Lettres (page 22)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XIII mars 1615, Annessi.

Monsieur de Chatillon.

Plebain de Thonon.

Revu sur une copie de l'Autographe appartenant à

M. de Salverte, à Paris.

MLVI AU PRINCE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE La ville d'Annecy mérite d'être exemptée des charges de guerre. - Le Saint demande au Cardinal de favoriser ce bon peuple.

Annecy, 15 mars 1615.

Monseigneur,

La ville d'Annessi recourt a la bonté de Son Altesse pour une gratification, laquelle ci devant luy avoit desja esté accordee, et de laquelle la continuation luy est dautant plus necessaire que ses incommodités ont pris beaucoup d'accroissement . Or, elle espere principalement en l'entremise de Vostre Altesse Serenissime, Monseigneur, pour obtenir ce soulagement; et je joins ma tres humble supplication a celle que son premier scindique presentera , affin quil plaise a la douceur de Vostre Altesse de favoriser ce pauvre bon peuple qui, avec moy, ne cesse point d'invoquer la divine Majesté sur la personne et les intentions de Son Altesse et de la Vostre, Monseigneur, delaquelle je suis Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

xv mars 1615, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MLVII A LA COMTESSE DE TOURNON La destinataire est priée de faire exonérer des impôts deux pauvres veuves réduites à la misère.

Annecy, 17 mars 1615.

Madame ma Cousine,

Ces deux vefves Beart, reduites a l'extremité d'une lamentable misere, avec dix ou douze enfans qu'elles ont, ont jetté leur esperance en vostre secours pour estre soulagees des tailles ; et, quoy que de ma vie je ne l'eusse veu (sic), ni eu aucune connoissance avec elles ni leurs familles, elles ont desiré mon intercession aupres de vous, pour obtenir plus aysement vostre entremise en cette occasion. Et par ce que leur intention, comme je pense, est fort juste et honneste, je n'ay sceu les esconduire; qui me fait vous supplier de les avoir en protection autant comme vous jugerés que vous puissies, sans vostre incommodité, les ayder et favoriser. Je pensois vous faire cette supplication en presence, selon l'esperance que monsieur vostre mari nous en avoit fait concevoir (note 788); mais puisque ce bien ne nous est pas arrivé, estant pressé par ces pauvres desolees, je fay cet office en cette sorte, et vous conjurant de me conserver vostre bienveuillance et celle de monsieur vostre mari, je me nomme, comme je suis et seray pour jamais : c'est, Madame, Vostre tres humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XVII mars 1615.

A Madame

Madame la Comtesse de Tornon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MLVIII A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON L'amour ne va pas toujours en ordre. - Pourquoi, même à Sainte-Claire, François de Sales, en parlant de saint Joseph, n'a pas eu la ferveur qui lui est habituelle à la Visitation. - Bonnes nouvelles de plusieurs Religieuses et de toute la Communauté.

Annecy, 19 mars 1615 .

Ma Seur Anne Jacqueline , qui est icy et qui me vient de bayser la main de vostre part, veut que je commence cette lettre par sa salutation. Et je le veux bien, ma tres chere Mere, car l'amour ne va pas tous-jours en ordre ; autrement, Nostre Seigneur eust commencé le soin qu'il eut en sa Passion, par sa Mere et son bienaymé saint Jean, dont je viens de parler a Sainte Claire sur le sujet de nostre grand saint Joseph, duquel j'ay fait le sermon et dit bien de bonnes choses, mais non pas avec la ferveur que j'ay tous-jours en parlant de cet admirable Papa de nostre Maistre. M. Michel m'a dit en sortant, que je n'avois presque jamais mon esprit la comme a la Visitation. Helas ! ce n'est pas que je n'aye de fort bons desirs de bien servir cette bonne compaignie de servantes de Dieu; mais il faut que la divine Providence, qui m'a dedié a nostre chere Congregation, me donne quelques particuliers mouvemens quand je la sers. O que Dieu est admirable, ma tres chere Mere, et que nous sommes bien heureux d'avoir un grand desir de le servir !

Ce matin, en revenant du sermon, j'ay veu ma Seur Marie Magdeleine , que je n'avois encor pas saluee de vostre part. Elle m'a fait une grande feste et, en peu de paroles, elle m'a fort contenté, me disant qu'elle vouloit devenir une femme forte et de courage, contre tous ces petitz attendrissemens sur elle mesme dont elle est souvent touchee (note 775).

J'ay aussi veu la petite Seur Paule Hieronyme , qui a receu une joye incroyable de vostre salutation et a dit qu'elle estoit nostre Eustochium . Nostre Assistante fait bien aussi. En somme, (note 812) je me contente bien de toute cette chere trouppe, que j'iray entretenir en commun l'un des jours de la semaine prochaine, puisque ma Mere me l'a ordonné, au rapport de ma Seur Jeanne Charlotte .

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MLIX A MADAME DE PEYZIEU Souhaits de pieuse affection. - La fièvre amoureuse du Sauveur capable d'adoucir la fièvre corporelle. - Promesse de prières.

Annecy, [mars 1615 .]

C'est avec peu de paroles, mays avec une extreme affection, que mon cœur salue le vostre, ma tres chere Mere. He! Dieu, qui se plaist a tesmoigner sa vertu et sa force en nos infirmites (2 Co 12,9), soit a jamais au milieu de vostre ame pour la tenir enflammee de ce saint amour celeste; qu'il arde emmi les espines et les brusle sans les consumer (Ex 3,2), affin que l'ardeur de cette fievre amoureuse du Sauveur vous rende douce la fievre ou les restes de la fievre douloureuse que vous aves tant souffert. Je n'oublie jamais de faire des souhaitz pour cela quand je suis a l'autel ; aussi, suis je tant oblige a la sainte amitie qu'il vous plaist me porter, que je ne sçaurois jamais perdre la souvenance de ce devoir. La grace, paix et consolation du Saint Esprit soit tous-jours avec vous (Rm 1,7 ; 1 Co 1,3), ma tres chere Mere, et au milieu de vostre famille. Je suis

Vostre bien humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MLX A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON La préoccupation d'un écrivain " embesoigné ". - Une consultation du médecin de la Sainte. - Précautions épistolaires suggérées par la charité. - Les sorties, et l'autorité du Père spirituel du Monastère. - Confesseurs de dévotion et confesseurs extraordinaires.

Annecy, fin mars ou commencement d'avril 1615.

VIVE + JESUS Quoy que ce soit par nostre M. de Medio que je vous escris, ma tres chere Mere, si est ce que je vous escris sans loysir et avec empressement, car sçachés que je ne pensois pas qu'il partist si tost; et outre cela, je suis tellement embesoigné du livre , que tout le tems que je puis gaigner bonnement, je l'employe la. Si qu'ayant attendu jusques a cette heure, je me treuve bien en peyne ; car je voudrois vous escrire une grande lettre, et je ne sçai si je pourray. Je m'en vay dire en desordre tout ce que je treuveray devant mon esprit sur le sujet de vos trois lettres : l'une, receuë par voye de Chamberi, l'autre par M. de Medio, la troysiesme par le sire Pierre . 1. M. Grandis consent que vous laissies fermer vostre caustique de la teste, pourveu qu'une semaine devant vous prenies une dose ordinaire de vos syrops. 2. Il est requis que vous mangies des œufz, et n'y a personne, ce croy-je, qui s'en puisse maledifier.

3. Voyés-vous, ma tres chere Mere, quand je vay voir nos filles

, il leur vient de petites envies de sçavoir de vos nouvelles par moy, et si je leur pouvois monstrer de vos lettres, cela les contenteroit grandement. C'est pourquoy, je vous demande ainsy des feuilles que je leur puisse monstrer, et a M. de Thorens et au neveu . Or, quant a ma niece de Brechard , elle sçait bien que je suis vous mesme, car elle a veu des billetz qui contiennent cette verité la ; mays pourtant, je ne luy ay pas voulu monstrer ces trois dernières lettres, ni en tout, ni en partie. Mais de ce point, faites vos commodités tout a vostre gré, car je ne feray rien que bien a propos. 4. Dedans les billetz de salutations, quand vous m'en escrires, il ne faut pas me dire : " mon Pere, mon amy, " car je les veux pouvoir monstrer pour la consolation de ceux que vous salueres.

5. Je louë Dieu de vostre accoisement et dequoy vous estes hors de doute que l'orayson de simple remise en Dieu ne soit extremement sainte et salutaire. O ma chere Mere, ma Fille, il n'en faut jamais douter ; il y a si long tems que nous l'avons examinee, et tous-jours nous avons treuvé que Dieu vous vouloit en cette maniere de prier. Il n'y faut donq plus autre chose que continuer doucement.

6. Certes, en ces grandes villes, je ne voudrois pas ouvrir la porte aux visites des parens malades, pour en faire des sorties ordinaires ; et si elles sont extraordinaires, au moins faut il que le Pere spirituel sçache la necessité qu'il y a, comme aussi pour aller voir un monastere de filles, quand on en seroit recherché . Mays je voudrois que l'obligation de le faire sçavoir au Pere spirituel ne tendist qu'a luy faire pourvoir aux circonstances des sorties et a la bienseance, combien [que,] si quelque accident inopiné ne surprenoit, je pense que ces visites de parens ne se devroyent faire que sur une deliberation prise en Chapitre. C'est a dire, si un pere, si un frere desiroit d'estre visité, je voudrois que, selon la grandeur de la maladie, la distance du lieu, la qualité de la mayson, on advisast si on devra plusieurs fois visiter, si avec service et assistance, si en carrosse, ou en tems qu'on ne rencontre pas des gens, si c'est une mayson ou il y ayt grand abord, ou une mayson de devotion, et ainsy du reste. Mays nous y penserons encor mieux.

7. Ceux avec lesquelz on confere ou on se confesse ainsy quelquefois par occasion ou rencontre, ne sont ni confesseurs ordinaires ni extraordinaires, mais confesseurs de devotion : or, estans gens qualifiés, il n'est pas besoin de demander licence. On appelle confesseurs extraordinaires ceux qui, en certain tems, comme quatre ou cinq fois l'annee, viennent ; mais ceux de devotion ne viennent que par rencontre.

8. Je n'entens pas ce que vous me demandes quand vous me dites que je vous envoye une copie de l'establissement, auquel il faudra specifier les sorties .

9. Le P. Recteur seroit excellent pour confesseur [extraordinaire] . ……………………………………………………………………………

MLXI A M. BéNIGNE MILLETOT Soulèvement d'une paroisse qui refuse une partie de la dîme au Chapitre de Genève. - Pourquoi le saint Evêque voudrait et ne voudrait pas châtier la mutinerie. - Les femmes de Seyssel. - Il faut ramener les délinquants au devoir.

Annecy, [mars-avril 1615 .]

Monsieur mon Frere,

Il faut que je vous parle a cœur ouvert, car a qui donq ? Despuis que je suis en cette charge d'Evesque, rien ne m'est arrivé qui m'ayt tant affligé que ce mouvement fait ces jours passés par les scindiques et plusieurs des habitans de Sessel, contre la pieté et la justice. Ilz ont despuis peu un proces avec mon Chapitre, a rayson des dismes qu'ilz pretendent ne devoir payer quant au blé, que de trente gerbes l'une, et quant au vin, de soixante charges l'une . J'ay tasché de tout mon pouvoir d'accommoder ce differend a l'amiable, mays il n'y a jamais eu moyen, ces bons habitans ne voulant subir ni sentences ni expediens, sinon que l'on face a leur volonté. Pendant ce proces, ilz ont estimé que la force leur seroit plus favorable que la justice, et, apres plusieurs menaces, ont fait ce que le sieur lieutenant de Belley aura, je m'asseure, remonstré. Si je ne me trompe, il y a eu un extreme mespris du devoir que l'on a aux magistratz, et une trop furieuse passion contre les curés et ecclesiastiques.

Je suis donq affligé si cette violence n'est reprimee, car elle croistroit tous les jours davantage ; d'ailleurs, je suis aussi affligé si on chastie cette mutinerie, parce que les mutins sont mes diocesains et enfans spirituelz. Toutes choses bien considerees, je desire le second, d'autant qu'en fin il faut un peu d'affliction aux enfans a ce qu'ilz se corrigent, puisque les remonstrances n'ont servi de rien, et vaut mieux que je pleure leur tribulation temporelle que s'ilz se precipitoyent en l'eternelle. Tout plein de bons personnages de ces lieux-la sont marris de ce soulevement; ilz n'ont peu toutefois arrester le torrent de ce desordre. Or, forcé de mon devoir, j'envoye ces deux porteurs, qui ont esté plus que tesmoins oculaires de ce fait, sur tout monsieur Roget , doüé d'une incomparable probité et predicateur fort capable, contre lequel ilz esmeurent les femmes, affin de le faire jetter dans le Rhosne par ce sexe facile a s'esmouvoir, comme s'il eust parlé contre l'honneur de toutes. Dequoy s'excusant : " Helas ! " dit-il, " j'avois si grande peur parmi ces gens, que, quand j'eusse parlé mal toute ma vie, je me fusse bien teu alhors. "

En somme, il me semble que cette insolence est trop publique pour estre dissimulee, trop fascheuse pour demeurer impunie, trop dangereuse pour n'estre pas reprimee. Me remettant neanmoins entierement a vostre prudence, je vous supplie seulement qu'il vous plaise, Monsieur mon Frere, me favoriser, a ce que mon Eglise subsiste en ses droitz et que des-ormais ces gens la demeurent en devoir.

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MLXII A MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR ( INéDITE) Affectueux bonsoir à la destinataire dont la visite est très désirée par le Saint.6 Assurance qu'un service promis sera rendu.

Annecy, 7 avril 1615.

Ma tres chere Seur,

En attendant de jouir du contentement de vostre veüe, je vous escris ce petit mot, pour vous saluer de tout ce cœur que vous sçaves bien estre tout vostre, et pour dire a mon frere , que monsieur le premier President m'a escrit quil fera l'office et espere qu'il reuscira ainsy que je le luy avois proposé, selon que mon frere m'avoit dit. Je vous donne donq le bonsoir a tous deux, et suis, Ma chere Fille, Vostre plus humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

7 avril 1615, Anessi.

Mays voyes vous, je vous attens fort affectionnement, comme ma chere unique seur, ma fille. A Madame

Madame de Mayrens.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le marquis de Virieu, à Virieu-sur-la-Bourbre !Isère).

MLXIII A LA MERE DE CHANTAL, A LYON (INéDITE) Les distractions en l'oraison. - Sainte affection du Bienheureux pour l'âme de sa chère fille spirituelle. - Nouvelles de plusieurs Religieuses de l'abbaye de Sainte Catherine et de la Visitation. - Salutations particulières.

Annecy, 9 avril 1615.

VIVE JESUS

Hier, a mon retour de Sainte Catherine , environ les huit [heures de la nuit, je sus que le sire] Pierre partoit ce matin. Ma tres chere Mere, quel moyen de vous escrire a souhait ? Mays c'est bien asses que je salue vostre cœur maternel comme le mien propre) avec le plus grand et le plus solide amour qui puisse estre.

Vous ne me dites tous-jours rien de vostre santé. Et pour mon pauvre cher esprit, qui est un peu travaillé de distractions en l'orayson, que luy diray-je, sinon quil se garde bien des empressemens, quil se tienne fort en la confiance de son Dieu, qu'il se repose en sa providence pour toutes choses, acquiesçant doucement aux evenemens ; et puis, si les distractions nous tracassent, ce sera l'un des evenemens quil faudra recevoir, non pour le nourrir, mais pour le souffrir doucement. Ma tres chere Mere, aymes tous-jours bien vostre pauvre chere ame que j'ay, car j'ayme sans mesure, sans fin, hors de toute comparayson et au dessus de tout ce qui s'en peut dire, ma tres chere ame que vous aves : c'est a dire, aymons bien cette tres unique ame et vie quil a pleu a Dieu de nous donner pour son service.

La pauvre fille Vignoz vous salue tant et si cordialement, et la petite Ballon . Nous faysons cette semaine deux confessions generales : de ma Seur Marie Marguerite et de ma Seur Anne Françoise . Puys a loysir, ma Seur [Françoise-Gabrielle] veut faire la sienne ; mais pour celle ci, il ny a rien qui presse, de sorte que ce sera peut estre seulement bien avant dans l'esté.

Je vous escrivis samedi par Chambery et ce dimanche par Sessel. Or, bon jour, ma tres chere Mere, car il faut donner cette lettre. Dieu soit a jamais nostre amour. Amen.

Mille salutations a nos cheres Seurs qui sont la et, ma tres chere Mere, un peu bien cherement et tendrement a ma chere fille de Chatel , qui sçait bien que je l'ayme, et ma chere Seur de Blonnay , qui est ma fille, et a la pauvre grande fille Jeanne Marie Elizabeth , qui est bien avant dans mon cœur, qui est le vostre propre, ma tres chere, Mere…………..[Dieu ] vous benisse eternellement. Amen

IX avril 1615.

A Madame

Madame de Chantal,

Superieure de la Visitation. A Lion.

Revu sur l'Autographe conservé à Florence, au Conservatoire de Saint-François de Sales.

MLXIV A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET EVEQUE DE MONTPELLIER (INéDITB) Entremise du Saint pour faire rentrer en grâce auprès du destinataire un parent qui l'avait offensé. - Remerciements pour l'offrande d'un opuscule. - Portrait du jeune Louis des Hayes. - Eloge des Pères Barnabites.

Annecy, 12 avril 1615.

Monseigneur,

Je sçai combien est juste le ressentiment d'indignation que vous aves eu contre le sieur de Barraux , et le cœur m'en a fait grand mal, ne m'estant peu tenir de luy en faire la correction et tesmoigner que j'avois part au desplaysir quil vous avoit donné, dautant plus que je m'estois res-joui dequoy il avoit espousé une damoyselle qui est ma parente , sur lhonneur quil a d'estre le vostre si proche. Or, le voyci maintenant, Monseigneur, quil prend cette sayson de repentance et d'absolution a son advantage , et me demande mon entremise pour vous annoncer son regret de vous avoir tant ennuyé, et vous supplier de le recevoir en grace. Tout, comme je pense, favorisera son desir : le tems escoulé, qui luy a donné le loysir de se bien repentir ; le tems qui coule, auquel on ne refuse guere le pardon, mesme aux plus perfides ennemis ; le bon advocat qu'il employe et avec lequel il va recourir a vostre bonté Que si j'osois, j'adjousterois encor mon intercession, que vostre extreme bienveuillance envers moy rend hardie et forte, et en fin, la sousmission quil fait, ne desirant sa reconciliation aupres de vous que pour accoyser les remors quil a de vous avoir desagreé, et recouvrer lhonneur le plus pretieux quil ayt en ce monde, qui est d'estre advoüé de vous vostre tres humble serviteur.

Vous feres donq, je m'asseure, encor ce coup selon vostre bonté, laquelle je remercie tres humblement de la faveur quil vous pleut me faire, passant a Lion , m'ayant fait part de la belle Remonstrance contre les duelz , que je prie Dieu vous rendre autant efficace comme les merites de la cause et de celuy qui l'a playdee le requierent.

Nostre jeune M. des Hayes est icy tout apprivoysé avec le college . Il est fort gentil, l'esprit vif et qui ayme tendrement la sainte liberté quil a apprise parmi les pages ; mais on tasche de luy en faire gouster un'autre un peu plus sainte et, petit a petit, on y proffite parce quil est bon enfant. Et comme pourroit il autrement, estant filz de tels pere et mere ? Certes, nos bons Barnabites sont braves gens, doux plus qu'on ne sçauroit dire, condescendans, humbles et gracieux outre la mesure ordinaire de leur païs.

Vous sçaures toutes nouvelles a l'abord de monsieur Portier , et vous sçaves que nous sommes icy hors de commerce. Je suis sans fin, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

12 avril 1615.

A Monseigneur

Monseigneur le Rme Evesque de Monpelier.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montpellier.

MLXV A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON L'affaire de Mme des Gouffiers. - Ne pas recevoir les postulantes avant l'age requis. - Pourquoi la Mère de Chantal pouvait répondre hardiment pour le Saint. - Avis sur les sorties extraordinaires. - Trois hôtesses du Monastère d'Annecy. - Un sermon de deux heures et demie.

Annecy, 18 avril 1615.

Pensés comme je vous escris, ma tres chere Mere. Hier, jour de la mort de nostre Vie , au retour des Tenebres, je treuvay vos lettres ; ce matin, jour de la sepulture, tout en allant faire les Ordres pour sept a huit personnes de qualité , en nostre chappelle de la Visitation. Pour ma tres chere Seur Marie Jeanne Elizabeth , je ne desappreuve pas son voyage, ni ne l'appreuve ; mais il seroit utile que je commette quelqu'un pour ouyr les tesmoins et recevoir authentiquement leurs depositions, et non seulement les tesmoins, mays Madame du Paraclet et ses Religieuses. Or, il faut que je face cela avec conseil et beaucoup de soin. Ce pendant, nous penserons s'il sera expedient qu'elle mesme y aille ; il faut en tenir secrette la deliberation.

Si Monseigneur l'Archevesque veut, on pourra bien dispenser pour l'aage en la reception de ces damoyselles , en la contemplation des meres, qui pourront tenir place d'une partie de la resolution que l'aage ne permet pas aux filles. En somme, il faudra fort condescendre aux volontés de Monseigneur l'Archevesque, pourveu que l'on treuve moyen d'eviter la consequence ; car c'est une regle tres salutaire que celle la, de ne recevoir point avant l'aage competent, pour oster toute excuse au repentir, s'il en venoit .

Toutes ces ames seront bonnes, si elles sont courageuses, et Mme Colin et tout. Mays, pour me charger de soin quelcomque d'affaires, helas ! vous sçaves comme moy mesme quel homme je suis pour cela : c'est a dire, que je ne suis pas homme pour cela. Vous pouves tous-jours respondre pour moy sans scrupule, car il se treuvera tous-jours que ce sera moy qui auray respondu. Vous estes, et d'esprit, et de volonté, et de tout, une mesme chose avec moy; vous sçaves ce que je puis, que je veux et que je souhaitte. Ne me renvoyés donq rien, mais respondes hardiment. On peut faire venir les damoyselles des Capucins pour essayer, et estant treuvees propres, ne les point renvoyer ; car il n'y a pas grand hazard de les tenir en leur ha bit .

Monseigneur l'Archevesque venant, humiliés vous fort cordialement pour moy comme moy mesme, et l'asseurés fort de l'estime, amour et reverence que j'ay a sa personne. Prenés garde a retenir la liberté des sorties extraor dinaires : entre lesquelles, les Jubilés, la visite des proches malades, ouy mesme de quelques signalés bienfacteurs ou grand amy de la Mayson, et mesme de quelque sermon, comme celuy de la Passion, doivent, ce me semble, estre reservees, et toutes autres occasions esquelles la Communauté des Seurs, avec l'advis du Pere spirituel, treuveront que ce seroit a propos (note 830) ; car il faut reduire la prattique des sorties a la seule bienseance et modestie que la Religion, jointe a la condition du sujet, requiert, car ainsy en fait on es Congregations d'Italie .

Helas, ma chere Mere, il faut que je finisse. Nos Seurs ne sçavent pas que j'escris, car c'est par la voye de Chamberi. Elles ont madame de Chasteaufort , madame la Baronne de Chastelard et madame de la Flechere, la vefve ; troys bonnes et braves hostesses, dont la premiere parle fort de revenir un jour du tout, et l'autre est mariee, mais une perle. Son mary est filz du Baron de la Serraz ; fille de madame Mont Saint Jean . Hier, je fis le sermon de la Passion en deux heures et demie; nos hommes disent que c'est chose extraordinaire.

Ma tres chere Mere, j'ay tant prié Dieu pour vous, et le feray encor ; tout m'annonce le bien de nostre indivisible unité. 0 Seigneur Jesus, vivés a jamais, regnés et a jamais soyes beni dans nostre unique cœur. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

A Madame de Chantal,

Superieure de la Visitation. A Lion.

MLXVI A LA MêME, A LYON (FRAGMENT) De la réception des prétendantes. - Les sorties extraordinaires et pour quelles visites il faut les permettre.

Annecy, [18 avril] 1615 .

.…………………………………………………… qu'on ne reçoive pas avant l'aage (note 870). Quant a celles que les Peres Capucins presentent (note 873), il y a moins de hazard, parce qu'on en sera quitte les gardant quelque tems en leurs habitz mondains ; et cela tiendra lieu de premiere veuë. Je disois, quant aux sorties extraordinaires (notes 829, 874), qu'il y failloit enfermer les visites des proches parens malades de maladies de consequence ; la visite des eglises es Jubiles generaux, et de venir a certains sermons celebres, comme de la Passion, et toutes autres occurrences que la Congregation des Seurs, avec l'advis du Pere spirituel, jugeroyent dignes de sortir pour quelques insignes charites, comme d'aller visiter quelque insigne bienfactrice et amie. …………………………………………………………………….

MLXVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Faut-il rechercher la cause de nos sécheresses? - Pourquoi Dieu les envoie. A quoi servent quelquefois les séparations.

Annecy, 19-21 avril 1615 .

Ma tres chere Fille,

Je vous escris tout vistement parmi les aymables empeschemens de ces saintes festes. Il ne faut pas s'amuser beaucoup a la recherche de la cause de nos secheresses et sterilités, car nous ne sçaurions la deviner; il suffit de nous humilier beaucoup et acquiescer a ce travail, soit que Nostre Seigneur l'ayt envoyé pour nous chastier de quelque defaut, soit qu'il l'art envoyé pour nous espreuver et rendre plus purement siens. Je n'ay pas receu des il y a quelque tems aucune lettre pour nostre Mere, pour vostre part ; j'en attens des siennes aujourdhuy. J'eusse bien desiré que madame de Chasteaufort eust un peu joüi de vostre conversation ; mais puisqu'il ne se peut bonnement, elle s'entretiendra avec ces bonnes Seurs, et encor plus avec Nostre Seigneur, que j'espere luy estre propice, puisqu'il luy a donné le cœur qu'elle tesmoigne. O qu'il est quelquefois bon d'estre affligé pour estre consolé, d'estre privé de ce que l'on ayme pour treuver ce que l'on doit aymer ! Je resalüe tres affectionnement la chere niece , et suis tres parfaitement tout vostre, ma tres chere Fille, tres veritablement bienaymee. Vive Jesus !

F" E. de G,

A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée au 1er Monastère de la Visitation d'Annecy,

MLXVIII

A UNE DAME Le double avantage qu'on retire souvent de certaines maladies. - Dieu n'abandonne jamais le premier l'âme qu'il a d'abord attirée à lui.

Annecy, 26 avril 1615.

Madame,

J'ay sceu vostre maladie, et n'ay pas oublié de rendre le devoir que j'ay a une si chere fille. Si Dieu a exaucé mes vœux, vous releveres avec un grand accroissement de santé, et sur tout de sainteté ; car souvent on sort de telz accidens avec ce double advantage, la fievre dissipant les mauvaises humeurs du cors, et espurant celles du cœur, en qualité de tribulation provenante de la main de Dieu, Ce n'est pas que je vous appelle sainte quand je vous parle d'accroissement de sainteté en vous ; non certes, ma tres chere Fille, car il n'appartient pas a mon cœur de flatter le vostre. Mays, encor que vous ne soyes pas sainte, vos bons desirs sont saintz, je le sçay bien, et je souhaite qu'ilz deviennent si grans, qu'en fin ilz se convertissent en parfaitte devotion, en douceur, patience et humilité. Remplisses tout vostre cœur de courage, et vostre courage de confiance en Dieu ; car Celuy qui vous a donné les premiers attraitz de son amour sacré ne vous abandonnera jamais, si vous ne l'abandonnes jamais. Dequoy je le supplie de tout mon cœur, et suis sans fin,

Vostre plus humble serviteur,

ma tres chere Fille, et a monsieur vostre mary, que je viens de voir presentement.

FRANçs, E. de Geneve.

Ce 26 avril 1615.

MLXIX A MADAME DE PEYZIEU La santé du corps et la santé de l'âme vont souvent en mouvement contraire. - La maladie purifie le cœur. - Quel est le plus excellent sacrifice qu'on puisse faire, au temps de la vieillesse et des infirmités.

Annecy, [vers la fin d'avril 1615 .]

Bien que ce laquay aille expres, ma chere Mere, si est ce qu'il part en un tems auquel je suis fort pressé. Cette bonne dame m'a dit de vostre part ce que vous luy aves confié, et je loüe Dieu qu'il vous ayt donné des nouvelles affections avec cette nouvelle santé. Mais il faut bien prendre garde, ma tres chere Fille, ma Mere, que le cors et l'esprit vont souvent en contraire mouvement, et a mesure que l'un s'affoiblit, l'autre se fortifie, et quand l'un se fortifie, l'autre s'affoiblit; mays, puisque l'esprit doit regner, quand nous voyons qu'il a pris ses forces, il le faut tellement secourir et establir, qu'il demeure tous-jours le plus fort. Sans doute, ma tres chere Mere, puisque les maladies sont comme des coupelles, il faut bien que nostre cœur en sorte plus pur et que nous devenions plus fortz parmi les infirmités (2 Co 12,9).

Or, quant a vous, je m'imagine que des-ormais l'aage et la petitesse de vostre complexion vous tiendront souvent alangourie et foible ; c'est pourquoy je vous conseille de vous fort exercer en l'amour de la tres aymable volonté de Dieu et en l'abnegation des contentemens exterieurs et en la douceur parmi les amertumes. Ce sera le plus excellent sacrifice que vous puissies faire. Tenés bon, et prattiques non seulement l'amour solide, mays l'amour tendre, doux et suave envers ceux qui sont autour de vous. Ce que je dis par l'experience que j'ay, que l'infirmité, ne nous ostant pas la. charité, nous oste neanmoins la suavité envers le prochain, si nous ne sommes fort sur nos gardes.

Ma tres chere Mere, je vous souhaite le comble de la sainte perfection es entrailles de Jesus Christ. Je demeure pour jamais vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MLXX A M. ANTOINE DES HAYES L'Evêque de Genève s'excuse de ne pouvoir accepter une proposition qui l'obligerait à résider en France. - Remerciements pour des services rendus. - Privilèges et privilèges. - Qualités et défauts de Louis des Hayes. - Une de ses réponses; son affection pour le Saint. - Nouvelles militaires.

Annecy, 3 mai 1615.

Monsieur,

Je respons donq a part a vostre lettre du I0 avril, que je receus avanthier, 1er de may, et n'ay rien presque a dire en celle ci sur ce sujet la ; car je parle tout a la bonne foy, et ne puis croire que l'on voulust me retirer de dela qu'avec la bienseance, sans laquelle je ne puis ni veux y aller , puisque je ne pourrois le vouloir sans offencer Dieu et perdre ma reputation, de laquelle pourtant, en tout cas, mais en celuy la particulierement, j'aurois tant de necessité. Vous sçaves bien, Monsieur, qu'il faut plus de sujet pour faire remuer les vielles gens que les jeunes, et que les vieux chiens ne prennent jamais le change qu'avec advantage.

Au bout de la, je suis en verité si peu de chose, que je ne suis pas mesme sans honte de voir l'honneur auquel, vous, Monsieur, et celuy qui vous a fait la proposition, aves pensé pour moy. Je croy que vous jugeres bien que je ne puis point faire d'autre responce a une proposition si generale.

Maintenant, je respons a deux autres lettres que je receus le mois passé, et tous-jours obligé de vous remercier, puisque tous-jours vous ne cesses de m'obliger. Je vous remercie donq tres humblement de l'expedition de madame de Gouffier , et de celle du petit benefice uni a mon Chapitre , vous conjurant, Monsieur, de me faire sçavoir la despense que vous aures fournie pour l'un et l'autre, affin que j'aye tous-jours la confiance de me prevaloir de vostre courtoyse entremise es occurrences, laquelle, certes, je n'oserois plus employer si elle vous devoit estre onereuse en autre chose qu'en vostre peyne et vostre soin.

Je vous remercie encor, Monsieur, de la peyne qu'il vous a pleu de prendre pour sçavoir si je pourrois obtenir un Privilege pour l'impression de ces petites besoignes que je pourrois faire dores-en-avant; et puisque M. le Chancelier ne treuve pas a propos de me l'accorder sinon pour le libraire que je luy nommeray, il me semble que je dois laisser ce soin la au libraire mesme, qui obtiendra le Privilege pour soy a l'accoustumee . Mays je serois marry que M. le Chancelier creust que j'eusse voulu tirer consequence du grand Cardinal du Perron a moy, qui serois, certes, un temeraire scandaleux si je pensois m'apparier en privilege a cet homme sans pair en doctrine, eloquence et merite . Aussi n'a-ce pas esté sur ses livres que ce desir m'estoit venu, mays sur des autres, comme par exemple, de M. Valladier, qui a fait imprimer l'an passé ses Sermons sous un tel Privilege , et de plusieurs autres; qui m'a fait estimer que ce n'estoit pas un Privilege tant special. Mais puisqu'il l'est, je ne le desire plus.

Reste nostre filz qui, en verité, a un cœur fort bon et l'esprit encor meilleur ; mais, comme vous le dites, Monsieur, il est un peu friand et brillant, et pour cela nous tascherons de l'occuper fort. Il va en classe et pense monter, a la saint Remy, a la seconde. Il va commencer a apprendre l'escriture d'un brave maistre que nous avons icy. Les Peres n'ont pas encor esté d'advis qu'on le mist aux mathematiques de quelques moys, et j'avois treuvé un de nos chanoines qui l'eust fort volontier enseigné. Le Dimanche de Quasimodo, il monta en chaire pour reciter un poëme heroïque de la Resurrection de Nostre Seigneur. Il ne se peut dire de quelle grace, avec quelle asseurance, avec quelle beauté d'action il prononça cette besoigne. Je luy dis apres, qu'il avoit parlé avec beaucoup de hardiesse, et il me respondit qu'il ne failloit pas craindre en bien faysant. Au demeurant, il m'ayme et me respecte extremement, avec une crainte infinie de me fascher, et je croy que je mesnage bien ce talent avec luy ; de le tenir trop serré, cela luy nuiroit. Il commence a prendre un peu de sentiment de reputation, qui luy sera utile, car les remonstrances qu'on luy fait de la part de l'honneur le touchent. Je suis marri que nostre College n'est encor pas en si bon terme comme la bonté et suffisance de ces Peres qui le gouvernent maintenant nous promet qu'il sera bien tost. Mays puisque nous aurons l'honneur de vous voir dans quelque tems, nous parlerons un peu ensemble de tout ce qui est requis pour la bonne conduitte de ce cher enfant, qui est fort aymable et qui reuscira, comme j'espere, extremement bien. Et sans doute, ça esté une vraye inspiration celeste qui vous donna la resolution de le remettre un peu aux Lettres, car la vivacité de son esprit l'eust mis en grand danger en cette autre profession , pendant ces deux ou troys ans.

Son Altesse a battu ces jours passés les Espagnolz, mais non pas avec grande effusion de sang . Il suffit qu'en ces trois ou quatre petites rencontres, Dieu a tousjours favorisé la cause du plus foible ; je pense que c'est pour advertir le plus fort de n'estre pas si vigoureux. Je suis trop long, mays pardonnés au playsir que j'ay de vous parler en la façon que je puis. Je prie Dieu qu'il vous comble de prosperités, et suis, Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 3 may 1615.

A Monsieur

[Monsieur] des Hayes, Maistre d'hostel du Roy,

Baillif et Gouverneur de Montargis.

MLXXI A DOM JEAN DE SAINT-MALACHIE OBRY, FEUILLANT Amitié du Saint pour les religieux Feuillants. - Affectueuse mention de Mme Brûlart. - Dévotion de François de Sales à saint Bernard. - Nouvelles de la Visitation.

Annecy, 5 mai 1615.

Mon Reverend Pere,

J'ay mille remerciemens a vous faire des deux lettres que j'ay receuës de vous et que j'ay leuës avec un'incroyable consolation, selon l'inclination que Dieu m'a donnee a l'honneur du glorieux Saint duquel vous habites le lieu natal et l'affection que j'ay a vos merites.

J'ay bien desir de sçavoir que sera devenue cette damoyselle muette ; car on m'a dit qu'elle estoit retombee a son premier accident . Ce porteur, gentilhomme de marque, est mon parent , et je le pourray bien sçavoir par son retour.

Le Pere Dom Henry, Prieur de vostre Monastere de Chambery , est icy, qui prescha hier a la Visitation. J'ay eu desplaysir de ne luy avoir peu rendre l'office d'hospitalité, comme [vous] sçaves que je fay volontier a ceux de vostre compagnie.

Je suis bien ayse de l'edification que madame la premiere Presidente donne. C'est, a la verité, une fille que je cheris fort, et qui m'a bien donné de la consolation des il y a dix ans que Dieu voulut qu'elle prist confiance en mon ame ; quand vous la verres, je vous prie de la salüer. Mais sur tout, salués quelquefois le filz de la mayson en laquelle vous estes , et luy demandés son intercession pour la pureté de mon miserable esprit, le suppliant qu'il implore la misericorde de sa chere Maistresse et Mere de Dieu sur ma vie et sur ma mort.

Nostre Visitation croist " en nombre et merite." Madame de Chantal est a Lion, avec madame Favre, madame de Chastel et madame de Blonay, pour l'erection d'une Mayson que Monseigneur de Lyon y a desiree. Je suis, mon Reverend Pere, d'un cœur tout particulier, Vostre tres humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

D'Annessi, ce 5 may 1615.

Au Reverend Pere en Nostre Seigneur,

Dom Jean de St Malachie, Religieux Feuillantin,

Superieur du Monastere de St Bernard. A Fontaynes lez Dijon.

MLXXII A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON Un billet hâtif. - Union d'intimité spirituelle entre les âmes des deux Saints.

Annecy, 10 mai 1615.

Ma Mere, helas ! c'est sans loysir quelcomque ; imagines vous que c'est un billet pour une dame qui veut entrer. Je vous salue mille fois. Mon ame s'eslance dans vostre esprit, si toutefois il faut user du mon et du vostre entre vous et moy, qui ne sommes rien du tout de separé, mays une seule mesme chose. J'escriray par la premiere commodité, mays [c'est] plustost un eschantillon de commodité que j'employe pour saluer mille fois un cœur maternel, de toute mon affection filiale. Dieu, qui est nostre unité, soit a jamais beni. Je salue nos cheres Seurs, mes filles. Vives joyeuse en ce divin Jesus, qui est le Roy des Anges et des hommes. Je suis tres parfaitement en luy, ma tres chere Mere, ce que nul ne sçait que luy mesme qui l'a fait. A luy aussi en soit l'honneur, gloire et loüange. Amen.

Vostre .......

10 may 1615.

MLXXIII A LA MêME, A LYON Aucune distance ne peut éloigner les cœurs que Dieu unit. - Une crainte du Saint. - La liberté qu'il faut garder à tout prix dans l'Institut de la Visitation. - Pourquoi le Fondateur voulait qu'on s'accommodât de certains esprits un peu difficiles. - Un vingt-troisième anniversaire cher au Bienheureux.

Annecy, 13 mai 1615.

…………………………………………………………………………………..

Il faut cultiver la tressainte indifference a laquelle Nostre Seigneur nous appelle. Que vous soyes la ou icy, helas ! qui nous peut separer de l'unité qui est en Nostre Seigneur Jesus Christ ?

(Rm 8,35) En fin, c'est chose de- sormais, ce me semble, qui n'adjouste plus rien pour nostre esprit, que nous soyons en un ou deux lieux, puisque nostre tres amiable unité subsiste par tout, graces a Celuy qui l'a faite. Combien de fois vous ay-je dit, ma tres chere Mere, que le ciel et la terre ne sont point en asses grande distance pour esloigner les cœurs que Nostre Seigneur a jointz ! Demeurons en paix sous cette asseurance.

J'ayme bien mieux que l'on se fie tout en vous de la Mayson , car cela se fera fort doucement et suavement, pourveu que l'on vous laisse vostre liberté et qu'on se repose sur vostre foy. Mays je crains qu'on ne veuille vous arrester la , ce qui serait une cogitation injuste et que je ne pourrois ouyr ; je dis la cogitation, car de l'effect, il n'en faut pas parler. Il faut donq en cet article, parler souëfvement et justement, et arrester que vous aures un soin tres suffisant de cette Mayson la. Il faut garder comme la prunelle de l'œil la sainte liberté que l'Institut donne pour les communications et conferences spirituelles. L'experience me fait voir que rien n'est si utile aux servantes de Dieu, quand elle sera prattiquee selon nos Regles.

Je respons que la vivacité de ces espritz nourris en leur propre jugement ne m'estonneroit point, pourveu qu'on leur eust proposé les maximes generales de la douceur, charité et simplicité, et le despouillement des humeurs, inclinations et aversions naturelles, qui doivent regner en la Congregation; car en fin, qui ne voudroit recevoir que des espritz avec lesquelz il n'y eust point de peyne, les Religions ne serviroyent gueres au prochain, puisque ces espritz-la feroyent presque bien par tout.

0 ma tres chere Mere, vivés joyeuse, toute brave, toute douce, toute jointe au Sauveur, et playse a sa Bonté de benir la tressainte unité qu'il a fait de nous et la sanctifier de plus en plus. Je salue nos cheres Seurs ; helas, que je leur souhaitte de perfection ! Ce 13 may, auquel je commence la 23e annee de ma vie en l'estat ecc1esiastique , plein de confusion d'avoir fait si peu d'estat de vivre en la perfection de cet estat.

FRANçs, E. de Geneve.

MLXXIV A LA MêME, A LYON Puissants désirs de servir le divin amour qui affluent dans le cœur du Saint. - Consolations qu'il reçoit des progrès spirituels de ses chères filles d'Annecy. - Que faire pour permettre à Dieu de parachever son œuvre dans les âmes.

Annecy, 14 mai 1615 .

…………………………………………………………………………………. 0 que mon ame, des plusieurs jours en ça, est pleine de nouveaux et puissans desirs de servir le tres saint amour de Dieu avec tout le zele qu'il me sera possible ! La vostre, ma tres chere Mere, qui n'est qu'une mesme chose, en fera de mesme ; car, comme pourroit-elle avoir diverses affections, n'ayant qu'une mesme vie et une mesme ame ? Nos Seurs font, certes, merveilles et incitent mon cœur a beaucoup de reconnoissance envers la bonté de Dieu, de laquelle je voy de si clairs effectz en leurs ames. J'espere que celles de dela vous donnent aussi des pareilz sentimens, et que cette douceur celeste verse ainsy son Esprit sur toute cette petite assemblee de creatures unies pour sa gloire. Helas, ma tres chere Mere, que d'obligations que nous avons a Nostre Seigneur, et combien de confiance nous devons avoir que ce que sa misericorde a commencé en nous, elle le parachevera (Ph 1,6), et donnera tel accroissement. a ce peu d'huyle de bonne volonté que nous avons, que tous nos vaysseaux s'en rempliront et plusieurs autres de ceux de nos voysins (4 R 4,3). Il ne faut que bien fermer la chambre sur nous, c'est a dire, retirer de plus en plus tout nostre cœur en cette divine Bonté. Je vous donne mille fois le bon soir, et prie Dieu qu'il soit tous-jours au milieu de tout vostre cœur, le benissant de ses tressaintes et plus desirables faveurs. Je salue toutes nos Seurs.

Le 14 may 1615.

FRANçs, E. de Geneve.

MLXXV A LA SOEUR FAVRE, ASSISTANTE DE LA VISITATION DE LYON Inquiétudes résignées du Bienheureux sur la santé de la Mère de Chantal.- Voyage de M. Grandis à Lyon.

Annecy, 14 mai 1615.

Ma tres chere Fille, ma Niece , Vostre lettre m'a certes un peu estonné; mays j'ay, graces a Dieu, les yeux sur cette infinie Providence, delaquelle les decretz seront a jamais les loix de mon cœur. Helas ! vous pouves penser ce que mon ame est a ma Mere et ce que l'ame de ma Mere est a la mienne. Hé, j'espere que la divine Bonté, en consideration de nostre pauvre petite Congregation faite en son nom et pour sa gloire, nous laissera cette Mere tant utile. Monsieur Grandis a eu peine a se resoudre d'aller, par ce quil tenoit, d'un costé, la maladie n'estre pas dangereuse puisqu'elle est intermittente, et de l'autre, que les medecins de dela auroyent desja fait tous les remedes quand il arrivera. Neanmoins, en un'occasion de si grande consequence, en fin il s'est resolu. O ! Dieu soit nostre secours, ma tres chere Niece. Prions bien Dieu, il nous aydera. L'homme qui accompagne M. Grandis reviendra soudain avec advis nouveau ; je vous en prie, et que ce soit bien distinctement. Tout ce que Dieu ordonnera sera receu, moyennant sa grace, avec resignation ; l'unité de mon ame avec celle de cette Mere n'est pas pour cette vie seulement, mais principalement pour l'autre. Dieu vous benisse, ma tres chere Fille, ma Niece. Monsieur Grandis ne fera point semblant d'aller expres.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Arona (Italie).

MLXXVI A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON Zèle croissant du Saint pour le service de Dieu. - Béatitude et suavité des âmes totalement résignées au vouloir divin. - Attente de nouvelles.

Annecy, 14 mai 1615.

VIVE JESUS

Nous avons esté huit jours sans commodité d'escrire, et voyci maintenant, coup sur coup, qu'on nous donne occasion. Nous attendons certes avec une devote impatience M. du Crest , qui n'est encor point arrivé, pour sçavoir un peu de vos nouvelles, car je m'imagine que nous en aurons a force, et par le sire Pierre aussi , par lequel je vous avois envoyé des lettres pour M. des Hayes, ouvertes, affin que vous les vissies. Or bien, il faut donq attendre.

Cependant, que vous diray-je de vostre cœur de deça, sinon que Dieu luy donne tous les jours des nouvelles affections pour son service. Ce matin, estant un peu en solitude, il a fait un exercice de resignation nonpareil, mays que je ne puis escrire, et que je reserve pour vous dire a bouche, quand Dieu me fera la grace de vous voir. 0 que bienheureuses sont les ames qui vivent de la seule volonté de Dieu ! Helas ! si pour en savourer seulement un bien peu par une consideration passagere, on a tant de suavité spirituelle au fond du cœur qui accepte cette sainte volonté avec toutes les croix qu'elle presente, que sera ce des ames toutes destrempees en l'union de cette volonté ?

Or sus, c'est bien asses, car je vous ay escrit ce jourdhuy mesme au matin par M. Grandis (note 912), par lequel nous attendons force lettres, et grandes ; car, puisqu'il vous ira voir en arrivant et que ses affaires le retiendront un peu la, vous aures bon loysir d'escrire. Ce pendant, Dieu soit aeternellement nostre tout. Je suis en luy vostre, selon quil luy a pleu et comme vous sçaves vous mesme.

Annessi, le 14 may 1615.

A Madame

Madame de Chantal,

Superieure de la Visitation. A Lion.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.

MLXXVII A LA MêME, A LYON Acquiescement de François de Sales à la volonté de Dieu, - Nouvelles de son propre cœur.

Annecy, 16-18 mai 1615 .

Ma tres chere Mere,

Ce mot part a l'impourveu pour saluer vostre chere ame, que je cheris comme la mienne propre ; aussi l'est elle en Celuy qui est le principe de toute unité et union. Je ne veux pas nier que je ne sois marri de vostre fievre ; mays ne vous mettes nullement en peyne de ma peyne, car vous me connoisses : je suis homme pour souffrir, sans souffrir, tout ce qu'il plaira a Dieu faire de vous comme de moy. Helas ! il ne faut point faire de replique ni de fleschissement. Je confesse devant le Ciel et les Anges que vous m'estes pretieuse comme moy mesme ; mays cela ne m'oste point la tres resolue resolution d'acquiescer pleinement en la volonté divine. Nous voulons servir Dieu en ce monde, icy et la, de tout ce que nous sommes ; s'il juge mieux que nous soyons en ce monde ou en l'autre, ou tous deux, sa tressainte volonté soit faite (Mt 6, 10 ; 26, 42). ………………………………………………………………………………….. Je ne vous diray rien davantage, sinon que je me porte mieux, et que mon cœur va mieux qu'il n'est pas allé il y a long tems; mais je ne sçai pas si sa consolation vient des causes naturelles ou de la grace. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, pour le remplir de son saint amour. Amen. VIVE JESUS ! Ma tres chere Mere, je suys, comme vous sçaves vous mesme, tous-jours plus tout a fait vostre. FRANçs, E. de Geneve.

MLXXVIII A LA SOEUR DE BRéCHARD ASSISTANTE DE LA VISITATION D'ANNECY (INéDITE) Prières publiques pour la guerre. - Affaire d'argent.

Annecy, 18-20 mai 1615 .

J'avoys un grand desir de vous aller voir en presence, ma tres chere Fille, mais je n'ay pas ceans un prestre a mon commandement, et puis, j'ay un peu d'affaires, comme seroit de me praeparer au sermon que nous faysons demain pour recommencer les prieres et faire un'assemblee tantost pour l'ordre d'icelles. J'attens, non sans tentation d'inquietude, l'homme qui doit venir de Lion ; soudain quil sera arrivé, vous aures part a nos nouvelles. Hé, Dieu le (sic) nous veuille donner bien bonnes. Cependant, M. de Charmoysi doit rendre l'argent quil a, dans trois ou quatre jours. Il proposoit de le remettre a M. de Vallon , qui en donneroit la rente constituee; mays puis que l'on en a besoin pour le bastiment, je pense quil sera mieux de s'en servir que d'en emprunter . Et puis, quand il en viendra d'autre, si M. de Vallon est treuvé propre pour le recevoir, comme je pense qu'il le soit, nous le luy baillerons. Bonsoir, ma tres chere Fille. Dieu vous benisse des benedictions que ce cœur vous souhaite, ce cœur, dis-je, qui vous cherit vrayement d'un'affection toute paternelle et plus que paternelle.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Brioude.

MLXXIX A M. BALTHAZARD DE PEYZIEU (INéDITE) Condoléances. - Eloge d'un frère défunt. - La seule chose qui nous mette en repos. - Préparer la mère tout doucement à la fâcheuse nouvelle. -. Une grande erreur.

Annecy, 21 mai 1615.

Helas, monsieur mon Frere, que nous avions des-ja regretté nostre commune perte, entre nous autres freres de deça, car les Peres Capucins nous en avoyent donné quelque sorte de nouvelles . Il faut advoüer que cet evenement si inopiné est capable de troubler les espritz les plus resoluz de ceux qui ont aymé un peu affectionnement ce brave et genereux frere, et rien que le souverain respect que nous devons a la Providence eternelle, qui ne fait jamais rien que saintement et sagement, ne nous sçauroit mettre en repos sur cet accident. Et comme pourroit on croire que ce brave cœur, qui avoit esté nourri des sa jeunesse en la pieté, et qui avoit en bonne partie entrepris cette si grande separation de tout ce qui luy estoit plus cher pour le zele du service de Dieu, n'ayt aussi esté tres specialement secouru de la grace d'iceluy en son dernier jour, lequel, selon sa profession, il a fini dans les termes de son devoir ? Certes, lhonneur de cette mort est extreme, et la posterité la louera sans fin.

Mays, de sçavoir comme on pourroit dextrement donner le coup de cette si estrange et fascheuse nouvelle au cœur de nostre pauvre chere mere sans esbranler extremement sa vie propre, je vous asseure, mon cher Frere, que je ne le sçai pas. Je pense bien qu'a la fin elle le sçaura, car le bruit respandu penetrera jusques a ses oreilles par quelque rencontre ; c'est pourquoy il seroit bon de la pneparer tout bellement a cet assaut, lequel, puisqu'elle ne peut eviter, on pourroit luy donner par apres, quand on auroit un peu fortifié son ame. Je prie Dieu quil vous conseille, monsieur mon tres cher Frere, en cett'occasion; et ce pendant, je ne laisse pas d'escrire a nostre tres chere mere sur ce sujet *, affin que si vous juges a propos qu'elle le sache, elle voye quant et quand la contribution de mon desplaysir au sien. Mays, que ne voudrois-je pas faire pour secourir ce pauvre cœur maternel, quand il sera blessé de ce coup si rude ! Releves ce pendant le vostre, mon tres cher Frere, vous qui estes masle, et vous disposes a l' ennuy de voir encor, pour surcroist de vostre perte et de la nostre, les desplaysirs d'une si bonne mere. Qui se promet des autres occurrences en cette plus que miserable vie, il se trompe grandement.

Monsieur mon tres cher Frere, je vous conjure de recueillir l'affection que ce cher defunct me portoit et a mes freres, et de la nous conserver, comme de tout mon cœur je me dedie de nouveau a toute vostre mayson pour estre sans fin, Monsieur,

Vostre plus humble, tres affectionné serviteur et frere,

FRANçs, E. de Geneve.

21 may 1615.

A Monsieur Monsieur de Pezieu.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly. au château de la Roche-Mailly (Sarthe).

MLXXX A MADAME DE PEYZIEU Condoléances â la destinataire, sur la mort de son fils. - Le monde le plus désirable de tous. - Consolations à la mère " quasi sur le despart " pour aller où est son enfant.

Annecy, 21 mai 1615.

0 que mon ame est en peyne de vostre cœur, ma tres chere Mere, car je le voy, ce me semble, ce pauvre cœur maternel, tout couvert d'un ennuy excessif; ennuy toutesfois que l'on ne peut ni blasmer ni treuver estrange, si on considere combien estoit aymable ce filz , duquel ce second esloignement de nous est le sujet de nostre amertume.

Ma tres chere Mere, il est vray, ce cher filz estoit l'un des plus desirables qui fut onques; tous ceux qui le conneurent, le reconneurent et le connoissent ainsy. Mais n'est-ce pas une grande partie de la consolation que nous devons prendre maintenant, ma tres chere Mere ? car en verité, il semble que ceux desquelz la vie est si digne de memoire et d'estime, vivent encor apres le trespas, puisqu'on a tant de playsir a les ramentevoir et representer aux espritz de ceux qui demeurent, Ce filz, ma tres chere Mere, avoit des-ja fait un grand esloignement de nous, s'estant volontairement privé de l'air du monde auquel il estoit né, pour aller servir son Dieu, et son Roy, et sa patrie en un autre nouveau monde (note 930). Sa generosité l'avoit animé a cela, et la vostre vous avoit fait condescendre a une si honnorable resolution, pour laquelle vous avies renoncé au contentement de le revoir jamais en cette vie, et ne vous restoit que l'esperance d'avoir de tems en tems de ses lettres. Et voyla, ma tres chere Mere, que, sous le bon playsir de la Providence divine, il est parti de cet autre monde pour aller en celuy qui est le plus ancien et le plus desirable de tous, et auquel il nous faut tous aller, chacun en sa sayson, et ou vous le verres plus tost que vous n'eussies fait s'il fust demeuré en ce monde nouveau, parmi les travaux des conquestes qu'il pretendoit faire a son Roy et a l'Eglise. En somme, il a fini ses jours mortelz en son devoir et dans l'obligation de son serment. Cette sorte de fin est excellente, et ne faut pas douter que le grand Dieu ne la luy ayt rendue heureuse, selon que, des le berceau, il l'avoit continuellement favorisé de sa grace pour le faire vivre tres chrestiennement.

Consolés vous donq, ma tres chere Mere, et soulagés vostre esprit, adorant la divine Providence qui fait toutes choses tres suavement (Sg 8,1); et, bien que les motifz de ses decretz nous soyent cachés, si est-ce que la verité de sa debonnaireté nous est manifeste et nous oblige a croire qu'elle fait toutes choses en parfaite bonté.

Vous estes quasi sur le despart pour aller ou est cet aymable enfant ; quand vous y seres, vous ne voudries pas qu'il fust aux Indes, car vous verres qu'il sera bien mieux avec les Anges et les Saintz, qu'il ne seroit pas avec les tigres et barbares. Mays en attendant l'heure de faire voyle, apaysés vostre cœur maternel par la consideration de la tressainte eternité en laquelle il est et de laquelle vous estes toute proche. Et en lieu que vous luy escriviés quelquefois, parlés a Dieu pour luy, et il sçaura promptement tout ce que vous voudres qu'il sache, et recevra toute l'assistence que vous luy ferés par vos vœux et prieres, soudain que vous l'aures faite et delivree entre les mains de sa divine Majesté.

Les chrestiens ont grand tort d'estre si peu chrestiens comme ilz sont, et de violer si cruellement les loix de la charité pour obeyr a celles de la crainte ; mays, ma tres chere Mere, il faut prier Dieu pour ceux qui font ce grand mal, et appliquer cette priere-la a l'ame de vostre defunct. C'est l'orayson la plus aggreable que nous puissions faire a Celuy qui en fit une pareille sur la croix (Lc 23,31), a laquelle sa tressainte Mere respondit de tout son cœur, l'aymant d'une tres ardante charité.

Vous ne sçauriés croire combien ce coup a touché mon cœur ; car en fin, c'estoit mon cher frere et qui m'avoit aymé extremement. J'ay prié pour luy et le feray tous-jours, et pour vous, ma tres chere Mere, a qui je veux rendre toute ma vie un particulier honneur et amour, de la part encor de ce frere trespassé, duquel l'amitié immortelle me vient solliciter d'estre de plus en plus, Madame, ma tres chere Mere, Vostre filz et serviteur tout humble, tout fidelle et tout obeissant, FRANçs, E. de Geneve.

Le 21 may 1615.

MLXXXI A LA SOEUR FAVRE, ASSISTANTE DE LA VISITATION DE LYON La Mère de Chantal hors de danger. - Nouvelles et avis spirituels.- Salutations aux chères Sœurs et aux bienheureuses Novices.

Annecy, 31 mai 1615.

Ma tres chere Niece, ma Fille,

Je ne sçauroys vous dire combien mon ame se sent obligee a la vostre pour le soin que vous aves eu de me tenir adverti de l'estat de la santé de nostre Mere (lettre 1075). Et Dieu soit loué dequoy il luy a pleu la nous conserver ! Je veux esperer que ce sera plus longuement que la foiblesse de sa complexion ne nous permet d'esperer ; car cette Bonté qui a commencé a nous gratifier, ne s'en lassera point, si nous sommes fideles. J'eusse bien desiré de vous donner quelque bonne nouvelle en contrechange, mays je n'ay sceu ; car encor que monsieur le President et messieurs les freres et seurs se portent fort bien, si est ce que Nostre Seigneur a retiré a soy le bon oncle, monsieur l'advocat, le jour mesme de l'Ascension , pour bon presage quil luy feroit part du Ciel auquel il estoit monté, menant la captivité captive (Ep 4,8). Aussi ce bon defunct receut tous les saints Sacremens convenables a ce dernier passage et tesmoigna une grande constance. Ma tres chere Fille, ma Niece, releves tous-jours bien vostre cœur en Nostre Seigneur, esvertues-vous de surmonter toutes les humeurs melancoliques et chagrines, demeures en paix. Amen. Je suis, plus quil ne se peut dire, tout vostre, et a nos cheres Seurs Marie Peronne et Marie Aymee , et aussi a vos bienheureuses Novices , que j'appelle ainsy par ce que je connois de plus en plus le bonheur de ceux qui se dedient a l'amour et service divin. Je suis tout vostre, ma tres chere Niece, ma Fille.

31 may 1615.

A ma tres chere Fille en N. S.

Ma Seur Me Jaq., ma Niece bienaymee.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Troyes. MINUTES éCRITES PAR SAINT FRANçOIS DE SALES POUR D'AUTRES PERSONNES

MLXXXII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er POUR LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION Remerciements et promesse de prières à Son Altesse en retour de la protection qu'elle accorde à la Visitation.

Annecy, vers mi-janvier 1614 .

Monseigneur,

La bonté et pieté de Vostre Altesse ne pouvait jamais mieux paroistre qu'en recepvant sous sa protection une troupe de pauvres filles assemblees au.nom de Dieu ; et croyons tres assurement que Nostre Seigneur a heu fort agreable de voir la grandeur de Vostre Altesse s'abaissee jusques la, esperans que se (sic) abaissement eslevera tousjours davantage Votre Altesse Serenissime devant les yeux de la divine Majesté. Et quant a nous, ce nous est un honneur si grand, Monseigneur, qu'il excede tout remerciement ; de sorte que ce que nous pouvons faire, c'est d'offrir journellement a Dieu nos petites oraisons pour la conservation et prosperité de Vostre Altesse, pour, en quelque maniere, corespondre a l'estroite obligation que nous avons à la bonté de Votre Altesse Serenissime, a laquelle faysans en toute humilité la deüe reverence, nous [serons a] sommes, Monseigneur………………

Revu sur l'original conservé au 1er Monastère de la Visitation de Paris.

Monseigneur, La bonté et pieté de Vostre Altesse ne pouvoit jamais mieux se faire paroistre en aucune sorte d'action, qu'en recepvant une troupe de pauvres filles assemblees au nom de Dieu soubs vostre protectiou. Nous croyons tres assurement que Nostre Seigneur a heu fort agreable de voir la grandeur de Vostre Altesse s'abaissee jusques la, et esperons que se (sic) rabaissement vous eslevera tousjours d'avantage devant les yeux de la divine Majesté. C'est un honneur pour nous si grand, Monseigneur, qu'il excede tout remerciement; de sorte que ce que nous pouvons faire, est d'offrir journellement a Dieu nos petites oraisons pour la conservation et prosperité de Vostre Altesse, en quoy nous essayerons de corespondre a l'estroite obligation que nous y avons, et a nous tesmoigner, avec toute reverence et fidelité, Monseigneur,.....

MLXXXIII AU CARDINAL MAFFEO BARBERINI POUR MADAME DES GOUFFIERS (INéDITE) Mme des Gouffiers se félicite d'avoir le Cardinal pour intercesseur dans son affaire. - Elle en espère le succès de sa charitable intervention.

Annecy, février ou mars 1614.

Monseigneur, Des il y a long tems, vostre charité et pieté m'estant conneue par la reputation qu'elle s'est acquise en nostre France, elle l'est maintenant beaucoup plus par lhonneur que Vostre Illustrissime Grandeur me fait en une affaire que la divine Majesté a permis, ou plustost ordonné, vous estre tumbee entre les mains, pour mon bonheur et advantage ; puisque je ne pouvois rencontrer ni une plus grande, ni une plus utile et necessaire faveur que celle quil plaira a vostre bonté, Monseigneur, me departir, et laquelle me licentiant, ce me semble, de representer encor de rechef sur ce papier ma necessité, je ramenteveray en toute humilité a Vostre Illustrissime Grandeur, comm'il y a des-ja quelques annees, pendant son sejour en France, je m'essayay me rendre sous vostre authorité pour le sujet dont il est maintenant question ; et sachant bien que de moy je ne meritois pas cet honneur, je fus favorisee de Monseigneur le Duc de Nevers , lequel vous fit offrir quelques supplications pour moy. Mais lhors, a cause de quelque consideration, Vostre Grandeur Illustrissime ne jugea pas a propos de m'accorder ce dont je la suppliois ; et je connois par experience que Nostre Seigneur avoit ainsy disposé pour mon bien, me reservant vostre faveur, Monseigneur, jusques a ce tems auquel elle me sera plus utile a mon avancement spirituel, que peut estre elle n'eut pas esté lhors que je la pretendois.

Je sçai que les difficultés de mon affaire sont grandes, mais j'en espere pourtant un heureux succes, et que vostre charité, Monseigneur, jointe a vostre authorité, me rendra jouissante de mon desir, auquel je proteste n'estre portee que pour la gloire de Dieu et la plus grande asseurance de mon ame. Le sieur Philipe de Quoex, recteur de Sainte Catherine (note 942), fera voir a Vostre Illustrissime Grandeur combien il me seroit des-avantageux d'estre renvoyee par devant Monseigneur l'Evesque de Troyes, et je m'asseure qu'elle considerera et favorisera mes raysons, ainsy que tres humblement je l'en supplie, luy baysant en toute reverence les mains sacrees, et luy souhaitant une grande et abondante recompense de la grace et protection qu'elle exercera pour moy qui suis, Monseigneur, De Vostre Illustrissime et Reverendissime Grandeur, Tres humble et tres obeissante, indigne servente en Nostre Seigneur.

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

MLXXXIV A LA DUCHESSE DE MANTOUE, MARGUERITE DE SAVOIE POUR LES RELIGIEUSE8 DE LA VISITATION (INéDITE) Les Religieuses de la Visitation d'Annecy rendent compte à leur protectrice de leurs consolations : pose de la première pierre de l'église, envoi prochain de trois d'entre elles pour dresser un nouveau monastère à Lyon.

Annecy, novembre 1614 ,

Le bonheur et l'honneur que nous recevons d'estre sous la maternelle protection de Vostre Altesse Serenissime, nous oblige a luy rendre conte de toutes les saintes consolations que la Bonté divine nous depart, sachant bien que vostre charité, Madame, y prendra du playsir.

Ce moys d'aoust passé , madame de la Croix posa la premiere pierre de nostre eglise de la part de Vostre Altesse Serenissime , delaquelle action nous eusmes un grand contentement, pour l'esperance que nous avons que la divine Majesté sera saintement servie en ce petit lieu, par plusieurs bonnes ames qui s'y assembleront a l'advenir en son nom. Et presque a mesme tems, un nombre de darnes vertueuses, filles de la ville de Lion, qui, pour quelque digne sujet, estoyent venues icy l'annee passee et avoyent veu nos exercices, inspirees, comme il est a croire, du Saint Esprit, desirant eriger une mayson de nostre Institut et ayant preparé ce qui est requis a cette intention, nous ont en fin demandé de leur envoyer de nos Seurs pour leur servir de conduite en leur sainte entreprise. Ce que Monseigneur l'Archevesque de Lion ayant recommandé a Monseigneur l'Evesque de Geneve, qui est le Pasteur de ce lieu, il a esté jugé expedient de devoir estre accordé, attendu que, par la grace de Dieu, nostre nombre est des-ja asses grand pour pouvoir exercer cette charité , de sorte que troys des nostres sont deputees pour aller dresser cette nouvelle mayson , lesquelles toutesfois, cela estant fait, reviendront icy ou elles se sont premierement donnees a Dieu.

Dequoy, comme nous avons deu avant leur depart donner advis a Vostre Serenissime Altesse, aussi estimons-nous qu'elle l'aura fort aggreable, et ]oüera la Majesté divine dequoy elle daigne se servir de nous pour l'accroissement de sa gloire; puisque mesme, a mesure que nostre Congregation se dilatera, les prieres se multiplieront pour Vostre Altesse, qui a si doucement et favorablement arrousé de sa bienveuillance cette petite plante delaquelle les autres auront pris leur origine, et laquelle, se recommandant tres humblement de plus en plus a Vostre Altesse Serenissime, ne cessera jamais de luy souhaiter toute sorte de sainte consolation, [et] demeurera a jamais toute sienne, comme estant composee, Madame, des

Tres-humbles et tres-obeissantes filles et serventes

de Vostre Altesse Serenissime.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à la Visitation d'Annecy.

MLXXXV A UN SECRéTAIRE DU DUC DE SAVOIE POUR LE SUPéRIEUR D'UNE COMMUNAUTé (INéDITE) Une réclamation injustifiée.

[1614-1615 ]

Monsieur,

Ayant conferé avec mes Freres de ce que vous m'aves communiqué pour le regard [des] habitz qui furent jadis a Ripaille, nous n'avons jamais sceu treuver qu'ilz ayent esté remis en depost ceans; et si, ne pouvons croire que s'ilz nous avoyent esté confiés, Son Altesse voulut, apres tant de tems, les nous oster, puisque l'eglise a laquelle ilz appartenoyent n'est point en estre pour les repeter, et que nous ne sommes pas moins ses tres humbles et tres obeissans orateurs qu'aucuns autres ecclesiastiques de ses Estatz. Mais, comme je vous dis, nous n'avons nulle sorte de tesmoignage pertinent d'avoir jamais esté depositaires d'aucuns meubles de Ripaille. Faites nous ce bien d'en asseurer Son Altesse, a laquelle nous souhaittons incessamment devant Dieu toute prosperité et santé, et a vous, Monsieur, l'assistence de son Saint Esprit, demeurans………….

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

APPENDICE

I LETTRES ADRESSéES A SAINT FRANçOIS DE SALES PAR QUELQUES CORRESPONDANTS A. LETTRES DE COMMISSION DE MGR PIERRE-FRANçOIS COSTA NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

En latin – 31 mars 1610 L3, note 315 Notes 272, 278 L5, notes 53, 679 Scipion Caffarelli-Borghese, Secrétaire d'Etat. (note 342 et lettres F, J.)

D'après une copie inédite, conservée à Chambéry, Archives du Sénat, Edits-Bulles, reg. 31, fol. 192.

B. LETTRE DU PèRE JACQUES-PHILIBERT DE BONIVARD DE LA COMPAGNIE DE JéSUS

Mon tres honoré Seigneur et mon Pere bien aymé,

(note 25) Au sortir de vostre cher Nicy, je ne puis qu'a ma premiere journee je ne retourne par le moyen de ma plume bayser vos sacrees mains et vous dire, comme au depositaire de mon cœur, que tirant contre Geneve et faisant mon oraison sur ce passage : Et instaura numerum militum qui ceciderunt de tuis, hé, Seigneur, ce disais je, restaurez ceux ci, reparez ce nombre infini de Genevois qui sont cheus en l'eternelle perdition. Il a pleu a son infinie douceur de combler mon ame de consolation, m'ostant du tout l'affliction de l'abomination de cette abominable cité de Geneve : ce bon Dieu m'a fait voir que son bien aymé (SFS) ne pouvant vaincre la dureté de ces babiloniens calvinistes, il a dressé une triomphante Hierusalem, une paisible et amoureuse Sion, une petite Visitation, Visitation visitee a tout moment de l'Espoux celeste. J'ay veu, dis-je, ceste modeste et incomparable Judith, aporter glorieusement la teste de l'Holopherne infernal et mondain, et ay trouvé nostre siecle aussi riche qu'aucun des siecles passés, qui ont fait gloire de triompher en la pieté. Voyla, mon cher Pasteur, comme je vous descouvre mon ame.

Mais vous diray je pas encore que, quand vos cheres Filles m'eurent descouvert les leurs en confession, je m'escriay : Mon Dieu, si vos Anges avoyent des corps et des confessions a faire, ilz se confesseroyent de ce de quoy les Filles de ce grand Pasteur s'accusent ! Continuez, mon unique Pere et Reverendissime Seigneur, a les faire croistre en la profondeur de leur humilité ; car, ou mon genie me trompe, ou tout le monde sera trompé en l'admirable progrez que l'on verra faire a vostre Congregation.

Je suis insatiable a y penser et a vous en parler, et vous faut advoüer que ce matin, m'estant mis en chemin et ayant commencé mon oraison a quatre heures, je ne me suis jamais souvenu de la finir qu'à la disné, environ les onze heures. Et n'estoit que je voy nostre bon Frere compagnon qui a un peu envie de s'aller delasser, je ne me souviendrois point de finir de vous entretenir de ce que le bon Dieu m'a dit, de sa grace. Mais aussi ne le faut il pas dire la nuit, puisque sa Bonté le mettra bien tost au jour, et fera dire a plusieurs, voire a tous, ce que maintenant je dis avec le Prophete que vous aymez tant, Monseigneur: Tu m' as donné a conoistre les cboses non sceuës et secrettes de ta sapience ; voicy que la joye de mon salutaire m'est renduë, puis que tant d'ames seront confirmees de l'esprit principal dans la Visitation, que mon ame visite si souvent par ses souhaits a Dieu ; car, Monseigneur, j'estime que si je pouvois servir ceste sainte Congregation, ce seroit vous tesmoigner que je suis

Vostre fils tres indigne, et le plus affectionné de vos tres humbles serviteurs,

JACQUES BONIVARD, le dernier des Jesuites.

Ce 8 may1613.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

C. LETTRE DU PèRE MATHIAS DE DOLE CAPUCIN (FRAGMENT)

………………………………………………………………………. Ce n'est plus une Judith que nostre madame de Chantal, c'est une sainte Paule ; toutes ses actions font voir l'operation de Dieu en son ame et les traces de vostre direction. Ce n'est plus une Baronne, c'est une Sulamite ; toute cette contree reste pleine de la douce odeur de ses celestes vertus ; nos Religieuses de Dijon, comme les filles de Sion, l'annoncent bienheureuse, et toutes nos dames la loüent hautement. [Vers mi-août 1613 ]

Revu sur le texte inséré dans le Ms. original des Mémoires, etc., par la Mère de Chaugy, conservé à la Visitation d'Annecy. D. LETTRE DE MGR JEAN-PIERRE CAMUS éVêQUE DE BELLEY (note 142)

(lettre 905) Les accez de vostre fiebvre ont poussé leurs excez jusques au plus intime de mon cœur. Quid facient virgultœ cum tremunt columnœ ? 0 Dieu, gardez de la mort celuy dont la vie est si necessairement necessaire ; plustost, ostez de la vie celuy qui la traine si inutilement et dont les actions sont si miserables. C'est l'eslancement que je poussois tous les jours vers le Ciel, estant a l'autel, pour la santé de celuy qui m'a enhardy et donné le courage de m'approcher tous les jours de ceste Table sacrée.

Or, toutes les circonstances de celle que je viens de recevoir de vous, m'obligent : la matiere, la forme, le temps et, plus que tout, cest extreme amour qui, ne la pouvant escrire, l'a dictée , et au milieu de ses douleurs ; ainsi, fortior morte dilectio. La matiere, car certes, telle que l'eau à la terre seiche, elle m'est arrivée pour desalterer mon desir et me rasseoir, opprimé d'une violente esmotion d'esprit. La forme, car la tisseure de ses propositions ainsi courtes et serrées, a presté à mon ame un object pour y apporter ses vagues imaginations, et la resolution finale m'a singulierement, voire, et entierement consolé. Le temps, car l'impatience de l'attente, armée des esperons de mon desir, et les agitations de mes pensées donnoient d'estranges entorses et convulsions à mon indetermination. En fin, quand je voy que la charité, dont l'ordre est le desordre, vous a fait postposer l'indisposition de vostre corps à celle de mon cœur pour me tracer des douceurs dans le plus espais de vos douleurs, meslant la myrrhe avec les aromates, comme l'Espouse sacrée et sucrée, je ne peux dire autre chose, sinon que : Si je ne vous puis respondre par paroles, face le Ciel que je vous puisse au moins correspondre d'affection !

Je croy qu'il y a des esprits secrets dans les caracteres qui partent de vous, tant ils sont flexanimes, et que d'en haut decoulent des influences particulieres sur vos persuasions, comme si la Deesse Python avoit estably son throsne sur vos levres. Jamais livre ne me toucha le cœur comme le vostre, jamais lettres ne me contournarent (sic) à leur gré comme celles qui me viennent de vous. Ne vous ennuiez pas de m'escrire, car je ne pense pas, emmy toutes les bonnes œuvres dont vous embaumez et le ciel et la terre, que vous en puissiez faire aucune plus signalée que celle de me conseiller, consoler et consolider. Vous pouvez sur moy tout ce que vous voulez; vostre jugement a un tel ascendant sur le mien et vostre volonté regente si absolument la mienne, que je rumine vos paroles comme des oracles ; je remasche vos escrits comme des fueilles Sibyllines, sur quoy je ne peux faire de gloses qui ne me satisfacent, pourveu qu'elles soient conformes à ces textes. Ne dittes point que je vous en conte, je dis la verité de mon sentiment (note 146) : Oratio mea tantum abest a mendacio quantum a necessitate. Ce seroit vous assommer, apres ceste maladie, de vous sommer de vostre promesse; mais quoy ? le changement d'air pourrait-il point ravigorer ? Le pelerinage, comme le jeusne, confere souvent à la santé comme a la saincteté. Quid non speremus amantes ? Soyez mon bon Seigneur et mon Apollon tant que vous voudrez, si me debvez-vous une veüe ; l'amour se paye par l'amour, la visite par une autre. Et pourquoy n'attendray-je de vous en esté ce que je vous ay rendu emmy les rigueurs de l'hyver ? Il est vray que j'allois apprendre de vous et vous rendre quelque eschantillon de mon devoir.

Quittons ces ceremonies : Amor œquat amantes ; amor œquales aut invenit, aut facit. Le Pape nous appelle bien ses freres, quoy que petits cadets de ce grand aisné. Pensez y. O ! Si nil rescribens, celer ipse venires ? Quelle grace que je n'ose penser, de peur d'inquieter mon esprit par la flatterie de ceste esperance. Venez seulement quand et comment il vous plaira ; mon cœur est de si longue main preparé à cherir le vostre, que si le premier mouvement que les Stoïques pardonnent à leur inflexible sagesse donne quelque esmotion au sens par la surabondance de la joye, la partie superieure, partie de l'ame, n'en sentira aucune nouvelle impression. Vous ne prendrez jamais au despourveu un cœur si gros d'amitié pour vous, quil fera tous jours à vos pieds litiere de soy mesme.

Cependant, si vous estiez en peine de la constitution de mon esprit apres ce deluge d'eaux angoisseuses qui l'ont comme vous sçavez, traversé et presque ensevely dans leur bourbe, je ne vous diray sinon: Hyems abiit, imber transiit et recessit, flores apparuerunt in terra nostra, tempus putationis advenit. Il ne pleut pas tousjours, tousjours le ciel n'est couvert de nuages;

" Non semper imbres nubibus hispidos, " Manant in agros. "

Multae tribulationes justorum, sed de omnibus his liberabit nos Dominus. Dieu est fidelle, et il envoye la robe selon l'hyver, le vent selon le (sic) voile, l'adversité selon la patience et la tentation selon la force. Il nous essaye comme l'or par la coupelle, comme le soldat par les combats, comme le pilotte par les tempestes ; il est avec nous en la tribulation, et nous tient, comme la nourrice l'enfant trotinant, par les longes, prest de nous relever de nos tresbuchemens. Il soit loué et beny à jamais. Amen.

[Fin août 1613 ]

E. LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL Ier DUC DE SAVOIE

Monsieur de Geneve,

L'entreprise que ces bonnes Dames font de vivre en si grande perfection dans nos Estats Nous plait beaucoup, ayant des grandes esperances du fruit de leurs prieres. L'Infante Duchesse de Mantoüe, ma fille, est toute joyeuse de se voir choisie pour estre protectrice d'une si vertueuse compagnie et saincte assamblee (note 253), le service de laquelle Nous aurons a cœur d'un soin tout extraordinaire, excité par l'amour particulier que Nous avons a vostre personne, et par la vertu que l'on Nous raporte reluire en ces bonnes Dames, pour l'edification de la province. Faictes qu'elles prient Dieu pour Nous ; Nous nous y attandons, comme aussi d'avoir part tous les jours en vos oraisons. Sur ce, Nous prions Dieu vous avoir en sa saincte garde et benir toutes vos sainctes entreprises pour le service de sa Majesté.

C. EMANUEL, Duc de Savoye.

A Thurin, 22 decembre 1613.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastere de la Visitation d'Annecy. F. LETTRE DU CARDINAL CAFFARELLI-BORGHESE SECRéTAIRE D'éTAT (note 342)

Per instanza fatta a Nostro Signore da i Monaci riformati di S. Benedetto di Savoia, si contenta Sua Santità che V. S. sopraseda di procedere nella causa che verte tra loro et quei della Congregatione di Fogliens per occasione di alcune Bolle , fin tanto che la Santità Sua resti ben informata da Monsignor Nuntio di Savoia di quel che passa in questa materia (note 345). Che tanto mi ha imposto di scriverle da sua parte. Et il Signore Dio la contenti.

Di Roma, li 28 di Dicembre 1613.

Al Vescovo di Genevra.

Revu sur une copie conservée à Rome, Biblioteca Angelica, Ms. I225, vol. XI, fol. 41 .

G. LETTRE DE MATHIAS EMPEREUR D'ALLEMAGNE (note 12)

Reverend, cher et devost Prince,

Encor que sellon le debvoir que Nous avons d'avoir soing aus affaires importants de nostre Empire, (note 14) Nous avions assigné l'assemblee generale dans nostre ville Imperiale, a Ratisbonne, par une Nostre derniere du 22e octobre de l'annee dernierement escheüe 1613, au premier may de l'annee presente 1614 , affin de deliberer et resouldre sur les points contenus en noz propositions faides pour la derniere diette : Nous avons veu, et avec un extreme regret, cogneu et sceu par des advis tres asseurés, que l'ennemys (sic) immortel de toutte la Chrestienneté, tous les jours s'en va d'aultant plus avançant et empietant sur les pais voysins de la province de Sibebourg (sic ?), laquelle il a soubjugué et reduict en sa puissance avec tout ce qui en despandoit; de sorte que, non content d'avoir, avec un tres grand dommage et cruelle guerre, surmonté ces dictz pais, mais, au tres grand prejudice de la Christienneté, commis plusieurs conflictz tres cruelz et sanglantz et desquelz a present il ne veult desister ; car Nous sommes tres asseuré que, pour ce printemps, il se prepare pour attaquer avec touttes ses forces nostre royaume d'Ungrie et les pais Christiens qui luy sont voysins. Et est facile a chequ'un de voir en quel grand danger et doubte doibvent estre lesdictz Estatz voysins, comme aussy noz royaumes frontiers, et par consequent tout le Sainct Empire romain, sy Nous ne taschons de repoulser et empecher ce tyran en la defence de ces dictz pais, contre lesquels il va de plus [en plus] accroisant sa mauvaise volunté pour avancer la ruine, qu'il desire, du Christianisme ; et semble avoir desja rencontré et empoigné les commodités pour executer sa tyrannique volunté et cruelz desseins.

De sorte que, voyantz que lesdictz pais sont en tres grand danger et que silz ne sont secourus ilz ne peuvent eviter leur ruine : a ces fins, a esté continuee et assignee l'assemblee desdictz Estatz en ladicte ville de Ratisbonne, pour le premier de febvrier de l'annee prochaine 1615. De quoy Nous vous avons donné advis, comme aussy a tous les Princes Electeurs et Estatz de l'Empire, avec desir de vous convier de Nostre Imperiale autorité, de vous treuver audict jour, 1 febvrier, en ladicte ville, en personne propre, puisque sans l'assemblee desdictz Princes Electeurs, aultres Princes et Estatz de l'Empire, ne se peult resouldre ce qui touche et le repos commun et le bien public de tout l'Empire ; oultre que l'absence de plusieurs de noz Electeurs et Princes en la derniere diette, empecha les effaictz que l'on attendoit d'icelle, au grand prejudice de tout l'Empire. Ou bien, estant V. R. empechee par l'indisposition de sa personne (que Dieu ne permette) ou par quelque (sic) aultres importantz affaires, de se treuver en personne, que ce soit par procureur, avec ample instruction et charge, affin que les communs affaires dudict royaume se puissent resouldre, et les malheurs desquelz il est menassé, empecher par l'asistance des Princes Electeurs et autres Princes et Estatz et par la vostre. Et particulierement, se puissent terminer les propositions avancees pour la derniere diette, et que vostre assistance serve a la resulution de ce qui a esté avancé et proposé contre ce cruel ennemy des Chrestiens, le Turc (note 14), et pour les necessités de la conservation des forteresses voysines d'icelluy, que sont les defences de tous les pais Christiens ; et que le secour accordé pour trente moys ait lieu par tout l'Empire, et que l'on se puisse accorder pour la levee de quelque bonne armee, affin de l'emploier pour repoulser ledict ennemy des Chrestiens et aneantir ses forces qu'il va tous les jours accroisant. Sur ce, de Nostre Imperiale autorité et bienveuillance, et expressement, vous avons Voulu de rechef exhorter a vous treuver a ladicte assemblee, avec les Princes Electeurs, aultres Princes et Estatz dudict Empire, audict jour, premier de febvrier de ladicte annee 1615.

Or, puis que pour la conservation de la religion et paix de l'Empire, il est necessaire qu'ilz soient faictz des edictz, loix et ordonnances qui seront inviolablement gardees et observees sellon leur portee, affin que par ce moyen touttes les menees, factions, forces et inquietudes qui se font en icelluy puissent estre empechees et aneanties, et a ces fins vous avons, il y a desja quelque temps, mis le tout en avant ; comme aussy plusieurs aultres incommodités, qui desja vous furent proposees a la derniere diette et qui se vont tout le (sic) jours de plus accroissantz et augmentantz, Nous offrantz Nous mesme pour touttes les dictes necessités Nous emploier en tout et par tout sellon ce qui sera trouvé expedient et resoulu par tous lesdictz Princes et Estatz en ladicte assemblee. Et ne doubtons aucunement que vostre volunté, et de tous lesdictz Princes et Estatz, ne soit tousjours telle, que vous vous porterez tousjours avec une vraie affection pour le contenu ausdictes propositions, et serez tousjours zelé a l'avancement du bien de l'Empire, non seulement en ladicte assemblee, mais encor ou vostre assistance sera necessaire ; protestantz, au deffault de ce que la ou lesdictz Estatz et assemblee ne se resouldront a quelque chose de bien, pour la tuition, deffense et soulas de la Christienneté, que ce ne sera a nostre coulpe, ains, comme Nous avons tous jours tesmoigné par tout, nostre syncerité et affection se rendra de plus en plus prompte, comme desja des nostre election Nous vous avons faict paroir en ce que Nous nous sommes portés en ce qui a esté du bien et repos de tout nostre dict Empire, et n'y avons espargné aucun hazard, mesme de nostre vie, comme Nous ne ferons encor par cy appres.

Nous recommandant sur ce a vostre bonne devotion, Nous offrantz de continuer a vostre endroict Nostre benigne affection.

Donné a nostre chasteau de Lyntz, le 18e mars 1614, la 2e annee de nostre Empire, la sixiesme de nostre coronnement en Ungrie et la 3e de nostre coronnement au royaume de Boeme.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation d'Annecy.

H. LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL 1er DUC DE SAVOIE

Tres Reverend, tres cher, bien amé, feal Conseiller et devot Orateur, N'ayant rien plus à cœur (note 462)que le bien de Noz subjectz, et mesmement de la jeunesse d'iceux, Nous avons estimé devoir remettre le soin du College d'Annessi aux Reverendz Peres Bernabites (note 338), les bonnes qualitez desquelz Nous promettent d'en veoir le fruict et commodité que Nous avons tousjours desiré à nosdictz subjectz et à la ville mesme. A cette occasion, Nous escrivons aux Administrateurs dudict College (Appendice II,F,) et aux Scindics (Appendice II, E) pour la remission d'icelluy entre les mains desdictz Peres. Et d'aultant que la perfection de ce bon œuvre Nous est fort à cœur, Nous avons estimé de l'appuyer à vostre pieté et zele que vous avez toujours monstré à l'avancement de la vertu, ennemye de l'oysiveté, en laquelle bien souvent la jeunesse se pert. Et pour ce, vous Nous ferez plaisir bien agreable d'embrasser à Nostre nom l'execution de cette Nostre voulonté et l'establissement desdictz Peres dans ledict College, facilitant touttes les difficultez que l'on y pourroit trouver, afin que Nous puissions recevoir ce contentement sans contredit ne replique. Et Nous promettant que vous l'aurez en recommandation, prions Dieu vous avoir en sa saincte garde.

De Thurin, ce 25 juin 1614.

Le Duc de Savoye,

C. EMANUEL.

CARRON.

A tres Reverend, nostre tres cher, bien amé

et feal Conser et devot Orateur, L'Evesque de Geneve.

Revu sur l'original inédit, conservé aux Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du Collige Chappuisien.

I LETTRE DU PRINCE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE (note 451)

Illustre et molto Reverendo Signor,

Io ho sentito particolar contento che da cotesta Università se sia procurato d'introdurre i Padri Bernabiti, (note 462) perchè sono Religiosi di tal essemplarità et dottrina che meritano d'esser desiderati in ogni parte. Venendosene a quest'effetto alcuni di loro, ho voluto appoggiarli all'autorità di Vostra Signoria, per essere conveniente che faccino a lei capo in materia simile. Onde havro caro ch' Ella, per mio rispetto particolarmente, gli favorisca cosi nell' avviamento come nel progressa dell' opera, poichè Ella havrà edificatione dei loro instituti et portamenti, et coteste sue anime cibo quotidiano di spirito et di ogni salutifero ammaestramento ; oltre che l'attione per sè stessa le riserva lode et merito dove è sempre certa la mercede. Et me le offero ail' incontro con tutto l'animo. Di Vostra Signoria,

Come fratello,

Il CARDINALE DI SAVOIA.

Di Turino, à 25 di Giugnio 1614.

All' Illustre et molto Revdo Sigre,

Monsr il Vescovo di Geneva.

Revu sur le texte inédit, inséré dans le Contrat du 5 juillet I6I4, Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du Collège Chappuisien.

J. LETTRE DU CARDINAL CAFFARELLI-BORGHESE SECRETAIRE D'éTAT

è ricorso da Nostro Signore,(notes 272,341) con l'alligato memoriale, il Generale della Congregatione di Fogliens , con far instanza che V. S. proceda avanti nell' essecutione delle Bolle di Sua Beatitudine sopra la concessione fatta a essi Padri dei Monasterio et mensa monacale dei Priorato della Madonna di Talloira, non ostante l'appellatione interposta per parte dell' Abbate commendatario della Badia di Savigni in Lione di Francia et monaci di detto Priorato (note 272, Appendice II,C). Sopra di che ha risoluto Sua Beatitudine che si scriva a V. S. che non ostante l'ordine di supersessoria già dato (Appendice II,F), Ella proceda in questa causa per termini di giustitia, conforme alle Lettere Apostoliche presentateli. Et Dio nostro Signore la prosperi.

Di Roma, li 22 d'Agosto 1614.

Revu sur une copie conservée à Rome, Biblioteca Angelica, Ms. 1225, vol. XI, fol. 234 (note 966).

K. LETTRE DE DOM BRUNO D'AFFRINGUES (note 484) GéNéRAL DES CHARTREUX

Monseigneur,

* Apres avoir baisé les sacrees mains de Vostre sainte et Illustrissime Seigneurie, je ne puis m'empecher de vous dire que, passant par Lion, tout foible que je suis, j'ay, comme un autre Samson, gousté, odoré et loüé la suavité, douceur et pieté du mesnage et du miel de vos cheres abeilles, qui ont jetté leur premier essaim dans cette fameuse ville, ou elles sont en tres grande et rare estime (Appendice III). J'en loüe Dieu, Monseigneur, et le benis de ce quil a fait, par vous et la tres digne Baronne de Chantal, une œuvre si sainte et digne de la main, de la peine, du travail des Saints ; car tels ouvrages ne se peuvent jetter au moule que par des ames singulierement esleües. Le progres fera voir de plus en plus que la douceur de la Providence de Dieu sur plusieurs ames se manifeste en nos jours. Perseverez, Monseigneur, a faire tel present a nostre France, et pleust a Dieu que nostre Grenoble possedast desja un couvent de vos cheres Filles , comme une relique de vostre esprit que l'on voit beaucoup reluire en elles. Je le demanderay a Dieu, pour le bonheur de cette ville, avec la mesme passion que je suis Vostre tres indigne et obeissant serviteur, FRERE BRUNO, General des Chartreux.

De la Grande Chartreuse, ce 14 aoust 1615 .

Revu sur le texte inédit, inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastire de la Visitation d'Annecy.

L. LETTRE DU PèRE éTIENNE BINET DE LA COMPAGNIE DE JéSUS

Monseigneur,

Il n'y a remede, si faut il que je fasse un peché veniel, vous allant distraire de vos grandes occupations pour lire mes esgratigneures, vous, dis-je, que je vois occupé, et non empressé, a cultiver vostre petit paradis terrestre. Je loüe Dieu d'un cœur joyeux que vous ayes transplanté la racine et des branches en nostre France, ou elles rendent desja une odeur de pieté et de devotion qui restaurera la devotion et ralumera le feu du saint amour en plusieurs cœurs de glace. Le Reverend Pere Maillan qui, comme vous savez, est a Lion (note 833), m'escrit qu'il trouve en madame de Chantal tout ce que l'on loüe es saintes vefves qui l'on devancee, et quil luy semble, quand il luy va parler, qu'il va dans l'oratoire de la devote et genereuse Judith, tellement tout y respire le Ciel et l'esprit d'oraison. Il apartient a vostre digne main d'avoir mis dans cette sainte Congregation une si profonde loi d'humilité, que jamais aucune n'aye la hardiesse de lever ses yeux pour manger le fruit defendu de la desobeissance. Ainsi en fay-je priere a Dieu, et me semble que je vois tout le Ciel rire de contantement, et tout l'enfer fremir de rage contre cette nouvelle façon de suivre Jesus Christ, ou tant de bonnes ames trouveront le chemin du beau Paradis. Si j'estois utile en quelque chose a leur service, voila ma chetifve personne que j'offre a Vostre Seigneurie, avec protestation que je suis

Vostre tres obeissant serviteur,

ESTIENNE BINET, Jesuite.

[1615]

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastére de la Visitation d'Annecy.

II LETTRES DE PRINCES ET AUTRES PERSONNAGES A DIFFéRENTS DESTINATAIRES

A. LETTRE DE CHARLES-EMMANUEL Ier DUC DE SAVOIE AUX RELIGIEUSES DE LA VISITATION D'ANNECY

Le Duc de Savoie.

Reverendes, cheres, bien amees et devotes Oratrices, Nous avons heu fort agreable l'election que vous aves faicte de l'Infante Duchesse de Mantoue, ma fille, pour vostre mere et protectrice ; et louantz vostre pieté, charité et devotion, Nous avons esté tres ayse qu'ayes erigee vostre Congregation a l'imitation de celles que sainct Charles a institué a Milan. Aussy vous avons Nous voulu asseurer par ceste, de vous vouloir avoir en particuliere protection, et vous ayder, favoriser et assister en tout ce quil sera necessaire pour l'effect d'un si bon œuvre, comme Nous escrivons aussi de le fere au Marquis de Lans , mon neveu , et a nostre Senat de Savoie , auquel vous pourres recourir pour touttes sortes d'occasions. La Contesse de Tournon a charge de l'Infante d'assister a son nom a la solennité que vous feres, et de l'advertir de ce qu'elle pourra fere pour vous . Priantz, sur ce, Dieu vous avoir en sa saincte garde.

A Turin, ce 22 decembre 1613.

BOURSIER.

Aux Dames de la Congregation de Nissi.

Aux Reverendes, cheres, bien aimé (sic) et feales Oratrices, Les Religieuses d'Annessi.

Revu sur l'original conservé à la Visitation d'Annecy.

B. LETTRE DE L'INFANTE MARGUERITE DE SAVOIE DUCHESSE DE MANTOUE A LA MèRE DE CHANTAL

Tres chere et devote Oratrice,

La resolution que vous aves prise de servir avec tant de zelle a Dieu et au prochain Nous a esté tres aggreable, et Nous ne pouvions recevoir davantage de contentement que de l'election que vous aves faicte en Nous, pour estre mere et protectrice de vostre devote compagnie ; ce que Nous avons accepté tres volontier, pour avoir part a une sy bonne œuvre. Aussy avons Nous faict que Son Altesse, mon Seigneur et pere, vous aye bien particulierement recommandee au Marquis de Lans et au Senat (notes 974,975), auquel vous pourés recourir pour toute sorte d'occasion, comme aussy a Nous, qui ne manquerons de vous favoriser et assister de tout nostre pouvoir, comme la Contesse de Tornon vous dira a bouche, a laquelle Nous avons donné charge d'estre presante en nostre nom a la solannité que vous feres (note 722). Il me reste dong a vous dire que, comme tous les fleaux que nous souffrons viennent du courroux que, justement, Nostre Seigneur conçoit contre nos pechés, ce quil ne se peut mieux apaiser que par les devotes oraisons des ames religieuses, Nous avons jugé que les vostres seroient tres a propos pour faire souvenir la divine Majesté de sa misericorde et regarder de son œil de pitié nos aflictions publiques.Voila pourquoy je vous conjure de prier sans intermission, afin que bientost nous puissions voir quelque bout de tant de calamités; ce que Nous asseurant que vous ferés volontier, je vous recommande de prier en particulier pour moy, qui vous cheris bien fort.

De Thurin, 22 decembre 1613.

MARGARITA.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastére de la Visitation d'Annecy.

C. LETTRE DE M. PHILIPPE DE QUOEX A SON FRèRE CLAUDE

De Rome, 18 janvier 1614.

JESUS + MARIA

Monsieur mon Frere,

Advant hier, (note 270) a deux heures de nuict, M.

Gojon (notes 113, 132) m'envoya quantité de lettres, desquelles il paia un florin de port. Vray est que le pacquet que ne luy voulutes addresser, M. Trabichet le luy le addressa, auquel estoient touttes ces lettres du bon Pere Diego ; j'ay donc receu trois des vostres tout a coup, du 21, 22 et 29 decembre, ensemble la procure et lettres pour l'Ambassadeur et M. d'Albon , auxquelles je vous respondray tant amplement que le loisir le me permettra. Je vous ay tous-jours accusé touttes celles que j'ay receu.

Il y a aujourd'huy trois sepmaines que j'obtin la supersessoire, et vous donnay advis par diverses voyes comme je l'avois envoyé à Monseigneur par voye du Nonce ; j'ay grandissime envie d'entendre la reception. Quand a ce que vous me dites que je debvois faire que les Cardinaux escrivissent que le Nonce commit des non suspectz pro informatione, cela ne se pouvoit, puisqu'alhors il ne se parloit que de la volonté de Son Altesse, pour laquelle sçavoir et procurer nous estre favorable, j'obtins lesdites lettres au Sieur Nonce.

Je loüe infiniment Nostre Seigneur de vostre bonne et tous-jours meilleure convalescence, vous asseurant que quotidie in sanctissimo Missœ Sacrificio je la recommande, ensemble tout ce qui depend de vous, a la misericorde et bonté divine.

Quand aux lettres que le bon Pere Diego escrit au Pere Ignace, elles ne me peuvent a present guieres servir, ny autres, puisque, comme je vous ay desja escrit, que le Dataire m'a faict dire cb'io jaccia citare la parte (note 270), etc.; mais je n'y ay encour rien faict, car j'estoys conseillé de ne rien bouger sans les lettres de Savigny. Et maintenant, pour commencer, je suis fort en peine, car il est du tout impossible de ce faire sans une grande despense, car il faut faire escrire in jure et facto, et païer, etc., comme vous sçavez ; car ce sieur d'Albon est fort prattique, et peut, mais il est si attaché au gain, qu'il ne veut travailler sans estre paié. II m'a bien dict que pour ce qui est de faire des services de sa personne, qu'il le fera; mais c'est tout froidement, car il croioit que cecy seroit une cause ou il y auroit a gaigner. Et quand je luy ay remonstré la pauvreté, il m'a dict que si je voulois d'argent pour fonser et despendre (dépenser) comme il faut, il le me presteroit tant et si grande somme que je voudrois, pourveu que je m'obligea moy seul, en bonne forme de Chambre, pour me pouvoir faire excommunier au defaut du paiement. Je luy ay dict que je me contentois d'y mettre mes peines, sueurs et fatigues, mais qu'outre que je n'avois le moien de ce faire, quand je l'aurois, je ne me voudrois soubzmettre a tel danger.

Je tascheray de faire escrire quelqu'un pour Dieu; et encour, si M. Gojon me donnera argent, je fourniray quelque chose, mais tout bellement; car ce bon sieur voudroit tirer la cause au long et y voir moien de gaigner. Il est marry de ce que M. de Savigny ne faict point d'estat de luy si non quand il en a besoin; et quand a ces memoires que je vous manday de sa part, avec le reste de ses louanges, rogatus rogabam. Il fera quelques diligences et tout ce qu'il pourra, pourveu qu'il ne faille ny debourser ny escrire, car il m'avoit des-ja promis de faire le... ; mais il s'est excusé, voiant la pauvreté. Si vous estes content, et ces Messieurs , qu'on despende, et qu'on ne laisse, a faute d'argent, de solliciter et plaider, escrivé le moy, et ordre a M. Gojon de fournir ; car il a receu ordre de me bailler jusques a la somme de 60 florins, et il ne faudra pas beaucoup que la somme sera des-ja achevee, car il ne touche pas terre, comme vous sçaves. l'apprehension que j'ay que, puis appres, on ne pourra paier et rembourser, me faict aller si retenu a despendre ; car si vous m'asseuriés qu'ilz auront de quoy a la fin du jeu, je ne serois si ciche a despendre.

J'ay empronté de Nombride dix ducattons en piece, desquelz je me suis cedulé ; je vous prie que, s'il mande la cedule, qu'on les paie a qui la portera. Escrives moy donc tout court que je despende ce qui sera necessaire au proces et sollicitations, ou vraiement que il ne se peut ; car vous sçaves que je vins avec ferme croiance de tous nous autres de faire merveilles avec mes attestations, et non poinct pour plaider. Item, si vous estes d'advis que mettions la cause en Rote, car le Procureur de Sainct Paul dict que l'y ayant mise, que j'obtiendroys sans delay mandatum de manutenendo, et qu'avec cela je m'en pourrois aller, et que luy auroit le soing de defendre la cause et que, possible, les Peres Feullantz ce voiant, quitteroient.

M. de Savigny a faict bonne procure, mais il n'y a pas mis tout ce qui est necessaire, car il nous commet en façon que l'un ne peut rien sans l'autre, et quod unus cœperit, alter prosequi poterit ; et ny est pas aussy la…. substitutionem. J'avois demandé qu'on la fit au Procureur general de Sainct Paul et au Dom Constantino , car c'estoit le mieux ; car ce Procureur est un grand personnage qui, en brief, sera faict Abbé, et, a ce que j'ay conneu, il n'a pas gousté de se voir a la queue de deux autres Procureurs. Touttesfois, il n'a laissé pour cela de me promettre, hier mattin, que demain il s'en iroit expres treuver le Procureur general des Feuillantz, et luy mostrer la copie de la procure que j'ay transcrit en italien, et luy dire tantum que s'il ne desiste de telle sollicitation (puisque il est prié de M. de Savigny et constitué Procureur), qu'il prendra la chose en main a bon escient. Je verray et sçauray quelle responce il rapportera. Vous ferés fort bien, si quelqu'un va a Lyon (car il ne faut mander expres), d'escrire a M. l'Abbé qu'il fit un' autre procure, seulement au Procureur general de la Congregation Montis (note 991), etc., sans y mettre son nom, quoy que je l'aye envoyé; car, comme cestuy en sera Abbé, la procure servira pour son successeur et au Pere Dom Constantino Gaietano, decano di essa Congregatione et continuo commensale di Sua Santità (note 992) ; et ce attendant, je ne lairray, avec celle que nous avons, de travailler tout ce qui se pourra. De mesme, que ledict sieur Abbé fit un mot de remerciementz auxdicts Peres, de tant de peine qu'ils ont desja prins a defendre son droit, et de mesme nous (sic) Reformés fissent une belle lettre en latin, tant humble qu'ilz pourront; car cela les encouragera au double de m'assister.

Aujourd'huy, M. d'Albon et moy sommes allé parler au sieur Ambassadeur et presenter la lettre du sieur de Savigny; il l'a leu fort attentivement, et puis a dict qu'il ne se voudroit point embarquer en cet affaire sans estre asseuré d'en pouvoir rapporter l'honneur et la victoire, car, dit il, " Si ces Feulliantz sont portés du Duc, il y aura bien que faire (note 272); que si Leurs Majestés m'en escrivoient un mot, alhors nous ferions prou. " Ce nonobstant : " Allés vous en (a il commandé audict sieur d'Albon, me presente) aux Feulliantz et parlés au Procureur general, luy disant que je vous envoye expres vers luy pour [voir], par ce que Leurs Majestés et l'Abbé de Savigny m'ont escrit touchant un certain Prieuré , et qu'il nous dit ses raisons pourquoy ; et outre ce, qu'il me vienne parler. " Ledict sieur d'Albon y vouloit aller sur le champ, a condition que je l'accompagnerois ; je me suis excusé, et dict que pour avoir donné la lettre et informé une fois ledict sieur Ambassadeur, que je me contentois ; mais que pour y retourner a solliciter et courtiser, ce sera tant furtive et rarement que je pourray, par raisons, etc. ; tellement, qu'il a remis a demain mattin d'aller faire son ambassade. Dieu vueiIle qu'elle profite !

Il faut encour escrire audict sieur de Savigny qu'il fasse escrire en sa faveur par le Roy audict Ambassadeur. Au reste, en un mot qui en vaut mille : Si Son Altesse parlera en faveur des Feulliantz a Sa Saincteté et priera pour eux, il en sera faict sans autres formalités ; sinon qu'en ce cas ledict sieur de Savigny voulut mettre la main a la bourse, et disputer icy la cause a bon escient. Quant a la surprinse de laquelle vous me donnés advis, il ne faut doubter qu'il (sic) procureront de se justifier , voyant que par tant de memoriaux je les ay accusé d'avoir mal supplié; mais je ne pense pas pour cela que l'on n'entende et voye mes attestations quand serons en lice. Je n'y peux faire autre que de informer le Dataire, ce qui va a la longue, pour les grandes occupations ou [il] est. D'en parler au Pape, cela seroit du tout superflu, puisque quand je luy parlay tout premier [avec] le Cardinal Bellarmin (note 274), nous l'informames de tout. De luy dire : En cas que Son Altesse vueille, etc. ; que deviendront, etc. ? Cela est tout clair que ceux qui sont reformés ne seront jamais chassés , mais seulement les autres, ains seroient ad vitam dans leur monastere, au moins s'ilz y vouloient demeurer ; mais M. le Prieur n'a point du tout de volonté d'y demeurer . Quand Dieu permettroit tout cela, sa saincte volonté soit accomplie !

Je ne sçaurois mieux montrer la grande affection que j'ay a defendre et maintenir cette saincte reforme, que d'avoir entreprins si long voiages et des si grandes peines et sueurs que j'ay supporté et supporteray courageusement et allegrement pour l'amour de Dieu et de ce grand Pere des moines, sainct Benoit; mais avec tout cela, je suis tout preparé de recevoir avec toutte sorte d'actions de graces. de patience et mortification, tout sinistre evenement qui pourroit arriver, puis que c'est chose asseuré que Dieu permet tout pour le mieux. Si vous jugés que je perde courage, par la presente, vous le jugerés mieux par un'autre ou je vous parle plus sec, quand j'ay veu ne sçavoir ou donner de la teste au commandement du Dataire. Mais ce n'est point pour cela que je perde courage ; mais il est impossible que je ne resente grand'affliction en mon esprit en semblables occurrences. Dieu soit loüé ! Soyés certain que mon courage durera autant que ma vie; autant puisse durer l'argent ! Il faut vous repeter le mot principal. affin que, tant vous qu'autres a qui il appartient, vous prepariés comme moy: si Son Altesse faict sçavoir a Sa Saincteté sa volonté en faveur des Feulliantz, il ny aura autre remede que celuy que je vous ay desja allegué. Je n'ay encour la responce de Mme des Gouffiers (notes 346, 369) et si non qu'a la requeste et remonstrance que. Monseigneur le Reverendissime en fera a la Congregatione di Vescovi (note 349), comme je luy ay escrit que j'estois d'advys, per ultimo remedio, croyés qu'il (sic) n'en feront rien, tres marry que j'en suis.

La responce au memorial que j'ay donné pour M. de Sirvinges (note 357) est : Unusquisque maneat in sua vocatione, car, si è buon Religioso, procuri di corregere et ammaestrare li altri ; si è discoIo, peggio sarà essendo fuori del manasterio.

M. de Chastel escrit a M. Gojon qu'il m'escrit, mais je n'ay point receu de ses lettres. [Je] luy escrit; vous la verrés et [baillerés]. Ne procurés pas, s'il vous plaict, qu'il me donne des commissions qui me puissent empescher en l'affaire principal, qui requiert totum hominem. J'ay prié M. Gojon de promptement faire la supplique de Cornier et la solliciter, mais, comme vous sçaves : qui n'aura de quoy expedier les Bulles, je ne le conseille d'envoyer a Rome, car touttes les supplications de nostre pays sont accrochees pour les Bulles.

M. Gojon m'a faict voir la vostre cum rubore, car il semble que vous luy parlés un peu hault ; mais vous avés bien faict, affin que, maintenant qu'il a ordre, qu'il ne fasse tant me promener. Cet (sic) du tout un bon personnage et qui nous est du tout amy; vere Israelita in qua dolus non est. Il m'a desja mandé, outre un disné qu'il me donna la vigile saincte Catherine, deux fois de son vin.

Collomb partit le 8 du present, tout seul, avec six ducattons que je luy rendis, qu'il m'avoit presté par …………..il luy faschoit fort, et a moy aussy, car l'abondance de ses larmes m'inviterent a pleurer aussy tendrement comme j'eusse fait pour mon propre frere. Mais, patience; il faut faire de necessité vertu, et ce que l'on peut, et non ce qu'on veut. Dieu soit loüé ! Je luy ay donné grand nombre de lettres; et dempuis son despart, le tems a tous-jours esté tres-beau et serain, et l'est tous-jours, Dieu mercy. Je prie Nostre Seigneur l'accompagner. Il a acquis prou de devotion pour toutte sa vie, s'il la sçait conserver : Dieu luy en fasse la grace.

J'ay executé vostre intention devant que la sçavoir. Je suis tousjours en la mesme chambre, devant l'eglise neufve, et n'en bougeray jusques a mon despart, lequel sera au tems et jour precisement que me manderés. Pour moy, je voudrois que ce fut desja demain, tant je m'ennuy, non pour autre que pour voir si grandz frais et si peu de moiens de les paier ; sçaches moy donc, je vous prie tres humblement, a dire et commander quand il faudra caparrare cavallo.

M. Gojon m'a dict qu'il avoit escrit et esclarcy M. Chastel des 50 florins. J'ay aujourd'huy salué Monsignor Hortentio de Rossi, jadis nostre Procureur, et adesso Cammissario della Cancelleria ; il m'a demandé fort courtoisement de vostre estre, etc, Je vous ay escrit amplement de vostre faict. De François Pessard (?), j'attendz responce en finissant ceste, laquelle servira pour tous messieurs mes freres, seurs, parentz et amys, auxquelz, appres vous, je baise tres humblement les mains, et demeure a [jamais] de tout mon cœur, Monsieur et Frere, Vostre tres humble, tres obeissant, tres obligé et tres affectionné frere et serviteur, comme filz, PHILIPPE DE QUOEX.

De Rome, le 18 janvier 1614.

J'ay escrit et respondu a M. de Savigny par voye de Lyon, et luy di (sic) qu'il obtienne lettre du Roy, [et] qu'il m'envoye procuration ad cautelam pour les Peres Sii Pauli, etc.

Revu sur l'autographe inédit, communiqué en 1901 par M. Mugnier, président de Chambre honoraire à la Cour d'appel de Chambéry.

D. LETTRES PATENTES DE CHARLES-EMMANUEL 1er DUC DE SAVOIE AU SOUVERAIN SéNAT Le Duc de Savoye.

Tres chers, bien amez et feaux Conseillers,

L'Infante Duchesse de Mantoue, ma fille, ayant prins en particuliere protection la Congregation de celle devote compaignie de Dames, nouvellement erigee a Nissy a imitation de celles que saint Carlo a establies a Millan, assavoir de vefves et de filles vierges, pour vivre ensemble en perpetuelle chasteté, soubz l'hobeissance d'une Superieure ; les jeunes sans sortir jamais, comme es autres Monasteres les plus reformez, et les autres pour secourir les pauvres malades de ce lieu la, ou il ny a qu'un pauvre hospital (note 255) lequel n'a le moien d'exercer la charité qui serait necessaire ausditz mallades ; sans qu'elles praetendent vivre d'aulmosne, ny d'accroistre jamais leur revenu de plus de mil cinq centz escus d'or l'annee, qu'elles esperent d'avoir ou par voye de rente constituee, ou en aultre façon, sans agraver noz subjectz sur le faict des tailles, et se contentantz de recepvoir les vefves qui sont sans incommodité d'enfans, et les filles qui vouldront entrer en celle Congregation, moyennant seulement une pension annuelle leur vie durant * : ce que Nous a esté fort aggreable, pour l'honneur et gloire qu'en doibt resulter a sa divine Majesté et pour le bien et fruict qu'en recevront nos bien amez subjectz. Et partant, vous avons voulu dire par ceste, qu'ayez a les aider, favoriser et assister en tout ce que vous sera possible pour l'effaict que dessus. Et sur ce, prions Dieu vous avoir en sa saincte garde.

De Thurin, le 17e may 1614,

C. EMANUEL.

BOURSIER

Revu sur une copie authentique et inédite de l'époque, conservée à la Visitation d'Annecy.

E. LETTRE DU MêME AUX NOBLES SYNDICS D'ANNECY (note 545) Le Duc de Savoye,

Chers, bien améz et feaulx, Il y a long temps que Nous avons desiré de redresser vostre College , tant pour l'avancement de la jeunesse, que pour l'orne ment et commodité que la ville d'Annessy en particulier en doibt recevoir. Et ayant faict reflexion sur les bonnes qualités des Reverends Peres Bernabites (note 338), despuis que Nous les avons placés en ceste ville de Thurin, les trouvantz tres capables d'apporter a ladicte ville d'Annessy ung grand bien spirituel et temporel, Nous avons estimé de le faire remettre entre leurs mains, avec tous les biens, revenus, droictz et charges d'iceluy (note 337), saufz de moderer ce qui pouvoit estre contraire a leurs Reigles et Constitutions. Et pour ce, Nous vous disons de faire promptement ladicte remission, par contract autentique, sans y aporter difficulté ny longueur (note 979), moins en attendre de Nous plus particulier commandement, puis que telle est Nostre volonté. Et non seulement vous Nous donnerés en cela ung grand contentement, mais aussy tesmoignerés par la vostre affection au bien de la ville et de nos subjectz d'icelle, qui en doibvent ressentir le fruict. Et Nous asseurantz que vous y ferés tout incontinant, prions Dieu vous avoir en sa saincte arde.

De Thurin, ce 25e juin 1614.

CARRON.

Aux Nobles Scindics de la ville d' Annessy.

Revu sur le texte inédit, inséré dans le Contrat du 5 juillet 1614, conservé aux Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du Collège Chappuisien.

F. LETTRE DU MêME AUX ADMINISTRATEURS DU COLLèGE CHAPPUISIEN Le Duc de Savoye.

Reverends, chers, bien améz et feaulx Orateurs, Voyant que le College d'Annessy a besoing d'estre restauré pour l'utilité de la jeunesse, bien et commodité de la ville, il Nous a semblé bon de ne pouvoir faire meilleur (sic) ny plus convenable election que des Reverends Peres Bernabites, lesquelz nous recognoissons tous les jours plus habilles et capables d'en avoir le soing. C'est pourquoy Nous escripvons aux Scindics de le remettre entre leurs mains, avec tous les biens, revenus, apertenances et aultres droictz d'iceluy, et vous exhortons d'y aporter toute la facilité qui dependra de l'aucthorité que vous y avés (note 463), a celle fin de ne retarder ung si grand bien que non seulement la ville, mais toute la province en doibt ressentir. En quoy vous Nous ferés plaisir tres agreable, ne desirant rien tant que la bonne institution de la jeunesse et le bien de Nos subjectz. Nous voulons tant croire de vostre zele au mesme bien, que vous franchirés toutes difficultés qui s'y pourroient presenter, afin de rendre cest œuvre a sa perfection. Atant, prions Dieu vous avoir en sa saincte garde.

De Thurin, ce 25e juin 1614.

CARRON. A Rds noz chers, bien améz et feaulx Orateurs,

Les Doyen de Nostre Dame et Prieur de St Dominique,

Administrateurs du College de nostre ville d'Annessy.

Revu sur le texte inédit, inséré dans le Contrat du 5 juillet 1614. conservé aux Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du College Chappuisien.

G. LETTRE DE M. RENAUD DE LA GRANGE (note 621) AU DUC DE VILLEROY

Monseigneur,

Je ne vous saurois dire (note 477)l'extreme contentement que Monseigneur de Nemours a receu a mon arrivee, lors que je luy ay representé le soin que vous avez de luy. Et l'ay trouvé grandement offencé des manquemens de S. A. de Savoye, quil cache neantmoins, jugeant bien quil ne s'en peut aysement ressentir ; et quant il l'auroit peu, il ne l'eust pas executé sans la permission de Leurs Magestez, en la bonne grace desquelz il veut vivre et mourir, et sous leur protection. Leurs Magestez le voulant ayder, il se promettoit quil se mestroit en confiance avec ceux de Berne et de Geneve, ses plus proches voisins, et qu'en ceste occasion luy permettant de lever des troupes, il fut passé, avec sept ou huit mil hommes de pied et quelque cavallerie, en Piedmont, ou estant, si sadite Altesse ne l'eust contenté de son mariage , il s'en fust revenu assisté, comme il se promettoit, et suyvy de ce quil y a de François et Savoyars dans son armee, qui sont en effet les meilleurs hommes qu'elle aye ; qu'avec l'ayde de Leurs Magestez, il se seroit fait faire raison, et, en tout cas, ny auroit procedé qu'ainsy quil leur eust pleu. Quil connoist clairement que toute la Savoye, et particulierement ses sugets de Genevois, Foucigny et Beaufort, sont lassés de la souveraineté par trop lisentieuse de S. A., qui n'a aucung esgard a leurs miseres depuis vingt ans, et les a reduit au desespoir ; et qu'en la resolution quil prendra, ses voisins, bien conseillés, l'assisteront pour leur interest, et se pourront ensemble maintenir sous la protection de Leurs Magestez. Quil croit qu'estant ainsy mal traité, et ses sugets tant oppressés, il peut justement rechercher d'establir la domination du prince, avec telle condition neantmoins, que luy ny aultre n'en puisse abuser a l'avenir, suyvant ses investitures et privileges, alterés par les declarations de ses predecesseurs qui ne luy doivent nuyre ny prejudicier. Et m'a particulierement dit que sadite Altesse luy est redevable des exactions extraordinaires et logement de gendarmerie faite (sic) contre l'ordre des contrats et transactions passez entre eux et ses predecesseurs, plus d'ung million d'or. Quil remet le tout a vostre prudent avis, et quil veut croire et se conduire en cecy et toute autre chose par vostre conseil, sous le bon plaisir de Leur (sic) Magestez ; quil a tous jours eu une grande volonté d'entrer en conference avec vous des le tems du feu Roy , et en a esté souvent solicité par le sieur de la Bretonniere , son intendant.

Il est aussy extraordinairement pressé par le Duc de passer les monts sans attendre M. de Rambolliet , mais il s'est resollu de n'en rien faire que nous n'ayons de vos nouvelles. Il a des troupes sur pied, et desire que je leur commande (note 621), pour la fiance quil a en moy, et crois qu'a cela l'amitié que M. d'Alincourt me porte m'y a beaucoup servy, et m'a envoyé vers luy pour savoir s'ils se pourroient secrettement aboucher ensemble ; ce que je trouve dificile, veu l'ombrage que S. A. prend contre ce Prince de son affection envers la France, et du ressentiment de son offence. Et en cas quil se declare ouvertement, il desireroit que l'on negotiast avec l'Espagne, de sorte qu'elle donnast de l'occupation a sadite Altesse du costé de Lombardie, tandis que nous ferons fortiffier quelques places aux terres de mondit Seigneur pour la retraite de ceux quil aura soubz luy.

Il m'a librement dit deux choses touchant le voiage de monsieur de Rambolliet, dont je desire vous avertir : l'une est, qu'ayant connoissance de long temps dudit sieur de Rambolliet, il c'est resollu de ne luy communicquer son dessein, parce quil s'assure quil le descouvriroit a S. A., afin de pouvoir avec plus de facilité negotier ce quil aura a faire avec elle ; et si c'estoit si bien au retour, il n'en feroit aucune difficulté. L'autre est que, quand ledit sieur de Rambomet luy conseillera d'aller trouver Leurs Magestez en poste soudain quil l'aura veu, il ne se peut faire sans savoir l'effet de son voiage, et sil sera utile en se (sic) pais au service de Leurs Magestez, et dissimulera en attendant, sans rien rompre avec sadite Altesse, suyvant ce que je luy ay dit de vostre part ; si bien que, de cela et de toute autre chose, il attendra ce quil vous plaira luy conseiller.

Nous verrons aussy si nous pourrons nous confier a quelqu'un pour faire parler au Prince de Piedmont , qui est veillé de tous costez, et sera difficile de le pouvoir faire, si ce n'est par le moyen de quelque ecclesiastique partial d'Espagne, qui luy represente le peril quil y a de voir la religion nouvelle introduitte dans les terres de son pere, qui semble y incliner du tout. Ledit Prince est fort consiensieux, et cela, plus que toute autre chose, est capable de l'esmouvoir ; a quoy nous n'oublierons rien pour troubler tous ses desseins.

Et recevons tous les jours des courriers en ce lieu, de S. A., de son fils le Cardinal , et marquis de Lans, pour faire passer mondit Seigneur en Piedmont, et connoissons le repentir quil a de l'avoir laissé sortir de Thurin. Tout ce lieu [est] plain d'espions pour prendre garde a ses actions, et ny a que la seule arrivee de l'Ambassadeur qui le maintienne en confiance et honneur. Cela fait, mondit Seigneur se tiendra sur ses gardes, attendant un prudent avis et ce quil plaira a Leurs Magestez ordonner de luy. Et pour ses troupes quil a en Piedmont, il les retirera toutes les fois qu'on voudra, avec cinq cens hommes de ses sugetz quil fait encores fiIler, et la trouppe du Conte de Salleneufve ; et luy reste quinze cens hommes de pied, cinquante chevaux legers commandés par Noyson, et ses gardes.

Voila, Monseigneur, l'estat de ses affaires, et ce que je vous puis mander de son intention, don je vous supplie tres humblement prendre creance, et que je suis, Monseigneur, Vostre tres humble et obeissant serviteur, LA GRANGE.

Le 11 septembre 1614.

Monseigneur de Nemours m'a commandé, de puis ma lettre escrite, de vous faire sçavoir quil se conduira selon que M. de Ramboulliet luy parlera de la part de Leurs Magestez et la vostre.

A Monseigneur

Monseigneur de Villeroy.

Revu sur une copie inédite, conservée à la Bibliothèque Nationale, Fonds français, 3650, fol. 141. H. LETTRE DU PRINCE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE AUX ADMINISTRATEURS DU COLLEGE CHAPPUISIEN (note 1005) Il Principe Mauritio, Cardinale di Savoia.

Reverendi nostri carissimi,

Le buone et utili conseguenze che son per derivare dall' introduttione costi dei Padri Bernabiti, sapendosi l'osservanza et essemplarità della lor vita et il decoro verso il culto divino, come anco il zelo della salute dei prossimi, devrebbeno non solo escluder l'oppositioni che se gli fanno circa il rimetter il Collegio (note 547), ma accender ogn'uno à favorir et metter mano in cosi pio et profittevol negotio. Pero, intendendo che dal canto vostro ritrovino durezza per qualche interesse et che i Padri medesimi si offeriscano di rilevarlo con agni conveniente conditione, VI esortiamo con questa à non mostrarvi alieni dall'accordo, nè permetter che simil impedimenta ritardi l'effetto d'un negotio desiderato da cotesta Università et da Sua Altezza, et da Noi particolarmente ; che pero terremo grata memoria della vostra concorrenza col desiderio commune. Et il Signal Dio vi conservi.

Di Turino, à 20 di settembre 1614.

M. CARD. Dl SAVOIA.

Al Decano di Santa Maria et al Priore di San Domenico.

Revu sur l'original inédit, conservé aux Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du Collige Chappuisien.

I LETTRE DES PROVISEURS DU COLLèGE DE SAVOIE A LOUVAIN AUX ADMINISTRATEURS DE CELUI D'ANNECY (notes 545,560,)

Messieurs,

Nous avons receu par le porteur present diverses lettres (notes 563,564) touchant l'incorporation faicte du College de feu Monsr Chappuis (Lettres4, note 446), en vostre ville d'Annessy, par Messrs les Barnabites, par l'authorité, comme vous escrivez, de Son Altesse le Duc de Savoye. Or, comme depuis un moys en ça ou environ, le Docteur de Bay, President du College par deça, est allé de vie a trespas (Lettres3, note 313), et que nous ne sommes bien informés de la fondation de par dela, n'avons pour le present sceu resoudre sur le faict de la dicte incorporation, ains tiendrons la dicte resolution preste pour le premier retour du porteur de ceste (note 560). Touchant le jeune homme qu'il vous a pleu reccomander par vos lettres a feu Monsr Bayeus, sa mort cause que vous ne pourrez venir a l'effect d'icelle reccomandation, laquelle mort cause aussy que nous devons advertir de n'envoyer aulcuns nouveaux boursiers pour les Pasques prochaines, pour se trouver le College arriere de quelques cents escus, lesquels devront estre ramborsés a la maison mortuaire dudict Bayus, lequel, par sa bienveulliance envers ceux de vostre nation, a receu et porté plus de charge que le revenu du College ne portoit. Et sur ce, nous raccomandans tres affectueusement a Voz Seigneuries, demeurons a icelles,

Serviteurs tres humbles,

LES PROVlSEURS DU COLLEGE DE SAVOYE,

GUILIELMUS FABRICIUS, Provisor Collegii Sabaudiœ pro tempore. CORN. SYLVIUS, Proviseur du College de Savoye pour le temps. GERARD CORSELlUS, Proviseur du College de Savoye a Lovain.

Messieurs, en suivant le pouvoir que nous est octroyé par la fondation, nous conformant aux conditions prescrites par icelle, avons esleu pour President, en la place de feu Bayus, sire Jean Massen, prebtre, licencié en la saincte Theologie, ayant l'espace de quatorze ans regenté louablement le Pedagoge de la Fleur de Lys, esperant qu'il donnera contentement a touts en la regence de nostre College de Louvain .

Ce 13 de novembre 1614.

Revu sur une copie inédite de l'époque, conservée aux Archives communales d'Annecy, Série GG, Fonds du Collège Chappuisien.

J. LETTRE DE MGR ANASTASE GERMONIO ARCHEVêQUE DE TARENTAISE ( L5, note 333) AU CLERGé DE SON DIOCèSE (FRAGMENT en latin)

Notes 671, 672, 679.

III. LA FONDATION DU Ier MONASTèRE DE LA VISITATION DE LYON DEUXIèME DE L'ORDRE (note 568)

Des documents inédits et une interprétation exacte et rigoureuse des vieilles Chroniques de l'époque, nous permettent de présenter dans l'ordre des dates et dans leur suite naturelle, les évènements qui introduisirent en France le premier essaim de la Visitation d'Annecy.

A la fin de 1612, la fameuse abbaye du Paraclet ressemblait bien plus à une maison de mondanité qu'à un véritable monastère . Plus de Règle ni de clôture; l'Abbesse (note 370) y menait grand train et prétendait ne relever que du Pape. Mme Elisabeth des Gouffiers, l'une de ses Religieuses, ne l'était devenue que par force et sous la contrainte maternelle . Aussi, tenant sa profession pour nulle, n'attendait-elle qu'une circonstance favorable pour se soustraire à la domination de sa mère et recourir, une fois libre, " a la justice du Saint Siege. " La lecture d'un petit livre de piété, nouvellement paru, vint encore surexciter son désir de quitter le Paraclet : la Providence lui avait fait tomber entre les mains l'Introduction à la Vie devote.

" Cette bonne Dame fut tellement touchée de cette lecture et conçut une si haute estime de l'auteur de ce livre, qu'ayant appris qu'il avait érigé une Congrégation en laquelle il avait donné des lois encore plus parfaites, elle fit vœu à Dieu de ne se point donner de cesse et d'employer toutes ses industries pour se faire conduire à Annecy auprès du saint Pasteur et de la nouvelle Congrégation . Malgré les contradictions qui n'étaient pas pour faire fléchir une volonté tenace, en dépit d'une " petite complexion", (note 359)

et indécourageable, elle put arriver à Lyon.

Vivienne des Gouffiers, marquise de l'Ecluse , qui avait accompagné sa sœur, tomba gravement malade dès l'arrivée et dut retourner en son pays par ordre des médecins. Grand sujet de peine pour Mme Elisabeth, de se voir arrêtée, presque au terme du voyage, par ce malencontreux accident ! Mais Dieu la secourut à propos, en lui ménageant la connaissance de Claude de Sevelinges (Lettres5, note 625), aumônier de l'abbaye de Belleville . Ce digne Religieux était beau-frère d'Antoine Bellot, que ses fonctions d' "

élu " en Bugey, Valromey et Gex avaient souvent mis en rapport avec saint François de Sales . Il fut l'homme providentiel. Séduit, lui aussi, par l'attrait d'une vie plus parfaite, il cherchait la direction du bienheureux Evêque de Genève; il aurait même voulu devenir l'un de ses fils, dans la Congrégation d'hommes dont l'établissement hantait, au commencement de 1613, l'esprit de l'éminent Fondateur . On conçoit. combien cette communauté de vues et de pieuses aspirations dut fortifier dans son espoir la transfuge du Paraclet.

M. de Sevelinges s'empressa d'écrire au saint Prélat pour le prier de s'intéresser au dessein de l'intrépide voyageuse. Il fit plus ; il résolut d'aller trouver le Saint lui-même entre ses montagnes, et vers le 10 janvier 1613, il frappait à la porte de sa résidence épiscopale (Lettres5, note 625).

Le Bienheureux fut tout aise de le recevoir, entièrement disposé à lui donner audience " a sa consolation et edification . " Le chanoine de Belleville l'entretint à loisir de ses pensées et lui révéla les prétentions de Mme des Gouffiers. Celle-ci, d'ailleurs, lui demandait par une lettre à part , avec beaucoup de déférence, d'être admise au nombre de ses Filles.

François de Sales répondit qu'il l'agréerait volontiers, mais il l'avertissait discrètement - sans doute pour lui éviter une déception - que la Visitation n'avait rien de l'opulente somptuosité du Paraclet, que tout y était chétif et rabaissé, excepté toutefois l'ambition de ses hôtes : celle " de parvenir a la perfection de l'amour divin . " (Lettres5, notes 649, 650)

Or, dans le même temps et dans la même ville de Lyon, une vertueuse dame, Renée Trunel, veuve de M. d'Auxerre, lieutenant général au bailliage de Forez (note 583), nourrissait la même espérance. Touchée des merveilles qui se disaient de l'Evêque de Genève, elle aussi avait conçu un très ardent désir de le voir, " de luy remettre la direction de sa conscience et de luy demander l'entrée " dans son premier Monastère . Ame vraiment dévote, " elle entretenoit…. dans sa maison plusieurs filles spirituelles qui faisoient profession" de piété et qu'elle faisoit élever dans la vie interieure et divine, pour s'enflammer en la pratique de la sainte dilection ." C'étaient entr'autres, Mme Chaudon, née Bellet (note 72, 583), et Mme Isabeau Colin, née Daniel (note 584). Même sans se chercher, les âmes en quête de sainteté finissent toujours par se connaître et se rencontrer.

Mme des Gouffiers ne tarda guère à découvrir le petit cénacle et, avec cet esprit conquérant qui lui était particulier, elle eut bientôt fait de décider la pieuse troupe à entreprendre le voyage d'Annecy. Il s'agissait d' " epier ", disent les Annales du temps, " si c'etoit la terre que Dieu leur vouloit donner (note 50). " Cette décision n'était pas le fruit d'un enthousiasme irréfléchi ni d'une vaine curiosité. Un homme d'une grande expérience et d'une robuste sagesse, le P. Grangier, de la Compagnie de Jésus (note 71), le conseiller de ces bonnes âmes, avait approuvé et encouragé la pieuse excursion .

Les pèlerines lyonnaises arrivèrent dans la petite cité de " Nessy " les derniers jours de mai 1613. Leur première entrevue avec le Saint eut lieu dans la matinée du 27 ; il fut " bien content, " écrivait-il l'après-midi à la Mère de Chantal (note 50), " de voir ces bonnes damoyselles..., et particulierement Mme de Gouffier, que je voy toute telle que vous m'aves dit. " Dès l'abord, les deux Fondateurs avaient donc distingué la noble étrangère qui tranchait sur les autres par son esprit de décision et sa vive personnalité.

Les quatre voyageuses furent accueillies, l'on s'en doute bien, " avec des bontés qui leur ravirent soudain le cœur . " On leur donna l'entrée du monastère pour satisfaire leur dévotion. " Elles trouvèrent toute la suite des exercices, la manière de traiter des premières Mères et Sœurs, leur cordialité et leur modestie si à leur gré, qu'elles eussent voulu bâtir céans... quatre petites cellules pour y passer le reste de leur vie. "

" Après avoir séjourné dix ou douze jours " au premier Monastère, ces " bonnes damoyselles" s'en retournèrent à Lyon, à l'exception de Mme des Gouffiers qui ne se put résoudre à quitter les bienheureux Fondateurs, et demeura dans la Congrégation avec des ardeurs inexplicables pour la perfection . " Les trois autres ne sortirent d'Annecy qu'à regret,. protestant qu'elles y laissaient leur cœur.

Une fois à Lyon, ces âmes ferventes, pénétrées des beaux exemples qu'elles avaient contemplés chez les dévotes Filles de la sainte Mère de Chantal, n'eurent plus qu'une pensée : celle d'obtenir une place auprès d'elles. Mme d'Auxerre paraissait la plus ardente à la poursuite de ce projet, mais son désir était sérieusement traversé par la présence de son fils encore jeune, qui avait besoin de sa conduite et de ses conseils. Dans cette perplexité, elle consulta son directeur , le P. Grangier. Celui-ci, connaissant " le fond de cette grande ame, " ne se contenta pas d'encourager vivement son dessein, mais " luy ouvrit la pensée... d'oser quelque chose de plus avantageux pour la gloire de Dieu, par la fondation d'un nouveau Monastere " de la Visitation à Lyon même. " Et ce Reverend Pere, qui avoit contracté une sainte alliance avec " l'Evêque de Genève, " prit la charge de luy en êcrire et de sçavoir son sentiment sur cette proposition . " Le saint Fondateur répondit qu'il l'agréait singulièrement et qu'il en favoriserait la bonne issue par " toutes sortes d'assistances . " Vivement encouragées par cette assurance, Mme d'Auxerre et ses compagnes acquéraient bientôt du "sieur André Olier, marchant epicier, " un immeuble situé rue du Griffon, sur les Terreaux, près de Saint-Claude, paroisse Saint-Pierre (note 751). Restait à obtenir l'assentiment de l'autorité ecclésiastique. La réponse de l'Archevêque, Mgr Denis-Simon de Marquemont, dépassa ce qu'on pouvait attendre de sa piété et de ses sympathies bien connues pour les Ordres religieux : il fit plus que d'accorder les permissions demandées, il donna mille écus pour faciliter l'acquisition de la maison. On accommoda celle-ci au mieux qu'il fut possible, conformément à ce qui avait été remarqué à Annecy. Vers le 8 novembre 1613, le Saint écrivait à Mme de la Fléchère (note 221)

: " Tout va extremement bien en cette petite Congregation. On a envoyé prendre les Constitutions de Lion, ou on projette d'en eriger une. " Et de fait, l'organisation de la nouvelle Communauté allait bon train. Pour la diriger, l'Ordinaire désigna M. Lourdelot (note 589), prêtre du diocèse de Langres, qui avait commencé, sans le finir, son noviciat chez les PP. Dominicains de Dijon. Les Chroniques nous parlent de sa grande piété, mais toutes aussi laissent comprendre que sa prudence n'égalait pas son esprit d'initiative et d'entreprise. Il introduisit une quatrième prétendante Mlle de Valence . Tous deux s'accordèrent bientôt " à donner de nouveaux avis. A l'imitation des anciens contradicteurs, qui disaient si Dieu ne parlait qu'à Moyse, ils dirent aussi... si Dieu ne faisait des merveilles que par l'Evêque de Genève ; si d'autres Evêques ne pouvaient pas ériger des Congrégations autant parfaites et bien réglées que celle qui était établie à Annecy . " Ils s'échauffèrent après ces considérations ; innover leur paraissant chose aussi facile, et en tout cas plus honorable que d'imiter, ils s'éprirent du dessein d'établir une Congrégation indépendante et toute nouvelle.

Mgr de Marquemont se laissa persuader ; on décida que l'Institut serait fondé sous le titre de la Présentation Notre-Dame et que les quatre prétendantes en seraient les premières novices. Mme d'Auxerre, se voyant pressée par une autorité supérieure, se soumit , mais ce ne fut pas sans un grand déplaisir intérieur de falloir renoncer à son cher projet.

" L'esprit humain qui, dans ses entreprises, contrefait turbulemment l'esprit de la grâce, faisait parade d'ardeur à la poursuite de cette bonne œuvre. L'on obtint hâtivement permission du Roi pour l'établissement de cette Congrégation de la Présentation . "

L'inauguration se fit en grande pompe extérieure et avec le concours de toute la ville. Mgr l'Archevêque donna aux quatre fondatrices l'habit religieux : il " consistoit en une robe gris Minime , une ceinture de corde et un voile blanc " costume qui ressemblait à celui des Clarisses. Elles reçurent de M. Lourdelot des règlements provisoires, en attendant de pouvoir choisir l'une des quatre Règles approuvées par l'Eglise .

La nouvelle de cet évènement, raconte la Mère de Chaugy dans ses Mémoires (part.III, ch IX), " fut apportée à Annecy lorsqu'on croyait que l'on venait prendre des Sœurs pour aller fonder à Lyon. Notre bienheureuse Mère ne se fâcha aucunement de ce changement; au contraire, elle en bénit Dieu, disant à nos Sœurs que cela devait apprendre à toutes qu'il faut jeter de profondes racines en la très-sainte humilité. "

" L'esprit humain," remarque la judicieuse annaliste " avait commencé la Congrégation de la Présentation, l'esprit humain la détruisit. La confusion des langues se jeta parmi ces congrégées ; "

quoiqu'elles fussent toutes de très bonnes âmes, " il leur arriva... tant de petites mésintelligences et entre elles-mêmes et entre leur conducteur, " qu'elles ne purent vivre six semaines ensemble et résolurent de se séparer .

La Communauté naissante venait de se débander, elle était dans le plus profond désarroi, lorsque Mme des Gouffiers, allant au Paraclet pour s'y faire délier de ses vœux, arriva à Lyon à la fin de septembre 1614 (note 540). Tout émue et déconcertée par la malheureuse issue de l'entreprise, Mme d'Auxerre lui conta sa peine, ses regrets, mais aussi lui confia son désir toujours vivace qui la portait invariablement vers Annecy. La voyageuse entrant dans les vues de sa sainte amie, se met aussitôt en campagne avec son ardeur et promptitude habituelles. Elle va trouver le P. Grangier, le supplie de s'intéresser à la reprise du premier projet , et, en même temps, envoie à François de Sales un rapport de tout ce qui se pouvait faire ou espérer pour la réussite.

La lettre du 15 octobre 1614 (note 566) répondre à cet exposé : on voit par sa teneur, que le Bienheureux, tout en adhérant à un espoir qui lui sourit, se tient sur la réserve et conseille à la fervente négociatrice de prêter son concours suivant l'occurrence, mais sans rien laisser paraître qu'une " tres absolue indifference (note 568)."

En même temps, il écrivit au P. Grangier (note 567), sans doute pour l'assurer qu'il persévérait dans son bon vouloir de favoriser, quand les esprits seraient préparés, l'établissement d'une seconde Maison de la Visitation. Quelques jours après (26 octobre), il envoyait par sa correspondante, des messages pour le Religieux et pour les " Dames de la Presentation, Mmes d'Auxerre, Colin et Belet (note 583)." Il semble donc qu'à cette date l'ancien projet était repris, et avec un cordial effort de part et d'autre pour le faire aboutir.

Auparavant, l'Archevêque de Lyon avait reçu la visite des Religieuses qui, désemparées et comme des " brebis errantes, " venaient solliciter assistance et compassion, demandant qu'après cette expérience, il plût à Sa Grandeur d'appeler le cher Institut d'Annecy, Le bon Prélat, comprenant bien que les pauvres filles " ne s'êtoient rangées " à la Congrégation " que par pure obeyssance " et que leur désir ne venait pas d'inconstance, mais de l'esprit de Dieu, promit de leur donner toute satisfaction et d'en écrire lui-même à l'Evêque de Genève .

De son côté, Mme des Gouffiers pressait aussi le Fondateur d'envoyer ses Religieuses. " Ouy da, ma tres chere Fille, " répondit-il (note 588), " nous donnerons de bon cœur de nos Seurs de la Visitation pour augmenter la gloire de Dieu. " Toute la lettre respire le sentiment joyeux de l'action de grâces. Assuré maintenant que les obstacles étaient levés, saint François de Sales n'hésitait plus à s'engager. M. Lourdelot lui-même, qui naguère avait contrecarré si passionnément la sainte œuvre, reconnaissait, avec une très méritoire franchise, l'insuccès de sa tentative, et voici qu'il employait ce qui lui restait de crédit pour favoriser le dessein auquel tout d'abord, avec tant d'éclat, il avait fait échec . C'est François de Sales qui nous apprend cette curieuse particularité (note 590) : " Au reste, ma chere. Fille, celuy qui a destourné, ramene maintenant ses congregees a leur premier dessein. Il m'escrit, " ajoute-t-il, " un trait de la Providence divine qui me plaist fort. " Ce trait a sa place ici, parce qu'il fut grandement admiré des amis de la Visitation et qu'il toucha vivement les deux Fondateurs. Voici comment la Mère de Chaugy raconte la chose : " Avant que notre bienheureuse Mère et sa chère troupe arrivassent à Lyon, l'on voulut visiter les patentes royales obtenues pour l'autre établissement , afin de faire changer le mot de Présentation en celui de Visitation ; pour cela il fallait faire quelque retardement, et des allées et venues. Notre-Seigneur y mit ordre : à l'ouverture des patentes, l'on vit que le mot était miraculeusement changé, et qu'où les hommes avaient mis Congrégation de la Présentation, il y avait en beau caractère bien formé Congrégation de la Visitation ... Cette merveille... fut cause que notre petit Institut fut mieux goûté qu'il n'eût été ; ceux qui avaient été contraires à notre établissement disaient alors : " La main de Dieu travaille pour ces Religieuses ici. "

Un récit plus circonstancié de la sainte Fondatrice complète les détails de ce fait merveilleux : " Nous avons appris de ma Sœur Colin,... que M. Fijean, à qui feu Monseigneur de Marquemont remit les lettres pour les porter au Roi afin qu'il les signât, " ayant " obtenu de Sa Majesté la permission que l'on demandait, comme il les présenta à mondit seigneur de Marquemont, l'on trouva le nom de Visitation au lieu de Présentation… de quoi Monseigneur l'Archevèq en demeura fort surpris, et beaucoup plus, lorsqu'après avoir su dudit sieur Fijean qu'il avait présenté les lettres en la même forme qu'il les lui avait remises, et ne savait point la cause de ce changement, ni qu'il se fût fait, il voulut revoir celles qu'il avait écrites de sa main, et trouva le même mot de Présentation changé en celui de Visitation, sans qu'il apparût changement de caractère ni effaçure . " Alors, " l'on veid, " remarque la Mère de Chaugy, que " Dieu... avoit conduit l'esprit ou la main du secretaire, pour écrire ce qu'il avoit déterminé dans les conseils eternels de sa Providence . "

Avant de partir pour l'assemblée des Etats généraux, Mgr de Marquemont avait tenu parole et, très obligeamment, demandé à saint François de Sales qu'il permît à la Mère de Chantal de venir en sa ville établir une Maison de la Visitation. " Le Serviteur de Dieu ayant rêpondu... qu'il prenoit à un tres grand honneur " que l'Archevêque " eut fait choix de ses Filles, " ce Prélat s'employa aussitôt à l'exécution de la pieuse entreprise . Et pour marquer l'estime particulière qu'il faisait de la Fondatrice, il lui envoya son carrosse et voulut payer tous les frais du voyage. Il députa, pour aller chercher les Religieuses,

M. Ménard, vicaire général, chanoine et sacristain de l'église Saint-Nizier (note 830), et le chanoine de Médio (note 666 ; Lettres2, note 62), avec mesdames des Gouffiers et Colin.

" Toute cette belle compagnie, " écrit une annaliste , " fut très bien reçue à Annecy, tant par le saint Prélat que par notre bienheureuse Mère de Chantal, " à qui on donna pour coopératrices " nos Mères Marie-Jacqueline Favre (Lettres5, note 323), Assistante et Directrice; Péronne-Marie de Chastel (Lettres5, note 248), économe, dépensière, surveillante et robière; Marie-Aimée de Blonay (Lettres5, note 538), conseillère, sacristine, portière et lingère : toutes sujets d'élite et de choix. " Le 25 janvier 1615, François de Sales écrivait à Mme de la Fléchère (note 728) : "Nostre bonne madame de Chantal part demain pour aller coucher a Clermont (note 732), ces messieurs et ces dames de Lion estant venus la prendre. "

Les haltes du voyage étaient prévues, puisque le Bienheureux confia à la Sœur de Blonay sept billets écrits de sa main, pour qu'elle en remît " un tous les soirs à chaque gîte " à la Fondatrice (note 734). Celle-ci emportait quelque chose de plus précieux encore que les bénédictions affectueuses d'un Saint : elle avait avec elle les Constitutions écrites de la propre main du Fondateur, c'est-à-dire la législation toute céleste qui devait donner l'âme et la vie aux Monastères de l'avenir.

La pieuse troupe arriva à Lyon le premier jour de février. Aux approches de la grande ville, la Sainte, selon une promesse de son bienheureux Père (billet 1040), eut la certitude que " les bons Anges du royaume de France lui faisaient l'accueil . " Le lendemain, fête de la Purification, l'établissement du Monastère fut l'occasion d'une grande solennité (note 750).

Mgr l' Archevêque lui-même présida la cérémonie avec une entière satisfaction, M. Lourdelot (note 589) donna l'exhortation ; M. Ménard et M. de Sevelinges (note 1023) furent nommés, à la demande de la Mère de Chantal, l'un " Père spirituel (note 830), " et l'autre, confesseur de la Communauté commençante. Mme d'Auxerre reçut, le 3 février, l'habit de la Visitation et le nom de Sœur Marie-Renée. Les "damoyselles " de Valence (note 1032) et Boivin ne s'engagèrent pas dans la Congrégation, mais devinrent Religieuses du Tiers-Ordre de Sainte-Elisabeth (note 757), qu'elles contribuèrent beaucoup à fonder à Lyon , et " où elles ont fort bien réussi ; " tant il est vrai " qu'il y a diverses demeures en la maison de notre Père céleste, et que la paix de chaque âme consiste à connaître celle que la Providence lui a destinée . "

Bientôt, le Monastère marcha avec le même ordre que celui d'Annecy. Sainte Jeanne-Françoise de Chantal y demeura neuf mois, et laissa pour Supérieure à son départ, la Mère Marie-Jacqueline Favre.

LETTRES PATANTES DU ROY SUR L'ESTABLISSEMENT DES DAMES RELIGIEUSES DU MONASTAlRE SAINCTE MARIE DE CESTE VILLE DE LYON

Louys, par la grace de Dieu, Roy de France et de Navarre, atouts presens et advenir, salut.

Noz bien amées JANNE CHAPUYS, YSABEAU DANIEL, CLAUDINE CALLON et ANNE MARIE BELLET Nous ont faict dire et remonstrer que pour le desir qu'elles ont du despuis long temps de vivre soubz quelque saincte Reigle, en servant et se vouant a Dieu, elles auroient choysi et esleu celle de la Congregation des filles dediées à Dieu soubz l'invocation de NOSTRE DAME DE LA VISITATION; en laquelle. ayant resolu de passer le reste de leurs jours, elles se seroient addressées à nostre amé et feall'Archevesque de Lyon, lequel approuvant leur bonne et devotte intention, leur auroit, sur la requeste qu'elles luy auroient presentée, promis, pour ce qui regarde sa dignité archepiscopalle, soubz nostre bon plaisir, de faire construire et eriger en nostre ville de Lyon, un Convent, dans lequel elles puissent vivre soubz les Constitutions qui leur seroient par luy ordonnées, conformement à ladicte Congregation, et a la charge d'y demeurer en perpetuelle closture, et ne demander, ny faire demander aucunnes aumosnes pour elles, ains de renter et dotter ledict Convent à proportion des Religieuses qui y seront receues, dont on luy feroit apparoir avant que aucune s'y renfermast, et à condition qu'elles seroient entierement, elles et leur Maison, soubz son regime et jurisdition, et de ses successeurs Archesvesques. Et dautant que ceste bonne intention des exposantes ne peust sortir son effect sans nostre permission et l'impetration de noz Lettres pour ce necessaires, elles Nous auroient tres humblement faict supplier icelles leur octroyer, aux charges cy devant mantionnées. A quoy inclinans pour l'utillité que le publicq pourra recepvoir pour l'exemple de leur pieté et bonne et saincte vye :

Sçavoir faisons que Nous, désirans subvenir ausdictes exposantes en cet endroict, et Nous rendre participans de leurs devotes prieres et oraisons pour la prosperité de cest Estat, de l'avis de la Royne Regente, nostre tres honnoré (sic) Dame et Mere, et de nostre propre mouvement, grace speciale, plaine puissance et autorité royalle : Avons permis et accordé, et comettons et accordons par ces presentes, signées de nostre main, ausdictes exposantes, de faire construire, bastir et ediffier, en nostre dicte ville de Lyon, un Convent de la Congregation des Sœurs dediées a Dieu soubz l'invocation de NOSTRE DAME DE LA VISITATION, au lieu et place qu'elles choisiront ou auront choysi pour cet effect, à elles appartenant, moings incommode au publicq, et par l'advis du Gouverneur et des Prevost et Eschevins d'icelle ville, pour s'y renfermer et vivre le reste de leurs jours aux conditions qui leur ont estés prescriptes par ledict Archevesque de Lyon et soubz son auctorité et jurisdition ; sans qu'elles puissent estre en ce que dessus, troublées ou empeschées par quelque sorte de personnes ou en quelque maniere que ce soit. Et à ceste fin, les avons prinses et prenons en nostre protection et sauvegarde speciale. Si donnons en mandement à noz amez et feaulx, les gens tenans nostre court de Parlement à Paris, Seneschal de Lyon ou son Lieutenant, et à tous nos autres Justiciers quil appartiendra, que du contenu en ces presentes, ilz ayent à faire jouir lesdictes exposantes plainement, paisiblement et perpetuellement, sans permettre ny souffrir quil leur soyt sur ce faict, mis ou donné aucun trouble ou empeschement au contraire ; car tel est nostre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à tousjours, Nous avons faict mettre nostre séel à ces dictes presentes, sauf en autres choses nostre droict et l'auctruy en touttes.

Donné a Paris, au moys de septembre, l'an de grace mil six cens quatorze, et de nostre regne, le cinquiesme.

Signé par le Roy: LOUYS.

Et sur le reply : Par le Roy, la Royne regente, sa Mere, presente.

PHELIPEAUX. Et scellé du grand et petit scel à queue pendante, à lactz, de soye.

Revu sur une copie inédite de l'époque, conservée aux Archives du 1er Monastère de Lyon, transféré à Venise. GLOSSAIRE DES LOCUTIONS ET DES MOTS SURANNéS OU PRIS DANS UNE ACCEPTION INUSITéE AUJOURD'HUI (L'astérisque désigne les mots qui ont paru dans le Glossaire des tomes précédents.)

* A - pour dans, de, par, pour, sur. * AAGE - pour temps * ABSENTER - pour s'absenter * ACCOISEMENT - apaisement, repos * ACCOYSER - apaiser, calmer, lat. ACQUIESCERE. * A CE QUE - afin que, pour que * ACTION - pour cérémonie (pp. * ADVENTURE (à l') - sans doute * AFFECTION - pour désir, volonté * AFFECTIONNEMENT - avec affection, vivement AFFICHEUX - attaché à ses idées AGGREEMENT - acceptation cordiale * AINS - bien plus, mais, mais encore, mais plutôt, ou plutôt. AINSY QUE - au moment où, comme * AIR - pour maniere ALANGOURI-languissant * ALLENTISSEMENT - action de modérer . AMANT - pour amateur * AMIABLE - aimable, doux, gracieux * AMIABLEMENT - doucement, miséricordieusement AMUSER A (s') - pour songer à APPARIER (s') - se mettre au même rang, aller de pair * APPOINTEMENT - pour arbitrage dans les différends ital. APPUNTAMENTO. APPOSTé - préparé (p. 204). * ARDRE - lat. ARDERE, brûler * ARRESTER - pour demeurer, rester, s'arrêter * ATANT - là-dessus ATTREMPEMENT - action de tempérer, d'adoucir * AUQUEL - pour dans lequel * AUX - pour dans les * AVANTAGE (a 1') - d'avance, par avance AVANT QUE - pour avant de * BAILLER - donner BALIER - balayer BELLEMENT (tout) - tout doucement * BIENFACTEUR - lat. BENEFACTOR, bienfaiteur * BIGEARRE - bizarre * BRAVE - pour remarquable, bien portant, bien doué, joli, beau, courageux, bon, généreux, vaillant BRAVE D'HABILLEMENTS - bien ajusté, pourvu d'un trousseau convenable BRILLANT - pour curieux de ce qui brille, léger, superficiel * CARESSE - pour accueil bienveillant * CARESSER - pour bien accueillir,faire bon accueil * CARMELlNE- Carmélite *CARROUX, CAROUZ (faire des)-trinquer,boire des coups à la santé de que/qu'un(allemand GARAUS). * CE - pour ceci, cela. * CEANS - ici, en ce lieu * CE PENDANT, CEPENDANT- pour en attendant, pendant ce temps, pendant,. * CE QUE - pour si CE QU'ELLE PRETEND - pour la prétention qu'elle a * CHAMS (aux) - pour à la campagne * CHEF (a) - à bout * CLAUSURE - du lat. CLAUSURA, clôture * COGITATION - du lat. COGITATIO, pensée * COMME - pour comment, combien, que COMMUNICATION - pour commerce, fréquentation * COMPAROISTRE - pour paraître * CONFERER - pour comparer, examiner * CONGREGEES - du lat. CONGREGARE, réunies, assemblées * CONTE, CONTER - pour compte, compter. * CONTEMPLATION (en la) – en considération * CONTREROLLEUR - contrôleur * CONTRIBUER - pour donner,apporter sa part, ajouter CONTRIBUTION - pour union * COPIE - pour exemplaire * COURAGE - pour fierté, noblesse de cœur * CREANCE - pour assurance * CUIDER, CUYDER (se) - du lat. COGITARE, croire, penser. * DAMOYSELLE (voir MADAMOYSELLE) - appellation usitée jadis à l'égard de toute femme mariée qui n'était pas noble, ou qui, étant noble, n'était pas titrée * DE - pour à, du, pour. DEBITE - débit, vente * DE çA (de) - ci, ici, de ce côte-ci, de ce pays, d'ici DEçA LES -de ce côté-ci des * DEDANS - pour dans DEJETTé - du lat. DEJECTUS, chassé, dépossédé * DELA - là-bas * DELA (de) -là-bas, de l'autre côté, de là-bas, du lieu où vous êtes * DELA LES - au-delà des DENTAILLE - dentelle DEPITER - pour se dépiter * DES - pour de DESDISANT (nous) - pour nous faisant dédire DES LE - pour du * DESPECHé - pour rendu libre, débarrassé de ce qui retarde * DESPENDRE - du bas-latin DISPENDERE, dépenser * DESPLAYSANT –pour fâché DES PLUSIEURS JOURS EN çA - depuis plusieurs jours * DES QUELQUE TEMS EN çA -depuis quelque temps ital. DA QUALCHE TEMPO lN QUA. * DESSEIGNER - projeter * DESSUS - pour sur. * DEULOIR, DOULOIR (se) – se plaindre lat.DOLERE. * DEVANT - pour avant. DEVOTIONS - pour objets de dévotion * DISCOLE - débauché, incorrigible Du grec DUSCOLOS. * DONT - pour c'est pourquoi, d'où, par lesquels, sur quoi, de là, ainsi * D'ORES-EN-AV ANT, DORES-EN-AVANT - dorénavant * DOTE -dot * DOUTER - du lat. DUBITARE, craindre * DU DES PUIS - depuis 1ors, depuis ce temps-là. * DU TOUT - absolument, complètement, entiérement, tout-à_fait. * EMMI - au milieu de, parmi, dans * EN - pour à EN ESTRE - en état * ENFANçON - tout petit enfant * EN LIEU - pour au lieu ENQUERANT (l') - lui demandant ENQUERIR - pour rechercher, se demander EN QUOY - pour où * ENSEMBLEMENT - ensemble, les uns et les autres * ENTRE CI - entre le moment présent, le jour présent * ENTRETENEMENT - entretien, frais d'entretien * ENVERS - pour auprès de * ENVOYER - pour mander, écrire ESCLAIRER A - pour donner lumière, intelligence à * ESCLARCIR- éclaircir ESGAREMENT - sens d'égarer, de perdre un objet * ESLARGIR - accorder libéralement ESSAYER (s') - pour essayer ESTENDRE - pour agrandir * ESTONNé - pour impressionné, saisi, inquiété * ESTONNEMENT - pour émotion * ET SI - pour et vraiment, et en vérité, et déjà, et aussi * EVENEMENT - pour issue, résultat * EXACTE - pour exact, minutieux EXERCICE - pour épreuve EXQUISEMENT - d'une manière exquise, excellente ital. SQUISITAMENTE. * EXTERMINEMENT - extermination, destruction * FAIRE - pour avoir, effectuer FAIRE BON - garantir formellement FAITES VOS COMMODITéS prenez les arrangements, les dispositions * FASCHERIE - pour ennui, contrariété FAUX ENTENDRE – calomnies, faux rapports * FICHé- attaché, fixé * FORT (de) - plus fort * FORTUNE (par)-par hasard FRIAND - pour avide de ce qui flatte FRIVOLERIE - chose frivole, de peu d'importance GAIGNER - pour gagner le temps * GARDER, GARDER (se) – pour se garder, prendre garde, se dispenser GENIE - pour inclination, penchant * GENTIL - pour agréable, aimable, courtois * GRACIEUX - pour salutaire, efficace GRAND CAS DE (c'est un) - c'est une chose surprenante que GRAVEMENT - le fait de graver HABITZ - pour ornements sacerdotaux HAUTAINETé - fierté HAYNEUX- qui hait * IL N'EST - pour ce n'est * IMBECILLITé - du lat. IMBECILLlTAS, faiblesse, incapacité, impuissance * IMPORTANCE (l') - pour l'important * IMPOURVEU, IMPOURVEU (a 1') - imprévu, à l'improviste * INCOMMODITé - pour gêne pécuniaire * INDIGENCE - du lat. INDIGENTIA, nécessité, besoin * IRE - du lat. IRA, colére * JOLIMENT - d'une manière agréable * LA OU - pour tandis que LAVEMENT - purification * LAY - pour laïque LICENTIANT (me) - me donnant licence, permission * MADAMOYSELLE (voir DAMOYSELLE) – * MANQUEMENT - pour manque * MARRI - fâché, peiné. MEDIOCRITé - pour juste tempérament MERVEILLE (de) - extraordinairement, merveilleusement MERVEILLES (par) - par extraordinaire, chose incroyable * MESHUI, MESHUY - désormais, dorénavant * MESME - pour d'autant plus * MESMEMENT – surtout, encore, de plus, même, aussi * MISERABLE - pour chétif, plein de misères MOUVANT - agissant, excitant * MOYENNER - procurer quelque chose en servant d'intermédiaire MURMURATION, MURMUREMENT - murmure, plainte * NE - pour ni NI-pour et NOURRI (bien) - pour bien affermi OFFICE (faire 1') - pour rendre le service, faire le nécessaire * ONQUES - du lat. UNQUAM, jamais OPPOSER - pour faire opposition, résister * ORATEUR .- titre que prenaient autrefois les gens d'Eglise écrivant à des souverains ORDE - mauvaise, sale ORDONNé (luy a) - pour a ordonné pour elle * OR SUS - or donc, donc, à propos, mais, à ce propos, parole d'encouragement. ital. ORSù. PARACLIT - Paraclet * PAR APRES- ensuite, dans la suite, plus tard * PAR DE çA - ici, de ce côté-ci * PAR DELA - là où vous êtes PARDONNER DE - pour pardonner * PARENTAGE - parenté PARFUMIER-lieu où l'on renferme les parfums PARTIR - pour départ PASQUES (faire ses) - pour communier PASSAMMENT-en passant * PASSIONNé - pour ému * PASSIONS - pour souffrances * PETIT (un) - pour un peu * PITOYABLE - pour secourable, compatissant * PLAYSE VOUS - pour qu'il vous plaise PORTER - pour exciter, pousser * PORTION - pour partie * POUR - pour par, de * POURCHAS - poursuite ardente PRAETENDRE - pour être demandeur * PREMIER - pour premier courrier, première occasion PRIVATIVEMENT - exclusivement PROBABLE - pour raisonnable * PROCEDURE-pour procédé PRODUCTION - pour action de tirer dehors PROPOSITION - pour résolution * PROSPERER - pour faire prospérer, rendre heureux, prospère, profitable * PROU - beaucoup, assez, * PROUVOIR - pourvoir PYRAUSTE - sorte de papillon QUAND ET EUX- avec eux * QUANT ET QUANT, QUANT ET QUAND - en même temps . * QUE - pour ce que, lesquelles, qui * QUE C'EST QUE - ce qu'il en est * QUELQUEFOIS - pour jadis * QUI - pour ce qui. * RAMENTEVOIR - faire ressouvenir de, rappeler REASSEURER - pour raffermir * RECHARGE - pour nouvelle poursuite RECHERCHE - pour demande instante * RECOMPENSE - pour compensation, dédommagement * REFORMATION - du lat. REFORMATIO, réforme * REFRIGERE - du la!. REFRIGERIUM, rafraîchissement * REGARD (pour ce, pour le) - pour à ce propos, à ce sujet, au suje, en ce qui concerne REGARD (pour leur) -à leur égard, en leur faveur REHAUSSEMENT - pour élévation * RELIGION - pour Ordre religieux, état religieux * REMIS - pour installé * RENCONTRER - pour tomber par hasard RENDRE - pour se rendre * RESALUER - pour saluer * RESPECT - du lat. RESPECTUS, considération, matière à considération RESSENTANT - qui sent vivement, susceptible * RESSENTIR (faire) - pour faire reconnaître REVONT (s'en) - s'en retournent * SAILLIE - pour pensée telle qu'elle vient sans préméditation SAYSON - pour époque, temps * SI - pour cependant, pourtant, toutefois * SI BIEN - bien, que, quoique . * SI EST-CE QUE - cependant, il n'en est pas moins vrai que, néanmoins, toutefois SI FAITES - faites ainsi * SI QUE - de sorte que SOUDAIN - pour promptement * SOUëFVEMENT - suavement SOUPçONNé - pour suspect * SUFFISANCE - du lat. SUFFlCENTIA, capacité, mérite * SUIVRE - pour continuer * SUPERSCRIPTION - adresse Du lat. SUPERSCRIPTIO. * SUPPORT - pour appui, soutien SURABONDER - pour faire surabonder SUR LE - pour au SURPREN ANT - qui prend par sur prise SURVEILLER - pour veiller avec attention * TANDIS - en attendant, pendant ce temps * TANT PLUS - d'autant plus TEMS - pour le temps présent, notre temps * TENDRE - pour sensible, susceptible TENDREMENT - pour imperceptiblement, le moins possible * TENDRETé - consolation, sensibilité Du lat. TENERITAS. * TRAVAUX - pour douleurs, souffrances * TROP MIEUX - beaucoup mieux UNGUENT - du lat. UNGUENTUM, parfum * VANTANCE -flatterie VEILLEE - pour veille * VENANTE - qui vient, prochaine * VERS - pour auprès de, pour VERTU - du lat. VIRTUS, puissance VESPRE-du lat. VESPER, soir VEUë - pour entrevue VIGOUREUX - pour fier, plein de soi-même VILAGE (au) - pour à la campagne VITALE ETERNITé - éternelle vitalité * VOIREMENT, VOYREMENT - à la vérité, même

INDEX DES CORRESPONDANTS ET DES PRINCIPALES NOTES BIOGRAPHIQUES ET HISTORIQUES DE CE VOLUME

ADMINISTRATEURS Collège Chappuisien :Voir COLLèGE CHAPPUISIEN* 463, 545, 1005,1017,1018 AFFRINGUES Bruno * (d'), Général des Chartreux ………………………………484,971 AIGUEBELETTE Françoise-Melchionne du Four (dame de Chabod-Lescheraine et d')………….101 ALINCOURT Charles de Neufville (marquis d') ………………………………………………….628 ALINCOURT Jacqueline de Harlay de Sancy (marquise d') ………………………………………596 ALLEMOGNE (Alemoigne) Pierre de Livron (seigneur d'). Voir LIVRON, MATTIGNIN……………214 AMANZé Jean (baron d') …………………………………………………………………………137 AMBASSADEURS. Voir CHABOD DE JACOB, VALDENGO ……………………………………………218, 672 ANGOULêME Diane de France (duchesse d').. ………………………………………………………………393 ANLEZY Paul Damas (baron d'). ..........................................................................................................................539 ANNECY :Voir BARNABITES,CHAPITRE DE SAINT PIERRE DE GENèVE, COLLèGE CHAPPUlSlEN, CONSEIL, DOMINICAINS, NEMOURS, SAINT-SéPULCRE, SYNDICS, VISITATION ANNECY (Exemption d'impôts extraordinaires pour) ………………………………………676 , 804 ANNECY (hôpital d'). Voir NOTRE-DAME DE LIESSE …………………………………………………….. 255 AUXERRE Renée Trunel, dame d' (Marie..Renée, Religieuse de la Visitation). Voir VISITATION D'ANNECY et DE LYON ………………………………………………………………………….583 AVISE Gasparde d' (Marie-Gasparde, Religieuse de la Visitation)....................... ……………….108 AVISE Marie. d '.......................... ………………………………………………………………...109 AVISE Nicolas (baron d')................... ……………………………………………………………..108 AVRILLON Jean, curé de Cervens. …………………………………………………………………………….801 BAILLY Françoise-Gabrielle, Religieuse de la Visitation…………………………………………………702 BAILLY Placide, Bénédictin................. ………………………………………………………………………701 BALLON Gasparde (de), Religieuse de l'abbaye d eSainte-Catherine...........……………………..720 BALME Marguerite de la (Marie-Marguerite, Religieuse de la Visitation)................. ……………869 BANDINI Octave, Cardinal.................. ………………………………………………………………………..575 BARBERINI Maffeo, Cardinal. . . . . . . . . . . . . . . …………………………………………………………..942 BARFELLY Maurice, procureur fiscal. . . . . . . . . …………………………………………………………..626 BARNABITES. Voir FREGOSO, MARLIANO, MAZENTA, BARNABITES au Collège d'Annecy.

Voir COLLèGE CHAPPUISIEN…………………………462,463,547,895 BARNABITES D'ANNECY (Affaire des jardins). Voir DOMINICAINS et VISITATION D'ANNECY. …………………………………………542, 549,552 BARNABITES (Général des). Voir MAZENTA.....

…………………………………………………………..464 BARRAUT Jean Jaubert (de). Evêque de Bazas. ………………………………………………………………313 BARRAUX Michel Fenouillet (seigneur de)…………………………………………………………855 BARRAUX Suzanne de Gruffy (dame Fenouillet de)………………………………………………………….856 BEAUMONT Jacques de Menthon (baron de) Voir MENTHON-BEAUMONT ………………………………47 BELLEGARDE Antoine (de)………………….. Voir DISONCHE BELLEGARDE Roger de Saint-Lary (duc de)………………………………………………139,151, 518,982, 997 BELLET Marie, dame çhaudon (Anne-Marie, Novice de la Visitation). Voir CHAUDON, VISITATION D'ANNECY et DE LYON………………………………………………………………………………72 BELLEY (lieutenant de). Voir LE ROUX…………………………………………………………………………..837 BELLOT (Mlle) ………………………………………………………………………………………………65, 372, 794 BENOIT Claude, curé de Massongy ………………………………………………………………………………374 BERNARD (Saint). Guérisons miraculeuses obtenues à Fontaines.

Voir FOLIN……………………529, 900 BERTHELOT Pierre……………………………………………………………………………………………….74, 480 BERULLE Pierre, Cardinal de……………………………………………………………………………………….122 BINET Etienne*, Jésuite ……………………………………………………………………………………………...972 BLONAY Claude de …………………………………………………………………………….107, 290, 959, 961,1032 BLONAY Claudine (de), Abbesse de Sainte-Claire d'Evian…………………………………………………..502 BLONAY Jacques de ………………………………………………………………………………………………….110 BLONAY Jean de………………………………………………………………………………………………………379 BLONAY Jean-François (de), Prieur de Saint-Paul ……………………………………………………….222, 377 BLONAY Marie-Aimée (de), Religieuse de la Visitation. Voir VISITATION DE LYON……………...188, 719 BOISY Gallois de Sales (seigneur de). Voir SALES………………………………………………………….471,472 BONFILS Horace ……………………………………………………………………………………………………….480 BONIVARD Jacques-Philibert * (de), Jésuite……………………………………………………………………..956 BORGHESE Scipion Caffarelli *, Cardinal……………………………………………………….……. 342, 963, 969 BOURGEOIS Rose, Abbesse du Puits-d'Orbe……………………………………………………………………..127 BOURSIER Pierre………………………………………………………………………………………………………..148 BRACELET DE DéVOTION…………………………………………………………………………………………450 BRéAUTé Charlotte de Harlay de Sancy, dame de (Marie de Jésus, Carmélite)…………………………..595 BRECHARD Jeanne-Charlotte ( de), Religieuse de la Visitation ……………………………………………..196 BRESLAY René (de), Evêque de Troyes……………………………………………………………………………945 BREUIL Gabrielle de Fedict, veuve des Gouffiers(dame du) Voir GOUFFIERS……………..………….…367 BRULARD Marie Bourgeois (dame)…………………………………………………………………………………167 BRULART Nicolas, seigneur de Puisieux, Chancelier de France………………………………………………891 BURIN Claude et Jean…………………………………………………………………………………………………...789 BUTTET Jean-François, Président du Conseil de Genevois…………………………………………………….219 CAMUS Jean-Pierre *, Evêque de Belley…………………………………………………………..142, 146, 960, 994 CAPUCINS………………………………………………………….. Voir GEX, MARAGNAN CAPUCINS de la Mission de Thonon (Province des)………………………………………………….655 CAPUCINS de Lyon……………………………………………………………………………………872 CAPUCINS de Moûtiers (couvent des)………………………………………………………………………………671 CAPUCINS de Moûtiers * (Saint François de Sales consacre l'église des). Voir GERMONIO………672, II J CARMEL de Lyon……………………………………………………………………………………………………….598 CARMES de Gex (Réclamation des immeubles des). Voir MESNAGE………………………………………..531 CASTILLON (Castiglione delle Stiviere) Congrégation de……………………………………………………..593 CEPPEDE Jean de la…………………………………………………………………………………………………….710 CERVENS (curé de). Voir AVRILLON………………………………………………………………………..801 CESSY (Sessi) curé de. Voir PONCET…………………………………………………………………………..530 CHABOD Guillaume -François (de). Voir JACOB……………………………………………………………..520 CHANOINES de la Collégiale de Samoëns. Voir SAMOENS…………………………………………………411 CHANTAL Celse-Bénigne de Rabutin……………………………………………………………………………104 CHANTAL Françoise de Rabutin. Voir RABUTIN………………………………………………………………747 CHANTAL Guy de Rabutin (baron de)……………………………………………………………………………957 CHANTAL Jeanne-Françoise Frémyot * (Sainte), Mère de. Voir VISITATION DE LYON…….3, 15, 42, 43, 45, 58, 70, 82, 100, 103, 129, 141, 155, 162, 186, 206, 268, 286, 288, 289, 298, 306, 324, 330, 398, 406, 419, 458, 470 501, 552, 556, 606, 615, 648, 680, 698, 704, 707, 708, 714, 739, 775, 781, 808, 819, 841, 864, 880, 906, 907, 912, 918, 979, 1036 à 1042 CHAPITRE DE SAINT-PIERRE DE GENèVE……………………………………………………………….210 CHARANSONAY (filles d'Hélène Acton)……………………………………………………………396 CHARANSONAY Hélène Acton (dame de)………………………………………………………………………395 CHARANSONAY Louise de…………………………………………………………………………………………394 CHARDON Anne-Françoise, Religieuse de la Visitation……………………………………………………… 847 CHARLES-EMMANUEL 1er, duc de Savoie *. Voir MONTFERRAT……..940, 962, 973, 1003, 1005, 924, 956 974, 979, 1021, I,H, CHARM01SY Claude Vidomne de Chaumont (seigneur de). Voir NEMOURS…………………………37,209 CHARMOISY Louise du Chastel (dame de)………………………………………………………………….103,234 CHARPENNE Bernardin (de), Prieur de Saint- Dominique d'Annecy. Voir ADMINISTRATEURS……..580 CHARTREUX à Ripaille (Introduction des). Voir RIPAILLE…………………………………………………..432 CHARVET ou CHARVEY Charles…………………………………………………………………………………724 CHASTEL Péronne-Marie (de), Religieuse de la Visitation.

Voir VISITATION DE LYON…………586, 1006 CHATEAUFORT Anne de Clermont (dame de Grôlée et de)…………………………………………………875 CHATELARD Jacqueline de Chauvirey (dame de Seyssel, baronne du)……………………………………876 CHATILLON Jean de…………………………………………………………………………………………………...801 CHAUDON Marie Bellet (dame). Voir BELLET, VISITATION D'ANNECY et DE LYON………………………72 CHEYNEL Claude……………………………………………………………………………………………………...533 CHRYSOSTOME (Don), Barnabite. Voir MARLIANO…………………………………………………………...554 CLARISSES d'Annecy………………………………………………………………………………….184 CLARISSES d'Evian (Abbesses des). Voir BLONAY, MAILLARD………………………………………………496 CLERMONT en Genevois………………………………………………………………………………………………732 COLIN Claude (Anne-Claude, Religieuse de la Visitation). Voir VISITATION DE LYON…………...757, 1041 COLIN Isabeau Daniel, dame (Jacqueline-Elisabeth, Religieuse de la Visitation). Voir VISI'TATION D'ANNECY et DE LYON……………………………………………………………………………………..584 COLLèGE CHAPPUlSIEN. Voir ADMINISTRATEURS, BARNABITES…………………….337, 338,340, 545, 563 COLLèGE DE SAVOIE A LOUVAIN. Voir PROVISEURS……………………………………………………..564 COLLOMB Claude, curé de Cusy en 1614 (?)……………………………………………………………………..489 CONGRéGATION DES EVêQUES ET RéGULIERS………………………………………………..349 CONSEIL DE VILLE D'ANNECY (membres du)………………………………………………………………...327 CONSEIL DU GENEVOIS (membres du)…………………………………………………………………………..548 CONTAGION en Chablais et en Faucigny……………………………………………………………………………84 CORBONEX François de Chavanes (seigneur de)………………………………………………………………...629 CORDELIERS. Voir COYSIA, FREPIER, GALOIS, GlUSTINIANI Ange…………………………………503, 657, 661 CORDELIERS de Savoie (couvents des)…………………………………………………………………………….657 CORMAND Claude de Menthon-Montrottier (seigneur de), Prieur du Saint-Sépulcre d'Annecy. Voir MENTHON-MONTROTTIER……………………………………………………………………………212 CORNILLON Gasparde de Sales (dame de). Voir MEYRENS…………………………………………….227, 839 CORNUT François, doyen de la Collégiale de Samoëns……………………………………………….412 CORSELIUS ou COURSELLE Gérard (de), Proviseur du Collège de Savoie à Louvain Voir PROVISEURS……………………………………………………………………………………..560 COSTA Pierre-François *, Evêque de Savone, Nonce à Turin………………………………………………985 COSTES Claude de Menthon-Lornay (seigneur des). Voir LORNAY……………………………………….485 COTON Pierre, Jésuite………………………………………………………………………………………………..535 COUSINE (une)………………………………………………………………………………………………………..299 COYSIA Claude (de), Cordelier, confesseur des Clarisses d'Evian………………………………………….505 CROIX Claude-Françoise de Maillard-Tournon (dame de Murat de la)……………………………………198 CROIX Salomon de Murat de la…………………………………………………………………………………….199 CROIX DE FéSIGNY Jeanne-Marie de Vincent (de la), Religieuse de la Visitation………………680, 681 CUSY (curé de). Voir COLLOMB…………………………………………………………………………………….489 CUSY Jean-Bérold de Pingon (baron de)………………………………………………………………………….488 DALMAZ Louise de……………………………………………………………………………………………………437 DESTINATAIRES inconnus.Voir ECCLéSIASTIQUE et SECRéTAIRE du Duc de Savoie……….97, 204, 404 DESTINATAIRES inconnues Voir COUSINE………………………………………………………………..284, 885 DINET Gaspard, Evêque de Mâcon…………………………………………………………………………………358 DISONCHE Antoine de Bellegarde (seigneur de).Voir MIRIBEL et VISITATION D'ANNECY……..26,45, 206 DIZIMIEU César de……………………………………………………………………………………191 DIZIMIEU (MM. de)……………………………………………………………………………………………………192 DOMINICAINS d'Annecy (Affaire des jardins). Voir BARNABITES et VISITATION D'ANNECY……542, 547 DUCREST Gabriel………………………………………………………………………………………………………919 DUCREST Jean-Baptiste……………………………………………………………………………………………….919 DUCREST Philippe……………………………………………………………………………………………………...919 DUFRESNE (Defresne), secrétaire du Duc de Nemours…………………………………………………………240 DUNANT Etienne, curé de Gex……………………………………………………………………………………….530. DYAN Emmanuel…………………………………………………………………………………………………………67 DYAN Françoise Perrache (dame)…………………………………………………………………………………….66 ECCLESIASTIQUE (un)………………………………………………………………………………………………290 ESCRILLES ou des Crilles Marie de Mouxy, dame d' (Marie-Madeleine, Religieuse de la Visitation)…………………………………………………………………………………………311, 414 EST Alexandre, Cardinal d'…………………………………………………………………………………………….397 ETATS DE BOURGOGNE……………………………………………………………………………………………538 ETATS DE BRETAGNE (Arrêt concernant la présidence des)………………………………………………..179 ETATS DU BAILLIAGE DE GEX. Voir GEX……………………………………………………………….474, 475 ETATS GéNéRAUX……………………………………………………………………………………………...525, 653 EXERTIER Jean………………………………………………………………………………………………………….490 FABRICIUS Guillaume, Proviseur du Collège de Savoie à Louvain. Voir PROVISEURS……………….560 FAVERGE Georges de Saint-Jeoire (de la), Carme………………………………………………………………653 FAVRE François…………………………………………………………………………………………………………329 FAVRE Jean-François, avocat…………………………………………………………………………………………936 FAVRE Marie-Jacqueline, Religieuse de la Visitation. Voir VISITATION DE LYON….194, 196, 282, 914, 935 FENOUILLET Pierre, Evêque de Montpellier…………………………………………………………..320, 651, 855 FEUILLANTS à Saint-Bernard de Fontaines (Installation des). Voir SAINT-BERNARD…………………528 FEUILLANTS (Procès entre les Bénédictins de Talloires et les). Voir TALLOIRES…………….272, 275, 343 FICHET Marie-Adrienne, Religieuse de la Visitation……………………………………………………….196 FILLY (abbaye de)……………………………………………………………………………………………………….431 FLECHERE Madeleine de la Forest (dame de la)………..75, 119, 172, 200, 222, 232, 243, 284, 404, 421, 445, 446 466, 513, 536, 636, 678, 722, 728, 881,933, FOLIN Catherine………………………………………………………………………………………………………...529 FONTAINES-MARANS Antoine du Bois (seigneur de)……………………………………………………….314 FORAS Guillaume de Bernard (de)…………………………………………………………….541, 549, 794, 796, 800 FOUG Jeanne Barbier du Maney (dame du)……………………………………………………………………….380 FRANçOIS DE CHAMBéRY, Capucin………………………………………………………………………532, 656 FRANçOIS DE PAULE (Saint). Dévotion de saint François de Sales à…………………………………….402 FREGOSO Simplicien, Supérieur des Barnabites d'Annecy. Voir BARNABITES, COLLèGE CHAPPUISIEN………………………………………………………..553 FREPIER ou FREPéRIUS Michel, Cordelier. Voir CORDELIERS……………………………………………..661 GAILLARD Philippe, Surveillant……………………………………………………………………………………185 GALOIS ou GALéSIUS Claude, Cordelier. Voir CORDELIERS……………………………………………….661 GENET Pierre………………………………………………………………………………………………………………49 GERMONIO Anastase *, Archevêque de Tarentaise……………………………………………………...672, 1018 GEX (Bénéfice du pays de)…………………………………………………………………………………………….664 GEX (Le culte catholique dans le pays de). Voir CARMES, ETATS DU BAILLIAGE…………………...140, 531 GEX (missionnaires Capucins du pays de)…………………………………………………………………………181 GEX (Armoiries de la famille de). Voir SAMOENS………………………………………………………….238, 239 GEX Charles de……………………………………………………………………………………………………………99 GEX Claude (de). Voir VILLARD……………………………………………………………………………………..242 GEX Jacques (de). Voir VALLON………………………………………………………………………………………98 GIEZ Claire-Marguerite de Challant (dame de)…………………………………………………………………….51 GILIBERTI Vincent, Théatin………………………………………………………………………………………….427 GIROD Louis, curé d'Arlod…………………………………………………………………………………………….182 GIUSTINIANI (Justinien) Ange, Evêque de Genève Voir CORDELlERS……………………………………662 GIUSTINIANI (Justiniano) Benoît, Jésuite……………………………………………………………………….359 GOUFFIERS Elisabeth Arnault (des), Religieuse du Paraclet.Voir VISITATION DE LYON……..50, 451, 540 568, 574, 587 GOUFFIERS Gabrielle de Fedict (veuve des). Voir BREUIL…………………………………………………..367 GRANDMAISON Hélène de Longecombe de Peyzieu(dame de)……………………………………………235 GRANGE Renaud de Crémeaux * (seigneur de la)……………………………………………………….621, 1006 GRANGIER Pierre, Jésuite. Voir VISITATION DE LYON…………………………………………………………71 GROS Pierre, curé de Lullin………………………………………………………………………………………….294 GUASTALLA (Guastales) Congrégation de la…………………………………………………………………..593 GUASTALLA Ludovica Torella (comtesse de)…………………………………………………………………..593 HAYES Antoine des……………………………………………………………………………………..28, 393, 759, 889 HAYES Louis des………………………………………………………………………………………862 HUMBERT Marie-Avoye, Religieuse de la Visitation……………………………………………………163, 164 HUMBERT Marie Espiart (dame)…………………………………………………………………………………..164 HUMBERT Nicolas…………………………………………………………………………………………………….164 INDULGENCES pour la Visitation………………………………………………………………………………...354 INTRODUCTION A LA VIE DéVOTE (réimpression de 1615). Voir MORILLON……………………..478 JACOB Guillaume-François de Chabod (seigneur de). Voir CHABOD………………………………520 JAQUART (membres de la famille)………………………………………………………………………………...392 JAUBERT Jean, Evêque de Bazas. ……………………………………………..Voir BARRAUT JAY Pierre-François, curé de Bonneville……………………………………………………………………..550, 551 JEAN de Saint-Malachie, Feuillant. Voir OBRY JéSUITES.

Voir BINET, BONIVARD, COTON, GIUSTINIANI, GRANGIER, MALLIANS, MONET, RICHEOME…………………………………………………………898 JONDEL Pierre (sire)……………………………………………………………………………………………………..27 JOST (frères de l'Evêque)………………………………………………………………………………………………684 JOST Hildebrand, Evêque de Sion………………………………………………………………………………383, 669 LANS Sigismond d'Est (marquis de)………………………………………………………………………………..133 LANTE Marcel, Cardinal………………………………………………………………………………………………348 LARCHIVER François, Evêque de Rennes. Voir ETATS DE BRETAGNE…………………………………….178 LéMENC (prieuré de)…………………………………………………………………………………………………..276 LE ROUX Barthélemy……………………………………………………………………………………………….…837 LESTANG Marguerite de (Marguerite-Jacqueline, Religieuse de la Visitation)…………………………..869 LITANIES usitées à la Visitation. Voir VISITATION……………………………………………………………..399 LIVRON de Thoiry (membres de la famille de). Voir ALLEMOGNE, MATTIGNIN…………………………213 LORNAY Claude de Menthon. Voir COSTES……………………………………………………………………...485 LORNAY Jeanne de Menthon, Chartreusine………………………………………………………………………487 LOUIS XIII*…………………………………………………………………………………………………416, 1053, 981 LOURDELOT Jean. Voir VISITATION DE LYON………………………………………………………………….589 LULLIN (curé de). Voir GROS………………………………………………………………………………………..290 MAILLARD Béatrix (de), Prieure de Neuville……………………………………………………………………699 MAILLARD Claudine (de), Clarisse………………………………………………………………………………...496 MAILLARD (de), sœurs du comte de Tournon……………………………………………………………………494 MAILLARD-TOURNON Marguerite (de). Voir TOURNON…………………………………………………..498 MAISTRE Nicolas, Chartreux, vicaire de Mélan. Voir MéLAN……………………………………………….486 MALABAILA Philippe. Voir PHILIPPE DE SAINT JEAN-BAPTISTE……………………………………………582 MALETTI (Ma/do) Pierre-François, Chanoine régulier de Latran……………………………………………772 MALLIANS Charles, Jésuite………………………………………………………………………………………….833 MANTOUE * (duchesse de). Voir MARGUERITE DE SAVOIE………………………………………..253, 946, 979 MARAGNAN (Conquête de l'île de )…………………………………………………………………………..171, 930 MARGUERITE de Savoie *. Voir MANTOUE…………………………………………………………..253, 946, 979 MARLIANO Chrysostôme, Barnabite. Voir CHRYSOSTOME…………………………………………………..554 MARPEAUD Maurice……………………………………………………………………………………………………616 MASSONGY (Massongier) curé de. Voir BENOIT……………………………………………………………….374 MATHIAS, empereur d'Allemagne *……………………………………………………………………………12, 967 MATHIAS DE DOLE *, Capucin……………………………………………………………………………………957 MATTIGNIN (Matignien) maison de. Voir ALLEMOGNE, LIVRON………………………………………….214 MAURICE de Savoie *, Cardinal……………………………………………………………………768, 803, 1017, I- I, MAZENTA Jean-Ambroise, Général des Barnabites. Voir BARNABITES…………………………………..464 MéLAN (Vicaire de). Voir MAISTRE……………………………………………………………………………….486 MENDOZA Juan (de), Gouverneur de Milan………………………………………………………………….689 MENTHON-BEAUMONT Jacques (de). Voir BEAUMONT…………………………………………………….47 MENTHON-BEAUMONT Jeanne de Charansonay (dame de)………………………………………………396 MENTHON-MONTROTTIER Claude (de), Prieur du Saint-Sépulcre d'Annecy.Voir CORMAND…212 MERCOEUR Marie de Luxembourg (duchesse de)…………………………………………………………….106 MESNAGE Jean. Voir CARMES</font

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www.JesusMarie.com Saint François de Sales

docteur de l'église catholique

1567 - + 28 décembre 1622

Lettres - tome 7 1615 - 1617

Tome XVII de l'édition d'Annecy. Notes historiques………p.267. Glossaire…..p.260

AVANT-PROPOS

Nouveau joyau dans le trésor de la sainte Eglise, nouvelle perle dans l'écrin des Lettres françaises, le tome XVII des Œuvres de saint François de Sales offre à ses lecteurs deux cent vingt-deux lettres, s'échelonnant de juin l615 à mai 1617 .

Trois faits d'une importance majeure semblent ressortir avec un relief plus accentué sur le fond si varié, si palpitant d'intérêt de cette correspondance de vingt-trois mois. C'est d'abord le développement et la formation de l'Ordre de la Visitation; puis, la grande retraite que fit sainte Jeanne-Françoise de Chantal, en mai 1616, à la veille des premières fondations, sous la conduite de son éminent Directeur; et, en dernier lieu, les prédications de l'Avent et du Carême à Grenoble.

Le précédent volume se fermait au moment où l'Evêque de Genève allait se rendre à Lyon auprès de Mgr de Marquemont. Entre ces deux grands hommes, d'intimes rapports ont commencé, empreints dès l'origine d'un respect réciproque, d'une déférence profonde, d'une sainte et affectueuse estime. " Il est le premier des Evesques de France, " disait de son collègue l'humble François de Sales, " et moy le dernier de Savoye (Lettre 1132.).

" Mgr de Marquemont, à son tour, l'appelle " l'honneur et la coronne des Prelatz (Appendice I), " se tient près de lui pour " un escholier qui parle a son maistre, un fils a son pere (id), " et vient en novembre 1615 lui rendre la visite reçue en juin.

Les détails de l'une et l'autre visite sont pleins d'intérêt, très caractéristiques des mœurs du temps. A Lyon, c'est l'Archevêque qui, " si tost que les Vespres sont dittes, " monte en carrosse pour aller rendre ses premiers devoirs à l'illustre visiteur qui approche (id) ; c'est le souper auquel assiste le gouverneur de la cité, si charmé de la conversation du Saint qu'il demeure avec lui " jusques pres d'onze heures, " et se résout d'aller écouter le lendemain le "

sermon d'amour " prêché à la Visitation ; c'est l'empressement de tous, avides de voir et d'entendre celui dont la réputation s'étend de plus en plus en France. " Ces grandes villes sont importunes pour cela, " gémit doucement François de Sales, " au moins pour les pauvres villageois comme moy, qui n'y sont pas accoustumés. (lettre 1100.). "

A Annecy, c'est l'émoi causé par l'arrivée prochaine de l'Archevêque, la caravane de " huit hommes a cheval " qui l'accompagne ; les " deux sermons " et la " petite exhortation " dont le " bon peuple " demeurera " longuement consolé ; " enfin, la séance solennelle où, sans respect pour la présence d'un tel hôte, l'ignorant candidat qui voulait emporter de vive force le bénéfice de Scionzier, s'échappe en plaintes et en menaces contre son Pasteur .

Mais que s'était-il traité dans ces deux entrevues de France et de Savoie ? Des langues malignes semèrent à ce sujet des bruits calomnieux. François de Sales, de nouveau soupçonné d'infidélité à son prince, accusé de vues humaines et de connivences secrètes avec l'étranger, écrivit au marquis de Lans, au duc de Savoie et à son secrétaire Vibod, ces lettres mesurées et dignes, où l'on retrouve la noble déclaration faite déjà en pareille occurence : " Je suis en toutes façons savoyard, et de naissance et d'obligation…meshuy tantost envielly dans la naturelle et inviolable fidelité que j'ay voüee et juree a Son Altesse (lettre 1188). "

Et défendant son honneur de fidèle sujet, avec quelle noblesse sacerdotale il défend en même temps son honneur d'Evêque ! " Nous estimons les discours des capitaines et soldatz indignes d'occuper le tems des Pasteurs de la bergerie du Dieu vivant (lettre 1141)." " Nos visites ont esté, a la verité, pour une affaire d'Estat, " continue-t-il, " a sçavoir pour l'estat que nous devons constamment establir en la republique de nostre petite Congregation de la Visitation. " Tel était, en effet, le but de ce double voyage. Depuis quelques mois, une première colonie, sous la conduite de la Mère de Chantal, était allée implanter, comme un grain de sénevé, la Visitation Sainte-Marie dans l'ancienne capitale des Gaules. On vit alors ce qui ne s'était jamais vu en France : des Religieuses qui, sans vœux solennels, enchaînées par le seul lien de la " dilection, " avaient des exercices semblables à ceux des Monastères les mieux réformés et les plus fervents ; des Religieuses qui, tout en se livrant à la vie contemplative, accordaient une part de leur temps - très minime il est vrai - au service du prochain.

L'Archevêque, admirant avec son peuple la vertu, la pureté de vie des Sœurs de Sainte-Marie, s'étonna toutefois de cette nouveauté ; de l'étonnement, il passa à la conviction que les choses ne pouvaient demeurer ainsi. On sait le résultat. L'Evèque de Genève enferma ses filles derrière des grilles impénétrables, ne leur laissa que l'apostolat tout puissant de la prière et du sacrifice, et consentit à faire de son Institut un Ordre véritable, bien que " le tiltre de Congregation n'estant pas si specieux ni honnoré, " lui plût " davantage. "

Que conclure de ce changement ? A-t-on raison de dire ou d'écrire que l'homme de Dieu n'a pas fait ce qu'il avait voulu ? Ce serait peu connaître le Saint et la réalité de l'histoire. L'intention du Fondateur en créant son Institut nous est admirablement déclarée par lui-même (lettre 1094) : " Donner a Dieu des filles d'orayson et des ames si interieures, qu'elles soyent treuvees dignes de servir sa Majesté infinie et de l'adorer en esprit et en verité. " " Que prœtens-je en tout ceci, " dit-il ailleurs (lettre 1162), " sinon que Dieu soit glorifié et que son saint amour soit respandu plus abondamment... ? " Or, ce but unique, il ne le changera jamais, et le réalisera par des moyens qui semblent d'abord différer de son premier plan. François de Sales est toujours avant tout l'homme de la pensée; son souple génie sait garder la substance en la revêtant de divers accidents, et peut-être ne le montra-t-il jamais mieux qu'en cette importante circonstance. Il exécuta donc réellement ce que lui avait inspiré le Saint-Esprit, donnant à Dieu des âmes de prière et ouvrant aux natures généreuses servies par des corps débiles, un asile assuré. Mais il fut aussi l'instrument docile du Seigneur, à qui seul appartient de faire réussir ses œuvres en la façon qu'il lui plaît ; de là, son admirable condescendance. Le témoignage qu'il rend de lui-même n'est qu'un hommage à la vérité : " Monseigneur l'Archevesque... ne treuvera point en moy un esprit contrariant ni qui veuille surnager. " Et il ajoute avec son incomparable humilité accompagnée de tant de bonne grâce : " Ne serois-je pas un chetif homme, si je voulois m'estimer et relever mon esprit en comparayson des autres ? " Toutefois, quand il a enveloppé son idée dans une forme définitive, quand il a fait à ses contemporains des concessions qui n'altèrent pas essentiellement son dessein, il demeure inflexible sur les grandes lignes déjà tracées, et s'applique désormais à déterminer peu à peu d'une façon précise les moindres points des Règles et Constitutions.

Profond connaisseur de la nature humaine, il sait la puissance de l'extérieur sur l'intérieur, et plus que nul Fondateur d'Ordre, peut-être, il protègera son œuvre contre l'inconstance de la volonté et les bizarreries de l'esprit par une infranchissable muraille. Sur ce mur protecteur, François de Sales veut apposer un sceau : la parole du Pape. Il multiplie pour cela lettres et démarches. Chose remarquable : lui qui souhaite ses filles si petites, si cachées, lui qui se défend avec une vraie ténacité de multiplier les Maisons de la Congrégation, et dont le détachement va jusqu'à dire que " si elle pouvoit estre utile a establir plusieurs autres Congregations de bonnes servantes de Dieu sans jamais s'establir elle-mesme, elle n'en seroit que tant plus aggreable a Dieu,( lettre 1168) " il ne sait plus retenir son cœur et sa plume, ou mieux, il ne sait pas tenir la vérité captive, quand il présente à Rome ces nouvelles épouses du Christ, pour leur obtenir le baptême consécrateur qui s'appelle l'approbation du Saint-Siège. Comme il est éloquent auprès du Cardinal Bellarmin, et quel éloge il fait des premières Mères choisies par la divine Bonté pour être les colonnes de l'Institut naissant (lettre 1219) !

Tandis que le saint Fondateur s'occupe des grands intérêts de l'Ordre futur, il descend avec ses filles dans le détail de leurs difficultés, les soutient dans leurs peines, les forme, en maître consommé, à l'art si délicat du gouvernement. La Mère de Chantal, en quittant Lyon, laissait à la Mère Favre la charge de supérieure. C'est le point de départ, entre notre Saint et sa " grande Fille ", d'une belle et active correspondance. Il ne se peut rien de plus instructif. On y trouve une sève de tendresse paternelle et de mâle énergie qui surprend et charme à la fois. " Ma tres chere Fille, " écrit le doux Evêque, "

a mesure que ces deux ou troys journees de distance semblent nous separer corporellement, de plus fort et avec plus d'affection je me joins spirituellement a vous (lettre 1127)." " J'appreuve que vous m'appellies Pere, puisque j'ay pour vous un cœur extraordinairement plus que paternel (lettre 1139). " Et encore : " Vous sçaves bien que cc vous estes la grande fille bienaymee, et que nul ne vous ostera le rang que vous tenes en mon cœur (lettre 1144).

"

Mais avec quels accents ce Père relève le courage de la jeune Supérieure qui plie sous le fardeau ! "Faites votre office pour l'amour de ce Sauveur qui vous y a appellee ; vous en serés deschargee quand il luy plaira, vous nous reviendres voir quand il en sera tems (lettre 1119). " " Il ne faut pas... permettre a vostre esprit de se regarder soy mesme et de se retourner sur ses forces ni sur ses inclinations ; il faut ficher les yeux sur le bon playsir de Dieu et sur sa providence (lettre 1122). " Et le bon Saint résume en une phrase rapide et pittoresque sa doctrine d'oubli de soi et d'action quand même : " Il ne faut pas s'amuser a discourir quand il faut courir, ni a deviser des difficultés quand il les faut devider "

A son tour bientôt, la Mère de Bréchard reçoit à Moulins les encouragements du Fondateur et ses austères conseils de support, de patience, de charité inaltérable envers l'étonnante dame des Gouffiers. C'est, en effet, l'ancienne Religieuse du Paraclet qui introduit la Congrégation dans la capitale du Bourbonnais, comme elle l'a introduite à Lyon précédemment. Cette histoire d'il y a trois cents ans ne manque pas de piquant par sa propre originalité, et par les comparaisons qu'elle suggère entre notre époque actuelle et ce temps lointain, où l'on cherchait avec tant d'ardeur " des ouvrieres " pour " sy copieuse moisson que celle de la vie contemplative . "

L'empressement, du reste, était général. Toutes les provinces du royaume très chrétien voulaient des Filles de Sainte-Marie ; chaque ville avait sa réserve d'âmes que la Philothée de l'Evêque de Genève préparait, semence bénie, pour la nouvelle moisson ; de toutes parts on se tournait du côté d'Annecy comme vers un foyer de lumière.

A Toulouse, une Communauté en désarroi réclame du secours : la Supérieure, la Mère Isabeau de Romillon, accompagnée du président de Rességuier, veut chercher auprès de celui qui est vraiment l'oracle de son siècle, aide et conseil. François, toujours disposé au service du prochain, mais d'une prudence consommée, ne dissimule point son embarras : " Je suis en peine de ce bon monsieur... de Ressiguier, " dit-il (lettre 1105), " qui, comme homme de qualité,... aura sans doute fort a faire a supporter nos bassesses et imperfections. " Une plus grande difficulté l'arrête encore, La fondatrice des Tiercerettes est une âme extraordinaire, favorisée d'extases et de ravissements ; " si elle vient icy avec ces especes de choses inconneües, " écrit le Saint avec une bonhomie fine et charmante (lettre 1121), " en lieu de tirer de la consolation de nous, elle nous donnera fort a faire, et nous tiendra empeschés a discerner si cela est saint, si ceci est faint, et troublera grandement la pauvre petite trouppe de colombes innocentes qui n'ont pretention a des choses si ravissantes. " Les voyageurs ne vinrent pas en Savoie, mais Toulouse persista à vouloir une Visitation, L'exemple est contagieux. Riom, Montbrison, Reims, Grenoble, Turin, etc., font à l'envi des démarches dans ce même but.

Le Fondateur s'en effrayerait plutôt que de s'en réjouir.

Tout en louant Dieu de ces saints désirs, il contient les ardeurs prématurées; avant de permettre aux branches de l'arbre de s'étendre, il veut enfoncer profondément les racines.

La racine, le cœur de l'Institut, n'était-ce pas la Fille unique en dilection comme elle l'était en mérite, la grande coopératrice, l'aide que la Providence elle-même avait donnée au saint Evêque, la Mère de Chantal ? Les fondations vont se succéder, plus nombreuses, moins connues, tout aussi célèbres que celles de la Mère Thérèse en Espagne. C'est une immolation qui commence pour la Sainte, un laborieux enfantement jusqu'à son dernier soupir. A cette heure solennelle, Dieu semble la rejeter au moule, et sous l'impulsion de la grâce, la main de François de Sales, comme celle de l'ouvrier habile et expérimenté, façonne de nouveau cette âme, et l'amène au point suprême auquel vise toute sa doctrine pour les natures d'élite : le complet et parfait détachement de tout le créé, une pureté d'amour pour Dieu et le prochain que seules peuvent comprendre les âmes arrivées, comme il le veut, à " ensevelir " tout elles-mêmes " dans un eternel abandonnement (lettre 1203). " Ces pages sublimes des 17, 18, 19 et 21 mai 1616 (lettres 1202-1206), éclairées et complétées par celles de sainte Jeanne-Françoise qui y correspondent , seront lues avec bonheur et avec fruit par ceux qui aiment à pénétrer dans le fond intime des Saints, par ceux qu'attire la haute spiritualité, par ceux encore qui se sont passionnés pour l'étude de l'union suréminente créée par Dieu entre les deux Fondateurs.

Sujet divin, souvent incompris parce qu'on ne l'éclaire que des lumières d'ici-bas, au lieu de le contempler inondé des clartés d'en-haut.

Si la Mère de Chantal a été le chef-d'œuvre de ce Maître des âmes, au-dessous d'elle, voici la foule des Filles de la Visitation, des femmes du monde, des hommes même qui veulent être honorés de sa paternité. Ce n'est pas seulement sa renommée qui s'étend au loin : ce sont de nouveaux enfants spirituels que lui font naître son Introduction à la vie devote, son Traitté de l'Amour de Dieu, naguère " mis en lumiere . " Pour tous, il a la parole spéciale qui s'adapte à leur situation et à leur caractère, sachant bien qu' " il ne se faut esbahir si chaque herbe et chaque fleur requiert son particulier soin en un jardin. " Mais il semble que pour tous jaillisse de son cœur la même prière : " Hé ! Dieu, respandés sur eux l'esprit de douceur et de simplicité, l'esprit d'amour et d'humilité, l'esprit d'obeissance et de pureté, l'esprit de joye et de mortification . "

Ce dernier trait est à noter ; toutes les lettres de direction, nombreuses dans ce volume, nous montreront le doux François de Sales entraînant vigoureusement à la lutte énergique, mais tranquille, contre soi-même. Entendez ces mâles accents : "

Qui ne gourmande jamais ses " repugnances, il devient tous-jours plus doüillet ." " La paix n'est pas juste, qui fuit le labeur requis a la glorification du nom de Dieu. " – " Cette vie est une guerre... le repos est reservé pour le Ciel. " – Est-ce pour les seuls habitants du cloître qu'il a de tels enseignements ? Non ; c'est à une femme du monde qu'il écrit ces fortes paroles : " Il faut fourrer nostre cervelle entre les espines des difficultés et laisser transpercer nostre cœur de la lance de la contradiction; boire le fiel et avaler le vinaigre . "

Mais ce ferme Directeur est en même temps Père tendre et dévoué. Signalons comme exemple les lettres à Mme de la Fléchère au début de son veuvage. Rien n'est plus touchant que la sollicitude affectueuse de ce grand Evêque, absorbé par les plus graves occupations, qui s'intéresse aux moindres détails des affaires de succession et de tutelle. A la fin du volume, nous entrons dans une société nouvelle.

Ce n'est plus la Savoie un peu austère, un peu cérémonieuse;

ce n'est plus la vie de château avec sa solitude relative et sa traditionnelle simplicité. L'aristocratie dauphinoise, brillante et digne, policée et savante, nous apparaît subitement et sous un jour tout différent. A Grenoble et dans toute la province, la guerre avait été acharnée, opiniâtre entre le catholicisme et la religion prétendue réformée, et la Ligue y garda l'un de ses derniers boulevards. Le temps était passé, sans doute, des luttes sanglantes pour la défense des opinions religieuses ; toutefois, les discussions ardentes, mais pacifiques, duraient toujours. L'heure était propice pour l'Apôtre du Chablais, pour le Maître de la sainteté : il allait trouver, parmi les hérétiques, des natures loyales, ayant le désir sincère de connaître la vérité, et dans les familles des anciens ligueurs, une élite d'âmes prêtes à poser, sur le fondement d'une foi éprouvée et invincible, l'édifice de la perfection chrétienne. Encore faut-il ajouter que ce peuple qui, au sein même des troubles politiques et du bruit des combats, n'avait cessé de produire des hommes de lettres et de science, aimait que le vrai et le bien lui fussent exposés dans un beau langage. Aussi tous, catholiques et protestants - le vieux Lesdiguières lui-même ! - se pressèrent-ils au pied de la chaire de Saint-André pour entendre l'Evêque savoyard, illustre déjà par son renom d'éloquence et de vertu.

François de Sales se sent à l'aise au milieu de cet auditoire, le " plus docile, " le " plus porté a la pieté" qu'il eût encore rencontré. Le Parlement est là tout entier, ravi de la doctrine et du bien dire de l'orateur ; quelques-uns de ses membres saisissent même au vol ces discours pleins d'onction et de lumière, ils les recueillent pour les méditer à loisir. Près des graves magistrats, les nobles dames écoutent avidement, et attendent, impatientes, l'heure où elles pourront recevoir de l'homme de Dieu les conseils plus intimes et les leçons de perfection qui ne se donnent pas à la foule. " Icy, comme par tout ailleurs, " dira le Saint avec un sourire, " les hommes laissent aux femmes le soin du mesnage et de la " devotion (lettre 1288). " Des physionomies très sympathiques se présentent alors à nous : la présidente Le Blanc de Mions, au bouillant caractère et à l'esprit si vif ; Mme de Granieu, déjà bien avancée dans les voies de la vertu quand l'Evêque de Genève prend la direction de son âme ; la jeune Mme de Veyssilieu, dont les frayeurs de la mort nous ont valu l'indication de remèdes salutaires contre cette commune faiblesse : l'impétueuse Mme Cottin, et tant d'autres que nous ne faisons qu'entrevoir et dont la correspondance à venir nous dessinera les traits.

Mais l'Evêque, pasteur transitoire de cet intéressant bercail, oubliait-il son propre troupeau ? Ecoutons le cri de son cœur : " Mon Eglise... que puis-je dire de plus affectionné (lettre 1298)?

" Pour elle, ses pensées, ses sollicitudes; de loin comme de près, il veille à ses intérêts, s'occupe de tous les détails de l'administration, confiée pourtant au zélé et rigide Jean-François, son frère et futur successeur. Qu'on lise la correspondance avec son vicaire général, les lettres aux princes au sujet des abus à réprimer, des réformes à faire, des bonnes œuvres à promouvoir : partout se révèlent une vigilance toujours en éveil, que rien ne déconcerte, un amour paternel qui veut constamment le bien de ses ouailles. Ceux dont l'attrait va davantage à l'étude du style trouveront de vraies perles dans ces pages. Ils remarqueront celles qui s'adressent à Mgr Fenouillet. Avec ce lettré, François, semble-t-il, donne plus d'ampleur à sa phrase et à sa pensée, tandis que les tristes nouvelles de la petite patrie qu'il transmet à l'exilé de Montpellier lui inspirent des traits de véritable éloquence. Témoin cette peinture des échappés de la guerre récente, au " sortir d'un grand travail, prenant le repos final dans la sepulture ; " car n'ayant "pas eu le loysir de mourir au milieu des combats, au premier tems qu'ilz ont de relasche, ilz font ce devoir (lettre 1103). " Quelle description encore faite à Bellegarde de la rapidité et de la valeur du temps ! " Tenes vos yeux arrestés a cette sainte eternité a laquelle nous allons par la course de ces annees, qui, passant, nous passent comme de poste en poste, jusques a cette fin-la. En ces momens, pourtant, comme dans un petit noyau, est enclose la semence de toute l'aeternité (lettre 1156). " .

Par contre, à chaque instant, on trouve sous la plume du saint et gracieux écrivain des tournures alertes, vives : ces lettres " esgratignees en un quart d'heure (lettre 1162), " écrites " hors d'haleyne " pendant que l'ennemi est aux portes d'Annecy et que tout tremble dans la ville (lettre 1228), " ces quatre motz le pied a l'estrier" se lisent avec un singulier plaisir. Et peut-on s'empêcher de sourire à ces portraits tracés en deux ou trois lignes par le fin moraliste : le jeune page devenu écolier, qui croit bien " contraire a sa reputation de se ranger a la discipline du college ; " – " messieurs les financiers… gens grandement esveillés " pour saisir les occasions d'exiger les impôts ; - les deux ennemis qui " protestent fort de ne penser a point de mal, mais. . . en un langage qui ne veut pas du tout dire cela. " Comme il connaît bien le cœur humain, et quelle touche délicate quand il approche de ses misères !

Ailleurs, c'est la tendresse qui a des mots ravissants : Il " me semble que quand vous aves du mal, je l'ay avec vous." - Et ce frais souvenir évoqué en passant : " Je n'ay garde d'oublier ce soir...

la petite cadette... puisque je seray chez son pere, ou je la vis la premiere fois habillee de blanc, avec un chapeau de paille.. " On dirait une photographie d'enfance de la Sœur de Blonay.

Mais pourquoi vouloir tout signaler ? " Prenez et lisez, " chantait la voix d'en-haut à l'oreille d'Augustin ; " prenez et lisez, " dirons-nous à chacun de nos lecteurs en leur présentant la nouvelle série de Lettres du " plus français comme du plus aimable de nos Saints. " Dans ces pages, c'est l'âme, l'âme vivante qui parle, c'est le cœur qui palpite, c'est la parole fixée sur le papier, avec son émotion et ses bienfaisants effets.

LES EDITEURS.

Annecy, 26 avril 1911 Fête de Notre-Dame du Bon-Conseil.

AVIS AU LECTEUR

Des Lettres publiées dans ce volume, un grand nombre ont été revues sur les originaux. La provenance indiquée à la fin de chaque pièce, est celle qui nous était connue au moment où elle nous a été communiquée. Lorsqu'un Autographe provient d'une Communauté française exilée ou dispersée, nous donnons l'ancienne adresse de celle-ci. Les Lettres qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont, à difaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter le texte à des publications antérieures, Les Editeurs sont seuls responsables de l'adresse et de la date qui précédent chaque pièce ; l'une et l'autre sont répétées à la fin quand elles figurent sur l'original, ou qu'elles sont authentiques, quoique fournies par les textes imprimés, Les points remplaçant quelque énumération de la date indiquent que cette partie de la date est donnée, mais fautivement, par l'édition à laquelle notre texte est emprunté. Quand la date attribuée à une lettre n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer dans le texte, Les divergences qui existent entre quelques minutes et le texte définitif sont données en bas des pages (quand elles sont importantes, ndlr) Le commencement de la variante est indiqué par la répétition en italique des mots qui la précèdent immédiatement au texte ; la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les passages biffés dans les Autographes sont enchâssés entre ? ?. Des points placés au commencement ou à la fin des lettres indiquent un texte incomplet. Quand les Autographes ont subi quelque mutilation, nous l'indiquons chaque fois. A la suite du Glossaire se trouve un Index, dans lequel il a été jugé à propos de fondre les noms des destinataires avec les titres des principales notes historiques et biographiques, Toutes les notes concernant le clergé de l'ancien diocèse de Genève sont tirées des Registres de l'époque,. elles sont désignées par les deux initiales R. E, Sauf indication contraire, tous les renseignements relatifs à la noblesse savoisienne sont empruntés au monumental ouvrage du Comte Amédée de Foras, si dignement continué par le Comte de Marescbal de Luciane : Armorial et Nobiliaire de l'ancien Duché de Savoie.

N.B. Voir L6 (Lettres6), p.6, les indications sur "Sigles, Notes"

LETTRES DE SAINT FRANCOIS DE SALES ANNEE 1615 (Suite)

MLXXXVI A MADAME DE LA FLéCHèRE Le Saint n'agrée pas que ses amis se déchargent sur lui d'une responsabilité qui leur incombe. - Un précepte difficile à trouver même chez les rois. - Qu'on s'abstienne d'accabler de devoirs les élèves. - Défense d'un professeur. - Que faire quand le corps et l'esprit sont languissants.

Annecy, 1er juin 1615.

Ma tres chere Fille,

Les porteurs de vos precedentes lettres m'ont pris en un tems auquel j'estois si fort embarassé de gens et d'affaires que je ne sçavois ou j'en estois, et ne pouvois me desrobber pour vous faire response, laquelle d'ailleurs je ne sçavois comme vous faire, par ce que vous presupposies que monsieur de Charmoysi mon cousin m'eust donné charge de pourvoir au changement de maistre de vos enfans , et jamais il ne m'en avoit fait un seul mot, bien quil m'eust escrit seulement le jour precedent. De sorte que, quand cet honneste homme que vous m'envoyastes me vint parler de cela et que je vis la lettre de monsieur de Charmoysi, je fus tout surpris et dis que je n'avoys point de charge de cela, et que mesme, m'estant enquis des Peres Barnabites et de plusieurs autres sil y avoit du mal en M. Rosset , pour lequel on le deust renvoyer, je n'avois rien peu treuver qui meritast cela. Mays que, puisque monsieur de Charmoysi et monsieur de Vallon estoyent icy, c'est a dire se devoyent voir le jour suivant, que c'estoit a eux de le renvoyer, si bon leur sembloit. Et sur cela, M. de Vallon se chargea de rechef de s'enquerir des deportemens du sieur Rosset, et en alla parler aux Peres Barnabites et a d'autres qui, comme il me dit par apres, treuverent fort estrange qu'on parlast de ce changement; et alla treuver monsieur de Charmoysi qui m'escrivit une lettre par laquelle il me mandoit en termes generaux, que j'avois tout pouvoir, et ne me disoit nulle resolution. Sur quoy, je ne sceu que dire non plus, car vous ne m'avies rien marqué de particulier des defautz de M. Rosset. En somme, je conclus a M. de Vallon qui m'apporta la lettre, qu'en leur absence et la vostre je prouvoirois aux enfans, quand je m'appercevrois quil y eust chose qui meritast que j'y misse la main, pour le devoir que je leur avois a tous trois ; mais que les peres et meres estans presens, c'estoit a eux de s'en accorder et de le faire ; et que je m'en remettois a eux, puisque principalement monsieur de Charmoysi requeroit en la lettre que vous m'envoyastes, des conditions en un maistre qu'on ne treuve pas mesme es maistres ou precepteurs des Roys : un maistre qui n'eust rien a faire qu'apres les enfans, ni pour dire la Messe, ni pour estudier d'estude particulier. Or en somme, il ne me sembloit pas raysonnable que les peres estans presens, je fisse rien en cela, n'y ayant rien qui pressast (que je sceusse), et le parti de M. Rosset estant defendu par tant de gens dignes de creance.

Voyla tout, ma tres chere Fille, sinon quil faut que je vous die que des-ja le changement de M. Romain a M. Rosset fut treuvé mauvais, par ce que ceux la mesme qui parloyent en mal de M. Rosset ont dit despuis quilz avoyent eu tort, et M. de Charmoysi le fit seulement pour ne vous point desagreer, par condescendence. Certes, il ne faut pas craindre que les enfans perdent le tems en ce College, ou le P. Prefect mesme fait des repetitions particulieres, nommement aux vostres, desquelz il a un grand soin, et se contente fort de M. Rosset. Il ne faut pas aussi tenir tous-jours pressé (sic) les enfans de besoigne nouvelle. Ilz ont deux grandes leçons le jour, ilz ont des compositions a faire, ilz ont des repetitions frequentes : ilz ont, a mon advis, tout ce quil faut, et beaucoup plus que nous n'avions de mon tems. Je voy vos enfans qui se font gentilz, et ne me semble pas que vous en deves estre en peyne ; outre que M. Rosset, qui s'est veu a la veille d'estre hors de sa condition avec quelque deshonneur, s' evertuera de faire tous-jours mieux. Et il m'a pleu de quoy il n'a pas nié l'accident qui luy arriva pour avoir mangé hors du logis.

Au reste, nostre Mere est guerie , avec une grande consolation de voir arriver quantité de damoyselles et dames vefves bien qualifiees, qui demandent place en la Congregation . Elle vous escrivit, et je vous envoyay sa lettre, ce me semble, dans le pacquet auquel je mis la clausule du testament de feu M. Gavent . Je desire bien de sçavoir si vous l'aves receue.

Il ne se faut point estonner si vostre cors estant inquieté d'infirmité, vostre esprit se treuve aussi un peu languissant, selon la partie inferieure. Il suffit que vostre volonté soit bien debout et resolue de tous-jours estre fidele. Dieu, a qui nous sommes, nous gardera et fera de plus en plus profiter en son saint amour et au veritable mespris de nous mesme. J'ay bien aussi envie de vous voir, mays quand vous seres remise. Je suis cependant, ma tres chere Fille, tres parfaitement tout vostre, comme vous sçaves.

1er juin 1615.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MLXXXVII AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON (L3, note 434) (INéDITE) Une absolution que l'Evêque de Genève attend de la courtoisie de son destinataire. - Remerciements pour communication de manuscrits.

Annecy, 5 juin 1615.

Monsieur,

Il est vray, j'ay sursis de vous escrire si souvent, pour le respect que je doy a vos affaires, sans que pour cela j'aye laissé de desirer et demander souvent des asseurances de vostre santé. En cette espece de manquemens, je prendray, sil vous plait, l'absolution de vous, que vous ne me refuseres point, en vertu de vostre courtoysie, que j'implore des maintenant, en attendant lhonneur de vostre praesence quand il vous plaira le nous donner. Et lhors, je vous protesteray de vive voix ce que la haste de ce porteur ne permet d'escrire qu'en ce peu de motz, que je suis, Monsieur, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

5 juin 1615.

Monsieur, je vous remercie tres humblement de la communication de ces belles escritures , desquelles je feray selon vostre desir. A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon,

Gouverneur de Savoye, commandant generalement en l'absence de S. E.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Hartwell

D. Grissell, à Oxford (Angleterre)

MLXXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON L'anniversaire d'une vocation. - Une race spirituelle que le Saint demande à Dieu de multiplier. - Actions de grâces à la divine Trinité.

Annecy, [14 juin 1615 ]

A mesme que la tres souveraine bonté de la divine Trinité renvoye l'Esprit de son adoration en la sainte Eglise, elle renouvelle, ce me semble, celuy de la sacree vocation de ma tres chere, tres bonne et tres honnoree Mere, laquelle sortant de son païs sans sçavoir ou elle alloit, mais croyant a Dieu qui luy avoit dit : Sors de ta terre et de ton parentage (Gn 12,1), elle vint en la montagne qui avoit pour son nom: Dieu la verra ; et Dieu l'a veüe, multipliant sa race spirituelle comme les estoiles du ciel (Gn 22,14). O ! Dieu soit a jamais glorifié, ma tres chere Mere, avec laquelle je me res-jouis, ains au cœur de laquelle mon cœur se res-jouit comme en soy mesme. 0 qu'il soit, ce cœur de ma Mere, eternellement fiché au Ciel comme une belle estoile qui en ayt une grande trouppe autour. Est-il possible que nous chantions eternellement le cantique de gloire au Pere, au Filz, au Saint Esprit ? Ouy, l'ame de ma Mere le chantera es siecles des siecles. Amen. Et Dieu en sera beni en l'eternité des eternités. Amen. VIVE JESUS Gloire soit au Pere, au Filz et au Saint Esprit, de l'assemblee qu'il a faite de tous ces cœurs pour son honneur ; mais, helas ! que de confusion pour le mien qui a si peu fidelement cooperé a une si sainte besoigne ! Or sus, cette mesme tressainte Trinité, qui est une tres souveraine bonté, nous sera propice, et nous ferons des-ormais sa volonté. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

MLXXXIX A MADAME DE PEYZIEU Ce qu'il faut éviter et réprimer dans les curiosités d'outre-tombe, à propos de nos parents défunts. - Pourquoi les chrétiens doivent modérer leurs regrets.

Annecy, [vers mi-juin] 1615 .

Ma tres chere Mere,

Ayant receu vostre lettre et le message que l'on m'a fait de vostre part, je vous diray que je connois fort distinctement les qualités de vostre cœur, et entre toutes, son ardeur et force a aymer et cherir ce qu'il ayme : c'est cela qui vous fait tant parler a Nostre Seigneur de ce cher trespassé , et qui vous porte a ces desirs de sçavoir ou il est.

Or, ma chere Mere, il faut reprimer ces eslancemens, qui procedent de l'exces de cette passion amoureuse ; et quand vous surprendres vostre esprit en cet amusement, il faut soudain, et mesme avec des paroles vocales, retourner du costé de Nostre Seigneur et luy dire, ou cecy mesme ou chose semblable : 0 Seigneur, que vostre providence est douce ! que vostre misericorde est bonne ! Hé, que cet enfant est heureux d'estre tombé entre vos bras paternelz, entre lesquelz il ne peut avoir que bien, ou qu'il soit.

Ouy, ma chere Mere, car il se faut bien garder de penser ailleurs qu'au Paradis ou au Purgatoire, puisque, graces a Dieu, il n'y a point de sujet de penser autrement. Retirés donques ainsy vostre esprit, et apres cela, divertissés-le a des actions d'amour envers Nostre Seigneur crucifié.

Quand vous recommanderes cet enfant a la divine Majesté, dites-luy simplement: Seigneur, je vous recommande l'enfant de mes entrailles, mays bien plus l'enfant des entrailles de vostre misericorde, engendré de mon sang, mays reengendré du vostre. Et passés outre ;

car si vous permettes a vostre ame de s'amuser a cet object proportionné et aggreable a ses sens et a ses passions inferieures et naturelles, jamais elle ne s'en voudra oster, et, sous pretexte de prieres, de piete, elle s'estendra a certaines complaysances et satisfactions naturelles, qui vous osteront le loysir de vous employer autour de l'object surnaturel et souverain de vostre amour. Il se faut sans doute moderer en ces ardeurs des affections naturelles, qui ne servent qu'a troubler nostre esprit et divertir nostre cœur.

Or sus donq, ma tres chere Mere, que j'ayme d'un amour vrayement filial, ramassons bien nostre esprit dans nostre cœur et le rangeons au devoir qu'il a d'aymer tres uniquement Dieu, et ne luy permettons aucun amusement frivole, ni pour ce qui se passe en ce monde, ni pour ce qui se passe en l'autre ; mays, ayant departi aux creatures ce que nous leur devons d'amour et de charité, rapportons tout a ce premier amour magistral que nous devons au Createur, et conformons-nous a sa divine volonté. Je suis tres affectionnement, ma chere Mere, Vostre plus fidele et affectionné enfant, F.

MXC A MADAME DE LA FLECHERE La lassitude du corps et les passions de l'âme. - Dans quel cas s'asseoir au temps de la prière. - Les distractions et ['oraison, - La vie en dehors de Dieu est une mort, - C'est au Saint-Esprit de pousser les âmes comme il lui plaît.

Annecy, 20 juin 1615

Et moy, ma tres chere Fille, j'ay esté grandement consolé de sçavoir de vos nouvelles, puisque mesme elles sont toutes fort bonnes ; car, quant a la chere fille , c'est un signe desirable pour sa future pieté que le cors se ressente des affections du cœur et quil en devienne las, car il en print ainsy a Nostre Seigneur mesme (Jn 4,6) et a plusieurs de ses plus grans Saintz. Vous l'aves bien conseillee qu'elle s'assise, et il faut qu'elle le face avant que les maux de cœur la prennent ; c'est a dire qu'elle face toute l'orayson assise, ayant au paravant fait une adoration a genoux. Et quant aux distractions, pourveu qu'ell'ayt le desir de prier un peu ardent, elles cesseront petit a petit ; et si elles ne cessent pas, l'orayson en sera d'autant meilleure, comme faite sans goust ni interest, pour le pur amour de plaire a l'Espoux, Ce desir qui se presente en l'orayson et cette volonté qui luy vient tous les jours sont aussi des bonnes marques ; mars le tems fera voir plus clairement a quoy elle se devra resoudre. Et ce pendant, nostre bonne Mere viendra , avec laquelle elle conferera et tirera d'elle beaucoup de lumiere.

J'iray en Chablaix ce moys d'aoust , Dieu aydant, ou j'auray toute commodité de la voir, si elle y est, pourveu qu'on ne s'apperçoive point des bonnes pensees dont il est question, car ce sont choses que le monde contredit tous-jours.

Si nous sçavons le jour auquel la seur Gavent ira a Belloci, nous y ferons rencontrer des gens pour l'assister et voir l'affaire . Je feray ce quil faut pour chasser ces miserables femmes. Nous benirons aussi l'eau ; mais vous ne me dites point a qui nous la donnerons.

Je loue Dieu du mari et suis son serviteur. Nous verrons du maistre ce que c'en sera. Ma tres chere Fille, vives toute a Dieu, hors lequel la vie est une mort. Vous faites bien de ne point pousser la fille (Gasparde d'Avise), c'est au Saint Esprit de luy donner les inspirations selon son bon playsir ; mais pour moy, j'ay quelque esperance quil la rendra toute sienne tres parfaitement, et ne doute point qu'au moins elle ne le soit suffisamment pour obtenir la verité, car cett' ame la est bien marquee.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MXCI A MADAME DE RUANS Les visites du Saint-Esprit parmi les tribulations. - Exhortation à l'amour de la Croix.

Annecy, 21 juin 1615.

Madame,

Je vous remercie de la confiance que vous aves en moy, qui reciproquement vous cheris d'une affection toute particuliere, et ne cesse point de vous souhaiter les vrayes consolations du Saint Esprit entre les tribulations desquelles sa Bonté vous visite, pour vous exercer en l'humilité et patience. Je vous escris sans aucun loysir, mais non pas sans beaucoup de desir de vous servir. Quand le livre dont vous me parles sera imprimé, qui ne peut estre de deux mois , vous en aures, Dieu aydant, que je prie cependant de vouloir estre luy mesme le livre de vostre cœur, dans lequel vous lisies et apprenies a bien aymer sa tressainte Croix, delaquelle il vous fait participante. Je suis de tout mon pouvoir, Madame ma chere Fille, Vostre plus humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XXI juin 1615.

A Madame

Madame de Ruan.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Vitoria (Espagne).

MXCII A MADAME DE LA CROIX D'AUTHERIN Dans la correction des défauts, ne pas séparer la pratique de l'humilité de la fidélité envers Dieu. - En quel cas le Bienheureux ne juge pas mauvais qu'on soit un peu privé de la sainte Communion. - Utilité des confessions fréquentes. - Annonce d'un voyage à Lyon et en Chablais. - La lecture spirituelle.

Annecy, 23 juin 1615 .

Je respons a vos deux lettres, ma tres chere Fille, vous conjurant avant toutes choses de ne plus appeller importunité pour moy la reception de vos lettres, laquelle, en vraye verité, m'est tous-jours extremement aggreable.

Je voy bien en la premiere, vostre cœur tous-jours plein de bons et vertueux desirs, car il est de naturel fort bon ; mais, ce me dites vous, vous ne vous corriges pas asses puissamment de vos imperfections. Vous sçaves que je vous ay souvent dit que vous devies estre affectionnee esgalement a la prattique de la fidelité envers Dieu et a celle de l'humilité. De la fidelité, pour renoüer vos resolutions de servir la divine Bonté aussi souvent que vous les rompres, et vous tenant sur vos gardes pour ne point les rompre ; de l'humilité, quand il vous arriveroit de les violer, pour reconnoistre vostre chetifveté et abjection. Mays certes, il faut tout de bon avoir soin de vostre cœur, pour le purifier et fortifier selon la multitude et grandeur des inspirations que vous en aves.

Et je ne treuve pas mauvais que vous soyes un peu privee de la tressainte Communion, puisque c'est l'advis de vostre confesseur, pour voir si le desir de retourner a la frequentation d'icelle vous fera point un peu prendre plus garde a vostre amendement. Et tous-jours feres vous bien de vous humilier fort aux advis de vostre confesseur, qui void l'estat present de vostre ame, lequel, quoy que je m'imagine asses sur ce que vous m'en dittes par vos lettres, si est-ce qu'il ne me peut pas estre conneu si particulierement comme a celuy a qui vous en rendes conte. Or j'entens, qu'encor que vous esloigneres un peu vos Communions, vous ne laisseres pas pour cela de bien suivre la frequence des confessions, car de celles ci, il n'y peut avoir aucune rayson de les esloigner ; au contraire, elles vous seront utiles pour assujettir vostre esprit qui, de soy mesme, n'arme pas la sujettion, et pour l'humilier et luy faire mieux discerner ses fautes.

Je vay a Lion pour contenter Monseigneur l'Archevesque de ce lieu-la, qui vouloit venir vers moy en toute façon si je ne me fusse resolu d'aller aupres de luy , puisque c'estoit bien la rayson que je le previnsse en cet endroit. Ce sera un voyage de 15 jours ou environ , apres lequel j'en veux faire un autre en Chablaix (note 25), pour estre de retour de tous deux en septembre ; mais je repasseray par icy , et seray tous-jours bien ayse de vous escrire, si je puis.

Retenes bien vostre esprit en Dieu; lises le plus souvent que vous pourres, mais peu a la fois et avec devotion. Aymes tous-jours mon ame qui cherit tres parfaitement la vostre. Resalues monsieur vostre mary de ma part, et l'asseures que je suis son serviteur.

Je vous respons a part, en la feuille ci-jointe (lettre suivante), a la demande que vous m'aves faite pour la dame vefve , affin que, si vous voules, vous puissies monstrer ma response ; et suis invariablement, ma tres chere Fille, tout vostre et Vostre serviteur plus humble, FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

MXCIII A LA MêME Vengeances et réparations. - Quelle doit être l'attitude d'une personne honorable en face des diffamations, et le meilleur moyen de répondre aux chansonneurs. - Dieu protège l'honneur des gens de bien.

23 juin 1615 .

Madame,

Je respons a vostre derniere demande, en peu de paroles, que je n'ay pas changé d'advis despuis que . j'escrivis l'Introduction a la Vie devote (Part3 ch 7) ; au contraire, je me voy tous les jours affermi en mon sentiment pour ce qui regarde le support des injures. La passion, a l'abord, nous fait tous-jours desirer des vangeances ; mais quand nous avons un peu de crainte de Dieu, nous n'osons pas les appeller vangeances, ains nous les nommons reparations.

Que cette bonne dame me croye, et qu'elle n'entre point en terme de proces pour ces chansons, car ce ne seroit que multiplier le mal, en lieu de l'estouffer. Jamais une femme qui a le vray fondement de l'honneur ne le peut perdre ; nul ne croit ces infames diffamations, ni ces chansonneurs : on les tient pour des meschans. Le meilleur moyen de reparer les ruines qu'ilz font, c'est de mespriser leurs langues qui en sont les instrumens, et de leur respondre par une sainte modestie et compassion.

Mays sur tout, certes, il n'y a point d'apparence que ce pauvre diffamateur se sousmettant a reparer autant qu'en luy est l'injure, au jugement des parens, on aille prendre cet autre biais de playdoyeries, c'est a dire de labirinthes et abismes de conscience et de moyens. Or, je ne desappreuverois pas qu'il confessast sa faute, declairast son animosité et demandast l'oubly ; car encor qu'il soit de peu d'authorité, ayant commis cet acte, si est ce pourtant que c'est tous-jours quelque sorte de lumiere pour l'innocence, de voir ses ennemis luy faire hommage. Mays, plustost que de venir par proces, elle devroit faire tout autre chose. J'ay une recente experience de la vanité, ou plustost du dommage que les proces apportent en ces occasions, en une des plus vertueuses dames du Maconnois , qui s'est infiniment mal treuvee d'avoir quitté mon advis pour suivre l'impetuosité de la passion de ses parens. Croyés moy, ma chere Fille, l'honneur des gens de bien est en la protection de Dieu, qui permet bien quelquefois qu'on l'esbransle pour nous faire exercer la patience, mais jamais il ne le laisse atterrer, et le releve soudain. Vivés toute a Dieu, pour lequel je suis, Madame, Vostre humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Veille de saint Jean.

A Madame de la Croix d'Auterin.

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy. MXCIV AU CARDINAL DENIS-SIMON DE MARQUEMONT ARCHEVêQUE DE LYON (FRAGMENT) L'intention de saint François de Sales en fondant un nouvel Ordre de Religieuses. - Quelle doit être leur unique prétention.

Annecy, [juin] 1615 .

………………………………………………………………………………………. ………………..C'est pour donner a Dieu des filles d'orayson et des ames si interieures, qu'elles soyent treuvees dignes de servir sa Majesté infinie et de l'adorer en esprit et en verité (Jn 4,23). Laissant les grans Ordres des-ja establis dans l'Eglise honnorer Nostre Seigneur par d'excellens exercices et des vertus esclattantes, je veux que mes filles n'ayent autre pretention que de le glorifier par leur abbaissement; que ce petit Institut de la Visitation soit comme un pauvre colombier d'innocentes colombes, dont le soin et l'employ est de mediter la loy du Seigneur (Is 38,14 ; 59,11) sans se faire voir ni entendre dans le monde ; qu'elles demeurent cachees dans le trou de la pierre et dans le secret des mazures (Ct 2,14), pour y donner a leur Bienaymé vivant et mourant, des preuves de la douleur et de l'amour de leurs cœurs, par leur bas et humble gemissement . ……………………………………………………………………………………………………..

MXCV A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON Le gouverneur de Lyon, commensal et ami du Saint. - L'union des âmes les rend présentes l'une à l'autre. - Annonce d'un sermon d'amour.

Lyon, [2 juillet 1615 ]

Le billet d'hier ainsy entrecouppé m'anonça bien quelle estoit mon ame. Hé, vive Jesus, et mon ame vivra ! Monsieur d'Alincourt soupa hier ceans et y demeura jusques pres d'onze heures, resolu de venir au sermon ce matin , que je ne pensois estre qu'un sermon particulier. Ce soir je seray aupres de vous et de nos Seurs, marri plus quil ne se peut dire que mon loysir s'en aille ainsy. Pour Dieu, ma tres chere Mere, tenons nostre cœur en suavité, tous-jours inseparablement present a soy mesme, puisque l'extraordinaire unité dont Dieu l'a doüé peut bien faire ce coup, et que la necessité du service de sa gloire requiert que nous employons cette grace a cela. 0 Seigneur, a qui tout est present (He 4,13), donnes a nostre esprit une telle presence de soy mesme comme vous luy aves donné un'unité, affin quil vive autant consolé quil est requis pour vous bien servir en vostre presence, Seigneur, et en la sienne de soy mesme. VIVE JESUS ! Amen. Je m'en vay faire un sermon d'amour, le plus ardemment que je pourray.

Revu sur l"Autographe conservé à la Visitation de Nancy.

MXCVI A LA MêME, A LYON (BILLET INéDIT) Mémoire et visite pour une affaire.

[Lyon, ler-9 juillet 1615 ]

Il ny a pourtant remede; on me dit quil faut que je presente le memorial, puys on me dit quil ne faut pas l'attendre. Or sus, j'iray aujourdhuy voir ce seigneur : Dieu y mette sa main. C'est l'escrit mesme que je donnay a M. Sedite , quil faut faire voir et corriger.

Revu sur l'Autographe qui appartenait aux RR. PP. Missionnaires de Saint-François de Sales, à Annecy.

MXCVII A LA MêME, A LYON Annonce d'un départ et d'une visite.

[Lyon, ler-9 juillet 1615 ]

Ma tres chere Mere, Avec mille bonsoir (sic), je vous avertis du depart du P. Cordelier , qui sera demain un'heure devant jour ; si vous aves escrit, je feray le memorial. Mays en attendant, conserves vous, je vous en supplie, ma tres chere et tres bonne Mere, que je verray, Dieu aydant, demain. Bonsoir, ma tres chere Mere. Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de nostre unique cœur. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Poitiers

MXCVIII AU SUPéRIEUR D'UNE COMMUNAUTé Charité compatissante du Saint en faveur d'un Religieux expulsé de son Ordre.

Annecy, 13 juillet 1615 .

Mon Reverend Pere,

Le Frere N. vint a moy au plus fort de son affliction , et puis dire qu'il estoit plus mort que vif, tant sa desolation estoit extreme ; et je me resouvins de Celuy qui (Is 42, 3 ; Mt 12,20) n'éteint pas la mèche encore fumante et qui ne broie pas ce qui est brisé. Il me presenta ses patentes de demission, ejection et expulsion de l'Ordre, et, par ses larmes, impetra aysement de moy le sejour de quelques semaines en ce diocese, pendant lesquelles je fus a Lion pour y visiter Monseigneur l'Archevesque, chez lequel le R. P. V. me parla. Et pour dire ma pensee, il me parla selon mon cœur, car il me recommanda ce pauvre homme, prestre et lié par les vœux de Religion, affin qu'il fust aucunement consolé.

Despuis, je fis encor plus volontier ce que je voulois faire en charité autour de cette ame. Mais, mon Reverend Pere, ç'a tous-jours esté avec cette reserve, qu'elle respecteroit et honnoreroit en toutes occurrences vostre Ordre, et se comporteroit humblement envers tous ceux qui en sont. Et sur vostre advertissement, je tiendray encor plus fortement la main sur luy pour cela, tandis qu'il demeurera dans mon diocese, ne desirant rien tant que de donner satisfaction aux Religieux, et particulierement a ceux de vostre condition.

Mays, mon Reverend Pere, vous me proposes le retour de cette brebis en vostre parc. Je croy qu'elle ne desireroit pas mieux, et sur tout, s'il vous plaisoit de l'asseurer que vous favoriseries sa bonne intention de quelque doux accueil et de quelque moderation en la penitence que peut estre vos Constitutions ordonnent a ceux qui reviennent. Que si vous prenes le soin de me tenir adverti de vostre volonté pour ce regard, je coopereray a ce bon œuvre de tout mon cœur; duquel vous saluant bien humblement et vous souhaittant toute sainte benediction, je demeure, Mon Reverend Pere, Vostre tres humble frere et serviteur en Nostre Seigneur, FRANCs, E. de Geneve.

D'Annessi, ce 13 julliet....

MXCIX A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON Le retour de l'Evêque de Genève à Annecy; la présidente Le Blanc l'accompagne à Saint-Priest. - Mme de Travernay à l'article de la mort ; une petite histoire villageoise.

Annecy, 14 juillet 1615.

Par cette premiere commodité, je vous rens conte de nostre voyage, ma tres chere Mere. Certes, quand Monsieur l'Archevesque me laissa , il me tesmoigna beaucoup d'amitié. Or, je cultiveray la faveur que ce grand Prelat me fait, le plus soigneusement qu'il me sera possible. Nous vinsmes donq ce jour-la a Saint Prix , et tousjours avec la bonne madame la Presidente [Le Blanc] qui m'ouvrit son cœur, autant que l'occasion le luy permit, fort franchement. C'est un bon cœur, en verité, et auquel je souhaitte beaucoup de vraye prosperité.

Elle a grand besoin d'estre assistee et appuyee bien doucement, pour la multitude des travaux que la vivacité de son esprit luy donne, qui ne cesse guere de luy fournir des motifz pour aggrandir son mal . Elle demanda congé a Monseigneur l'Archevesque d'entrer vers vous, lequel le luy accorda, et luy donna mesme esperance de luy permettre . d'y coucher . Quand cela arrivera, aydés-la bien, ma tres chere Mere, car elle le merite et en a besoin. Si elle vient icy l'annee prochaine, comme elle en a fait le dessein , alhors nous aurons plus de moyens de la bien consoler. Je vous escriray un petit billet a part affin qu'elle le voye, ayant bien du desir qu'elle sache que je la cheris et estime, pour la plus grande gloire de Dieu.

J'arrivay samedy a Sessel , ou je preschay le dimanche matin, et vins coucher en cette ville, et treuvay a mon arrivee nouvelles que madame de Treverney estoit en l'article de la mort. Je partis hier de grand matin pour luy rendre mon dernier devoir, puisqu'elle estoit de mes filles. A mon arrivee, elle s'eslança a mon col avec une joye bien extraordinaire a son humeur melancholique, elle qui jamais ne me fit aucune caresse. En somme elle se remit tellement, qu'encor que je ne pense pas qu'elle la fasse longue, si est-ce que je pense qu'elle vivra encor plusieurs jours .

Elle se confessa derechef a moy, pour sa consolation et non par necessité, car elle avoit receu le jour precedent tous ses Sacremens, et mesme l'Extreme Onction, et fit la plus absoluë indifference que j'aye jamais veuë ; car ses domestiques et voysins la pressant de faire des vœux pour guerir, jamais elle ne voulut, mays dit que ce que Dieu ferait luy serait le plus aggreable et qu'elle ne voudroit pas, par le moindre desir du monde, demander a Dieu ni la vie ni la mort, luy laissant sans reserve sa vie entre ses mains, pour en faire a son gré ; et ce qu'il luy plairoit seroit aussi ce qu'elle vouloit. Mais elle disoit cela si fermement, que je voyois clairement que c'estoit tout de bon que ce luy estoit tout un. Et, bien qu'elle dist que sa Françon, ma filleule , luy touchoit un peu le cœur parce qu'elle estoit encor si petite, neanmoins elle adjoustoit, non seulement avec force, mays avec tendreté, que si Dieu la retiroit, il sçavoit bien ce qu'il feroit de cette fille, et que, pour elle, elle ne vouloit nullement desirer de vivre, sinon tout ainsy que Dieu le voudroit. En somme, je luy dis ce que je sceu, et tout a son gré. Je la laissay en paix, sans apparence de mal, sans plainte, sans tesmoigner aucune sorte de passion, sinon de revoir son mary , qui estoit la seconde chose qu'elle avoit desiré avant son trespas. Ces petites histoires villageoises me playsent et m'edifient, et c'est pourquoy je vous les raconte. J'escris a Monseigneur l'Archevesque par honneur.

Ma tres chere Mere, je suis, comme vous sçaves vous mesme, tout vostre, sans reserve ni difference quelcomque. Vivés toute genereusement et noblement joyeuse en Celuy qui est nostre unique joye. Je salue du fond de mon cœur ma tres chere fille ma Mere et mes cheres filles , avec nos cheres Novices , entre lesquelles je cheris particulierement ma Sœur Françoise Hieronime ma cousine, parce qu'elle est la cadette de Lion.

A Dieu, ma tres chere Mere, le doux Jesus soit a jamais nostre vie. Amen.

FRANçs, E. de Geneve

Le 14 julliet 1615.

MC A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVEQUE DE MONTPELLIER (L4, note 11) (INéDITE) L'importunité des grandes villes. - La paix après la guerre; courage militaire des princes de Savoie et de la noblesse savoyarde; force veuves et orphelins.

Annecy, 15 juillet 1615.

Monseigneur,

Convié par Monseigneur l'Archevesque de Lion, j'ay esté aupres de luy ces jours passés, et pensois bien de la vous bayser les mains, comme je fay maintenant tres humblement par lettre ; mais je n'en eus jamais le loysir, a cause de l'empressement des visit... et visitare. Certes, ces grandes villes sont importunes pour cela, au moins pour les pauvres villageois comme moy, qui n'y sont pas accoustumés. Mais, si je n'ay peu vous escrire, je n'ay pas laissé de parler souvent de vous avec ce digne Prelat, qui certes tesmoigne de vous honnorer et estimer grandement; en quoy je prenois grand playsir, comme vous pouves penser. Au reste, nous voyci dans la paix, graces a Dieu, que je supplie la vouloir rendre longue et heureuse . La guerre a esté courte, mais aspre tout ce qui se peut , et ou Son Altesse et les Princes ses enfans ont fait paroistre leur vertu originaire des anciens Amé et Thomas . Nous y avons perdu plusieurs braves gentilzhommes savoyards , car nostre nation a esté la plus employee et s'est grandement signalee en cette occasion ; de sorte que nous avons force vefves et orphelins, desquelz les vœux rendront la paix durable. Je prie la divine Bonté qu'elle vous comble de ses plus cheres faveurs, et suis immortellement, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

15 julliet 1615, Annessi.

Revu sur une ancienne copie, conservée à la Visitation de Montpellier.

MCI A M. ANTOINE DES HAYES (L2, note 276) Pourquoi le jeune des Hayes a fini par se ranger à la discipline. - Ce qu'il faudra faire s'il ne persévère pas. -. Tendresse et sollicitudes du Saint pour le fils de son ami. - Eloge du prince de Piémont.

Annecy, 15 juillet 1615.

Monsieur,

Convié par Monseigneur l'Archevesque de Lion, j'ay esté ces jours passés aupres de luy, ou je pensois treuver le loysir de demy heure pour vous escrire ; mays je ne sceu onques gaigner cela sur la multitude des visites et de quelques autres occupations qui me furent donnees, outre quelques predications. Maintenant je repare la faute, et vous diray hardiment le mal apres la guerison.

Nostre filz a eu fort affaire a se ranger a la discipline du college, et luy estoit bien advis que cela estoit contraire a sa reputation. La racine de son mal est en une certaine grace qu'il a de gaigner les espritz et tirer les cœurs a soy, lesquelz par apres le tirent a eux et luy donnent telles impressions qu'ilz veulent. Il a eu pour cela prou de disputes avec ses maistres, qui le vouloyent empescher de sortir et de prendre des libertés contraires aux regles du college. Et je l'ay encor plus souvent reprimandé ; en quoy il m'a extremement obligé, par le sentiment qu'il a tesmoigné d'estre marry de me desplaire, si que, en fin, pour l'amour de moy, il commence fort a se bien ranger; et par ce moyen, il tireroit encor mon cœur a soy, s'il ne luy estoit des-ja tout acquis.

S'il persevere, nous aurons occasion de nous en contenter; s'il ne le fait pas, il faudra user de l'un de ces deux remedes : ou bien le retirer dans un college un peu plus fermé que celuy ci, ou bien luy donner un maistre particulier, qui soit homme et auquel il rende obeissance . Car en fin, cet enfant est vostre unique, et certes, grandement aymable ; neanmoins, le voyla en ses annees perilleuses, que la nourriture de page rend encor plus dangereuses. Mays il ne se faut point lasser de bien cultiver cette plante, car elle rendra sans doute de tres bons fruitz.

Il ne se peut dire combien nous sommes grans amis, ni combien il me respecte : cela, avec un maistre particulier, suffira pour le bien conduire, si par adventure il ne perseveroit pas. Mais j'espere qu'il le fera, car les Peres Barnabites et M. Peyssard m'asseurent grandement qu'il observe maintenant fort exactement ce qu'il m'a promis. Je vous supplie de luy escrire que je vous ay tesmoigné du contentement de luy, affin de luy donner courage de continuer.

La grande peyne que j'avois de luy, c'est a cause de l'eau, sur laquelle il se plaist extremement ; et je craignois qu'il ne se pleust encor de se mettre dedans pour se baigner en quelque endroit dangereux, parce que toutes les annees il s'y perd quelqu'un. Mais il m'oblige infiment en cela, car il ne s'y met point. En somme, sachés, je vous supplie, Monsieur, que cet enfant m'est cher comme mes yeux, et que, de son costé, il paternise excellemment a m'aymer ; et si, j'espere que, passé ces annees perilleuses, on le verra encor paterniser en plusieurs autres conditions, Dieu aydant.

Nous avons la paix, graces a Nostre Seigneur (note 67).

Playse a sa divine Majesté qu'elle dure, et qu'elle donne ouverture a quelque bonne intelligence et alliance pour le Prince de Piemont , qui est le plus sage, le plus courageux et le plus devot prince qui ayt esté il y a long tems.

J'escris sans aucun loysir ; c'est pourquoy je prendray la confiance de ne point escrire a madame ma tres chere fille , a laquelle indivisement avec vous, Monsieur, je souhaitte mille et mille benedictions, demeurant pour jamais

Vostre tres humble et tres affectionné serviteur,

FRANçs E. de Geneve

Annessi, le... julliet 1615.

A Monsieur [Monsieur] des Hayes, Conseiller et maistre d'hostel du Roy, Gouverneur et Baillif du chasteau et ville de Montargis.

MCII A MADAME DE TRAVERNAY (INéDITE) Paternel intérêt pour une jeune veuve malade, nièce de la destinataire.

Annecy, fin juillet ou commencement d'août 1615.

J'ay de rechef beaucoup de consolation, ma tres chere Fille, de vous voir si contente aupres de ce cher mari, qui me fait beaucoup d'honneur de m'aymer, quoy que je ne le merite nullement, si ce n'est par la fidele affection que je vous ay a tous deux. Mays je suis, certes, grandement en peine de la maladie de madame du Chatelart , a mesure que je la cheris tendrement et d'un cœur vrayement paternel, selon qu'elle me fait lhonneur de se nommer ma fille. Ces fievres continues sont tous-jours dangereuses, et mesme en une personne attristee . J'espere neanmoins que le benefice de nature qu'ell'a eü apres une si longue retention, luy sera salutaire et que, moyennant les remedes que ce bon medecin, qui est fort experimenté , luy appliquera, le mal ne passera pas le septiesme, Dieu aydant, lequel nous prierons ardemment pour elle. Qu'a jamais son saint nom soit beni. Amen. Je suis, Madame ma tres chere Fille,

Vostre plus humble tres affectionné compere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve..

. . . . . . . . .. . .1615.

A Madame

Madame de Treverney.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

MCIII A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Les suites de la guerre pour les deux partis. - " La terre des tranchees " et " celle des tombeaux. "

Annecy, 4 août 1615.

Monseigneur,

Ce n'est que pour me tenir en mon devoir et pour mieux m'asseurer du desir que j'ay que ce porteur vous bayse les mains de ma part, que je luy donne ces quatre lignes affin quilles vous presente. Car, dequoy vous pourrois je entretenir maintenant ? Chacun, en ce païs, se repose pour un peu, comme gens qui ne font que de sortir d'un grand travail, et tous-jours quelques uns prennent le repos final dans la sepulture, pour les extremes incommodités. quilz ont souffertes. en la guerre , en laquelle il semble quilz n'ont pas eu le loysir de mourir, et qu'au premier tems qu'ilz ont de relasche, ilz font ce devoir. Mais, ce qui console les miserables, c'est que de ceux qui furent nos ennemis, il en meurt beaucoup davantage , comme s'ilz n'estoyent sortis de la terre des tranchees que pour reentrer en celle des tombeaux. Je m'en vay cependant en Chablais pour quelques semaines, ou les affaires de ces quartiers la m'appellent ; mais je demeure par tout a jamais, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

4 aoust 1615, Annessi.

Revu sur une ancienne copie, conservée à la Visitation de Montpellier.

MClV A M. ETIENNE DUNANT, CURé DE GEX (L4, note 85 ; L5, note 118) Recommandation en faveur d'un catholique. - Les mariages que l'Evêque de Genève ne voulait pas autoriser.

Annecy, 14 août 1615 .

Monsieur le Curé,

Cette remarquable qualité de catholique que ce porteur possede, me fait luy desirer du contentement . Je desirerois neanmoins quil en eut sans prejudice de ma parole, et ne doutant point que les sieurs Gay et Choudens ne s'accommodent volontier a mon intention, je vous prie de faire avec eux quilz associent ce personnage qui, pour l'appuy quil aura de monsieur de Siccard et de monsieur de la Faye , pourra beaucoup pour rendre la ferme plus utile. Que si ilz ne s'accommodent pas a mon desir, je vous prie de surseoir et me venir voir. Pour le mariage, je ne voy ni petite ni grande apparence que je le puisse treuver bon ou advoüer sans declaration de la fille. Et ne sert a rien de m'alleguer des exemples, car les Evesques qui les permettent peuvent avoir plus d'authorité que je n'ay pas; et comm'ilz ont, je m'asseure bien, dequoy respondre de leurs actions, aussi respondray-je, comme j'espere, des miennes. Je ne doute point que les mariages des catholiques et hœretiques ne soyent bons quand ilz sont faitz ; mais de les permettre et faire benir, le Pape mesme ne le fait pas. Je sçai quil arrive des consequences peu desirables, mays je m'arreste a mon devoir. Atant, vous priant d'avoir tous-jours bon courage parmi ces petitz tracas, je supplie Nostre Seigneur quil vous comble de ses graces, et suis, Monsieur, Vostre plus humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

A Monsieur Monsieur le Curé de Gex.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims. MCV A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON (INéDITE) Des Tiercelines de Toulouse en quête d'une direction; difficulté pour la Visitation de l'accepter. - Expédient proposé pour contenter les dames de Billom. - Il vaut mieux refuser que d'entreprendre témérairement.

Annecy, 16 ou 17 août 1615 .

Quelle presse, ma tres chere Mere ! Hier, bien tard, je receu vos lettres ; ce jourdhuy, jour de mon depart, je tasche de respondre entre mille embarassemens. Or sus, comme je pourray, je vay dire premierement, que ces bonnes dames seront les bienvenues apres la [Toussaint ,] que vous seres icy, si vous treuves bon qu'on les reçoive dans la Visitation pour le tems qu'elles demandent, et que vous pensies qu'elles doivent estre edifiees de la conversation de nos cheres Seurs et de ma veüe ; car, ma chere Mere, vous qui les aves veües, pourres mieux discerner cela que moy. Seulement, je suis en peine de ce bon monsieur le president de Ressiguier , qui, comme homme de qualité, sil demeure tant parmi nous, aura sans doute fort a faire a supporter nos bassesses et imperfections. Voyes un peu, ma chere Mere, et penses ; et sil vous semble que c'est la gloire de Dieu, dites-leur qu'oüy, pour moy comme pour vous mesme. Il faut, ma chere Mere, en telles occurrences me dire vostre advis ; car, moy qui ne voy que par vos yeux comme par les miens, en ceci, comme puis-je bien juger sans vous ? De l'autre projet, certes, je ne voy nulle apparence que nous employons nos filles pour les monasteres du Tiers Ordre, car nous n'en avons pas de reste de filles qui puissent servir de conductrices. Et puis, comme pourroyent elles servir en un Institut qu'elles [ne connaissent] pas ? J'admire que cette bonne [dame refuse de convertir] ce dessein en Carmelines ; car, pour [le dire à votre cœur] comme au mien propre, les Tiercelines………….lesquelles le sont d'un seul Ordre et qui n'est encor [pas reconnu des] doctes, comme n'ayant que cinq ou six petitz monasteres.

Pour nostre Congregation, je ne voy pas qu'elle puisse tant faire tout a coup, ni mesme pour ce que nostre chere grande Seur (Mme des Gouffiers.) propose pour Billon . [Il m'est avis que] ce seroit un bon expedient, que la Mere Elisabeth venant icy, amenast avec soy deux des plus capables de Tholouze et autres deux de Billon, qui, en quatre ou cinq moys, pourroyent estre suffisamment façonnëes pour retourner vers les autres et les mettre en train, avec l'assistence des lettres et des visites de monsieur l'Aumosnier ou de quelqu'autre avec lequel nous confererions ; car en somme, je ne voy rien en cette ville que ma Seur de la Roche , pour le present, laquelle ne seroit encor peut estre pas bonne toute seule.

Ma Seur de Gouffier pourroit, si son affaire estoit enteriné . Mays quoy ? cela n'est que deux ou trois au plus.

Si donq on ne veut pas prendre l'expedient d'envoyer icy les filles a l'apprentissage, et qu'on ne veuille pas attendre au moins un an et demi, il est mieux de refuser humblement ce qu'on ne peut pas bonnement entreprendre, que de l'entreprendre temerayrement. Et puis, en tous cas, il faut attendre que nos Regles soyent [bien approuvées et] la Mayson de Lion bien establie par [l'autorité de Mgr] l'Archevesque (Mgr de Marquemont.). Et se faut bien garder de [vouloir s'établir]

en aucun diocaese que l'Evesque n'ayt [donné telle] resolution quil ny ait plus rien a dire de son costé; car, si sur les ………………..

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives Borromeo. MCVI A LA MêME, A LYON Affaires variées. - Une mortification pour Mme de Charmoisy. - Salutations particulières du Saint à ses chères Filles. - Souvenir de sa première rencontre avec Marie-Aimée de Blonay.

Thonon, 19 août 1615 .

Le bon Frere Adrien part d'icy avec moy; mais luy, ma tres chere Mere, pour aller ou vous estes, et moy pour aller en Abondance , ou vous n'estes pas encor, mais ou vous seres quand j'y seray, puisque Dieu a voulu que nous ne fussions qu'une mesme chose en luy. Ce ne sera pas sans parler de nostre bastiment d'Annessi avec ce bon Abbé , si toutefois l'arrivee du Pere General des Feüillans qui, comme moy, y doit estre pour le jour de saint Bernard, ne nous occupe en d'autres affaires que vous sçavés . Nous y aurons monsieur de Charmoysi, et la petite seur sera un peu mortifiee, qui me vouloit faire festin aujourdhuy. Je ne l'ay encor veu qu'une seule petite fois en commun, car, comme vous sçaves, je ne fay pas ce que je veux a voir mes filles, ni mesme, ce qui importe le plus, a voir ma Mere.

A mon retour, je vous escriray de rechef, si j'en treuve la commodité ; or, mon retour sera d'icy a quatre jours. Je m'asseure que vous aures meshuy receu la response que je vous fis sur la venue de cette bonne Mere Isabelle, et sur l'envoye des filles (lettre1105), et j'attendray de sçavoir vostre sentiment.

Je salue toutes nos cheres filles ; mais permettes que ma chere niece sache que je suis bien tout sien, et que ma chere Marie Peronne me cherisse particulierement avec la petite cadette , laquelle je n'ay garde d'oublier ce soir, puisque je seray chez son pere , ou je la vis la premiere fois habillee de blanc, avec un chapeau de paille.

Ma tres chere Mere, le tems me presse, car Monseigneur l'Archevesque d'Evian, mon consecrateur, m'attend a disner, aagé de 86 ans . En somme, je suis tres parfaitement et inviolablement, comme vous sçaves vous mesme, tout vostre. Vive Jesus. Amen.

A Madame

Madame de Chantal, Supe de la Visitation.

A Ste Marie de Lyon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Venise.

MCVII A LA SOEUR DE BRéCHARD ASSISTANTE DE LA VISITATION D'ANNECY (L4, note 116) (INéDITE) Une affaire très heureusement engagée par le Saint. - Dieu fait son bon plaisir malgré les petitesses et l'amour-propre des hommes. - Deux aspirantes à la Visitation.

Thonon, 27 août 1615.

Cet autre mot tout [fin] seul a ma tres chere fille, que je remercie mille fois de sa chere bienveuillance ; aussi suis-je tout sien. Le P. D. Juste viendra, je m'asseure, soudain icy, pour achever un affaire que Dieu a tres heureusement acheminé par mon service , et j'espere que luy mesme fera encor l'accommodement des jardins, que vous aves tant de justes sujetz de desirer et que nostre chere Mere affectionne tant ; je dis nostre Mere en tout ce qu'ell'est. Et je me suis resouvenu du jardin, quand j'ay veu comme Dieu faisoit son bon playsir malgré la foiblesse des espritz humains et les tenebres de l'amour propre. On m'escrit que nostre tres aymable Mme du Chastelard s'est declaree a sa grand mere en faveur du voyle sacré, pour forclorre toutes les recherches du monde. M. de Vallon [a aussi une] brave fille qui poursuit icy, et on est [après à voir] ce que son pere pourra donner ………………………et envoyer par la premiere commodité [le paquet] ci joint, et aymes [toujours bien mon] ame, la recommandant a la [miséricorde] de Dieu, qui vous comble toute de ses benedictions. Amen. Je salue nos cheres filles tres aymees. En haste.

27 aoust 1615.

Revu sur deux copies conservées à la Visitation d'Annecy.

MCVIII A LA MêME Liberté de conscience laissée aux Religieuses de la Visitation. - D'où dépend véritablement la ferveur.

Thonon, [fin août ou commencement de septembre 1615 ]

Je ne sçai rien de cette coustume, et nostre Mere , ou je suis le plus trompé du monde, n'a pas eu intention en cela de se lier a faire ainsy toutes les annees, comme peut estre ell'a fait deux ou trois fois au plus. Mays si quelques unes desirent de se confesser a quelque confesseur autre que l'ordinaire, elles le peuvent sans difficulté et sans que les autres qui n'ont pas ce goust-la soyent obligees a changer de confesseur. On peut le dire a M. Michel qui, comme je pense, est capable de cela et de chose plus grande que cela. 0 Dieu, qu'il est vray que la ferveur ne depend pas de la bouche des confesseurs differens, mays de la grace de Dieu et de la simplicité et humilité du cœur ! Mays les Constitutions sont claires, qu'on peut appeller des confesseurs outre les quatre fois, pour la consolation de celles qui le desirent . Vous pourres donq appeller quelque Pere Barnabite. Bon jour et bonn'eternité, ma tres chere Fille. VIVE JESUS ! Revu sur l'Autographe conservé à Beaufort (Maine-et-Loire), chez les RRdes Sœurs hospitalières de Saint-Joseph.

MCIX A MADAME DE PEYZIEU Charitable sollicitude pour la sauté de la destinataire. - Conseils appropriés aux besoins de son âme.

[Août-septembre 1615 ]

Ma tres chere Mere,

Si faut il que je vous salüe le plus souvent que je pourray. Je suis en peyne de vous, a cause de ces maladies qui courent, qui sont populaires. Mon Dieu, ma bonne Mere, que cette vie est trompeuse et que l'eternité est desirable ! Que bienheureux sont ceux qui la desirent ! Tenons nous bien a la main misericordieuse de nostre bon Dieu, car il nous veut tirer apres soy. Soyons bien debonnaires et humbles de cœur (Mt 11, 29) envers tous, mais sur tout envers les nostres. Ne nous empressons point, allons tout doucement, nous supportant les uns les autres. Gardons bien que nostre cœur ne nous eschappe : Helas, dit David (Ps 39,13), mon cœur m'a laissé. Mais jamais nostre cœur ne nous abandonne si nous ne l'abandonnons point ; tenons le tous-jours en nos mains (Ps 118,109), comme sainte Catherine de Sienne, et saint Denys sa teste. Jesus Christ soit a jamais en nostre cœur, ma chere Mere. Je suis en luy, Vostre filz, F.

MCX AU PRINCE DE PIéMONT VICTOR-AMéDéE (MINUTE) On peut attendre de grands fruits de l'établissement des PP. Barnabites à Thonon et de la restauration du culte qui sera faite par eux dans l'église de Saint-Augustin. - L'Evêque recommande au prince les affaires de la religion catholique.

Thonon, 3 septembre 1615.

Monseigneur, Suivant le commandement de Vostre Altesse, je suis venu icy pour procurer l'introduction des PP. Barnabites en la Sainte Mayson de Nostre Dame de Compassion, et en fin le traitté de cette affaire est parvenu jusques a l'arresté cy joint .

Or, il ne se peut dire combien l'advancement des Peres Barnabites en ces contrees de deça sera utile pour celuy de la gloire de Dieu, non seulement pour la confirmation de la foy parmi ces bons peuples, qui, a la faveur de l'incomparable courage et rare pieté de Monseigneur, pere de Vostre Altesse, ont esté remis dans le giron de la sainte Eglise catholique , mays aussi pour la confusion des ennemis de la foy qui environnent de toutes parts cette province, delaquelle il ne se peut faire que le bien spirituel ne s'escoule petit a petit sur le voysinage, qui, par ce moyen, pourra recevoir insensiblement des grandes dispositions pour se convertir et reduire au devoir.

Mais encor, Monseigneur, je ne puis me retenir que je ne tesmoigne la joye que je sens dequoy, par la venue de ces bons Peres en cette ville, nous verrons refleurir le saint service divin dans l'eglise de Saint Augustin, fondee par le fameux Amé, grand aïeul de Vostre Altesse , et en une ville honnoree de la naissance de cet excellent Serviteur de Dieu, le bienheureux Amé, duquel nous respirons la canonization avec des desirs nonpareilz , esperant que, par la publique invocation de son secours, nous obtiendrons la fin de tant d'afflictions, de pestes et tempestes, desquelles, despuis quelques annees, il a pleu a Dieu de visiter ce peuple .

Vostre Altesse, Monseigneur, a pour le partage de la splendeur hereditaire et tous-jours croissante de sa serenissime origine, la gloire des œuvres de sa douce et immortelle pieté ; et pour cela, comme elle est l'un des fleurons de la couronne de Monseigneur son pere, elle est aussi l'une des plus pretieuses colomnes du temple de Dieu (Ap 3,21)

le Pere eternel : dont, pour l'une et l'autre qualité, je prens la confiance d'implorer la bonté de Vostre Altesse en toutes les occurrences qui regardent les affaires de la sainte religion catholique, entre lesquelz celuy de l'amplification de ces bons Peres Barnabites et le restablissement du service divin en tous les Monasteres de deça estant l'un des plus importans, je le recommande tres humblement au zele de Vostre Altesse, a laquelle je fay tres humblement reverence, ne cessant point de luy souhaiter le comble des faveurs celestes, et demeure, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCXI AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE (INéDlTE) Instructions particulières pour assurer la régularité d'un concours. - La science seule ne suffit pas à l'exercice du ministère pastoral. - Nouvelles de la peste, - Le Saint accepte de séjourner aux portes d'Annecy à son retour du Chablais. - Salutations et messages.

Thonon, 6 septembre 1615.

Mon tres cher Frere mon ami, Le P. D. Juste partit hier et vous porta de mes lettres ; mais despuis, je receu celle que vous m'escrivies pour la difficulté qui doit arriver au concours . Je ne sçai si celuy qui la doit faire a sa dispense des deux irregularités, dont l'une luy est naturelle, estant nay hors le mariage, et l'autre acquise, pour jugé, comm' il est a croire, in criminalibus. Le moindre memorial qu'on en jettast sur la table le forclorroit du concours, et si on n'en jette point et quil fut jugé le plus sortable pour avoir la cure, on ne le peut nullement recevoir a l'institution. Tout le mal donq en ce cas-la consistera en la clabauderie, en laquelle il faut demeurer grave et tranquille, ne repliquant rien, sinon : La plus part des voix est suivie. Mays sil avoit dispense, alhors encor auroit-il tort s'il croyoit que la seule science donnast le prix en cette lice-là ; et tous-jours faudroit-il se tenir a la pluralité des voix, qui est irreprochable a celuy qui les prend, sur tout sil n'en donne point.

J'escris neanmoins a monsieur Grandis , affin que sil pouvoit, il allast a l'ayde, mais j'ay peu d'esperance quil puisse en ce tems. C'est pourquoy, je dis en fin, que si cette cure là peut estre delivree au jour de l'assignation, j'en seray bien ayse et le desire fort ; que si les difficultés semblent ne pouvoir estre surmontees, on pourra differer jusques a mon retour, qui sera le plus tost que je pourray. Mays cette dilation ne doit estre faite qu'a l'extremité, et sur la difficulté des-ja esmëue en l'assemblee, non pas sur l'apprehension de la difficulté. Je croy que ce sera pour monsieur Chevrier qu'elle se fera .

La pension pour le pœnitentier devroit bien empescher ces remuemens. Et a propos de cette pension, il la faut establir en sorte que celuy a qui la cure sera adjugee, ne soit point mis en possession qu'il n'ayt, par consentement mis au greffe, declaré quil prend le benefice avec cette juste charge, imposee par mon authorité et par le conseil des examinateurs. Ains, il seroit expedient que quand l'on ira mettre en possession, a mesme tems on assignast quelque corne de dixme pour ladite pension du pœnitentier, sans quil eut rien a faire avec le curé ; car l'esprit humain est si fascheux en tout ce qui regarde tant soit peu l'interest, que malaysement pourra on autrement asseurer ce petit entretien au pœnitentier.

Si le curé de Miouxi est decedé , on pourra bien favoriser monsieur de Monfalcon, a la charge quil mettra des vicaires de poids, tandis que, pour la poursuite de ses estudes, il sera dispensé de sa residence , car il faut des meilleurs vicaires ou les curés ne resident pas ; et le Chapitre mesme, comme y ayant interest, pourroit reserver qu'ilz fussent examinés expres pour cela . Or, je dis ceci seulement par maniere de proposition, m'estant advis que la charité oblige ces messieurs de gratifier, es occurrences, les plus pauvres d'entr'eux et ceux qui y ont des-ja esté asses d'annees. J'escris a Messieurs du concours (lettre suivante), a toutes fins, pour la pension du pœnitentier.

Si la dame dont vous m'escrives chancele, elle sera bien tost resolue au parti du monde, car tout le monde mesme l'y portera . Et alhors je feray (mais il n'en faut rien dire) tout ce que je doy a ce cher ami, qui doit croire que je suis parfaitement tout sien.

Ne soyes nullement en peine pour moy, car il ny [ a] nul danger en tout le Chablaix (note 135), car encor qu'a Lully soit morte de peste une fille sortie de Geneve et que sa mere en soit atteinte, si est ce qu'ell' a esté resserree si a propos, que cela ne peut aller plus avant, non plus qu'un autre pareil accident arrivé avant hier aupres de Coudree . Et quand le mal prendroit accroissement, je feray en sorte que je ne courray nul danger, moyennant la grace de Dieu. Mays je croy bien quil faudra advertir le magistrat de la santé avant mon retour, et quil desirera que j'arreste hors de la ville en quelque mayson separee, quelque (sic) jours ; ce que je feray volontier et sans replique, pour ne point donner sujet d'apprehension a personne, et tesmoigner le respect que l'on doit a la conservation de la santé du païs.

Je vous prie, a la premiere commodité, d'escrire fermement a madame de Chantal qu'elle ne se mette nullement en peine pour tous ces bruitz, beaucoup plus grans que le mal, ni pour moy, qui suis bien sage et me garderay fort bien de peril, Dieu aydant.

Je salue tous nos messieurs et, tout a part, nos freres et ma seur du Vilarroget , et mon cousin M. le Prevost et messieurs les Collateraux , marri de l'indisposition de monsieur de Quoex, bien qu'elle ne soit perilleuse. En somme, faites mes honneurs, et je suis, Monsieur mon Frere, Vostre.FRANçs, E. de Geneve.

6 septembre 1615.

A Monsieur Monsieur de Boysi , Chantre Chanoyne de Geneve.

Revu sur l'Autographe qui se conservait au Noviciat des RR. PP. Jésuites d'Avignon. MCXII A MM. LES EXAMINATEURS POUR LES CONCOURS (INéDITE) Rappel d'une décision prise pour assurer un revenu au pénitencier de la cathédrale - Recommandation en faveur d'un concurrent

Thonon, 6 septembre 1615 .

Messieurs,

Vous aures souvenance, je m'asseure, de la resolution que nous prismes, estant presque tous ensemble, de reserver une portion pour le pœnitentier de nostre cathedrale a la premiere vacance de quelque cure qui la pourroit porter ; resolution juste, equitable et conforme au Concile (Sess 24, de Reform ch 8). C'est en cett'occasion de la vacance de Gruffy (note 138) [que] je vous prie faire cette reserve jusques a la somme de 200 florins ; et pour eviter les disputes que l'interest propre fait naistre en pareilles occurrences, je desirerois qu'en la mise en possession de celuy qui sera curé, on assignast une corne de dixme, telle quil seroit advisé, audit seigneur pœnitentier, laquelle il prendroit par ses mains. Je sçai quil arrivera aussi quelque difficulté sur la reception de monsieur Jay au concours, dautant que la rayson pour laquelle nous jugeasmes de le pouvoir excepter sans consequence de la regle des resignans leurs cures, semble manquer de fondement, puisque le bien publiq que nous desirions ne s'en est pas ensuivi. Mays d'autant quil n'a nulle coulpe en cela et quil demeureroit grandement en perte, avec sujet de se plaindre d'avoir esté deceu en nostre parole, je juge et desire quil soit admis comme les autres . Dequoy j'ay pensé de vous devoir donner cet advis, m'asseurant que vous le suivres, bien ayse aussi par cett'occasion, de me ramentevoir en vos prieres, comme (note 156)……………………….

A Messieurs

[Messieurs] les Examinateurs ……… pour les concours.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MCXIII AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE Regrets du Saint sur la mort de son vicaire général, Jean Favre- Jean-François de Sales désigné pour lui succéder ; motif de ce choix. - La contagion à Genève.

Thonon, 8 septembre 1615.

J'ay regretté des hier au soir la perte que nous avons faite, mon cher Frere, de nostre bon monsieur le Vicaire , car j'en sceu la nouvelle par une lettre de monsieur le premier President . L'amitié fraternelle que ce pauvre defunct nous portoit a tous, m'obligera a jamais de cherir et honnorer sa memoyre et de prier souvent pour son ame, comme j'ay fait des aujourdhuy. Il y a long tems que je praevoyois cet accident en la mauvaise conduite quil tenoit pour sa santé. Et ayant pensé, despuys que j'ay sceu plus particulierement quil estoit en estat de nous quitter bien tost, qui je pourrois rendre successeur en sa charge, en fin, apres plusieurs considerations, j'ay resolu de vous y appeller . Et ce seul motif vous suffira pour l'accepter, et a tout le monde pour l'appreuver : que de cette charge depend une grande partie du bien de ce diocaese et de mon honneur, dont nostre proximité vous pressera d'avoir plus de soin et de jalousie que nul autre n'en sçauroit prendre. Ni vous ne deves pas alleguer au contraire que vous n'aves pas la connoissance des choses des proces, car c'est la moindre des functions du grand vicaire, et pour le bon succes delaquelle il suffit quil ayt de la vigilance et du zele pour faire que les autres officiers facent bien leur devoir, et qu'il establisse un bon substitut et des bons assesseurs. Mays de cela, nous en parlerons a mon retour, Dieu aydant.

Cependant, faites pour moy comme si des-ja vous esties establi, et sera bon de mettre la cure de Boussi au concours au plus tost . Je pense partir d'aujourdhuy en huit jours , et d'arrester trois ou quatre jours en chemin, estant prié par monsieur d'Angeville de passer a La Roche pour voir certain different quil a avec ses chanoynes . La contagion ne fait nul progres, graces a Nostre Seigneur, sinon dans Geneve, ou elle moysonne rudement .

Dieu vous benisse, et je suis tout en luy, Vostre plus humble frere et confrere, F., E. de Geneve.

A Thonon, le 8 septembre 1615.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Biblioteca Civica. MCXIV A LA MèRE CLAUDINE DE BLONAY ABBESSE DE SAINTE-CLAIRE D'éVIAN (L6, note 502) Trois moyens de perfection pour une Communauté religieuse. - Le mien et le tien : deux mots qui ruinent la charité. - Danger de la liberté de propriété et avantage de la liberté des communications spirituelles.

Thonon, 12 septembre 1615.

Ne penses jamais, ma tres chere Seur, que je puisse oublier vostre personne, ni les necessités temporelles de vostre Monastere, que j'ay treuvees, certes, encor plus grandes qu'on ne m'avoit dit . Je prevoy seulement qu'il nous faudra attendre que ces soupçons de contagion cessent (notes 147, 166) pour faire faire plus fructueusement la queste ; ce pendant je feray faire les patentes requises .

Au reste, mon cœur amoureux de la sainteté de vostre assemblee, quoy que je ne l'aye veuë qu'en passant, et plustost entreveuë que veuë, ne me permet pas de partir sans vous exhorter en Nostre Seigneur de poursuivre constamment l'execution de la sacree inspiration que Dieu vous a donnee, de perfectionner de plus en plus cette vertueuse compaignie par une pure et simple privation de toute proprieté, par les exercices de la sainte orayson mentale et par une fervente frequentation des divins Sacremens.

Et ne doutés point, ma chere Seur, que le Pere Garinus ne vous soit favorable, si vous luy representes naifvement et humblement vos dignes pretentions ; car c'est un docteur de grand jugement et de longue experience , grandement zelé aux Constitutions ecclesiastiques et a l'establissement du Concile de Trente, comme sont tous les gens de bien. Vous luy pourres donq confidemment dire que vous m'aves touché un mot de vos affaires ; car je sçay bien qu'il ne le treuvera pas mauvais, estant, comme il est, de mes meilleurs amis, et qui sçait bien que je n'ay pas accoustumé de rien gaster et que je ne suis point un entrepreneur d'authorité, ains homme qui ne trouble rien ; et pourres encor luy dire tout ce que je vous ay dit, dequoy, pour vous rafraischir la memoyre, je vous feray une repetition.

Premierement, que le renoncement de toute proprieté et l'exacte communauté de toutes choses est un point de tres grande perfection, et qui doit estre desiré en tous les monasteres et suivy par tout ou les Superieurs le veulent ; car encor que les Religieuses qui n'en ont pas l'usage en leurs maysons ne laissent pas d'estre saintes, la coustume les dispensant, si est ce qu'elles sont en extreme danger de cesser d'estre saintes, quand elles contredisent a l'introduction d'une si sainte observance tant aymable et tant recommandee par le Pere saint François et la Mere sainte Claire, et qui rend les Religions riches en leur pauvreté et parfaitement pauvres en leurs richesses, le mien et le tien estans les deux motz qui, comme disent les Saintz, ont ruiné la charité. Et ne sert a rien de dire " nostre voile, nostre robbe, nos chemisettes, ou nos mutandes, " si en effect leur usage n'est pas indifferent et commun a toutes les Seurs, les paroles estans peu de chose si les effectz ne correspondent. Et comme peut estre dite commune une chose que nul n'employe que moy ?

Or, j'ay veu en un monastere ou j'avois une fort proche parente , que toute la difficulté de cet article estoit en la douilletterie de quelques Seurs en ce qui regarde les chemisettes et les linges; et j'admiray que la lessive ne suffist pas pour ce sujet a des filles de celuy qui baysoit tendrement les ladres et de celle qui baysoit les pieds des Seurs revenantes de dehors. Certes, qui est douillet de porter un linge et un drap lavé parce qu'il a esté, auparavant le lavement, porté par son frere chrestien, je ne sçay pas comme il ose dire qu'il ayme son prochain comme soy mesme ; et faut qu'il ayt un grand amour propre, qui le fasse estimer si net en comparayson des autres.

Or, la façon de mettre tout en commun est bien aysee quand tout est ensemble en un coffre ou en une garderobbe, et qu'une distribue a toutes, selon leurs necessités, indistinctement ce qu'il leur faut, sans avoir esgard a autre chose qu'a la necessité et a la volonté de la Superieure. En quelques Congregations mesme, on change les chapeletz et tous les petitz meubles de devotion, au sort, a chaque commencement d'annee .

Quant a l'orayson et a la frequence des Sacremens, il n'y a point de difficulté, ce me semble, sinon pour le dernier, de gaigner le Pere confesseur , affin qu'il ne se lasse pas de faire la charité aux Seurs, les oyant en confession quand il en sera requis par la Superieure. Mays il y a un point d'importance, duquel je vous touchay un mot, que pour le bien de vostre famille vous deves demander a vos Superieurs et qu'ilz ne peuvent en bonne conscience vous refuser : c'est que, deux ou trois fois chaque annee, ilz vous ayent a offrir des autres confesseurs extraordinaires (suivant le commandement du sacré Concile de Trente (Sess 25 deRegular ch 10 ; L6, note 506), qui oyent les confessions de toutes les Seurs. Et la Congregation des Cardinaux a declaré que, les Superieurs estans negligens en cet article, les Evesques le fassent eux mesmes, et que cela se fasse mesme plusieurs autres fois l'annee s'il est requis . Or, il est requis quand la Superieure void des Seurs grandement troub1ees, et difficiles ou repugnantes a se confesser au confesseur ordinaire, pourveu que ce ne soit pas tous-jours, ains parfois seulement et sans abus. Mays pour ce dernier point, il semble qu'il ne soit pas convenable de le demander, puisque l'ordre mis par le Concile suffit pour la satisfaction de vostre Congregation.

Et ne faut nullement recevoir les allegations au contraire ; car rien ne se fait en ce monde qui ne soit contredit par les espritz minces et fascheux, et de toutes choses, pour bonnes qu'elles soyent, on en tire des inconveniens quand on veut picotter. Il se faut arrester a ce que Dieu ordonne et son Eglise, et a ce que les Saintz et Saintes enseignent. Ni il ne faut pas dire que vostre Ordre soit exempt des Constitutions du sacré Concile ; car, outre que le Concile est sur tous les Ordres, s'il y a aucun Ordre qui doive obeir aux Conciles et a l'Eglise romaine, c'est le vostre, puisque le Pere saint François l'a si souvent inculqué.

Mais, ce dit-on, il se pourroit faire qu'une fille sçachant qu'elle pourra avoir un confesseur extraordinaire, elle gardera ses pechés jusques a sa venue, la ou, si elle n'avoit point d'esperance d'autre confesseur, elle ne les garderoit pas. Il est vray que cela pourrait arriver; mays il est vray aussi qu'une fille qui sera si malheureuse que de faire des mauvaises confessions et des Communions indignes pour attendre l'extraordinaire, elle ne fera pas grand scrupule d'en faire plusieurs, et plusieurs mauvaises, pour attendre la mutation du confesseur ou la venue du Superieur. Et en somme, cet inconvenient n'est pas comparable a mille et mille pertes d'ames que la sujettion de ne se confesser jamais qu'a un seul peut apporter, comme l'experience le fait connoistre ; et en somme, c'est une presomption insupportable a qui que ce soit, de penser mieux entendre les necessités spirituelles des fideles et de s'imaginer d'estre plus sage que le Concile. Il vous faut donq tenir bon a ce point et ne se laisser point emporter aux considerations de l'esprit humain.

Reste les communications spirituelles, lesquelles aussi je vous dis estre fort utiles, pourveu qu'elles soyent faites a propos. Et premierement, nul, comme je pense, ne les vous peut defendre ; car, tant que j'ay sceu voir en la Regle de saint François et de sainte Claire (Regula Sta Clarae 5,10 ; 12), il n'y a rien qui les empesche, ains seulement ce qui y est dit empesche toute sorte d'abus. Et je vous diray comme on les fait entre les filles de la Mere Therese, qui sont, a mon advis, les plus retirees de toutes. Elles se font donq en cette sorte : La fille qui desire communiquer quelque chose, le dit a la Superieure ; la Superieure considere si la personne a laquelle l'on veut communiquer est de bonne qualité et propre a consoler, et si elle est telle, on la mande prier de venir ; et estant venue, on meyne la fille qui veut communiquer a la treille, et le rideau demeure sur la treille ; et puis, on donne tout a l'ayse loysir de communiquer, chacun se retirant en lieu d'ou on ne puisse ouyr ce que dit celle qui communique, pourveu seulement qu'on la puisse voir. Que si on void une fille qui veuille trop souvent communiquer avec une mesme, passé trois fois on luy refuse, sinon que l'on vist une grande apparence de beaucoup de fruit, et que les personnes fussent hors de soupçon de vanité, meures d'aage et exercees en vertu.

Vous aures veu, je m'asseure, ce que la bienheureuse Mere Therese en dit (Chemin de la Perfection 5,6), et cela suffira pour respondre a tous les inconveniens qu'on en pourroit alleguer. Et jamais ce ne fut l'intention des Saintz de priver les ames de telles saintes conferences, qui servent infiniment a beaucoup de vertus et sont sans danger, estant bien faites. C'est grand cas comme c'est une subtile tentation ! Nous voulons garder la liberté de la proprieté, qui est contre la perfection, et ne voulons pas recevoir la liberté des communications, laquelle estant bien entendue, nous ayde a la perfection. Nous treuvons des inconveniens ou les Saintz n'en treuvent point, et n'en treuvons point ou les Saintz en treuvent tant.

Or, ces communications ne se doivent pas faire pour apprendre de diverses manieres de vivre en un monastere, mais pour apprendre a mieux et plus parfaitement prattiquer celle a laquelle on est obligé; et si, elles n'empeschent point les conferences publiques, ains elles servent pour les mieux digerer et appliquer une chacune en son particulier.

J'avois oublié de dire que quand le confesseur extraordinaire vient, il faut que toutes les filles se confessent a luy, affin que celles qui en ont besoin ne soyent point descouvertes et que le malin ne seme point de reproches parmi la Mayson ; mais celles qui ne veulent pas prendre confiance a l'extraordinaire, pourront, avant que de se confesser a luy, faire leur confession a l'ordinaire, et par apres dire seulement quelques pechés ja confessés, a l'extraordinaire, pour servir de matiere a l'absolution.

J'ay esté bien long, ma tres chere Seur, mais j'ay voulu en ceci vous bien declarer mon sentiment, affin que vous le sceussiés plus distinctement. Et tenes bon hardiment pour introduire en vostre Mayson la sainte et vrayement religieuse liberté d'esprit, et pour en bannir la fause et superstitieuse liberté terrestre. Ramenés ces benites ames aux observances des saintz Conciles, et vous seres bien heureuse. Nostre Maistre Garinus et tous vos Superieurs majeurs, gens discretz et raysonnables, vous ayderont, je n'en doute point ; et mesme vostre bon Pere confesseur, qui est bien vertueux et sage Religieux, ainsy que je puis connoistre, et qui entendra bien la rayson quand elle luy sera bien remonstree.

Je vous salue mille et mille fois es entrailles de la misericorde de Nostre Seigneur, auquel je vous supplie de me recommander continuellement, avec toute vostre chere et vertueuse compaignie.

Vostre tres humble frere et serviteur, F., E. de Geneve.

De Thonon, ce 12 septembre 1615.

A Madame ma tres chere Seur en N. Sr, La Reverende Mere Abbesse de Ste Claire d'Evian.

MCXV AU DUC DE SAVOIE. CHARLES-EMMANUEL 1er Recommandation en faveur d'un converti qui se destine à l'état ecclésiastique.- Eloge de sa piété et de sa constance dans la foi.

Thonon, 14 septembre 1615.

Monseigneur,

Il y [a] six ou sept ans que je receu au giron de la sainte Eglise le sieur de Corsier , lequel despuis a tant rendu de tesmoignages de vraye pieté, que tous ceux parmi lesquelz il a conversé en ont esté grandement edifiés, dautant plus qu'en gaignant l'honnorable tiltre d'enfant de l'Eglise, il a perdu tout le secours qu'il pouvoit pretendre en son païs, et estant demeuré extremement pauvre, il a vescu riche de vertus. Or, Monseigneur, tous ses devanciers et son frere , ayant tous-jours esté tres affectionnés a l'obeissance de Vostre Altesse, il espere d'elle tout le soulagement qui luy est requis pour estre relevé non de l'indigence, car ayant choysi la profession ecdesiastique il ne pretend pas a cela, mais de la misere seulement. Et moy, Monseigneur, j'intercede de tout mon cœur pour luy, marri de ne pouvoir rien, pour le present, en sa faveur que cela. Je supplie donq tres humblement Vostre Altesse de luy estre propice et de me conserver la grace de sa bienveuillance, comme a l'homme du monde qui, avec le plus de fidelité et sincerité, vivra tous-jours, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissan t orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

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