Lettres (page 23)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

MCXV bis

Ndlr : Dans notre répertoire, nous attribuons ce nouveau numéro à la lettre qui suit et qui a été remise à sa vraie place. Dans le volume XVII, ainsi que l'indique la note 176, elle avait été placée en fin de livre, aux pages 400/401, sous le numéro MCCCVII. La table des matières tient compte de la réorganisation

(MCCCVII) A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON (FRAGMENTS INéDITS)

Annecy, 21 septembre 1615.

Ce garçon me vient dire q[u'il part demain à]…………………….. heures. Ma tres chere Mere,…………………….. quel moyen de vous escrire……………………………………………………..? Or bien, me voyci de retour [de Chablais , où il n'y a plus de] danger (notes 135, 147, 166), sinon comme. . [trois] ou quatre jours. Je re…………………….. [avec] intention de passer a [La Roche (note 163)] …………. ……………………………………..pporte………………………………………….. . ………………………………………………………………………………………. Certes, j'ay esté fa……………………………………. bonne fille. Vraye[ ment]. ………………………………………… en sa perte, si elle………………………………. l'absence de ……………………. reparee …………………………………………. ………. [Monseigneur l'Ar]chevesque . J'ay receu vos [lettres]…………….. et je dis quil sera bon ………. vous deves venir, qui…………………. la mi octobre, et je tascheray…………… …………………………………... a l'avantage. Si vous ……………………………………….en litiere : c'est une …………………………………… façon de faire chemin ……………………………………celle [de] monsieur ……………………………………….et de sa ……………………………………………………………………. …………………….possible a …………………………. …………………………….…..Recteur . J'escris apres [souper, et ne puis] escrire a Monseigneur l'Archevesque, ni a vous, ma tres chere Mere, plus longuement. Je vous tiendray advertie du succes de la maladie de la pauvre Seur Jeanne Charlotte, bien digne de compassion (Note 179 ; lettres 1116, 1120, 1121.) Ma Seur de la Roche la sert et preside de bonne sorte. Ne vous faschés point, car nous avons encor de l'esperance; et M. Grandis, avec lequel……………………….. ………………m'a dit……………………. ………………………………………………………………….. occurren[ ces] . ……………………… Seur M…………………… ………………………………………………….. Amen. Vive Jesus…………………………….. tout vostre, vous mesme. V…………………………………. Mere. - Le XXI sep[tembre] …………………. A Madame

[Madame de Chantal]

A Ste Marie de la Visitation. A Lion.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Gonthier, à Lyon.

MCXVI A MADAME DE LA FLéCHèRE Nouvelles diverses. - Une fille spirituelle du Saint qui donne espérance de bien servir Dieu. - Maladie de la Sœur de Bréchard.

Annecy, 24 septembre 1615.

Nous nous sommes entretenus, le bon P. Commissaire et moy, ma tres chere Fille, et conspirerons a bien faire, Dieu aydant. La chere seur est icy, ce soir elle fera sa reveüe. Nous avons, ce matin, espousé M. et Mme de Monthouz, leur dispense estant venue en bonne forme. Il ne se peut dire combien j'ay treuvé le cœur de cette bonne femme a mon gré et combien j'espere qu'elle servira bien Dieu. Elle s'est confessee avec un'extreme devotion et est toute ma fille ; ce que je vous dis affin que doucement et dextrement vous l'aydies. La pauvre Seur de Brechard ne guerit point, nous tenant tous-jours entre l'esperance et la crainte. Elle est bien resignee, et les Seurs font merveilles a la servir tendrement, nul remede n'ayant esté oublié. Dieu donq face sa tressainte volonté. Je suis en luy, tout parfaitement tout vostre, ma tres chere et bienaymee Fille. Amen. Vive Jesus !

24 septembre 1615.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCXVII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er L'introduction de " l'art de la soye " avantageuse aux intérêts spirituels et temporels du peuple. - Requête pour obtenir à cette industrie la protection du prince.

Annecy, 2 octobre 1615.

Monseigneur,

Il y a quelque tems qu'on a commencé d'introduire en ces païs de deça l'art de la soye (note 103), et ne se peut dire combien le progres seroit utile au service de Dieu pour retirer plusieurs ames d'entre les hœretiques, pour affaiblir Geneve, qui se soustient en bonne partie de ce traffiq, et pour soulager les sujetz de Vostre Altesse qui gaigneroyent en ce commerce ce que nos ennemis gaignent. Pour ces raysons, Monseigneur, je conjure et supplie tres humblement vostre bonté et pieté de favoriser puissamment ce bon œuvre, si heureusement acheminé , pour la gloire de ce Sauveur qui vous est si propice et qui maintient en tant d'honneur vostre couronne, vous en preparant une eternelle en la vie future. Monseigneur, je suis de Vostre Altesse Serenissime, Tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs E. de Geneve.

2 octobre 1615, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. MCXVIII A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET, EVêQUE DE MONTPELLIER " Sans guerre, sans nouvelles. " - Fureur de la peste à Genève.- Souhait apostolique du saint Evêque.

Annecy, 2 octobre 1615.

Monseigneur,

Je penserais faillir si a toutes occasions je ne vous representois mon tres humble service. C'est le seul sujet que j'ay maintenant, car pour le reste, a mesme que, graces a Dieu, nous sommes sans guerre, nous nous treuvons aussi sans nouvelles, hormis de nostre miserable Geneve que la contagion afflige cruellement (note 166), sans qu'a 30 lieues a la ronde il y en ait aucun ressentiment; qui fait plus probable ce que plusieurs disent, qu'elle leur est venue par la puanteur de la foudre qui y tumba prodigieusement cet esté. Pleut a Dieu que l'affiiction leur donnast l'entendement (Is 28,19), affin qu'ilz reconneussent . aussi bien la peste spirituelle delaquelle ilz meurent et font mourir tant de gens, comme ilz sont contrains de confesser la temporelle. Dieu vous comble de bonheur, Monseigneur, selon les vœux de

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Monseigneur,

Monseigneur l'Evesque de Montpellier, Conseiller du Roy en ses Conseilz privé et d'Estat.

Revu sur deux copies déclarées authentiques, conservées à Turin, Archives de l'Etat, et à la Visitation de Montpellier.

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MCXIX A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (L5, note 323) Dieu porte avec nous les charges imposées par l'obéissance. -Assurance paternelle de prières.

Annecy, 4 octobre 1615.

Or sus, ma tres chere Fille, puisque vous voyla sous la charge avec un peu d'apprehension , oyés ce que Nostre Seigneur dit en l'Evangile du jourd'huy : Apprenés de moy que je suis doux et humble de cœur, et vous treuveres du repos en vos âmes ; car mon joug est suave et mon fardeau leger (Mt 11, 29) . Ma tres chere Fille, moyennant l'ayde de Dieu, nous ferons prou ; mais il faut, avec une courageuse humilité, rejetter toutes les tentations de desfiance en la tres sainte confiance que nous avons en Dieu. Certes, vous deves croire que cette charge vous ayant esté imposee par le choix de ceux a qui vous deves obeir, Dieu se mettra a vostre dextre (Ps 15, 8) et la portera avec vous, ains la portera, et vous aussi. Mais ne vous estonnés point, faites cet office pour l'amour de ce Sauveur qui vous y a appellee ; vous en serés deschargee quand il luy plaira, vous nous reviendres voir quand il en sera tems. Pour moy, il y a long tems que je prie Dieu pour vous fort particulierement, estimant que sa divine providence se serviroit de vous pour l'acheminement de l'edifice spirituel de cette petite Congregation. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 4 octobre 1615.

MCXX A MADAME DE LA FLéCHèRE (INéDITE) Actions de grâces pour la guérison de Charles de la Fléchère. - Prochain retour de la Mère de Chantal et quelques nouvel1es. - Une question théologique.

Annecy, vers le 7 octobre 1615 .

Je m'imagine que vous estes a Rumilly maintenant, ma tres chere Fille, et je vous escris ce billet sans loysir, pour vous accuser la reception de la lettre que vous m'escrivistes l'autre jour de la Flechere , louant Dieu de la guerison de vostre Charles , que vous aves maintenant, Dieu aydant, sain pour long tems. Madame de Chantal sera icy dans trois semaines pour le plus tard , et, comme je pense, la chere niece, ma fille , aussi; car Mme de Charmoysi, qui vous la doit ramener, fait estat de venir pour la Toussaintz. Madame Favre est Superieure a Lion et exerce des-ja sa charge; Mme de Brechard est un peu mieux , mais tous-jours en fievre et en flux. La question de Mme de Mieudry et de vous est aysee a resoudre, mais il n'est pas si aysé d'appayser toutes les allegations et repliques qu'on a accoustumé de faire : c'est pourquoy je remettray cela pour quand nous aurons du loysir. Il suffit que tous les chrestiens damnés ne le seroit (sic) pas si ilz mouroyent apres le Baptesme ; mays Nostre Seigneur laisse ordinairement que les choses d'icy bas aillent leur cour (sic) ordinaire et que nous usions de nostre libre arbitre a nostre gré. Que si nous en usons mal et que nous soyions treuvés en mauvais estat lhors que ; par les causes naturelles, ……….

A Madame

Madame de la Flechere.

A RumiIly.

Revu sur l'Autographe conservé au 2d Monastère de la Visitation de Madrid.

MCXXI A LA MèRE DE CHANTAL, A LYON Convalescence de la Sœur de Bréchard. - Le Général des Feuillants en visite chez le Saint. - Appréhensions au sujet d'une personne dont les voies semblaient extraordinaires.

Annecy, 8 octobre 1615.

Vous estes raysonnable et n'attendres pas de moy, ma tres chere Mere, des grandes lettres en ce tems auquel j'ay tant d'affaires sur les bras, que je n'en puis pas porter davantage. Je vous diray seulement, qu'a mon advis, nostre Seur Jeanne Charlotte est maintenant toute hors de danger , bien qu'ell'ayt encor son flux, car c'est avec tant de diminution de fievre, quil ny paroist presque plus, et si, elle commence fort a manger. Au demeurant, nous avons eu icy le P. General des Feüillans , homme de grande vertu et sainteté, lequel, sur certain propos, me parlant de la Mere Isabeau, delaquelle vous m'escrivites il y a troys moys , m'a dit qu'on luy en avoit mandé des merveilles de Paris a Romme, d'ou il vient. Je dis, merveilles es accidens extraordinaires ou de ravissemens, ou d'illusions. Cela me met fort en peine, car si elle vient icy avec ces especes de choses inconneües, en lieu de tirer de la consolation de nous, elle nous donnera fort a faire et nous tiendra empeschés a discerner si cela est saint, si ceci est faint, et troublera grandement la pauvre petite trouppe de colombes innocentes qui n'ont pretention a des choses si ravissantes. C'est pourquoy, si vous sçaves que cela soit vray, vous pourres la destourner, luy escrivant que je vous ay escrit que vous luy fissies sçavoir que, ne sachant si je seray icy cet hiver, je desire qu'elle ne s'incommode point, ni monsieur le president Resiguier ; mais si elle veut envoyer deux ou trois filles, vous les recevres et les garderes volontier jusques apres Pasques. Que si il ny a pas tant de danger, vous la laisseres venir.

Bonsoir, ma tres chere Mere, de tout mon cœur. Vive Jesus ! Amen.

VIII octobre 1615.

A ma tres chere Mere en N. S. ………………………..Visitation .

Revu sur l'Autographe conservé chez les Filles de la Croix, à Guingamp (Côtes-du-Nord).

MCXXII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Affectueuse sollicitude du Saint pour le cœur de sa chère Fille. - Les choses vont d'autant mieux qu'elles sont pIns an goût de Dieu et moins à notre gré. - Ce qu'i! faut faire parmi les difficultés. - Messages paternels.

Annecy, 12 octobre 1615.

Que fait le cœur de ma tres chere Fille, que le mien ayme en verité tres parfaitement ? Je pense, certes, quil est tous-jours fort uni a celuy de Nostre Seigneur et quil luy dit souvent :

Le Seigneur est ma lumiere C'est ma garde coustumiere, De qui sçaurois-je avoir peur ? C'est l'Eternel qui m'appuye, Ferme soustien de ma vie, Qui peut estonner mon cœur ? (Ps 26, 1 vers. de des Portes ; L3, note 288)

Ma tres chere Fille, jettes profondement vostre pensee sur les divines espaules du Seigneur (Ps 54, 23 ; 1 P 5,7) et Sauveur, et il vous portera (Os 11,3) et vous fortifiera. Sil vous appelle (et il est vray quil vous appelle) a une sorte de service qui soit selon son gré, quoy que non selon vostre goust, vous ne deves pas moins avoir de courage, ains davantage que si vostre goust concourait a son gré ; car, quand il y a moins du nostre en quelqu'affaire, ell'en va mieux. Il ne faut pas, ma chere amie ma Fille, permettre a vostre esprit de se regarder soymesme et de se retourner sur ses forces ni sur ses inclinations ; il faut ficher les yeux sur le bon playsir de Dieu et sur sa providence. Il ne faut pas s'amuser a discourir quand il faut courir, ni a deviser des difficultés quand il les faut devider. Ceignes vos reins de force (Pr 31,17) et remplisses vostre cœur de courage, et puis, dites : Je feray prou, non pas moy, mais la grace de Dieu avec moy (1 Co 15,10). La grace de Dieu, donques, soit a jamais avec vostre esprit. Amen (Ga 6, 18 ; Ph 4, 23). Ma tres chere Fille, salues tendrement ma chere Soeur Peronne Marie , qui est certes toute dedans mon ame, et ma Seur Françoise Hieronime (je ne vay pas par ordre), et ma Seur Marie Renee et ma Seur Anne Marie , et toutes nos autres Seurs que je n'ayme pas moins pour ne les connoistre que pour estre des servantes de Dieu et filles [tres cheres ] de Nostre Dame.

XII octobre 1615.

Revu sur l'Autographe conservé au 1er Monastère de la Visitation de Madrid.

MCXXIII A M. CLAUDE DE BLONAY (L2, note 148) (INéDITE) Pourquoi les Pères Barnabites ne peuvent pas encore s'installer à Thônon. Affaire du prieuré de Contamine.

Annecy, vers le 23 octobre 1615 .

Monsieur,

M'asseurant que vous viendres donq bien tost pour amener madamoyselle d'Avise , je seray court, et vous diray seulement que les bons Peres Barnabites desireroit (sic) bien d'aller la ; mais ilz n'oseroyent sans nouvelle licence du General , puys que le traitté fait ne peut subsister.(note 131) Ilz ont envoyé deux jeunes hommes pour la 2e et 4e classe . Je ferais les lettres que vous desires si j'en avois le loysir. Monsieur Claude me promit de me venir voir et il ne le fit pas, car ce fut en la rue ou je le rencontray. Vous aures fort a faire a vous defendre pour Contamine, et a la fin vous verres quil faudra donner une grosse pension ; ce que je ne dis pas le sachant, mais le presageant. J'ay dit aux Dames de la Visitation que, a la venue de madame de Charmoysi , vous leur envoyeries de l'argeant, et elles s'y attendent . Voyla une lettre pour Mlle d'Avise, que madame de la Flechere m'a envoyee aujourdhuy. Cependant, aymes moy tous-jours, et me croyes, Monsieur, Vostre plus humble, tres affectionné confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

A Monsieur

Monsieur de Blonnay, Prefect de la Ste Mayson.

A Thonon.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Richard-Cottin, à Lyon.

MCXXIV A MADAME DE LA FLéCHERE Les dîmes et la volonté de Dieu. - Mort d'un religieux Feuillant. - Arrivée très prochaine de la Mère de Chantal et de Mme de Charmoisy.

Annecy, 23 octobre 1615

Vous aves rayson, ma tres chere Fille, d'estre bien franche au payement des dixmes, car c'est la volonté de Dieu. Vous deves demeurer en paix sur ce que vous m'escrives, car il n'y a point de hazart. Le P. General des Feuillans partit lundi et laissa icy son compaignon malade, lequel mourut hier au soir ; c'est pourquoy je croy qu'il reviendra ce soir pour estre a son enterrement, car il laissa charge qu'on l'advertit sil trespassoit, affin de revenir. Mays je ne pense pas que pour cela vous deussies attendre, si vous aves des affaires ailleurs, car peut estre ne repassera il pas vers vous, encor que vous demeureres . Je me res-jouis des bonnes nouvelles du cher mari. Nostre Mere viendra demain, ou tout au plus tard passé demain, si rien n'est survenu despuis Dimanche qui la puisse empescher. La chere cousine viendra aussi, soudain qu'elle le sçaura. Et moy je pense que parmi tout cela on vous pourroit peut estre aussi bien [avoir ], principalement si Charles est en estat de pouvoir estre amené icy . Dieu vous benisse de ses plus cheres graces, ma tres chere Fille, et je suis en luy, tout parfaitement vostre. Vive Jesus. Amen.

23 octobre 1615.

Je vous supplie d'envoyer les deux lettres ci jointes, toutes deux a monsieur le capitaine Juge . A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCXXV A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Recommandation en faveur d'un futur étudiant en médecine.- Bruits de guerre en France.

Annecy, 24 octobre 1615.

Monseigneur, L'honnorable reputation que j'ay d'estre tres particulierement vostre serviteur, a fait passer ce jeune homme de Moustier icy , pour avoir de mes lettres a vous porter, affin quil puisse plus favorablement vous faire la reverence et vivre en vostre Université, ou il espere faire emplette de la science de medecine sous le bonheur de vostre protection . Monseigneur l'Evesque de Saint Paul me conjure fort de vous supplier d'aggreer quil s'advoüe des vostres ; dequoy je ne fay pas difficulté, puisqu'estant enfant d'une bonne famille, il ne luy arrivera point de necessité qui le puisse porter a vous donner aucune autre sorte d'importunité. Je n'ay encor point entretenu nostre bon M. François a cœur joye ; ce sera, Dieu aydant, a son premier loysir. Je suis tout fasché des bruitz qui courent de guerre par dela , souhaitant tous-jours beaucoup de bonheur a ce royaume, ou il y a tant de gens de bien. Dieu, par sa bonté, commandera aux vens et a la mer, et la tranquillité se fera grande (Mt 8,26). Je suis, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve

24 octobre 1615.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier.

MCXXVI A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Charité attentive du Saint pour la Mère de Chantal.

Annecy, [vers le 26 ou le 27 octobre 1615 .]

Ma tres chere Mere,

Croyes que si j'eusse eu ma liberté, je vous eusse envoyé vostre soupper plus tost ; mais en somme, il ny a moyen d'estre maistre de soymesme en ce monde. Mays sil arrive asses tost, ne laisses pas d'en manger ; et je ne veux point que vous me respondies, ains seulement que je sache si vous vous portes bien. 0 Dieu, ma chere Mere, Dieu, dis-je, soit a jamais nostre vie. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de San Remo (Italie). MCXXVII A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Béatitude du dépouillement intérieur. - Le courage des filles du monde et celni des filles de Dieu. - Promesse d'union et de prières. - Il ne faut point permettre " aux apprehensions d'apprehender " notre cœur. -Recours aux saints Anges. - Sœur Marie-Renée ; souvenir consolant de sa confession générale.

Annecy, fin octobre ou commencement de novembre 1615.

Je le voy certes de mes propres yeux, ce me semble, et le sens de mon propre cœur, ma tres chere Fille, que vous aves fait une prattique de tres grand despouillement. Mais, O que bienheureux sont les nudz de cœur, car Nostre Seigneur les revestira de graces, de benedictions et de sa speciale protection. Pauvres et chetifves creatures que nous sommes, en cette vie mortelle nous ne pouvons quasi rien faire de bon qu'en souffrant pour cela quelque mal ; non pas mesme nous ne pouvons quasi pas servir Dieu d'un costé que nous ne le quittions de l'autre, et souvent il nous convient quitter Dieu pour Dieu, renonçant a ses douceurs pour le servir en ses douleurs et travaux.

Ma tres chere Fille, helas ! les filles que l'on marie renoncent bien a la presence des peres, meres et leur païs, pour se sousmettre a des maris bien souvent inconneus, ou au moins d'humeurs inconneuës, affin de leur faire des enfans pour ce monde. Il faut bien que les filles de Dieu ayent un courage encor plus grand que cela, pour former en sainteté et pureté de vie des enfans a sa divine Majesté.

Mais avec tout cela, ma tres chere Fille, jamais nous ne nous pouvons quitter, nous que le propre sang de Nostre Seigneur, je veux dire son amour par le merite de son sang, tient collés (1 R 18,1)

et unis ensemble. Certes, pour moy, je suis en verité si parfaitement vostre, qu'a mesure que ces deux ou troys journees de distance semblent nous separer corporellement, de plus fort et avec plus d'affection je me joins spirituellement a vous, comme a ma Fille tres chere. Vous seres la premiere aupres de nostre Mere en mes prieres et en mes soucis : soucis pourtant bien doux, pour l'extreme confiance que j'ay en ce soin celeste de la divine Providence sur vostre ame, laquelle sera bien heureuse si elle jette aussi dans ce sein d'amour infiny toutes ses apprehensions (Ps 54, 23 ; 1 P 5, 7).

Or sus, ma chere Fille, tenés vos yeux haut eslevés en Dieu ; aggrandissés vostre courage en la tressainte humilité, fortifiés-le en la douceur, confirmés-le en l'esgalité ; rendés vostre esprit perpetuellement maistre de vos inclinations et humeurs, ne permettés point aux apprehensions d'apprehender vostre cœur : un jour vous donnera la science de ce que vous aures a faire le jour suivant (Ps 18,3). Vous aves ci devant franchi plusieurs passages, et ç'a esté par la grace de Dieu ; la mesme grace vous sera presente en toutes les occasions suivantes, et vous delivrera des difficultés et mauvais chemins l'un apres l'autre, quand il devroit envoyer un Ange pour vous porter es pas plus dangereux (Mt 4, 6 ; Lc 4,10).

Ne retournés point vos yeux devers vos infirmités et insuffisances sinon pour vous humilier, et non jamais pour vous descourager. Voyés souvent Dieu a vostre dextre (Ps 15, 8) et les deux Anges qu'il vous a destinés, l'un pour vostre personne, l'autre pour la direction de vostre petite famille. Dites-leur souvent, a ces saintz Anges : Seigneurs, comme ferons nous ? Suppliés-les qu'ilz vous fournissent ordinairement les connoissances du vouloir divin qu'ilz contemplent, et les inspirations que Nostre Dame veut que vous recevies de ses propres mammelles d'amour. Ne regardés point cette varieté d'imperfections qui vivent en vous et en toutes les filles que Nostre Seigneur et Nostre Dame vous ont confiees, sinon pour vous tenir en la sainte crainte d'offencer Dieu, mays non jamais pour vous estonner ; car il ne se faut esbahir si chaque herbe et chaque fleur requiert son particulier soin en un jardin. J'ay sceu quelqu'une des graces que Dieu fit a nostre tres chere Seur Marie Renee sur son trespas . Elle estoit fort ma fille ; car lhors que je fus la, elle fit une reveuë de toute sa vie, pour me donner connoissance de ce qu'elle avoit esté, avec une humilité et confiance incroyable et sans grande necessité, avec une extreme edification pour moy quand j'y repense. La voyla maintenant a prier pour nous et pour vous specialement, puis qu'elle est trespassee vostre fille et sous vostre assistance.

Faites-moy la consolation, ma chere Fille, de m'escrire souvent, et me dire tous-jours en confiance les choses que vous croires que je puisse utilement sçavoir de l'estat de vostre cœur, que je benis au nom de Nostre Seigneur de tout le mien, et suis en Dieu tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MCXXVIII A MADAME DE LA FLéCHèRE La comtesse de Tournon malade; son mari " un petit fasché " contre le Saint. - Gracieuse humilité de François de Sales qui s'entend peu aux compliments et marche " a la bonne foy ". - Nouvelles et messages.

Annecy, 6 novembre 1615.

Je vous escris a la course, envoyant expres ce porteur pour apprendre des nouvelles de la santé de Mme la Comtesse , au service de laquelle je contribuerois volontier ma visite personnelle si la maladie estoit de qualité que cela fut requis et quil luy tournast a consolation. Monsieur le Comte , pour dire ceci entre nous deux, est un petit fasché contre moy pour un sujet auquel je n'ay point de coulpe ; mays sa bonté adoucira bien tout. Certes, je vay a la bonne foy, et qui voudra m'estre si rigoureux que de remarquer mes imperfections et defautz, il ne m'aymera jamais guere longuement, sur tout mes manquemens es civilités, complimens et autres choses de bienseance ; car, outre que j'ay l'esprit fort lourd, je l'ay encor si chargé d'occupations selon ses forces, que je ne voy pas tout ce quil faudroit. Nostre Mere se porte bien et est toute vostre. Nostre chere cousine arrivera ce soir ou passé demain, comme je pense, et avec elle, la chere niece, ma fille . Il ne se peut dire combien Monseigneur de Lyon nous a rempli d'honneur, de devotion et de consolation . Si le cher mari est venu, salues-le bien amoureusement de ma part et l'asseures de mon service. Dieu vous benisse en toute vostre ame, ma tres chere Fille, et je suis en luy parfaitement tout vostre.

VI-IXbre 1615, Annessi

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCXXIX A U DUC DE SAVOlE, CHARLES-EMMANUEL 1er L'Evêque de Genève s'excuse de n'avoir pu conférer un bénéfice à un candidat recommandé par Son Altesse.

Annecy, 8 novembre 1615.

Monseigneur,

Sur la recommandation qu'il a pleu a Vostre Altesse de me faire en faveur du sieur du Chatelard , qui me tient lieu de commandement, j'eusse grandement desiré de le pouvoir prouvoir du benefice qu'il praetendoit ; mays d'un costé, il n'estoit pas en moy d'en disposer, puisque le Chapitre de mon eglise en avoit la nomination, et d'autre part, tant ledit Chapitre que moy, ne pouvons en sorte quelcomque nous departir des ordonnances du Concile de Trente (Sess 24, de Reform 18), que nous avons juré d'observer ; et elles ne nous permetent pas de distribuer les benefices curés que par le concours au plus capable, et faysans le contraire, nous nous exposerions a la disgrace de Nostre Seigneur et a la damnation. Ce benefice la, Monseigneur, ne peut rendre au curé que cinquante ducatons, et la charge des ames y est fort grande pour la multitude du peuple qui en depend, lequel hante fort l'Alemaigne et a besoin d'un pasteur qui ayt grand soin de l'edifier et conserver en la foy . Certes, je souhaite tout bonheur audit sieur du Chatelard, qui fait profession d'aymer le service de l'Eglise ; mais pour des benefices, je luy en desirerois d'autre nature que de ceux qui portent charge d'ames, et ilz ne luy manqueront pas, sil plait a Vostre Altesse le favoriser es occurrences.

Cependant, suppliant a jamais Dieu quil benisse de ses plus grandes benedictions vostre personne et vostre coronne, Monseigneur, je suis, de Vostre Altesse, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

VIII novembre 1615, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCXXX A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER (INEDITE) Saint François de Sales se porte garant du repentir d'un coupable. - Souvenirs du séjour de Mgr de Marquemont à Annecy. - Genève décimée par la peste.

Annecy, 8 novembre 1615.

Monseigneur,

Voyla qu'en fin le sieur de Barraux , repentant des il y a long tems, et corrigé de sa faute par le loysir et les raysons qui luy ont bien fait sentir le devoir quil a de vivre sage et sous-mis a vostre obeissance, il s'en va se jetter sous vostre protection, hors de laquelle il connoist bien quil ne peut bonnement durer. Or il a desiré un passeport et sauf-conduit de moy aupres de vous, par ce que le bonhomme son beaupere luy a dit que vous m'avies confié l'asseurance que vous pouves prendre de son amendement : qui m'a aussi fait entendre que je pouvois seul donner ouverture a son restablissement en vostre service. C'est pourquoy, le voyant remis au bon chemin, et d'ailleurs fort en peine pour le sujet quil vous dira, tres volontier je vous supplie, Monseigneur, de le recevoir, esperant que des-ormais vous n'en aures que du contentement, ainsy quil m'a solemnellement promis et protesté. J'ay les papiers de l'evesché quil avoit tres mal a propos apportés, et les garderay pour en faire ainsy que vous me commanderés.

Monseigneur l'Archevesque de Lion m'a fait lhonneur de me visiter et demeurer six ou sept jours ceans , pendant lesquelz il a fait deux sermons et une petite exhortation avec tant de pieté, que ce bon peuple en sera longuement consolé. Nostre Geneve est tous-jours extremement affligee de contagion (note 166), mays ell' endurcit sous le chastiment. On asseure que jusques a present il est mort bien six mille personnes de ce mal, lequel par miracle ne s'est comme point espanché sur la Savoye.

Nostre paix est fort entiere maintenant, graces a Dieu, que je supplie la nous vouloir conserver, et vous combler de toutes les faveurs celestes quil depart a ses plus grans serviteurs, tandis que sans fin je suis et seray inviolablement, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant

frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

VIII IXbre 1615, Annessi.

A Monseigneur

Monseigneur le Rever. Evesque de Monpelier.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Lamothe-Tenet, à Montpellier.

MCXXXI A MADAME DE PEYZIEU (INéDITE) Protestations de respectueuse affection pour la destinataire et ses enfants.

Annecy, 15 novembre 1615.

Madame ma tres chere Mere,

Ce m'a esté un grand contentement d'apprendre avec tant d'asseurance le bon estat de vostre santé, et je vous escris ce billet seulement pour me ramentevoir en vostre bienveuillance, et supplier vostre chere ame de me tenir tous-jours au rang quil vous a pleu me donner entre ceux qui ont le bonheur d'estre aymés de vous. Certes, ma tres chere Mere, mon cœur est tout filial pour vous, et ne cesse point de faire tous les bons souhaitz quil doit pour vostre consolation. Il y a bien asses long tems que je n'ay point eu de nouvelles de ma seur madame de Grandmayson , mais j'en tireray un de ces jours, Dieu aydant, en luy escrivant par la commodité de Lion. En somme, puis que je n'ay pas le loysir de m'estendre davantage, je veux dire en un mot, que je vous cheris avec un honneur et respect tout parfait, et avec vous, tous messieurs mes freres et mesdames mes seurs , entre lesquelz je salue humblement ceux qui sont pres de vous. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, Madame ma tres chere Mere, et je suis de tout le mien, Vostre plus humble, tres fidele filz et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XIIIII novembre 1615, Annessi.

A Madame

Madame de Pezieu.

A Thuey

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly, château de la Roche-Mailly (Sarthe).

MCXXXII AU MARQUIS SIGISMOND DE LANS Justification loyale et ferme du Saint au sujet des soupçons éveillés par la visite de l'Archevêque de Lyon. - Il proteste de son attachement inviolable à son légitime souverain.

Annecy, 15 novembre 1615.

Monsieur,

Je respons a la lettre qu'il vous pleut de m'escrire hier, quatorziesme de ce mois, que je reçoy tout presentement, et supplie Vostre Excellence de croire qu'en cette occurrence je regarde Dieu et ses Anges, pour ne rien dire qu'avec l'honneur que je doy a la verité.

Des l'advenement de Monseigneur l'Archevesque de Lion en sa charge , il m'escrivit une lettre de faveur, par laquelle il me conjurait d'entrer en une sainte amitié avec luy, a la façon des anciens Evesques de l'Eglise, qui n'avoyent qu'un cœur et qu'une ame (Ac 4,32) et qui, par la reciproque communication des inspirations qu'ilz recevoyent du Ciel, s'entr'aydoyent a supporter leurs charges, mais principalement quand ilz estoyent voysins les uns des autres. Et parce que je suis plus ancien en Ordre que luy, il m'escrivit des lhors qu'il me viendroit voir, pour se prevaloir de ce que l'experience m'auroit peu acquerir en nostre profession; avec plusieurs telles paroles, excessives en humilité et modestie, Despuis, il a tous-jours continué a vouloir me faire cet honneur, auquel n'estimant pas que je me deusse laisser prevenir, puisqu'il est le premier des Evesques de France et moy le dernier de Savoye, je l'allay voir a Lion , comme Vostre Excellence sçait. Et luy, par sa courtoysie, a voulu contreschanger ma visite sur l'occasion de celle qu'il faysoit de son diocese, a Lagnieu, Saint André, Groslee et autres lieux qui en dependent, esquelz il avoit des-ja gaigné une journee des trois qu'il y a d'icy a Lion, Et je ne sceu nullement d'asseurance sa venue, que le soir avant qu'il arrivast ; car encor que six jours auparavant le sieur de Medio, originaire de ce païs, mais chanoine de l'eglise de Saint Nizier de Lion , m'eust escrit qu'il avoit quelque opinion que Monseigneur l'Archevesque estendroit sa visite jusques icy, si est ce que, n'y faysant pas fondement, j'envoyay un laquay pour le sçavoir, qui ne revint que le jeudy au soir avant le vendredy auquel Monseigneur l'Archevesque arriva.

Or, il ne vint point a cachette, comme ont accoustumé de faire ceux qui traittent des affaires odieuses, mays au veu et au sçeu de tout le monde, et amena avec soy huit hommes a cheval, entre lesquelz il n'yen avoit point de marque, sinon le sieur de Ville, docteur en theologie et grand predicateur, originaire de Rossillon pres de saint Rambert , et son aumosnier, nommé monsieur Raymond .

Estant icy, je vous asseure que nous n'avons ni fait ni dit, non pas mesme pensé, aucun traitté, ni pour les choses du monde, qui, si je ne me trompe, nous sont a tous deux fort a degoust, ni pour les choses ecclesiastiques, n'ayans rien eu ni a demesler ni a mesler ; mays seulement, purement et simplement, nous avons parlé des devoirs que nous avons au service de nos charges, de la façon des Offices ecclesiastiques et de telles choses entierement spirituelles.

Il fit deux excellentes predications, l'une en l'eglise cathedrale , l'autre au College, le jour de saint Charles , pleines de pieté et de zele. Il celebra tous les jours la Messe en divers lieux, et ne fut jamais parlé de chose quelcomque sinon conformement a nos vacations. Vostre Excellence ne m'obligera pas peu si elle en asseure Son Altesse, et je luy engage pour cela mon honneur et ma reputation, et a Dieu qui le sçait, ma conscience et mon salut.

Que si Vostre Excellence me le permet, je luy diray avec esprit de liberté, que je suis né, nourry et instruit, et tantost envielly, en une solide fidelité envers nostre Prince souverain, a laquelle ma profession, outre cela, et toutes les considerations humaines qui se peuvent faire me tiennent estroittement lié. Je suis essentiellement Savoysien, et moy et tous les miens, et je ne sçaurois jamais estre autre chose. Je ne sçay pas donq comme je puis jamais donner aucun ombrage, principalement ayant vescu comme j'ay fait.

Je me prometz de la faveur de Vostre Excellence que Son Altesse demeurera parfaitement satisfaitte, et que rien ne se sçaura de cet ombrage, qui affligeroit le bon Monseigneur de Lion beaucoup plus qu'il ne m'afflige pas moy, qui, par la suitte du tems et les evenemens, seray tous-jours reconneu tres asseuré et tres fidele serviteur de Son Altesse, a laquelle je souhaitte toute sainte prosperité.

……………………………………………………

MCXXXIII A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Le Saint promet à la Mère de Chantal d'aller le lendemain recevoir sa confession annuelle.

Annecy, [vers le 20 novembre 1615 .]

Ma tres chere Mere, Voyla bien des lettres que j'ay ouvertes par ce que je suis vostre filz de confiance. Or, bon soir cependant. Je m'essayeray de gaigner demain le tems de vous voir avec le plus de loysir quil me sera possible, pour la confession annuelle. Bon soir donq mille et mille fois, ma tres chere, tres bonne et tres honnoree Mere, vrayement mienne, c'est a dire tous les jours plus, graces au Sauveur qui vous benisse icy et la. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

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MCXXXIV A LA MêME (INéDITE) Question d'argent à traiter avec le cousin de la Sœur de Monthoux.

Annecy, 21 ou 29 novembre 1615 ,

Tandis que j'estois avec vous moymesme au parloir, M. de Monthouz me vint chercher, ce que je ne seu qu'en soupant ; et lhors je luy envoyay un billet par lequel je le priois ne point partir quil ne vous parlast, affin d'arrester des affaires de sa cousine . Or il fut treuvé chez son hoste, ou il ny avoit ni papier ni encre ; c'est pourquoy il m'envoya dire quil feroit selon mon billet. Au reste, quand il ira vers vous, ne luy dites point de paroles qui le puisse (sic) estonner, comme seroit celle que vous aves esté estonnee de quoy il s'en alloit ; mais simplement, que vous estant apperceue quil s'en alloit, vous aves desiré d'arrester l'affaire, affin qu'a la profession il ny ait rien a traitter, ains seulement a executer le traitté. Je croy bien quil ne treuvera pas trop de troys mille florins. Cependant, je vay pensant ce que je vous diray tantost. Dieu, qui sçait ce qui est requis a vostre cœur mien et a ceux de nos Seurs, me veuille suggerer selon sa gloire. Amen. Bonjour mille et mille fois. .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin. MCXXXV A LA MERE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Tristesse témoignée par la Mère Favre à une amie ; encouragements paternels. La " grande Fille" particulièrement chérie des deux Fondateurs.

Annecy, [vers fin novembre 1615 ]

Dieu benisse eternellement vostre cœur, ma tres chere Fille, que le mien cherit plus qu'il ne se peut dire. Dites moy, ma chere Fille, mais dites le a mon cœur, c'est a dire bien naifvement : quelle tristesse et quel regret monstrastes vous a madame la Comtesse de la N. , laquelle la depeint avec des couleurs si noires, que je croy qu'elle vous a pris pour une autre. Mays je serois bien ayse de le sçavoir de vous mesme, pour, par apres, en oster plus hardiment la compassion de ceux qui vous plaignent extremement sur ce sujet et en tirent des consequences a leur gre. Or sus, le monde sera tous-jours monde et mourra monde, et nous, ma Fille, nous serons tous-jours a Nostre Seigneur et vivrons a Nostre Seigneur . Au reste, il me faut appeller vostre Pere, et sans ceremonie ; je le suis de tout mon cœur, et vous cheris plus, comme je croy, que les peres naturelz n'ont accoustume de cherir leurs filles. Nostre Mere et moy, qui ne sommes pas deux, vous cherissons comme nostre grande premiere fille, laquelle maintenant, moyennant la grace divine, en va faire d'autres pour l'eternite. ……………………………………………………… Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mére Favre, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCXXXVI A LA MERE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Le Saint empêché d'écrire une lettre par un appointement et un souper.

Annecy, [novembre 1615 ]

Je desirerois pouvoir escrire comme vous mesme , ma tres chere Mere, mais je ne sçauray pas le faire si le laquay part demain si matin, car je suis embarqué en un appointement et donn'a souper a monsieur de Talloyre . En tous evenemens, vostre lettre suffira, car j'ay des-ja escrit au Pere Theodose . Certes, et moy et tout, j'ay grand desir que nous nous voyons un peu ; ce sera demain, Dieu aydant. Et mille fois bon soir, ma tres chere Mere. J'escris sans loysir.

Revu sur l'Autographe conservé au ler Monastère de la Visitation de Paris.

MCXXXVII A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS (L6, note 541) Témoignages de très affectueuse amitié au destinataire à son retour de Lorette.

Annecy, [novembre] 1615 .

Et moy, monsieur mon tres cher Frere, je vay en esprit vous embrasser a ce retour, et vous offrir ce cœur que j'ay pour vous, tous-jours plus plein de toutes les affections plus sinceres qu'un frere peut avoir pour un frere extremement aymé et presqu'autant aymé comm 'aymable. Mays non, mon tres cher Frere, je ne dis pas sinon presqu'autant, car je confesse qu'apres que je vous ayme extremement, encor ne vous ayme-je pas asses selon vos merites. Venes heureux, avec la benediction du Filz et de la Mere, dont vous venes de venerer la sainte Mayson. Je suis Vostre plus humble frere et serviteur, F., E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé au 2e Monastère de la Visitation de Rouen.

MCXXXVIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Affaires épineuses que François de Sales voudrait arranger à la consolation de Mme de Bressieu. - Une tempête prévue au sujet de l'entrée de deux postulantes à la Visitation. - Haine mortelle du Saint pour le monde ennemi de l'esprit de Dieu. - Les projets de M. de Rességuier.

Annecy, 5 décembre 1615 .

Si vous n'esties ma tres chere Fille, je m'excuserais d'avoir tant tardé a vous respondre a plusieurs de vos lettres ; mais vostre cœur sçait bien que le mien prend playsir a vous escrire quand il en a la commodité. J'ay esté un peu mal pour toute cette semaine, mais ce n'est rien maintenant, que je m'en vay mesme, Dieu aydant, dire la Messe a la Visitation. J'ayme trop nostre pauvre seur affligee et ne suis pas si doüillet pour pouvoir estre offencé de chose du monde de sa part. Mays je tarde d'aller a Chamberi, pour voir si nous pourrions accomoder a l'amiable le differend criminel qu'elle et messieurs ses enfans ont avec Charriere , par ce qu'au prealable, je voudrois qu'entre nous autres nous eussions pris les resolutions convenables a cela, affin qu'a faute de ce, je ne fusse pas contraint de demeurer longuement a Chamberi, ou je ne puis guere estre sans incommoder mes affaires. A cet effect, j'ay supplié monsieur de Montmeilleur de persuader a nostre seur de venir jusques en ces quartiers, comme pour voir sa fille , et estans ensemble, nous verrons ce qui se pourra et devra faire ; puis, sil est expedient, j'iray a Chamberi. Et par ce qu'a l'aventure elle craindra de laisser Bassin , de peur que monsieur de Bressieu son filz n'y aille faire quelque passade, j'ay tiré promesse de luy quil ne bougera point tandis qu'elle sera de deça, de quoy encor monsieur de Montmeilleur est garand. Certes, aussi par un mesme moyen, je serois bien ayse si nous pouvions mettre bien cet enfant avec sa mere, a laquelle je souhaite une tres douce paix pour la consolation du reste de sa vie. Faites moy la grace, ma tres chere Fille, de faire un peu sçavoir tout ceci a cette chere seur, de vostre part et de la mienne, car je n'ay nul loysir de luy escrire a present, ayant a faire un despeche a Thonon par nostre bon monsieur de Blonnay .

Mays je ne veux pas laisser de vous dire que nostre pauvre Visitation va bien avoir du bruit pour ces deux braves filles qui desirent, demandent et pressent d'y estre receües, et auxquelles sans doute on ne refusera pas la porte quand elles viendront, ainsy que l'on leur [a] promis fort saintement . Pour moy, j'en seray tous-jours accusé, et si, je n'en puis mays ; car encor que je prendrois a grand honneur d'avoir servi Dieu en cela, si est ce que sa Bonté a voulu le faire elle mesme, par des inspirations venues de sa Providence dans ces ames lhors que la mienne n'y pensoit point, et a la premiere connoissance que j'en ay eü, j'ay intimé le loysir et la dilation, pour voir si c'estoit bien des inspirations. Or, puisque vrayement c'en sont, quel moyen y auroit il de n'estre pas bien ayse du bien de ces cheres ames et de l'avancement de la gloire de Dieu ? Et si, je confesse a ma tres chere Fille, quil y a un peu de la malice dans mon cœur ; car je suis bien ayse encor que le monde soit trompé et que ces filles, qui sembloyent estre en ses bonnes graces, se moquent de luy, le quittent et le mesprisent, car en verité il le merite, d'autant quil ne vaut rien et quil mesprise Dieu. Certes, je ne luy ay point fait de declaration, mais je ne laisse pas en mon ame de le hair a mort, par ce quil hayt a mort l'esprit de Dieu et les enfans du Crucifix. 0 que bienheureuses sont ces cheres filles, lesquelles sacrifient ces petitz momens de vie mortelle a la gloire et a l'amour de Celuy qui leur donnera des eternités amoureuses en l'abondance de sa suavité ! Elles s'en vont toutes braves et courageuses ; et Dieu soit a jamais au milieu de leur cœur et du vostre, ma tres chere Fille bienaymee, que je salue de toute mon ame, - Ce samedi de l'Advent. Le premier President de Tholose m'escrit affin que nous envoyons des Seurs de la Visitation la, en un monastere tout basti, qui a cousté cent mille francz, et dix sept filles qui attendent les nostres pour estre instruites . L'odeur de la Mayson de Lion a operé cela, ainsy que vous sçaures plus amplement a nostre premiere veue.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCXXXIX A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Aimable entente pour l'échange des lettres. - La Visitation féconde dès sa naissance. - Les lis entre les épines et les roses auprès des aulx. - Conduite à tenir dans une tentation. - Pour agréer à Notre-Seigneur, le soin doit être humble, doux et tranquille. - Dévotion généreuse que le Fondateur désire de ses Filles. - Affectueux messages. - Renouvellement des vœux le jour de la Présentation.

Annecy, 13 décembre 1615.

Il est vray, ma tres chere Fille, nous avons bien tardé a vous escrire. Il y a aussi troys semaines que, pour moy, je vay trainant entre la santé et la maladie (note 277); mais ce n'est pas cela qui m'a empesché d'escrire, c'est que nulle commodité ne s'en est presentee, ni petite ni grande. Dores en avant, quand nous n'en aurons point icy, nous envoyerons a Chamberi, car la elles ne manquent jamais.

Mays vous, ma tres chere Fille, n'escrives pas tant de lettres a chasque fois; il suffira, quand vous aures bien tout escrit a la chere Mere , de faire un seul petit billet au pauvre Pere, qui ne die rien sinon quil est tout vostre.

Je suis consolé plus quil ne se peut dire de voir que vous cherisses ardemment vostre vocation ; cela seul vous peut sanctifier, et rien sans cela. Graces a Dieu, nous voyons que sa divine Providence s'en veut servir pour le bien de plusieurs ames en divers endroitz, ou l'on desire cette Congregation , laquelle par miracle est fœconde, ce semble, au propre instant de sa naissance. Je pense bien que de ces filles qui veulent venir prendre la forme et la prattique des Regles, il en faudra faire venir une partie icy , affin que vous ne soyes surchargee d'un soin excessif, avec nostre chere Seur Marie Aymee, que je voy des-ja, ce me semble, un peu tremblante sous le faix . Or, Dieu aggrandira son courage et luy donnera la force d'un zele genereux, sur le fondement d'une humilité profonde.

J'ay veu vostre tentation. Helas ! ma tres chere Fille, il en faut avoir. Celle la embarasse quelquefois le cœur, mais jamais elle ne le terrasse, sil est un peu sur ses gardes et hardi. Humilies vous grandement et ne vous estonnes point. Les liz qui croissent entre les espines en sont plus blancz, et les roses aupres des aux sont plus odorantes et deviennent musquees. Celuy qui n'est point tenté, que sçait il (Eccli 34,9) ?

Si la peine vous tient au sentiment, comme il me semble que vous le signifies, changes d'exercice corporel quand vous en seres pressee ; si vous ne pouves bonnement changer d'exercice, changes de place et de posture : cela se dissipe par ces diversités. Si elle vous tient en l'imagination, chanter, se tenir avec les autres, changer d'exercices spirituelz, c'est a dire passer de l'un a l'autre, et les changemens de place encor vous ayderont. Sur tout, ne vous estonnes point, mais renouvelles souvent vos vœux, et, vous humiliant devant Dieu, promettes a vostre cœur la victoire de la part de la Sainte Vierge. Si quelque chose vous tient en scrupule, dites-le hardiment et courageusement, sans faire aucune reflexion, lhors que vous alles a la Penitence. Mays j'espere en Dieu que, avec un esprit noble, vous vous tiendres exempte de tout ce qui peut donner scrupule. Je veux bien que vous porties une fois la semaine la haire, sinon que vous connoissies que cela vous rendit trop paresseuse es autres exercices plus importans, comm'il arrive quelquefois.

Tenes bon, ma tres chere Fille, pour l'estroitte observance des Regles, pour la bienseance de vostre personne et de toute la mayson ; faites observer un grand respect aux lieux et aux choses sacrees. Le soin que vous aures en tout cela sera grandement aggreable a Nostre Seigneur, sur tout si vous le prenes avec humilité, douceur et tranquillité.

Nos Seurs vous diront toutes nouvelles de deça, et de la reception de la baronne du Chatelart et de Mlle d'Avise (note 286).

Cela fait un peu de mal au cœur des mondains, mais il ny a remede, il faut que Nostre Seigneur soit servi.

Je dis a nostre Seur de Gouffie que je voulais meshuy m'essayer de donner de la generosité a la devotion de nos Seurs, et en oster la tendreté que l'on a souvent sur soy mesme, cette petite doüilleterie qui oste le repos et nous fait desirer des particularités spirituelles et interieures, nous fait excuser nos humeurs et flatter nos inclinations. Mays, ma tres chere Fille, ce n'est pas besoigne faite, bien qu'en verité toutes s'y acheminent. Or je ne doute point que Dieu ne vous donne les mesmes sentimens, puisque vous estes un seul esprit avec tous nous. J'appreuve que vous continuies d'appeller nostre Mere, Mere, puisque c'est vostre consolation, et que vous m'appellies Pere, puisque j'ay pour vous un cœur extraordinairement plus que paternel. Saches, ma chere Fille, que despuis que vous estes en charge, vous m'estes tousjours si presente, que je suis, ce me semble, perpetuellement avec vous, non sans faire mille et mille souhaitz sur vostre chere ame.

Pour Dieu, salues un peu Monseigneur l'Archevesque quelquefois de ma part ; vous ne sçauries croire ce que je luy suis, et comme Dieu benit sa petite visite quil fit icy (notes 245, 250, 256, 261). Je salue monsieur de Saint Nizier , du soin duquel vous vous loues tant. Dieu aggrandisse ses benedictions sur luy et sur nostre monsieur l'Aumosnier . ..Item, je salue Mme la Presidente Le Blanc , quand vous la verres, et Mme Colin et Mme Vulliat (L6, note 457), laissant a part ma chere Seur Marie Peronne , a qui je suis tout, et a toutes nos bonnes Seurs. Je salue en fin vostre cœur, que le mien cherit de toutes ses forces, et luy souhaite la benediction de celuy de Nostre Seigneur; auquel soit gloire eternellement. Amen. Et a celuy de sa tressainte Mere Nostre Dame.

13 decembre 1615, Annessi, ou je suis tout vostre sans reserve.

Vostre renouvellement n'ayant pas esté fait le jour de la Presentation, vous le pourres faire le jour de l'an ou des Roys, ou comme Monseigneur l'Archevesque voudra ; car je croy bien que vous voudres que ce soit luy qui le reçoive . Nos Seurs d'icy dirent avant la Messe, tandis que je m'habillois, le Veni Creator ; et apres le renouvellement, Laudate Dominum omnesgentes (Ps 116), et prononcerent bien gravement leur renouvellement. Ma tres chere Fille, helas ! je suis tout vostre.

A ma tres chere Fille en N. S. Ma Seur Marie Jacqueline Favre,

Superieure de la Congregation de la Visitation. A Lion. Le frere n'est pas dans cette ville.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry.

MCXL A LA SOEUR DE BLONAY

MAITRESSE DES NOVICES A LA VISITATION DE LYON

Céleste nourriture des enfants de Dieu. - Agir par obéissance, gage du secours d'En-haut. - Quel labeur il ne faut jamais fuir.

Annecy, [vers le 13 décembre 1615 ]

Dieu vous suggerera, ma tres chere Fille, tout ce qu'il veut de vous, si en l'innocence et simplicité de vostre cœur, avec une entiere resignation de vos inclinations, vous luy demandes souvent en vostre interieur : Seigneur, que voules vous que je face ( Ac 9,6)?

Et je suis consolé que vous ayes des-ja ouy sa voix et que vous le servies en la nourriture de ces filles.

L'excuse aussi n'estoit pas bonne de dire : Je n'ay pas des mammelles (Ct 8,8), je n'ay point de lait ; car ce n'est pas de nostre lait ni de nos mammelles que nous nourrissons les enfans de Dieu; c'est du lait et des mammelles du divin Espoux, et nous ne faysons autre chose sinon les monstrer aux enfans et leur dire : Prenes, succes, tires et vives. Tenes donq ainsy vostre cœur ouvert et grand pour bien faire tout le service qu'on vous imposera.

A mesure que vous entreprendres, sous la force de la sainte obeissance, beaucoup de choses pour Dieu, il vous secondera de son secours et fera vostre besoigne avec vous, si vous voules faire la sienne avec luy. Or, la sienne est la sanctification et perfection des ames (1 Th 4,3). Travaillés humblement, simplement et confidemment a cela ; vous n'en recevres jamais aucune distraction qui vous soit nuysible. La paix n'est pas juste, qui fuit le labeur requis a la glorification du nom de Dieu.

Vivés toute a ce divin amour, ma tres chere Fille, et sachés que c'est de tout mon cœur que je cheris vostre ame bienaymee, et ne cesse jamais de la recommander a la misericorde eternelle de nostre Sauveur, a laquelle je vous conjure de me recommander reciproquement fort souvent. Je suis tout vostre, ma tres chere Fille.

FRANçs, E. de Geneve.

MCXLI AU MARQUIS SIGISMOND DE LANS (INéDITE) Discours de capitaines et discours de Pasteurs de l'Eglise. - Quelle " affaire d'Estat " s'est traitée entre Mgr de Marquemont et l'Evêque de Genève.

Annecy, 15 décembre 1615

Monsieur,

Sur les plaintes que l'on a fait de moy (note 254), je croy d'estre obligé a vous respondre non seulement par la voix de ces messieurs, qui m'ont parlé de la part de Vostre Excellence , mais encor par ma plume. Je vous asseure que ceux qui fantasient et philosophent de si pres de mes actions et sur mes actions se font plus de tort qu'a moy, car ilz ne peuvent blesser mon innocence et ilz se chargent d'une noire malice. Pleust a Dieu, Monsieur, qu'ilz eussent esté auditeurs des discours de Monseigneur de Lion et de moy ! et ilz auroyent veu et sceu que nous n'avons pas, que je sçache, dit une parole qui ne tende a l'advancement de la gloire de Dieu dans nos troupeaux ; et nous estimons les discours des capitaines et soldatz indignes d'occuper le tems des Pasteurs de la bergerie du Dieu vivant.

Nos visites ont esté, a la verité, pour une affaire d'Estat : a sçavoir, pour l'estat que nous devons constamment establir en la republique de nostre petite Congregation de la Visitation . Si nous avons mal fait traittant cela, nous sommes coulpables ; sinon, l'on nous fait tort. Quant a moy, je vous proteste que j'ignore les affaires d'Estat, et les veux ignorer a tel point, qu'elles ne soyent ni en ma pensee, ni a mon soin, ni en ma bouche, sinon quil se presentast quelque occasion de tesmoigner a Son Altesse que je suis son passionné et fidele sujet, et a Vostre Excellence, Tres humble et affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

MCXLII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Sur l'ordre de son prince, François de Sales explique le sujet du voyage en Savoie de l'Archevêque de Lyon. - Eloge de ce Prélat. - Appel respectueux à la justice de Charles-Emmanuel.

Annecy, 15 décembre 1615.

Monseigneur,

Il y a un moys que monsieur le Marquis de Lans m'escrivit de la part de Vostre Altesse, que je luy fisse sçavoir les sujetz pour lesquelz Monseigneur l'Archevesque de Lion estoit venu en cette ville et les particularités de ce que nous avons traitté ensemble. A quoy je respondis (lettre 1132) que le sujet de cette venue n'estoit qu'une simple visite, laquelle ce Praelat avoit projettee des son advenement en la charge qu'il tient, comm' il m'escrivit des l'hors, et que nous n'avions traitté de chose quelcomque sinon de ce qui appartient a la devotion et conduite spirituelle des ames. Or, Monseigneur, c'est la pure et vraye verité : ainsy j'en proteste devant Dieu (Ga 1,20) et ses Anges.

Et neanmoins, monsieur le Marquis de Lans m'a escrit pour la seconde foys , que j'aye a luy descouvrir dequoy nous avons traitté, ce Praelat et moy. Et par ce que c'est de la part de Vostre Altesse que cela m'est enjoint, c'est a elle aussi a laquelle maintenant je m'addresse, conjurant en toute humilité sa douceur et bonté de croire que j'ay respondu en cett'occasion avec toute franchise et simplicité. Que si, ou ce seigneur, ou autre quelcomque m'eut parlé de chose qui eut tant soit peu regardé le service ou les affaires de Vostre Altesse, ou mesme de chose d'Estat, je n'eusse point attendu de semonce pour la faire sçavoir ; car de moy mesme, par le mouvement de mon inviolable fidelité envers la couronne de Vostre Altesse de laquelle je suis sujet, j'eusse promptement rendu le devoir auquel la nature et le serment que j'ay presté m'obligent. Mays, Monseigneur, Dieu m'a fait cette grace, que jamais personne ne m'a estimé homme d'affaires, ou du moins, ne m'a accosté pour cela. Et ce bon Archevesque est tellement occupé en la pieté, que quicomque le connoistra bien, jugera facilement que ses pensees ne sont nullement tournees du costé du monde. Pleut a Dieu, Monseigneur, que l'Eglise eut plusieurs de telz Pasteurs, car le nom de Nostre Seigneur en seroit bien mieux loüé et sanctifié.

J'ay si souvent experimenté la debonaireté et equité de Vostre Altesse en toutes les occurrences esquelles la calomnie a osé entreprendre sur mon innocence et candeur, que je demeure fort paysible en celle ci, puisque mesme le tems, garend et protecteur de la verité, a des-ja fait voir par longues annees, que je suis inviolable et immobile en la resolution que Dieu a establie en moy de ne vivre qu'a ma profession et, en icelle, avoir tous-jours le cœur dedié a l'obeissance de Vostre Altesse, a laquelle souhaitant sans fin mille et mille benedictions, je demeure, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le xv decembre 1615.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCXLIII A M. CLAUDE-AMEDéE VIBOD Envoi d'une lettre pour le duc Charles-Emmauuel.

Annecy, 15 décembre 1615.

Monsieur,

J'escris a Son Altesse la lettre ci jointe (lettre 1142), et pour luy donner une plus seure addresse, je vous supplie tres humblement de la luy remettre, bien que je n'aye pas lhonneur d'estre conneu de vous, a qui neanmoins je suis de tout mon cœur,

Monsieur,

Plus humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

xv decembre 1615, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Biblioteca Civica.

MCXLIV A MADAME DE LA FLéCHèRE Vigilance du saint Evêque pour le maintien de la justice et de la charité. Encore l'affaire de Mme de Bressieu. - Tapage mondain autour de deux vocations.

Annecy, 17 décembre 1615.

Ma tres chere Fille,

J'ay receu l'une et l'autre de vos lettres et ne pense pas avoir dit a M. le Curé quil ne reconneut pas, mais ouy bien quil ne reconneut pas sans me communiquer la forme de la reconnaissance qu'on luy demandait, affin que je visse sil y avait chose qui fut contre le droit divin ou humain, comme il me semble qu'il y aurait si elle estait telle qu'il me la descrivoit. Mais puysque les differens sont sousmis a des si bons arbitres et superarbitres, je m'en rapporte a ce qu'ilz en diront, sachant qu'ilz sont asses clairvoyans pour discerner de cela et de chose plus difficile, et pour conduire ces deux espritz a une paysible concorde que je prie Dieu leur vouloir donner . Or, je n'escriray donq pas a monsieur vostre cher mari pour ce regard, comme M. le Prieur s'est imaginé, car je ne doute point que tous ces messieurs n'ayent et l'esprit et le cœur disposé a faire chose juste.

Maintenant, parlons d'autre chose. J'attendray donq ma chere seur Mme de Bressieu, qui ne m'oblige pas peu de venir, m'ostant par ce moyen de la necessité d'aller a Chamberi (note 275), ou je ne pouvais aller sans beaucoup d'incommodité. Je vous prie de regarder un peu entre vous ce qui se pourra bonnement faire, affin que, sil est possible, on prenne le bon biays pour accommoder honnorablement les affaires. Et puisqu'elle ne peut pas aller a La Thuille, pour peu qu'elle nous en donne la commodité, nous ferons venir une partie de La Thuille icy ; et je dis une partie, par ce que le petit enfant, qui est le plus beau garçon du monde , n'a garde de vouloir venir en ce tems.

Il y a grand bruit, certes, de toutes parts pour le dessein de la chere niece et de madame du Chatelart , et c'est bon signe que Dieu en sera glorifié. Les hommes sont admirables en leurs cogitations humaines, mays Dieu est suradmirable es siennes divines, qu'il fera reuscir selon son bon playsir. Cependant je salue vostre cœur, ma tres chere Fille, et celuy de cette chere niece, vous souhaitant de tout le mien mille et mille benedictions. Nostre Mere (de Chantal), je pense, vous escrit. Je suis

Vostre plus humble serviteur,

F., E. de Geneve.

XVII decembre 1615.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCXLV A DOM SENS DE SAINTE-CATHERINE GéNéRAL DES FEUILLANTS (FRAGMENT) Consolation donnée au Saint par la sage conduite de la Mère Favre.

Annecy, vers le 18 décembre 1615 .

…………………………………………………….. C'est mon extreme consolation de sçavoir que ma grande Fille marche avec sa petite trouppe selon la divine volonté, ne se lassant point d'avancer en la divine dilection par un soin constant et paysible, parmi ces cheres ames que Dieu a choisies pour son honneur. ……………………………………………………. Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mère Favre, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCXLVI A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Couronnes des épouses et soucis des mères. - La Visitation est " une fontaine sacree. " - Souhaits du Fondateur à ses Filles.

Annecy, 18 décembre 1615.

Je croy que Dieu vous tient de sa main (Ps 72,24), ma tres chere Fille, car le Reverend Pere General des Feuillans me rescrit. Tenes vous donq bien a luy, et regardes deux ou trois fois le jour si vostre main n'est pas tousjours fermement attachee a la sienne.

Voyes vous, cette petite trouppe de filles, c'est une couronne que Dieu vous prepare et dont vous jouires en la felicité eternelle ; mais il veut que vous la porties toute dans vostre cœur en cette vie, et puis il la mettra sur vostre teste en l'autre.

Les espouses, anciennement, ne portoyent point de couronne et chappeau de fleurs au jour de leurs noces qu'elles n'eussent elles mesmes amassees, liees et ajancees ensemble. Je veux dire, ma chere Fille, ne plaignés point la perte de vos commodités spirituelles et des contentemens particuliers de vos inclinations, pour bien cultiver ces cheres ames ; car Dieu vous en recompensera au jour de vos noces eternelles.

Ne voyes vous pas, ma chere ame (car mon cœur me fait dire ainsy), que vostre petite Congregation est comme une fontaine sacree en laquelle plusieurs ames puiseront les eaux de leur salut (Pr 8,35), et que des-ja plusieurs, a l'imitation de la vostre, veulent eriger d'autres pareilles Congregations a la grande gloire de Dieu et a la grande facilité du salut pour plusieurs (notes 286, 290) ? Ne vous lassés donq nullement d'estre mere, quoy que les travaux et soucis de maternité soyent grans.

0 ma Fille tres chere, que de benedictions mon ame souhaitte a la vostre ! Je salue nos Seurs professes , du cœur qu'elles sçavent, et nos Novices , d'un cœur qu'elles ne sçavent pas. Hé ! Dieu, respandés sur elles l'esprit de douceur et de simplicité, l'esprit d'amour et d'humilité, l'esprit d'obeissance et de pureté, l'esprit de joye et de mortification !

Ma Fille, mon cœur est tout vostre en ce mesme Sauveur. Dieu soit beny.

FRANçs, E. de Geneve.

Ce 18 decembre 1615.

MCXLVII A MADAME DE VIGNOD RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE De grandes fêtes qui, d'elles-mêmes, parlent divinement. - Le silence de Jésus et de sa Mère ; qu'il dit au Saint de grandes choses ! - Contemplation. - La crèche et l'autel. - Saint Bernard et la Nativité.

Annecy, 24 décembre [1610-1615 ]

Vous pouves penser, ma tres chere Fille, comme mon ame, qui ayme extremement la vostre, s'imagine tousjours de vous pouvoir escrire ; car en verité j'ay un playsir fort grand quand je puis entretenir mon esprit avec le vostre. Mais ces grandes festes nous imposent silence, d'autant que d'elles mesmes elles retentissent et parlent divinement du mystere qu'elles nous representent.

Je ne sçai certes que dire autour de ce divin Enfant, car il ne dit mot, et son cœur, plein de faveur pour les nostres, ne se declaire point qu'avec des plaintes, des larmes et des douces œillades ; sa sacree Mere se taist presque tous-jours et admire ce qu'on luy dit (Lc 2,17). Mon Dieu que ce silence me dit des grandes choses ! Il m'apprend a faire la vraye orayson mentale ; il m'apprend la ferveur amoureuse d'un cœur qui est saisy d'affections que nourrissent ces douces pensees et qui a peur d'en perdre la suavité s'il les prononce.

Tenés vous aupres de cette Mere, ce pendant, et ne l'abandonnes pas d'un seul moment tandis qu'elle part de Nazareth et qu'elle va en Bethlehem; tandis que, sans empressement, mays non pas sans des ardens mouvemens, elle attend d'heure a autre de voir esclos de son sacré ventre le bel oyseau du Paradis. Helas ! ma chere Fille, vous la verres, cette belle Dame, cette heureuse fille de Sion, que, telle qu'elle est, Mere du Roy de gloire, elle va mendiant l'hospitalité en Bethlehem (Lc 2, 4) ; elle n'en a nulle sorte de honte, ains elle s'honnore de cette sacree et bienheureuse necessité.

Je vous prometz qu'en cette Messe de la minuit, en laquelle il me semblera voir une cresche sur l'autel et le divin Poupon faysant ses doux yeux pleins de larmes plus pretieuses que des perles, je l'offriray a Dieu son Pere avec le congé de sa Mere, et le demanderay pour vous, affin qu'il soit a jamais le cœur de vostre cœur et l'unique Espoux de vostre ame. 0 ma Fille, tenes bien ce divin Enfant entre vos bras et luy donnés vos mammelles. Il mange le lait (Ct 5,1) de l'humilité et de la douceur cordiale. Mon Dieu, que ce mystere est doux ! Le premier ravissement de vostre saint Bernard fut d'une vision d'iceluy (Vie Ia 1,2,4), et par ce moyen il rendit son cœur et sa bouche pleine du lait de la Sainte Vierge et des larmes de ce doux petit Enfant. Salués la petite cousine de ma part et, a la pareille l'une de l'autre, si tost que vous verres le grand petit Enfant né en vostre ame, dites luy fervemment que je luy sacrifie la mienne avec les vostres eternellement. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

MCXLVIII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Artifice du démon dans une tentation de joie. - Les Anges venant chercher le Ciel dans " la petite spelonque de Bethlehem. " - S'humilier profondément pour voir de plus près le Sauveur " abismé dans le fin fond de l'humilité. "

Annecy, 25 décembre 1615.

Il faut donq bien faire ainsy, ma tres chere Fille: escrire seulement au Pere ou a la Mere amplement, et a l'autre un seul petit billet. La tentation de rire en l'eglise et a l'Office est mauvaise, quoy qu'elle ne semble que folastre et badine, car, apres la charité, la vertu de la religion est la plus excellente ; car, comme la charité rend a Nostre Seigneur l'amour qui luy est deu selon nostre pouvoir, aussi la religion luy rend l'honneur et la reverence requise, et partant, les fautes qui se commettent contre elle sont grandement mauvaises. Il est vray qu'en cela je ne voy pas grand peché, puisque c'est contre la volonté ; mays il ne faut pas pourtant laisser cela sans quelque penitence . Quand l'ennemy ne peut pas rendre nos ames Marion, il rend nos cœurs Robin ; et il ne s'en soucie pas, pourveu que le tems se perde, que l'esprit se dissipe et que tousjours quelqu'un soit scandalizé. Mais voyes vous, chere Fille de mon cœur, n'espouvantes pas ces bonnes filles ; car d'une extremité, elles pourroyent passer a l'autre, ce qu'il ne faut pas. Je ne vous dis pas encor mes pensees sur le sujet dont vous m'aves escrit, parce que c'est aujourd'huy Noël, jour auquel les Anges viennent chercher le Paradis en terre, ou certes aussi il est descendu en la petite spelonque de Bethlehem, dans laquelle, ma tres chere Fille, je vous treuveray tous ces jours suivans avec toutes nos cheres Seurs, qui sans doute feront leur residence, comme des sages abeilles, autour de leur petit Roy (sermon 95, S2 p.40). Celles qui s'humilieront plus profondement le verront de plus pres ; car il y est tout abismé dans le fin fond de l'humilité, mais humilité courageuse, confiante et constante.

Ce doux Enfant soit a jamais la vie de vostre cœur, ma tres chere Fille, que je cheris nompareillement, et qui est tous-jours present au mien, tant il plaist a Dieu que mon affection se fortifie par cette petite separation de bien exterieur.

Ce .. decembre 1615

MCXLIX A M. JEAN-FRANçOIS DU MARTHEREY Une affaire qui s'achèvera à la satisfaction du destinataire. - Jeunesse et oisiveté: deux mauvaises compagnes. - Puissance de la " hantise ". Réponse au sujet d'un mariage.

Annecy, 28 décembre 1615

Monsieur du Marterey,

Je fay en partie ce que M. le Superieur et vous aves desiré, et ne me fusse pas arresté la, n'eust esté qu'hier, ceux qui ont esté employés pour vostre affaire m'y vinrent obliger par leurs remonstrances. Je croy que vous ne tarderes pas a les rendre satisfaitz, et je passeray plus outre et vous contenteray. Or, perseverés es saintes resolutions que nous avons prises : tenes vostre ame nette, esleves souvent vostre cœur, occupes le en la lecture des bons livres, ne demeures point oyseux, ains faites tous-jours quelques bonnes besoignes, ou corporelles ou spirituelles. La jeunesse et l'oysiveté sont deux mauvaises compaignes; la derniere trahit et ruine la premiere. Je croy bien, comme vous m'escrives, que la bonne madame de la Flechere vous ayde. La hantise peut infiniment, soit en bien, soit en mal; celle de cette dame ne peut estre que salutaire a qui s'en veut et sçait prevaloir. Il se faut bien garder de redonner la benediction matrimoniale a la sainte Messe, ni de reprononcer ces paroles : Ego vos conjungo ; mais apres que ces gens la seront communiés, vous pourres bien, apres la Messe et secretement, leur faire confirmer le consentement de leur mariage, et dire sur eux les oraysons, qui sont dans le Missel, de la benediction. Dieu soit vostre lumiere et vostre protection (Ps 26,1) ! Vostre tres humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 28 decembre.

MCL A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Un pacte d'amitié.

Annecy, [fin 1615 ]

En ce billet, je confirme le don que je vous ay fait, Monsieur mon Frere, de mes plus sinceres affections dediees a vostre honneur et service. Faites moy reciproquement le bien de m'aymer selon la veritable qualité que je porte en mon ame, de

Vostre plus humble tres affectionné frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé au 2e Monastère de la Visitation de Rouen.

MCLI A MONSEIGNEUR HILDEBRAND JOST, éVêQUE DE SION (EN LATIN) Un désir de l'Evêque de Sion difficile à satisfaire. - Quel prédicateur il faut aux Valaisans. - Persévérance d'un converti. - La peste à Saint-Maurice. - Envoi d'un aspersoir et de lettres testimoniales.

Annecy, .31 décembre 1615.

Illustrissime, Révérendissime et très vénéré Prélat dans le Christ, Vous m'avez exprimé dans votre dernière lettre le désir que je vous envoie un prédicateur ; je souhaiterais de toute mon âme le satisfaire. Mais la chose n'est nullement facile, soit parce que rare est celui qui accepte de se consacrer à ce ministère toujours dans le même lieu, soit parce que j'estime que vos Valaisans ont besoin, non d'un prédicateur quelconque, mais d'un homme qui excelle en modestie, prudence et patience. Beaucoup. à la vérité, possèdent la science, mais d'en trouver un qui, à la science joigne la prudence, là est la grave difficulté. Toutefois, je verrai si je rencontre quelqu'un que je puisse vous adresser, et je n'épargnerai rien pour satisfaire Votre Seigneurie Illustrissime. En attendant, je me réjouis extrêmement que M. Nicolas soit resté, persuadé qu'il effacera par l'intégrité de sa vie ses erreurs passées . D'ailleurs, c'est à mon avis un homme d'une prudence expérimentée et d'un esprit pénétrant. J'apprends avec douleur que les habitants de Saint-Maurice sont affligés de la peste , et je ne manquerai pas de les aider des prières de mes fidèles, selon la considération et l'affection que j'ai pour tous vos sujets.

Je vous envoie un aspersoir pour donner l'eau bénite, votre bienveillance à mon égard l'aura pour agréable ; j'eusse cependant souhaité vous offrir un objet plus digne de vos mérites, et qui témoignât mieux de ma vénération profonde et cordiale pour Votre Paternité Illustrissime. Enfin, vous trouverez ci-joint les lettres testimoniales de la consécration conférée à Votre Seigneurie, avec mon concours comme prélat assistant. Il me reste de prier ardemment le Dieu très grand et très bon de vous conserver en santé, sainteté et piété à l'affection de votre troupeau et à la mienne.

De Votre Seigneurie Illustrissime, Le très humble et très attaché frère et serviteur dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy, 31 décembre 1615.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives du prince Trivulzio.

MCLII A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Compte-rendu d'un entretien avec un prétendant de Mlle de Chantal.

[Annecy, [1613-1615 ]

Ma tres chere Mere,

En vous donnant le bonjour de tout mon cœur, je vous diray que M. de Montrotier me vint entretenir hier au soir de son mariage et me dit quil vous irait voir aujourdhuy. C'est pourquoy il faut que je vous avertisse que je luy dis, sur divers discours, que pour vous, je vous y treuvois asses disposee et que vous en avies escrit a M. de Bourges . Et par ce quil me dit que vous luy avies dit que la petite n'en sçavoit encor rien, ni personne, sinon mon frere de Thorens et moy, je le laissay en cette opinion. Il me parla de la dote et quel expedient on pourroit treuver pour la reputation. Je luy dis que vous avies mesuré les affaires de vos enfans il y a long tems, et que de plus en plus vous treuvies quil ny avoit pas moyen de faire autrement. J'ay pensé, ma tres chere Mere, quil failloit vous avertir de tout ceci. Je luy dis un'autre chose d'une response que la petite avoit faite a sa seur sur une proposition generale de mariage ; mais il ny a rien en cela qui porte coup, et je le vous diray peut estre ce soir. Bonjour, ma tres chere Mere ; Jesus soit a jamais au milieu de nostre cœur.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la vicomtesse de Saint-Seine, au château de Saint-Seine (Côte-d'Or). MCLIII A LA SOEUR DE CHASTEL RELIGIEUSE DE LA VISITATION A LYON Constance des saintes affections. - Parmi les sécheresses, attendre en paix la rosée céleste. – " Rien au monde pour nostre cœnr que Dieu, ni pour Dieu que nostre cœur. "

Annecy, [décembre 1615-janvier 1616 .]

Il est vray que les amitiés et affections fondees sur la gloire de Dieu sont invariablement inviolables, ma chere Fille, de sorte que ni le silence, ni les esloignemens, ni la variété des accidens ne sauroyent desfaire ce que Dieu a fait. Vives donq tous-jours en cette parfaite asseurance, que mon ame ne sçauroit pas seulement un seul moment oublier l'amour sacré et vrayement paternel qu'il a pour la vostre. Demeurés bien en paix parmi vos secheresses, et attendes en patience la rosee des consolations celestes. Il est bon que nous ne soyons pas tous-jours attachés aux mammelles de nostre Dieu et que nous soyons un peu sevrés de sa douceur. Taschés de rendre le bon odeur parmi le prochain la ou vous estes, affin qu'on loüe le Parfumier celeste en la boutique duquel vous vives. Ah, quel bonheur est celuy que, changeant de place, vous ne changes point de cœur (TAD 12,4) ! Mon Dieu, ma Fille, puisque nostre cœur ne change point de Dieu, pourquoy changeroit-il d'amour ? Aussi bien n'y a-il rien au monde pour nostre cœur que Dieu, ni pour Dieu que nostre cœur. Tenes vous donques tous-jours bien ferme aux pieds du Crucifix. Bon soir, ma chere Fille, recommandes moy bien tousjours devotement a la misericorde de Celuy pour lequel je suis sans fin vostre.

MCLIV A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (FRAGMENT) Le rang de la Mère Favre dans le cœur du Saint et dans l'Institut.

[Fin 1615 ou 1616 .]

…………………………………………………………… Vous sçaves bien que vous estes la grande fille bienaymee, et que nul ne vous ostera le rang que vous tenes en mon cœur, apres et tout aupres de nostre tres chere Mere ; aussi estes vous nostre seconde mere. ……………………………………… Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mère Favre, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

ANNEE 1616 MCLV A LA MèRE DE CHANTAL Souhaits de nouvel an pour la destinataire et la Congrégation, - Effusions d'amour à Jésus-Christ Notre-Seigneur, - Le chercher uniquement et tout faire pour lui.

Annecy, 1er janvier [1616 .]

Vous seres la premiere, ma tres chere et tres bonne Mere, qui recevres de mes escritz en cette annee nouvelle. La rayson, certes, le veut bien, qu'apres avoir fait hommage au Pere et a la Mere celeste, je le rende aussi a la seule Mere que leurs Majestés m'ont donné pour cette vie.

Bonne et tres sainte annee a ma tres chere Mere de la part de son filz, qui luy souhaitte l'abondance de la grace du Pere eternel, de la paix du Filz circoncis et de la consolation du Saint Esprit (1 Tm 1,2 ; Ac 9,31), dediant avec ce mesme cœur de ma tres chere Mere, le mien comme le sien a la gloire de la divine Bonté, et luy consacrant tous les momens de cette nouvelle annee pour faire une entiere circoncision de ce mesme cœur, et l'appliquer a recevoir purement et parfaittement l'amour sacré que le celeste et divin nom de JESUS nous annonce escrit en sang sur la sainte humanité du Sauveur (Lc 2,21).

Je ne me puis promettre de vous voir avant mercredy, sinon de cette veuë perpetuelle de laquelle mon ame regarde et garde la vostre cherement dans le fond de nostre cœur .

Ah, mon Dieu, ma chere Mere, que je desire d'amour divin a ce cœur, que je luy souhaitte de benedictions ! Baysons mille fois les pieds de ce Sauveur et disons-luy : Mon cœur, 0 mon Dieu, vous proteste, ma face vous desire ; ah ! Seigneur, ma face recherche vostre face (Ps 26,8). C'est a dire, ma chere Mere, tenons nos yeux en Jesus Christ pour le considerer, nostre bouche pour le loüer, et qu'en fin tout nostre visage ne respire que d'aggreer a celuy de nostre cher Jesus ; Jesus pour lequel il nous faut humilier, entreprendre, travailler, souffrir et devenir, comme dit saint Paul (Rm 8,36 ; Ps 43,22), des brebis conduites a la boucherie, quand il plairoit a sa divine Majesté de nous rendre deshonnorables pour son honneur et gloire.

Or sus, bonne et tres sainte annee a ma tres chere Mere, toute parfumee du nom de Jesus, toute detrempee de son sacré sang. Que nul jour de cette annee, ains que nulle annee ni nul jour de plusieurs annees, que je supplie Dieu vouloir donner a ma tres chere Mere, ne se passe qu'il ne soit arrousé de la vertu de ce sang, et ne reçoive la douceur du vent de ce nom qui respand le comble de toute suavité. Amen.

Ainsy puisse ce nom sacré remplir de son aggreable son toute la Congregation de nos Seurs, et les gouttes du sang du petit Sauveur se convertir en un fleuve de sainteté qui res-jouisse (Ps 45,5) et rende fertiles tous les cœurs de cette chere trouppe, et sur tout celuy de ma tres chere Mere, que le mien ayme comme soy mesme. Vive JESUS, vive son sang ! Vive MARIE, vive son flanc, duquel Jesus a pris son sang !

FRANçs, E. de Geneve.

MCLVI AU DUC DE BELLEGARDE Vicissitude des années et permanence des affections formées par Dieu. - Les enfants pensent souvent à leurs pères ; les pères pensent toujours à leurs enfants. - L'alcyon sur les ondes.

Annecy, 6 janvier 1616.

Monsieur,

A ce commencement de nouvelle annee, je vous represente mes vœux et mon obeissance, dissemblables certes aux ans, en ce quilz perissent tous dans leurs vicissitudes et revolutions ; mais l'infinie affection que j'ay a vostre gloire est ferme, permanente et exempte de tout autre changement que de celuy de sa continuelle croissance. Aussi fut elle formee de la main eternelle de Dieu, a mesme que la bienveuillance que vous aves pour moy fut creee en vostre esprit ; et si, elle ne regarde aussi que l'eternité. Passion toute miraculeuse, qui, au dessus des loix de la nature, m'a donné le bien de vous avoir pour filz, et a vous, Monsieur, le courage et l'humilité de m'advouer pour pere.

0 combien de foys, Monsieur mon cher Filz, ce nom et ce cœur de pere que je porte envers vous me presse-il d'amour et de zele pour supplier la divine Bonté qui l'a volu comme cela, de combler vostre ame de sa sainte dilection, establissant son royaume celeste en vous ! Je le sçai bien que les bons enfans pensent souvent en leurs peres ; mays ce n'est pas souvent, c'est tous-jours que les peres ont leurs espritz en leurs enfans.

Perseveres, Monsieur mon tres cher Filz, en cette grandeur de courage qui vous tient relevé au dessus des choses temporelles, entre lesquelles vous passes comme un heureux alcyon (IVD 3,14 ; L3, note 170) surnageant aux ondes qui inondent ce siecle. Tenes vos yeux arrestés a cette sainte eternité a laquelle nous allons par la course de ces annees, qui, passant, nous passent comme de poste en poste, jusques a cette fin-la. En ces momens, pourtant, comme dans un petit noyau, est enclose la semence de toute l'aeternité, et en ces menus travaux de la devotion que nous devons prattiquer est enfermé le prix de l'infinité de la gloire (2 Co 4,17), et ce petit soin de servir Dieu produit le repos d'une joye perdurable. Qu'a jamais le sang du Sauveur soit beni, qui nous a rendu le salut si aysé !

Il ne se peut dire, Monsieur mon Filz, combien j'ay de consolation de sçavoir que monsieur vostre frere, ce digne et brave seigneur qui vous tient lieu de cher enfant, est enfin marié ; car je ne doute point que cela ne luy soit un grand moyen pour bien servir Dieu, a quoy il est asses porté par la generosité de son courage, outre que je m'imagine que vostre contentement, Monsieur, en est grand. Et si Dieu exauce mes souhaitz, ce mariage sera fleurissant en toute sorte de benedictions, et rendra en son tems les fruitz (Ps 1,3) d'une desirable et belle posterité. De faire des amas de paroles sur ce sentiment pour en tesmoigner la grandeur, je n'en ay pas l'art, principalement escrivant avec ce cœur tout de bonne foy, a Vostre Grandeur, qui se contente de la realité de mon affection. Mays, ce pendant, j'excede en longueur.

Vives a jamais en Dieu et pour Dieu, Monsieur, et aymes constamment Vostre tres humble et obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

6 janvier 1616, Annessi.

A Monsieur [Monsieur le Duc de] Bellegarde; Marquis de Seurre et Versoix,

Chevalier des deux Ordres du Roy, grand Escuyer de France

Gouverneur de Bourgoigne, Bresse et Beugey.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Saint-Céré.

MCLVII A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET EVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Efforts du Saint pour amener une réconciliation. - La peste, messagère de la miséricorde divine.

Annecy, [14] janvier 1616.

Monseigneur,

J'ay veu tout ce quil vous plaist de m'escrire touchant M. de Barraux , que je treuve tres bon, comme venant de vostr'esprit qui sçait mieux discerner que nul autre ce qui est convenable. J'ay commencé a luy parler, et puis a M, Garin , du sentiment quilz ont l'un contre l'autre, selon le mot quil vous pleust m'en toucher. Ilz protestent fort de ne penser a point de mal, mais c'est en un .langage qui ne veut pas du tout dire cela. Je m'essayeray de tenir a leur bien et repos, qui despend de l'obeissance quilz doivent rendre a vos intentions, lesquelles, de mon costé, je veux tous-jours respecter et suivre tres affectionnement.. . Nous oyons parler de paix, et sentons tous-jours les effectz de la guerre. Nostre Geneve est tous-jours dangereusement travaillee de contagion (lettre 1118 ; note 250), et, par merveille, jusques a present toute la Savoye en est exempte, graces a ce bon Dieu qui, a l'adventure, par la peste temporelle, les veut guerir de la spirituelle, ou bien les prendre du costé du Ciel, puisque du costé de la terre ; les hommes s'en empeschent les uns les autres. Ce porteur a desiré ma recommandation aupres de vous, et puisquil est des vostres, je ne luy sçaurois rien refuser de ce qui est en mon pouvoir. Je vous supplie de m'aymer tous-jours constamment, puisque de tout mon cœur je suis, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

. . . .. 1616, d'Annessi.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier.

MCLVIII A MADAME DE LA FLECHèRE (INéDITE) En route pour Samoëns ; une semaine d'hiver.

Annecy, 23 janvier 1616 .

Je partis lundi pour aller a Sales, ma tres chere Fille, pensant d'aller de la a Samoen. Mais le mardi les eaux m'en empescherent ; mercredi et jeudi, la neige [était] si grande en ces contrees de dela, qu'on ne pouvoit passer. Et en fin, la cousine est hors de tout danger ; qui m'a fait revenir icy, ou je vous donne mille et mille benedictions, ma tres chere Fille, comm'estant tres parfaitement tout vostre, et salue humblement monsieur le cher mari. Vive Jesus ! Amen.

XXIII janvier.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLIX A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Ce que Dieu fera pour la Visitation, et ce qu'il fera pour la Mère Favre. Souffrir en Dieu rend la souffrance heureuse. - Manifestations extérieures du zèle.

Annecy, [janvier] 1616 .

Ma tres chere Fille,

Je ne vous puis dire autre chose sur ce que vous m'escrives, sinon que Dieu fera plus que les hommes ne peuvent penser pour cette Congregation, et spirituellement et temporellement; et n'en avons nous pas d'asses bons gages jusqu'a present ?

Ma tres chere Fille, vostre cœur tient un rang dans le mien qui me fait faire sans cesse mille souhaitz pour vostre consolation et prosperité interieure. Hé, mon Dieu, puisque vous aves tiré ce cœur de ma grande fille a vous, perfectionnes le en vostre saint amour. Il le fera, ma Fille vrayement chere et bienaymee, n'en doutes point ; mais resveillés souvent les saintes affections et resolutions que nous avons prises. Ne vous troublés aucunement de vos infirmités, qui ne vous sont donnees que pour vous affermir. Je compatis grandement a vostre peyne, quoy que je ne doute pas qu'elle ne soit aggreable a vostre esprit, qui l'accepte comme venant de ce Pere celeste, lequel donne les tribulations avec un amour nompareil aux enfans de sa providence. Souffrés toute vostre fievre en Dieu, et la souffrance vous sera heureuse, ma tres chere grande Fille.

Je desire que le zele de la tres grande gloire de Dieu arde et regne continuellement en vostre cœur, et qu'en toute occasion il paroisse par modestie, douceur, humilité et devotion. Croyes moy, ma tres chere Fille, je vous cheris tres pretieusement, et ne manque deux fois le jour de faire orayson speciale a vostre intention. 0 que cet amour est doux,. qui nous fait aspirer les uns pour les autres au Ciel !

Dieu vous benisse a jamais, ma chere Fille.

FRANçs E. de Geneve.

MCLX A MADAME DE LA FLéCHèRE Un voyage arrêté par les neiges. - Mme de Charmoisy hors de danger. Pourquoi le Saint ne trouvait pas facilement un prédicateur pour Rumilly.

Annecy, 26 janvier 1616.

Il faut respondre courtement, ma tres chere Fille, puisque ce porteur m'a pris entre plusieurs affaires que je ne puis laisser. Je m'estois mis en chemin pour aller voir la chere cousine (note 353), mais il ne me fut possible de passer les Bornes en ce tems, a cause de la nouvelle neige qui y estoit tombee. Or, maintenant elle est du tout hors de danger, a ce que m'escrivit avant hier M. de Vallon , Dieu en soit loüé, a la gloire duquel je m'asseure qu'elle destinera encor plus ardemment le reste de sa vie. Je me res-jouis aussi beaucoup de ce que vous me dites de la chere niece , car tout en est bon, et croy bien que Mme du Chastelard aura plus de peyne de s'eschapper . Nous nous verrons quand il plaira a N ostre Seigneur vous en donner la commodité, et a moy cette particuliere consolation. Je suis en peyne de treuver un predicateur a propos pour Rumilli, puisque nos Peres Capucins n'en ont point, et qu'on y est un peu delicat . Je ne sçai si nous pourrions avoir quelque Jesuite de Chamberi ; j'en escriray demain un mot au P. Recteur . Si moins, nous en prendrons icy quelqu'un, car nous en avons d'asses bons, pourveu qu'on ne fust pas si douillet comme l'on est en ce tems, auquel tant de gens sçavent bien dire et fort peu bien faire. Vives tout a Dieu, ma tres chere Fille, et cherisses tous-jours fortement mon ame qui vous est toute dediee, comme je suis sans fin,

Vostre plus humble, tout affectionné serviteur et compere,

FRANçs, E, de Geneve.

26 janvier 1616.

MCLXI A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER Une amitié toujours heureuse de s'exprimer. - Malades qui refusent les ordonnances du médecin.

Annecy, 1er février 1616.

Monseigneur,

Je ne puis m'empescher de vous resaluer tous-jours quand les commodités s'en presentent, desireux de vivre continuellement en vos souvenirs et en la sainte bienveüillance dont vous m'honnores. C'est le seul sujet de ces quatre lignes ; car, quant au reste, ce porteur fidele vous dira toutes nos nouvelles, qui sont petites comme en tems de paix. J'ay bien voulu essayer d'accommoder sa volonté avec celle du sieur de Barraux , mais ilz ont reciproquement refusé les ordonnances du medecin, disant qu'ilz n'estoyent pas malades ; c'est a dire, ilz ont bien advoüé qu'ilz avoyent sujet de se vouloir l'un l'autre, mais qu'ilz n'avoyent nulle intention de se rechercher pour en tirer satisfaction, pour le respect qu'ilz devoyent a la vostre, laquelle je les exhorteray tous-jours de reverer comme le sanctuaire de leur bonheur. Et moy, je le feray a jamais de tout mon cœur, comme estant sans fin, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur et frere, FRANçs, E. de Geneve.

1er febvrier 1616, Annessi.

MCLXII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Une réponse à ce que Mgr de Marquemont allègue contre la Visitation.- Pourquoi le Fondateur eût préféré le titre de simple Congrégation ; raisons de sa condescendance à faire de l'Institut naissant un Ordre religieux. – "l Suavité nompareille " en son acquiescement. - Ses réserves. - Une fondation est désirée à Chambéry.

Annecy, 2 février 1616 .

Que dires vous, ma tres chere Fille, voyant si peu de lignes de ma part, apres en avoir si souvent receu de la vostre beaucoup plus ? Or, dites, et ce sera la vérité, dites quil faut bien que le pauvre Pere ne puisse pas mieux faire ; car il ayme si fort sa toute chere fille, que sil pouvoit, il ne se contenteroit pas de l'entretenir si peu. ( Je pensois estre plus pressé, mais on m'a laissé un quart d'heure pour esgratigner cette lettre precipitamment).

Je fay response a Monseigneur l'Archevesque, sur un grand papier quil m'a envoyé, contenant tout ce quil luy plaît d'alleguer contre l'institut de la Congregation . Et sur deux partis quil me propose, hors desquelz il ne veut nullement establir nostre pauvre Congregation en son diocaese, je luy laisse le choix sans reserve quelcomque , hormis celle de la principale fin de nostre Congregation: que les vefves, au moins en leur habit vidual, y puissent estre par maniere de retraitte jusques a ce que, desfaites de tous empeschemens, elles puissent faire la proffession et prendre l'habit ; et que les femmes du monde y puissent avoir entree, pour s'exercer et resoudre a la devotion, selon les occurrences. Or, les deux partis quil propose sont : ou de laisser nostre Congregation en tiltre de simple Congregation, avec la clausure, ou de la reduire en Religion formelle, sous la Regle de saint Augustin . Et quant au premier parti, il ne le propose qu'a contre cœur; si que, voyant que malaysement favorisoit (sic) il jamais la Congregation si on ne vient au second, je le luy laisse en liberté, estant chose indifferente que le bien de la Congregation se face ou en une sorte ou en l'autre. Or, mon sentiment estoit quil se feroit mieux en tiltre de simple Congregation, ou la seule charité et crainte de l'Espoux serviroit de c1ausure, avec la retraitte que la bienseance de telles assemblees requiert, ainsy que nous l'avions mise es Regles. Mays, puisque du bon accueil que Monseigneur l'Archevesque fera a cette Congregation en sa ville depend celuy qu'elle peut praetendre en toute la France, j'acquiesce que l'on en face une Religion formelle, a la reserve de ces deux pointz sus marqués, puisque, comm'il dit, on ne changera rien aux Regles, quil loue et proteste estre " excellentes ", car c'est. son mot, que le fruit de cette Congregation est admirable, mais que la racine n'en vaut rien; combien que Nostre Seigneur die (Mt 7,18) qu'un mauvais arbre ne sçauroit produire bon fruit.

Je voy aussi que, par ce moyen, on contentera une quantité de censeurs, et les peres et parens des filles qui ne les veulent pas donner a Dieu que pour gaigner les portions qu'elles emporteroyent silz les donnoyent a quelque chetif mari.

L'importance est, ma tres chere Fille (et je vous le dis de tout mon cœur qui vous parle en simplicité et totale confiance, car en somme vous estes certes ma fille de mon cœur plus que vous ne sçauries penser, ni moy dire), l'importance est que j'ay fait cet acquiescement avec une douceur et tranquillité, ains avec une. suavité nompareille. Et non seulement ma volonté, mais mon jugement a esté bien ayse de se sousmettre et rendre l'homage quil doit a celuy de ce digne Praelat ; car, ma Fille, que praetens-je en tout ceci, sinon que Dieu soit glorifié et que son saint amour soit respandu plus abondamment dans le cœur de ces ames qui sont si heureuses que de se dedier toutes a Dieu ? Les Congregations et les Religions ne sont point differentes devant la divine Majesté, car, selon icelle, les vœux des unes sont aussi fortz que ceux des autres ; et le tiltre de Congregation n'estant pas si specieux ni honnoré, m'en playsoit davantage. Mays, de bon cœur (voyes vous, ma Fille, je dis tres suavement), j'acquiesce que ce soit une Religion, pourveu que, par la douceur des Constitutions, les filles infirmes y soyent receues, les femmes vefves y aient retraitte, et les femmes du monde quelque refuge pour leur avancement au service de Dieu. La Regle de saint Augustin est beaucoup plus douce que les nostres, soit pour la clausure, soit pour tout le reste ; de sorte que, gardans nos Regles, nous ferons plus que saint Augustin n'ordonne, et le tiltre de la Regle saint Augustin honnorera nos Regles sans y rien adjouster.

Je voudrois bien vous dire beaucoup de choses sur ce sujet, affin que, quand Monseigneur l'Archevesque vous parlera, vous sceussies un peu mieux l'entendre ; mays pour tout, il suffira que vous l'asseuries quil ne treuvera point en moy un esprit contrariant ni qui veuille surnager. Ne serais-je pas un chetif homme, si je voulois m'estimer et relever mon esprit en comparayson des autres ?

Item, il faudra dextrement et doucement luy faire savourer le prix des entrees des seculieres qui viennent pour rabiller un peu leurs espritz . En Italie on n'en a pas tant besoin, ains nullement, car il y a tant de compaignies de femmes vefves, mariees, filles, ou les exercices se font ; les maysons et quartiers de femmes, si retirés du reste de leur mesnage ; plusieurs Congregations libres ou elles se retirent, et mille autres telles commodités. Joint qu'en Italie, sur tout a Romme, l'esprit des femmes y est tellement soupçonné, que non seulement on ne permet pas aux hommes de parler aux Religieuses a la treille sans expresse et tres rigoureuse licence, mais mesme on ne le permet pas aux femmes sans cette mesme licence ; on:ne permet pas aux prestres, quelz qu'ilz soyent, fussent ilz Jesuites, Capucins et tout ce qu'on voudra, d'y aller dire Messe, s'il n'a licence par escrit. Or, de deça, les Carmelines mesme ne font pas ces misteres, par ce que les meurs et humeurs ne requierent pas tant de barricades ni de desfiances. C'est pourquoy, sil plait a Monseigneur de Lyon, on pourra aysement moderer cette rigueur pour l'entree des dames et autres bonnes femmes qui, pour une si sainte fin, voudront entrer.

On parle fort de faire une Congregation a Chamberi , on en demande en plusieurs endroitz ; c'est pourquoy je supplie Monseigneur l'Archevesque de terminer cet affaire, en sorte qu'on puisse imprimer les Regles bientost .

Ma tres chere Fille, pries Dieu quil remplisse mon cœur de son amour ; j'en fay de mesme pour le vostre, qui me semble, certes, estre vrayement mien, comme le mien est tout vostre.

Je respondray a la difficulté des desirs a la premiere commodité . Je salue nos cheres Seurs, sur tout les deux nostres . Il ny a pas grand hazard que le livre de l'Amour de Dieu soit retardé ; je le fay cependant revoir .

Je salue M. l'Aumosnier, que j'espere voir parmi ce Caresme .

Tout maintenant je viens de recevoir une lettre de ma Seur Françoise Hieronime ; je respondray a la premiere commodité, car il faut donner les lettres.

A ma tres chere Fille en N. S.

Ma Seur Marie Jaqe Favre,

Superieure de la Congregation de la Visitation. A Lion.

Le 2 febvrier.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon-Fourvière.

MCLXIII A MADAME DE LA FLéCHERE Promesse d'une visite au retour de Mionnas. - François de Sales va dire la sainte Messe à la Visitation pour M. de la Fléchère malade.

Annecy, 9 février 1616.

Hier, une heure de nuit, vostre lettre me fut rendue. Ce matin j'ay envoyé pour sçavoir si M. Faber estoit parti ; on m'a fait dire qu'oüy, cependant le voyla encor. Or il ne se faut point estonner, ma chere Fille, car, Dieu aydant, ce ne sera rien. Nous prierons a cett'intention ; et je m'en vay aujourd'huy a Mionnaz , d'ou je repasseray vers vous tout en passant, au retour, affin de visiter vostre malade, et rendray par mesme moyen le compliment avec M. le Comte qui est gueri . Je vay dire la sainte Messe a la Visitation, ou je feray la recommandation du malade, que je prie Dieu vouloir benir de sa sainte main, avec vostre cœur et toute vostre mayson. Je suis tout parfaitement vostre.

9 febvrier 1616.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin. Archives de l'Etat.

MCLXIV A M. PHILIPPE DE QUOEX (FRAGMENT) Veuvage de Mme de la Fléchère. - Eloge de cette " parfaite brebis" d'un bercail affligé. .

Annecy, vers le 12 février 1616.

J'appris au soir la nouvelle du deces de nostre bon monsieur de la Flechere , 0 Dieu, avec quelle ardeur sa chere vefve va-elle sacrifier le sacrifice de toute justice (Ps 4,6) a Dieu ! Quand je n'aurois que cette parfaite brebis en mon bercail, je ne me sçaurois fascher d'estre Pasteur de cet affligé diocese. Apres nostre madame de Chantal, je ne sçai si j'ay fait rencontre d'une ame plus forte en un cors feminin, d'un esprit plus raysonnable et d'une humilité plus sincere. Je ne doute nullement, Monsieur mon cher Confrere, que passant si proche d'elle, vous ne l'allies visiter. Portes luy l'asseurance que mes prieres 1uy sont acquises pour le repos de son cher defunct et pour sa consolation particuliere, que je m'asseure estre toute en ces deux motz : Le nom de Dieu soit beni (Jb 1,21), sa volonté soit faite (Mt 6,10 ; 26,42)………..

Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Sœur Madeleine de la Forest de la Fléchère, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy. MCLXV A MADAME DE LA FLéCHèRE Affaires de tutelle. - Prudence et sainte indépendance en face du monde. Les prétentions et les plaintes de M. Guidebois. - Un prédicateur de Carême. - Prochains arrangements à la cure de Rumilly.

Annecy, 17 février 1616.

Ma tres chere Fille,

Hier au soir seulement je receus vostre lettre et je respons ce matin, jour des Cendres. Il m'est advis que ces formalités de tuteur a vos enfans sont superflues, puisque tout est vostre et qu'aussi bien vostre Espoux nouveau ne vous demandera point de dote. Neanmoins, vous sçaves quel homme je suis pour les affaires du monde ; certes, je n'y entens rien du tout. C'est pourquoy je vous conseille de croire le neveu , qui, estant de la profession et ayant l'affection quil a pour vous, ne peut en cela que vous bien conduire. Mays il faudra pourtant bien faire sçavoir au monde vostre bonne intention envers vos enfans ; autrement il criera a la Philothee , comme au loup garou (IVD 4, 1), et sera bien ayse de prendre ce sujet: a quoy vostre protestation obviera suffisamment. Que sil ne s'en contente, il le faudra laisser crier et braire tant quil voudra, puisque le nouvel Espoux ne tient aussi point de conte de son tesmoignage (Jn 2, 25).

En verité, il faut ayder M. Guydeboys affin quil ayt sa pension tant que nous pourrons, car le pauvre homme seroit miserable sans cela et auroit grand sujet de se plaindre ; et vous pouves penser de quel air il le feroit, puisque il le fait des a present avec un'extreme doleance. Vous m'envoyeres donq les papiers et je vous renvoyeray ce que vous me marqueres, et l'assisteray en ce que je pourray, affin quil ne soit pas frustré de sa juste pretention. Et M. le Comte n'en sçaura rien, ou sil le sçait, il n'aura point d'occasion de vous en sçavoir mauvais gré.

Les sentimens de l'absence du defunct ne peuvent pas si tost passer ; il suffit que, en la pointe de l'esprit, nous soyons bien resignés au bon playsir de Dieu, et que nous taschions de nous unir de plus en plus parfaitement au second Espoux. Demeures bien toute en luy et vives bien toute pour luy, ma tres chere Fille, et je suis tout parfaitement

Tout vostre.

Nous avons un brave prœdicateur , je m'en res-jouis grandement. Vous l'ouires un peu sur la fin , et madame la Comtesse , a laquelle j'ay bien envie de donner de la moderation en ses affections, selon le besoin que j'en voy par la demesuree ardeur qu'ell'a en la sollicitation de faire M. Nacot , vicaire. Or bien, nous sommes apres a donner un fort bon coadjuteur au curé , et alhors tous ces inconveniens cesseront. Dieu soit a jamais au milieu de nos cœurs. Je salue la chere compaigne et la tres chere niece , quand vous luy escrires.

Jour des Cendres.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXVI A MADAME DE MIEUDRY Etre ce que Dieu veut : faibles de corps, mais siens de cœur. - Nouvelles difficultés dans le service paroissial de Rumilly. - L'Evêque se justifie humblement, sans blâmer ses détracteurs, - Les " caprices des hommes. " - Soyons " vaysseaux bien profons " pour recevoir les grâces de Dieu.

Annecy, 19 février 1616.

Et moy certes, ma tres chere Fille, j'oubliay a vous dire que, sans nulle difficulté, vous mangeassies, avec M. vostre pere et vos enfans , de la chair ; vostre complexion est asses lasse sans autre abstinence. Il faut estre ce que Dieu veut que nous soyons : foibles, vilz, abjectz, mais siens de cœur, d'intention et de resolution. Pour M. vostre mari et le reste, vous en feres ce que vous estimerés a propos ; je croy bien que ce ne sera pas trop de luy donner des conseilz, attendu quil craint Dieu, et quil faut avoir soin de bien nourrir ceux qui nourrissent bien cette sainte crainte, encor que ce soit avec imperfection.

Le vicariat de Rumilly depend du curé ; ce que j'ay fait pour condescendre a l'extreme instance qui m'a esté faite, c'est de luy permettre quil employast M. Nacot, si bon luy sembloit, sans pour cela empescher que l'on employast M. Charvet a cet exercice, pour ceux qui n'auroyent pas agreé l'autre. Il se peut bien faire que j'aye mal fait en cela, et ce ne seroit pas un grand miracle ; mais je ne le pense pas pourtant, a cause de la consideration pour laquelle je l'ay fait et la liberté que chacun a de se praevaloir des autres prestres ; outre que cela ne durera comme rien, Dieu aydant. Ne vous mettes nullement en peine de respondre a ceux qui m'en blasmeront ; car encor que je ne le pense pas, peut estre ont ilz rayson. Et pour vous, il vous suffit que je vous assisteray bien et ne vous tromperay point, ains vous conduiray le droit chemin de la pieté, avec un' affection et un zele tres invariable.

Je considere les caprices des hommes sur le sujet du bon M. de Valence : nous l'escoutons icy de tres bon cœur, et moy, qui ay plus estudié en theologie que tous ceux de Rumilly ensemble, je treuve qu'en verité il presche bien et utilement ; on seroit bien ayse en des plus grandes villes de l'avoir (note 361). Il faut avoir patience, et prier Dieu quil nous face tous humbles, affin que, comme vaysseaux bien profons, nous soyons capables de recevoir ses graces en abondance. Je suis en vraye verité tout vostre, ma tres cbere Fille, et Dieu soit la vie de vostre ame.

Le XIX febvrier 1616.

A Madame

Madame de Mioudry.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXVII A M. JACQUES DE CERISIER (BILLET INéDIT) Dispenses pour le Carême en faveur d'un malade.

Annecy, 19 février 1616.

Monsieur mon Cousin,

Prenes, au nom de Dieu, tout ce qui sera requis pour vostre nourriture (note 404). La grandeur de vostre maladie ne permet aucune reserve de viandes pour vous, a qui je ne cesseray jamais de souhaiter toute sainte prosperité, et a madame ma cousine , ni d'estre de tout mon cœur, Monsieur mon Cousin, Vostre plus humble, tres affectionné cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

3e Jour du Caresme 1616.

A Monsieur

[Monsieur] de Cirisier.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse d'Asnières de Sales, à Metz (Annecy).

MCLXVIII A LA MERE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (FRAGMENTS) Humbles réponses qu'il faudra faire à l'Archevêque de Lyon. – " L'esprit parfait et apostolique, " propre esprit de la Visitation. - Quel amour peu t vivre sans anxiété.

Annecy, [février] 1616 .

Ma tres chere Fille,

Si Monseigneur l'Archevesque vous dit ce qu'il m'a escrit, vous luy respondres que vous aves esté laissee la pour servir a l'establissement de vostre Congregation de tout vostre petit pouvoir ; que vous tascheres de bien conduire les Seurs selon les Regles de la Congregation ; que s'il plaist a Dieu, apres cela, que cette Congregation change de nom, d'estat et de condition, vous vous en rapportes a son bon playsir, auquel toute la Congregation est entierement voüee ; et, qu'en quelle façon que Dieu soit servi en l'assemblee ou vous le serves maintenant, vous seres satisfaite. En effect, ma tres chere Fille, il faut avoir cet esprit la en nostre Congregation, car c'est l'esprit parfait et apostolique. Que si elle pouvoit estre utile a establir plusieurs autres Congregations de bonnes servantes de Dieu sans jamais s'establir elle mesme, elle n'en seroit que tant plus aggreable a Dieu, car elle seroit moins sujette a l'amour propre. ………………………………………………………………………….. Croyes moy, ma chere Fille, j'ayme parfaitement nostre pauvre petite Congregation, mays sans anxieté, sans laquelle l'amour n'a pas accoustumé de vivre, pour l'ordinaire; mays le mien, qui n'est pas ordinaire, vit, je vous asseure, tout a fait sans cela, et avec une tres particuliere confiance que j'ay en la grace de Nostre Seigneur, que sa main souveraine fera plus pour ce petit et humble Institut que les hommes ne peuvent penser. Et je suis, plus que vous ne sçauries croire, vostre.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastère de la Visitation d'Annecy.

MCLXIX A MADAME DE LA FLéCHèRE (INEDITE) Ou croissent les lis agréables à l'Epoux céleste. - L'ouvrage le plus doux, l'ouvrage le meilleur. - Députer Charles de la Fléchère vers le gouverneur de Savoie.

Annecy, 24 février 1616.

Je vous voy, ma tres chere Fille, selon ce que vous m'escrives, toute jettee sur les espines. 0 prenes courage, je vous en conjure ; c'est la ou les lis aggreables a vostre Espoux croissent (Ct 2,2) et se nourrissent mieux, et le mouton que Dieu volut luy estre immolé au lieu d'Isaac estoit arresté entre les espines (Gn 22,13). Travailles fidelement, ma tres chere Fille, avec la pointe superieure de vostre volonté, parmi ces tenebres et secheresses ; une once de l'ouvrage fait en cette sorte vaut mieux que cent livres de celuy qu'on fait entre les consolations et sentimens, et bien que celuy ci soit plus doux, l'autre neanmoins est meilleur. Je communiqueray de vostre affaire avec une bonne cervelle et tres bonne conscience, et vous escriray son advis , combien que tous-jours il faille croire monsieur vostre neveu . J'appreuve bien que vous envoyes vostre filz faire la reverence a Son Excellence , puisque elle ne vous fait nulle response, ni a moy, a qui neanmoins ell'a respondu sur un'autre point dont je luy escrivois ; et selon que vous la verres inclinee, vous pourres par apres recourir a Son Altesse, tandis que la memoire est fraische du defunct . Je suis sans fin, tout parfaitement vostre, ma tres chere Fille, dans le cœur delaquelle vive a jamais et regne Jesus. Amen.

XXIIII febvrier 1616.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Riom.

MCLXX AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON ( INéDITE) Un prétendant au sacerdoce qui a besoin d'étudier davantage.

Annecy, 27 février 1616.

Monsieur,

Ce porteur a esté le bien venu pour le contentement que j'ay eu de sçavoir de vos nouvelles et le desir que j'aurois de servir son Ordre ; mais il a si peu de lettres, que je ferois grande conscience de luy donner l'Ordre de prestrise sil n'estudie beaucoup davantage . C'est pourquoy je luy ay fait sçavoir quil ne revint pas qu'avec cette provision-la. Au reste, il vous rendra tesmoignage de la santé de madame ma cousine et de tout ce que vous aves de plus cher de deça. Ainsy puissies vous jouir heureusement d'une bonne et longue prosperité, selon le souhait, Monsieur, de

Vostre plus humble, tres affectionné

parent et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XXVII febvrier 1616.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Bourg-en-Bresse. MCLXXI AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Reconnaissance de la province envers Son Altesse pour l'établissement des Barnabites à Annecy. - Celui qui a planté un arbre le doit arroser. Deux prieurés en ruine spirituelle et matérielle. - Le collège d'Annecy antagoniste de celui de Genève.

Annecy, 29 février 1616.

Monseigneur,

Il y a deux ans que par commandement de Vostre Altesse les Peres Barnabites ont esté receus en cette ville pour la direction du college , et ne se peut dire combien de fruit spirituel ilz y ont fait et en toute cette province; qui a donné un grand sujet aux gens de bien de souhaiter plus ardemment toute sorte de prosperité a Vostre Altesse, de laquelle l'authorité nous avoit prouveus de ce bonheur.

Mais, Monseigneur, puisque la providence de Vostre Altesse a planté ce bon arbre fruitier en cette province, c'est a elle mesme de l'arrouser, affin que, par la grace de Dieu, il puisse croistre. Ce college est extremement pauvre pour la grandeur des charges qui y sont; et si on ne le secourt par addition de quelques revenus, ces bons Peres y vivront avec tant d'incommodités, que non seulement ilz ny pourront pas faire les progres que leur pieté et les necessités de ce païs requierent.

Or, les moyens de leur accommodement seront fort aysés, pour peu quil playse a Vostre Altesse d'affectionner cette sainte œuvre ; car nous avons icy deux prieurés ruraux, dont le plus grand n'excede pas la valeur de cent ducatz annuelz, par l'union desquelz ce college seroit fort soulagé. Et, ce qui est plus considerable, comme ces prieurés seroyent utiles a l'entretenement de ces Peres, ces Peres seroyent reciproquement extremement utiles a l'entretenement des prieurés, qui, comme la pluspart des benefices reguliers de ce païs, s'en vont en ruines quant aux choses temporelles devant les hommes, et quant aux services spirituelz devant Dieu, qui sans doute en est grandement offencé : Et il n'y a personne qui le prenne à cœur (Jr 12,11).

L'un de ces prieurés s'appelle Silingie et l'autre Saint Clair , tous deux a une lieuë d'icy, fort propres a l'intention que je represente a Vostre Altesse, laquelle je supplie tres humblement, et sous l'adveu de sa bonté je la conjure, par l'amour qu'elle porte au service de Dieu et de l'Eglise et par la paternelle affection qu'elle a envers ce païs, de vouloir estroittement embrasser et presser le bien de ce pauvre college, qui est au cœur de la Savoye et vis a vis, comme antagoniste, de celuy de Geneve , et qui est la premiere retraitte que cette venerable Congregation des Peres Barnabites a eue deça les monts, sous les favorables auspices de Vostre Altesse, laquelle en aura beaucoup de gloire en ce monde entre les serviteurs de Dieu, et en l'autre encor davantage entre les Anges et les Saintz de Paradis.

Ce pendant, sur cet heureux presage, je fay tres humblement la reverence a Vostre Altesse, comme estant, Monseigneur, Son tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 29 febvrier 1616.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCLXXII AU CARDINAL FRéDéRIC BORROMéE ARCHEVêQUE DE MILAN (EN LATIN) Remerciements pour un envoi de reliques de saint Charles. - Le culte du glorieux Cardinal s'accroît en France et en Savoie.

Annecy, 29 février 1616.

Mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Combien suave a été pour moi la charité sainte de Votre Seigneurie Illustrissime, puisqu'elle a daigné garder le souvenir d'un sujet aussi indigne que je le suis, et m'en donner un si précieux témoignage par le présent sacré des vénérables reliques du grand saint Charles, reçues par l'entremise de Monseigneur de Belley, Prélat de grande vertu . A la vérité, je ne sais comment en remercier dignement Votre Seigneurie 11lustrissime, si ce n'est en lui offrant mes tres humbles hommages et en me renfermant dans le silence à cet égard. Je vous donnerai néanmoins une agréable nouvelle, Monseigneur: dans ces pays et par toute la France, la gloire et le culte de ce bienheureux Saint s'accroissent et s'étendent merveilleusement, et sa parfaite sainteté est toujours plus admirée et estimée.

Ici, en particulier, le jour de sa fête, Monseigneur l'Archevêque de Lyon qui m'avait favorisé de sa visite, prononça le sermon dans l'église de nos Pères Barnabites avec une telle éloquence apostolique, que tous nous en demeurâmes ravis de douceur et suavité (note 261); l'on ne saurait dire avec quelle satisfaction furent écoutées les louanges de ce Saint. Des grâces pour beaucoup de malades ont été obtenues au moyen de ses reliques ; ce qui fait croire que Dieu veut que la vénération pour son Serviteur croisse et fleurisse de nos côtés.

Si j'avais plus de connaissance et d'usage de la langue italienne et si je ne craignais de me rendre importun à Votre Illustrissime Seigneurie, je m'étendrais sur d'autres particularités ; mais il est bien raisonnable que je demeure dans les termes du respect dû à sa très haute dignité. Aussi, baisant très humblement vos mains sacrées et vous souhaitant toute vraie prospérité, je termine par la protestation de vouloir demeurer à jamais, De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le très humble et très dévoué serviteur, FRANçs, Evêque de Genève.

29 février 1616, à Annecy.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, à la Bibliothèque Ambrosienne.

MCLXXIII A LA SOEUR DE CHEVRON-VILLETTE NOVICE DE LA VISITATION DE LYON Des racines qu'on ne peut arracher, mais qui ne doivent pas produire de fruits. - Combattre sur terre, se reposer au Ciel. - N'être ni " pleureuse ni plaignante ". - Remède à la colère.

Annecy, [fin février ou mars] 1616.

Je me represente vostre lettre, ma tres chere Fille, en laquelle avec tant de sincerité vous me descrives vos imperfections et vos peines, et voudrois bien pouvoir correspondre au desir que vous aves d'apprendre quelque remede de moy. Mays, ni le loysir ne le permet, ni, comme je pense, vostre necessité ne le requiert pas; car certes, ma tres chere Fille, la pluspart de ce que vous me marques n'a point d'autre remede ordinaire que la suite du tems et des exercices de la Regle en laquelle vous vives. Il y a mesme des maladies corporelles desquelles la cure depend du bon ordre de la vie.

L'amour propre, l'estime de nous mesmes, la fause liberté de l'esprit, ce sont des racines qu'on ne peut bonnement arracher du cœur humain, mais seulement on peut empescher la production de leurs fruitz, qui sont les pechés; car leurs eslans, leurs premieres saillies, leurs rejetons, c'est a dire leurs premieres secousses ou premiers mouvemens, on ne peut les empescher tout a fait tandis qu'on est en cette vie mortelle, bien qu'on puisse les moderer, et diminuer leur quantité et leur ardeur par la prattique des vertus contraires, et surtout de l'amour de Dieu. Il faut donq avoir patience, et petit a petit amender et retrancher nos mauvaises habitudes, dompter nos aversions et surmonter nos inclinations et humeurs selon les occurrences ; car en somme, ma tres chere Fille, cette vie est une guerre continuelle (Jb 7,1), et n'y a celuy qui puisse dire : Je ne suis point attaqué. Le repos est reservé pour le Ciel, ou la palme de victoire nous attend. En terre, il faut tous-jours combattre entre la crainte et l'esperance, a la charge que l'esperance soit tous-jours plus forte, en consideration de la toute puissance de Celuy qui nous secourt.

Ne vous lasses donq point de travailler continuellement pour vostre amendement et perfection. Voyés que la charité a troys parties : l'amour de Dieu, l'affection a soy mesme et la dilection du prochain. Vostre Regle vous achemine a bien prattiquer tout cela.

Jettés maintes fois la journee tout vostre cœur, vostre esprit et vostre soucy en Dieu (Ps 54, 23) avec une grande confiance, et luy dites avec David (Ps 118, 94) :

Je suis vostre, Seigneur, sauves moy.

Ne vous amuses point beaucoup a penser quelle sorte d'orayson Dieu vous donne, ains suives simplement et humblement sa grace. En l'affection que vous deves avoir pour vous mesme, tenés vos yeux bien ouvertz sur vos inclinations desreglees pour les desraciner. Ne vous estonnes jamais de vous voir miserable et comblee de mauvaises humeurs. Helas ! traittés vostre cœur avec un grand desir de le perfectionner ; ayés un soin infatigable pour doucement et charitablement le redresser quand il bronchera. Sur tout, travaillés tant que vous pourrés pour fortifier la superieure partie de vostre esprit, ne vous amusant point aux sentimens et consolations, mays aux resolutions, propos et eslans que la foy, la Regle, la Superieure et la rayson vous inspireront.

Ne soyes point tendre sur vous mesme : les meres tendres gastent les enfans. Ne soyes point pleureuse ni plaignante ; ne vous estonnes point de ces importunités et violences que vous sentés, que vous aves tant de peine a declairer. Non, ma Fille, ne vous en estonnes point; Dieu les permet pour vous rendre humble de la vraye humilité, abjecte et vile en vos yeux. Cela ne doit point estre combattu que par des eslans en Dieu, des diversions d'esprit de la creature au Createur, et avec de continuelles affections a la tres sainte humilité et simplicité de cœur.

Soyes bonne au prochain, et nonobstant les soulevemens et saillies de la colere, prononcés es occurrences fort souvent ces divines paroles du Sauveur : Je les ayme, Seigneur, Pere eternel, ces prochains, parce que vous les aymes, et vous me les aves donnés pour freres et seurs (Jn 17,6 ; Mt 12, 50), et vous voules que, comme vous les aymes, je les ayme aussi. Sur tout, aymés ces cheres Seurs avec lesquelles la propre main de la Providence divine vous a associee et liee d'un lien celeste ; supportes les, caresses les et les mettes dans vostre propre cœur.

Ma tres chere Fille, sçachés que j 'ay une tres particuliere affection a vostre avancement, Dieu m'y ayant obligé.

FRANçs. E. de Geneve.

MCLXXIV A UNE PERSONNE INCONNUE (FRAGMENT) Moissons et moissonneuses.

Annecy, [fin février ou mars) 1616 .

……………………………………………………………………….. Vrayement la moisson est bien grande ; il se faut confier que Dieu donnera des ouvrieres (Mt 9,37 ; Lc 10,2). Voyla Tolose qui veut de nos Filles de Sainte Marie , Moulins , Riom , Montbrison , Reims ; et c'est grand cas, par tout l'on veut la Mere. ………………………………………………………………………..

Revu sur le texte inséré dans le Ms. original des Mémoires, etc., par la Mère de Chaugy, conservé à la Visitation d'Annecy.

MCLXXV A MADAME DE LA FLéCHERE La succession de M. de la Fléchère. - Au milieu des ennuis, s'attacher, esclave d'amour, au pied de la Croix.

Annecy, 1er mars 1616.

Ainsy que je pensois vous renvoyer vos papiers par mon laquay , ma tres chere Fille, ces deux cousins arriverent, qui en seront les porteurs. J'ay consulté vostre affaire, et ay treuvé que le conseil de monsieur vostre neveu est extremement bon et quil le faut suivre, sinon que vous fussies fort asseuree quil n'y eut es biens de feu monsieur vostre mari que ce quil faut pour vos droitz, auquel cas il seroit plus court de les retenir pour iceux droitz et ne point faire heriter les enfans. Mays puisque vous penses d'aller a Chamberi, vous resoudres tout cela bravement. Vous y treuveres madame de Chasteaufort et Mme du Chatelard ; je vous prie de les bien saluer. Elles sont toutes deux fort affectionnees a nostre Visitation, et en seront, l'une par effect, comme je pense, estant libre , et l'autre d'affection, estant retenue par ses enfans .

Le bon M. de Guydeboys s'est fort lamenté d'estre demeuré despouillé, a ces deux cousins. Ne faites pas semblant que je vous en aye adverti, mays je seray bien ayse que vous justifiies vostre bonne intention pour luy, attendu quil est si proche de vostre feu mari. Au reste, ma pauvre tres chere Fille, entre les ennuys que vostre imagination vous fournit, jettes souvent vostre cœur entre les bras du cher Espoux nouveau ; attachés vous comme un'esclave d'amour au pied de sa sainte Croix, et souvienne vous que bienheureux sont ceux qui n'ont rien, pourveu qu'ilz ayent ce grand Tout hors lequel tout n'est rien pour nous. Si vous voules aller a Chamberi et y conduire le petit pour faire la reverence a M. le Marquis , peut [être] l'un de ces deux cousins fera bien l'office, ou avec vous ou sans vous, selon que vous aviseres. Ma tres chere Fille, je suis infiniment tout vostre. Nous parlons souvent, nostre Mere (SJC) et moy, de vous ; ell'a un amour nompareil. Ce cousin va en intention de ne point voir M. le Comte ; je ne sçai si le sachant a moytié malade, cela luy fera point changer de dessein.

De rechef, je vous salue de tout mon cœur, ma tres chere Fille, que je souhaite toute sainte en Nostre Seigneur.

Le 1er mars 1616.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXXVI A UNE DAME La meilleure saison pour la culture du cœur. - Gardons nos résolutions en cette vie mortelle, et elles nous conserveront en l'éternelle. - Conseils pratiques sur la fréquentation des Sacrements et les exercices de piété. Faire l'aumône de sa propre main. - Conduite à tenir avec " ceux du logis. "

Annecy, 5 mars 1616.

Ne pensés pas, je vous prie, ma tres chere Niece, ma Fille, que ç'ayt esté faute de souvenance ou d'affection si j'ay tant tardé a vous escrire ; car, a la verité, le bon desir que j'ay veu en vostre ame de vouloir servir fort fidellement Dieu, en a fait naistre un extreme dans la mienne de vous assister et ayder de tout mon pouvoir, laissant a part le devoir que je vous ay d'ailleurs et l'inclination que j'ay tous-jours eu pour vostre cœur, a cause de la bonne opinion que j'en ay des vostre plus tendre jeunesse.

Or sus donq, ma chere Niece, il faut donq bien soigneusement cultiver ce cœur bienaymé et ne rien espargner de ce qui peut estre utile a son bonheur ; et quoy que en toute sayson cela se puisse faire, si est-ce que celle ci en laquelle vous estes est la plus propre. Ah, que c'est une rare grace, ma chere Fille, de commencer a servir ce grand Dieu tandis que la jeunesse de l'aage nous rend susceptibles de toutes sortes d'impressions, et que l'offrande est aggreable, en laquelle on donne les fleurs avec les premiers fruitz de l'arbre !

Tenés tous-jours ferme au milieu de vostre cœur les resolutions que Dieu vous donna quand vous esties devant luy aupres de moy ; car si vous les conservés en toute cette vie mortelle, elles vous conserveront en l'eternelle. Et pour non seulement les conserver, mays les faire heureusement croistre, vous n'aves pas besoin d'autres advis que ceux que j'ay donné a Philothee dans le livre de l'Introduction, que vous aves ; mais toutesfois, pour vous aggreer, je vous veux bien specifier en peu de paroles ce que je desire principalement de vous.

1. Confessés vous de quinze en quinze jours pour recevoir le divin Sacrement de la Communion, et n'alles jamais ni a l'un ni a l'autre de ces celestes misteres qu'avec une nouvelle et tres profonde resolution de vous amender de plus en plus de vos imperfections, et de vivre avec une pureté et perfection de cœur tous-jours plus grande. Or, je ne dis pas que si vous vous treuves en devotion pour communier tous les huit jours, vous ne le puissies faire, et sur tout, si vous remarques que par ce sacré mistere vos inclinations fascheuses et les imperfections de vostre vie s'aillent diminuant ; mais je vous ay marqué de quinze en quinze jours affin que vous ne differies pas davantage.

2. Faites vos exercices spirituelz courtement et fervemment, affin que vostre naturel ne soit point difficile a vous y rendre par l'apprehension de la longueur, et que, petit a petit, il s'apprivoyse avec ces actes de pieté. Par exemple, vous deves inviolablement faire tous les matins l'exercice du matin qui est marqué en l'Introduction (2,10).

Or, pour le faire courtement, vous pourres en vous habillant remercier Dieu, par maniere d'oraysons jaculatoires, dequoy il vous a conservee cette nuict la, et faire encor le deuxiesme et le troysiesme point, non seulement en vous habillant, mays au lit ou ailleurs, sans difference de lieu ou d'actions quelcomques ; puis, tout aussi tost que vous pourres, vous'vous mettres a genoux et feres le quatriesme point, commençant a faire cet eslan de cœur qui est marqué : " 0 Seigneur, voyla ce pauvre et miserable cœur. " J'en dis de mesme de l'examen de conscience, que vous pouves faire le soir en vous retirant, par tout ou vous vous treuveres, pourveu qu'on face le troysiesme et quatriesme point a genoux, tandis qu'aucune maladie ne vous empesche.

Ainsy, en l'eglise, oyés la Messe avec une contenance d'une vraye fille de Dieu, et plustost que de vous relascher de cette reverence, sortés de l'eglise et vous en retirés.

3. Apprenés a faire souvent des oraysons jaculatoires et des eslancemens de vostre cœur en Dieu. 4. Ayes soin d'estre douce et affable a tout le monde, mais sur tout dans le logis. 5. Les aumosnes qui se font chez vous, soyent aussi faites par vous tous-jours, quand vous le pourres ; car c'est un grand accroissement de vertu que de faire l'aumosne de sa main propre, quand il se peut bonnement faire.

6. Visités les malades de vostre bourgade fort volontier ; car c'est une des œuvres que Nostre Seigneur regardera au jour du jugement (Mt 25,36). 7. Tous les jours lises une page ou deux de quelque livre spirituel pour vous tenir en goust et devotion, et les festes un peu davantage, qui vous tiendra lieu de sermon.

8. Continués a beaucoup honnorer vostre beaupere , parce que

Dieu le veut, le vous ayant donné pour second pere en ce monde ; et aymés cordialement le mary , luy rendant, avec une douce et simple bienveuillance, tout le contentement que vous pourres ; et soyés sage a supporter les imperfections de qui que ce soit, mais sur tout de ceux du logis. Je ne voy pas pour le present que j'aye a vous dire autre chose, sinon que lhors que nous nous reverrons, vous me dires comme vous vous seres conduitte en ce chemin de devotion ; et s'il y a quelque chose a adjouster, je le feray. Vivés donq toute joyeuse en Dieu et pour Dieu, ma tres chere Fille, ma Niece, et croyes que je vous cheris tres parfaitement, et suis infiniment, Madame,. Vostre plus humble oncle et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 5 mars 1616

MCLXXVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Divers conseils pour l'administration des biens laissés par M. de la Fléchère. Paternels avis pour la vente de ses chevaux.

Annecy, [vers le 6 ou le 7] mars 1616 .

Je pensois vous envoyer mon laquay demain, ma tres chere Fille, pour vous respondre a souhait sur vos trois dernieres lettres ; mays puisque ce garçon s'est presenté, je m'en vay vous escrire sur tous les pointz que vous m'aves touchés.

Quant a la façon avec laquelle vous vous deves comporter en l'administration des biens delaissés par feu monsieur vostre mari (que Dieu absolve), monsieur de Charmoysi m'a dit que vous en avies pris toutes les resolutions convenables, et que vous feries un inventaire non solemnel pour plus grand esclarcissement de vos droitz, affin qu'a l'advenir rien ne vous fut imputé. Et a cela, je ne sçaurois rien adjouster.

Pour les deux cens pistoles que monsieur le Marquis (de Lans) avoit promis de faire payer, M. de Vaï1on m'a dit quil vous instruiroit de ce que Son Excellence a respondu ; c'est a sçavoir, que maintenant il n'y a moyen, faute de finances. Pour moy, je croy quil faudra obtenir une lettre de Son Altesse qui ordonne que cette somme soyt payee, non obstant le deces de celuy a qui il l'avoit ouctroyee (note 420). Pour la paye du filz , je croy quil en faudra faire de mesme, car Son Excellence mesnage avec un soin et un' espargne nompareille l'argent du maistre.

Sur ce point, il m'est venu en l'esprit d'ouvrir la lettre de M. de Vallon, et j'ay treuvé quil vous disoit du seigneur Roc ce que je vous allois escrire ; de sorte quil ne sera pas besoin que vous envoyies encor a Grenoble pour cela. Je dis a M. de Vallon que M. le Marquis d'Aix desiroit un des chevaux, et il me dit que la preference luy estoit deüe. Quant a M. de Saint Jeoire , sil vous asseure bien l'argent, je pense quil seroit bon de luy donner l'autre, car il sera difficile de treuver qui achette tout ensemble ; joint que ce sont chevaux vieux, ainsy qu'on m'a dit, et desquelz l'entretien coustera beaucoup : de sorte qu'a la premiere rencontre d'un prix raysonnable que vous en feres, il sera bon de les vandre. Le seigneur Roc ne pense pas de vous y pouvoir servir, Monseigneur de Nemours son maistre ne prenant des chevaux que grandement praetieux ; toutefois, il fait estat de vous aller voir au premier jour.

Il n'y a eu nul poison en vostre cher mari, car M. Faber , qui entend extremement bien et est homme de grande experience, m'en a fort asseuré; de sorte quil vous faut oster toute sorte de soupçon et d'imagination pour ce regard, ma tres chere Fille. Nostre voyage sera court, et nous serons eternellement au Ciel et benirons Dieu.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXXVIII A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE Nouvelles démarches auprès de la cour de Savoie pour l'établissement des PP. Barnabites à Thonon.

Annecy, 10 mars 1616.

Mon Reverend Pere,

Nos bons Peres d'icyont esté d'advis que je fisse une recharge a Son Altesse et a Messeigneurs les Princes , pour les affaires de Thonon ; ce que je fay fort a propos, ce me semble, sur l'occasion que Monseigneur le Prince Cardinal m'a donnee de le remercier de l'advis qu'il m'a envoyé du bon commencement qu'il y a en la negociation faite pour la canonization du bienheureux Amé (lettre 1179) ; car, d'autant que ce bienheureux Prince naquit a Thonon, je prens sujet de recommander l'introduction des Peres en ce lieu-la (notes 131, 467). J'en fay de mesme avec Son Altesse et Monseigneur le Prince (lettres 1180, 1181), me treuvant obligé de leur tesmoigner la joye que j'ay en l'esperance de cette canonization. Que si vous mesme donnes les lettres , vous pourres adjouster que l'an passé, sur l'eminent danger auquel Thonon fut de la contagion (notes 135, 147, 166), quand je dis a ce peuple la confiance qu'il devoit avoir aux prieres du bienheureux Prince, de la naissance duquel leur ville avoit esté honnoree, ilz en tesmoignerent tous un ressentiment et esperance extreme. . En attendant, me recommandant a vos oraysons et bonnes graces, je suis sans fin de tout mon cœur, Mon Reverend Pere, Vostre tres humble et tres affectionné confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

10 mars 1616, Annessi.

Au R. P. en Nostre Seigneur,

Le Pere D. Juste Guerini, de la Congregation de Saint Paul.

A [San] Dalmazzo .

MCLXXIX AU PRINCE CARDINAL MAURICE DE SAVOIE (L3, note 451) Souhaits de l'Evêque de Genève pour la canonisation du bienheureux Amédée. .- Confiance des peuples en l'intercession de ce glorieux Prince. .- Les Barnabites à Thonon, moyen de donner un nouvel essor à la piété populaire.

Annecy, 10 mars 1616.

Monseigneur,

Je loüe Dieu et benis son saint nom du bon acheminement qu'on. a donné a la canonization du glorieux et bienheureux Amé (note 134). Nul, comme je pense, ne sçauroit desirer la perfection de ce saint project avec plus d'affection que moy, qui prevoy que tout ce peuple de deça en recevra une extreme consolation et un grand accroissement de devotion, mays specialement a Thonon, lieu de la naissance de ce saint Prince, ou l'annee passee, lhors des premieres apprehensions de la peste de Geneve, je remarquay un mouvement universel de confiance es intercessions de ce bienheureux ami de Dieu, lors que je leur representay le juste sujet qu'ilz en avoyent, pour lhonneur que leur air avoit eu d'avoir servi a la premiere respiration de ce grand Prince (lettre 1178).

Et pleut a Dieu, que le tressaint Pere eüt esté supplié d'accorder une troysiesme Messe solemnelle, avec l'Indulgence pleniere, pour ce lieu la, car je m'asseure qu'en cette contemplation, Sa Sainteté l'eut volontier accordee . Mays puis que cela n'a pas esté fait, je veux esperer en la bonté et equité de Vostre Altesse, que nous ne serons pas laissés en oubli pour la distribution des medailles.

Et cependant, Monseigneur, je la supplie tres humblement d'embrasser fermement la protection de l'introduction des Peres Barnabites en la Sainte Mayson de ce lieu-la de Thonon et au prieuré de Contamine (notes 131, 216, 467). Vostre Altesse fera sans doute en cela un'œuvre grandement aggreable a la divine Majesté, et laquelle il me semble que le bienheureux esprit du glorieux Prince Amé luy recommande des le Ciel tres saintement; estimant que, comme par ses prieres Dieu fortifia le cœur de Son Altesse pour establir la foy en ce lieu la, aussi, par ses merites, Dieu animera l'esprit de Vostre Altesse pour ayder efficacement a y bien establir la tressainte devotion par le moyen de ces bons Religieux, qui assisteront et arrouseront les vieux arbres affin quilz multiplient en fruitz de pieté, et esleveront les enfans comme jeunes plantes a ce que la posterité devance, s'il se peut, leurs praedecesseurs, et sachent tant mieux reverer leur saint Prince Amé et obeir en toute sousmission au sceptre et a la coronne qu'il a laissé en sa serenissime Mayson, que Dieu veuille a jamais prosperer, Monseigneur, selon les souhaitz continuelz du Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur de Vostre Altesse, FRANçs, Evesque de Geneve.

X mars 1616, Annessi.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz, au château de Monpont, près Annecy.

MCLXXX AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er (INéDITE) Double droit de Son Altesse sur Thonon. - Difficultés pour la remise du prieuré de Contamine aux PP. Barnabites.

Annecy, 12 mars 1616.

Monseigneur,

Vostre Altesse ayme sans doute le pauvre Thonon; aussi est il doublement sien, d'autant qu'elle en est le souverain Prince, et par ce qu'elle luy a donné une nouvelle vie par le soin paternel qu'elle eut de remettre tout ce peuple dans le sein de l'Eglise ((note 131) : obligation non seulement immortelle, mais eternelle, puisque elle regarde un bienfait qui doit durer es siecles des siecles. Or, Monseigneur, pour la perfection de ce saint ouvrage, Vostre Altesse me commanda, il y a environ un an, de procurer l'introduction des Peres Barnabites en ce lieu, et cela reuscit par le moyen de la remise que la Sainte Mayson fit du prieuré de Contamine auxditz Peres. Mays despuis, sont survenues des difficultés que nul ne peut surmonter que la pieté et le cœur invincible de Vostre Altesse , que j'implore, en toute humilité sous la faveur du glorieux et bienheureux Prince Amé, qui nasquit en ce lieu, de la canonization duquel j'augure toute sainte prosperité a la coronne de Vostre Altesse, delaquelle je suis infiniment, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs Evesque de Geneve.

XII mars 1616, Annessi.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Boarelli di Verzuolo, à Saluces (Piémont). MCLXXXI AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Encore Contamine et les PP. Barnabites de Thonon.

Annecy, 12 mars -1616.

Monseigneur,

Je sçai que la charité et pieté de Vostre Altesse est bien ferme au projet que elle a pour l'introduction des Peres Barnabites a Thonon (lettre 1110), a laquelle est attachee la conservation du prieuré de Contamine a la Sainte Mayson de ce lieu-la, pour l'usage et entretenement desditz Peres et de leur college. Neanmoins, puisque c'est mon devoir, je fay de rechef ma tres humble supplication a Vostre Altesse pour ces mesmes fins, luy ramentevant seulement que Thonon est le lieu de la naissance du bienheureux Amé, de la prochaine canonization duquel je me res-jouis infiniment, praesageant en icelle beaucoup de tressaintes benedictions sur la coronne qu'il porta en ce monde et sous laquelle il alla si heureusement estre coronné en l'autre. Je fay très humblement la reverence a Vostre Altesse, et suis immortellement, Monseigneur, Son tres. humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, Evesque de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXXXII A MADAME DE LA FLéCHèRE Solution d'un cas de conscience.

Annecy, [vers le 10 ou le 15 mars] 1616 .

Vous pouves jurer, ma tres chere Fille, en saine conscience, puisque ce que vous dites est vrayement vostre et que les juges ne vous peuvent demander le serment que pour les choses laissees par le mary, qui sont a luy; et vous n'estes aussi obligee de respondre que sur cela. Il n'y a point de difficulté en cela. Dieu vous benisse a jamais, ma tres chere Fille, et nostre Mere (SJC) vous salue cherement. Vive Jesus ! Amen.

A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCLXXXIII AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE (INéDITB) Hommage d'obéissance et souhaits de prospérité à l'occasion des fêtes pascales.

Annecy, 16 mars 1616.

Monseigneur,

La sainteté de ces jours prochains m'excite a renouveler les vœux de mon obeissance envers Vostre Grandeur, et ceux de mes foibles prieres a Dieu pour la conservation et prosperité de vostre personne, Monseigneur, vous suppliant tres humblement d'accepter l'une et l'autre offrande et le tesmoignage que j'en fay sur ce papier, comme venant d'un cœur qui est invariable en la fidelité avec laquelle il veut et doit vivre a jamais, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XVI mars 1616, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Orléans.

MCLXXXIV A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (INéDITE) Des lettres pour les Princes et une mission auprès du comte de Verrua confiées au destinataire.

Annecy, 18 mars 1616.

Mon Reverend Pere,

Je vous escris par le sieur Gilette , et ay mis avec cela trois lettres pour les Princes (lettres 1179, 1180, 1181), en leur recommandant les affaires de Thonon et Contamine. Despuis, j'apprens que le prieuré de Contamine est tres propre et sera tres utile a plusieurs choses ; c'est pourquoy, plus tost que de le laisser eschapper, il seroit bon de tenter M. le Comte de Verrue , d'une petite pension jusques a cent pistoles . Cependant, estant merveilleusement hasté, je me recommande a vos saintes prieres et vous supplie, sil se peut, de me faire recouvrer les livretz dont je vous ay ci devant escrit. Je suis, mon Reverend Pere,

Vostre plus humble, tres affectionné

confrere et serviteur, FRANçs, E. de- Geneve.

XVIII mars 1616, Annessi.

Au R. Pere en N. S., Le P. D. Justin Guerini, de la Congregation de St Paul. St Dalmas. - Thurin.

Revu sur l'Autographe conservé au Grand-Séminaire de Malines. MCLXXXV AU PèRE DOMINIQUE DE CHAMBéRY, CAPUCIN Démarches pour l'établissement des PP. Capucins à La Roche.

Annecy, 28 mars 1616.

Mon Reverend Pere,

Le desir ardent de la ville de La Roche, tesmoigné par les lettres ci jointes, a esté longuement desiré par moy qui ay tous-jours creu que si vous avies un convent en ce lieu la, vous en auries autant de contentement que de nul autre que vous puissies avoir de deça, puisque l'air y est extremement bon, le voysinage fertile et abondant en force bons villages, au passage de Thonon en cette ville, esloigné de quatre lieües de tout autre convent de mendians, et ou, en verité, j'ay reconneu le peuple extremement enclin a la devotion. J'adjouste le continuel commerce de ceux de Geneve, qui leur donnera commodité de s'edifier par la residence des bons Religieux qu'ilz y verront. Et en somme, de quel costé que je regarde ce dessein, je le treuve tout aymable, sans inconvenient et avec esperance de beaucoup de fruit, C'est pourquoy, contribuant mes vœux a ceux de ce bon peuple, je vous supplie, et les Peres de la Province , de vouloir accepter les bonnes volontés presentes et d'en moyenner les effectz par les voyes convenables, affin qu'au plus tost on voye reuscir ce projet, plus desiré qu'il ne se peut dire et, comme je pense, grandement desirable , A quoy la promptitude de la resolution sera fort utile, que, vous recommandant de rechef, je prie Dieu de favoriser, et de vous combler de bonheur selon les souhaitz, mon Reverend Pere, de

Vostre plus humble, tres affectionné

confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

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