Lettres (page 24)
XXVIII mars 1616, Annessi.
Au R. Pere en N. S.
Le P. F. Dominique de Chamberi,
Vicecommissaire en la Province de la Mission. A Chamberi.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Arestan, à La Roche (Haute-Savoie). MCLXXXVI A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A LYON (FRAGMENT) La Visitation d'Annecy " racine petite, basse et profonde. "
Annecy, [janvier-marsJ 1616 .
…………………………………………………………………………… Ma Fille, faites que cette lumiere vous serve pour toute vostre vie. Dites ce que vous aves veu, enseignés ce que vous aves ouy a Annessi. Helas ! cette racine est petite, basse et profonde ; mais la branche qui s'en separera perira sans doute, sechera et ne sera bonne que pour estre coupee et jettee au feu (Jn 15,6). ………………………………………………………
MCLXXXVII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Remerciements au souverain, bienfaiteur de son peuple.
Annecy, 1er avril 1616.
Monseigneur,
La charité et bonté que Vostre Altesse a tesmoignee envers ces bons peuples de deça, par le soin qu'elle a eü de faire reuscir les projetz de l'introduction de l'art de la soye en ces pais (note 191) et des Peres Barnabites a Thonon (notes 131, 465, 468), ne peut jamais estre asses dignement remerciee. Mays, a la faveur de la sainteté de ce jour, j'en fay neanmoins tres humblement la reverence et l'action de graces a Vostre Altesse, la suppliant de continuer sa dilection et protection sur cette province, en laquelle l'avancement de la gloire de Dieu est de si grande consequence et plein de merite pour Vostre Altesse, que sa divine Majesté face a jamais prosperer es benedictions que luy souhaite, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le Vandredi Saint 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCLXXXVIII A M. CLAUDE-AMéDéE VIBOD (note 309) Le Duc autorise François de Sales à prêcher à Grenoble. - Nouvelles explications au sujet des visites de prélats français à Annecy.
Annecy, 4 avril 1616.
Monsieur,
J'ay receu la lettre de Son Altesse, par laquelle elle tesmoigne d'aggreer que je face les sermons du Caresme venant a Grenoble , et ay veu par celle qu'il vous a pleu m'escrire, le soin que vous aves eü de lire ce que j'escrivois a sadite Altesse (lettre 1142) sur le sujet de la venue de Monseigneur l'Archevesque de Lyon en cette ville ; dont je vous rens graces, Monsieur, d'autant plus affectionnement et humblement, que ces bons offices n'ont origine que de vostre bonté et courtoysie, laquelle je vous supplie de vouloir exercer en toutes telles occasions qui m'arrivent plus souvent que je ne desirerois pas, plusieurs Prœlatz de France me faysant l'honneur de m'aymer et de me vouloir visiter, encor qu'ilz ne me connoissent pas, ains peut estre par ce qu'ilz ne me connoissent pas.
Mays, Monsieur, ce sont visites de simple pieté et affection spirituelle, n'ayant, graces a Dieu, jamais rien eu a demesler avec homme du monde, ni ne m'estant jamais meslé de chose quelcomque qui regarde les affaires seculieres. Et en verité, onques il ne m'est advenu d'avoir esté seulement essayé par homme qui vive, ni qui ayt esté, de ce costé là; qui me rend d'autant plus estonné quand on me dit que les visites de ces seigneurs ecclesiastiques sont considerees comme suspectes, ne pouvant seulement deviner ni pourquoy ni en quoy, puisque mesme je suis en toutes façons savoyard, et de naissance et d'obligation, qui n'ay, ni n'eu jamais, ni pas un des miens, ni office, ni benefice, ni chose quelcomque hors de cet Estat, et qui ay vescu tellement lie aux exercices ecclesiastiques, qu'on ne m'a jamais treuve hors de ce train, et qui suis meshuy tantost envielly dans la naturelle et inviolable fidelite que j'ay voüee et juree a Son Altesse.
Or, Monsieur, je vous donne la peine de lire tout ceci, affin que sil vous plait de me favoriser en ces occurrences, vous sachies ces generalites de mes conditions, qui sont fondaments, comme je croy, bien solides pour bastir sur iceux les defenses dont j'auray besoin si ce malheur continue, qui m'a des-ja si souvent fasché, tous-jours sans ma coulpe, graces a Dieu, ainsy que le tems a fait voir, qui, de plus en plus, descouvrira l'invariable ingenuite et franchise que j'ay en mon devoir de sujettion naturelle envers la coronne sous laquelle je suis nay et nourri.
Ces jours passes Monseigneur l'Archevesque de Bourges, estant a Nantua , vint icy me visiter et une seur Religieuse quil y a ; dequoy j'advertis soudain monsieur le Marquis de Lans, et je croy qu'il aura fait passer l'advis vers Son Altesse. Tout cela, Monsieur, sont offices d'amitié, de civilite et de piete rendus a la bonne foy par ces Praelatz, et que je ne puis empescher par aucune sorte de legitime praetexte, puisque je n'oserois seulement penser de leur faire semblant de la peine que mon esprit a dequoy leur visite me fait regarder. Vostre charite, Monsieur, me protegera, sil luy plait, et je l'en conjure par celle de Nostre Seigneur, que je supplie vous estre propice et vous combler de ses benedictions, demeurant pour tous-jours, Monsieur, Vostre tres humble, tres affectionn6 serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
IIII avril 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCLXXXIX AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Demande d'une faveur pour un gentilhomme.
Annecy, 7 avril 1616.
Monseigneur, Je joins ma tres humble supplication a celle que monsieur le baron de Vilette vous va faire, puisque celuy le bien duquel elle regarde est egalement mon parent comme a luy . Vostre Grandeur jugera bien que je voudrois avoir un plus aggreable sujet d'implorer sa bonté; mays puisque celluy ci me presse, je ne laisse pas de me confier en elle que je ne seray pas esconduit, selon lhonneur que j'ay d'estre avoüé, Monseigneur,
Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
VII avril 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Paris, Archives de l'Archevêché.
MCXC A MADAME DE BRESSIEU (INéDITE) Une affaire sur le point de se terminer. - Céder aux conseils des amis.
Annecy, 7 avril 1616.
Madame ma tres chere Seur,
Je receu l'autre jour une lettre de monsieur le Marquis d'Aix , pa.r laquelle il me dit que le sieur Charriere (note 280) se resoult a vous rendre toutes les satisfactions possibles, telles qu'elles seront advisees par ceux qui prendront la peine de vouloir terminer l'affaire (lettres 1138, 1144); et que sur cela, il vous avoit fait prier de vouloir ouïr les propositions, selon que je luy avois fait entendre que vous les ouïries, et feries ce que vos principaux parens et amis vous conseilleroyent; qui est, amon advis, ce que nous resolusmes lhors que nous eusmes le bien de vous voir. Je vous supplie donq qu'il vous playse faire ainsy, puisque vous ne pouves jamais faillir de vous rapporter a vos amis, et que cela obligera quantité de personnes a croire de vostre cœur beaucoup de bien et les contentera. Je pars, et vous escris ces quatre motz le pied a l'estrier , mais vous jugeres bien que c'est avec l'affection, Madame, ma tres chere Seur, de Vostre plus humble frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
VII avril 1616.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Alexis Vallon, peintre collectionneur, à Paris.
MCXCI A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Quelles amitiés sont indépendantes des distances et des séparations.
Annecy, [ 7 avril 1616 .]
……………………………………………………………………… Au demeurant, ma tres chere Mere, demeurés avec la paix et consolation de Nostre Seigneur; et moyennant sa grace, dans huit jours au fin plus tard je seray icy, d'ou pourtant je ne penseray jamais sortir tandis que Dieu m'y tiendra en moy mesme. Vous mesme, ma tres chere Mere, sçavés bien que la sainte unité que Dieu a faite est forte plus que toute separation, et que les distances des lieux n'ont point de pouvoir sur elle. Ainsy, Dieu vous benisse a jamais de son saint amour. C'est un cœur qu'il nous a fait, unique en esprit et en vie. Bon jour, ma tres chere Mere ; conserves moy, je vous supplie, et je vous conserveray bien, Dieu aydant.
MCXCII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Retour d'un voyage en Chablais, - Mort du comte de Tournon.- Deux sortes de bons désirs : ceux qui sanctifient l'âme et ceux qui remplissent l'enfer ; comment les distinguer. - Méthode très simple pour la méditation des mystères de la Vie de Notre-Seigneur. - Salutations affectueuses
Annecy, 17 avril 1616.
Je revins hier de Chab1aix, ma tres chere Fille, ou, graces a Dieu, j'ay laissé les Peres Barnabites establiz, selon le commandement de Son Altesse et du Prince Cardinal (note 467). Demain je vay consoler madame la Comtesse de Tornon sur le trespas de son mari , y estant obligé par le parentage qui est entre nous et par les obligations que j'ay a la memoire du decedé. C'est pour vous dire, ma tres chere Fille, que je vous escris sans loysir, et neanmoins je vous veux respondre aux deux questions que vous m'aves faites ci devant , car je voy bien que pour neant j'attens les commodités de mieux faire, puisque je suis destiné au continuel accablement du tracas.
Ma tres chere Fille, il y a deux sortes de bons desirs : l'une, de ceux qui augmentent la grace et la gloire des serviteurs de Dieu ; l'autre, de ceux qui n'operent rien. Les desirs de la premiere sorte s'expriment ainsy : Je desirerois de faire, par exemple, l'aumosne, mais je ne la fay pas, par ce que je n'ay pas dequoy. Et ces desirs accroissent grandement la charité et sanctifient l'ame ; ainsy desirent les ames devotes le martire, les opprobres et la croix, quilz (sic) ne peuvent neanmoins obtenir.
Les desirs de la seconde sorte s'expriment ainsy : Je desirerois de faire l'aumosne, mais je ne la veux pas faire. Et ces desirs ne sont pas empeschés par l'impossibilité, mais par la lascheté, tiedeur et defaut de courage ; c'est pourquoy ilz sont inutiles et ne sanctifient point l'ame, ni ne donnent nul accroissement de grace : dont saint Bernard dit (Serm 3 in Temp.Resurr. 3; Serm 19 in Ct) que l'enfer en est plein.
Il est vray que pour l'entiere resolution de vostre difficulté il faut que vous remarquies quil y a des desirs qui semblent estre de la seconde sorte, qui sont toutefois de la premiere, comme au contraire il y en a qui semblent estre de la premiere et sont de la seconde. Par exemple, nul serviteur de Dieu ne peut estre sans ce desir : 0 que je desirerois bien de mieux servir Dieu ! helas ! quand le serviray-je a souhait ? Et par ce que nous pouvons tousjours aller de mieux en mieux, il semble que les effectz de ces desirs ne sont empeschés que faute de resolution ; mays il n'est pas vray, car ilz sont empeschés par la condition de cette vie mortelle, en laquelle il ne nous est pas si aysé de faire que de desirer. C'est pourquoy ces desirs en general sont bons et rendent meilleure l'ame, l'eschaufant et affectionnant au progres. Mays quand en particulier il se presente quelque occasion de proffiter, et en lieu d'en venir a l'effect on en demeure au desir, comme par exemple: il se presente occasion de pardonner une injure, de renoncer a la propre volonté en quelque particulier sujet, et en lieu de faire ce pardon ou renoncement, je dis seulement : Je voudrois bien pardonner, mais je ne sçaurois ; je voudrois bien renoncer, mais il ny a moyen ; qui ne void que ce desir est un amusement, ains quil me rend plus coulpable d'avoir une si forte inclination au bien et ne la vouloir pas effectüer ? Et ces desirs ainsy faitz semblent estre de la premiere sorte, et sont de la seconde.
Or, maintenant il vous sera aysé de vous resoudre, comme je croy; que sil vous reste quelque difficulté, escrives-la moy, et tost ou tard je vous respondray de tout mon cœur, qui est certes tout vostre, ma tres chere Fille.
Celles qui sont tendres des imaginations messeantes, es meditations de la Vie et de la Mort du Sauveur, doivent, tant qu'elles peuvent, se representer les misteres simplement par la foy, sans se servir de l'imagination. Par exemple: Mon Sauveur a esté crucifié, c'est une proposition de la foy ; il suffit que je l'apprehende simplement, sans m'imaginer comme son cors pendoit sur la croix. Et lhors que les imaginations deshonnestes veulent naistre, il faut se revancher et destourner par des affections procedantes de la foy. 0 Jesus crucifié, je vous adore, j'adore vos tormens, vos peines, vostre travail ! Vous estes mon salut(Ps 37, fin). Car, ma tres chere Fille, de vouloir pour ces sales representations quiter la meditation de la Mort et Vie de Nostre Seigneur, ce seroit faire le jeu de l'ennemi, qui tasche par ce moyen de nous priver de nostre plus grand bonheur. Il faut donq gauchir et se destourner ainsy par le moyen de la simple foy.
En verité, j'escris sans haleine, mais vous suppleeres par vostre douceur. J'escriray un'autre fois a ma Seur Peronne Marie (de Chastel) et puis a ma Seur Marie Aymee , et ce pendant je salue leur dilection, que je prie de me bien recommander a Nostre Seigneur, comm'aussi ma Seur Françoise Hieronime et toutes les autres Seurs que je cheris extremement en la Croix du Sauveur. Je salue monsieur l'Aumosnier et suis tout sien. A Dieu, ma tres chere Fille, a Dieu soyons nous eternellement pour l'aymer et benir sans cesse.
Annessi, le 17 avril 1616.
Je salue humblement M. de Saint Nizier , et le R. P. Philippe ; et vous prie, quand vous verres le R. P. Recteur , de l'asseurer de ma tres humble et sincere affection. Je salue mesdames Vulliat et Colin
A ma tres chere Fille en N. S., Ma Seur Marie ]aqueline Favre,
Superieure de Ste Marie. A Lion.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Boissat, à Albens (Savoie).
MCXCIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Affaires et nouvelles diverses. - Réclamations de créanciers; comment les supporter. - Quel ordre suivre dans le paiement des dettes. - Projet de séjour à Annecy pour Mme de la Fléchère.
Annecy, 21 avril 1616.
Ma tres chere Fille,
Je vous escris emmi les affaires du Sinode, c'est a dire precipitamment. Je fus lundi voir Mme la Comtesse , marri de n'y treuver que ma chere filleule de chez vous . J'escriray ce soir a M. Bonfilz , par le seigneur Roc , du sujet que vous desires, et parleray a M. de Monregard si tost que je pourray le voir. M. de Galles, medecin de Sessel , m'a envoyé la lettre ci jointe que vous verres, comme aussi M. Guydeboys cett'autre. Ma tres chere Fille, il n'y a remede, il faut a ce commencement estre accablee de demandes et souffrir qu'on se plaigne rudement de vous. Mays il se faut garder, tant que vous pourrés, de contrister personne par vos responses, ains il faut tascher de rendre rayson a un chacun des refus ou retardemens que vous estes contrainte de faire. Et quant aux effectz, il faut s'essayer de payer premierement les dettes privilegiés, comme je pense estre celuy des medecins, qui, comme mercenaires, demandent leurs gages, entant quil se treuvera deu. En somme, ma Fille, croyes que je compatis avec vous, et me semble que quand vous aves du mal je l'ay avec vous. Un peu de patience surmontera tout.
M. de Charmoysi est d'advis que vous venies faire vostre sejour en cette ville, et dit quil vous le signifia lhors quil vous vit, tant pour estre plus pres du filz , que pour avoir meilleur et plus promt advis es occurrences de vos affaires. Vous pouves penser si ce seroit mon inclination ; mays a loysir nous en resoudrons.
Pour maintenant, Dieu vous benisse, ma tres chere Fille. Vive Jesus ! Amen.
XIX avril 1616.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCXCIV A LA MêME Etre douce et civile envers les solliciteurs. - M. Guidebois et ses Bulles.
Annecy, 22 avril 1616.
Ce matin le sieur Roch est parti de cette ville , ma tres chere Fille, et j'ay escrit par luy a M. Bonfilz, qui est a Lagnieu , pour vostre affaire , puisqu'il n'y a pas apparence de le voir si tost, et ledit sieur Roch m'a dit quil y contribueroit son credit. Il faut tenir bon en la douceur et cordiale civilité envers ceux qui demandent, et Dieu vous assistera et fera que vos affaires se demesleront honnestement et plus tost que vous ne sçaures esperer. Quand le sieur Guydeboix aura ses Bulles , vous accommoderes le reste, non pas aysement, mais tout bellement, selon vostre promesse, et on le rendra capable. Je pense que vous aves bien fait de vandre le cheval, car c'est une dangereuse garde (note 454). Vivés tous-jours toute a Nostre Seigneur, ma tres chere Fille, et me tenes pour tout vostre en luy, car je le suis plus que vous ne sçauries dire. Vive Jesus ! Amen.
XXII avril.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat. MCXCV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Requête contre Scaglia, le prétendant de Contamine.
Annecy, 26 avril 1616.
Monseigneur,
Les graces que la bonté de Vostre Altesse nous a faites me donnent confiance d'en requerir tous-jours des nouvelles, puisque mesme elles tendent toutes a la gloire de Dieu, que vostre pieté ne se lasse jamais de servir et accroistre. Les Peres Barnabites sont establiz a Tonon ; reste de les y conserver, et pour cela il est requis que le prieuré de Contamine, sur lequel leur entretenement est principalement assigné, soit mis en asseurance pour eux et delivré de la conteste que le seigneur Abbé Scaglia en fait ; ce que la prudence de Vostre Altesse fera fort aysement par les moyens convenables. Dieu soit a jamais au milieu du cœur de Vostre Altesse pour le remplir de benedictions, et je suis invariablement, Monseigneur, Vostre tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XXVI avril 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. MCXCVI A UN GENTILHOMME (MINUTE INéDITE EN ITALIEN) Un Mémoire dont on doit ignorer l'auteur. - La vie toute sainte et édifiante des Religieuses de la Visitation. - Pourquoi François de Sales n'a pas publié les Indulgences déjà obtenues en leur faveur; celles qu'il désire.- La pension de M. Desplans. - Réveil de la contagion à Genève.
Annecy, 27 avril 1616.
Mon très Illustre et très honoré Seigneur, J'envoie à Votre Seigneurie le Mémoire touchant le mode qui me semble plus convenable pour obtenir la conversion des hérétiques ; toutefois, comme il présuppose de toute façon que les princes jouissent de la paix, ce n'est pas le moment de le proposer : aussi, je vous demande que jamais personne ne sache que ce Mémoire est venu de moi. Mais avec Votre Seigneurie je traite en toute confiance, je ne voudrais rien vous celer ; car, bien que je ne vous connaisse pas personnellement, votre zèle pour la religion catholique est si pur que je ne puis douter de votre charité. Sur ce fondement, je viens supplier Votre très Illustre Seigneurie qu'elle daigne aider, voire même accomplir une œuvre de piété que je désire beaucoup, sans néanmoins savoir comment la faire réussir, n'étant guère connu en cette Cour . La chose n'est pas considérable en soi, mais à ce que l'on me dit, elle ne laisse pas d'être difficile.
Nous avons en cette ville d'Annecy une très dévote et vraiment très sainte Congrégation de femmes, veuves et vierges, qui pour la plupart sont de très noble extraction, non seulement de la Savoie, mais encore de Bourgogne et de France. Elles vivent toutes ensemble et en communauté, sous l'obéissance d'une Supérieure élue par elles tous les trois ans ; observent strictement cette obéissance, s'adonnent chaque jour à l'oraison mentale, font visiter et secourir avec une charité incroyable, par quelques-unes d'entre elles, les pauvres femmes malades de la ville. Une gracieuse église est attenante à leur maison, avec un chœur intérieur, où elles chantent chaque jour l'Office de la Très Sainte Vierge d'un air si pieux et si doux, qu'elles donnent de la dévotion à tous ceux qui les entendent. Entre autres choses, la Congrégation pratique cette charité, de recevoir les femmes qui, pour la faiblesse de leur complexion ou pour des infirmités corporelles, ne peuvent entrer dans les autres Ordres, pourvu qu'elles aient l'esprit bon et le cœur sincère. En vérité, je puis dire qu'elles sont de très bonne édification pour tous et pour les hérétiques eux-mêmes, lesquels, voyant ou sachant comment elles vivent en cette Maison, confessent que leur genre de vie ne peut venir que de l'Esprit Saint. Aussi prient-elles particulièrement pour la sainte Eglise et pour la conversion des hérétiques.
Or, Sa Sainteté a accordé à ces Dames et Sœurs certaines Indulgences , que je n'ai cependant pas voulu faire publier, parce qu'il m'a semblé qu'elles avaient été concédées comme si cette Congrégation eût été une Association, Confrérie ou Compagnie de femmes vivant chacune dans sa maison ; ce qui n'est pas, car elles demeurent au contraire toutes ensemble, avec une observance religieuse telle, qu'on ne saurait, même par la pensée, imaginer une fidélité plus pure et parfaite en chasteté, obéissance et pauvreté qui réduit tout en commun.
Et je dis en commun, parce qu'elles ne mendient point, ni directement ni indirectement, mais vivent de ce qu'elles apportent en entrant. (L6, lettre 934)
Je désire donc maintenant leur faire avoir des Indulgences conformes à leur Institut ; mais je ne sais qui employer pour cela, sinon la charité de Votre très Illustre Seigneurie, qui pourra, si bon lui semble, adresser même une supplique particulière au Saint-Père, pour qu'il daigne favoriser cette Congrégation. Dans ce but, je vous envoie une copie des Indulgences que je n'ai pas voulu faire publier et une copie de celles qu'on souhaite, avec un Mémoire de la fondation de cette pieuse Maison (note 515), afin que vous sachiez tout ce qui sera requis en cette affaire. J'ajoute encore un point très important : cette Congrégation, n'ayant pas les vœux solennels d'obéissance, chasteté et pauvreté, bien que ces trois vertus s'y observent strictement, n'est pas un Ordre religieux formel, mais une Congrégation d'Oblates. Sa Sainteté aimerait peut-être qu'on en fît un Ordre religieux, avec l'obligation de la clôture selon les prescriptions du Concile de Trente (Sess 25, de Reform.5); cela me serait très facile, pourvu qu'Elle voulût bien agréer que les choses fussent déterminées suivant le Mémoire .
Mais, que direz-vous, Monsieur, de ce que j'emploie votre charité avec tant de confiance ? Dites hardiment, s'il vous plaît, que la charité supporte tout, fait tout et espère tout.(1 Co 13,7)
J'ai reçu jusqu'ici les soixante-quinze ducatons pour M. Desplans ; lorsque j'aurai reçu les vingt-cinq autres, j'enverrai une attestation de la réception et du déboursement que j'aurai fait de ces cent ducatons .
J'oubliais de dire que j'écris à l'Illustrissime Cardinal Bellarmin et que nos Pères Barnabites écrivent également au Procureur général de leur Ordre , afin que, s'il en était besoin, ils aidassent pour l'affaire des Indulgences. J'espère aussi que la Sérénissime Infante, duchessse de Mantoue , qui affectionne si fort la Congrégation, fera écrire à l'ambassadeur de Son Altesse de s'employer dans le même but. Toutes ces lettres seront envoyées à Votre Seigneurie pour qu'elle les utilise selon qu'elle le jugera nécessaire. Je prends toutes ces mesures parce que M. Philippe de Quoex, qui obtint ces Indulgences , nous manda de Rome qu'il était très difficile d'en obtenir d'autre façon. Cependant, je ne vois pas qu'il y ait une cause légitime pour soulever ces difficultés ; car, puisqu'on accorde si libéralement des Indulgences aux Associations pieuses, à plus forte raison devra-t-on les concéder à une Congrégation d'une si grande perfection.
La peste s'est de nouveau réveillée à Genève , tandis que tout le pays avoisinant n'est nullement atteint; aussi semble-t-il que Dieu veuille châtier ce peuple, ennemi de son saint nom. Ah ! si du moins le châtiment lui donnait l'intelligence !
Sur ce, priant la Majesté divine de combler Votre très Illustre Seigneurie de tout vrai bonheur, je demeure à jamais Son très dévoué et humble serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
Annecy, le 27 avril 1616.
Revu sur le texte inséré dans le 1er. Procès de Canonisation MCXCVII A LA SOEUR DE BLONAY MAlTRESSE DES NOVICES A LA VISITATION DE LYON Parallèle entre la vie selon l'esprit et la vie selon le sens humain.
Annecy, [fin avril ou commencement de mai] 1616 .
Qu'il est bien raysonnable, ma tres chere Fille, que je vous escrive un peu ; et que je le fay de bon cœur ! Pleust a Dieu que j'eusse l'esprit necessaire a vostre consolation.
Vivre selon l'esprit, ma bienaymee Fille, c'est penser, parler et operer selon les vertus qui sont en l'esprit, et non selon les sens et sentimens qui sont en la chair (Rm 8,5 ; Ga 5,16-25). De ceux ci il s'en faut servir, il les faut assujettir, et non pas vivre selon iceux ; mais ces vertus spirituelles, il les faut servir et leur faire asservir tout le reste.
Mays, que sont ces vertus de l'esprit, ma chere Fille ? C'est la foy, qui nous monstre des verités toutes relevees au dessus des sens ; l'esperance, qui nous fait aspirer a des biens invisibles ; la charité, qui nous fait aymer Dieu plus que tout et le prochain comme nous mesmes (Mt 22,37 ; Lc 10,27), d'un amour non sensuel, non naturel, non interessé, mays d'un amour pur, solide et invariable, qui a son fondement en Dieu.
Voyes vous, ma Fille, le sens humain appuyé sur la chair fait que maintes fois nous ne nous abandonnons pas asses entre les mains de Dieu, nous estant advis que, puisque nous ne valons rien, Dieu ne doit tenir conte de nous, parce que les hommes qui vivent selon la sagesse humaine mesprisent ceux qui ne sont point utiles ; au contraire, l'esprit appuyé sur la foy s'encourage emmi les difficultés, parce qu'il sçait bien que Dieu ayme, supporte et secourt les miserables, pourveu qu'ilz esperent en luy. Le sens humain veut avoir part en tout ce qui se passe, et il s'ayme tant, qu'il luy est advis que rien n'est bon s'il ne s'en est meslé ; l'esprit, au contraire, s'attache a Dieu et dit souvent que ce qui n'est pas Dieu ne luy est rien, et comme il prend part aux choses qui luy sont communiquees, par charité, aussi quitte-il volontier sa part es choses qui luy sont celees, par abnegation et humilité. Vivre selon l'esprit, c'est aymer selon l'esprit; vivre selon la chair, c'est aymer selon la chair, car l'amour est la vie de l'ame, comme l'ame est la vie du cors. Une Seur est bien douce et aggreable, je la cheris tendrement ; elle m'ayme bien, elle m'oblige fort, et je l'ayme reciproquement pour cela : qui ne void que je l'ayme selon les sens et la chair ? car les animaux, qui n'ont point d'esprit et n'ont que la chair et les sens, ayment leurs bienfaiteurs et ceux qui leur sont doux et aggreables. Une Seur est rude, aspre, incivile, mays, au partir de la, elle est tres devote et mesme desireuse de s'adoucir et civiliser ; et je fay tout, non pour playsir que j'aye en elle ni pour interest quelcomque, mays pour le bon playsir de Dieu ; je la cheris, je l'accoste, je la sers, je la caresse : cet amour est selon l'esprit, car la chair n'y a point de part. Je suis une pauvre chetifve cadette qui, par ma condition naturelle, suis craintifve, honteuse et desfiante de moy mesme, et pour cela, je voudrois bien qu'on me laissast vivre selon cette inclination, a part, parce qu'il faut faire beaucoup de violence a cette honte impertinente que j'ay et a cette crainte superflue. Qui ne void que ce n'est pas vivre selon l'esprit ? Non certes, ma chere Fille, car tandis que j'estois encor bien jeune et n'avois pas encor d'esprit je vivois des-ja ainsy ; mais, quoy que selon mon naturel je sois honteuse, craintifve, apprehensifve comme une taupe, neanmoins je me veux essayer de surmonter ces passions naturelles, et, petit a petit, faire tout ce qui appartient a la charge que l'obeissance procedante de Dieu m'a imposee. Qui ne void que c'est vivre selon l'esprit ?
Ma chere Fille, vivre selon l'esprit, c'est faire les actions, dire les paroles et faire les pensees que l'esprit de Dieu requiert de nous. Et quand je dis faire les pensees, j'entens des pensees volontaires. Je suis triste, et partant je ne veux pas parler : les charretiers et les perroquetz font ainsy ; je suis triste, mais puisque la charité requiert que je parle, je le feray : les gens spirituelz font ainsy. Je suis mesprisee et je m'en fasche : si font bien les paons et les singes; je suis mesprisee et je m'en resjouis : les Apostres faisoyent ainsy (Ac 5,41). Vivre donq selon l'esprit, c'est faire ce que la foy, l'esperance et la charité nous enseignent, soit es choses temporelles, soit es choses spirituelles.
Vives donq toute selon l'esprit, ma tres chere Fille, demeures doucement en paix. Soyes toute asseuree que Dieu vous aydera, reposes vous en toute occurrence entre les bras de sa misericorde et bonté paternelle. Dieu soit a jamais vostre tout, et moy je suis en luy tout vostre, vous le sçaves bien.
Monsieur vostre pere se porte bien et tout ce qui vous appartient selon le sang ; ainsy en soit il de ce qui vous appartient selon l'esprit. Amen.
MCXCVlII A M. MICHEL FAVRE L'auteur du Traitté de l'Amour de Dieu réclame humblement l'examen de son ouvrage.
Annecy, commencement de mai 1616.
Monsieur Michel, mon Ami,
Vous remettres nos pauvres cahiers aux pieds de Monseigneur l'Archevesque , s'il. est au lieu et en loysir, et s'il veut s'appliquer a cette lecture ; sinon, vous les remettres entre les mains de monsieur de Ville, docteur en sainte theologie, deputé pour l'approbation des livres . Et par son advis, vous presenteres ces cahiers a monsieur Meschatin la Faye, vicaire general en l'archevesché de Lion , et a d'autres Docteurs ; car, comme je me connois et suis tres fautif, et que j'ay peu de loysir pour revoir mes petitz ouvrages, certainement je desire et supplie tres instamment qu'ilz soyent veus a loysir et charitablement examinés par les doctes serviteurs de Dieu.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte, conservé à la Visitation d'Annecy.
MCXCIX A LA MERE DE CHANTAL Un malade qui suivra les ordonnances de la Mère de Chantal.
Annecy, [12 ou 13] mai 1616 .
Bon soir, ma tres chere Mere. Tenes, voyla des lettres venantes de Lion ; sil y a chose qui merite, vous m'en feres part. Je me porte fort bien, ne sentant ni mal ni chose qui le ressemble; seulement, je me treuve tellement sans appetit, que n'ayant pris qu'un petit bouillon, je voudrois volontier ne rien prendre davantage aujourdhuy, me reservant toutefois de faire ce que ma chere Mere voudra, laquelle je conjure au nom de Dieu, qui sçait bien que je ne mens point, de ne point se mettre en peine de moy, car je me sers (sic) le mieux du monde, hors ce reume qui me fait tousser quelquefois . Bon soir donq, ma tres chere Mere, a qui je suis certes, comm'elle sçait, tout parfaitement elle mesme. Vive Jesus ! A men.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Roussy de Sales, à Thorens-Sales (Annecy), MCC A MADAME DE LA FLéCHèRE Un paiement à obtenir. - Comment aider une âme tentée contre sa vocation.
Annecy, 15 mai 1616.
Je vous escris sans loysir, seulement pour vous dire, ma tres chere Fille, que j'ay receu vos lettres. Si vous venés pour toute cette semaine, ou du moins parmy les festes , je pense que vous treuveres M. Bonfilz ; si moins, il me faudroit envoyer la cedule, et je verrais si je pourrois tirer le payement que vous desirés (note 511). Nous parlerons, si vous venes, de la chere fille . Helas, que je la regrette si elle se laisse emporter a cette bouffee de tentation ! Mays il ne se faut pas haster, ains il luy faut, sil se peut, laisser autant rouler dans son ame la tentation avant que de l'advoüer, comme on luy a laissé ruminer l'inspiration avant que de la recevoir ; et faut en cela user de charité et de dexterité a ne faire pas semblant de se desfier de sa perseverance. Des plus grans courages que le sien ont esté esbranlés en pareilles occasions ; je ne treuve nullement estrange cette petite atteinte. Dieu fera son ouvrage et en fin, avec sa grace, nous le servirons tous un jour fidelement. Je suis, ma tres chere Fille, Vostre plus affectionné, plus humble, fidele serviteur et compere.
XV may 1616.
A Madame
Madame de la Fleschere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCCI A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Le saint Evêque rassure sa fille spirituelle au sujet de sa santé.
Annecy, 14-16 mai 1616 .
Ma tres chere Mere,
Vous series bien brave si vous esties un peu bien paysible et bien douce sur cette petite incommodité. Elle consiste toute en ce que j'ay le palais de la bouche fort enflé, et qui me donne de la douleur quand je crache ou que j'avale. Cela m'a donné la fievre encor ce soir, avec beaucoup d'inquietude ; mais ce matin je me porte bien de tout le reste, hormis de la bouche, et en somme je sens perceptiblement que ceci n'est rien et, pour un peu de retraitte, j'en seray quite. Le bouillon va bien ; je le prendray autant amer qu'on voudra. Demeures bien en paix avec Nostre Seigneur, qui seul doit estre le tout de nostre seul cœur. Amen.
Revu sur l'Autographe conservé au Grand-Séminaire de Montréal (Canada).
MCCII A LA MêME (FRAGMENT) L'amour vrai, indépendant de toutes circonstances et manifestations extérieures. - Regarder et aimer le prochain dans la poitrine du Sauveur.
Annecy, [15-17 mai] 1616 .
……………………………………………………………………………………… Quand sera ce que cet amour naturel du sang, des convenances, des bienseances, des correspondances, des sympathies, des graces, sera purifié et reduit a la parfaite obeissance de l'amour tout pur du bon playsir de Dieu ? Quand sera ce que cet amour propre ne desirera plus les presences, les tesmoignages et significations exterieures, ains demeurera pleinement assouvi de l'invariable et immuable asseurance que Dieu luy donne de sa perpetuité ? Que peut ajouter la presence a un amour que Dieu a fait, soustient et maintient ? Quelles marques peut on requerir de perseverance en une unité que Dieu a creee ? La distance et la presence n'apporteront jamais rien a la solidité d'un amour que Dieu a luy mesme formé. Quand sera ce que nous serons tous destrempés en douceur et suavité envers nostre prochain ? Quand verrons-nous les ames de nos prochains dans la sacree poitrine du Sauveur ? Helas! qui regarde le prochain hors de la, il court fortune de ne l'aymer ni purement, ni constamment, ni esgalement; mays la, mays en ce lieu la, qui ne l'aymeroit ? qui ne le supporteroit ? qui ne souffriroit ses imperfections ? qui le treuveroit de mauvaise grace ? qui le treuveroit ennuyeux ? Or, il y est ce prochain, ma tres chere Fille, il y est dans le sein et dans la poitrine du divin Sauveur ; il y est comme tres aymé et tant aymable, que l'Amant meurt d'amour pour luy, Amant duquel l'amour est en sa mort et la mort en son amour. …………………………………………………………………
MCCIII A LA MêME Dépouillement intérieur auquel le Saint exhorte la Mère de Chantal.- Admirables renoncements.
Annecy, 18 mai 1616 .
Ma tres chere Mere,
Je sçai bien qu'il me faudra demeurer encor aujourd'huy en solitude et silence, et peut estre demain : si cela est, je prepareray mon ame, comme la vostre, ainsy que je vous dis.
Je veux bien que vous continuies l'exercice du despouillement de vous mesme, vous laissant a Nostre Seigneur et a moy. Mais, ma tres chere Mere, entrejettés, je vous prie, quelques actions de vostre part, par maniere d'oraysons jaculatoires, en approbation du despouillement, comme par exemple ; Je le veux bien, Seigneur, tirés, tirés hardiment tout ce qui revest mon cœur. 0 Seigneur, non, je n'excepte rien, arrachés moy a moy mesme. 0 moy mesme, je te quitte pour jamais, jusques a ce que mon Seigneur me commande de te reprendre. Cela doit estre fortement, mays doucement entrejetté.
Encor ne faut il pas, s'il vous plaist, ma tres chere Mere, prendre aucune nourrice ; ains, comme vous voyes, il faut quitter celle que neanmoins vous aures, et demeurer comme une pauvre petite chetifve creature devant le throsne de la misericorde de Dieu ; et demeurer toute nue, sans demander jamais ni action ni affection quelcomque pour la creature, et neanmoins vous rendre indifferente a toutes celles qu'il luy plaira vous ordonner, sans vous amuser a considerer que ce sera moy qui vous serviray de nourrice ; car, comme vous voyes, si vous prenies une nourrice a vostre gré, vous ne sortiries pas de vous mesme, ains auries tous-jours vostre conte, qui est neanmoins ce qu'il faut fuir sur toutes choses.
Ces renoncemens sont admirables : de sa propre estime, mesme de ce que l'on estoit selon le monde (qui n'estoit en verité rien, sinon en comparayson des miserables), de sa propre volonté, sa complaysance en toutes creatures et en l'amour naturel, et en somme tout soy mesme, qu'il faut ensevelir dans un eternel abandonnement, pour ne le voir ni sçavoir plus comme nous l'avons veu et sceu, ains seulement quand Dieu le nous ordonnera et selon qu'il le nous ordonnera. Escrivés moy comme vous treuveres bonne cette leçon .
Dieu me veuille a jamais posseder. Amen. Car je suis sien ici et la, ou je suis en vous, comme vous sçaves, tres parfaitement; car vous m'estes indivisible, hormis en l'exercice et prattique du renoncement de tout nous mesmes pour Dieu.
MCCIV A LA MêME Bonheur de la possession de Jésus seul par le dénuement total du créé.
Annecy, 19 mai 1616.
0 Jesus, que de benediction et de consolation a mon ame de sçavoir ma Mere toute desnuee devant Dieu ! Il y a long tems que j'ay une suavité nompareille quand j'oys chanter ce respons : Nu je suis sorty du ventre de ma mere, et nu je retourneray la. Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a osté : le nom du Seigneur soit beni (Jb 1,21).
Quel contentement a saint Joseph et a la glorieuse Vierge allant en Egypte, lhors qu'en la pluspart du chemin ilz ne voyoient chose quelcomque sinon le doux Jesus ! C'est la fin de la Transfiguration, ma tres chere Mere, de ne voir plus ni Moyse, ni Elie, ains le seul Jesus (Mt 17,8) . C'est la gloire de la sacree Sulamite de pouvoir estre seule avec son seul Roy, pour luy dire : Mon Bienaymé est a moy, et moy je suis a luy (Ct 2,16). Il faut donq demeurer a jamais toute nue, ma tres chere Mere, quant a l'affection, bien qu'en effect nous nous revestions ; car il faut avoir nostre affection si simplement et absolument unie a Dieu, que rien ne s'attache a nous. 0 que bienheureux fut Joseph l'ancien, qui n'avoit ni boutonné ni aggrafé sa robbe, de sorte que, quand on le voulut attraper par icelle, il la lascha en un moment (Gn 39,12).
J'admire avec suavité le Sauveur de nos ames, sorti nu du ventre et du sein de sa Mere et mourant nu sur la croix, puis tout nu remis dans le giron de sa Mere pour estre enseveli. J'admire la glorieuse Mere qui naquit nue de maternité et fut desnuee de cette maternité au pied de la croix, et pouvoit bien dire : Nue j'estois de mon plus grand bonheur quand mon Filz vint en mes entrailles, et nue je suis quand, mort, je le reçoy dans mon sein. Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a osté : le nom du Seigneur soit beni (Jb 1, 21).
Je vous dis donq, ma chere Mere : que beni soit le Seigneur qui vous a despouillee ! 0 que mon cœur est content de vous sçavoir en cet estat si desirable ! et je vous dis comme il fut dit a Isaïe (Is 20,5) : Marchés et prophetisés toute nue ces troys jours . Perseverés, en cette nudité, de demeurer aupres de Nostre Seigneur ; il n'est plus besoin que vous facies des actes, s'il ne vous vient au cœur, ains que seulement vous chanties, si vous pouves, doucement le cantique de vostre nudité : Nue je suis net du ventre de ma mere, et ce qui s'ensuit. Ne faites plus aucun effort ; mais, fondee sur la resolution d'hier , allés, ma tres chere Fille, et oyés, et inclines vostre aureille ; oubliés toute la peuplade des autres affections, et la mayson de vostre pere, car le Roy a convoité vostre nudité et simplicité (Ps 44,11). Demeurés en repos la, en esprit de tres simple confiance, sans seulement regarder ou sont vos vestemens ; je dis, regarder avec attention ou soin quelcomque.
Bon jour, ma tres chere Mere. VIVE JESUS, desnué de pere et de mere sur la croix ; vive sa tressainte nudité ! VIVE MARIE, desnuee de filz au pied de la croix !
Faites doucement les insensibles acquiescemens de vostre nudité ; ne faites plus d'effortz, soulagés vostre cors suavement. VIVE JESUS ! Amen.
FRANçs, E. de Geneve,
MCCV A LA MêME Vouloir les vertus selon que Dieu les veut de nous. - Se reposer en Notre-Seigneur; en lui, oublier toutes choses.- L'intime du cœur du saint Evêque.
Annecy, 21 mai 1616.
Tout cela va fort bien, ma tres chere Mere. C'est la verité, il faut demeurer en cette sainte nudité jusques a ce que Dieu vous reveste. Demeures la, dit Nostre Seigneur a ses Apostres, jusques a ce que d'en haut vous soyes revestus de vertu ( Lc 24, 49). Vostre solitude ne doit point estre interrompue jusques a demain apres la Messe.
Ma tres chere Mere, il est vray, vostre imagination a tort de vous representer que vous n'aves pas osté et quitté le soin de vous mesme et l'affection aux choses spirituelles ; car n'aves vous pas tout quitté et tout oublié ? Dites ce soir que vous renonces a toutes les vertus, n'en voulant qu'a mesure que Dieu vous les donnera, ni ne voulant avoir aucun soin de les acquerir qu'a mesure que sa Bonté vous employera a cela pour son bon playsir.
Nostre Seigneur vous ayme, ma Mere ; il vous veut toute sienne. N'ayes plus d'autres bras pour vous porter que les siens, ni d'autre sein pour vous reposer que le sien et sa providence ; n'estendes vostre veuë ailleurs et n'arrestes vostre esprit qu'en luy seul; tenes vostre volonté si simplement unie a la sienne en tout ce qu'il luy plaira faire de vous, en vous, par vous et pour vous, et en toutes choses qui sont hors de vous, que rien ne soit entre deux. Ne penses plus ni a l'amitié ni a l'unité que Dieu a faite entre nous, ni a vos enfans, ni a vostre cors, ni a vostre ame, en fin a chose quelcomque; car vous aves tout remis a Dieu. Revestes vous de Nostre Seigneur crucifié (Rm 13,14), aymes le en ses souffrances, faites des oraysons jaculatoires la dessus. Ce qu'il faut que vous facies, ne le faites plus parce que c'est vostre inclination, mais purement parce que c'est la volonté de Dieu. Je me porte fort bien, graces a Dieu. Ce matin j'ay fait commencement a ma reveuë , que j'acheveray demain. Je sens insensiblement au fond de mon cœur une nouvelle confiance de mieux servir Dieu en sainteté et justice tous les jours (Lc 1, 74) de ma vie;
et si, je me treuve aussi nu, graces a Celuy qui est mort nu pour nous faire entreprendre de vivre nus. 0 ma Mere, qu'Adam et Eve estoyent heureux tandis qu'ilz n'eurent point d'habitz ! Vivés toute heureusement paysible, ma tres chere Mere, et soyes revestue de Jesus Christ Nostre Seigneur. Amen.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCVI A LA MêME Les enfants portés entre les bras de Dieu. - Souverain degré de la pureté de l'amour.
Annecy, 2l mai 1616.
Je n'escris pas, non, car apres le repas cela ne se doit pas, ma tres chere Mere; mais je vous donne tres affectionnement le bon soir, priant Dieu que, vous ayant reduit a l'amiable tressainte pureté et nudité des enfans, il vous prenne meshuy entre ses bras comme saint Martial , pour vous porter a son gré a l'extreme perfection de son amour . Et prenés courage, car s'il vous a desnuee des consolations et sentimens de sa presence, c'est affin que sa presence mesme ne tienne plus vostre cœur, mays luy et son playsir ; comme il fit a celle qui, le voulant embrasser et se tenir a ses pieds, fut renvoyee ailleurs : Ne me touche point, luy dit il, mais va, dis le a Simon et a mes freres (Jn 20,17). Or sus, nous en parlerons. Bienheureux sont les nus, car Nostre Seigneur les revestira. Cette Bonté ne veuille plus permettre que j'aye si peu de sainteté en une profession et en un aage ou j'en devrais tant avoir. Ma Mere, vivés toute gaye devant Dieu, et le benisses avec moy es siecles des siecles. Ainsy soit il.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCVII A MADAME LOUISE DE BALLON RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE Pourquoi Dieu nous fait attendre la délivrance de nos imperfections. - Petit exposé doctrinal sur l'Eucharistie. - Les Anges et le Saint-Sacrement.
Annecy, Fête-Dieu [fin mai-juin 1613-1616.]
Vostre cœur sera pur, ma chere petite Fille, puisque vostre intention est pure, et les pensees vaines qui vous surprennent ne le sçauroyent souiller en sorte quelcomque. Demeures en paix et supportes doucement vos petites miseres. Vous estes a Dieu sans reserve, il vous conduira bien. Que s'il ne vous delivre pas si tost de vos imperfections, c'est pour vous en delivrer plus utilement et vous exercer plus longuement en l'humilité, affin que vous soyes bien enracinee en cette chere vertu.
Qui reçoit la tressainte Communion, il reçoit Jesus Christ vivant : c'est pourquoy son cors, son ame et sa divinité sont en ce divin Sacrement ; et d'autant que sa divinité est celle la mesme du Pere et du Saint Esprit, qui ne sont qu'un seul Dieu avec luy, qui reçoit la tressainte Eucharistie reçoit le cors du Filz de Dieu et, par consequent, son sang et son ame, et par consequent, la tressainte Trinité. Mays neanmoins, ce divin Sacrement est principalement institué affin que nous receussions le cors et le sang de nostre Sauveur, avec sa vie vivifiante : comme les habillemens couvrent principalement le cors de l'homme, mais parce que l'ame est unie au cors, ilz couvrent par consequent l'ame, l'entendement, la memoire et la volonté. Alles bien simplement en cette croyance, et salues souvent le cœur de ce divin Sauveur qui, pour nous tesmoigner son amour, s'est voulu couvrir des apparences de pain, affin de demeurer tres familierement et tres intimement en nous et pres de nostre cœur.
Voyons bien en esprit les saintz Anges qui environnent ce tressaint Sacrement pour l'adorer, et en cette sainte octave respandent plus abondamment des inspirations sacrees sur ceux qui, avec humilité, reverence et amour, s'en approchent. Ma chere Fille, ces divins Espritz vous apprendront comme vous feres pour bien celebrer ces jours solemnelz, et sur tout l'amour interieur qui vous fera connoistre combien est grand l'amour de nostre Dieu qui, pour se rendre plus nostre, a voulu se donner en viande pour la santé spirituelle de nos cœurs, affin que, les nourrissant, ilz fussent plus parfaitz.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCVIII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Tendre au même but, sans vouloir " faire tout ce que les autres font. " - Se conduire selon la Règle, la grâce, l'obéissance.
Annecy, juin 1616 .
Ma tres chere grande Fille,
Selon mon advis, il n'y aura point d'inconvenient de laisser communier cette bonne Seur ; ains il faut, s'il est possible, arracher aux Seurs de la Congregation cette imperfection ordinaire aux femmes et filles, de la vaine et jalouse imitation. Il les faut affermir, s'il est possible, a ne vouloir pas toutes faire tout ce que les autres font, ains seulement a vouloir tout ce que les autres veulent : c'est a dire, a ne faire pas toutes les mesmes exercices, fors ceux de la Regle, ains que chacune marche selon le don de Dieu (1 Co 7,7); mais que toutes ayent cette unique et simple pretention de servir a Dieu, ayant ainsy toutes une mesme volonté, une mesme entreprise, un mesme projet, avec une grande resignation d'y parvenir une chacune selon les moyens que la Superieure et le Pere spirituel jugeront expediens. En sorte que celles qui communient plus souvent n'estiment pas moins les autres qu'elles, puisqu'on s'approche maintes fois plus pres de Nostre Seigneur en s'en retirant avec humilité, qu'en s'en approchant selon nostre goust propre ; et celles qui ne communient pas si souvent, ne se laissent point emporter en la vaine emulation. Il est vray qu'il ne faut pas permettre que la Regle soit outrepassee, sinon rarement, et pour des sujetz pareilz a celuy cy. Ma tres chere Fille, que nous serons heureux si nous sommes fideles ! Mon ame salue cordialement vostre esprit, que Dieu benisse de sa tressainte main. Amen.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCIX A MADAME DE LA FLéCHèRE Multiples démarches du Saint pour les affaires de sa fille spirituelle.- Encore Mme du Châtelard et sa vocation. - Paternelles excuses.
Annecy, 11 juin 1616.
Ma tres chere Fille,
J'ay bien receu toutes vos lettres, et eusse respondu si ceux qui les ont apportees m'en eussent donné la commodité. J'ay parlé a M. de la Roche , mais il partit tost apres, sans pouvoir voir M. de Monregard . Je m'asseure que M. Flocard vous fera response Voyla le monitoire que vous desiries. Je parleray a M. Bonfilz quand il viendra. J'ay escrit un billet a la dame Ennemonde ; je verray si on pourroit loger son filz . Mme du Chastelard est a la Visitation, qui proteste grandement de n'avoir jamais eu un seul brin de pensee contraire a la sainte inspiration qu'elle avoit eüe et laquelle elle sent plus forte que jamais ; et vrayement, c'est une bonne ame qui est en une bonne voye. Elle attend monsieur de Mont Saint Jean pour prendre le tems de sa retraitte, et cependant elle sera icy encor quelques jours. J'escris un billet sur le sujet de la chere fille , et m'en vay ce mesme matin a Sainte Catherine . Ma tres chere Fille, il faut bien supporter le Pere qui ne fait pas trop bien son devoir paternel, quoy qu'il aye un cœur non pareil pour sa tres chere fille, a laquelle il souhaite toutes saintes benedictions. Je m'asseure que nostre Mere vous escrira qu'il faut faire traitter Charles par les medecins, affin que l'enfleure de son ventre ne prenne pas suite ; pour le reste, il se porte bien.
11 juin 1616.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à la Visitation d'Annecy.
MCCX A LA MêME L'esprit humain en face de la tentation. - Danger de retarder l'exécution des bons désirs. - Compassion affectueuse de François de Sales pour un courage défaillant; ses espérances.
Annecy, 11 juin 1616.
Quant a la chere fille , je ne m'en metz pas fort en peine, quoy que je luy desire fort le bonheur auquel elle a esté appellee ; car d'un costé, j'espere que Dieu luy redonnera le courage necessaire a l'execution de son inspiration, n'estant pas grande merveille que son ame se soit un peu ralentie parmi les tracas que les mondains luy ont donné, et qu'elle se soit ressentie de la commune condition de l'esprit humain, sujet a la tentation de varier et chanceler lhors quil donne loysir a l'ennemi de l'attaquer ; et d'autre part, sil arrivoit que la tentation l'emportast, j'espere qu'elle ne l'emporteroit jamais du tout hors de la resolution qu'ell'a faite de servir fort affectueusement Dieu. Et en ce cas, bien que je serois tousjours marri de la voir un peu ravalee de son plus parfait dessein, si est ce que je ne laisserois pas de l'aymer tres cherement, et il me sera toute ma vie impossible de m'empescher de l'affectionner parfaitement en Nostre Seigneur.
Mays, comme je vous dis (note 541), si les plus fortz espritz, lhors qu'ilz different beaucoup l'execution de leurs bonnes resolutions, sont tentés de les quiter, il ne faut pas s'estonner que cette chere fille ayt esté touchee de cette attaque, a laquelle j'ay neanmoins bonne esperance qu'elle ne cedera pas enfin ; ains, ayant un peu repris haleyne, elle viendra plus forte, plus resolue et plus ardente que jamais. Salues-la, si vous le treuves bon, de ma part, quand vous la verres ou luy escrires.
Vives cependant toute a Dieu pour le louer a toute eternité, ma tres chere Fille. Amen.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXI A MADAME COLIN (INéDITE) Remerciements pour un beau présent.
Annecy, 13 juin 1616.
Madamoyselle, Je vous remercie bien humblement de la souvenance que vous aves de moy, tesmoignee par vostre lettre et vostre beau present, lequel certes, estant de prix, j'ay disputé en mon esprit si je devois l'accepter ; et ne l'eusse nullement fait, si ce n'eut esté de peur de contrister vostre charité, laquelle neanmoins en cela je treuve excessive et vous supplie de la moderer, au moins envers moy, qui, au demeurant, vous porteray a jamais dedans mon esprit pour vous souhaiter le comble de toutes benedictions, et a tout ce que vous cherisses le plus. Vives toute a Nostre Seigneur, ma chere Fille, et me croyes en luy, Vostre humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XIII juin 1616, Annessi.
A Madamoyselle Madamoyselle Colin.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Collonge, aumônier de la Visitation de Chambéry.
MCCXII A MADAME DE LA FLéCHèRE (INéDITE) Une rencontre qui ne serait pas à propos. - Différentes nouvelles.
Annecy, 25 juin 1616.
Ma tres chere Fille, Je ne pense pas quil fust a propos de faire cette premiere veuë ainsy courtement , outre que ces filles ne font quasi que de partir d'icy, ou elles ont demeuré 15 jours, et chacun voudroit sçavoir le pourquoy de leur retour ; et puisque vous reviendres icy bien tost, nous en parlerons avec la Mere , et on verra ce qui sera plus expedient. J'ay esté, de vray, entre sain et malade quelques jours, mais je n'ay pourtant eu qu'un acces de fievre. Je seray bien ayse d'accommoder ces deux parties dont vous m'escrives, mais je ne puis les faire venir s'il n'y a requeste de l'une des parties, ou de toutes deux, pour cela. Vives tous-jours toute a Nostre Seigneur, ma tres chere Fille, et me recommandes souvent a sa misericorde et bonté. Je suis inviolablement vostre. J'escrivis a M. Cochet et a madame la Comtesse aussi, pour la petite seur Gavent , mais la responce n'est qu'une remise. Je suis a jamais vostre, ma tres chere Fille. Amen.
XXIIIII juin 1616, Annessi.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.
MCCXIII A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Envoi de la Préface et de l'Oraison dédicatoire du Traitté de l'Amour de Dieu.
Annecy, vers le 27 juin 1616 .
Voyla la Preface et le projet de l'Orayson : voyes la et me la renvoyes; que je l'aye a un' heure et demi pour le plus tard, affin que je la face transcrire. Escrives moy vostre petit sentiment. Dieu vous benisse, ma tres chere Mere. A men.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Sérioh, curé de Saint-Vit (Doubs).
MCCXIV A LA MêME Un aumônier qui sera " bravement " remplacé par" un pauvre Evesque ".
Annecy, [mai-juillet 1616 .]
Penses, ma bien chere Mere, si je fus hier bien mortifié que n'eu pas seulement le loysir de vous envoyer un petit bon soir. Du moins, bonjour pour ce matin, ma tres chere Mere, et je vous demande si vous pourres avoir un P. Barnabite, car M. Roland est a conter de l'argent . Que sil ne se peut bonnement, renvoyes moy, et je vous prouvoyeray bravement, et, tout au fin pis, ce sera d'un pauvre Evesque que vous aymes comme vous mesme; aussi est il en tout, vostre.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Alzano (Italie).
MCCXV A MADAME DE LA FLéCHèRE Affaires et nouvelles. - Une prétendante pour le monde et une prétendante pour le cloître.
Annecy, commencement de juillet 1616 .
Vous n'aures pas si tost monsieur de Charmoysi , ma tres chere Fille, car il est .si galleux et plein de forondes quil ne peut bouger. Or, Dieu vous aydera en tout, sans doute, puisque vous aves toute vostre confiance en luy. M. Bonfilz est a Chamberi. Le P. Commissaire vous escrit la ci jointe par laquelle vous verres ce quil desire. Je croy bien quil se pourra faire que Mlle de Chantal vienne quand on vestira Mlle d'Avise , et seroit a propos de faire la veue ; mays je n'ay point veue (sic) nostre Mere despuis vostre depart qu'une seule fois a la Messe, et je luy parleray et vous advertiray asses a tems. Elle fait prou, la pauvre chere niece, et je croy qu'on l'a mis des hier a l'essay pour commencer tous les exercices. Je ne receu qu'hier bien tard vostre lettre et celle de monsieur de Mont Saint Jean , et des-ja l'autre jour que nostre Mere me le fit sçavoir, je luy escrivis en un billet ce qui! me sembloit estre a propos de respondre, et je croy qu'elle vous l'aura communiqué. Je vous escris par cette mauvaise commodité qui me presse sans merci. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma tres chere Fille.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
MCCXVI A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Le " petit empressement" de Mme de la Fléchère. - Une visiteuse qu'il faudra bien accueillir.
Annecy, commencement de juillet 1616 .
Ma tres chere Mere,
Vous verres par ces deux lettres le petit empressement que Mme de la Flechere a pour marier son neveu a nostre fille ; il luy est advis qu'il ne faut qu'estre filz de nostre Mere pour estre bien heureux. Or, elle m'en escrit comme si je luy avois promis quelque chose, ou qu'elle se fut fort avancee avec moy en paroles ; et il y a au fin moins 6 moys que je n'en ay rien appris. Mays il faut treuver bon tout cela, et qu'elle s'addresse plus tost a moy qu'a vous, car aussi faut-il. Toutefois je ne sçai que luy dire sur sa proposition, si vous ne le me dites. Je vous expliqueray sa premiere lettre demain a quelqu'heure, Dieu aydant. Ce pendant, escrives moy vostre conception, affin que je face repartir le laquay, lequel est arrivé tandis que j'estais occupé parmi cette bonne compaignie que nous avons eu a disner. Si la bonne Mme de Rochefort vous va voir, faites la entrer et caresses-la bien, car cet (sic) une bonne fille ; ma Seur Claude Simplicienne est sa voysine, et Mme de la Forest , de sa connoissance. Je ne sçai si Mme de la Forest vous aura point parlé de ces amours que la bonne seur affectionne si fort. Or, bon soir, ma tres chere Mere; Dieu vous comble de benedictions comme moymesme. Amen.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nice. MCCXVII A LA SOEUR COTON, NOVICE DE LA VISITATION DE LYON Désirer l'amour infiniment désirable. - La contrition doit toujours être accompagnée de confiance.
Annecy, juillet 1616.
VIVE JESUS !
Je fus certainement consolé, ma tres chere Seur, de la lettre que vous m'escrivistes l'autre jour, y voyant de bonnes marques du desir que vous aves d'aymer Dieu de toute vostre ame. Que vous puis-je dire, sinon que vous perseveries a desirer l'amour qui ne peut jamais estre asses desiré, estant infiniment desirable ? Pour l'absolution de vos pechés de tant d'annees que vous me demandies, ma tres chere Fille, vous deves sçavoir que Dieu, par sa bonté, les aura effacés au mesme instant que vous luy voulustes donner vostre cœur, par la resolution que son inspiration vous fit prendre de ne vivre plus que pour luy. Neanmoins, ma chere Seur, vous pourres utilement repeter souvent la priere de ce Penitent qui disoit (Ps 1,4) : Seigneur, laves moy davantage de mon iniquité et me nettoyes de mon peché ; pourveu que ce soit avec une vraye et simple confiance en cette souveraine Bonté, vous asseurant que sa misericorde ne vous manquera pas. Soyes donq bien toute a Dieu, marches en simplicité dans le chemin ou la Providence vous a mise; elle vous tiendra de sa main et vous conduira au port que vous desires de l'aymable eternité, pour laquelle vous aves esté creee. Pries reciproquement pour mon ame.
FRANçs, E. de Geneve. Dieu soit beni.
MCCXVIII A M. MICHEL FAVRE (INéDITE) Les retards d'un voiturin. - Deux fautes notables à corriger au Traitté de l' Amour de Dieu. - Pourquoi le Saint redoute les excès de courtoisie de M. Rigaud. - Messages et commissions. - Envoyer un exemplaire de l'ouvrage à l'Archevêque de Vienne.
Annecy, 8 juillet 1616.
Monsieur Michel, mon Ami,
Je suis marri de la peine en laquelle monsieur Rigaud s'est mis pour la Praeface , que je m'asseure vous aurés recëue des maintenant par un voiturin qui porte une charge de soye a M. Magnin , qui m'a promis de faire rendre le paquet soudain quil serait arrivé. Et vous treuveres les lettres et la Prœface mesme de longue datte, par ce que tout estoit prest des la veille de saint Pierre (note 582), que le mesme voiturin devoit partir, mais alla despuis retardant jusques a mardi passé ; et si j'eusse treuvé commodité plus tost, la chose eut encor esté plus avancée. Mays ce que monsieur Rigaud m'avoit assigné la fin de l'impression au 20 de ce moys, m'a empesché d'aller plus viste ; mays il me pardonnera bien cette faute. Et a propos de faute, il y en a deux notables au livre, dont l'une est de l'imprimeur, qui a obmis une ligne entiere ; l'autre est de moy, qui ne sçai ou j'avois l'esprit quand j'escrivis les [quatre) vers [qui sont ] en la page 725, ligne 8, desquelz je vous envoye la correction, et vous prie qu'en toute façon on les oste pour y mettre ceux que je vous envoye; car ces vers ainsy quilz sont, sont capables de fascher plusieurs lecteurs et les degouster . J'ay encor fait un'autre faute remarquable et digne de mon inadvertence ordinaire : c'est qu'au septiesme Livre, le tiltre du Livre et le tiltre du premier chapitre sont de mesme (en la page 369), la ou le tiltre du chapitre devait estre :
COMME L'AMOUR FAIT L'UNION DE L'AME AVEC DIEU EN L'ORAYSON .
Mays pour celleci, il n'importe pas tant comme de celle des vers, a laquelle il faut tout a fait remedier. Il y a bien quelques autres fautes, mais il en faut remettre la correction a la 2e impression que, Dieu aydant, l'on fera .
Salues bien fort monsieur Rigaud, lequel, quoy que je desire bien de voir pour l'amitié quil me porte, neanmoins je ne voudrais pas d'ailleurs quil prit la peine de venir, de peur de son incommodité.
Nous vous attendrons donq dans dix ou douze jours, et nos cheres Seurs , que je salue de tout mon cœur.
Je voudrais bien avoir un livre intitulé : Adagia sacra Martini del Rio, Societatis Jesu ,. je croy que M. Cardon les a imprimés .
J'ay sceu la courtoysie que M. Rigaud use a l'endroit des serviteurs de ceans ; cela m'oblige fort, mais j'ay peur quil n'en face trop, et cela me tiendra retenu a ne demander pas certains autres livres que je desirois, lesquelz je ne sçaurois pas cotter par ce que je ne sçai pas leur tiltre, dautant que ça esté le P. Grangier qui m'en a donné l'envie lhors quil passa icy.
Si je ne vous escris plus avant vostre depart, je vous prie de saluer le R. P. Recteur et le P. Grangier, et les PP. Monet et Fichet ; item, le P. Philippe , monsieur de Saint Nizier et tous ceux qui me font la faveur de m'aymer.
Je vous escrivis pour avoir un petit Combat spirituel de ceux qui sont imprimés a Paris, par ce que tout y est, car si ilz estait (sic) imprimés a Lyon avec tout le mesme, ce me serait tout un .
Si monsieur de Media n'avait pas achetté les litz pour mes nieces, je le prie de ne les pas achetter encor jusques a ce que je luy escrive . Cependant, salues-le tres fort de ma part, et madamoyselle Colin et madame Vulliat (L6, note 456).
Je voudrais bien que l'on envoyast de ma part un livre a Monseigneur de Vienne, mon Archevesque , car il prendrait avec rayson en mauvaise part si, luy estant ce que je luy suis, je ne luy en offrais pas un. A cett' intention, je vous envoye une lettre pour luy, que monsieur de Media prendra la peine de luy faire tenir. Pour les autres a qui je desire qu'on en presente, comme la Reyne et quelques Princesses, cela se fera a loysir, et suffit que ce soit avant que ces Traittés se publient a Paris .
Si monsieur Rigaud veut absolument venir, nous le traitterons avec tout le cœur, car en verité, il m'oblige fort. Dieu soit avec vous. Amen.
Le 8 julliet 1616.
A Monsieur
[Monsieur] Michel Favre.
Chez monsieur Rigaud.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Venise. MCCXIX AU CARDINAL ROBERT BELLARMIN (MINUTE EN LATIN) Eloge des deux premières Communautés de la Visitation. - Un mot de saint Grégoire. - Chant doux et grave des Sœurs. - L'avis de l'Archevêque de Lyon; condescendance du Fondateur. - Trois particularités qu'il faudrait faire approuver par le Saint-Siège. - Raisons de ces demandes.
Annecy, 10 juillet 1616.
Illustrissime et Révérendissime Seigneur, et par moi très vénéré dans le Christ, Ignoré de Rome et du monde, je viens, selon la charité qui est dans le Christ, présenter à un Cardinal très connu et très aimé du monde et de Rome une confiante prière. Nous avons, tant ici qu'à Lyon, deux Congrégations de vierges et de veuves qui, bien que méritant plus exactement le nom d'Oblates que celui de Religieuses ou de Moniales, ne laissent pas de pratiquer très saintement la chasteté et la céleste pureté, d'embrasser en toute simplicité l'obéissance et de suivre très religieusement la pauvreté. Sans que leur Règle les assujettisse à la clôture, la ferveur de leur âme la leur fait observer presque perpétuelle, car il leur faut des raisons très graves et très saintes pour mettre le pied hors de leur maison. Par contre, à des heures diversement et convenablement réparties le long de la journée, elles récitent ensemble, au chœur, le petit Office de la Bienheureuse Vierge, et avec un chant si heureusement adapté aux règles de la piété, qu'il serait difficile de dire si la douceur l'emporte sur la gravité, ou la gravité sur la douceur. Quant à cette prière angélique qu'on appelle oraison mentale, elles y consacrent pareillement, et avec le plus grand fruit, deux heures, l'une le matin, l'autre le soir. Et, pour conclure d'un mot, elles me paraissent rappeler ces femmes dont saint Grégoire de Nazianze parle en termes si magnifiques à Hellénius (Carm. II, 2, 1), n'hésitant pas à les appeler de célestes et très belles étoiles du Christ.
Or, il n'y a pas bien longtemps, étant allé saluer Mgr le Révérendissime Archevêque de Lyon , et nous étant tous deux entretenus de l'état de nos affaires ecclésiastiques, la conversation tomba, entre autres choses, sur ces deux Congrégations de femmes, qui sont en si bonne odeur dans l'un et l'autre diocèse, qu'il semblerait de toute importance de leur donner une constitution régulière. Et comme l'Archevêque faisait remarquer l'avantage qu'il y aurait à les amener tout d'abord à embrasser une Règle religieuse parmi celles que l'Eglise a approuvées, avec la clôture et les vœux solennels, je me suis, moi aussi, facilement rallié à cette opinion, tant à cause de l'autorité particulière qu'a sur moi ce grand personnage, de son expérience et de sa piété bien connues de tous, qu'à cause de la gloire attachée à ce titre d'Ordre religieux dont il semble que ces Congrégations, d'ailleurs très pieuses, recevraient un grand lustre. Ainsi fut-il donc décidé entre nous. Et nous étant mis à l'œuvre, ce fut merveille que la douce et facile inclination de cœur vers l'obéissance que nous rencontrâmes chez les Sœurs.
Les devoirs religieux qui remplissent leur vie n'ont que trois particularités, mais qui leur tiennent extrêmement à cœur, et dont la concession par le Siège Apostolique enlèverait à ce changement d'état tout ce qu'il pourrait avoir de dur ou d'amer. Or, ces particularités sont de telle nature, qu'à mon avis, elles ne s'opposent nullement à la clôture et à l'état religieux des Instituts de femmes, et que, si nous en croyons les gens les plus au courant de notre situation en France, elles y auraient pour effet, non d'amoindrir la piété, mais plutôt de l'exciter grandement.
Le premier point, c'est de n'être pas obligées à l'Office des clercs, à savoir au grand Office, mais seulement au petit Office de la Bienheureuse Vierge. Et voici le motif de ce désir : ces Congrégations admettent fort souvent des personnes déjà d'un certain âge, qui ne pourraient qu'à grand'peine s'habituer au grand Office avec toutes ses rubriques. En outre, ce petit Office de la Sainte Vierge est. par elles récité avec une scrupuleuse observance des tons, accents et pauses, ce qu'elles ne pourraient absolument pas s'il leur fallait réciter un Office plus long. Cela est d'autant plus digne d'être pris en considération, que, de toutes les femmes du monde entier, il n'en est point qui prononcent le latin aussi défectueusement que les françaises, à qui il serait vraiment impossible, dans une telle variété d'Offices, de Leçons et de Psaumes, d'observer exactement les lois de l'accentuation et de la prononciation. C'est en effet une grande pitié que la prononciation que l'on entend dans la plupart des monastères de femmes, et dont l'étrangeté va jusqu'à exciter le .rire chez des auditeurs d'ailleurs bien disposés, et la moquerie, sinon le scandale, chez les demi-savants et les hérétiques.
Un second point. c'est la permission qu'elles accordent à des veuves de venir, pendant des années parfois, habiter avec elles, en costume séculier, très modeste il est vrai, pour se livrer aux pieux exercices de la Congrégation; et cela, non pas sans doute à toutes les veuves, mais à celles-là seules qui, désireuses d'entrer en Religion, et, en attendant, songeant d'une manière sérieuse à donner congé au siècle et aux sollicitations matrimoniales, cherchent prudemment à cacher ce trésor de la chasteté, qu'elles portent dans des vases fragiles,(2 Co 4, 7) de crainte que, le portant en leurs mains sous le regard des enfants des hommes, elles ne l'exposent à devenir la proie des voleurs.(Mt 6,19 ; 13, 44)
Et voici la raison de ce désir : telle est, dans ces pays-ci, la liberté hardie des hommes à harceler les veuves, même les plus pieuses, de leurs conversations et provocations mondaines, que celles qui veulent pratiquer la véritable viduité, ont de la peine à le faire en toute sécurité ; à quoi on obvie très heureusement par ce moyen. L'obéissance et la clôture presque complète à laquelle ces veuves s'astreignent (car à peine leur arrive-t-il de sortir une ou deux fois par an pour régler leurs affaires domestiques), nous autorisent à croire que la pratique dont nous parlons, loin d'avoir des inconvénients, offre au contraire plusieurs avantages. Elle présente même beaucoup moins de péril que celle qui, dans la plupart des monastères les plus pieux, permet aux Sœurs converses d'aller et de venir pour des raisons d'affaires ; et la difficulté n'y est guère plus grande que dans la coutume, pourtant généralement admise, de recevoir des jeunes filles dans les monastères pour y faire leur éducation. Qu'importe-t-il, en effet, qu'une jeune fille soit reçue dans un couvent pour y être instruite, ou une veuve pour y conserver la chasteté ? Ce sont là des considérations auxquelles souscrira quiconque sera bien au courant des mœurs Troisième point. Outre les veuves dont nous venons de parler et qui se proposent sincèrement de renoncer au siècle, il leur arrive aussi d'admettre des femmes engagées dans les:liens du mariage, qui, voulant entreprendre une vie nouvelle dans le Christ, et faire, avec la préparation de quelques exercices spirituels, ce qu'on appelle une confession générale, ont besoin de se retirer pour plusieurs jours en quelque lieu éloigné des bruits du monde. Quels fruits abondants produit cette sainte et courte hospitalité, on ne saurait assez le dire ; car ce n'est pas là seulement une question de repos, mais de condescendance au sentiment de pudeur, de réserve et d'honnêteté, naturel à leur sexe, que l'on ménage en les mettant en rapport avec leurs confesseurs par une petite fenêtre munie d'un treillis de fer, pratiquée tout exprès pour les confessions des Sœurs ; là, elles reçoivent des enseignements salutaires qu'elles peuvent ensuite, avec quelqu'une des Sœurs, méditer à loisir.
Or, s'il existe des raisons de piété qui autorisent les femmes à franchir de temps en temps la clôture des couvents de Religieuses (et il en existe), il convient de compter ces deux-là parmi les principales, à condition toutefois qu'on n'en use qu'avec l'approbation écrite de l'Ordinaire ou de son vicaire général, et pour autant que ces pratiques ne porteront aucun préjudice à la discipline régulière. Que s'il est permis de tirer du passé des conjectures pour le présent et pour l'avenir, il n'est certainement rien de plus saint, rien de plus utile ; aussi faut-il espérer que, n'ayant eu jusqu'à ce jour que les plus heureux résultats, il en sera de même dans la suite.
Au reste, Mgr le Révérendissime Archevêque de Lyon possède un intercesseur d'un très grand crédit dans la personne de l'Ambassadeur du Roi très chrétien ; et les Sœurs de cette ville peuvent elles-mêmes compter sur les prières très puissantes de la Sérénissime Duchesse douairière de Mantoue qui les aime beaucoup . Pour moi, très éminent Cardinal, c'est à votre unique intercession que j'ai recours. Vous êtes, en effet, le seul membre de cet auguste Collège apostolique que j'aie l'honneur de connaître (note 517)
; et étant à même d'apprécier parfaitement nos affaires de ce côté des Alpes, vous pouvez faire entendre aux autres que le progrès des choses divines doit être procuré, ici d'une manière, là d'une autre, selon les différences de mœurs et de pays. Enfin, comme garant de votre commisération à l'égard de ce pauvre diocèse, j'ai vos livres des Controverses , et, pour gage de votre bienveillance à l'égard des âmes dévotes, j'ai votre dernier-né et tant aimable Benjamin ; ce qui ne me laisse aucun doute.
Aussi, me confiant aux excellentes dispositions de Votre Illustrissime Seigneurie pour les gens de bien et leurs efforts pour le bien, je lui demande instamment et la supplie, m'en rapportant à sa prudence, d'appliquer à la poursuite et au bon succès de cette affaire toute l'autorité qu'elle possède .
Adieu, très célèbre, très grand et très illustre Prélat; veuillez, pour l'amour du Christ, m'excuser et m'aimer: je vous en prie et supplie humblement.
FRANçOIS, Evêque de Genève.
Annecy en Genevois, 10 juillet ,
AUTRE MINUTE DE LA LETTRE PRéCéDENTE (L1, note 24) (FRAGMENT INéDIT EN LATIN)
Illustrissime et Révérendissime Seigneur, très vénéré dans le Christ, Ignoré du monde et de Rome, très indigne d'être appelé évêque, (1 Co 15,9)
mais marchant en simplicité (Pr 10,9), j'aborde avec confiance, selon la charité qui est dans le Christ. un Cardinal, de tous le plus illustre, et le plus connu de moi et du monde entier. Nous possédons ici une Congrégation de veuves et de vierges qui, bien qu'elles semblent être en vérité plutôt des Oblates que des Moniales proprement dites, respirent pourtant une telle piété que je ne crains pas d'en dire ce que saint Gregoire de Nazianze affirmait jadis de leurs pareilles : N'ayant dans mon diocèse qu'un petit nombre de ces femmes, je suis tellement fier et joyeux de posséder ces célestes et très belles étoiles du Christ que, pour l'excellence de la vertu, je ne redouterais pas la comparaison de ma petite troupe avec d'autres bien plus nombreuses.
Elles observent très rigoureusement la chasteté, très simplement l'obéissance, très religieusement la pauvreté.
Le mien et le tien,- ces froides paroles - non seulement on ne les saisit pas sur leurs lèvres, mais elles n'arrivent pas à leur cœur. Et elles embrassent d'une telle ardeur la modestie, la réserve chrétienne que, bien que non obligées à la clôture par une Règle, elles n'en gardent pas moins, par suite de leur ferveur d'esprit, une clôture presque perpétuelle. Jamais, en effet, sans des motifs très graves et très pieux, elles ne mettent le pied hors de leur maison ; et jamais non plus elles n'en permettent l'entrée à aucun homme, sauf des cas d'extrême urgence et nécessité, reconnus tels par un écrit de notre main.
Elles ont une église, et dans cette église un autel extérieur pour la célébration de la Messe, et, à l'intérieur, un chœur où elles se réunissent chaque jour à des heures fixées pour chanter en commun l'Office de la Bienheureuse Vierge. Leur chant est si heureusement adapté aux règles de la piété, qu'on ne saurait dire si, dans leur psalmodie, la douceur l'emporte sur la gravité, ou la gravité sur la douceur.
En outre, elles sont très adonnées à cette prière angélique qu'on appelle oraison mentale. Pour conclure en peu de mots, ce sont des épouses du Christ, vivantes images de ces illustres dames de l'antiquité chrétienne : les Paule, les Marcelle, les Eustochium, les Mélanie.
Cependant, trois ou quatre usages leur sont particuliers, qui semblent fort propres, au jugement de la plupart de ceux qui connaissent nos mœurs de ce côté-ci des monts, à promouvoir la piété.
Premièrement, elles admettent parfois chez. elles des séculières, non pas toutes et au hasard, mais seulement celles qui, voulant faire des confessions générales et vaquer aux exercices qu'on appelle spirituels, ont besoin, dans ce but, de se retirer durant quelques jours dans un endroit éloigné des tracas du monde. Et certes, quelle abondance de fruits produit cette sainte hospitalité, nul ne saurait l'exprimer. En effet, la grande liberté qui unit la vie des hommes, en ces contrées, à celle des femmes, empêche le plus souvent celles-ci de se préparer, dans l'intérieur de leur famille, par des exercices convenables, à la contrition et à une intime douleur .de leurs fautes. On leur rend ainsi service. De plus, on pourvoit également à leur modestie et à leur réserve ; car, aux confesseurs appelés, elles accusent leurs péchés à travers les grilles et les petites fenêtres arrangées à cette fin pour les confessions des Sœurs Oblates. En cela, aucun danger, surtout en ces pays-ci, ne semble à craindre.
Le second usage est qu'elles permettent parfois à des veuves d'habiter chez elles, même durant plusieurs mois ; à des veuves, dis-je, qui, voulant être des veuves véritables, cherchent à cacher, pendant quelque temps, pour dire adieu au monde et aux solliciteurs en mariages, le trésor qu'elles portent dans des vases d'argile (2 Co 4,7), de peur que, le portant dans leurs mains, au vu de tous, il ne leur arrive d'en être dépouillées par des larrons (Mt 6,19 ; 13,44). Et dans ce genre d'hospitalité non plus, comme on n'a trouvé (vu les mœurs de ces régions) aucun péril, on y a aussi trouvé beaucoup d'avantages.
Le troisième point consiste en ce qu'elles ne récitent pas l'Office ecclésiastique, mais seulement celui de la Très Sainte Mère de Dieu : ce qu'elles font, parce qu'on reçoit fréquemment chez elles des sujets d'âge avancé, qui pourraient bien malaisément apprendre le grand Office. D'autre part, elles récitent ce petit Office facilement, marquant avec une parfaite netteté les mots, les accents et les pauses ; ce qui leur serait impossible dans la récitation du grand Office. .
En quatrième lieu, elles peuvent rejeter les sujets incorrigibles, à la condition toutefois d'avertir préalablement l'Evêque, d'attendre sa décision, et de restituer à la personne renvoyée tout ce qu'elles en avaient reçu. Ce fait d'ailleurs ne s'est jamais produit jusqu'à ce jour. Tout le reste de leurs observances n'offre absolument rien à signaler.
J'ai proposé tout ceci parce que, si, tout en maintenant ces diverses prescriptions, le Souverain Pontife voulait qu'elles se constituassent en Ordre religieux, je réaliserais facilement son désir en les soumettant à la Règle de saint Augustin et en les réduisant à la clôture selon l'esprit du Concile de Trente.
Que du moins Sa Sainteté, qui a la charge de tous et doit se faire tout à tous, daigne leur accorder des Indulgences et en enrichir leur église; qu'Elle daigne les encourager à progresser dans la piété par sa paternelle et Apostolique Bénédiction ; car la plupart de ces femmes et de ces vierges sont de haute noblesse et issues de parents illustres, et cette Congrégation tout entière est respectée des hérétiques eux-mêmes, tant 5a piété sait triompher de l'obstination des ennemis même de la piété.
…………………………………………………………………………. (La suite manque)
Revu sur l'Autographe appartenant a M. le chanoine Collonge, aumônier de la Visitation de Chambéry
MCCXX A M. MELCHIOR DE CORNILLON, SON BEAU-FRèRE " La plus favorable condition " que nous puissions attendre de la mort.- Remercier Dieu quand il nous laisse ceux que nous aimons ; acquiescer à sa volonté lorsqu'il nous les ôte.
Annecy, 13 juillet 1610.
Monsieur mon cher Frere,
La longueur du tems que monsieur vostre pere a vescu et les-dernieres langueurs qui vous ont, il y a quelque tems, annoncé son trespas et menacé de son absence future, vous auront donné sujet de vous resoudre en la perte du bonheur que vous avies de le sentir encor en ce monde ; car en somme, puisque nul n'est exempt de la mort, la plus favorable condition que nous puissions avoir d'elle, c'est quand elle nous laisse longuement jouïr de ceux a qui nous appartenons. Il faut donq loüer Dieu et le benir de la faveur qu'il vous a faite de vous avoir longuement maintenu ce pere, et acquiescer a la volonté par laquelle il vous l'a osté maintenant. Pour moy, je ne veux point icy user des termes ordinaires avec vous ; le lien qui me tient attaché a vostre amitié et service vous servira de gage et d'asseurance que je rendray bien mon devoir a prier pour le defunct et honnorer sa memoire, et, quant au reste, je suis, Monsieur mon Frere, Vostre plus humble frere et fidelle serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le 13 julliet 1616, Annessi.
MCCXXI A M. CLAUDE FEYDEAU DOYEN DE NOTRE-DAME DE MOULINS Remerciements à un protecteur du futur monastère de la Visitation de Moulins, auteur de " belles oraysons. "
Annecy, 17 juillet 1616.
Monsieur,
Ces bonnes Seurs de la Visitation qui iront la commencer une nouvelle Congregation, ne pourront qu'estre grandement consolees, puisque vous les protegeres au nom de Monseigneur l'Archevesque de Lyon, par l'authorité episcopale ; et loüe Dieu de l'affection que vous tesmoignes a ce bon œuvre, duquel j'espere que vous aures contentement . Cependant je vous rens graces des belles oraysons que vous m'aves communiquees, et du tiltre des beaux livres que vous aves ornés de vostre labeur , lesquelz je m'essayeray de voir, et, en correspondant a vostre dilection, tesmoigner, si jamais j'en ay le pouvoir, que je suis, Monsieur, ……………………….. A Monsieur
Monsieur Feydeau, Docteur en Theologie,
Doyen de N. Dame de Moulins.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Orléans.
MCCXXII AU MêME (FRAGMBNT) Le Saint recommande ses Filles au délégué de l'Archevêque de Lyon.
Annecy, vers le 22 juillet 1616.
Puisque Monseigneur de Lyon vous a establi son vicaire pour l'establissement et le progres de la Congregation de la Visitation de Moulins, c'est donq a vous, Monsieur, que j'addresse ces quatre lignes, affin que sous vostre authorité spirituelle , elles servent a ce dessein Dieu, qui, comme je l'espere, benira leur bonne volonté et leur desir………………………
Revu sur le texte inséré dans les Annales de la Visitation de Moulins, conservées au Monastère de Nevers.
MCCXXIII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Un service apostolique. - Quand est bonne la défiance de soi; quand redoutable. - Dieu ne laisse jamais succomber ceux qui se confient en lui.- Accord de l'humilité, de l'obéissance et de la simplicité. - Avantages des infirmités corporelles. - Quelle est la plus rare vertu. - Sur quoi doit se fonder la charité envers le prochain. - Bénédiction paternelle.
Annecy, 22 juillet 1616.
Le service que vous alles rendre a Nostre Seigneur et a sa tres glorieuse Mere, est apostolique; car vous alles assembler, ma tres chere Fille, plusieurs ames en une Congregation, pour les conduire, comme une nouvelle bande, a la guerre spirituelle contre le monde, le diable et la chair, en faveur de la gloire de Dieu ; ou plustost, vous alles former un nouvel essaim d'abeilles qui, en une nouvelle ruche, fera le mesnage du divin amour, plus delicieux que le miel (Ps 18,11 ; Eccli 24,27).
Or, alles donq toute courageuse, en une parfaite confiance en la bonté de Celuy qui vous appelle a cette sainte besoigne. Quand est ce qu'aucun espera en Dieu et qu'il fut confus (Eccli 2,11 ; Ps 31,1) ? La desfiance que vous aves de vous mesme est bonne tandis qu'elle servira de fondement a la confiance que vous deves avoir en Dieu ; mais si jamais elle vous portoit a quelque descouragement, inquietude, chagrin et melancholie, je vous conjure de la rejetter comme la tentation des tentations ; et ne permettes jamais a vostre esprit de disputer et repliquer en faveur de l'inquietude ou de l'abbattement de cœur auquel vous vous sentires penchee, car cette simple verité est toute certaine : que Dieu permet arriver beaucoup de difficultés a ceux qui entreprennent son service, mays jamais pourtant il ne les laisse tomber sous le faix tandis qu'ilz se confient en luy. C'est, en un mot, le grand mot de vostre affaire, de ne jamais employer vostre esprit pour disputer en faveur de la tentation du descouragement, sous quel pretexte que ce soit, non pas mesme quand ce seroit sous le specieux pretexte de l'humilité.
L'humilité, ma tres chere Fille, fait refus des charges, mais elle n'opiniastre pas le refus ; et estant employee par ceux qui ont le pouvoir, elle ne discourt plus sur son indignité quant a cela, ains croit tout, espere tout, supporte tout avec la charité (1 Co 13,7) ; elle est tous-jours simple. La sainte humilité est grande partisane de l'obeissance, et comme elle n'ose jamais penser de pouvoir chose quelcomque, elle pense aussi tous-jours que l'obeissance peut tout; et comme la vraye simplicité refuse humblement les charges, la vraye humilité les exerce simplement.
Vostre cors est imbecille, mays la charité, qui est la robbe nuptiale (Mt 22,11), couvrira tout cela. Une personne imbecille excite a un saint support tous ceux qui la connoissent et donne mesme une tendreté de dilection particuliere, pourveu qu'elle tesmoigne de porter devotement et amiablement sa croix. Il faut estre egalement franche a prendre et demander les remedes, comme douce et courageuse a supporter le mal. Qui peut conserver la douceur emmi les douleurs et alangourissemens, et la paix entre le tracas et multiplicité des affaires, il est presque parfait ; et bien qu'il se treuve peu de gens, es Religions mesmes, qui ayent atteint a ce degré de bonheur, si est ce qu'il y en a pourtant et y en a eu en tout tems, et faut aspirer a ce haut point. Chacun presque a de l'aysance a garder certaines vertus et de la difficulté a garder les autres, et chacun dispute pour la vertu qu'il observe aysement et tasche d'exagerer les difficultés des vertus qui luy sont malaysees. Il y avoit dix vierges, et n'y en avoit que cinq qui eussent l'huyle (Mt 25, 1) de la douceur misericordieuse et debonnaireté. Cette egalité d'humeur, cette douceur et suavité de cœur est plus rare que la parfaite chasteté, mais elle n'en est que plus desirable. Je la vous recommande, ma tres chere Fille, parce qu'a icelle, comme a l'huyle de la lampe, tient la flamme du bon exemple, n'y ayant rien qui edifie tant que la charitable debonnaireté.
Tenes bien la balance droitte entre vos filles, a ce que les dons naturelz ne vous facent point distribuer iniquement vos affections et bons offices. Combien y a-il de personnes maussades exterieurement, qui sont tres aggreables aux yeux de Dieu ! La beauté, la bonne grace, le bien parler donnent souvent des grans attraitz aux personnes qui vivent encor selon leurs inclinations ; la charité regarde la vraye vertu et la beauté cordiale, et se respand sur tous sans particularité.
Alles donq, ma chere Fille, a l'œuvre pour laquelle Dieu vous a esleuë. Il sera a vostre dextre, affin que nulle difficulté ne vous esbranle (Ps 15,8) ; il vous tiendra de sa main, affin que vous suivies sa voye (Ps 72, 24). Ayés donq un grand courage, non seulement grand, mais de grande haleine et de grande duree, et pour l'avoir, demandés-le souvent a Celuy qui seul le peut donner ; et il le vous donnera, si en simplicité de cœur vous correspondes a sa grace. L'amour, paix et consolation du Saint Esprit soit a jamais en vostre ame (Ac 9,31). Amen.
Vous estes ma fille, et d'une dilection paternelle je vous donne la sainte benediction. De Dieu benite soyes vous en allant, en demeurant, en servant Dieu, en servant le prochain, en vous humiliant jusques dans vostre neant, en vous relevant jusques dedans vostre Tout ; et Dieu soit uniquement vostre tout, ma tres chere Fille. Amen.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCXXIV A LA SOEUR BAILLY, RELIGIEUSE DE LA VISITATION (INéDITE) Bonheur, qualités et vertus d'une fondatrice d'une Maison religieuse.
Annecy, 22 juillet 1616.
Vous estes bien heureuse, certes, d'aller servir a la fondation d'une nouvelle Congregation de servantes de Dieu, car c'est un office angelique. Contribues y donq de bon cœur vostre personne et tout ce qui en depend ; joignés l'humilité a la sainte confiance et allegresse d'esprit,.vous resouvenant qu'en l'ancienne Loy; on recevoit au Tabernacle l'offrande de ceux qui, n'ayans autre chose, presentoyent de bon cœur des poilz de chevre (Ex 35,26) pour faire le cilice duquel le Tabernacle estoit couvert (Ex 36,14). Alles joyeusement donq, et, telle que vous estes, offres-vous humblement a ce saint service de Nostre Seigneur. Aymés perseveramment vostre propre abjection ; cherisses le mespris et caresses les croix que Dieu peut estre permettra vous arriver. Tenes vous ferme en la sainte douceur, et Dieu vous benisse a jamais, ma tres chere Fille, comme en son nom je vous benis. A men, ainsy soit il.
FRANçs, E. de Geneve.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Rome
MCCXXV A LA SOEUR HUMBERT, RELIGIEUSE DE LA VISITATION Assurance et remède contre les tentations. - Ne pas s'affliger de ce qui ne peut séparer de Notre-Seigneur. - Souhaits et bénédictions.
Annecy, 22 juillet 1616.
A ma tres chere Fille, ma Seur Marie Avoye Humbert. Ne vous troubles nullement pour ces imaginations et pensees estranges ou terribles qui vous arrivent, car, selon la veritable connoissance que j'ay de vostre cœur, je vous asseure devant Nostre Seigneur que vous n'en pouves encourir aucun peché. Et pour vous affermir en cette creance, a la fin de vostre exercice du matin, desadvoués par une courte et simple aversion toutes sortes de pensees qui sont contraires a l'amour celeste, comme disant : Je renonce a toutes cogitations qui ne sont pas pour vous, 0 mon Dieu; je les desadvoue et rejette a jamais. Puys, lhors qu'elles vous attaquerons. (sic), vous n'aures rien a dire, sinon par fois : 0 Seigneur, je les ay rejettees, vous le sçaves. Quelquefois, vous bayseres yostre croix, ou feres quelqu'autre signe que vous confirmes vostre desaveu. Et ne vous faches point, ne vous tormentes point, puisque tout cela non seulement ne vous separe point de Nostre Seigneur, mais vous donne sujet de vous unir de plus en plus a sa misericorde. Alles donq doucement et suavement en paix, servir Dieu et Nostre Dame ou vous estes appellee par leur volonté, et la grace et consolation de son Saint Esprit soit a jamais, avec vous (Ac 9,31 ; Col 4, fin)Amen Ma tres chere Fille, vives en Dieu doucement et simplement, avec un continuel amour de vostre propre abjection, et un grand courage a servir Celuy qui, pour vous sauver, est mort en la +.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nevers.
MCCXXVI A LA SOEUR DE LA CROIX, RELIGIEUSE DE LA VISITATION Pourquoi la destinataire a été choisie pour une fondation, malgré sa jeunesse.
Annecy, 22 juillet 1616.
VIVE JESUS !
Vous estes employee bien jeune a de grandes œuvres : cela vous doit faire humilier profondement, et vous faire resoudre a fidellement obeir aux Regles et a vostre Superieure ; car c'est pour [ce] service qu'on vous a choisie, affin que, comme d'autres serviront de bon exemple aux filles plus avancees en aage qui se rangeront a la Congregation, vous servies aussi de patron aux plus jeunes ; ce qui est extremement important, car Dieu ayme tres particulierement les premices des annees et desire qu'elles luy soyent consacrees (Eccli 6,18 ; Ap 14,4). Alles donq bien sagement, ma chere Fille ; faites que vostre humilité, obeissance, douceur et modestie serve de miroir aux jeunes et de consolation aux autres. Dieu soit a jamais avec vous et vous veuille benir de sa dextre. Amen. Vive Jesus !
FRANçs, E. de Geneve.
A ma tres chere Fille,
Ma Seur Jeanne Marie de la Croix, ma Niece.
MCCXXVII AU CHANOINE ROLAND VIOT PRéVOT DE L'HOSPICE DU GRAND-SAINT-BERNARD Un accommodement dont le Saint espère bientôt la conclusion.
Annecy, 23 juillet 1616.
Monsieur, Encor qu'en l'assemblee que nous avons tenue maintenant, le different que nous avons n'ayt pas esté du tout terminé, si est ce toutefois que l'accommodement en a esté tellement acheminé, qu'il sera aysé, au premier rencontre, de le parachever , ainsy que monsieur Pergod et le sieur Enpio vous en feront plus amplement le recit. A quoy servira beaucoup le desir extreme que j'ay de vous honnorer et conserver vostre amitié, laquelle je vous supplie me departir continuellement, puisque, vous souhaitant toute sainte benediction, je veux estre toute ma vie, Monsieur,
Vostre plus humble, tres affectionné confrere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
23 julliet 1616
A Monsieur
Monsieur le Prevost de St Bernard.
Revu sur l'Autographe conservé à l'Hospice du Grand-Saint-Bernard.
MCCXXVIII A .MADAME DE LA FLéCHèRE Troubles à Annecy,. - Arrivée de Bonfils. - Nouvelles de la Visitation.
Annecy, 24 ou 25 jüillet 1616
Ma tres chere Fille,
Je vous escris hors d'haleyne, allant dire la Messe solemnelle et prescher. Nous avons icy M. de Charmoysi et M.de Vallon, et sommes grandement embarassés de ces troubles . M. Bonfilz s'estoit retiré a Sessel au pres de Sa Grandeur, mais il revint hier bien tard, et croy que c'est pour apporter quelque parole et s'entremettre a l'accommodement de ce malheur . Les Seurs partirent vandredi , le reste se porte bien et la niece triomphe . Dieu nous veuille donner l'esprit de son saint et pur amour. Amen. Je salue de tout mon cœur vostre chere compagne , et tres humblement madame la Contesse et sa digne trouppe .
VIVE JESUS !
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse Balbo, à Turin.
MCCXXIX A LA MêME Le prince héritier de la couronne de Savoie. - Deux visiteuses attendues au monastère d'Annecy. - Une heureuse novice. - Arrestation de Bonfils ; souhaits du Saint pour le prisonnier.
Annecy, 14 août 1616.
Ma tres chere Fille,
Je vous escrivis des-ja l'autre jour la lettre ci jointe, mais l'homme qui accompaigna monsieur de Monthouz , qui m'avoit rendu la vostre, ne vint point prendre ma lettre, que je sache. Despuis, comme vous aves sceu, Monseigneur le Prince vint icy , a la bonté duquel je suis infiniment obligé, et avec tout le reste du païs je dois mille et mill'actions de graces a la divine Providence qui nous a donné un homme tant plein de vertu et de benedictions pour dominer un jour entre nous. Il failloit que mon cœur rendit ce tesmoignage a celuy de ma tres chere fille, de la consolation que j'ay de voir ce Prince tant rempli de la sainte crainte de Dieu.
Vous pourres venir icy a vostre gré , car nostre Mere n'aura point de plus grand playsir que de vous voir, et ne croy pas quil y ayt aucun danger en chemin ; et ne faut non plus faire difficulté pour madamoyselle de Beaufort . Mays voyés vous, ma tres chere Fille, vous sçaves bien cela, que la Visitation est toute vostre, et nostre Mere et toutes les Seurs, et a madamoyselle de Beaufort, ainsy que vous le jugeres a propos.
La chere niece est si grandement consolee, que son ame est comme une petite pouponne aux mammelles de la douceur caeleste. Je ne luy ay point parlé qu'une fois il y a trois semaines, mais je n'ay pas laissé de connoistre la bonté que Dieu exerce en elle. En somme, Dieu est bon, et bienheureux est le cœur qui l'ayme.
Le sieur Bonfilz a esté saysi ce soir passé, environ les onze heures, et mené prisonnier a Chamberi ou Miolans, par ordre de Monseigneur le Prince . On a quant et quant cacheté ses coffretz et son logis ; cela rendra plus malaysé vostre payement . Je parleray a Messieurs de la justice, pour voir ce qui se pourroit faire pour vostre payement. Ce bon homme ne me voyoit point, des il y a quelque tems, et avoit protesté a Sessel de ne me vouloir jamais aymer, sans quil eut ni rayson ni sujet quelcomque de faire telle declaration; c'est pourquoy, quoy que diverses fois il fut venu icy, je n'avois pas eu moyen de luy parler de vostre affaire. Hier seulement, en passant, il me salua et moy luy. Helas, ma tres chere Fille, Dieu sçait si je luy souhaite les biens infinis de la paix, consolation et grace du Saint Esprit (Ac 9,11 ; Ga 5,22). Mays a vous, ma tres chere Fille, cela ne se peut dire combien mon ame en souhaite, et a nostre chere seur de Mieudri .
Annessi, le XIIII aoust 1616.
Je salue Tres humblement madame la Comtesse et mesdames ses filles et les miennes , car il faut dire ainsy.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy. MCCXXX A LA .MèRE DE CHANTAL Oraison du Saint la veille de l'Assomption. - Marie, morte d'amour, nous fasse vivre en l'amour ! - Glorieuse date de la naissance de François de Sales. - Le rameau de la colombe au milieu du déluge.
Annecy, 15 août 1616 .
Ma tres chere Mere,
Je considerois au soir, selon la foiblesse de mes yeux, cette Reyne mourante d'un dernier acces d'une fievre plus suave que toute santé, qui est la fievre d'amour, laquelle, dessechant son cœur, en fin l'enflamme, l'embrase et le consomme, de sorte qu'il exhale son saint esprit, lequel s'en va droit entre les mains de son Filz. Ah ! veuille cette Sainte Vierge nous faire vivre, par ses prieres, en ce saint amour ! Qu'il soit a jamais le tres unique objet de nostre cœur ; que puisse nostre unité rendre a jamais gloire a l'amour divin, qui porte le sacré nom d' " unissant (TAD 1,9) " Je n'ay pas une si heureuse naissance, ma tres chere Mere, que d'avoir paru en ce monde au jour auquel la tres sainte Vierge nostre Reyne parut au Ciel
En son beau vestement de drap d'or recamé, Et d'ouvrages divers a l'esguille semé , (Ps 44,10 des Portes ; L3, note 288)
ainsy que nous dirons Dimanche, jour auquel je nasquis, avec cette gloire que ç'a esté entre les octaves de cette grande Assomption . Ah Dieu ! ma tres chere Mere, que je veux approfondir creusement nostre cœur devant cette Dame eslevee, affin qu'il luy playse le remplir de cette surabondante rosee d' Hermon (Ps 132,3), qui distille de toutes parts de sa sainte plenitude de graces. Oh, quelle perfection toute souveraine de cette colombe (Ct 6,8), au prix de laquelle nous sommes des corbeaux ! Helas ! parmi le deluge de nos miseres, j'ay souhaitté qu'elle treuvast le rameau de l'olive (Gn 8,10) du saint amour, de la pureté, de la douceur, de l'orayson, pour le rapporter en signe de paix a son cher Colombeau, a son Noé. VIVE JESUS, VIVE MARIE, le support de ma vie! Amen.
FRANçs, E. de Geneve.
MCCXXXI AU DUC ROGER DE BELLEGARDE L'amour parfait exclut les défiances. - La " coustume des peres. " - Un livre qui suppléera à la rareté des lettres. - Eloge du prince de Piémont.
Annecy, 15 août 1616.
Il ne faut jamais, certes, Monsieur, puisque j'ay lhonneur que vous soyes mon tres cher filz, il ne faut point faire d'excuses quand vous ne m'escrives pas ; car je ne puis non plus douter de vostre amour filial envers moy, que je ne puis vivre sans sentir continuellement dedans mon cœur les eslans de l'amour paternel envers vous. Les defiances n'ont point de lieu ou l'amour est parfait. Mays il est vray toutefois, Monsieur mon Filz, que vos lettres m'apportent tous-jours une delectation extreme, y voyant, ou du moins entrevoyant, les traitz de vostre bonté naturelle et de la sainte charité de vostre ame, qui produit et nourrit la douceur de vostre dilection filiale que vous respandes sur moy et qui me remplit de suavité. Faites donq, Monsieur mon Filz, faites souvent, je vous supplie, cette grace a mon esprit, mais seulement pourtant, quand vous pourrés bonnement sans vous incommoder ; car, quoy que vos lettres me soyent plus delicieuses que je ne puis dire, si elles vous coustoyent de l'incommodité elles me seroyent douloureuses, aymant plus vostre playsir que le mien, selon la coustume des peres.
Et moy ce pendant, Monsieur mon tres cher Filz, affin de suppleer en quelque sorte les defautz que le manquement de commodités me pourroyent (sic) faire faire de vous escrire souvent, je vous envoye le livre de l'Amour de Dieu que j'ay n'a guere exposé aux yeux du monde ; et vous supplie que si quelquefois l'affection que vous aves pour moy, vous donnoyt quelque desir d'avoir de mes lettres, vous prenies ce Traitté et en lisies un chapitre, vous imaginant que s'il y a point de Theotime au monde auquel s'addresse (sic) mes paroles, vous estes celuy entre tous les hommes, qui estes mon plus cher Theotime.
Le libraire a laissé couler plusieurs fautes en cet œuvre, et moy aussi plusieurs imperfections (note 604); mays sil se treuve des besoignes parfaites en ce monde, elles ne doivent pas estre cherchees en ma boutique. Si vous lises celle ci de suite, elle vous sera plus aggreable a la fin.
Nous avons icy despuis trois jours Monseigneur le Prince de Piemond, qui me fit lhonneur de yenir descendre chez moy tout a l'improuveu, estant venu par les postes, luy septiesme; despuys, il a esté loge au chasteau . C'est le plus doux, gracieux et devot Prince qu'on puisse voir; un cœur plein de courage et de justice, une cervelle pleine de jugement et d'esprit, un'ame qui ne respire que le bien et la vertu, l'amour de son peuple et sur tout la crainte de Dieu. Vous sçaures, je m'asseure, avant la reception de la presente, les causes de sa venue .
Reste, Monsieur mon tres cher Filz tres honnoré, que je vous souhaite toutes les benedictions celestes; et c'est la respiration ordinaire de mon cœur, puisque j'ay la faveur et le bonheur d'estre advoüé vostre Pere, et que je dois estre et suis a jamais,
Vostre tres humble, tres dedié et tres obeissant servi teur,
FRANçs, E. de Geneve.
xv aoust 1616, Annessi.
Monsieur, c'est tout a la haste que j'escris, et je m'asseure que de Lyon vous recevres un autre livre , selon l'ordre que j'en avois donné. 0 mon Dieu, que je me resjouis de la grossesse de madame vostre seur , qu'on m'asseure.
Revu sur l'Autographe qui se conservait à Evian, chez les Missionnaires de Saint-François de Sales. MCCXXXII AU PRINCE DE PIéMONT VICTOR-AMéDéE Un dessein sur Genève.
Annecy, 23 août 1616.
Monseigneur,
Vostre Altesse aura memoire que je luy dis dans sa chambre , qu'il y avoit un homme lequel, des quelques annees, avoit desiré de proposer quelque dessein pour Geneve a Son Altesse . Maintenant donq il est revenu a moy, qui le rens porteur de cette lettre, affin que si Vostre Altesse le treuve a propos, elle l'escoute sur ce sujet ; car a cette seule intention je l'ay renvoyé vers elle, a laquelle faysant tres humblement la reverence, je suis, Monseigneur, Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
23 aoust 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXXXIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er L'avis du Saint sur un projet au sujet de Genève. - Témoignage en faveur de son auteur.
Annecy, 29 août 1616.
Monseigneur,
Il y a deux ans que ce porteur m'a communiqué un dessein qu'il a pour le service de Vostre Altesse, et sur la commodité de la presence de Monseigneur le Prince, il le luy a dec1aré ; et croy que mesme il aura receu commandement de le representer a Vostre Altesse, bien qu'a mon advis il ne soit pas tems de rien toucher du costé auquel le dessein vise. Mays, en toute façon, j'atteste en bonne foy que despuis que j'en ay eu la communication, ce porteur n'a cessé de desirer de le proposer, et s'est engagé en la trouppe delaquelle il est, expres pour avoir sujet et moyen d'approcher Vostre Altesse, ainsy qu'il m'a tous-jours asseuré et qu'il a desiré que je fisse sçavoir a Vostre Altesse, a laquelle je fay tres humblement la reverence et suis, Monseigneur, Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XXIX aoust 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXXXIV AU MêME François de Sales offre à son prince le Traitté de l'Amour de Dieu.
Annecy, 6 septembre 1616.
Monseigneur,
J'offre a Vostre Altesse un Traitté de l'Amour de Dieu que j'ay mis en lumiere ces jours passés ; non que je l'estime digne des yeux d'un si grand Prince, mays affin qu'en ce que je puis, je face hommage a Vostre Altesse luy presentant les fruitz de mes labeurs, comme issus d'une personne qui ne pensera jamais d'avoir rien de plus cher en ce monde que l'honneur d'estre advoüé, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le 6 septembre 1616.
MCCXXXV A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMBNT) Une des joies du Saint dans le Ciel. - Fleurs à jeter sur le berceau de Marie.
Annecy, 7 septembre 1616.
………………………………………………………………………. Je vis en esperance, ma tres chere Fille, que si mon ingratitude ne me forclost point du Paradis, je jouiray un jour par complaysance de la gloire eternelle en laquelle vous vous plaires par jouissance, apres avoir saintement porté la croix en cette vie, que le Sauveur vous a imposee, du soin de le servir fidellement en vostre personne et en la personne de tant de cheres Seurs, qu'il veut estre vos filles en ses entrailles. Je les salue, ces tres cheres filles, en l'amour de la tres sainte Vierge, sur le berceau de laquelle je les invite de jetter tous les matins des fleurs pendant cette sainte octave des saintz soucys de la bien imiter, des pensees de la servir a jamais, et sur tout des lis et des roses de pureté et ardente charité, avec les violettes de la tres sacree et tres desirable humilité et simplicité (S2, serm
98 p.46).
……………………………………………………………………
FRANçs, E. de Geneve.
Ce 7 septembre 1616.
MCCXXXVI A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Les débuts de la fondation du monastère de Moulins. - Quels sont les signes de la bonté d'une œuvre. - La tentation des " anges terrestres. " - Encouragements à la générosité et à la confiance.
Annecy, 19 septembre 1616 .
Je n'ay receu aucune de vos lettres, ma tres chere Fille, despuis vostre depart ; cela, je vous prie, que veut il dire ? Or, je sçai bien neanmoins que vostre charité est invariable.
Mays j'apprens par lettres venues de Lyon, que vous estes malade, et un peu mesme estonnee de n'avoir pas treuvé les choses en si bons termes comme nostre desir nous le faysoit imaginer . Voyla, ma tres chere Fille, des vrays signes de la bonté de l'œuvre : l'acces y est tous-jours difficile, le progres un peu moins, et la fin bienheureuse. Ne perdes point courage, car Dieu ne perdra jamais le soin de vostre cœur et de vostre trouppe, tandis que vous vous confieres en luy. La porte des consolations est malaysee ; la suite sert de recompense. Ne vous degoustes point, ma chere Fille, et ne laisses point affoiblir vostre esprit entre les contradictions. Quand fut ce que le service de Dieu en fut exempt, sur tout en sa naissance? Mais il faut que je vous die naïfvement ce que je crains plus que tout en cette occurrence : c'est la tentation des aversions et repugnances entre vous et nostre [Sœur des Gouffiers ], car c'est la tentation qui arrive ordinairement es affaires qui dependent de la correspondance de deux personnes ; c'est la tentation des anges terrestres, puisqu'elle est arrivee entre les plus grans Saintz, et c'est nostre imbecillité, de tous tant que nous sommes enfans d'Adam, qui nous ruine, si la charité ne nous en delivre. Quand je voy deux Apostres se separer l'un de l'autre pour n'estre pas d'accord au choix d'un troisiesme compaignon (Ac 15,37), je treuve bien supportables ces petites repugnances, pourveu qu'elles ne gastent rien, comme cette separation-la qui ne troubla point la mission apostolique. Si quelque chose de tel arrivoit entre vous deux, qui estes filles, cela ne serait pas estrange, pourveu qu'il ne durast pas. Mays neanmoins, ma tres chere Fille, rehausses vostre esprit, et voyes que vostre action est de grande consequence. Souffrés, ne despités point, adoucisses tout, regardes que c'est la besoigne de Dieu a laquelle cette dame s'employe selon son sentiment, et vous selon le vostre, et que toutes deux vous deves entreporter et entre- supporter pour l'amour du Sauveur. Deux ou trois annees se passent bien tost, et l'eternité demeure.
Vostre maladie corporelle sert de surcharge, mais l'assistance promise aux affligés (Mt 11,28) vous doit grandement fortifier. En somme, gardes vous bien des descouragemens. Croyes-moy, il faut semer en travail, en perplexité, en angoisse, pour recueillir en joye (Ps 125,5), en consolation, en bonheur, et la sainte confiance en Dieu adoucit tout, impetre tout et establit tout. Je suis tout vostre, certes, ma tres chere Fille, et je ne cesse point de prier Dieu qu'il vous face sainte, forte, constante et parfaite en son service. Je salue tres cordialement nos cheres Seurs , et les conjure de prier Dieu pour mon ame, inseparable de la vostre et des leurs en la dilection qui est selon Jesus, nostre Sauveur (Ep 5,2).
FRANçs, E. de Geneve.
MCCXXXVII A MADAME DES GOUFFIERS, A MOULINS L'union, condition de la force. - Les renardeaux dans les vignes. Se garder de la prudence humaine.
Annecy, 19 septembre 1616.
Cette grande chere Fille qui n'escrit point meriteroit qu'on la laissast aussi en son silence ; mays mon affection ne le permet pas. Et que vous diray-je donq, ma tres chere Fille ? Je vous recommande la confiance en Dieu, la parfaite simplicité, la sincere dilection. Vous aves la ces pauvres cheres Seurs, lesquelles sont sous vostre credit, et dependent de vostre assistance au progres du service pour lequel elles sont allees : unissés vos cœurs et foibles forces, car par l'union vous prendres des forces invincibles. Nostre Mere vous dira peut estre, si elle en a le loysir, la crainte que j'ay que les renardeaux n'entrent dans cette petite nouvelle vigne pour la demolir (Ct 2,15) ; je veux dire les aversions et repugnances, qui sont les tentations des Saintz. Estouffés les en leur naissance; tenes vostre charité bandee et tenes pour suspect tout ce qui sera contraire a l'union, au mutuel support, a la reciproque estime que vous deves avoir les unes envers les autres. Gardes vous de la prudence humaine, que Nostre Seigneur estime folie (1 Co 3,19), et travaillés en paix, en douceur, en confiance, en simplicité. Si tost que vous aures fait ce que vous aves a faire, vous feres bien d'achever vostre affaire particuliere . Vives toute dans les entrailles de la charité divine, ma tres chere Fille, a qui je suis de tout mon cœur
Vostre serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
Le 19 septembre 1616.
MCCXXXVIII A SOEUR FRANçOISE DE CERISIER, CLARISSE D'ANNECY Charitable intervention du Saint dans une affaire.
Annecy, 26 septembre 1616.
Ma tres chere Cousine,
J'ay parlé au R. P. Gardien , par le commandement de Son Altesse , et il m'a dit quil attendoit dans peu de jours le P. Provincial , a la venue duquel la resolution se fera sans replique, et Son Altesse luy recommandera l'affaire, selon que ce matin elle me l'a dit. Pour moy, je treuve bon que vous voyies une fin de cette poursuite, et il ne tiendra pas aux prieres que j'en feray au P. Provincial et au P. Gardien. Vives tous-jours toute a Dieu, et me recommandes souvent a sa misericorde et a la charité de la Rde Mere , afin qu'elle me face part de ses prieres, et a celle des autres Seurs. Vostre tres humble cousin et frere en N. S., FRANçs, E. de Geneve.
XXVI septembre 1616.
Seur Françoise de Cerisier,
Religieuse de Ste Claire.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Dole.
MCCXXXIX A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Démarche du Fondateur auprès des syndics pour garantir les matériaux de l'église de la Visitation.
Annecy, commencement d'octobre 1616 .
Nous ferons parler aux scindiques , ma chere Mere; car, quant a Son Excellence , il ne faut pas, en cette presse, l'incommoder. Pour la chaux et le sable, il sera malaysé de la garentir, mais il faudra la faire appretier. Si! failloit employer quelqu'un pour le bois du clocher, ce seroit M. de Monthouz ; mais je m'en vay envoyer parler aux scindiques. …………………………………………………………………………………………….
Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Routier, curé de Saint-Nizier, à Lyon. MCCXL A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) La fidélité d'un porteur de lettres qui ne doit pas être suspectée.- Nouvelles de guerre.
Annecy, 5 octobre 1616.
Monseigneur,
Ce jeune homme de cette ville allant a Tolose pour y estudier en droit , je ne puis que je ne vous salue tres humblement par la commodité quil me donne de vous faire presenter ces quatre lignes , auxquelles je joins une lettre de nostre grand amy , que j'aurois bien apprehension d'envoyer avec les marques d'avoir esté declose (comme en effect elle me fut rendue telle), si je n'estois asseuré de la confiance que vous aves en ma fidelité. Je l'ay donq fait fermer de mon cachet, affin que, si d'adventure le paquet s'ouvrait, comme fit celuy dans lequel elle me fut addressee, elle ne fust pas ouverte par le froissement du port ; car c'est ainsy qu'elle fut declose, et non par la malice du porteur, qui me rendit tout le paquet debiffé, mais en sorte que je conneus quil ny avoit point touché. Nous sommes a la veille de recevoir bravement nos ennemis, silz sont resolus, comm'on nous menace, de venir a nous, et esperons que Dieu regardera nostre innocence , On ne laisse pas pourtant de travailler a la reunion des Princes, sous le credit desquelz on nous dit que tout ce malheur nous est preparé . Dieu, par sa bonté, nous veuille donner sa tressainte paix, et vous conserver a longues annees, Monseigneur, a qui je suis, Tres humble et tres obeissant confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
5 octobre 1616.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier.
MCCXLI A MADAME DE LA FLéCHèRE Départ du prince de Piémont. - Condition pour obtenir un bénéfice. Nouvelles différées.
Annecy, 6 octobre 1616.
Ma tres chere Fille,
Le Prince part aujourdhuy et M. de Charmoisy le suit pour la conduite de l'artillerie . Au retour, je tireray quelque resolution du tems auquel on pourra terminer l'affaire que vous aves avec M. de Monregard . Cependant, ces bons Peres vous consoleront , et j'escris a M. Rivolat quil s'exerce a faire la Doctrine chrestienne ; cela le disposera a pouvoir obtenir quelque benefice et a le servir . Je vous salue de tout mon cœur, lequel, comme vous sçaves, souhaite mille et mille benedictions au vostre, auquel je diray a nostre premiere veue deux nouvelles pour Rumilly qui luy seront des plus aggreables . Mays il y faut tant de secret, que je ne les veux pas escrire.
Ce VI octobre 1616.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXLII A MADAME DES GOUFFIERS Difficultés et épreuves de la Visitation de Moulins. - La présence de la Mère de Chantal indispensable à Annecy. - Que Mme des Gouffiers supporte courageusement le fardeau que sa bonne volonté lui a fait désirer. - Pourquoi le Fondateur ne veut pas multiplier les Maisons de sa Congrégation.
Annecy, 8 octobre 1616.
……………………………………………………………………………… ……………vigne; et voyla que ces infirmités se sont interposees, qui la tiennent au lit et hors du train requis ; et a cela surviennent des aversions et repugnances, infirmités spirituelles . Or sus, embarqués pourtant que l'on est, il ne faut pas perdre courage, mais user de toute la dexterité possible pour empescher que nos imbecillités ni (sic) scandalisent point ceux du monde. Et puis que le P. Recteur propose un expedient, il le faut prendre tel quil le dit, hormis qu'apres avoir envoyé a vostre choix ce qui sera plus propre pour cette Mayson-la et pour Rion , vouloir encor faire faire des absences a nostre Mere , c'est dire quil faut demanteler cette Mayson et la laisser a la merci des vens ; car, comme vous sçaves, il y a peu de Meres et beaucoup de filles, dont les unes sont des-ja venues, les autres viendront au premier jour , et il faut une Mere icy qui suffise a tout; laissant a part les grandes bonnes affaires qui sont par deça pour cette Congregation, ausquelles nostre seule Mere peut respondre . Ce pendant donq, supportes, ma tres chere Fille, le fardeau que vostre bonne volonté au service de Dieu vous a fait desirer et prendre sur vos espaules, lesquelles seront asses fortes pour cela si vous vous appuyes un peu sur la Croix de Nostre Seigneur, en laquelle il a porté sur les siennes le faix de tant d'iniquités et miseres. Si vous juges avec le P. Recteur quil soit expedient que vous venies vous mesme , nous vous verrons, et parlerons plus clairement des raysons que nous avons de ne vouloir pas meshuy multiplier les familles de cette Congregation, jusques a ce que nous ayons des meres de famille convenables. Mays tenes vostre cœur en charité, c'est a dire, supportes le prochain, car ce support est la charité, et la charité, ce support.
Pries bien Dieu pour moy, et saches que je suis invariablement vostre, de toute mon affection.
Le VIII octobre 1616.
A ma tres chere Fille en N.S., Madame de Gouffiez.
A Moulins.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.
MCCXLIII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS La " plus excellente leçon de la doctrine des Saintz. " - Souhaits de François de Sales à une fille de son cœur.
Annecy, 8 octobre 1616.
Ma tres chere Fille,
Les aversions et repugnances dequoy on nous escrit nous exercent un peu. 0 Dieu ! quand sera-ce que le support du prochain aura sa force dans nos cœurs ? C'est la derniere et plus excellente leçon de la doctrine des Saintz : bienheureux l'esprit qui la sçait. Nous desirons du support en nos miseres, que nous treuvons tous-jours dignes d'estre tolerees ; celles du prochain nous semblent tous-jours plus grandes et pesantes. Dieu vous face sainte, ma tres chere Fille, et toute vostre chere troupe. Dieu soit exalté en vos miseres, sur le throsne de sa bonté et le theatre de vostre pure et sincere humilité. Dieu vous face tout faire pour sa gloire, affin qu'un jour vous en soyes couronnee. Ma tres chere Fille, vous estes la fille de mon cœur, et je ne laisseray jamais de souhaiter que vous soyes la fille du cœur de Dieu, qui nous a donné des cœurs affin que nous fussions ses enfans, en l'aymant, benissant et servant es siecles des siecles. VIVE JESUS !
FRANçs, E. de Geneve.
Le 8 octobre 1616.
MCCXLIV A M. CLAUDE DE BLONAY (INéDITB) Résolution prise dans une assemblée présidée par le prince de Piémont. La communiquer au Conseil de la Sainte-Maison de Thonon.
Annecy, 10 octobre 1616.
Monsieur,
Il y a quelques jours que Son Altesse fit un' assemblee pour prendre les resolutions convenables a la reparation des Monasteres, tant en ce qui regarde les bastimens temporelz qu'aussi en ce qui regarde l'edifice spirituel de la discipline reguliere . Et quant a la premiere, sadite Altesse a ordonné que, venant a vaquer des prebendes, on les retienne vaquantes jusques a ce que autrement soit prouveu. Je le dis au P. D. Fulgence avant son depart ; mais sachant quil y a une place vacante maintenant , je vous prie de la retenir vacante, c'est a dire, de faire que le Conseil , auquel il appartient de prouvoir, sursoye. Et pourres, sur cette lettre que je vous fay, en parler audit Conseil de la part de Son Altesse, puisqu'elle m'a commandé d'y tenir main, et que je le prie tenir…… , suppliant Monseigneur l'Archevesque de le faire, comme je fay par la lettre ci jointe, en vous tesmoignant que je desire que vous y ayes l'œil entant quil vous compete, vous parlant de la part de Son Altesse, et au Conseil par vostre entremise, et n'adjoustant plus rien, sinon que je suis, Monsieur, Vostre plus humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.
x octobre 1616, Annessi.
Monsieur
Monsieur de Blonnay,
Prefect de la Ste Mayson.
Revu sur une copie conservée à Rome, dans les Archives des RR. PP. Barnabites .
MCCXLV A M. LAURENT SCOTTO (INéDITE) Pouvoirs spirituels donnés au destinataire.
Annecy, 12 octobre 1616.
Très Révérend et très honoré Seigneur,
Je ne suis pas homme de cérémonies, surtout avec Votre très Révérende Seigneurie qui. j'en suis sûr, m'aime sincèrement, de même que, de tout cœur, je désire la servir. C'est pourquoi. vous n'aviez nul besoin d'user d'excuses avec moi pour votre départ inopiné . Veuillez donc vous prévaloir, pour les confessions et absolutions de ces âmes, de l'autorité que Dieu m'a donnée, et que très volontiers je vous communique et dépars dans la mesure où votre prudence le jugera nécessaire à la gloire de Dieu et au salut du prochain, afin qu'avec plus d'ardeur vous employiez le talent sacré que le Seigneur vous a confié. Sur ce, vous souhaitant tout vrai bonheur, je demeure Votre très affectionné frère et serviteur dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.
12 octobre 1616, à Annecy.
A l'Illustre et très Révérend Seigneur,
Monsieur Laurent Scoto, Chapelain de S. A Sm.,
que Dieu sauve.
A Clermont .
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.
MCCXLVI A M. CLAUDE-AMéDéE VlBOD Le Saint réclame une lettre écrite par Charles-Emmanuel au Vice-légat d'Avignon au sujet des étudiants au collège de Savoie.
Annecy, 13 octobre 1616.
Monsieur,
Je vous supplie de me faire la charité que je puisse avoir la lettre que Son Altesse a accordee au Vice Legat d'Avignon , en recommandation de l'affaire que la Sainte Mayson de Thonon, mon Chapitre et moy y avons, sur le sujet des places du college d'Annessi, ou de Savoye, fondé audit Avignon, qui appartient a la nation de Savoye, affin que nous soyons remis en possession de les avoir . Je vous envoyeray le Memorial, et M. Boschiz me fit la faveur de me promettre l'expedition de ladite lettre, laquelle nous desirons avoir, affin de faire partir au plus tost le personnage que nous envoyons pour faire la sollicitation Ce pendant, je vous conjure de m'aymer tous-jours, de me tenir en la bonne grace dudit seigneur Boschiz, que je salue humblement, et de me croire, Monsieur, Vostre bien humble et tres affectionné serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
Le 13 octobre 1616, Annessi.
MCCXLVII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Contribution payée à Son Altesse par le clergé du diocèse de Genève.
Annecy, 21 octobre 1616.
Monseigneur,
Ce clergé s'est accommodé avec toute sorte d'humilité et de respect a ce qu'il a pleu a Vostre Altesse de me commander, marris que nous sommes tous de ne pouvoir asses dignement tesmoigner l'infinie affection que nous avons a son service . Dieu neamoins la sçait, et la void es continuelz souhaitz que nous faysons, affin quil luy playse de combler Vostre Altesse de prosperité, et sur tout que sa dilection regne a jamais au milieu de vostre cœur. Monseigneur, c'est le souverain bonheur que peut demander pour Vostre Altesse, Son tres humble, tres fidele et tres obéissant
orateur et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
21 octobre 1616.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXLVIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Un fermier qui promet ce qui n'est pas à lui. - Supplique des Religieux de Talloires.
Annecy, 26 octobre 1616.
Monseigneur, Les Religieux de Talloyres sachans que le fermier de leur Prieur commendataire a promis de fournir trois cens couppes de froment pour l'armee , et qu'il pnetend a cet effect employer le bled de sa ferme, ilz supplient tres humblement Vostre Altesse qu'il luy playse de commander qu'avant toute chose les praebendes destinees a la nourriture des Religieux seront reservees, affin que le divin service soit continué, attendu que ledit fermier n'a peu promettre ce qui est aux Religieux. Et moy j'intercede pour eux, estimant que Vostre Altesse l'aura aggreable, comme, Monseigneur, de Son tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
26 octobre 1616, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCXLIX AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Requête en faveur des étudiants savoyards au collège d'Avignon.
Annecy, 29 octobre 1616.
Monseigneur,
Le college d'Annessi fondé en Avignon (note 728) recourt par un sien deputé, natif de Chamberi , a nostre Saint Pere le Pape affin d'obtenir de Sa Sainteté quelque digne remede contre les desordres qui y sont survenus au prejudice des sujetz de Vostre Altesse, qui est le mesme sujet pour lequel elle avoit escrit ces jours passés (lettre 1246) au Vice Legat du comtat d'Avignon ; qui me fait la supplier tres humblement d'employer pour ce bon œuvre la mesme faveur a Romme qu'elle avoit accordé pour Avignon. Et tandis, je prie Dieu qu'il comble Vostre Altesse de toute sainte prosperité, et luy faysant la deuë reverence, je demeure, Monseigneur, Son tres humble, tres obeissant et tres fidele serviteur et orateur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le 29 octobre 1616.
MCCL A M. CLAUDE-AMéDéE VIBOD L'affaire du collège de Savoie à Avignon portée en Cour de Rome. Message pour M. Boschi.
Annecy, 29 octobre 1616.
Monsieur,
Vous sçaures par ce porteur que toute l'affaire icy avance ; il nous faut changer de methode et recourir a Romme, ou il va luy mesme en qualité de deputé du college . Or, il y aura besoin donq, peut estre, de la faveur de Son Altesse, a laquelle aussi je la demande tres humblement par une lettre (lettre 1149) ; et croy que, selon sa bonté et la providence par laquelle elle veut et peut, elle l'accordera tres volontier. Reste que monsieur Boschiz nous gratifie aussi de son assistance, laquelle je requiers par vostre entremise, le saluant humblement de tout mon cœur; car, quant a vous, Monsieur, je ne veux pas, en cett' occasion, employer mes prieres pour impetrer vostre courtoysie, sçachant que l'amour du bien de la patrie vous donnera asses d'affection. Mays je vous supplie de continuer envers moy vostre bienveuillance, qui suis Vostre humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
… octobre 1616.
MCCLI A UN GENTILHOMME L'Evêque de Genève expose ses motifs d'accéder aux volontés de Son Altesse au sujet de l'impôt sur le clergé.
Annecy, 31 octobre 1616
Monsieur,
Deux motifs m'ont porté, avec tout ce clergé, d'accorder sans scrupule l'ayde et secours de moyens que Son Altesse a desiré de nous (lettre 1247). L'un a esté, que il y a environ sept a huit ans, que Sa Sainteté accorda a sadite Altesse la decime de six ans sur le clergé de ses Estatz , de laquelle comme Son Altesse n'a rien exigé, aussi ne nous l'a elle pas encor quitté ; de sorte qu'a bon compte nous luy donnons celle ci, bien que nous ne l'ayons pas fait sonner, de peur que cela n'esmeut les humeurs de messieurs les financiers de vouloir ci apres exiger le reste, car ce sont des gens grandement esveillés pour telles occasions.
L'autre motif est que les Docteurs limitent le chap, Clericis, in
6. de Immunitate Ecclesiarum, a ce qu'il n'opere pas es cas de quelque grande necessité publique ; car alhors, les laicz estantz espuisés et ny ayant pas loysir de recourir au Pape, l'Evesque peut ordonner une contribution aux clercz de son diocaese, ainsy que remarque Sylvester en sa Somme, verbo Immunitas, primo [cap.,] 20, qui incipit : " Quartum. De concernentibus, " suivy par le Pere Joan. Azor, Jesuite, lib. V Institutionum moralium, c. 13, " Octavo quéeritur, " qu'il faut lire et peser, car il nous a semblé qu'il parloit en nostre propre cas . Joint qu'icy on ne traite pas d'imposer ni par voye de prest ni autrement, puisque ce n'est qu'un simple secours pour un cas particulier et qui ne tire nulle consequence.
Voyla donq nos fondemens, sur lesquelz nous avons accordé, contre nos propres commodités, ce que Son Altesse desiroit, et moy le premier ay payé ma quote en blé, quoy que je n'abonde pas.
Pour le reste, je ne manqueray pas de rendre aupres de Monseigneur le Prince , tesmoignage de l'estime que j'ay tous-jours faite de la grandeur de vostre vertu, lhors que nous aurons le bien de l'approcher; car je suis d'un cœur entier, Monsieur, Vostre plus humble, tres asseuré serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
31 octobre 1616.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon-Fourvière.
MCCLII A MADAME DE LA FLéCHèRE Aimable invitation de François de Sales à la destinataire.
Annecy, [octobre ou novembre 1616 .]
Ma tres chere Fille,
Je me suis advisé des hier qu'il sera bon que, venant a Sainte Claire , devant et apres vous venies vous chauffer avec nous, et disner, et tout ; car cela nous fera grand bien a tous, et de mesme quand vous viendres voir la mayson. Mais je vous advertiray du jour quant a ce second point, et vous m'advertires quant au premier. Je prie Nostre Seigneur que, de plus en plus, il nous fortifie en la resolution de ne vivre que pour son tressaint amour. Bonjour, ma tres chere Fille mienne.
MCCLIII A M. BARTHéLEMY FLOCARD Préliminaires de la paix. - Prochain départ du Saint pour Grenoble.
Annecy, 7 novembre 1616.
Monsieur,
Je vous remercie tres humblement de la peine que vous aves prise de m'escrire pour un si bon sujet. Il y a troysjours que l'on nous parle de cet accommodement , et chacun l'accommode a sa guise et selon que la praeoccupation des affections suggere. Dieu, par sa bonté, nous donne une vraye paix, en laquelle il soit servi et honnoré d'un chacun. J'espere d'aller bien tost faire la reverence a Son Altesse , car voyci le tems de l'Advent qui m'appelle a Grenoble, ou je ne dois m'acheminer qu'apres avoir demandé les commandemens d'icelle ; et j'auray alhors le contentement de vous voir et d'apprendre plus particulierement les circonstances de ce traitté, la nouvelle duquel me fait escrire un mot a monsieur de Monthouz , affin quil face expedier l'affaire des Dames de la Visitation tandis que le beau tems dure et qu'on peut prendre la mesure des bastimens . Dieu vous benisse, Monsieur, et je suis de tout mon cœur et sans fin, Vostre plus humble, tres affectionné serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
VII novembre 1616.
Si monsieur le collateral de Quoex est encor la , je vous supplie quil sache par vostre courtoysie que je le salue humblement et tres affectionnement. A Monsieur
Monsieur Flocard,
Collateral au Conseil de Genevoys.
Revu sur l'Autographe conservé au Collège municipal d'Alassio (Nice).
MCCLIV A MADAME GUILLET DE MONTHOUX Remplir son devoir de bon cœur, par amour, mais sans empressement. - Grand prix de la paix dans une famille. - Faire ce que l'on peut, et laisser ; le reste à Dieu.
Annecy, 10 novembre 1616.
Encor ne vous escris je pas a loysir, ma tres chere Fille, bien que je responde tard a vostre lettre. Or sus, vous voyla donq dans le mesnage, et il n'y a remede. Il faut que vous soyes ce que vous estes : mere de famille, puisque vous aves un mary et des enfans, et il le faut estre de bon cœur et avec l'amour de Dieu, ains pour l'amour de Dieu, ainsy que je le dis asses clairement a Philothee (IVD 3, 38), sans s'inquieter ni empresser que le moins qu'il sera possible. Mais je voy bien, chere Fille, qu'il est un peu malaysé d'avoir soin du mesnage en une mayson ou il y a mere et pere ; car je n'ay jamais veu que les peres, et sur tout les meres, layssent le gouvernement entier aux filles, encor que quelquefois il seroit expedient. Pour moy, je vous conseille de faire le plus doucement et sagement que vous pourres ce qui vous est recommandé, sans jamais rompre la paix avec le pere et cette mere ; car il vaut mieux que les affaires n'aillent pas si bien, et que ceux a qui l'on a tant de devoir soyent contens. Et puis, si je ne me trompe, vostre humeur n'est pas faite pour la conteste. La paix vaut mieux qu'une chevance. Ce que vous verres pouvoir estre fait avec amour, il le faut procurer ; ce qui ne se peut faire que par desbat doit estre laissé, quand on a affaire avec des personnes de si grand respect.
Je ne doute point qu'il ne se passe des aversions et repugnances en vostre esprit ; mays, ma tres chere Fille, ce sont autant d'occasions d'exercer la vraye vertu de douceur ; car il faut faire bien, et saintement, et amoureusement ce que nous devons a un chacun, quoy que ce soit a contrecœur et sans goust.
Voyla, ma tres chere Fille, ce que je vous puis dire pour le present, adjoustant seulement que je vous conjure de croire fermement que je vous cheris d'une dilection parfaite et vrayement paternelle, puisqu'il a pleu a Dieu de vous donner envers moy une confiance si entiere et filiale ; mais continues donq bien, ma tres chere Fille, a m'aymer cordialement. Faites bien la sainte orayson; jettes souvent vostre cœur entre les mains de Dieu, reposés vostre ame en sa Bonté et mettes vostre soin sous sa protection, soit pour le voyage du cher mary , soit pour le reste de vos affaires. Faites bien ce que vous pourres, et le reste laisses le a Dieu, qui le fera ou tost ou tard selon la disposition de sa providence. Je voudrois bien sçavoir qui sont ces curés desquelz on murmure contre moy et mon frere ; car, tant qu'il nous sera possible, nous tascherons de remedier aux desordres, s'ilz se treuvent. Je suis cependant bien ayse que le vostre soit honneste homme et sage En somme, soyes a jamais toute a Dieu, ma tres chere Fille, et je suis tout en luy, Vostre plus humble cousin et serviteur tres affectionné, FRANçs, E. de Geneve.
Ce 10 novembre 1616.
MCCLV A MADAME DE LA FLéCHèRE Une lettre écrite à l'improviste. - Comment la Mère de Chantal désignait Mme de la Fléchère. – " Tout pour Dieu: l'amour et le cœur qui ayme. "
Annecy, [novembre 1616 .]
Cette digne porteuse vous dira comme je vous escris a l'improuveüe, ma tres chere Fille, et si soudainement que je ne sçai que dire, sinon que vous seres la tres bien venue, que c'est un grand bien a nostre Charles d'avoir un bon maistre, que je suis plus vostre que mien et ne cesse jamais de vous souhaiter mille et mille faveurs du Ciel, sur tout le saint, puissant, doux et tranquille amour de nostre Dieu. Nostre madame de Chantal vous desire. La derniere fois qu'elle me parla, vous voulant nommer et vostre nom ne luy venant pas en bouche : " La chere seur, " dit elle, " qui vous ayme si parfaitement. " Je vous demande qui eüt entendu ce langage sinon moy, qui vous nommay d'abord. Or sus, tout est pour Dieu: l'amour et le cœur qui ayme. A Dieu soit honneur, gloire et louange eternellement (1 Tm 1,17 ; Ap 5,13). Voyla une lettre pour la seur , qui est vielle, mais ell'a besoin de l'avoir ; je la luy envoyay par un prestre de Seyserieu qui, l'ayant treuvee partie, me la rapporta, et maintenant je ne puis luy escrire. VIVE JESUS ! A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
MCCLVI AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Entremise de l'Evêque de Genève en faveur d'un ami.
Annecy, 18 novembre 1616.
Monseigneur,
Je supplie tres humblement Vostre Altesse de se resouvenir de la faveur qu'il luy a pleu d'accorder a monsieur le President de Sautereau , sur la recommandation que monsieur le mareschal Desdiguieres luy en a faite. Et continuant d'invoquer Dieu sur Vostre Altesse, je luy fay tres humblement la reverence, comme estant, Monseigneur, Son tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le XVIII novembre 1616.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Biblioteca Civica.
MCCLVII A M. ANNIBAL BOSCHI Aumônes du prince de Piémont aux Clarisses et aux Cordeliers d'Annecy. Un galérien qui doit payer sa grâce par des œuvres pies.
Annecy, 18 novembre 1616.
Monsieur, Il pleut a Son Altesse de me commettre pour voir l'estat des bastimens de Sainte Claire de cette ville, et sur le rapport que je luy fis de la ruyne dont ilz estoyent menacés, sa bonté s'estendit a leur vouloir donner 300 ducatons pour la reparation necessaire . Et pour l'assignation de cette somme-la, monsieur de Monthouz me dit avant hier que Son Altesse avait accordé le rappel des galeres en faveur d'un certain notaire ou chatelain, que je pense estre du quartier d'Aiguebelle , a la charge quil donnerait les troys cens ducatons dont il est question pour cett'œuvre pie, et qu'il serviroit deux ans aux bastimens de la Sainte Mayson de Thonon. C'est pourquoy, ce bon Pere confesseur des Dames de Sainte Claire va pour voir s'il pourra tirer l'asseurance de ladite somme ; en quoy je vous supplie tres humblement de l'assister, comme aussi de luy faire delivrer le mandat des trente vaisseaux que saditte Altesse a ouctroyé pour le couvent de Saint François . Je sçai que vostre pieté vous portera asses a tous ces bons offices, sans que j'y employe mon intercession ; mais puisque elle m'est demandee, je ne la puis refuser, mesme sachant que vous me faites lhonneur de m'aymer, lequel je vous conjure de me continuer, ainsy que je veux estre a jamais, Monsieur, Vostre plus humble, tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XVIII novembre 1616, Annessi.
A Monsieur Monsieur Boschiz, Conseiller d'Estat
et Secretaire des commandemens de S. A.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le vicomte de la Villarmois, au château de Montgoger (Indre-et-Loire).
MCCLVIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMEDéE La reconnaissance du Saint s'unit à celle des Pères Barnabites.
Annecy, 19 novembre 1616.
Monseigneur, Ces Peres vont pour rendre graces a Vostre Altesse du soin qu'elle a de bien establir leur Congregation en ce pais . Et par ce que je voy combien Dieu en sera glorifié et le peuple edifié, j'en remercie tres humblement de rechef Vostre Altesse avec eux, la suppliant de continuer en ce tressaint zele, comme je ne cesseray jamais de luy souhaiter la perfection des graces celestes, non plus que d'estre, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur de Vostre Altesse, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le 19 novembre 1616.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCLIX A MADAME DE LA FLéCHèRE Une quittance à retrouver. - Visite de Mme de Blonay.
Annecy, 19 novembre 1616.
Ma tres chere Fille,
Je feray selon le contenu de vostre lettre, si l'occasion s'en presente par la venue de M. de Charmoysi, et encor, passant a Chamberi , je confereray avec M. le President pour sçavoir ce qui se pourra faire. J'ay des-ja un peu cherché la quittance de Bonfilz et ne l'ay sceu treuver ; mon frere dit quil ne l'a point aussi. Mays je chercheray tant, que nous la treuverons, puis que jamais je n'ay perdu aucun papier d'importance. Vous sçaures tous-jours de nos nouvelles et par mes lettres et par celles de nostre Mere . Nous avons eu icy madame de Blonnay qui estoit venue voir sa seur , et s'en est retournee aujourdhuy. Dieu vous veuille a jamais benir, ma tres chere Fille, des benedictions de son tressaint amour. Je suis en luy, d'un cœur non pareil, Vostre tres humble serviteur et pere.
XIX novembre 1616.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCCLX A M. JEAN MASSEN (INéDITE) Recommandation en faveur d'un étudiant en théologie.
Annecy, 23 novembre 1616.
Monsieur,
Estant obligé de souhaiter l'advancement aux lettres et a la vertu de Nicolas Grillet, qui m'appartient en parentage , et le voyant maintenant sur les rangs pour entrer au cours de la sainte theologie, je supplie vostre charité de luy estre propice et l'assister de vostre soin et faveur speciale, affin quil puisse reuscir tel que nous desirons le voir un jour, propre a servir Dieu et la sainte Eglise en ce diocese, ou il importe tant, a cause du voysinage. Et par ce que vostre zele vous donnera asses de mouvement a ce bon œuvre, sans que j'y employe davantage de prieres, je ne m'estendray pas plus avant, ains vous asseurant de mon humble affection a vous honnorer, et vous desirant mille et mille benedictions, je demeureray, Monsieur, Vostre plus humble, tres affectionné confrere et serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.
XXIII novembre 1616, Annessi.
A Monsieur.....
President au College de Savoye.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.
MCCLXI A M. RENé GROS DE SAINT-JOYRE Remerciements et félicitations pour la communication d'un ouvrage.- La " tare " que la modestie du Saint y découvre.
Annecy, 23 novembre 1616.
Monsieur,
Vous me favorises trop de me communiquer si liberalement vos beaux ouvrages. Celuy cy que je vous renvoye , tesmoigne combien vous estes riche d'inventions et d'affections pour bien cultiver la pieté. Seulement y voy-je une tare : que vostre desir d'animer un chacun au saint amour, vous a rendu trop favorable a la bonne volonté que j'ay eue d'y exciter les nations de la langue françoise, par le Traitté que j'ay nagueres mis en lumiere, lequel je suis pourtant bien ayse qu'il vous aggree, estimant que vostre jugement luy pourra donner acces et rendre ses documens plus utiles a plusieurs ames . Vives heureux en ce divin amour, Monsieur, et continues d'aymer Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
MCCLXII A LA MèRE DE CHANTAL Comment procéder pour l'achat de maisons nécessaires à l'agrandissement du monastère de la Visitation.
Annecy, [15-23 novembre 1616 ]
Voyla les lettres ; mais j'ay oublié de vous dire, ma tres chere Mere, que quand monsieur le President vous parlera des maysons et que vous viendres a traitter de l'estimation des maysons, il serait bon d'obtenir de luy qu'assemblant les expertz, il leur face prester serment, et leur fasse prendre les resolutions, parties absentes. Bon soir, ma tres chere Mere, Dieu vous benisse. Si je puis, demain je vous iray dire une Messe.
Revu sur l'Autographe qui appartenait aux PP. Missionnaires de Saint-François de Sales, à Annecy.
MCCLXIII A LA MêME (INEDlTE) Débuts de l'Avent à Grenoble. - Messages d'un père pour ses filles.
Grenoble, 3 décembre 1616.
Ce ne sont jamais que troys paroles de ce Pere ; certes, ma tres chere Mere, il n'a pas de loysir pour plus. Il commence seulement a s'apprivoyser parmi ce peuple . Dans quelque tems il vous escrira, sil y a chose qui vous puisse consoler (lettre 1264), car je vous asseure, ma tres chere Mere, que ce pauvre Pere la vous porte dans son cœur comme son esprit propre. Voyla des lettres pour vous. Je salue la tres chere toute bienaymee Marie Aymee ; elle sçait bien qu'elle est la fille de mon cœur, et l'autre chere fille Françon , et toutes nos cheres Seurs. Dieu soyt a jamais, ma tres chere Mere, nostre tres unique tout. Amen.
Samedi, III decembre 1616.
A ma tres chere Mere, Nostre Mere.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Cracovie.
MCCLXIV A LA MêME (INéDITE) Une lettre faite entre deux sermons. - Les fruits spirituels qui se préparent pour le prochain Carême. - Salutations et souhaits affectueux.
Grenoble, 8 décembre 1616 .
C'est tous-jours quand je puis, ma tres chere Mere, que je vous escris, et voyci la quatriesme , aussi courte que les autres, comm'estant escritte entre deux sermons : l'un que je viens de faire en l'eglise cathedrale, delaquelle Nostre [Dame] est le Patron , et l'autre que je vay faire dans trois heures, en un'eglise, hors ville, ou le tiltre est avec Indulgence pleniere . Nos sermons vont asses bien. Hier nous commençames a confesser quinze ou vingt dames, tres devotes pour la plus part, et j'entrevoy, ce me semble, un peu de fruit pour le Caresme . Ce sont nos nouvelles, et je benis Dieu pour les vostres. Je salue vos hostesses du tems de vostre lettre, si vous les revoyes, madame de Monthouz et les autres. Item, sur tout ma chere Marie Aymee, certes ma toute chere seur, de laquelle je prie Dieu vouloir estre protecteur et de son petit . Dieu soit a jamais nostre amour, ma tres chere Mere, et vous comble de sa tressainte consolation. Amen. Je suis en luy vostre, tout entierement et absolument, et, puis quil luy a pleu, comme vostre ame, vous mesme. Je suis vostre serviteur.
En haste, VIII decembre, jour de la tressainte Conception.
Je salue nos Seurs et mes freres , ausquelz je n'escris point. A Madame
Madame de Chantal, Supere de la Visitation
Annessi.
Revu sur un fac-simile de l'Autographe qui appartenait à M. le comte de Villers-Masbourg, au château de Schâloen (Limbourg Hollandais).
MCCLXV A MONSEIGNEUR FENOUILLET, éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Le duc de Montmorency gagné par Mgr Fenouillet à l'estime de l'Evêque de Genève. - Témoignages qu'il en donne. - Déplaisir du Saint de n'avoir pu, à son gré, le payer de retour. - Lesdiguières en route pour le Piémont.
Grenoble, 17 décembre 1616.
Monseigneur, Je n'ay garde que je n'employe cette si bonne commodité de vous bayser les mains, quand ce ne seroit que pour vous remercier tres humblement de l'honneur que je receus de monsieur de Montmorency en son passage par cette ville, puisquil me declara que vous luy avies donné l'affection de me le faire, par l'honnorable mention que vous luy avies quelquefois fait de moy. Je suis tousjours honteux quand je pense a l'exces de la faveur que ce seigneur me fit, et confus dequoy ayant esté a son logis pour luy faire la reverence et espié toutes les commodités qu'il pouvoit y avoir, je n'ay peu onques avoir ce bonheur . Mais je croy que M. le President [du Faure ] luy aura fait sçavoir ma diligence, et neanmoins je vous supplie, Monseigneur, de luy faire sçavoir le desplaysir que j'ay pour ce sujet, et que j'ay bien conscience du respect que je doy a sa grandeur et a ses merites, et de l'extreme obligation que j'ay a son excessive bonté. Vous aves de l'interest en ce point, Monseigneur, puisque c'est sur l'estime que vous luy avies donnee de moy, quil m'a favorisé. " Dans l'amour, garder la modération, c'est à peine si les dieux en sont capables." (Publius Syrius, Sent. A,22) Vous luy en avies trop dit et il en a trop fait, et moy je suis demeuré court et n'en ay pas asses fait, faute certes d'avoir bien peu le faire.
Vous sçaures toutes nos nouvelles et que M. le Mareschal part demain et que la paix est desesperee en Piemont , Reste que je prie Dieu pour vostre prosperité, me disant a jamais, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Ce 17 decembre 1616.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier. MCCLXVI A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Que doit faire une âme continuellement attirée par Dieu à se reposer dans le sein de sa Providence. - Le fondement de la joie paisible et dévote.
Annecy, [1616 .]
Que peut on dire a l'ame que Dieu a tiree il y a si long tems et attire continuellement a se reposer dans le sein de sa providence, sinon : Demeurés la, ma Fille, et vous tenes a recoy au plus secret lieu de ce saint tabernacle (Ps 26,5), vous laissant absolument manier au gré de Celuy qui daigne prendre soin de vous. Ayés seulement celuy de luy plaire, par cette entiere dependance et confiance en son amour, et par la suave vigilance que vous deves avoir d'avancer ses cheres espouses a la pureté de son divin service, par une exacte observance, vous rendant extremement attentive a la douceur et support, sans crainte d'exceder en ces saintes vertus. Soyes genereuse, allegre et suave en cet exercice, et vous y treuveres abondamment les graces de nostre bon Dieu, ainsy que je l'en prie de toute mon ame qui cherit la vostre tres parfaitement. Pries pour celuy qui est vostre sans reserve. Dieu soit beni. Amen. Soyes tous-jours joyeuse de cette joye paisible et devote qui a pour fondement l'amour de sa propre abjection, et nourrisses une douce et paisible humilité de cœur, qui vous face aggreer toutes sortes de souffrances et d'abjections, comme n'estant digne d'autre chose.
Revu sur un ancien Ms. conservé à la Visitation d'Annecy.
MCCLXVII A LA MêME (FRAGMENT INEDlT)
Annecy, [1613-1616 .]
…………………………………………………………………… Ma tres chere Mere, dites moy sil est vray; et cependant, mille et mille fois le bon soir, et cent et cent mille benedictions sur le cœur de ma tres chere Mere et le mien. Amen.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Salo (Italie).
ANNEE 1617
MCCLXVIII A LA MèRE DE CHANTAL Le premier acte d'une journée fait selon l'inclination du Saint.
Annecy, commencement de janvier [1614-1617 .]
Graces soyent a Dieu, ma tres chere Mere ! sinon des que je commence a vous escrire ce billet, je n'ay rien fait de toute la journee selon mon inclination. Sa divine Majesté me veuille bien assister, affin que ces petitz, mays frequens exercices me rendent bien mortifié. Je suis consolé d'avoir vostre sainte Paule vefve pour patronne ; Dieu nous face la grace de bien imiter en nostre unité cette sainte vefve et son cher Pere . Demeurés en paix, ma tres chere Mere, et reposes vostre cœur sur la poitrine du Sauveur. 0 Dieu, qu'il faut faire de resignations pour la gloire de ce grand amour divin ! mais ce n'est rien, en comparayson de ces anciens hommes et femmes apostoliques. Je suis tres uniquement vostre, ma tres chere Mere. VIVE JESUS !
FRANçs, E. de Geneve.
MCCLXIX AU CHANOINE DENIS DE GRANIER (INéDITE) Le destinataire est prié de vouloir bien résigner sa place de chanoine en faveur d'un digne ecclésiastique.
Annecy, 5 janvier 1617.
Monsieur,
Sur la vacance d'un canonicat de nostre Eglise, au (sic) voys du Chapitre se sont presentés deux personnages ………., l'un et l'autre desirés de cette compaignie ; et apres l'election faite en faveur de l'un , il est resté audit Chapitre un grand desir de pouvoir encor avoir l'autre, pour les bonnes qualités qui sont en luy .
Sur quoy, quelques-uns se sont advisés que vous avies une place, laquelle vous estes resolu de ne vouloir point remplir de vostre personne, ainsy que vous l'aves declaré, et que le tems escoulé des l'impetration d'icelle fait asses connoistre. Et pour cela, ilz se sont addressés a moy, affin que, tant au nom dudit Chapitre qu'au mien, je vous priasse de là remettre a ce digne ecc1esiastique, qui estant de bonne vie, docteur es droitz et en theologie, sera grandement utile a cett'Eglise.
Or, je croy que vous ne douteres pas que sil vous playsoit de la garder et nous faire jouir du fruit de vostre residence, nous ne le souhaitassions plus que toute autre chose; mays puisque elle vous est tout a fait inutile, et a l'Eglise, presupposé la resolution que vous aves faite, je pense que vous treuveres bon nostre desir et le seconderes, comme juste quil est, selon Dieu et les loix. Je sçai que vous avies eü intention d'en gratifier le frere de monsieur Greffiez , auquel je ne voudrois en rien praejudicier, ains l'ayder et servir de mon pouvoir. Mays n'y ayant nulle apparence de faire reuscir sa praetention de ce costé la, je ne pense pas que cela vous doive plus arrester de nous donner, au lieu de vous que nous desirions (sic) plus que tous, quelqu'un qui, en quelque sorte, vous puisse dignement representer : dequoy donq je vous prie avec tout ce venerable Chapitre, ne doutant point que, selon vostre prudence, zele et pieté, vous ne vous disposies a suivre nos desirs. Atant, je me recommande a vos prieres, vous asseurant que de tout mon cœur je seray tous-jours, Monsieur, Vostre plus humble, tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.
Monsieur, en cas que vous facies ce que nous demandons, il ne sera besoin sinon de faire la resignation en mes mains, c'est a dire une procure (pour résigner purement et simplement) ad resignandum pure et simpliciter entre mes mains, ou de mon Vicaire general ; car par apres, le moys qui vient, auquel je suis en mon alternative , je prouvoirois celuy dont il est question, qui s'appelle monsieur Questan, bourgeois de cette ville .
Veille des Roys 1617.
A Monsieur
Monsieur [de Granier, Docteur] en theologie
…..., ville.
Revu sur l'Autographe conservé au 2e Monastère de la Visitation de Marseille.
MCCLXX A LA MèRE DE CHANTAL Affaires à régler entre les deux Fondateurs de la Visitation,
Annecy, commencement de janvier 1617 .
Ma tres chere Mere,
Je n'ay sceu prendre le contentement que je desirois de vous voir moy mesme, occupé par les visites. Je ne sçai si aures parlé a M. le Collateral de la difficulté des 800 florins. En voyci un'autre : M. de la Roche desireroit mettre sa seconde fille en la Congregation et constituer sa dote des a present, avec celle de ma Seur Claude Agnes, sur les biens quil vous vend , a la charge qu'en cas qu'elle ne perseverast, on rendroit tant. Vous y penseres un peu, et nous en parlerons passé demain ; et ce soir, si je puis en passant, je vous salueray, puisque demain je vay a Sainte Catherine Dieu vous benisse, et tout ce que vous estes icy et la.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz, au château de Monpont, près d'Annecy.
MCCLXXI AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE (INéDITE) Regrets de l'Evêque de Genève d'avoir quitté Annecy avant l'arrivée du prince. - Le duc de Nemours, futur fondateur de l'église des Barnabites.- Dieu. " donne séjour dans son temple aeternel a ceux qui luy en font icy bas des temporelz. " - Reconnaissance des Religieux et du peuple.
Annecy, 8 janvier 1617.
Monseigneur,
L'ors que Vostre Grandeur vint en cette ville , je me treuvay si pressé de l'assignation prœfigee pour les sermons de l'Advent a Grenoble (note 774), que je ne peu attendre le bonheur de vostre arrivee ; dont j'eu un extreme desplaysir, mais addouci neanmoins par l'esperance qui me restoit, qu'a mon retour je pourrois en quelque sorte regaigner cet honneur. Et maintenant, deceu en mon attente, je ne puis me contenir que je ne me pleigne de mon malheur et que, pour me soulager au mieux que je puis, je ne vous supplie tres humblement, Monseigneur, que si les occurrences m'esloignent de vostre œïl, il vous playse me tenir prœsent en vostre grace, que j'estime l'un des meilleurs et plus desirables honneurs que je puisse posseder en ce monde.
Ce pendant, Monseigneur, les Peres Barnabites m'ayant communiqué l'intention que Vostre Grandeur a de faire bastir leur eglise, m'ont aussi donné une grande consolation ; car je sçai que Dieu benit ceux qui luy edifient des maisons, qu'il glorifie ceux qui l'honnorent et qu'il donne sejour dans. son temple aeternel a ceux qui luy en font icy bas des temporelz. Tout ce pais, Monseigneur, et les circonvoysins vous en auront un'obligation immortelle ; et par ce moyen, Vostre Grandeur adorera et priera Dieu continuellement a jamais, en la personne de ces bons et devotz Religieux et de tous ceux qui, par leur zele, s'assembleront en ce saint lieu pour y sanctifier le nom divin. Mays en particulier, Monseigneur, je vous en fay tres humble remerciment au nom de tous ceux qui, estans vos tres humbles et tres obeissans sujetz et serviteurs, sont mes diocaesains, ausquelz je ne manqueray pas de representer la singuliere redevance qu'ilz en auront a vostre pieté ; non plus que ces bons Peres ne manqueront pas de rendre memorable a toute leur illustre et devote Congregation la grandeur des bienfaitz dont vous les aves favorisés, Monseigneur, qui n'aves pas seulement voulu les recevoir en vostre ville (L6, notes 462, 560.), qui est leur premier logement deça les mons, mais de plus, leur aures basti le lieu sacré qui sera le plus grand moyen de bien rendre le service auquel leur vie est destinee. Dieu remplisse a jamais Vostre Grandeur de ses graces ; c'est le souhait perpetuel, Monseigneur, de Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
8 janvier 1617, Annessi.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme veuve de Marcassus, à Monfort (Gers). MCCLXXII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-.AMéDéE L'imprudence d'un jeune homme. - Avis du Saint sur cette affaire.
Annecy, 17 janvier 1617.
Monseigneur,
Vostre Altesse me renvoya une requeste par laquelle elle estoit suppliee, de la part de damoyselle Marceline de Marcilli, ditte Belot , de luy prouvoir sur les promesses que le sieur de Chasse, filz de monsieur le President de Sautereau (notes 762,763), luy avoit faites pour mariage, affin que je fisse ce que j'estimerois estre convenable pour ce regard et que je donnasse mon advis a Vostre Altesse sur le contenu de la supplication.
Et pour obeir, Monseigneur, a son decret, estant a Grenoble, je conferay avec le susdit seigneur Prresident de Sautereau de ce sujet, pour apprendre de luy son intention, laquelle il m'expliqua, se loüant infiniment de la justice et equité dont Vostre Altesse l'avoit gratifié luy faysant rendre la promesse faite par son filz, lequel estant en la puissance de son pere, et d'un tel pere, ne pouvoit nullement s'engager en un mariage si deshonnorable, au praejudice de la reputation de sa famille. De sorte que, non seulement il ne croyoit pas que cette femme peut rien praetendre par rayson, mais tenoit pour certain qu'elle pourroit estre recherchee par justice, d'avoir seduit et attiré un jeune garçon, enfant de telle famille, a des promesses si praejudiciables et conceües en termes si extravagans . Que si ce n'eut esté la crainte de donner de l'importunité a Vostre Altesse, il l'eut supplié de commander que punition en fut faite.
N'ayant donq rien fait de ce costé, il reste que je die mon.
advis, puis qu'il a pleu a Vostre Altesse de me le commander. Et c'est, Monseigneur, qu'il suffit bien que l'on tolere ces femmes scandaleuses en la republique, sans qu'on leur permette d'entreprendre sur les maysons honnorables et dignes de recommandation, par les infames attraitz desquelz elles charment la foible et legere jeunesse ; et la condition d'espouser ou doter n'est ordonnee que pour les filles d'honneur qui ont esté deceües, non pour les femmes deshonnestes qui ont deceu. Celle ci, comme je m'asseure Vostre Altesse aura des-ja sceu, venoit de faire un enfant d'un estranger quand elle tira promesse de ce jeune gentilhomme ; et bien que la charité ayt quelquefois porté des gens de qualité a prendre en mariage des femmes perdues pour les sauver, si est ce qu'il n'en faut pas tirer consequence pour ceux qui, n'estans pas a eux mesme (sic), sous praetexte de charité violeroyent la justice et l'equité, introduisans en leurs familles des personnes dangereuses contre le gré de ceux qui sont les peres et maistres de la famille, mays sur tout en un aage qui n'a pas ordinairement en consideration ni la charité, ni la prudence requise pour exercer une charité en laquelle il faut avoir egard a plusieurs circonstances.
Je prie Dieu sans cesse, Monseigneur, quil comble Vostre Altesse de ses plus desirables benedictions, et suis infiniment, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XVII janvier 1617, Annessi.
Revu sur l'Autographe appartenant aux Religieuses de l'Adoration réparatrice, à Paris. MCCLXXIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Des sujets fidèles méritent les faveurs de leur Prince.
Annecy, 18 janvier 1617.
Monseigneur,
Je joins ma tres humble supplication a celle que cette ville d'Annessi fait a Vostre Altesse, pour la continuation des privileges dont ell'a ci devant joüi , attestant que, si la fidelité et ardente affection des sujetz doit attirer les faveurs du Prince, cette communauté, Monseigneur, sera donq en singuliere recommandation aupres de Vostre Altesse, pour la prosperité delaquelle je prie continuellement la divine Majesté, comme je dois, estant, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XVIII janvier 1617, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCCLXXIV A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Changement de confesseur au monastère de Lyon. - Trois retraitantes en celui d'Annecy. - Rapide passage en ce monde d'une petite nièce du Saint.
Annecy, 21 janvier 1617.
Ma tres chere Fille, Je vous voy, certes, asses occupee parmi tant d'occurrences ; Dieu soit a jamais vostre force. M. l'Aumosnier m'escrit que Monseigneur l'Archevesque le vous oste ; je croy que ce ne sera pas sans vous bien pourvoir. Je crains pourtant la varieté des opinions au maniement des ames ; mays Dieu aura soin de vostre chere trouppe, affin qu'elle aille tous-jours le mesme chemin, puisque c'est celuy auquel il l'a mise. Nostre Mere ne sçait pas que j'escrive. Elle n'est pas sans affaires, mays bonnes et aggreables, ayant madame la Comtesse de Tournon et ses deux filles , qui font les exercices et preparent leur confession generale. Hé Dieu, quelles nouvelles du Puy d'Orbe ! cela me traverse le cœur. O qu'il faut bien regarder a qui l'on donne acces en telles maysons, et quelles hantises, quelz devis on admet ! La chere seur de la Valbonne pensoit venir, mais le frere n'a pas voulu. Il y a obeissance en leur monastere ; ouy, et mortification. Mais celle ci est bien plus grande a Sales, ou ma seur a fait sa troisiesme couche d'une fille, laquelle, une heure apres son Baptesme, est morte. Pour moy, je n'en aurois nul sentiment, si ce n'est pour compatir un petit avec la mere. Vivés tous-jours toute a Dieu, ma tres chere Fille : c'est le continuel souhait de mon cœur qui cherit le vostre incomparablement. VIVE JESUS !
FRANçs, E. de Geneve.
21 janvier 1617.
A ma tres chere Fille en N. S.,
Ma Seur Marie Jacqueline Favre,
Superieure de la Congon de la Visitation. A Lion.
MCCLXXV A LA MèRE DE CHANTAL Un souhait de Job et celui de François de Sales, à propos d'un anniversaire.
Annecy, 23 janvier 1617 .
Ma tres chere Fille,
Vous m'aves fait playsir en me faysant sçavoir que c'est aujourd'huy le jour de vostre naissance, car je n'y pensois pas. Job desiroit que le jour de sa naissance perist (Jb 3,3), et moy je souhaitte que le jour qui a veu naistre ma tres chere Mere soit conté entre les jours heureux et benis es siecles des siecles. Cependant, ces jours de nos naissances doivent nous humilier, en nous faysant voir le neant d'ou nous venons, et nous encourager, en nous faysant voir la fin pour laquelle Dieu nous a donné commencement.
Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte, conservé à la Visitation d'Annecy.
MCCLXXVI A LA MèRE CLAUDINE DE BLONAY ABBESSE DE SAINTE-CLAIRE D'éVIAN (INéDITE) Le saint Evêque s'excuse aimablement de son retard à écrire. - Il promet de s'employer auprès du prince de Piémont pour les Clarisses. - Raisons divines des maladies et des guérisons. - Salutations affectueuses.
Annecy, 24 janvier 1617.
Vous aves rayson, ma tres chere Seur, d'avoir une parfaitte confiance en moy, qui aussi, de mon costé, vous honnore et cheris de tout mon cœur avec toute vostre benite compaignie; mays j'ay bien tort, certes, d'avoir tant tardé a vous respondre sur la demande que vous me faysies. Vous estes bonne, et vous m'excuseres bien, je m'en asseure, puisque ma faute ne procede pas de mon affection, [mais] de ma memoire, laquelle s'estant reservé ce devoir pour m'en faire souvenir a mon retour en cette ville , s'en oublia par la multitude du tracas qui m'accabla a mon arrivee. Si, en la place du chasteau , il y a de l'eau et dequoy vous bien accommoder, je pense qu'il ne seroit pas difficile d'obtenir de Son Altesse ce que vous aves projetté ; et pour moy, je vous serviray tres affectueusement en cela, comme en toutes autres occasions, esperant que si nous avons la paix , vous seres grandement soulagees du Prince, qui me le dit, estant icy . Le bon Dieu, auquel vous serves, disposera par sa providence de tout ce qui sera requis pour vous loger un peu mieux en terre et tres heureusement au Ciel.
Si j'eusse sceu ce qui arriva despuis, j'eusse fait du Jubilé selon vos souhaitz ; toutefois, Dieu n'a pas laissé de vous bien consoler par autre voye. Il soit a jamais beni, et encor dequoy il envoye souvent des maladies a ses servantes pour les rendre participantes de sa croix, et les guerit aussi souvent pour les rendre en quelque chose participantes de sa resurrection.
Mes cheres Filles, qui sont les vostres, m'obligent beaucoup d'avoir du soin pour moyen leurs prieres; je les conjure seulement de continuer. Que si le parentage de quelqu'unes avec moy les rend un peu plus affectionnees a me faire cette charité, je leur en seray d'autant plus redevable, et en remercieray Dieu qui a enté l'amitié spirituelle sur le devoir temporel. Je les salüe toutes tres cordialement, et leurs noms sont escritz dans mon cœur: de ma Seur Beatrix , Anne, Marie Magdeleine, de ma Seur Symon, Pernette, Christine , de Blonay , Pernette; en somme, toutes, laissant a part ma Seur Claire, qui sçait bien que je luy escris, ni je n'oublie pas ma Seur Estienne . En somme, de rechef, toutes nommees et non nommees, je les cheris de tout mon cœur qui leur souhaitte, et a leur Reverende Mere, ma Seur, la grace, paix (Rm 1,7) et consolation du Seigneur, et suis sans fin, ma tres chere Seur,
Vostre tres humble frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.