas ruiner l'autre dessein, et seroit mieux en faysant l'un de ne laisser pas l'autre. J'ay conneu la bonne Mlle de Breauté avant qu'elle fut Religieuse ; c'est une ame des mieux faites qu'on puisse voir, et madame d'Alincourt a rayson de favoriser sa Religion, ce qu'elle pourra faire par mille moyens. Et sur ce point, ma tres chere Fille, prenes bien garde a parler des Carmelines avec reverence, car leur vertu et perfection vous y oblige; et puisque ce desordre survenu a la Presentation a eveillé le dessein de les faire venir a Lion, il faut esperer que Dieu en tirera plusieurs autres biens .

En somme, je treuve que vous vous estes bien conduite, ou plus tost que Nostre Seigneur vous a fort bien guidé en tout cet affaire, et ne pouvois rien desirer de mieux : ce que je dis apres avoir releu vostre lettre. Et pour le regard de vostre cœur, tenes le tous-jours bien en son devoir, c'est a dire en humilité, [amour ] de vostre abjection, simplicité et douceur. Si on envoye prendre nostre Mere et deux de nos Seurs , avertisses nous a l'avantage.

Ma tres chere Fille, il faut que j'envoye cette lettre a nostre Mere, et si, il est bien tard. A Dieu donques, ma chere Fille, a Dieu soyons nous eternellement et inseparablement. Je salue tous-jours le P. Granger , le P. de Vilars , le P. Philippe et encor vos hostesses , ces bonnes Dames de la Presentation et nostre Mme Vulliat (note 457).

A Neci, le xxx octobre 1614.

A Madame

Madame Elisabeth de Gouffiez.

MVIII A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Une consolation refusée au Saint. - Il termine la rédaction du Traitté de l'Amour de Dieu. - Encore l'échange des jardins. - L'entrée au monastère de la Visitation permise à qnelques dames de Chambéry, mais à une condition.

Annecy, commencement de novembre 1614 .

Je ne sçai certes plus que faire avec ces gens, ma tres chere et tres honnoree Mere, car ilz me tirannisent et, comme si c'estoit par conjuration, m'empeschent a vive force le bien que j'estime plus que tout, de vous aller au moins un peu voir de mes yeux. Il ni a moyen quelconque de faire autrement, et l'importance est, que je ne vous sçauray pas seulement dire un mot de tout ce que j'ay fait aujourdhuy, sinon que j'ay pourtant un peu escrit dans le livre, que j'acheve . Voyla, ce pendant, communication de lettres a ma Mere , a laquelle je donne mille et mille fois le bon vespre. Je suis marri de n'avoir rien fait aujourdhuy pour les jardins , mais je ne sçai pas mesme si j'ay vescu. Ces dames de Chamberi m'ont demandé permission ; je leur ay dit qu'oüy, pourveu qu'elles ne trainassent pas leur grande quëue. Elles n'ont jamais esté icy, et ne sont pas pour y revenir: un peu de devote caresse les edifiera. Elles sont bien bonnes femmes, la vanité sauve. Ma tres chere Mere, bonsoir de tout le cœur de vostre filz tres aymé et tres aymant de sa tres aymable Mere; un peu de bon soir a nos filles. Amen. Vive Jesus !

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Revel de Mouxy, à Brest.

MIX A LA MêME (INéDITE) Une sénatrice à confesser lui donne rendez-vous à la Visitation.

Annecy, vers le 6 novembre 1614 .

Ma tres chere Mere,

La bonne Religieuse de Monthouz me dit hier que Mme la Senatrice sa cousine desiroit se confesser ce matin a moy, qui le veux bien, et peut estre que, pour cet effect, elle serait plus ayse que ce fut a la Visitation ; et moy aussi, puisqu'aussi bien, malaysement puis-je sauver ma matinee, et que nostre M. Michel , a moytié malade, ne sçauroit escrire ce que je luy fournirois du livre , et que sur tout il nous fera grand bien de nous entrevoir, et ce sera tous-jours autant de fait. Bonjour, ma tres chere Mere; j'iray la dans une petite heurette, Dieu aydant. Cependant, sil venait quelque prestre, ne laisses pas de communier, car j'entens qu'hier vous fustes toute alangourie. Je suis vostre comme vous sçaves vous mesme.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Milliet, à Saint-Alban (Savoie).

MX AU CHANOINE MAURICE MARPEAUD (INéDITE) Le destinataire est prié de loger en vertueuse compagnie le fils de Mme d'Escrilles.

Annecy, 6 novembre 1614.

Monsieur,

La bonne Mme des Crilles avait une grande consolation en la creance que vous luy avies donnee de recevoir avec vous son filz , estimant que, sur toutes autres, vostre presence luy serait salutaire. Mays puisque vous n'en aves pas le desir maintenant, elle vous voudrait prier de le loger au moins en quelqu'autre lieu ou il soit en bonne et vertueuse compaignie, au mieux quil vous sera possible ; et croyant que j'aurois bien du credit envers vous, elle m'a conjuré de joindre ma priere a la sienne. Ce que je fay par ces quatre motz, de tout mon cœur, tant en consideration de la mere, qui est digne d'estr'assistee et qui est ma parente, qu'en consideration du filz qui, a mon advis, est plein de bonne volonté de reuscir en la crainte de Dieu. Et avec cela, je vous demande encor la continuation en vostre amitié et en vos saints Sacrifices, puisque je suis, Monsieur, Vostre humble confrere et affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

6 novembre 1614, a Nessi.

A Monsieur

Monsr Maurice Marpeaud,

Chanoine de la Ste Chapelle. Chamberi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Côme (Italie).

MXI AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE L'Evêque de Genève conserve l'espoir du prochain retour du prince.- Raisons pressantes pour le Duc de résider à Annecy. - Charles-Emmanuel désire qu'il y demeure, la guerre lui en fait un devoir. - Son absence paraîtrait un abandon et amènerait une séparation d'avec la cour de Savoie.

Annecy, 6 novembre 1614.

Monseigneur,

Le tesmoignage de la bienveuillance en mon endroit quil pleut a Vostre Grandeur de me donner a son despart de cette ville (note 572), la pieté qu'elle prattiqua demandant la benediction celeste a cet indigne Pasteur, la naturelle inclination fortifiee de plusieurs obligations que mon ame a tous-jours saintement nourri envers vostre bonté, Monseigneur : tout cela, et plusieurs autres considerations que ma fidelité me suggeroit, me toucha vivement au cœur, et ne sceu m'empescher d'en rendre des signes a ceux que je rencontray sur le champ apres avoir perdu de vëue Vostre Grandeur.

Cette touche, avec quelque sorte d'esperance que Vostre Grandeur me commanda de conserver de son prochain retour, m'ont fait penser plus d'une fois aux raysons qu'ell'auroit de revenir, pour aggrandir ce reste de consolation qu'elle m'avoit laissé, me signifiant que la privation de sa presence ne seroit peut estre pas de si longue duree, ains beaucoup plus courte que nostre desplaysir ne nous faysoit imaginer. Et j'ay treuvé, Monseigneur, que c'estoit le vray service de Vostre Grandeur qui requeroit vostre retour, et non seulement le general desir de tous vos tres humbles sujetz, qui prendroyent sa presence a soulagement, apres beaucoup de peyne qu'ilz ont souffert.

En verité, Monseigneur, vous ne recevrés jamais des affections si fideles en lieu du monde comme vous feres icy, ou elles naissent avec les hommes, vivent avec eux, croissent sans bornes ni limites quand et eux envers la Mayson serenissime de Savoye, delaquelle les Princes se peuvent vanter d'estre les plus respectueusement aymés et amoureusement respectés de tout le monde par leurs peuples : benediction en laquelle Vostre Grandeur a la part qu'ell'a peu voir et remarquer en toutes occurrences. Ici, Vostre Grandeur a sa mayson paternelle et, sans comparayson, beaucoup mieux accompaignee des commodités requises a son sejour que pas une des autres, puisqu'ell'y peut fournir sans les autres, et pas une des autres sans celle ci.

Que si j'osois 'dire mes pensees sur les autres sujetz que Vostre Grandeur aurait de revenir, je luy marquerois le desir ardent que Son Altesse Serenissime a eü qu'elle demeurast, auquel Vostre Grandeur correspondant par son retour, c'est sans doute qu'elle l'obligeroit non seulement a perseverer en l'amour plus que fraternel qu'ell'a tous-jours protesté envers icelle, mais elle en accroistroit extremement les causes, et par consequent les effectz.

Je luy marquerois encor, qu'en cas que la guerre que Son Altesse Serenissime a sur les bras se rendit plus active et qu'elle passast jusques a quelqu'ardeur (ce que Dieu ne veuille), Vostre Grandeur, comme je pense, ne pourroit alhors retenir son courage quil ne la rapportast a la defense de ce sang, de cette Mayson, de cette couronne, de cet Estat dont ell'est et en quoy ell'a tant de part et tant d'interest, et ou manifestement vostre reputation, Monseigneur, presseroit vostre courage, si vostre courage, grand et bien nourri, ne prevenoit toute autre consideration, voyre mesme celle de la reputation. Et donq, Vostre Grandeur ne seroit elle pas infiniment marrie de se treuver tant esloignee de Son Altesse et de ses Estatz ? Ell'a voyrement commandé que le sieur de la Grange fit passer ses trouppes dela les montz, qui est un bon tesmoignage de la perseverance de Vostre Grandeur au devoir qu'ell'a envers sadite Altesse ; mais d'en esloigner sa personne tandis que la fievre de la guerre est en ses Estatz et qu'on ne sçait si Dieu permettra que nous y voyons arriver des acces perilleux, je ne sçai, Monseigneur, ce que l'on en pourra juger, au prejudice de l'affection que je sçai bien neanmoins estre immuable dans vostre cœur.

Je dirois encor, qu'estant icy pendant que cette guerre durera, quoy que Vostre Grandeur ne fut pas en l'armee, l'ennemy auroit tous-jours opinion ou qu'ell'y iroit en tems de necessité, ou qu'elle prœpareroit des nouvelles forces pour assister Son Altesse ; et ces pensees ne pourrayent estre que fort utiles aux affaires d'icelle. Que si Vostre Grandeur se retire plus loin en un tems d'orage, certes, cela ressentira un abandonnement absolu du pilote et de la barque a la conservation delaquelle toute rayson humaine et divine oblige Vostre Grandeur, et laissera un certain sujet de plainte a tout cet arbre , dont vous, Monseigneur, estes une branche, a laquelle je ne sçai ce que l'on pourra respondre.

Je proteste, Monseigneur, que je n'en pensois pas tant dire, mais escrivant, la chaleur de ma fidelité envers Vostre Grandeur m'a emporté au dela des limites que je m'estois proposees ; car en fin, je suis pressé de la crainte que le souvenir de cet abandonnement de Son Altesse en un tel tems, ne soit pour durer longuement et pour servir de motif a quelque reciproque separation qui ne pourra jamais estre avantageuse, et pourra, en cent occasions, estre desavantageuse a Vostre Grandeur. Au moins ne manquera-il pas d'espritz qui la conseilleront, et peut estre avec tant de couleurs et d'artifices, qu'ilz la rendront probable.

Si la fidelité de ce porteur , mais sur tout si la bonté de Vostre Grandeur ne me donnoit asseurance, je n'aurois garde d'envoyer une lettre escritte avec cette liberté ; mais je sçai d'un costé, qu'elle ne sera point egaree, et d'ailleurs, que elle ne sera leüe que par des yeux doux et benins envers moy, qui aussi l'escris (ainsy Dieu tout puissant me soit en ayde) sans en avoir communiqué le dessein qu'a deux des tres humbles et fideles serviteurs, sujets et vassaux de Vostre Grandeur . Comme aussi, si j'estois si heureux que d'estr'exaucé, je n'en voudrois recevoir autre fruit que celuy du mutuel contentement de Son Altesse et de Vostre Grandeur, et de la commune joye de ses peuples et de tous ses vrays serviteurs.

Je prie Dieu de tout mon cœur qui! remplisse celuy de Vostre Grandeur de ses graces, et suis sans fin, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Nessi, le VI novembre 1614. Oseray-je, Monseigneur, supplier Vostre Grandeur de recevoir cette lettre comm'en confession, et si elle ne luy est pas aggreable, de la punir elle mesme par son exterminement, en conservant neanmoins son autheur, a cause de l'innocence et bonne foy avec laquelle il l'a escritte, en qualité d'invariable tres obeissant serviteur de Vostre Grandeur.

Revu sur l'Autographe conservé au 2d Monastère de la Visitation de Rouen.

MXII AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON Le Saint déplore le départ du prince de Nemours. - Une paroisse très mal desservie. - L'épitaphe du poète Nouvellet.

Annecy, 6 novembre 1614.

Monsieur,

Je vous remercie tres humblement de la part qu'il vous plait de me faire de vos nouvelles, toutes pareilles aux nostres de deça, car j'ay esté aussi prié d'escrire une lettre a Monseigneur le Duc de Nemours pour luy persuader de revenir ; le tout, sur les remonstrances de monsieur son procureur fiscal , qui s'eschauffe infiniment a ce dessein. Or, j'ay escrit (lettre 1011) pour ne sembler pas avoir moins de desir que les autres pour un si grand bien; comm'en verité je l'aurois, ce desir-la, et plus grand et plus sincere que plusieurs autres, si je pensois que cela se peut faire, moralement parlant. Mays que pourront ces orateurs mortz, en comparayson des harangueurs continuelz qui vivent, et soufflent perpetuellement dans les aureilles de ce Prince son esloignement de ce païs ? Et puis, n'ont ilz pas des-ja fait la moytié de leur besoigne ? Et si nous n'avons sceu empescher le depart, quel moyen d'obtenir le retour? Ils ne commenceront pas mieux qu'ils ne finiront. (Ovid. Lettre 9) Au contraire, on m'escrit des le premier de ce moys, de Lion, que monsieur d'Alincourt l'attend lâ et fait des grans praeparatifs. Il est vray que c'est un prestre qui me l'escrit, et par consequent peut estre mal instruit des nouvelles de cette qualité lâ ; mays le retour du sieur de Corbonex esclarcira ce point. J'ay une copie de la lettre que j'ay escritte, que je vous feray voir, Dieu aydant .

Le bon monsieur de Blonnay a beaucoup de bon desir pour vostre eglise de Rumilli, laquelle, a la verité, est des plus indevotement servie de tout ce pais . Je voy si je pourray rencontrer quelqu'expedient pour y remedier, et l'ayant treuvé, imploreray vostre faveur. Le bon curé ne sçait ce quil demande en la proposition quil fait faire audit sieur de Blonnay, car il parle contre Dieu et rayson : contre Dieu, par ce quil desire une symonie ; contre rayson, par ce quil refuse un soulagement qui luy est offert gratuitement. Avec un peu de loysir, il pourra prendre meilleur conseil.

Je receu seulement hier le pacquet pour Neufville , lequel sil fut arrivé un peu plus tost, seroit maintenant acheminé ; mais il ne tardera pas beaucoup entre mes mains.

L'epitaphe de notre bon M. Nouvelet est excellent et contient un abbregé de son histoire. Le grand honneur quil vous portoit requeroit que vous, Monsieur, fussies le seul qui luy fissies cette demonstration de la memoire que vous aves de luy ; aussi, nul n'en pouvoit faire egalement.

Dieu vous comble de benedictions, Monsieur, selon le continuel souhait de Vostre tres humble serviteur, FRANçs. E. de Geneve.

6 novembre 1614, Anessi.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon, Consellier d'Estat

et commandant generalement pour S. A.

en l'absence de S. E.

Revu sur l'Autographe appartenant aux familles Ducruet et Pessoz. à Paris.

MXIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Bonnes nouvelles. - Le premier essai d'une fille " bien resolue et de bon esprit. "- Annonce d'un départ. - Achèvement du Traitté de l'Amour de Dieu. - Divers messages.

Annecy, 7 novembre 1614.

Dieu soit de plus en plus loüé, ma tres chere Fille, dequoy mesme vous aves plus de santé que mon amour cordial envers vous ne me faysoit imaginer sur ce que vous m'aviés escrit. Je vous escris sans loysir.

Ce soir, Mme de Treverney a receu une lettre en cette ville, escritte le 29 octobre par son mari, qui asseure expressement de la bonne santé du vostre . Voyla des-ja une bonne nouvelle. A mesme tems, nouvelle que le jeune M. de Blonnay , qu'on a tenu pour mort, estoit hors de danger. Hier, Mlle de Monthouz, cousine germaine du cher mary, entra a la Visitation pour faire le premier essay ; et madame la Senatrice sa cousine l'amena, qui est aussi une bonne ame, et de la confession generale delaquelle j'ay receu bien du contentement pour les bonnes inspirations que j'ay veu en son esprit. Mays la fille est certes brave, bien resolue et de bon esprit. Dieu luy face la grace de perseverer.

Nostre Mere et les deux autres partent apres la Saint Martin pour Lion , d'ou on les envoyera prendre par des honnorables ecclesiastiques. Et moy, ma tres chere Fille, je m'en vay aussi en Valley pour consacrer Monseigneur l'Evesque de Sion, qui sera un voyage de trois semaines, pour le moins .

Le livre de l'Amour de Dieu est achevé, mais il le faut transcrire plusieurs fois avant qu'on l'envoye .

Nostre seur et la niece viennent faire icy l'hiver et prennent mayson a part; mon frere pourtant est maintenant un peu malade, a cause du tracas quil a fait parmi les affaires que ces trouppes de Monseigneur de Nemours nous donnent .

Bon soir, ma tres chere Fille, que mon ame cherit uniquement. Je suis tout vostre tres parfaitement, et salue ma niece et ma petite Francine .

Le VII novembre 1614, Anessi.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à Florence, au Conservatoire de Saint-François de Sales.

MXIV A LA MèRE DE CHANTAL Le Saint retenu chez lui par le grand nombre des visiteurs ; il se promet toutefois d'aller voir le lendemain la Mère de Chantal.

Annecy, [8 ou 9 novembre 1614 ]

Quel remede, ma tres chere Mere, a cette invincible sujettion de recevoir des gens lhors que plus j'ay le desir de me revoir moy mesme aupres de vous ! Il n'y a eu moyen quelconque de m'en eschapper. Ce sera demain, Dieu aydant, malgré bon gré toutes aventures. Et ce pendant, Dieu benisse nostre cher cœur et le rende de plus en plus tout sien eternellement. Amen. M. le senateur de Monthouz est ici , qui demain vous ira voir, ainsy qu'il m'a dit, et la cousine , Ma tres chere Mere toute tres aymee, bonsoir mille et mille fois. Amen.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MXV A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET, éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Pénurie de prédicateurs dans la province des Capucins de Thonon. - Intervention du Saint en faveur des Cordeliers savoyards, menacés d'une séparation préjudiciable à leurs études. - Une besogne qui n'est pas déplaisante à son auteur. - Pourquoi le Traitté de l'Amour de Dieu pourrait avoir moins de succès que l'Introduction à la Vie devote.

Annecy, vers mi-novembre 1614 .

Monseigneur,

J'ay fait une supplication a Monseigneur le Cardinal de Joyeuse , protecteur des RR. PP. Capucins, affin de pouvoir obtenir le P. F. Georges de Saint Joyre la Faverge pour le Caresme 1616 . Je vous supplie tres humblement d'interceder en ma faveur ; mais ce que je ne desire pas que Monseigneur le Cardinal sçache, je vous le diray confidemment. C'est que cette petite Province de la Mission a grandement besoin de predicateurs, et ne sçay ou donner de la teste pour en avoir, estant separee des autres Provinces, et n'ayant que des Italiens et Savoyards, ou Bressans. Pour cela, le Pere Provincial m'a conjuré de faire ce bon office, et m'a marqué specialement que j'employasse vostre intercession, comme je fay, vous la demandant, Monseigneur, tres humblement et tres affectionnement. Item, les Cordeliers de ce païs de Savoye ont eu nouvelles que leur Provincial sollicite messieurs du clergé de France affin quilz fassent retrancher leurs couvens de la Province de Saint Bonaventure es Estatz qui se celebrent ; en suite de quoy, les Cordeliers savoyards n'auroyent plus acces a l'estude de Paris , ou ilz ont eu tant de doctes et braves docteurs qui ont regenté et gouverné en ce couvent la, comme je l'ay veu moy mesme . Or, je laisse a part l'interest de ce païs, lequel pourtant me touche fort ; mais j'ay un particulier interest pour ce diocœse, en faveur duquel feu Monseigneur Ange Justinien , mon predecesseur, fonda l'entretenement de bon nombre d'escoliers Cordeliers en l'estude de Paris. C'est pourquoy, Monseigneur, je vous supplie tres humblement d'employer vostre authorité et dexterité pour emp'escher ce coup, le dessein duquel ne peut proceder que d'envie ou de telle tentation ; car c'est honneur a l'estude de Paris d'estendre ses rameaux hors du royaume. Et nos Savoyards se sont comportés tous-jours fort honnorablement, n'ayant rien fait qui leur puisse causer ce mal, sinon qu'ilz ont esté trop braves et ont obtenu les principales charges .

Il y a encor l'affaire de nostre Chapitre pour ce petit benefice de Gex, dont j'escris a nostre grand et parfait amy ; s'il vous plaist, Monseigneur, vous y contribueres vostre faveur.

Et pour le regard du livre de l'Amour de Dieu, je le revoy et fay transcrire, pour l'envoyer, Dieu aydant, ce Caresme a l'imprimeur, qui aura charge de vous faire presenter des premieres copies (note 642). Je vous confesse a vous, Monseigneur, que cette petite besoigne ne me desplait pas beaucoup ; mays j'ay grand peur qu'elle ne reuscisse pas si heureusement que l'autre precedente , pour estre, a mon advis, un peu plus nerveuse et forte, quoy que j'aye tasché de l'adoucir et fuir les traitz difficiles. J'attendray l'oracle de vostre jugement pour le corriger avant quil viellisse, si vous me faites lhonneur de le voir et de me faire sçavoir les defautz que j'y auray commis, avec autant de liberté comme avec une veritable sousmission je souhaite vostre censure.

C'est par nostre M. de Medio que je vous escris, Monseigneur ; il prendra, je m'asseure, playsir a vous dire nos petites miserables nouvelles. C'est pourquoy, puisqu'aussi bien vous ay-je des-ja asses entretenu de nos menues affaires, je m'en remetz a luy, me contentant de me souscrire, Monseigneur, Vostre tres ……………………………….

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier.

MXVI A MONSEIGNEUR HILDEBRAND JOST, éVêQUE NOMMé DE SION (EN LATIN) Plusieurs raisons inclinent François de Sales à obliger l'Evêque de Sion. - Il lui sera très agréable de prendre part à l'office de sa consécration.

Annecy, 20 novembre 1614.

Illustrissime et Révérendissime Evêque et Prince,

Ce sera toujours pour moi une chose très agréable d'avoir l'occasion de rendre quelque service à Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime. C'est ce qu'attend de moi Dieu notre Sauveur ; il ne nous a faits si proches voisins, qu'afin que nous entreportions autant que possible les fardeaux l'un de l'autre. (Ga 6, 2). Ce bon office, je vous le dois encore, Monseigneur, à cause de la bienveillance que vous me témoignez depuis si longtemps et pour les égards que mérite votre souveraine et inviolable affection envers l'Eglise catholique. C'est pourquoi, aussitôt que Votre Seigneurie Révérendissime m'aura fixé le jour, je ne manquerai pas de remplir très volontiers, dans la cérémonie de sa consécration, la fonction d'un promoteur très aimant, et, je le désire, très aimé . Je suis aussi résolu de témoigner en toute occasion à Votre Seigneurie Révérendissime les marques de mon absolu respect et de ma sincère amitié. En attendant, salut dans le Christ, Illustrissime et Révérendissime Prélat, et que ce même Sauveur vous soit propice. De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le très humble serviteur et frère dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy, le vingt novembre 1614.

MXVII AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON Voyages en Tarentaise et en Valais. - Nouvelles diverses.

Annecy, 28 novembre 1614.

Monsieur, Lhors que monsieur de Corbonnex fut icy , j'estois en un petit voyage que j'ay fait en Tharentayse pour la consecration de l'eglise que les Capucins y ont dressee nouvellement , selon la recommandation que Monseigneur l'Archevesque de ce lieu-la m'en avoit faite a son depart , et, dans deux jours, je vay en Valey, ou on doit sacrer Monseigneur de Syon le second Dimanche de l'Advent. Ce sera un voyage un peu plus long, et qui me tiendra hors de cette ville presque jusques aux. festes (note 641). Cependant les nouvelles de la paix se fortifieront, Dieu aydant , et madame ma cousine arrivera pres de vous, qui me gardera de luy faire presentement response. J'ay apris par monsieur du Noyeret une partie de la negociation de Saint Rembert , car il a jugé que vous desiries que je la sceusse, puisque monsieur de Corbonnex avoit charge de me la communiquer. Si ce bon Prince revient, je seray grandement trompé, car, a ce que j'apprens, on le porte tous-jours plus avant de delà, et il me le signifie luy mesme par une lettre quil m'a fait la faveur de m'escrire . Je prie Dieu qui! vous comble de contentemens, Monsieur, et suis sans fin, Vostre tres humble serviteur, parent, FRANçs, E. de Geneve.

XXVIII novembre 1614, Anessi.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon,

commandant generalement deça les montz en l'absence de S. E.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise Pensa, à Turin.

MXVIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Annonce d'une messagère de confiance. - Encouragements. - Fidélité du Saint à sa chère Eglise de Genève, sa première épouse.

Annecy, [vers fin novembre] 1614 .

Ma tres chere Fille, Je ne veux pas vous beaucoup entretenir maintenant par lettre, car en voyla une vivante qui vous va voir, en laquelle vous lires plus de bien que je ne sçaurois vous en escrire. Je me res-jouis dequoy vos passions se treuvent un peu alenties ; elles le seront, Dieu aydant, tous-jours plus. Il ne faut sinon continuer joyeusement en la poursuite que nous faysons du saint amour de sa divine Majesté. J'espere de vous voir dans cet hiver, car vous ne le passeres pas sans rendre la pareille de cette visite que vous fait la chere cousine, principalement si monsieur vostre mari fait sejour dela les mons. Helas ! je n'ay pas seulement pensé a ce que vous m'escrives de Tharentayse ; je fais trop d'estat de la viduité pour me remarier jamais. Non certes, si j'avois jamais ma liberté, jamais je ne la quitterois. Or sus, si la quitte-je de tout mon cœur entre les mains de Nostre Seigneur, affin quil face de moy selon son tres bonplaysir. Qu'a jamais il vive et regne en nos cœurs. Amen.

Revu sur copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MXIX A LA MèRE DE CHANTAL Une nouvelle prétendante pour la Visitation.

Annecy, [novembre] 1614 .

Voyci, ma chere Mere, ma niece de la Croix, qui vient des Dames de Bonlieu, a dessein de se faire Religieuse aupres de vous . Je m'asseure que vous la recevres de bon cœur a cause de son merite, et qu'elle est fille de monsieur et madame de la Ruaz, a qui j'ay lhonneur d'appartenir .

Revu sur le texte inséré dans la Généalogie manuscrite de la famille de Vincent de la Croix de Fésigny. MXX A LA MêME Une première étape et la pensée de zèle qui donnait un élan joyeux au saint voyageur. - Consolations spirituelles réservées aux âmes apostoliques. Commentaire d'un texte de saint Paul.

Polinge, 2 décembre 1614

Je commence des icy, ma tres chere Mere, a vous rendre conte de nostre voyage , duquel cette premiere journee nous donne bon augure. Je suis, Dieu mercy, tout gueri et brave. Et ce bon gentilhomme soüisse m'a commencé a dire que M. l'Evesque son frere n'avoit pas desiré ma presence a sa consecration seulement pour l'action, mais pour conferer avec moy de plusieurs choses d'importance pour l'entier restablissement de la sainte religion en ce pais-là. Voyla pourquoy je vay encor plus joyeusement voir si Dieu se servira de moy en quelque chose pour sa gloire ; car saches, ma tres chere Mere, que j'ay eu en chemin, et ce matin encor plus, des grans sentimens de la grace que Dieu fait a ceux qu'il employe a son service et ausquelz il donne le vray goust des vertus, ayant eü cette pensee sur les paroles que l'Eglise inculque et qui donnerent le dernier coup a la conversion de saint Augustin (Confess 8,12) : Non point es banquetz et ivroigneries, non point es couches et impudicités, mais revestes vous de Nostre Seigneur Jesus Christ (Rm 13,13). Qu'a jamais ce Sauveur soit nostre robbe royale qui nous couvre et defende du froid de l'iniquité, et nous eschauffe en ce divin amour que nostre unique cœur cherche. Bonjour, ma tres chere Mere, conserves vostre ame et mienne en sainte consolation. Amen.

A Polinge , ce 2 decembre 1614.

Je suis vous mesme, ma tres chere Mere, vous le sçaves bien, tres parfaitement vostre. Vive Jesus ! Je salue nos Seurs cherement. Le cher filz vous bayse tres humblement les mains ; il arriva hier, ainsy que nous entrions a table, c'est a dire a 5 heures. A Madame

Madame de Chantal,

Superieure de la Visitation.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Orléans

MXXI AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Avis donné au Duc sur la politique du gouverneur de Milan en Valais. Eloge détaillé du nouvel Evêque de Sion. - Un présent qu'il n'a pas reçu.

Thonon, 13 décembre 1614.

Monseigneur,

Ayant esté ces sept ou huit jours passés en Valey pour la consecration de Monseigneur de Syon, j'ay remarqué beaucoup de bonn 'affection au service de Vostre Altesse Serenissime en plusieurs de ce païs-la. Mays parmi cela, j'ay apperçeu que le seigneur gouverneur de Milan a des grandes prattiques pour attirer cet Estat au parti d'Espagne, et a presque des-ja gaigné pour cet effect les vœux et les voix des quattre dizains, qu'ilz appellent, d'en haut : Rarogne, Vespia, Brighen et Comze, qui auroyent des-ja fait passer leur inclination en resolution, si Monseigneur de Sion et les trois dizains d'embas, Sion, Sierre et Loeïtze, ne se fussent grandement opposés pour empescher ce coup (note 693), lequel toutefois il sera malaysé de destourner, si quelqu'un n'arrive promptement entr'eux de la part de Vostre Altesse, avec les provisions requises pour reasseurer ces espritz-la fort esbranslés. Et par ce, Monseigneur, que le Valley estant si proche de Savoye et Piemont, ne peut estre qu'extremement utile aux affaires de Vostre Altesse, quand ell'en aura l'alliance et correspondance, j'ay pensé que cet advis estoit d'importance et que je le devois donner a Vostre Altesse, laquelle je supplie tres humblement de l'avoir aggreable, comm'encor que je luy die que ce jeune Prelat que nous venons de sacrer est de fort bonne esperance, devot, actif, de bon esprit et plus gentil que sa nation n'a pas accoustumé d'en produire, fort affectionné a Vostre Altesse, et qui attendoit avec honneur un anneau episcopal en present, de Monseigneur le Prince Cardinal , ainsy qu'on luy avoit fait esperer.

Et quant au cappitaine Valdin , il fait par dessus tous profession expresse d'estre tout affecté au service de Vostre Altesse, a laquelle je fay tres humblement la reverence, et luy souhaitant- toute sainte prosperité, je demeure infiniment, Monseigneur, Son tres humble, tres obeissant et tres fidele serviteur et orateur, FRANçs, E. de Geneve.

A Thonon, le XIII decembre 1614.

Revu sur l"Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MXXII AU MARQUIS SIGISMOND DE LANS Renseignements politiques. - Les agissements du gouverneur de Milan pour attirer le Valais au parti de l'Espagne. - Opposition de l'Evêque de Sion. - Mesures à prendre. - Un festin de six heures. - Qualités du nouvel Evêque.

Thonon, 13 décembre 1614.

Monsieur, Je vous donnay advis, a mon départ d'Annessi, comme je venois en Valley pour la consecration de Monseigneur l'Evesque de Sion qui, des il y a long-tems, m'y avoit convié , et a la celebration delaquelle j'estois necessaire en quelque sorte, puisqu'il n'avoit point d'Evesque plus proche qui luy peut rendre cet office avec moins d'incommodité que moy. Or, revenant de la, je me suis treuvé obligé de donner advis a Son Altesse de l'effort que le seigneur gouverneur de Milan fait pour attirer le pais de Valey au parti d'Espagne et soustraire cett'alliance a Son Altesse; dequoy les fers sont si avant au feu, que si sadite Altesse n'y remedie promptement, je ne sçai comm'on en pourra empescher les effectz. Et des-ja les dizains de Comze, de Raroigne, de Brighen et Vespia sont gaignés et auroyent fait faire le coup, n'eut esté la vive resistence de Monseigneur de Syon et des autres troys dizains . Cest advis, Monsieur, est d'importance, comme Vostre Excellence jugera trop mieux. C'est pourquoy je la supplie d'envoyer ma lettre ci jointe * au plus tost a sadite Altesse, a laquelle je ne dis pas que ces gens-la sont merveilleusement ombrageux et delicatz a entretenir, car elle le sçait bien ; mays je luy eusse volontier dit qu'en suite de cela, ilz ont treuvé estrange que le seigneur Valdenghe n'ayt pas comparu au sacre de leur Evesque et a l'assemblee qui estoit assignee a ce jour la, puisque mesme on leur en avoit donné intention, comme aussi a Monseigneur de Syon que Monseigneur le Prince Cardinal luy envoyeroit son anneau episcopal. Que si ledit sieur Valdenghe, ou quelqu'autre de la part de Son Altesse, ne se treuve mardi, 16 de ce moys, ou soudain apres, en l'assemblee generale des dizains qui se doit celebrer, je crains infiniment que l'alliance de Son Altesse ne se convertisse en celle d'Espagne.

Au reste, il ne se peut dire combien de carouz on a fait a la santé de Son Altesse, de Messeigneurs les Princes et de Vostre Excellence mesmement, Dimanche passé, au festin solemnel qui ne dura sinon despuis un'heure apres mydi jusques a sept heures et demi du soir ; et Vostre Excellence peut penser si, passé la premiere heure, les autres devoyent estre longues a ceux qui ne s'estoyent jamais treuvés en tell'histoire.

Le bon Monseigneur l'Archevesque de Vienne et moy fusmes exempts des carroux, hormis de quatre, a la santé de Son Altesse, de Messeigneurs les Princes, des sept cantons catholiques et de Monseigneur le Prince et seigneurs dizains du pais de Valey ; mays nous les fismes encor dans des verres et selon la mesure que nous voulusmes. Toutes les autres santés ne nous furent point presentees, mais elles ne demeurerent pas sans porteurs. Il falloit bien, Monsieur, vous dire tout, en gardant pour la bonne bouche que ce nouveau Prince et Evesque (car ilz l'appellent ainsy) est tout brave, devot, sçavant, gentil et courageux, fort serviteur de Son Altesse et ami de la Savoye.

Je prie Dieu quil vous comble, Monsieur, de ses plus desirables benedictions, et suis sans fin, De Vostre Excellence,

Tres humble et tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Thonon, en haste, 1614, 13 decembre.

A Son Excellence.

A Montmellian.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MXXIII A LA MèRE DE CHANTAL Réponse à donner à une personne qui combat une vocation.- Respect dû à la liberté des àmes.

Annecy, [après la mi-décembre] 1614 .

Je luy respondray que la vocation de cette fille n'est pas mon œuvre, ains de Dieu, comme je pense ; que je ne n'oserois contribuer une seule parole pour la ruiner. Qu'elle s'en addresse donq a Nostre Seigneur, qui tient les cœurs des siens en ses mains pour les tirer ou bon luy semble. Mays vous, ma tres chere Mere, escrives-luy fort doucement que vous n'aves rien contribué a la vocation et que vous craindries trop d'offencer Dieu en la dissuadant ; qu'ell'est en sa liberté, delaquelle elle peut user a son gré, et que si Dieu la veut en nostre Congregation, ce vous seroit une grande charge de conscience a l'heure de vostre mort de la repousser ; que vous la supplies de s'en accommoder a ce que Dieu en disposera. Et quelque chose de vostre esprit et du mien. Bon soir, ma tres chere Mere, toute mienne, moymesme.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.

MXXIV A DOM PLACIDE BAILLY, BéNéDICTIN Excellente disposition pour recevoir de grandes grâces. - Comment vivre " en ce petit pelerinage. " - Document pour commencer une bonne vie religieuse. - Un anniversaire très pieusement célébré par le Saint.

Annecy, 18 décembre 1614 .

Mon tres cher Pere,

Je vous puis asseurer que nostre chere Seur Françoise Gabrielle Bailly, vostre seur, m'est aussi chere que si c'estoit la mienne propre, sa pieté m'y ayant convié, et loüe Dieu de ce qu'elle reçoit et donne beaucoup de consolation en la Congregation de nos cheres Seurs. Nostre Mere d'icy l'ayme parfaitement, et nous voyons que c'est un vase bien poly, vuide, ouvert pour recevoir de grandes graces celestes ; car c'est une ame droitte, un esprit vuide et desnué de toutes les choses de ce monde, et qui n'a pensee ni dessein que pour son Dieu. 0 qu'elle est heureuse en cet estat ! car peu importe le tems passager a une ame qui aspire a l'eternité, et qui ne regarde ces momens perissables que pour aller en la vie immortelle.

Ah ! mon cher Pere, mon Frere, vivons ainsy en ce petit pelerinage, joyeusement selon le gré de nos hostes, en tout ce qui n'est point peché. Je sçai que vostre ame est de celles desquelles les yeux vont defaillans a force de regarder le sacré object de leur amour, disant : Quand me consolerés-vous (Ps 118, 81) ?

Vous me demandes quelque instruction pour commencer une bonne vie religieuse. Ah ! vray Dieu, mon cher Pere, moy qui ne fus jamais seulement bon clerc, m'appartient-il d'instruire les saintz Religieux ? Portés doucement et amoureusement vostre croix, laquelle, a ce que j'entens, est asses grande pour vous combler de benedictions, si vous l'aymés.

Quelque petite occupation m'empesche de respondre a souhait a la douce lettre que vous m'aves escrit. Seulement je vous dis que c'est aujourd'huy le jour que je fus consacré a Dieu pour le service des ames (note 702) ; je solemnise tous les ans ce jour avec le plus d'affection que je peux, me consacrant de nouveau a mon Dieu. Enflammés mon sacrifice de l'ardeur de vostre charité, et croyés que je suis

Vostre tres humble serviteur, pere et frere tout ensemble,

FRANçs, E. de Geneve.

D'Annessi, ce.....

MXXV A LA MèRE DE CHANTAL Mme des Gouffiers propose de venir prendre la Mère de Chantal pour l'accompagner à Lyon ; le Saint agrée provisoirement ce projet.

Annecy, fin décembre 1614

J'ay repensé, ma tres chere Mere, au desir que Mme de Gouffier a de vous venir prendre, et l'ay conferé avec ses lettres ; et m'est venu en l'esprit que peut estre il ne seroyt pas si hors de rayson quil me sembloit d'abord, puisqu'ell'a son esprit si embarrassé et plein de choses qui l'affligent. A elle la peine de venir et la despense de son voyage . Mays nous en parlerons, Dieu aydant, ce soir. Cependant vous y penseres un peu, et moy auray eu ce petit sujet de donner le bon jour au tres aymé cœur de ma Mere.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron de Cholen, à Paris.

MXXVI A LA MêME Où réside la foi dans l'âme des saints qui sont tentés contre cette vertu.- Les souffrances spirituelles de la Mère de Chantal ne troublent pas son saint Directeur.

Annecy, [1614 .]

Ma chere Mere, Ne craignés point, la foy reside tous-jours en la cime et pointe de vostre esprit, et cela vous asseure que ces troubles finiront et que vous jouires du repos desiré au sein de Dieu ; mais la grandeur du bruit et des cris que l'ennemy fait dans le reste de l'ame et rayson inferieure, empesche que les advis et remonstrances de la foy ne sont presque point entendus. Mays de tout cela, ma chere Mere, je ne m'en metz nullement en peyne ; au contraire, je benis Dieu dans la nuit de vostre souffrance, et rens grace a Celuy qui vous monstre combien il faut souffrir pour son nom ( Ac 9,16) …………………………

Revu sur le texte inséré dans le Ms. original des Mémoires, etc., par la Mère de Changy, conservé à la Visitation d'Annecy.

MXXVII A LA MêME Une malade reprise pour ses imprudences.

Annecy, [1612-1614 ]

Je vous surprens, ma chere Mere, en manquement de fidelité, sans aucun pretexte de prudence et de sagesse. Dites moy comme vous vous portes, pour Dieu et pour moy, qui suis, comme vous sçaves vous mesme, plus vostre que vous mesme. Dieu vous benisse, et moy.

MXXVIII A LA MêME Demande et envoi de nouvelles.

Annecy, [1612-1614 ]

Que ma tres chere Mere soit benite des plus sacrees benedictions du Sauveur de son ame ! A men. Mais dites donq un peu bien, ma tres chere Mere, comme vous vous estes portee, car le cœur de vostre filz, qui est le filz de vostre cœur, desire un peu de certitude de cela. Pour moy, je me porte fort bien, graces a Dieu, et suis autant vostre que vous mesme, tout en verité. Bon soir, ma tres bonne Mere, et soyes toute sainte.

MXXIX A MADAME DE PEYZIEU Pour être tout il Dieu, nous devons crucifier nos affections les plus vives.- Il nous faut surtout un cœur amoureux envers le prochain. - Quand cet amour est-il plus excellent.

[Fin 1612-1614 ]

Ma tres chere Mere,

Maintenant que vous diray-je ? Bien des choses sans doute, si je voulois suivre mes affections, lesquelles seront tous-jours pleynes pour vous, comme je desire que les vostres soyent bien pleynes pour moy, quand sur tout vous seres dans le petit oratoire, ou je vous supplie d'en respandre beaucoup devant Dieu a l'intention de mon amendement ; ainsy que de mon costé je respans, non les miennes, qui sont indignes a rayson du cœur ou elles sont, mays le sang de l'Aigneau immaculé, devant le Pere eternel, en faveur de la bonne intention que vous aves d'estre toute sienne. Quel bonheur, ma chere Mere, d'estre tout a luy, qui, pour nous rendre siens, s'est fait tout nostre ! Mais il faut pour cela crucifier en nous toutes nos affections, et specialement celles qui sont plus vives et mouvantes, par un perpetuel allentissement et attrempement des actions qui en procedent, affin qu'elles ne se facent pas par impetuosité, ni mesme par nostre volonté, mais par celle du Saint Esprit. Sur tout, ma chere Mere, il nous faut avoir un cœur bon, doux et amoureux envers le prochain, et particulierement quand il nous est a charge et degoust ; car alhors nous n'avons rien en luy pour l'aymer, que le respect du Sauveur, qui rend l'amour sans doute plus excellent et digne d'autant qu'il est plus pur et net des conditions caduques. Je prie Nostre Seigneur qu'il accroisse en vous son saint amour. Je suis en luy Vostre bien humble serviteur, FRANCs, E. de Geneve.

MXXX A M. JEAN DE LA CEPPèDE (MINUTE) Remerciements au destinataire pour l'envoi d'un poème. - L'auteur a su transformer les muses païennes en chrétiennes. - Puisse-t-il servir d'exemple à d'autres poètes. - Le pouvoir des vers pour pénétrer les cœurs.

[1613-1614 ]

Monsieur,

Ce m'a esté un honneur extremement sensible d'avoir receu de vostre part ces riches et devotz Theoremes que le Reverend Pere Ange Le Blanc m'a remis ; et si j'avois le riche parfumier ou cabinet des unguens que cet ancien prince Alexandre le Grand destina pour la garde des livres et escritz d'Homere (Strabon 13, 27), je le destinerais aussi a la conservation de ce beau present, lequel m'est d'autant plus pretieux que je n'avois garde de l'oser esperer, puisque je n'ay pas mesme pensé que vous eussies sceu que je fusse au monde, ou estant, de vray, si peu de chose, confiné en ce recoin de nos montagnes, je me tiens pour invisible. Mais toutefois, comme ce sont les grandes lumieres qui descouvrent les atomes, ainsy m'aves vous peu voir.

Or, puisque non seulement il vous a pleu, Monsieur, de jetter vostre pensee et, ce qui est encor le plus, vostre bienveuillance sur moy, je vous supplie tres humblement de me continuer cette grace par la mesme courtoisie et bonté qui l'a fait naistre en vostre ame sans aucun merite de ma part ; et si je ne puis par les effectz, au moins par affection je m'essayeray de correspondre a cette faveur, vous portant a jamais un .honneur, ouy mesme (si vous me permettes ce mot) un amour tres particulier. A quoy je suis encor attiré par cette sçavante pieté qui vous fait si heureusement transformer les muses payennes en chrestiennes, pour les oster de ce viel prophane Parnasse et les loger sur le nouveau sacré Calvaire. Et pleust a Dieu que tant de poëtes chrestiens qui ont en nostre aage si dignement tesmoigné comme vous, Monsieur, la beauté de leur esprit, eussent aussi, comme vous, fait paroistre la bonté de leur jugement au choix des sujetz de leurs poëmes ! La corruption des mœurs ne seroit pas si grande ; car c'est merveille combien les discours resserrés dans les lois des vers ont de pouvoir pour penetrer les cœurs et assujettir la memoire. Dieu leur veüille pardonner de l'abus qu'ilz ont fait de leur erudition.

Et vous, Monsieur, usés, ains jouisses tous-jours ainsy saintement de ce beau, riche et bon esprit que la divine Majesté vous a conferé en cette vie temporelle, affin que vous vous res-jouissies a jamais, contemplant et chantant glorieusement les mesmes mysteres, en la vie eternelle. Je suis de tout mon cœur, Monsieur,

Vostre tres humble serviteur, F., E. de Geneve.

MXXXI A LA MèRE DE CHANTAL Une occasion est offerte à la Mère de Chantal d'écrire à son cher enfant. De quoi elle avait peur.

Annecy, [1613-1614 ]

Ma tres chere Mere,

Avec une aggreable occasion, je prens le contentement de vous donner le bon soir. Un fort honneste gentilhomme me vient demander une lettre vers M. le Grand pour la recommandation de quelque affaire qu'il a ; j'ay pensé que peut estre auries vous playsir d'escrire a vostre cher enfant . Et n'estait que je sçai que vous aves peur que l'amour naturel ne soit trop rafroidy et presque tout esteint, je n'oserais pas vous donner cette atteinte pour le resveiller. Or sus, si vous escrivés, il faut avoir la lettre encor ce soir. Et Dieu vous benisse, ma tres vraye, tres aymee et tres aymable Mere. Je salue nos filles, notamment la malade , et suis, comme vous sçaves vous mesme, tout vostre par Nostre Seigneur. Amen.

ANNèE 1615

MXXXII A M. CLAUDE DE BLONAY Pourquoi le saint Fondateur désire envoyer à Lyon les meilleurs de ses sujets. - Marie-Aimée de Blonay sera l'une des fondatrices ; son père est prié d'agréer cette mission si glorieuse pour sa fille.

Annecy, 2 janvier 1615.

Monsieur mon tres cher Frere,

Dieu nous visite en sa douceur, et veut que la Visitation soit invitee par nostre tres bon Monseigneur de Lion de l'aller visiter en son diocese, pour y establir une Mayson de Nostre Dame comme la nostre d'Annessy (notes 640,728). Or, d'autant que l'entreprise est grande et que c'est la premiere saillie ou production de nostre Mayson (que je desire qui ne produise rien que de bon), nous voulons y envoyer la cresme de nostre Congregation ; et parce que nostre chere fille Marie Aymee est un de nos plus pretieux sujetz, je desire de la poser aux fondemens de ce nouvel edifice. J'espere que vostre pieté, mon cher Frere, vous fera volontier acquiescer a l'esloignement de cette chere fille, puisqu'il est requis a la gloire de Dieu. Et encor (pour parler un peu humainement a un pere qui ayme bien son enfant), cette mission est glorieuse a nostre fille, a laquelle je ne me haste point de demander si elle voudra aller, me tenant asseuré de son obeissance , comme je suis asseuré de vostre resignation, et que vous le deves estre de l'affection fraternelle de

Vostre tres humble serviteur et confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

D'Annessi, le 2" jour de l'an 1615.

MXXXIII A MADAME GASPARDE DE BALLON RELIGIEUSE DE L' ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE La débonnaireté de Notre-Seigneur en sa crèche; ce qu'on y trouve et dans quelle posture il faut s'y tenir. - Que faire quand l'ennemi nous détourne de la sainte dévotion; le péril de quitter l'oraison.

Annecy, 6 ou 7 janvier [1613-1615 ]

Nostre Seigneur vous ayme, ma chere Fille, et vous ayme tendrement. Que s'il ne vous fait pas sentir la douceur de son saint amour, c'est pour vous rendre plus humble et plus abjecte a vos yeux. Mais ne laissés pas pour cela de recourir a sa sainte debonnaireté en toute confiance, sur tout maintenant, en ce tems auquel nous le nous representons comme il estoit, petit enfant en Bethlehem ; car, mon Dieu, ma chere Fille, pourquoy prend il cette douce et amiable condition de petit enfant, sinon pour nous provoquer a l'aymer confidemment et a nous confier amoureusement en luy ?

Demeurés bien pres de la cresche cette sainte octave des Rois.

Si vous aymes les richesses, vous y treuveres l'or que les Rois y ont laissé ; si vous aymés la fumee des honneurs, vous y treuveres celle de l'encens, et si vous aymes les delicatesses des sens, sentes-y la mirrhe odorante qui parfume tout l'estable. Soyes riche en amour pour ce cher Sauveur; honnorable en la privauté que vous prendres avec luy par l'orayson, et toute delicieuse en la joye de sentir en vous les saintes inspirations et affections d'estre tres uniquement sienne.

Pour vos petites choleres, elles passeront, ou si elles ne passent pas, ce sera pour vostre exercice et mortification. En fin, ma chere Cousine, puisque, sans reserve, vous voules estre toute pour Dieu, ne tenes point vostre cœur en peyne, et, entre toutes les secheresses qui vous peuvent arriver, soyes ferme a demeurer entre les bras de la misericorde divine. Et pour ces apprehensions qui vous arrivent, c'est l'ennemy qui, vous voyant a cette heure toute resolue de vivre en Nostre Seigneur sans reserve et sans exception, il fera toute sorte d'effort pour vous incommoder et rendre dure la voye de la sainte devotion. Or, il faut que vous, au contraire, estendies vostre cœur par une frequente repetition de vostre protestation, que vous ne relascheres jamais, que vous persevereres en vostre fidelité, que vous aymes mieux les rigueurs du service de Dieu, que les douceurs du service du monde, que jamais vous n'abandonneres vostre Espoux. Gardés bien, ma chere Fille, de quitter la sainte orayson, car vous feries le jeu de vostre adversaire ; mais continues constamment en ce saint exercice et attendes que Nostre Seigneur vous parle, car il vous dira un jour des paroles de paix (Jn 29,11) et de consolation; et lhors vous connoistres que vostre peyne aura esté bien employee, et vostre patience, utile.

Bon soir, ma tres chere Fille. Glorifiés vous d'estre toute pour Dieu, et protestés tous-jours d'estre toute sienne. Dites souvent Que vive Jesus !

FRANçs, E. de Geneve.

MXXXIV A MADAME DE LA FLéCHèRE La malignité humaine, grand sujet de résignation. - Quels esprits ne sont pas bons à l'office de chapelain. - On attend à Annecy les délégués de l'Archevêque de Lyon.

Annecy, vers le 15 janvier 1615 .

J'ay receu vos lettres, ma tres chere Fille, mais on ne m'a donné commodité d'y respondre que maintenant ; encor n'ay-je loysir que celuy que je prens au milieu d'un appointement. Pour le premier chef, vous pourres, en justification de M. de Blonnay , dec1airer tout ce que vous aves appris du tappis. C'est un grand cas de la malice de l'esprit humain ! Rien ne nous donne tant de sujet de resignation que la rencontre des diverses ruses dont il se sert a mal faire. M. Charvet est un esprit jeune et ardent, et je le luy dis l'autre jour. Il seroit requis que M. de Blonnay arrestast , mais je ne sçai si nous le pourrons faire, car je le voy disposé a tout quitter, par la recherche quil me fait de l'envoyer a Lion, servir de chapelain la nouvelle Visitation. Je luy respons en sorte que je luy donne courage de demeurer, ne m'estant pas advis quil fut bon a l'office quil recherche (Lettres5, note 675), d'autant que c'est un esprit foysonnant de conceptions et fort porté aux extremités. J'ay remis la lettre a Mme de Chantal sans la voir, par ce que je n'avois pas encor leu celle que vous m'escrivies. On n'est encor pas venu de Lion ; nous attendons aujourdhuy des nouvelles. J'en ay receu de nostre seur de Bons . Dieu vous comble a jamais de ses tressaintes graces, et suis sans fin, ma tres chere Fille, Tout parfaitement vostre, FRANçs, E. de Geneve.

A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé dans le trésor de l'église Saint-Servais, à Maëstricht.

MXXXV A LA MêME Départ imminent de la Mère de Chantal pour Lyon. - Souhait du Saint.

Annecy, 25 janvier 1615.

En somme le bon monsieur de Blonnay a choisi de quitter la charge au college . Certes, ma tres chere Fille, son esprit n'est pas pour supporter un si grand tracas ; et je voy que non seulement cela, mais il est pour se retirer de Rumilly . Or, Dieu soit loüé. Nostre bonne madame de Chantal part demain pour aller coucher a Clermont , ces messieurs et ces dames de Lion estant venus la prendre . Hé ! Dieu veuille benir et prosperer ce voyage, qui s'entreprend pour son honneur et l'edification de plusieurs. Je vous salue infiniment, ma tres chere Fille, a qui je suis tres parfaitement en Nostre Seigneur, qui vous sauve et benisse a jamais. Amen. Vive Jesus ! Je salue reciproquement la chere niece (Gasparde d'Avise.) et luy souhaite mille et mille benedictions. FRANçs, E. de Geneve,

[25] janvier 1615.

A Madame

Madame de la Flechere.

MXXXVI A LA MèRE DE CHANTAL Sept billets pour le voyage. - Souhaits et bénédictions. - Les âmes vraiment inséparables. - Motifs de confiance et de courage. - La joyeuse ardeur de saint Ignace, martyr. - Promesse de la protection des bons Anges. - Douceur de l'unité des cœurs et des esprits. - Ardente prière pour la Fondatrice; bénédictions à ses filles.

Annecy, 26 janvier 1615 .

Voyci le souhait de vostre Pere, ma tres chere Fille : Dieu soit avec vous au chemin par lequel vous ires ; Dieu vous tienne tous-jours vestue de la robbe de sa charité ; Dieu vous nourrisse du pain celeste de ses consolations ; Dieu vous ramene saine et sauve en la mayson de vostre pere ; Dieu soit a jamais vostre Dieu, ma chere Mere. Ce sont les benedictions que Jacob se souhaitait quand il partit de Bethel (Gn 28,20), et ce sont celles la que je me souhaite a moy mesme, ma tres chere et tres unique Fille, a vostre despart de ce lieu, ou vous demeures en partant et d'ou vous partes en demeurant. Allés en paix, ma tres chere Fille, allés en paix ou Dieu vous appelle ; demeurés en paix, mais demeurés en la sainte paix de Dieu (Ph 4,7), ou il vous tient et arreste icy. Les ames que Dieu a rendu tout une sont inseparables, car, qui peut separer ce que Dieu a joint (Mt 19,6 ; Mc 10, 9) ? Non, ni la mort, ni chose quelconque ne nous separera jamais de l'unité qui est en Jesus Christ (Rm 8,38), qui vive a jamais en nostre cœur. Amen.

MXXXVII

Or sus, ma chere Fille, puisque Dieu est l'unité de nostre cœur, qui nous en separera jamais ? Non, ni la mort ni la vie, ni les choses presentes ni les futures, ne nous separeront jamais (Rm 8,35), ni ne diviseront nostre unité. Allons donq, ma tres chere Fille, avec un seul cœur (Ac 4,32), ou Dieu nous appelle ; car la diversité des chemins ne rend rien de divers en nous, puisque c'est a un seul object et pour un seul sujet que nous allons.

0 Dieu de mon cœur ( Ps 72,26), tenés ma tres chere fille de vostre main ; que son Ange soit tous-jours a sa dextre pour la proteger, que la Sainte Vierge Nostre Dame la recree tous-jours de l'aspect de ses yeux debonnaires.

MXXXVIII

Ma tres chere Fille, la Providence celeste vous assistera : invoqués-la avec confiance en toutes les difficultés desquelles vous vous treuveres environnee. A mesure que vous allés outre, ma tres chere Mere, ma Fille, vous deves prendre courage et vous res-jouir dequoy vous contentes Nostre Seigneur, le contentement seul duquel contente tout le Paradis. Pour moy, je suis la ou vous estes vous mesme, puisque la divine Majesté l'a ainsy voulu eternellement. Allons donq, ma chere Fille, allons suavement et joyeusement faire l'œuvre que nostre Maistre nous a marquee.

MXXIX

Hé! ma tres chere Mere, ma Fille, il me vient en memoire que le grand saint Ignace, qui portait Jesus Christ en son cœur, alloit joyeusement servir de pasture aux lions et souffrir le martyre de leurs dens : et voyla que vous allés, et nous allons, s'il plaist a ce grand Sauveur, a Lion, pour y faire plusieurs services a Nostre Seigneur, et luy preparer plusieurs ames desquelles il se rendra l'Espoux. Pourquoy n'irions-nous joyeusement au nom de nostre Sauveur, puisque ce Saint alla si allegrement au martyre de nostre Sauveur ? Que bienheureux sont les espritz qui marchent selon la volonté de ce divin Esprit, et le cherchent de tout leur cœur (Ps 118,1), laissant tout, et le Pere mesme qu'il leur a donné (Allusion au Saint lui-même.), pour suivre sa divine Majesté !

MXL

Allés, ma tres chere Mere, ma Fille. Nos Anges de deça tiennent les yeux sur vous et sur vostre petite trouppe et ne vous peuvent abandonner, puisque vous n'abandonnes pas le lieu de leur protection, ni les personnes de leur garde, que pour n'abandonner pas la volonté de Celuy pour la volonté duquel ilz s'estiment heureux d'abandonner maintes fois le Ciel. Les Anges de dela, qui vous attendent, envoyeront a vostre rencontre leurs benedictions, et vous regardent allant vers leurs lieux, avec amour, puisque c'est pour cooperer a leur saint ministere. Tenés vostre cœur en courage, car, puisque vostre cœur est a Dieu, Dieu sera vostre courage. Allés donq, ma Fille, allés avec mille et mille benedictions que vostre Pere vous donne, et sçachés que jamais il ne manquera de respandre, par toutes les aspirations que son ame fera, des combles de souhaitz sacrés sur la vostre. Ce sera son premier exercice au resveil du matin, le dernier au coucher du soir et le principal a la sainte Messe. Vive JESUS et MARIE ! Amen.

MXLI

Allés, ma fille, allés ; mon esprit vous va suivant et respandant sur vous mille benedictions. Au nom de Dieu, nous allons et demeurons, avec une fort pure intention de servir de tout nostre cœur a la gloire eternelle de sa divine Majesté icy ou nous demeurons, et la ou nous allons. 0 Dieu, que c'est une douce chose que d'avoir la sainte unité des cœurs qui, par une merveille inconneuë au monde, nous fait estre en plusieurs lieux, sans division ni separation quelconque. Demeurons et allons en paix, ma tres chere Fille. Et comme une seule femme se console en l'une et l'autre main, tenant son filz de l'une et son pere de l'autre, ainsy res-jouissons nous dequoy en une parfaite unité d'esprit et de tout nous mesmes, icy ou nous demeurons et la ou nous allons, nous nous tenons a ce Sauveur que nostre cœur veut cherir reveremment comme son Pere et tendrement comme un filz. Or sus, je m'en vay presenter ce cœur a ce cher Sauveur en la sainte Messe.

MXLII

0 Seigneur Jesus, sauvés, benissés, confirmés et conservés ce cœur qu'il vous a pleu de rendre unique en vostre divin amour ; et puisque vous luy aves donné l'inspiration de se dedier et consacrer a vostre saint Nom, que vostre saint Nom le remplisse comme un bausme de divine charité, qui, en une parfaite unité, respande les varietés des parfums et odeurs de suavité (Ct 1) requises a l'edification du prochain. Ouy, Seigneur Jesus, remplisses, comblés et surabondés en grace, paix, consolation et benediction cette ame qui, en vostre saint Nom, va et demeure ou vostre gloire la veut et appelle. Amen. Mille benedictions a nos cheres filles. Dieu, qui les a assemblees, les benisse ; leurs saintz Anges soyent a jamais autour d'elles, respandant a pleines mains les graces et consolations celestes dans leurs cœurs bienaymés, et que la Sainte Vierge, desployant sa poitrine maternelle sur elles, les conserve en la vertu de son amoureuse maternité. Amen. VIVE JESUS !

MXLIII A MADAME DE PEYZIEU Les marques du pur amour. - De quel prix ont été payées les vertus des chrétiens.

Annecy, [vers février] 1615 .

Helas, mon Dieu, ma tres chere Mere, que j'ay esté estonné quand par vostre lettre j'ay sceu, comme tout a coup, la longueur et le danger de vostre maladie ! car, croyés moy, je vous supplie, mon cœur vous cherit filialement. Mays, Dieu soit loüé dequoy vous voyla presque toute eschappee.

Certes, des-ormais je voy bien qu'il faudra vous apprivoyser aux maladies et infirmités en cette decadence d'aage en laquelle vous estes.

Seigneur Jesus, quel vray bonheur a une ame dediee a Dieu d'estre fort exercee par la tribulation avant qu'elle parte de cette vie ! Ma tres chere Mere, comme peut on connoistre le franc et vif amour, que parmi les espines, les croix, les langueurs, et sur tout quand les langueurs sont accompaignees de longueur ? Aussi, nostre cher Sauveur a tesmoigné son amour desmesuré par la mesure de ses travaux et passions.

Faites, ma chere Mere, faites bien l'amour a l'Espoux de vostre cœur sur le lit de douleur ; car c'est sur ce lit la ou il a fait vostre cœur avant mesme qu'il fust fait au monde, ne le voyant encor qu'a son divin projet. Helas ! ce Sauveur a conté toutes vos douleurs, toutes vos souffrances, et a payé au prix de son sang toute la patience et tout l'amour qui vous est necessaire pour saintement appliquer tous vos travaux a sa gloire et a vostre salut. Soyés contente a vouloir doucement tout ce que Dieu veut que vous soyés. Jamais je ne manqueray a prier la divine Majesté pour la perfection de vostre cœur, que le mien ayme, cherit et honnore tendrement.

A Dieu, ma tres chere Mere, et ma tres chere Fille encor ; a Dieu soyons-nous eternellement, et nous et nos affections, et nos petites peynes et les grandes, et tout ce que la divine Bonté veut estre nostre. Et sur ce, je suis en luy, ma tres chere Mere, tres absolument, Vostre vray filz et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MXLIV A M. CLAUDE DE QUOEX Gratitude de Son Altesse envers le Saint pour un avis important.

Annecy, [février] 1615 .

Monsieur,

Ce billet vous asseurera de ma part que je n'ay receu aucune lettre de Son Altesse despuis une qu'elle m'escrivit, pour tesmoigner le gré qu'elle me sçavoit d'un asses important advis que je luy avois donné en l'occasion de mon voyage en Valley (lettre 1021). Cependant je vous suis trop obligé de la part que vous aves en tout ce qui me regarde, qui suis aussi de tout mon cœur, Monsieur, Vostre plus humble tres asseuré serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à Chambéry, Archives du Sénat de Savoie.

MXLV A LA MERE DE CHANTAL, A LYON Sentiments du Saint après le départ de sa chère fille spirituelle. - Nouvelles détaillées du Monastère, des Religieuses, de Françoise de Chantal, de son goût pour la parure et de la piété de Mme de Thorens. - Désir de savoir les particularités de l' "abord" à Lyon. - Bénédictions à la Fondatrice et à chacune de ses filles qui l'accompagnaient.

Châteaufort , 4 février 1615.

VIVE + JESUS

Voyci la seconde commodité de vous escrire, ma tres chere Mere, et voyci aussi ma seconde lettre, qui vous porteroit mille nouvelles du cœur que vous aves icy, si j'avois autant de loysir quil en faudroit ; mais je vous en diray asses, ma tres chere Mere.

Les deux premiers jours quil ne se vid plus soymesme, il demeura en une douce tendreté et quelques larmes ; mais quand je le portay la premiere fois ou il avoit accoustumé de treuver son ame et quil ne l'y treuva plus, il fut saysi d'un estonnement nompareil qui luy a duré trois ou quatre jours et le resaisit souvent, c'est a dire quand il y pense par maniere de privation du bien quil ayme plus que tout autre du monde. Mays tout cela ne touche point la pointe de l'esprit qui, asseuré de plus en plus de l'indissoluble et invariable unité que Dieu a faite de ce que nous sommes, demeure aussi impenetrable a toute sorte d'apprehension. Et encor, cette partie inferieure a son estonnement ……. trouble ni inquietude, mais en verité grand plus quil ne se peut dire. Mays, ne disons plus rien de cela ; car, ne suffit-il pas que Dieu nous ayant rendus une mesme chose, nous soyons par tout nous mesmes tout siens ?

Dimanche je fus voir ma Seur de Brechard et je la treuvay plus joyeuse . Je ne vis qu'elle, par ce que j'arrestay fort peu ; mais au retour , je les verray toutes, et commencerons par les Novices . Elle me dit que nostre fille de Rabutin s'attristoit et pleuroit pour n'avoir pas dequoy se faire brave ; et je luy dis quil failloit luy faire faire un beau collet pour les festes, et cela suffiroit au vilage, en attendant mieux a vostre retour . Je pense que cette fille croit que ce soit grand contentement d'avoir ces dentailles et ces colletz montans (vous voyes bien que j'en sçai quelque chose), et il la faut charger de cela ; quand elle verra que cela n'est pas si grand feste, elle reviendra a soy. Mays nostre fille de Thorens se confessa et s'en alla bien brave ; elle m'a prié de luy faire un'orayson qu'elle die tous les jours tandis qu'elle sera grosse ; ce que je feray, et vous en envoyeray une copie affin que vous sachies tout .

Que j'ay d'envie, ma tres chere Mere, de sçavoir vostre abord et quel commencement Dieu aura donné au service pour lequel il vous a appellee. Tout ira bien, je m'en asseure, et la tressainte Vierge Nostre Dame tiendra vos cierges allumés , affin que vous esc1airies a ces bonnes ames qu'ell'a marquees de sa bonté pour estre ses servantes. Je l'en supplie continuellement, estant perpetuellement a Lion, non seulement en vous comme vous mesme, mais aussi en vostre petite mayson , ou je suis present, ce me semble, en esprit a tout ce petit mesnage spirituel que Dieu y fait naistre.

Je vous salue mille et mille fois, la plus aymee et la plus aymante Mere qui soit au monde, et ne cesse point de respandre des souhaitz sacrés sur vostre personne et sur vostre trouppe. Hé Seigneur, benisses de vostre sainte main le cœur de ma tres aymable Mere, affin quil soit beni en la plenitude de vostre suavité, et quil soit comme une source feconde qui vous produise plusieurs cœurs qui soyent de vostre famille et generation sacree. Benisses ma premiere chere fille Marie Jaqueline , affin qu'elle soit le commencement permanent de la joye du Pere et de la Mere que vous luy aves donné. La chere fille Peronne Marie soit un accroissement continuel de consolation en la Congregation en laquelle vous l'aves plantee, pour y fleurir et fructifier longuement. La chere fille Marie Aymee soit aymee des Anges et des hommes, pour provoquer plusieurs ames a l'amour de vostre divine Majesté, et benisses le cœur de ma chere fille Marie Elizabeth , affin que ce soit un cœur de benediction immortelle.

Ma tres chere Mere, que benediction sur benediction et jusques au comble de toute benediction soit adjousté a vostre cœur. Que vous puissiés voir vostre fille aysnee tous-jours recommençante par des nouvelles ardeurs, la seconde tous-jours croissante en vertu, la troisiesme tousjours aymante, la derniere tous-jours benite ; affin que la benediction du saint amour croisse et recommence a jamais en vostre petite assemblee. Et sur tout, que le cœur de ma tres chere Mere, comme le mien propre, soit a jamais tout detrempé au tressaint amour de Jesus qui vive et regne es siecles des siecles. Amen. Dieu soit beni.

Je salue de tout mon cœur nos Seurs de dela et leur souhaite un cœur doux, maniable, amiable, c'est a dire qu'elles ayt (sic) un cœur d'enfant, affin qu'elles entrent au Royaume des cieux (Mt 18,3 ; 19,14). J'ay grande consolation en l'esperance que je sens des benedictions que Dieu leur donnera.

4 febvrier 1615, a Chasteaufort, ou dame Jane n'est pas.

A Madame Madame de Chantal,

ma tres chere Mere superieure

de la Congregation de la Visitation d'Annessi. A Lion.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MXLVI A M. ANTOINE DES HAYES (INéDITE) Une chère ville que le Saint serait content de revoir. - C'est l'invitation et la société d'Antoine des Hayes qui auraient ses préférences s'il pouvait aller prêcher à Paris. - Pourquoi il prend patience dans son "buisson. " Promesse d'adresser à son ami les premiers exemplaires du Traitté de l'Amour de Dieu. - M, de Granier.

Annecy, 15 février 1615 .

Je vous ay envoyé le brevet pour le petit benefice de Gex , et ay eu nouvelles que Monseigneur l'Archevesque de Bourges n'estoit pas mort, ains guerissoit. Monsieur Masuyer m'escrit une grande lettre pour me persuader d'aller prescher a Paris le Caresme suyvant, ou a Saint Germain ou a Saint Mederic ; mais si je pouvois avoir assés de liberté pour prendre ce contentement de revoir cette chere ville, ce seroit a vostre choix et privativement a tous autres que je me logerois en chaire, comme ce seroit de vous voir et estre pres de vous que je recevrois le plus de consolation. Or, puisque je ne puis faire ce voyage la qu'au gré de mon Prince, dans l'Estat duquel je vis et dois vivre, autre n'advenant, et que je ne voy rien qui me puisse promettre son aggreement pour cela , il faut que je prenne patience dans mon buisson, auquel, puisque Dieu y est comme ailleurs, il y a dequoy se consoler. Je ne veux point perdre de tems apres Pasque pour tirer au jour ce petit ouvrage de l'Amour de Dieu , que vous aymés et desirés ; et voyrement je donneray ordre que vous en aurés les fins premiers exemplaires qui s'en porteront a Paris, comme vous estes aussi le fin premier amy que j'y aye et ailleurs, et que je suis, Monsieur,

Vostre plus humble, plus obeissant et fidele serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

15 febvrier………

J'attens de sçavoir que M. de Grenyer deviendra, car je ne sçai plus ou il est, sinon qu'il soit encor a Monpelier, attendant les nouvelles de son logement que vous luy avés impetré chez Monseigneur de Joyeuse ,

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

MXLVII AU PRINCE-CARDINAL MAURICE DE SAVOIE (L3, note 451) Les pièces pour la cause du bienheureux Amédée de Savoie ont été envoyées et reçues en temps opportun. - Le Cardinal est prié de s'intéresser à ta prospérité du collège d'Annecy, gêné par l'insuffisance des revenus.

Annecy, 17 février 1615.

Monseigneur,

J'envoyay au seigneur Ranze , il y a fort long tems, tout ce que j'avoys peu recueillir non seulement en ce diocœse de Geneve, mais encor ailleurs , pour l'avancement de la canonization du tres heureux Prince Amé troysiesme , et suys asseuré que le tout a esté receu.

Ce qui me rendit d'autant plus estonné, il y a quelque tems, quand je receu une lettre de Vostre Altesse Serenissime, par laquelle elle tesmoignoit d'estre esbahie elle mesme dequoy je tardois tant a rendre ce devoir d'obeissance envers elle et de pieté envers ce Saint.

Mays j'ay jugé que le trespas dudit seigneur Ranze avoit esté cause de l'esgarement de ces pieces et de l'apparence, par consequent, de la negligence delaquelle je n'avois pas commis la verité. Or, voyla donq derechef, Monseigneur, des authentiques attestations de lhonneur religieux qui a esté porté a ce bienheureux Prince en divers endroitz, avec un petit memorial pour la correction de ce que le P. Maleto en a escrit en desordre , faute d'avoir entendu les actes que j'avois envoyés en langue françoise.

Au demeurant, Monseigneur, Vostre Altesse nous ayant fait le bien de procurer la venue des bons Peres Barnabites en cette ville (notes 462, 547), dont nous la remercions tres humblement, nous la supplions tres humblement aussi tous, tant que nous sommes ses tres obeissans serviteurs de deça, qu'il playse a sa bonté de vouloir bien prendre en speciale protection cette œuvre, delaquelle le fruit sera incroyable et qui portera sa splendeur a la posterité, si les revenus de ce college estoyent suffisans pour l'entretenement d'autant de personnes quil en faudroit pour faire les functions que ces Peres feroyent excellemment en un lieu si propre, regardé de tant de nations estrangeres, centre de la Savoye, et a la juste distance qu'il faut pour jetter les bons exemples et la doctrine dedans Geneve.

Vostre Altesse, Monseigneur, et en qualité de ce qu'ell' est de sa naissance et en qualité du rang qu'elle tient en l'Eglise, ne pourroit, a l'adventure, pas plus dignement loger son soin et son zele qu'en l'aggrandissement d'un œuvre si illustre, fructueux, saint et necessaire. C'est pourquoy je la supplie en toute reverence de l'embrasser avec cette pieté qui reluit en elle, et ne cessant point d'invoquer sur sa personne la grace celeste, je demeure a jamais, Monseigneur, Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur de V. A. Serme et Reverme, FRANçs, Evesque de Geneve.

XVII febvrier 1615, Anessi.

Revu sur l'Autographe conservé aux Archives capitulaires de la cathédrale de Verceil (Piémont).

MXLVIII A MADAME DE PEYZIEU Souhaits, offre de services, encouragements à une dame infirme et âgée. Le moyen de rendre les langueurs salutaires et aimables.

Annecy, 28 février 1615.

Madame ma tres chere Mere, Mon cœur va visiter le vostre en l'infirmité de son pauvre cors (lettre 1043), et voudrois bien vous offrir quelques services dignes de l'humble et forte affection filiale que j'ay envers vous. Au moins, ne pouvant rien davantage , je vous donne tous les meilleurs souhaitz que mon ame me peut fournir, et les presente a la majesté de Nostre Seigneur, affin quil luy playse vous donner, avec la patience quil vous a departie il y a long tems, le doux et tres humble aggreement de vos travaux que les plus grans Saints ont eü des affin que, moissonnant beaucoup de merites en cette arriere sayson de vostre aage, vous vous treuvies riche devant sa divine face, quand vous la verrés. Ma tres chere Mere, croyes, je vous supplie, que mon ame vous ayme et honnore filialement, et que les foibles prieres que je pourray contribuer a vostre consolation ne vous seront point espargnees. Cependant, aymes moy bien aussi, et pendant vos maladies, tenes vous a l'ombre de la sainte Croix et voyes y souvent le pauvre Sauveur languissant. La, les maladies et langueurs sont salutaires et aymables, ou Dieu mesme nous a sauvés par ses langueurs (Is 53,4). Madame ma tres chere Mere, je suis Vostre plus humble filz et serviteur, FRANCs, E. de Geneve.

XXVIII febvrier 1615.

Si vous escrivies ou faysies sçavoir de vos nouvelles a ma chere seur madame de Grandmayson , pour Dieu, ma chere Mere, faites luy aussi sçavoir que je luy souhaite mille faveurs du Ciel et la cheris comme ma seur et fille tres aymee. Ayant despuis gaigné le tems de luy escrire, je l'ay fait. A Madame

[Madam]e de Pezieu.

A Thusy .

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly, au château de la Roche-Mailly (Sarthe).

MXLIX A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON D'où procèdent les découragements dans la vie spirituelle. - Il ne faut jamais s'arrêter dans le travail de la perfection. - Un précepte des Saints recommandé à la Mère de Chantal. - La présence du Saint-Sacrement, trésor de vie pour les maisons qui en jouissent.

Annecy, 1er ou 2 mars 1615

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Croyés moy, ma tres chere Mere, comme vous mesme: Dieu veut je ne sçai quoy de grand de nous.

Je vis les pleurs de ma pauvre Seur [Marie-Madeleine ,] et il me semble que toutes nos enfances ne procedent d'autre defaut que de celuy ci : c'est que nous oublions la maxime des Saintz, qui nous ont advertis que tous les jours nous devons estimer de commencer nostre avancement ou perfection ; et si nous pensions bien a cela, nous ne nous treuverions point estonnés de rencontrer de la misere en nous, ni dequoy retrancher. Il n'est jamais fait ; il faut tous-jours recommencer, et recommencer de bon cœur. Quand l'homme aura achevé, dit l'Escriture (Eccli 18,6), alhors il commencera. Ce que nous avons fait jusques a present est bon, mais ce que nous allons commencer sera meilleur; et quand nous l'aurons achevé, nous recommencerons une autre chose qui sera encor meilleure, et puis une autre, jusques a ce que nous sortirons de ce monde pour commencer une autre vie qui n'aura point de fin, parce que rien de mieux ne nous pourra arriver. Allés voir donq, ma chere Mere, s'il faut pleurer quand on treuve de la besoigne en son ame, et s'il faut avoir du courage pour tous-jours aller plus avant, puisqu'il ne faut jamais s'arrester, et s'il faut avoir de la resolution pour retrancher, puisqu'il faut mettre le rasoir jusques a la division de l'ame et de l'esprit, des nerfs et des tendons (He 4,12).

Certes, ma tres chere Mere, vous voyes que mon cœur et le vostre propre est plein de ce sentiment, puisqu'il verse ces paroles, quoy qu'il soit sans loysir et qu'il n'y eust pas pensé. Mais, ma tres chere Mere, observés donques bien le precepte des Saintz, qui tous ont adverti ceux qui le veulent devenir, de parler ou peu ou point de soy mesme et des choses qui sont nostres. Ne pensés pas que pour estre a Lion vous soyes dispensee du pacte que nous avons fait, que vous series sobre a parler de moy, comme de vous mesme. Si la gloire du Maistre ne le requiert en de certaines occurrences, n'en dites mot ; si elle le requiert, soyés courte et exacte observatrice de la simplicité. L'amour de nous mesme nous esblouit souvent : il faut avoir les yeux bien fermés pour n'estre pas deceuz a nous voir nous mesmes. C'est pourquoy le grand Apostre s'escrie (2 Co 10,18) : Celuy qui se recommande soy mesme n'est pas appreuvé, mais celuy que Dieu recommande.

Le bon Pere Granger parla bien, et le Saint Esprit luy en sçaura gré. Je suis bien ayse qu'en vostre ruche et au milieu de cet essaim nouveau, vous ayes vostre Roy, vostre miel et vostre Tout . La presence de cette sacree Humanité remplira toute vostre mayson de suavité, et c'est une grande consolation aux ames qui sont attentives a la for, d'avoir ce thresor de vie proche (note 778)……..

ML A LA MêME, A LYON Trois consolations dont le Saint a été gratifié au château de Sales. - Son attendrissement en voyant les pigeons faire place aux petits oiseaux et leur laisser pour leur repas des restes à suffisance.

Annecy, 5 mars 1615.

Je vous escrivis allant a Sales (lettre 1049), ma tres chere Mere ; et maintenant je vous escris a mon retour. J'y ay eu trois consolations, et vous seres bien ayse de les sçavoir, car ce qui me console vous console aussi comme moy mesme.

Premierement,ma chere petite senr , que je treuve tous-jours plus aymable et desireuse de devenir brave et devote.

Secondement, que hier, jour des Cendres, je fis ma matinee tout seul a la galerie et en la chappelle, ou j'eus une douce memoyre de nos aymables et desirables entretiens lhors de vostre confession generale ; mays il ne se peut dire quelles bonnes pensees et affections Dieu me donna sur ce sujet.

Troisiesmement, il avoit fort neigé, et la cour estoit couverte d'un grand pied de neige. Jean vint au milieu et balia certaine petite place emmi la neige, et jetta la de la graine a manger pour les pigeons, qui vindrent tous ensemble en ce refectoire la, prendre leur refection avec une paix et respect admirable ; et je m'amusay a les regarder. Vous ne sçauries croire la grande edification que ces petitz animaux me donnerent, car ilz ne dirent jamais un seul petit mot, et ceux qui eurent plus tost fait leur refection, s'envolerent la aupres pour attendre les autres. Et quand ilz eurent vuidé la moytié de la place, une quantité d'oysillons qui les regardoyent vindrent la autour d'eux; et tous les pigeons qui mangeoyent encor se retirerent en un coin, pour laisser la plus grand part de la place aux petitz oyseaux, qui vindrent aussi se mettre a table et manger, sans que jamais les pigeons les troublassent. J'admiray cette charité; car les pauvres pigeons avoyent si grand peur de fascher ces petitz oyseaux ausquelz ilz donnoyent l'aumosne, qu'ilz se tenoyent tous ramassés en un bout de la table. J'admiray la discretion de ces mendians, qui ne vindrent a l'aumosne que quand ilz virent que les pigeons estoyent sur la fin du repas et qu'il y avoit encor des restes a suffisance. En somme, je ne sceu m'empescher de venir aux larmes, de voir la charitable simplicité des colombes, et la confiance des petitz oyseaux en leur charité. Je ne sçai si un predicateur m'eust touché si vivement. Cette image de vertu me fit grand bien tout le jour.

Mais voyla qu'on me vient presser, ma tres chere Mere. Mon cœur vous entretient de ses pensees et mes pensees s'entretiennent le plus souvent de vostre cœur, qui est, certes, un mesme cœur avec le mien.

Dieu me favorise de beaucoup de consolations et saintes affections, par des clartés et sentimens qu'il respand en la superieure partie de mon ame; la partie inferieure n'y a point de part. Il en soit beni eternellement. Dieu, qui est l'ame de nostre cœur, ma tres chere Mere, nous veuille a jamais remplir de son saint amour. Amen.

Je fay ce que je puis pour le livre , Croyés que ce m'est un martyre bien grand de ne pouvoir gaigner le tems requis ; neanmoins j'avance fort, et croy que je tiendray parole a ma tres chere Mere.

Vous estes, ma tres chere Mere, toute pretieuse a mon cœur. Dieu nous rende de plus en plus tous siens. Je saluë nos cheres Seurs.

FRANçs. E. de Geneve.

Ce 2e jour de Caresme, 1615.

MLI AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON (INéDITE) Dispense de l'abstinence. - Une dénonciation effrontée contre un frère du Saint.

Annecy, 7 mars 1615.

Monsieur,

Je me res-jouis de tous vos contentemens pour vostre heureux retour et pour celuy de madame ma cousine , en attendant de recevoir le comble de cette joye par l'honneur de vostre veuë et de la sienne. Et tandis, vous pourres, Monsieur, et elle aussi, user des viandes convenables a vostre santé, selon que monsieur Burin vous aura dit, puisque son filz est venu sans l'attestation mentionnee, laquelle aussi n'estoit pas necessaire . J'avois, il y a quelques jours, la lettre ci jointe, mays je ne sçavois ou l'addresser. Cette seur-la en fin desire sa retraitte, et, comme elle m'escrit, elle ne la peut faire que par vostre secours. Elle vouloit mon intercession, mays je serois temeraire de l'employer pour une bonne seur envers un si bon frere. Monseigneur de Nemours a envoyé ces jours passés un gentilhomme pour solliciter promptement une information contre mon frere le chevalier , sur une effrontee imposture que l'on avoit faite contre luy, qui est encor tout malade. Rien ne me fasche en cela que la facilité avec laquelle ce Prince reçoit le rapport des gens de rien, pourveu qu'ilz soyent faitz contre ceux qui me sont quelque chose. Mais, la providence de Dieu en tirera du bien. Je la supplie de vous combler de prosperité, et suis, Monsieur, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

7 mars 1615, Annessi.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon,

Conseiller d'Estat de S. A., Gouverneur de Savoye, Commandant generalement deça les montz pour S. A. en l'absence de S. E.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MLII AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE La nuit et les œuvres de la nuit. - Pourquoi les princes sont tenus en conscience de ne pas recevoir sans examen les accusations. - Courageuse remontrance du saint Evêque au duc de Nemours.

Annecy, 9 mars 1615 .

Monseigneur, ………………………………………………………………………………..

La nuit est un mauvais tesmoin, et les voyages et œuvres de la nuit sont sujetz a de mauvaises rencontres, desquelles nul ne peut respondre. Mais ces pauvres gens de bien , qui estoyent revenus par la grace de Vostre Grandeur, preuveront qu'en ces nuitz la ilz estoyent ailleurs, et seroyent bien marris d'avoir ni cooperé, ni consenti a telles malices. Je n'ay point sceu d'autres insolences de leur part, parce qu'en verité ilz n'en ont point faittes.

Monseigneur, je supplie tres humblement Vostre Grandeur de me permettre la discrette liberté que mon office me donne envers tous. Les Papes, les Rois et les Princes sont sujetz a estre souvent deceuz par les accusations et rapportz. Ilz donnent quelquefois des rescritz qui sont emanés par obreption et surreption ; c'est pourquoy ilz les renvoyent a leurs cours, Senatz et Conseilz, affin que, parties ouyes, il soit advisé si la verité a esté teuë, ou la fauseté proposee par les impetrans, desquelz les belles qualités ne servent a rien pour exempter leurs accusations et narrés de l'examen convenable, sans lequel le monde, qui abonde en injustice, seroit tout a fait despourveu de justice. C'est pourquoy les Princes ne se peuvent pas dispenser de suivre cette methode, y estans obligés a peyne de la damnation eternelle. Vostre Grandeur a receu des accusations contre ces pauvres affiigés et contre mes freres . Elle a fait justement de les recevoir, si elle ne les a receuës que dans ses aureilles ; mais si elle les a receuës dans le cœur, elle me pardonnera si, estant non seulement son tres humble et tres fidele serviteur, mais encor son tres affectionné, quoy qu'indigne Pasteur, je luy dis qu'elle a offencé Dieu et est obligee de s'en repentir, voire mesme quand les accusations seroyent veritables ; car nulle sorte de parolle qui soit au prejudice du prochain ne doit estre creuë avant qu'elle soit preuvee, et elle ne peut estre preuvee que par l'examen, parties ouyes. Quicomque vous parle autrement, Monseigneur, trahit vostre ame.

Et que les accusateurs soyent tant dignes de foy que l'on voudra, mais si faut-il admettre les accusés a se defendre. Les grans Princes ne remettent jamais les places ni les charges qu'a des gens de foy et de confiance, mais ilz ne laissent pas d'estre fort souvent trompés, et ceux qui ont esté fideles hier peuvent estre infideles aujourd'huy; comme ceux qui ont accusé ces pauvres gens peuvent, par leurs deportemens precedens, avoir acquis la creance que Vostre Grandeur leur donne, laquelle ilz meritent de perdre dores-en-avant, puisqu'en abusant, ilz ont fait de si fauses accusations.

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MLIII A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Pourquoi François de Sales s'affligeait de la calomnie faite contre ses frères.- Une prédiction du saint Evêque.

Annecy, 9 mars 1615.

Estant de retour de Sales, ou j'estois allé passer les jours de carnaval, j'ay treuvé le retour de nos des-ja trop vielles tribulations , par la calomnie faite contre mes freres. Je me joüerois de tout cela, si ce n'estoit que je voy Monseigneur en cholere et indignation. Cela m'est insupportable, a moy qui ay tant d'inviolables affections a ce Prince, et duquel j'ay si doucement autrefois savouré la bonté. Tant de gens faillent, tuent, assassinent; tous ont leur refuge a cette clemence : mes freres ne mordent ni ne ruent, et ilz sont accablés de sa rigueur.

Quel mal leur fait-on, ni a vous, disent les meschans ? On nous ravit le bien le plus pretieux que nous ayons, qui est la bonne grace de nos Princes, et puis on dit : Quel mal vous fait-on ? Mon tres cher Frere, est il possible que Sa Grandeur m'ayme, qui, ce semble, prend playsir aux rapportz qu'on luy fait de mes freres, puisqu'il a des-ja treuvé que c'estoit ordinairement des impostures, et neanmoins il les reçoit, il les croit, il fait des demonstrations de tres particuliere indignation ?

C'est crime par tout le monde de haïr le prochain ; icy, c'est crime de l'aymer. Messieurs les Collateraux , gens hors de reproche, sont reprochés par authorité extraordinaire, seulement parce qu'ilz m'ayment de l'amour qui est deu a tous ceux de ma sorte. Certes, mon cher Frere, j'ay de la gloire d'estre aymé par vous et d'estre passionné pour vous ; mais puisque mon malheur est si grand, pour Dieu, ne disons plus mot des-ormais. Dieu et nos cœurs le sçachent seulement, et quelques uns dignes d'un secret d'amour.

Je vous envoye un double de la lettre que j'escris a Monseigneur (lettre 1052). Voyés si elle devra ou pourra estre donnee ; car, tout extremement passionné que je suis en cette occasion, je ne voudrois pas que Monseigneur se faschast, car en somme, je ne veux plus que vous couries fortune d'estre disgracié. Un jour viendra que de m'aymer ne sera plus reproche a personne, comme personne de ceux qui m'ayment particulierement ne merita jamais reproche.

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MLIV AU MêME (INéDITE) Protestation d'amitié.

Annecy, 9 mars 1615.

Monsieur mon Frere,

Ce porteur est une lettre vivante qui vous exprimera mieux que je ne puis faire sur ce papier, de quel cœur je vous honnore et cheris. Mays si faut il que j'en face icy une protestation, ne m'estant pas advis que je la puisse faire en trop de façons, puisque je suis sans fin, ni reserve quelcomque, . Monsieur mon cher Frere, Tout sincerement vostre, et vostre plus humble frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

IX mars 1615, Anessi.

A Monsieur Monsieur de Forax.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.

MLV A M. JEAN DE CHATILLON (L5, note 108)) Informations à prendre sur un ecclésiastique.

Annecy, 13 mars 1615.

Monsieur,

J'ay eu force plaintes du curé de Cervens par un certain homme du lieu, qui s'appelle, ce me semble, Pelliex . Je vous prie de sçavoir que c'est, et apres avoir parlé audit Pelliex, sil vous est advis quil soit a propos, je vous prie d'informer. Je sera y bien marry si ce pauvre homme est mauvais, mais sil l'est, il faudra pourtant le chastier, Je suis, Monsieur,

Vostre plus humble confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

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