Lettres (page 38)
XIIII mars 1620.
A ma tres chere Seur en N. S.,
La Rde Mere Abbesse de Ste Claire d'Evian.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la générale Joppé, à Reims.
MDCXXVI AU PRéSIDENT FRANçOIS DE TARDY Bon droit des Religieux de Sixt et grande misère des habitants du pays.
Annecy, 18 mars 1620.
Monsieur, Outre que les venerables Religieux de Six, pour leur bonne vie et affection a la reformation, meritent d'estre protegés, l'affaire qu'ilz ont maintenant prenant son origine en partie de la visite que j'y ay faite , et en laquelle je puis bien prendre Dieu mesme a tesmoin d'avoir eu seulement son service en veüe, et en laquelle, de plus, je n'ay presque rien ordonné qu'apres avoir, par raysons, tiré le consentement amiable des parties, je me sens obligé de faire avec lesdits Religieux une mesme supplication aupres de vous, affin qu'il vous playse de les favoriser en la conservation de leur bon droit; en quoy vous feres chose grandement aggreable a Nostre Seigneur et qui m'obligera extremement, qui suis a jamais, Monsieur, Vostre serviteur tres humble,
FRANçs, E. de Geneve.
XVIII mars 1620, Annessi.
Monsieur, les habitans de Six, pour leur grande misere, sont dignes de compassion, et, pour leur pieté, sont dignes d'estre affectionnés ; c'est pourquoy je ne fay point de difficulté de vous supplier tres humblement de leur departir vostre justice et faveur en la conservation de leurs bons droitz . A Monsieur
Monsieur de Tardy, Conseiller d'Estat de S. A.,
President au souverain Senat de Savoye.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
MDCXXVII A M. MONTENET Une promesse fidèlement tenue. - Réciprocité d'honneur et d'affection.
Annecy, 21 mars 1620.
Monsieur,
Cette bonne Seur Jeanne m'a souvent dit que vous conservies tous-jours quelque souvenance de moy, continuant a m'aymer, ainsy que vous me promistes la derniere fois que j'eu le bien de vous voir. Et j'ay un si grand playsir de sçavoir cela, que je n'ay pas voulu laisser partir cette Seur Jeanne sans luy donner ce billet, par lequel je vous remercie de tout mon cœur et vous asseure que reciproquement je vous honnore passionnement, et voudrois bien estre si heureux que de vous rendre quelque service. Mays cependant, je vous souhaite toute sainte benediction, et a madamoyselle Montenet vostre femme, que je salue cordialement, et suis, Monsieur, Vostre bien humble serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.
XXI mars 1620, Annessi.
A Monsieur Montenet.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Parraud, à Frontenay (Jura).
MDCXXVIII A M. CLAUDE DE BLONAY Suspendre une nomination jusqu'à l'arrivée d'un Bref de Rome.- Regrets du départ d'un ecclésiastique.
Annecy, 27 mars 1620 .
Monsieur,
J'attens tous les jours un Brief du Pape, que mon frere m'escrit avoir veu entre les mains de Monseigneur le Nonce, par lequel je suis commis pour ranger au meilleur ordre qu'il se pourra toutes affaires de la Sainte Mayson ; et je vous prie que l'on attende jusques a ce tems la de remplir la place que monsieur Thomas laisse, lequel il me fait mal de voir partir de ce diocese, pour la vertu qu'il a tous-jours tesmoignee , bien que d'ailleurs je suis grandement consolé qu'il aille en la vigne de Lyon, qu'on me dit avoir tant besoin de cultivateurs. Je suis, Monsieur, Vostre tres humble confrere, FRANçs, E. de Geneve. Monsieur de Boys m'a dit que je ne pouvois faire autre decret sur la requeste de monsieur Bidal .
A Monsieur de Blonnay,
Prefect de la Ste Mayson de Thonon.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
Si " monsieur Bidal " est un ecclésiastique, comme il paraît probable, on peut proposer André, né à Evian, ordonné prêtre le 9 juin 1612 et décédé en 1623. (R. E.)
MDCXXIX A LA MèRE ROSSET, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE BOURGES Décision au sujet de la réception d'une Sœur. - Le Fondateur révise les Règles de son Ordre.
Annecy, 27 mars 1620.
Ma tres chere Fille, Ce billet que j'arrache de force d'entre un accablement extreme, n'est que pour vous dire que cette bonne fille de laquelle vous m'escrives, ayant esté des premieres de cette Mayson la, et estant de si importante consideration, comme vous me dites, pour tenir en paix cette bonne dame et plusieurs personnes apparentes, je croy qu'il la faut recevoir a la Profession, puisque mesme il n'y a point d'obstacles de consequence ; et j'espere que cette feminine tendreté sur elle mesme se passera petit a petit. Elle pourra estre des Seurs Associees, qui sont l'objet de la plus parfaite charité qu'on puisse exercer, ce me semble, en attendant que, le courage luy venant, elle puisse se rendre un peu sujette au chœur. En un mot, il faut exercer une franche et suave charité envers son esprit, et estimer que Dieu a voulu qu'elle fust la a cet effect . Je revoy les Regles et les Constitutions et les Formulaires , ou j'ay treuvé de grans manquemens, tant en l'impresse qu'es escritz, que je repare ; et mettray ces benitz vœux si expressement, que ce sera asses pour tout le monde affin qu'il demeure en repos . O ma tres chere Fille, je vous escriray de rechef bien tost, mais j'ay creu que je ne devais pas tarder davantage de faire ce billet. Je salue vostre cœur de toute l'affection du mien, et suis parfaitement vostre. Je salue nos cheres Seurs. Dieu soit loüé. Amen.
27 mars 1620.
Revu sur la copie faite par la Mère Rosset, conservée à la Visitation d'Annecy.
MDCXXX A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Accablement d'affaires. - Lettres recommandées. - Nombreuses demandes de fondations de la Visitation. - Où trouver des filles ? - Confiance en Dieu.
Annecy, 27 mars 1620.
Ma tres chere Fille,
Ce garçon est venu en un tems auquel je n'ay, pour tout, sceu le depescher que ce matin, 27 du moys, accablé, je vous asseure, d'affaires si pressantes que je n'ay peu m'en eschapper. Je vous supplie de donner seure addresse aux lettres de Paris, et de recommander a nostre Seur de Moulins celle de Bourges (lettre 1629) qui importe a la Superieure ] de ce lieu la. Quant a Clermont, je treuve vostre response toute bonne, puisque vous aves des filles pour fournir cette Mayson la . Mais y auroit il encor, outre cela, une fille pour estre Superieure ou Maistresse des novices ? car je voy que de toutes partz on demande des Maysons; et voyla que celle de Turin se va dresser, ou il en faudra bien, tant pour la qualité du païs que pour satisfaire a Madame . Or, Dieu fera des filles, quand il les devroit tirer des pierres (Mt 3,9), et donnera l'esprit de gouvernement a mesure qu'il voudra multiplier les Maysons. Ma tres chere Fille, je suis uniquement vostre. J'ay grand desir de sçavoir ce que Monseigneur l'Archevesque fera pour l'execution du Bref Apostolique , et espere que l'humilité et douceur ne vous manqueront pas en toutes occurrences. Je salue cherement nos Seurs, et tres uniquement vostre cœur, ma tres chere Fille. Amen.
XXVII mars 1620.
A ma tres chere Fille en N. S., Ma Seur Marie [J.] Favre, Superieure.
MDCXXXI A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (FRAGMENT) La coadjutorerie de Jean-François de Sales est uniquement l'œuvre de Dieu.
Annecy, mars 1629 .
…………………………………………………………………………… Vous me croires bien, ma tres chere [Mère], quand je vous diray simplement que la nomination de mon frere a la coadjutorie est si clairement une œuvre de Dieu, que je n'en ay jamais dit ni escrit une seule parole, ni mendié ni procuré aucune recommandation. La faveur est toute entiere de la part de nos Serenissimes Princes et de l'absolue volonté de Madame; et ce procedé me console, n'y voyant rien du mien ni rien d'humain. …………………………………………………
MDCXXXII A UN AMI (FRAGMENT INéDIT) Un mot de l'âme du Saint.
Annecy, [vers la fin de mars] 1620 .
……………………………………………………………….. Nous sommes icy sans nouvelles, car elles sont toutes en Piemont maintenant, avec cette ample et grande cour que les noces y maintiennent. Pour moy, je n'y suis nullement, non pas mesme par la pensee, car mon ame est toute contournee a la vie contraire, et ne sçauroit s'amuser a la consideration d'un objet qui luy revient si peu. ……………………………………………………..
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
MDCXXXIII A MADAME DU TERTRE La mue du serpent ; sa transformation en colombe. - Ne pas regarder en arrière. - Condescendance et humilité du Fondateur. - Suivre les inspirations d'En-haut et laisser faire à Dieu. - Quel soin il faut avoir de la créature nouvelle, née du Saint-Esprit.
Annecy, fin mars ou avril 1620 .
C'est la verité, ma tres chere Fille, que mon ame vous cherit tres parfaitement; et m'est impossible, quand je pense en.vous, qui n'est pas peu souvent, que je ne ressente un eslan d'affection fort particuliere. Or sus, il falloit bien que le serpent se fourrast de force dans l'aspreté de la pierre pour se desfaire de sa vielle peau et se rajeunir heureusement (Arist.Hist Animal. 8,17 ; Vincent.Bellov. Speculum Naturae 20,5-7), affin d'estre transformé en .colombe. Dieu soit loüé, ma tres chere Fille, que vous aves souffert les tranchees d'un accouchement quand vous vous estes enfantee vous mesme a Jesus Christ ! Marches maintenant saintement et soigneusement en cette nouveauté d'esprit (Rm 6,4 ; 7,6), et gardes bien de regarder en arriere, car il y auroit un extreme danger ; et benisses la divine Providence qui vous avoit preparé une nourrice si aymable. O que Dieu est souverainement bon et gratieux, ma tres chere Fille ! Certes, j'ay eu un contentement incroyable a voir comme il vous a conduitte en l'abondance de son amour. Hé ! ne l'abandonnes donq jamais, et donnes toute liberté a vostre cœur de s'unir et serrer invariablement a son bon playsir, car il est fait pour cela.
Que cette chere Mere soit Superieure, j'y consens sans difficulté ; mays que cela se puisse faire si absolument comme vous m'en parles, je n'en sçay pas les moyens, ni il ne dependra pas de moy, qui suis fort peu de chose icy et rien du tout ailleurs : seulement je repete que pour mon consentement je le donne, et contribueray, de plus, ce que je pourray bonnement faire a vostre intention.
Mais, ma tres chere Fille, ne sommes nous pas enfans, adorateurs et serviteurs de la celeste Providence et du cœur amoureux et paternel de nostre Sauveur ? n'est ce pas sur ce fonds sur lequel nous avons basti nos esperances ? Faites ce qu'il vous a inspiré pour sa gloire, et ne doutés nullement qu'il ne face pour vostre bien ce qui sera le meilleur. Ne capitulons point avec luy : il est nostre Maistre, nostre Roy, nostre Pere, nostre Tout ; pensons a le bien servir, il pensera a nous bien favoriser.
Donq, ma Fille, pour conclure, je feray pour vostre petit contentement tout ce que je pourray, qui est peu ; de dela, je m'asseure qu'on fera de mesme ; mais au Ciel on fera tout, on vous comblera de consolations par les moyens que la Sagesse supreme connoist et void, et que nous ne sçavons pas.
Demeures en paix, nourrisses amoureusement, soigneusement et fidelement cette nouvelle enfant Aymee que vostre ame a nouvellement enfantee au Saint Esprit, affin qu'elle se fortifie en sainteté et qu'elle croisse en benedictions, pour estre a jamais aymee du Bienaymé. Que vous puis je desirer de plus, ma tres chere Fille ?
Je suis tout a fait, je vous asseure, Vostre tres humble serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.
MDCXXXIV A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE (INéDITE) Des raisons qui ne satisfont pas l'esprit de François de Sales. - Les prétentions de M. d'Ulme. - On ne peut lier la liberté pour le choix ou le changement des Pères spirituels. - Salutations affectueuses. - Disette de Supérieures pour de nombreuses fondations.
Annecy, 2 avril 1620.
Je suis certes marri, ma tres chere Fille, que nostre bon monsieur d'Ulme se retire ainsy ; les raysons qu'il allegue ne sont pas selon le goust de mon foible esprit. Si Monseigneur de Grenoble l'eut commis pour faire l'office de Pere spirituel, je l'eusse treuvé bon ; mays cela ne l'eut pas contenté, car je voy que tous-jours il eut volu estre en asseurance de parti, ce qui ne se peut ni doit faire, a cause de la consequence.
On ne doit pas estre variable a vouloir changer, sans grande rayson, de confesseur, mays on ne doit pas aussi estre tout a fait invariable, y pouvant survenir des causes legitimes de changement ; et les Evesques ne se doivent pas lier les mains, qu'ilz ne peussent, quand il sera expedient et sur tout quand les Seurs de commun sentiment le requerront, changer de Pere spirituel. Et je croy bien que jamais rien ne fut survenu du costé de monsieur d'Ulme qui eut apporté du changement, mais tous-jours ne pouvoit on pas donner une totale asseurance. Vostre Mayson sera tous-jours obligee a l'honnorer et respecter et a prier Dieu pour luy. J'appreuverois que le chapelain fut confesseur, car autrement il y auroit et des grans fraitz et des grandes incommodités.
Salués cherement nostre tout uniquement bienaymee seur Mme de Granieu, et M. d'Aouste que j'honnore parfaitement en mon ame, et toutes nos cheres Seurs.
Vive Jesus ! Amen.
A madame de Veycelieu, mille et mille salutations ; sa niece est une fille tres bonne et a un cœur bien conditionné .
On demande force Maysons en France; mais on a peine de treuver suffisamment de Superieures (note 394)
2 avril 1620.
A ma tres chere Seur en N. S., Ma Seur Per. Marie de Chatel, Superieure a Ste Marie. Grenoble. La chere seur est tres bonne, et je croy qu'elle reuscira grandement .
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
MDCXXXV A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Délicatesse dans le silence. - L'ordinaire méthode de la Providence divine. -Véritable marque de la bénédiction de Dieu sur un mariage. - Conserver son bonheur et laisser parler le monde.
Annecy, 8 avril 1620.
Monsieur mon tres cher Frere,
Ne prenes pas garde, je vous supplie, a ce que j'ay tant tardé de vous escrire, car vous auries grand tort si vous pensies que pour cela j'aye jamais cessé de vous cherir et honnorer tendrement et tres partialement, et d'autant plus, certes, que je vous sçavois estre en peine sous la persecution que l'on faysoit a vostre personne et a mon nom ; mais j'avois quelque desfiance que mes lettres n'eussent pas esté ni utiles ni a propos, si l'on eust sceu que vous les eussies receuës. Or, laissons cette pensee, et pour moy j'ay tous-jours esperé que vostre mariage reüsciroit grandement heureux en son progres, cette entree ayant esté si fascheuse ; car c'est une des ordinaires methodes dont la providence de Dieu use en ce qu'elle destine a sa gloire, de faire naistre les espines avant les roses.
On m'escrit que vostre amitié nuptiale est si entiere et parfaite que rien plus : et n'est ce pas cela la veritable et certaine marque de la benediction de Dieu sur un mariage ? Et ce que Dieu benit, qu'importe-il que les hommes le censurent ? Continues seulement en cette benediction, et nourrisses soigneusement ce bonheur par une perseverante fidelité au service de la divine Majesté ; et que tout le monde parle tant qu'il voudra. Mays on me dit que tous ces messieurs les parens commencent fort a s'apayser, et je le croy aysement ; car en fin ilz ouvriront les yeux, et verront que la volonté de Dieu doit estre adoree en tout ce qu'elle fait, et qu'elle a fait cette liayson de sa sainte main. Je finis donq, vous asseurant que je suis sans fin, Monsieur mon tres cher Frere, Vostre tres humble et tres affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le 8 avril 1620
MDCXXXVI A MADAME DE VILLESAVIN (INéDITE) La préface d'une grande lettre. - Quelle est la meilleure marque de la dilection de Dieu pour ses enfants. - Salutations à une petite fille.
Annecy, 9 avril 1620.
Ces quattre lignes suffiront, ma tres chere Fille, pour servir de preface a une plus grande lettre que je me sens obligé de vous escrire, pour reparer le manquement que j'ay fait de vous rendre ce devoir des mon arrivee en ce pais, ou je vous supplie de croire que vous estes toute presente a mon esprit, qui ne finira jamais de cherir infiniment le vostre et luy souhaiter toutes les plus favorables benedictions de Nostre Seigneur, et particulierement un continuel progres en l'amour celeste qui seul peut assoüir vos affections. J'ay loué sa divine Majesté quand j'ay sceu que vous esties acouchee heureusement apres tant de maux et de peines , par lesquelles la divine Providence vous veut associer a sa croix, qui est la plus estimable marque de sa dilection parmi ses enfans. C'est un vray martire, ma tres chere Fille, de souffrir beaucoup pour la volonté de Celuy a qui nous avons voué la nostre, et qui nous a tant aymé quil a volu mourir pour nous (Ga 2,20 ; Ep 5,2). Je vous demande permission de saluer en ce petit bout de lettre ma tres chere petite fille madamoyselle Anne, qui, je m'asseure, est encor plus devote que belle . Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma tres chere Fille, et je suis tout a fait en luy, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
9 avril 1620.
A Madame
[Madame] de Villesavin.
Revu sur l'Autographe conservé au ler Monastére de la Visitation de Paris.
Fac similé de la lettre précédente sur la page suivante
MDCXXXVII A LA DUCHESSE DE NEMOURS, ANNE DE LORRAINE Trois requêtes renouvelées ; appel à la bonté, à la justice, à la piété du duc et de la duchesse de Nemours.
Annecy, 11 avril 1620.
Madame,
Je pense que Vostre Grandeur aura bonne souvenance que, donnant advis a Monsieur de la mort du feu sieur [de] Charmoysi , je le suppliay tres humblement de continuer sa grace et ses bienfaitz a la vefve et au filz du defunt ; ce que Sa Grandeur m'accorda avec une tres grande demonstration de sa volonté et inclination a cela, et Vostre Grandeur, Madame, adjousta sa toute puissante faveur a ma recommandation. Maintenant donq, renouvellant ma supplication, je recours de rechef a cette mesme gratification qu'il pleut a Vostre Grandeur de tesmoigner, affin qu'il luy playse d'en commander les depesches, comme aussi ceux de deux autres graces que je demanday a Monsieur pour deux autres de mes amis ; puisque, si je ne me trompe, l'une est de justice, pour reparation d'un tort fait a un gentilhomme nourri et envielli au service de Monsieur , et l'autre est de pieté, pour l'assoupissement d'un proces que les gens de Sa Grandeur ont avec deux filles pupilles . Et je me garderay fort bien de jamais rien demander, ni mesme desirer de vostre bonté, Madame, ni de celle de Monsieur, qui ne soit selon les loix de l'honneur et bonheur que j'ay d'estre, De Vostre Grandeur, Madame, Le tres humble………………………………..
Annessi, 11 avril 1620.
MDCXXXVIII AU CHANOINE JEAN-BAPTISTE GERMONIO (INEDITE) Envoi des saintes Huiles.
Annecy, 16 avril 1620.
Monsieur,
Voyla les saintes Huiles que vous desires, tres ayse que je seray toute ma vie de pouvoir rendre quelque digne service a Monseigneur vostre oncle, a son Evesché et a vous, a qui je suis de toutes mes forces, et vous saluant humblement, Monsieur, Vostre tres humble confrere et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le Jeudi Saint, en haste, 1620.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.
MDCXXXIX AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES (FRAGMENT) Avis du Saint sur une affaire embarrassante. - Envoi de lettres et promesse d'écrire bientôt.
Annecy, 23 avril 1620.
……………………………………………………………………………. …………….on l'apprendrait a l'avantage, et seroit on deschargé de plus de la moytié de la peine quand ce viendroit au fait et au prendre, car on n'aurait a faire sinon d'appliquer cela au point. Or, ce constitus la se peut avoir de tous les docteurs, tant de droit que de theologie, et peut on le demander ou faire demander par maniere de curiosité. De retourner a Orleans, j'y voy fort peu d'apparence, car cela est bien loin ; chacun voudroit sçavoir pourquoy, et il seroit malaysé de treuver un praetexte. Voyla donq mon sentiment. Et a monsieur Deage , que vous surpasseres de beaucoup, et a moy, il ne cousta pour tout que a chacun 40 escus. Il faudra avoir un promoteur favorable qui fera tout et conduira tout. Voyla des lettres de Mme de Grignolz . Je vous escriray plus amplement dans trois ou 4 jours que M. du Chastelard partira , car j'ay tant escrit que je n'en puis plus. Bonsoir, mon trescher Frere, mon ami. N'ayes nullement peur que l'on voye vos lettres, ni que celles de M. Beybin se perdent. . La pauvre Mme de Charmoysi est toute affligé (sic) de son filz qui est de si mauvaise humeur, a ce qu'on luy a dit, et m'a prié de luy escrire une lettre de censure .
Ce XXIII avril 1620.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Toulouse.
MDCXL AU CARDINAL FRéDéRIC BORROMéE ARCHEVêQUE DE MILAN (L7, note 429) (EN ITALIEN) Excuse pour un remerciement tardif. - Des Pères Barnabites en route vers Milan.
Annecy, 23 avril 1620.
Illustrissime, Révérendissime et très vénéré Seigneur,
J'ai reçu, avec les reliques de saint Charles, la très aimable lettre que Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime a daigné m'écrire ces mois derniers. J'ai attendu jusqu'à présent de vous offrir l'humble remerciement qui vous est dû, car nos bons Pères Barnabites se rendant à Milan, le P. D. Candide, porteur, m'a promis de suppléer à mon défaut en accomplissant ce devoir pour moi . Certes, cela est très à propos, n'ayant moi-même ni la capacité ni le moyen de le faire, bien que, pour l'attachement et le respect envers Votre Seigneurie Illustrissime, je croie n'avoir à le céder à personne. Et sur cette vérité très certaine, je lui présente mes humbles hommages, et je prie Dieu notre Seigneur de lui donner toute sainte prospérité. De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le très humble et très dévoué serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
Annecy, le 23 avril 1620.
Revu sur l'Autographe conservé à Milan, à la Bibliothèque Ambrosienne.
MDCXLI A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES (L7, note 930) (EN ITALIEN) Le Saint prie le Général de renvoyer à Annecy deux Pères Barnabites et de leur en adjoindre un troisième d'âge vénérable.
Annecy, 23 avril 1620.
Révérendissime et très honoré Père dans le Christ,
Puisque ces Pères se rendent au Chapitre et à l'obédience de Votre Paternité Révérendissime , je vais aussi avec eux la saluer et m'offrir à Elle en qualité de serviteur très affectionné. Je vous supplie en même temps, si toutefois cela se peut et s'il est expédient, de vouloir bien les renvoyer ici ; car, ayant appris la langue et les usages du pays, ils pourront y travailler plus utilement que d'autres qui viendraient sans ces éléments nécessaires de succès. Néanmoins, je ne laisserai pas de dire à Votre Paternité Révérendissime, comme très désireux du bien et de l'honneur de sa Congrégation, qu'il serait aussi très à propos d'envoyer avec eux un des Pères anciens, dont l'âge inspirerait plus de respect encore pour ces collèges récemment fondés qui s'augmenteront peut-être bientôt d'un troisième pour le Noviciat ; ainsi, par la présence et l'autorité d'un si vénérable personnage, toutes ces Maisons recevraient leur entier perfectionnement . En attendant, je souhaite que le Seigneur comble de toute sainte prospérité Votre Paternité Révérendissime, et je demeure Son très humble frère et serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
23 avril 1620.
Au Révérendissime Père dans le Christ,
Le Père Général de la Congrégation de Saint-Paul.
Milan.
Revu sur l'Autographe conservé à Monza (Milan), chez les RR. PP. Barnabites.
MDCXLII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Nouvelles de l'âme de François de Sales. - Ses lumières sur les maximes évangéliques et sur la prudence humaine. - M. de Boisy à la cour. - Les affaires et la santé de Mme de la F1échère.
Annecy, fin avril ou commencement de mai 1620 .
Que vous diray je ? Rien autre, ma tres chere Mere, sinon qu'il me semble que mon ame est un peu plus solidement establie en l'esperance qu'elle a eu, de pouvoir un jour jouir des fruitz de la mort et resurrection de Nostre Seigneur ; lequel, comme il m'est advis, parmi les jours de la Semaine Sainte et jusques a present, non seulement m'a fait voir plus clairement, mays avec une certitude et consolation intellectuelle et toute en la pointe de l'esprit, les sacrés axiomes et les maximes evangeliques, plus clairement et suavement, dis je, que jamais ; et je ne puis asses admirer comme, ayant tous-jours eu une si grande estime de ces maximes et de la doctrine de la Croix, j'ay si peu pris de soin pour les prattiquer. O ma tres chere Mere, si je revenois au monde avec mes sentimens presens, je ne croy pas que toute la prudence de la chair et des enfans de ce siecle me peust esbransler en la certitude que j'ay que cette prudence est une vraye chimere et une toute veritable niaiserie. Or sus, j'ay dit ces quatre motz pour obeir a vostre cœur, que je cheris incomparablement et comme le mien propre. Je vous escriray une autre fois d'autres choses. La coadjutorie s'en va estre toute arrestee et accomplie avec tant de faveur que rien plus ; et ne se peut croire combien mon frere tesmoigne d'esprit et de vertu aupres de Madame et de ces grans Princes, de sorte que je commence d'estre conneu et aymé parce que je suis son frere. La petite seur est allee conduire sa fille a Vanchi . Madame de la Flechere est tous-jours bonne fort solidement, et tous-jours accablee d'affaires et de mauvaise santé. Ce bon Pere vous dira tout le reste.
Ma tres chere Mere, Dieu soit au milieu de nostre cœur. Amen.
MDCXLIII A M. CLAUDE DE QUOEX Débats au sujet de la nomination à une cure. - Un accommodement des Ermites du Mont-Voiron procuré par les délégués de l'Evêque de Genève.
Annecy, 6 mai 1620.
Monsieur,
J'eusse desiré que le sieur Grassi se fut contenu dans les termes du respect et de la verité a Vienne , et que monsieur Gariod n'eut pas fait l'esclat qu'il a fait a Chamberi (sur lequel monsieur le Marquis de Lans m'a escrit que le service de Son Altesse requeroit qu'on donnat la cure de Villy aux doctes, et monsieur le procureur general a appellé comme d'abus, et le Senat a tesmoigné de l'affection a la conservation du concours), ou qu'il eut eu encor un peu de courage pour voir sortir les effectz de sa requeste et de son bon droit, affin que l'equité estant victorieuse et l'authorité des Evesques maintenue, on eüt par apres plus honnorablement et courtoysement accommodé toute cette affaire en la façon mesme qu'il a, comme je voy, acceptee. Mays puis que il a treuvé bon de le faire avant ce tems-la, je ne m'y oppose point, et dautant plus, qu'autant quil me sera possible j'affectionneray tous-jours vos desirs et ceux de monsieur de Polinge . Et sil faut joindre cette piece encor, je diray que je suis encor bien ayse du bien de ce jeune ecclesiastique qui, a ce moyen, pourra en s'occupant devenir tousjours meilleur. Et ce pendant monsieur Gariod praeparera des excuses pour la grande chaleur quil avoit donnee a cette affaire a Chamberi.
Pour l'autre chef, les Hermites seront contens en l'accomodement quilz ont fait , et, comme j'espere, encor monsieur de Boege ; mays je ne sçai pas encor les particularités, cela s'estant passé par l'advis de monsieur le Prevost mon cousin, monsieur Jai, M. Questan, M. Rosetain que j'avois commis pour cela.
Au reste, je suis invariablement, Monsieur, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
VI may 1620.
Revu sur l'Autographe conservé à Chambéry, aux Archives du Sénat de Savoie.
MDCXLIV A MADAME DE VALFIN (INéDITE) Une forte et tendre affection paternelle et filiale. - Incertitude du Saint sur l'avenir. - L'enfant suspendu" au col de la Providence. "
Sales, 12 mai 1620.
Non veritablement, ma tres chere Fille, il n'est pas vray que je vous puisse dire de quel cœur je vous cheris et honnore, ni par consequent que jamais je vous puisse obliger en vous escrivant le plus souvent que je puis ; quoy que je le fay avec bien plus de douceur, sachant que vous aymes a recevoir ce petit tesmoignage de mon infinie affection, que vous ne pouves guere connoistre humainement d'autre sorte, et de laquelle en suite vous auries bien sujet de douter si Dieu, qui en est l'autheur, ne vous en donnoit la certitude dans le fond de vostre ame, comm'au milieu de la mienne il a planté un invariable sentiment de ce que vous m'estes et de ce que vostre cœur est au mien. Or sus, cette verité est trop grande et trop constante pour estre curieusement protestee. Demeurons en icelle, puisqu'il plait a Dieu, et demeurons y en paix, sans apprehension de vaciller ni d'haesiter jamais.
Je pense, pour moy, que je ne bougeray point de ce païs avant la Feste Dieu, et ne suis pas certain si encor, apres cela, j'iray en aucun autre lieu, n'estant guere plus certain de l'employ de ma vie que de l'heure de ma mort, tant je suis maintenant engagé dans la volonté d'autruy . O que ce me seroit un contentement incomparable si j'allois de ……………………………………………….
……………….[ma] tres chere Fille, attaches vous au col de sa Providence comme un petit enfant a celuy de sa mere ; il vous portera, il vous allegera, il vous allaitra (Is ult, 12) parmi les chemins pierreux de cette mortalité. Et quand vous verres a Besançon le Saint Suaire (L3, note 328), et en iceluy la marque de la playe de l'amoureuse poitrine du Sauveur, faites moy bien part des desirs que vous aures de vivre, comm'un heureux hermite, dans la caverne sainte (Ct 2,14) de la dilection infinie que vous descouvrires-la.
Je suis
Vostre tres humble et invariable frere et serviteur,
F., E. de Geneve.
A Sales, XII may 1620
A Madame
Madame de Vallefin.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.
MDCXLV A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Quatre objections au projet de fixer l'Evêque de Genève en France. - Son désir de demeurer attaché à son Eglise. - Ce qui vaut mieux pour lui qu'un chapeau de cardinal. - Point de népotisme. - Voyage probable à Rome.
Annecy, 14 mai 1620.
Or sus, ma Mere, je suis dans vostre parloir , ou il m'a fallu venir pour escrire ces quatre ou cinq lettres que je vous envoye . Il faut donq que je vous die que je ne puis avoir opinion que rien se face de ce costé-la, que vous sçaves, si Dieu ne le veut de sa volonté absolue ; car premierement, ce fut ce que d'abord je dis a Monsieur le Cardinal , que si je quittois ma femme, ce seroit pour n'en avoir plus. Je vay doucement, quoy qu'avec grand travail, supportant les charges de la mienne, avec laquelle je suis envielly : mais, avec une toute nouvelle a moy, que ferois-je ? La seule gloire de Dieu, manifestee par mon superieur le Pape, me peut oster de cette demarche .
2. Voyla mon frere Evesque; cela ne m'enrichit pas, il est vray, mais cela m'allege et me donne quelque esperance de me pouvoir retirer de la presse : cela vaut mieux qu'un chapeau de Cardinal.
3. Mais vos neveux seront pauvres . Ma Mere, je considere qu'ilz ne le sont pas des-ja tant comme ilz estoyent quand ilz nasquirent, car ilz nasquirent nuds. Et puis, deux ou trois mille escus, ni quatre mesme, ne me donneroyent pas dequoy les secourir, sans diminution de la reputation d'une prelature en laquelle il faut tant d'aumosnes, d'œuvres pies, et de frais justes et requis.
4. Voyla Son Altesse qui me mande advertir que de toute necessité il veut que j'accompaigne Monseigneur le Cardinal son filz a Rome ; et en effect, il sera a propos, pour le service mesme de l'Eglise, que je face ce voyage, bien qu'en toute verité, ma Mere, il ne soit nullement selon mon inclination : car en somme, c'est tous-jours aller, et j'ayme a demeurer ; et c'est tous-jours aller a la cour, et j'ayme la simplicité. Mais il n'y a remede ; puisqu'il le faut, je le feray de bon cœur, et tandis, les pensees de ce grand Prelat de dela auront du loysir de se dissiper. En somme, je ne feray rien pour ce parti la que je ne sois grandement asseuré que Dieu le veuille. N'en parlons donq plus que selon les occurrences, ma Mere.
Je suis a jamais, sans reserve et sans comparayson, c'est a dixe au dessus de toute comparayson, vostre, et certes, comme vous sçaves tres bien vous mesme, je suis vostre tres parfaitement.
Le 14 may 1620.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCXLVI A MADAME ANGéLIQUE ARNAULD, ABBESSE DE PORT-ROYAL A MAUBUISSON Les fautes involontaires n'empêchent pas la marche vers la perfection.- Vraie cause du mal chez la Mère Arnauld. - Comment modérer sa promptitude. - Ne point se dépiter contre soi-même, mais être enfant en humilité. - Un nouveau saint Paul intercesseur pour Onésime.
Annecy, 14 mai 1620.
Pour tout ce que vous m'escrives en trois de vos lettres, ma tres chere Fille, je ne laisse pas d'avoir une tres parfaite confiance que la fille que je vous ay tant recommandee, et qu'en verité j'ayme comme mon ame propre, reuscisse une grande servante de Dieu ; car elle ne fait point de faute a dessein, ni pour aucune volonté qu'elle ayt de nourrir ces inclinations revesches, vaines et un peu mutines. Or, cela estant, il n'y a rien a craindre.
Sa promptitude naturelle est la cause de tout son mal ; car elle anime sa vivacité, et sa vivacité anime sa promptitude. Partant, vous luy dires de ma part, que son soin principal soit a tenir son esprit dans la modestie, douceur et tranquillité, et pour cela, que mesme elle allentisse toutes ses actions exterieures : son port, son pas, sa contenance, ses mains, et s'i1 luy plait, encor un peu sa langue et son langage; et qu'elle ne treuve point estrange si cela ne se fait point en un instant. Pour mettre un jeune cheval au pas et l'asseurer sous la selle et la bride, on employe des annees entieres.
Mais voyes vous, ma tres chere Fille, vous luy estes un peu trop severe a la pauvre fille ; il ne luy faut point tant faire de reproches, puis qu'elle est fille de bons desirs. Dites luy que, pour toute broncharde qu'elle pourroit estre, jamais elle ne s'estonne, ni ne despite contre soy mesme; qu'elle regarde plustost Nostre Seigneur qui, du haut du Ciel, la regarde comme un pere fait son enfant qui, encor tout foible, a peyne d'asseurer ses pas, et luy dit : Tout bellement, mon enfant; et s'il tombe, l'encourage, disant : Il a sauté, il est bien sage, ne pleures point; puis s'approche et luy tend la main. Si cette fille est un enfant en humilité et qu'elle sache bien qu'elle est enfant, elle ne s'estonnera point d'estre tombee, car elle ne tombera pas aussi d'en haut.
O Dieu, ma tres chere Fille, si vous sçavies combien mon cœur ayme cette fille et de quelz yeux je la regarde des icy a tous momens, vous auries un grand soin d'elle, encor pour l'amour de moy, outre ce que vous luy estes ; car vous m'aymes d'un amour qui est asses fort pour vous faire aymer tout ce que j'ayme. Quand le grand Apostre recommande a Philemon le pauvre garçon Onesime, il luy dit mille paroles si douces qu'elles ravissent d'amour (Phil 10) : Si tu m'aymes, dit il, si tu m'a receu dans ton cœur, reçois aussi mes entrailles ; appellant ainsy le pauvre cher Onesime, qui avoit fait un mauvais trait a Philemon, pour lequel Philemon estoit courroucé. O ma chere Philêmone, ma Fille, veux je dire, si vous m'aymes, si vous m'aves receu dedans vostre cœur, receves y aussi ma chere fille Onesime, et la supportes ; c'est a dire, receves mes entrailles, car cette fille est en verité cela pour Nostre Seigneur. Et si quelquefois elle vous donne de la peine, supportes la suavement a ma consideration, mays sur tout a la consideration de Celuy qui l'a tant aymee, que, pour l'aller prendre dans son neant ou elle estoit, il s'est abbaissé jusques a la mort, et la mort de la croix (Ph 2,8).
Et quant a vous, ma tres chere Fille, comme n'aymeres vous pas Dieu qui vous ayme tant ? Quel tesmoignage de son amour, ma Fille, en cet heureux trespas de ce bon pere (note 272) auquel vous aves tant souhaité une telle fin ! Certes, j'en suis ravi.
Mille benedictions sur vostre cœur, ma chere Fille, et sur toutes nos cheres Seurs , et sur tout ce qui est a vous, en vous et pour vous ; et j'y auray donq ma bonne part, puisque je suis infiniment a vous en Jesus Christ et pour Jesus Christ.
Le 14 may 1620.
FRANçs, E. de Geneve.
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MDCXLVII A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Avis sur un voyage ; la fondation de Turin. - Quelle doit être la durée du noviciat ; quand on peut le prolonger. - Etablissement de la Visitation en Auvergne. - Pourquoi François de Sales est empêché d'aller prêcher à Lyon.
Annecy, 14 mai 1620.
Croyes moy, ma tres chere Fille, ne faites point la discrette avec moy pour ne m'oser pas escrire tous les jours quand vous voudres ; car jamais je ne verray de vos lettres qu'avec tres grande consolation pour moy . Or, je respons a la vostre derniere.
Je treuveray fort bon que vous venies un peu a l'advantage icy, pour plusieurs raysons, et que vous passies a Grenoble, puisque mesme, ainsy faysant, vous gaigneres le passage de Chamberi quand vous ires a Turin; d'autant qu'y ayant esté en venant, et veu monsieur vostre pere, vous n'aures pas sujet de vous destourner pour y repasser, ains ires le droit chemin et avanceres d'une journee. Mais de vous dire bien precisement quand vous ires a Turin, je ne le puis encor ; mon frere m'escrivoit dernierement que ce seroit environ la fin de juin ou le commencement de julliet . Le Concile de Trente (Sess 25, De Regul. 15) prefige absolument une annee de noviciat, en sorte que nul ne peut en establir deux, ni mesme un seul mois davantage, sans special privilege du Pape ; bien qu'es cas particuliers, les Superieurs, ains la Superieure et les Seurs, peuvent differer la Profession quand il y a cause legitime : comme quand, avec un peu de loysir, la Novice pourra se rendre plus capable, ainsy qu'il est dit es Constitutions . Mais cette verité, il la faut doucement mesnager et ne point l'alleguer par maniere de resistance, mais plustost la luy faire dire par quelqu'homme qui la sache dire avec dexterité , Si d'Auvergne on poursuivoit pour vous avoir un moys au commencement de la fondation, je pense que cela seroit bon et a propos pour la consolation des Seurs qui iront .
Cependant, ma tres chere Fille, [vous] me voyes bien marri d'estre reduit a l'impossible pour aller prescher a Lyon , Son Altesse voulant tres absolument que j'accompaigne Monseigneur le prince Cardinal a Rome, qui fera le voyage cet automne (note 450). En ce regret neanmoins, j'ay ce contentement de devoir servir un si bon Prince, de pouvoir servir vostre petite Congregation, et de vous voir allant et revenant.
Je salue vostre ame de tout mon cœur, ma tres chere et tres aymable Fille, et luy souhaite incessamment les saintes benedictions du Ciel, et a ma Seur toute chere Marie Aymee, Anne Françoise, Françoise Hieronime et toutes nos Seurs, que je cheris tres parfaitement, et la malade , et tout a part M. Brun .
Annessi, 14 may 1620.
A ma tres chere Fille en N. S., Ma Seur Marie Jacqueline Favre,
Supérieure de la Congregation de la Visitation.
MDCXLVIII A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE A quelles conditions on peut recevoir à la Visitation des aspirantes qui n'ont pas encore l'âge d'entrer au noviciat. - L'habit qu'il faut leur donner. -Rester indifférente sur le choix que font les postulantes d'une Maison ou d'une autre. - Bien que les Sœurs ne récitent que le petit Office, il est bon de maintenir le rang des Associées. - Profiter de nos mouvements imparfaits pour nous humilier.
Annecy, 16 mai 1620.
Ma tres chere Fille,
La fille de laquelle vous m'escrives estant de telle consequence, pourveu qu'elle ayt environ douze ans, pourra estre fort bien receuë . Il est vray que ces jeunes gens donnent de la peine ; mais que feroit on la ? Je ne treuve point de bien sans charge en ce monde. Il faut tellement adjuster nos volontés, que, ou elles ne pretendent point de commodités, ou si elles en pretendent et desirent, elles s'accommodent aussi doucement aux incommodités, qui sont indubitablement attachees aux commodités. Nous n'avons point de vin sans lie en ce monde. Il faut donq balancer : est il mieux qu'en nostre jardin il y ayt des espines pour y avoir des roses, ou de n'avoir point de roses pour n'avoir point d'espines ? Si cette fille apporte plus de bien que de mal, il sera bon de la recevoir ; si elle apporte plus de mal que de bien, il ne la faut pas recevoir. Et a propos de petites filles, la Seur Jeanne Marguerite, fille de madame la concierge, qui a esté receuë si jeune, est malade d'une maladie douloureuse et, comme dit M. Grandis , mortelle ; car elle est pulmonique. Je la fus voir l'autre jour, avec une incroyable consolation de voir une si douce indifference a la mort et a la vie, une patience si suave, et un visage riant parmi une fievre ardente et beaucoup de peines, ne demandant pour toute consolation que de pouvoir faire la Profession avant que de mourir .
Or, si vous receves celle que vous dites, il est vray qu'il ne la faut pas lier aux exercices, car cela la pourroit rebuter en cette si tendre jeunesse, qui ne peut encor savourer ce que c'est de l'esprit, pour l'ordinaire. Pour l'habit, je ne pense pas qu'il le luy faille donner avant l'aage, mais ouy bien luy en procurer un fort simple, et une petite escharpe qu'elle tienne sur sa teste ; en sorte qu'elle ressemble en quelque sorte a une Religieuse. Et sera bon qu'il soit ou noir ou tanné, sans ornement, comme j'ay veu a Saint Paul de Milan , ou il y avoit environ cent cinquante Religieuses et vingt ou vingt cinq Novices, et bien autant de pretendantes qui y estoyent en pension et attente ; et celles ci estoyent toutes vestues d'une mesme couleur bleue, et des voyles de mesme, et tout leur appareil esgal.
J'en dis de mesme pour la petite Lambert ; et ce sera comme une petite preparation a l'habit, lequel, es filles bien disposees, on peut bien donner quelques mois avant le tems, mais non pas la qualité de Novice, comme on a fait a la Seur Jeanne Marguerite ; et toutefois, il me semble qu'il ne le faille pas faire, sinon pour des occasions pressantes. Un petit habit tanné, ou blanc, ou de la couleur que vous jugeres plus propre, avec un peu de forme approchant de celle de la Religion, qui monstreroit qu'elles sont en pretention et attendant l'aage, les pourroit contenter.
Que les filles aillent a Lyon ou ailleurs, il n'importe nullement, et ne vous en mettes point en peine. Quand vous seres en vostre monastere, ses commodités feront leur attraction comme les autres, et les filles y viendront comme les colombes aux colombiers qui sont blancz .
Cependant, ma tres chere Fille, qui ne cherche que la gloire de Dieu la treuve dans la pauvreté comme dans les commodités. Ces bonnes filles n'ayment pas la pauvreté necessiteuse, et nous, certes, n'en sommes pas non plus ravis d'amour. Laisses donq doucement et paysiblement aller a Lyon qui voudra; Dieu vous garde mieux que tout cela.
Vous m'excuseres, ma tres chere Fille, j'espere que Dieu nous assistera affin que le grand Office ne soit jamais introduit en cette Congregation (L8, note 438), et le Pape mesme en donna quelque instruction. Et nonobstant cela, il est bon qu'il y ayt des Seurs Associees, pour faire la charité a tout plein de personnes qui ne sçauroyent dire l'Office, ou pour avoir la veuë trop foible et basse, ou pour avoir manquement d'estomach, ou pour quelque autre infirmité. C'est pourquoy l'on n'a pas marqué les exercices qu'il leur faut donner en lieu de l'Office au chœur ; car, selon leur infirmité, il les faut pourvoir. Si elles ont faute de veuë, on leur peut donner des chapeletz ; si c'est infirmité d'estomach et non de veuë, elles pourront dire les Heures, et la Superieure pourra disposer d'elles a quelque office non incompatible avec leur infirmité.
Despuis, j'ay leu la premiere Constitution, ou il est asses clairement dit que les Seurs Associees, comme les Domestiques, diront des Pater et Ave en lieu de l'Office : c'est en la page 118 et 119 . C'est pourquoy il ne sera nul besoin qu'elles disent les Heures, ains suffira qu'elles fassent ce qui est porté en l'article de cette Constitution, et qu'au reste la Superieure les employe selon qu'elle verra qu'elles pourront faire.
Il sera bon que nostre Mere de Lyon passe a Grenoble pour vous voir ; vous en recevres de la consolation toutes deux . Et ne vous mettes nullement en peine de cette petite touche que vostre cœur en ressent, car cela n'est rien, et sert beaucoup pour nous faire humilier doucement, pour nous faire voir la misere de nostre nature, et pour nous faire desirer parfaitement de vivre selon la grace, selon l'Evangile, selon l'esprit de Nostre Seigneur. Parles moy tous-jours hardiment; car je proteste devant Dieu et ses Saintz que je suis vostre, ma tres chere et veritablement bienaymee Fille.
FRANçs, E. de Geneve.
Ce 16 may 1620.
Je salue nos Seurs tendrement, et ces bonnes dames . A ma tres chere Fille en N. S.,
Ma Seur Peronne Marie de Chastel,
Superieure du Monastere de la Visitation Ste Marie.
A Grenoble.
MDCXLIX A M. GUILLAUME DRUJON PRIEUR COMMENDATAIRE D'ANGLEFORT La nomination au prieuré de Ripaille, désormais au pouvoir du saint Evêque. - Son double avantage. - Prière d'avoir soin de papiers importants pour cette affaire.
Annecy, 22 mai 1620.
Monsieur,
Quelques uns de mes amis me conseillerent de demander a Son Altesse, quand ell'estoit icy , la nomination au prieuré de Ripaille, vacant par le trespas de Monseigneur de Saint Paul ; et je le fis, en sorte qu'elle me fut accordee fort favorablement, la consequence de cette nomination me pouvant estre utile par ce que, du revenu de ce benefice, a esté erigee une commenderie de Saint Lazare, delaquelle, par ma naissance, je suis capable, et, venant a vaquer, ce ne me seroit pas une petite ouverture de la demander quand j'aurois des-ja le tiltre du prieuré . Mays ce point icy je le confie a vous, qui m'aymes, et a M,. D. . . . . , ne l'ayant volu dire a personne qui vive. Or ay je sceu que monsieur Drujon, vostre frere , a en son pouvoir plusieurs tiltres et papiers appartenans audit prieuré; qui me fait vous prier, par nostre commune vocation et l'amitié que vous me portes, de faire que je les puisse avoir, et qu'en attendant que je voye ce que je devray faire pour cela, je vous prie qu'ilz soyent soigneusement conservés. .Je prieray cependant monsieur. . . . . de conferer de ce sujet avec vous, de qui ayant des-ja receu beaucoup de courtoysie, je me prometz encor celle ci tout a fait, et suis, Monsieur, Vostre plus humble et tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.
22 may 1620, Annessi.
Monsieur
Monsieur Drugeon, Prieur d'Enclafort.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Girod, à Lavours (Ain).
MDCL AUX ERMITES DU MONT-VOIRON (FRAGMENT INéDIT) La charité. - Souhait.
Annecy, 24 mai 1620.
…………………………………………………….. La charité est douce, elle est pliable, elle est patiente, et, a la fin, elle fait tout (1 Co 13,4). Dieu, qui est la charité mesme (1 Jn 4,8), vous veuille tous conserver en son saint service, parmi lequel je vous prie me faire part en vos oraysons. ………………………………………………….
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
MDCLI A MADAME DE LA FLéCHèRE Un tracas qui empêche de recevoir des consolations et d'en donner. - Petites contestations. - Le seul souci que nous devons avoir. - Désir de mettre fin à un procès.
Annecy, 26 mai 1620.
Que vous voyla bien ayse, ma tres chere Fille, en l'aggreable conversation de cette chere cousine ! De me souhaiter aupres de vous, je n'ay garde de le faire, car je traine tellement tous-jours mon tracas avec moy, que je ne puis presque ni recevoir les consolations que je pourrois prendre de vous voir, ni encor moins en rendre. Je croy aysement que ces messieurs jetteront le droit sur M. Nacot, faute de s'accorder a le payer ; et luy se couvrira tout de leur refus et du pretexte d'avoir volu obeir . Mays, quel moyen d'unir les cœurs sans la charité ? Si madame la Comtesse n'est pas partie , je vous supplie de luy donner asseurance de mon humble service, et a madame de la Croix, laquelle, a mon advis, ne sera pas sans souci de demeurer ainsy seule en l'incertitude de ses pretentions . Dieu, par sa bonté, ne permette pas que nous en ayons jamais d'autre que de le servir et aymer eternellement. J'auroys grand'envie de sçavoir un peu clairement le fond de vostre proces, pour voir sil y auroit moyen de le terminer, affin que de ce costé la vous eussies plus de repos. Je suis sans fin, ma tres chere fille,
Vostre tres humble serviteur.
XXVI may 1620.
A Madame
Madame de la Flechere,
ma fille tres chere en N. S.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCLII A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (FRAGMENT) Bénédictions divines promises à la Sœur de Blonay.
Annecy, vers la fin de mai 1620 .
………………………………………. Laisses en vostre place nostre chere Marie Aymee ; les benedictions que Dieu respand sur sa conduite a l'esgard des Novices, s'eslargiront tous-jours sur tout ce qui luy sera commis ……………….
MDCLIII AU MARQUIS SIGISMOND DE LANS (MINUTE INéDITE) Une adresse erronée. - Nouvelle nomination faite par le marquis de Lans.
Annecy, 29 ou 30 mai 1620 .
Ce porteur mesme me remit une lettre de Vostre Excellence, addressee a monsieur de la Feuge, colomnel de la ville d'Annessi ; et j'ay eu peine a me resoudre si je la luy envoyerois, puisque il y a long tems quil n'est plus colomnel de cette ville, monsieur de Villette l'ayant esté l'annee passee, et mon frere le Chevalier l'estant celle ci, lequel, n'estant pas a present icy, j'eusse adverti promptement d'y venir, si ce n'eut esté que, par un bruit commun, j'ay sceu que Vostre Excellence avoit donné tout le commandement et du chasteau de cette ville et des compaignies de la ville mesme a monsieur de Monthouz , en sorte que mondit frere ne semble y avoir plus rien a faire. Et neanmoins, pour ne point faillir, j'ay envoyé ladite lettre des ce matin, desireux que je seray tous-jours d'honnorer les volontés de Vostre Excellence, a laquelle souhaitant de plus en plus toute sainte prosperité, Monsieur, je demeure, etc.
Revu sur l'Autographe appartenant à MM. Grosset, à Genève.
MDCLIV A UNE RELIGIEUSE L'entrée dans la voie de la vraie dévotion et le secret pour y persévérer.- Préparation à la fête de la Pentecôte. - Le vin du Ciel, et le pain de la terre.
Annecy, [fin mai 1620 .]
Ma tres chere Fille,
N'en doutes point, je vous ayme plus que jamais, parce que je vous voy en estat d'entrer dans cette voye d'une veritable devotion qui commence a destacher son cœur de toutes les choses du monde, affin d'estre toute a Dieu et qu'il puisse absolument disposer de vous, pour n'aymer que ce que Dieu ayme, pour faire sa volonté et suivre ses conseilz, pour fuir avec un soin extreme tout ce qui le peut offencer, mortifier ses passions et regler sa vie sur les maximes de Jesus Christ, estre humble et patiente; car le grand secret pour entretenir une bonne devotion, c'est d'avoir beaucoup d'humilité. Soyes humble, et Dieu sera pour vous et appuyera vostre bonne volonté, vous donnant a luy sans deguisement et sans reserve, luy disant du fond de vostre cœur .que si jusques a present vous ne l'aves pas asses bien servi, qu'il art la bonté de vous pardonner et fortifier dans la resolution que vous aves prise de vous destacher de toutes les affections du monde, et de ne vous attacher a rien sinon a l'amour de Dieu et, de tout vostre cœur, a le servir fidelement.
Je veux bien encor, ma chere Fille, vous faire quelque part de ce que je viens d'escrire a la grande Mere Agnes, aux Carmelites , sur les dispositions pour bien recevoir le Saint Esprit a cette grande feste de la Pentecoste. Cet Amour increé, qui, sans esgard a ses propres advantages, s'employe par tout a chercher nostre bien, nous cachant souvent les plus belles flammes ou nous le pensions moins, a ce saint artifice pour nous engager a l'armer de toute nostre puissance; et parce que cet amour est un don gratuit de son amour, aussi devons nous le chercher de toutes nos forces. Nous ne devons pas nous troubler pour nos offences ; car souvent ce divin Esprit est plus liberal de ses dons a ceux qui luy ont esté plus avares de leur cœur et de leurs affections.
Mais, ma tres chere Fille, il faut que nous tesmoignions a Jesus Christ toute nostre confiance, avec les saintz Apostres et disciples, sur lesquelz il ne voulut pas envoyer le Saint Esprit qu'apres estre monté au Ciel. Et si vous me demandes pourquoy cela, il faut avant sçavoir que le Saint Esprit est le vin du Ciel, chez saint Bernard (Tract ascetic. 3 ; Serm 3 in fest.Pentec.; erm 19, de Div.) qui disoit qu'au Ciel il y avoit surabondance de ce vin, je veux dire l'allegresse du Saint Esprit et la joye beatifique ; mais il n'y avoit ce pain sacré de l'humanité de Jesus Christ (Jn 6,35). La terre, au contraire, avoit ce pain sacré dont elle faysoit ses delices et sa joye ; elle n'avoit pas ce vin si suave et si brillant du Saint Esprit, qui devoit enivrer nos ames et les combler de joye.
Et voyci cette admirable induction de Jesus Christ (Jn 16,7), remonstrant a ses Apostres qu'il n'estoit pas juste de garder l'humanité de Jesus Christ et de prendre encor ce vin admirable du Ciel. Il faut donq, leur dit Jesus Christ, qu'il y ait un saint commerce entre vous et les Anges: vous aures infalliblement du Ciel ce vin si puissant du Saint Esprit, en luy faysant part de vostre pain sacré qui est encor sur la terre et comme entre vos mains, c'est a dire l'humanité de Jesus Christ. .
Je croy, ma chere Fille, que c'est asses pour bien ouvrir vostre cœur a la reception du Saint Esprit, et de ces langues de feu et de flammes adorables. A Dieu, je suis tout vostre.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCLV A MADEMOISELLE LHUILLIER DE FROUVILLE Fâcheuse affaire terminée. - Que fera la destinataire de sa liberté ? - Impossibilité de demeurer en l'état où elle est. - Les périls et les mortifications du mariage. - Douce violence que le Saint doit faire à sa fille spirituelle. - Ce qu'est la vie religieuse. - Réponse aux plaintes et aux appréhensions de la nature.
Annecy. 31 mai 1620.
Or sus, au nom de Dieu, ma tres chere Fille, il est vray, Dieu veut que vous vous servies de mon ame avec une confiance toute entiere pour tout ce qui regarde le bien de la vostre, laquelle pour cela il m'a rendue toute chere et pretieuse en son celeste amour.
Vous voyla donq hors de cette fascheuse affaire , ma tres chere Fille, avec une entiere liberté que la Providence eternelle vous a donnee. Et puisque vous le connoisses ainsy, benisses du plus profond de vostre esprit cette divine douceur ; et moy je l'en beniray avec vous, destinant a cela les Sacrifices tressaintz que j'offriray sur ses autelz sacrés, car plus grande action de graces ne puis je faire a la divine Majesté, que de luy presenter Celuy pour lequel et par lequel tout luy est aggreable au Ciel et en la terre.
Mays, ma Fille, que ferons nous donq de cette liberté que nous avons ? Nous la voulons, sans doute, toute immoler a Celuy de qui nous la tenons ; car cette resolution est invariable, que, sans reserve ni exception quelcomque, non pas mesme d'un seul moment, nous ne voulons vivre que pour Celuy lequel, pour nous faire vivre de la vraye vie, voulut bien mourir sur la croix.
Mays comment ? en quel estat ? en quelle condition de vie ? De demeurer en l'estat auquel vous estes, ce seroit bien le plus aysé en apparence, mais en verité le plus difficile. Ce monde de Paris, et mesme de toute la France, ne sçauroit vous laisser vivre en paix dans ce milieu ; ilz ne cesseroyent de vous pousser violemment hors des limites de la resolution que vous en auries prise. Et de se promettre une resolution si constante qu'on ne peust l'esbransler et mesme renverser, ce seroit se promettre un vray miracle, en cet aage, en cette forme de visage, entre tant de subtilz advocatz et intercesseurs que le monde et sa prudence auroit aupres de vous, qui, sans merci ni relasche quelcomque, assailliroyent, qui d'un costé, qui d'autre, vostre repos; et a force d'importunités, ou de deceptions et surprises, a la fin cheviroyent de leurs entreprises et de vostre force. Et je voy bien que je ne dois rien dire de plus pour ce point, puisque vous mesme en confesses la verité et connoisses qu'il y a de l'impossibilité. Reste donq pour sujet de nostre consideration, le mariage, ou la Religion.
Mais, ma tres chere Fille, il ne m'a pas esté besoin d'une clarté extraordinaire pour discerner auquel des deux je vous dois conseiller de vous ranger ; car, ainsy que vous me le descrives clairement et que vous me l'aves des-ja fait connoistre tandis que j'avois le bien de vous ouyr parler confidemment de vostre ame a la mienne, le sentiment que vous aves contre le mariage provient de deux causes, dont l'une presque suffiroit pour se resoudre a ne s'y point engager: une puissante aversion, un degoust tout entier, une repugnance tres forte. O ma Fille, c'est bien asses, il n'en faut pas parler davantage. Helas ! ces ames qui ont une inclination toute partiale pour le mariage, pour heureux presque qu'il soit, y treuvent tant d'occasions de patience et de mortification, qu'a grand peyne en peuvent elles porter le fardeau. Et comment feries vous y entrant tout a fait a contrecœur ? Es autres conditions, j'ay veu cent fois de l'allegement au progres ; en celle ci, jamais.
Certes, les Apostres ayant ouy parler une fois Nostre Seigneur de l'indissoluble lien du mariage, luy dirent : Seigneur, s'il en va de la sorte, il n'est donq pas expedient de se marier ? Et Nostre Seigneur appreuvant leur opinion, leur respondit : Tous ne comprennent pas ce mot ; qui le peut comprendre, qu'il le comprenne (Mt 19,10).
Ma chere Fille, et moy, apres vous avoir ouy parler et veu vostre lettre sur ce sujet, je vous parle hardiment et vous dis: Certes, ma Fille, puisqu'il est ainsy, il n'est pas expedient de vous marier ; et bien que tous ne comprennent pas, c'est a dire n'embrassent pas, n'empoignent pas cette parole, n'en entendent pas le bonheur, ne s'en prevalent pas, si est ce que, quant a vous, ma chere Fille, vous vous en pouves aysement prevaloir, vous pouves facilement atteindre a ce bien la, et comprendre et savourer ce conseil: et faites le donq. Or, je dis encor d'autant plus asseurement ceci, que je voy en vous le mariage plus perilleux qu'a une autre, a cause de ce courage pretendant que vous me marques, qui vous ferait incessamment souspirer apres les aggrandissemens et vous feroit nager continuellement dans la vanité.
Mais cette resolution estant ainsy prise sans qu'il y ait sujet d'en avoir aucun scrupule, il est bien plus difficile de vous dire ensuite : Entres donq en Religion. Et neanmoins, il faut par force vous le dire, puisque ni les mœurs ni les humeurs de la France, ni les inclinations de vos parens, ni vostre aage, ni vostre mine ne vous sçauroyent permettre de demeurer comme vous estes. Je vous dis donq ainsy, par force : Ma Fille, entres en Religion ; mais en vous le disant, je sens une secrette suavité dans cette force, qui fait que cette force n'est point forcee, ains douce et aggreable. Les Anges contraignirent le bon homme Lot, et sa femme, et ses filles, et les empoignerent par la main, et de force les tirerent hors de la ville ; mays Lot ne treuve point de violence en cette force, ains il dit qu'il connoist bien qu'il est en leurs bonnes graces (Gn 19,15). Et Nostre Seigneur commande en sa parabole a son serviteur : Contrains les d'entrer (Lc 14,23) ; et pas un de ceux qui furent contraintz ne dit : Laisses moy, vous me blesses. Je suis forcé et contraint de dire a ma Fille : Entres en Religion; mais cette contrainte ne fasche point mon cœur.
O ma Fille, parlons un peu cœur a cœur ensemble. Penses vous que Dieu donne tous-jours la vocation de la Religion, ou bien de la parfaite devotion, selon les conditions naturelles et les inclinations des espritz qu'il appelle ? Non certes, ma Fille, ne croyes pas cela : la vie religieuse n'est pas une vie naturelle, elle est au dessus de la nature, et faut que la grace la donne et soit l'ame de cette vie. Il est vray que la Providence souveraine se sert maintes fois de la nature pour le service de la grace, mais il s'en faut bien que ce soit tous-jours, ni presque tous-jours.
Celuy qui crioit si lamentablement : Le bien que je veux, je ne le fay pas, mais le mal que je ne veux pas est en moy ; c'est a dire : En ma chair n' habite pas le bien ; car le vouloir est attaché a moy, mais je ne treuve point le moyen de le parfaire. Helas ! pauvre miserable que je suis, qui me delivrera du cors de cette mort ? La grace de Dieu par Jesus Christ ; ou bien : Je rens graces a Dieu par Jesus Christ. Donq, moy mesme je sers a la loy de Dieu en mon esprit et de mon esprit, et a la loy du peché en ma chair et de ma chair (Rm 7,18) ; celuy la, dis je, monstroit bien que sa nature ne servoit guere a la grace, et que ses inclinations n'estoyent guere sousmises aux inspirations. Et neanmoins, c'est un des plus parfaitz serviteurs que jamais Dieu ayt eus en ce monde, et lequel en fin fut si heureux que de pouvoir dire en verité : Je vis moy, mais non plus moy, ains Jesus Christ vit en moy (Ga 2,20), apres que la grace eut assujetti la nature et que les inspirations eurent subjugué les inclinations.
Ma Fille, ces craintes de treuver des Superieures indiscrettes et ces autres apprehensions que vous m'expliques si fidelement, tout cela s'esvanouira devant la face de Nostre Seigneur crucifié, que vous embrasseres cordialement. Vostre esprit genereux de la generosité du monde, changera de force (Is 40,31), et se rendra genereux du courage des Saintz et des Anges. Vous verres la niayserie de l'entendement humain en ses discours, et vous vous en mocqueres. Vous aymeres la parole de la Croix, que les payens ont tenue pour folie, et les juifs pour scandale ; et laquelle a nous, c'est a dire a ceux qui sont sauvés, est la sagesse supreme, la force et vertu de Dieu (1 Co 1 sq)..
Mais, ma Fille, voyci un adoucissement bien grand de ce conseil si absolu, et, ce semble, si rigoureux. Vous estes riche ; la vingtiesme, ou peut estre centiesme partie de vos moyens suffiroit pour vous rendre fondatrice d'un Monastere, et en cette qualité la vous auries un gratieux moyen de vivre religieusement hors la presse du monde, en attendant que l'usage, la consideration et l'inspiration donnast le dernier courage a vostre cœur et le dernier comble a vostre resolution, pour estre tout a fait Religieuse. Ainsy vous tromperies finement vostre nature et attraperies vostre cœur subtilement. Oh ! vive le Sauveur a qui je suis consacré ! que cet advis ne regarde que vostre ame, et n'a nulle mire ni a droitte ni a gauche, que vostre paix et repos.
Et ce pendant pries Dieu, ma tres chere Fille; humilies vous, destines vostre vie a l'eternité, releves vos intentions, purifiés vos pretentions, penses souvent qu'un seul petit profit en l'amour de Dieu est digne de grande consideration, puisqu'il aggrandira nostre gloire a toute eternité. En somme, vostre esprit, et ce que Dieu a fait pour vous avoir a luy, et mille considerations, vous appellent a une non vulgaire generosité chrestienne. Je vous conseille d'avoir confiance en la bonne Mere de la Visitation comme a moy mesme, car elle vous servira fidelement. Or, je suis sans fin ni reserve, Vostre tres humble et invariable serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Le 31 may 1620.
MDCLV bis (lettre MMXLII du volume XXI reclassée) (1)
A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (FRAGMENT) Admirable indifférence de François de Sales.
Annecy, [janvier-mai 1620 (2)]
………………………………………….
Dieu, a qui je suis, fasse de moy selon son bon playsir ; peu m'importe ou j'acheveray ce chetif reste de mes jours mortelz, pourveu que ce soit dans sa grace. Selon le sens, j'aymerois mieux le repos de deça, qui me seroit infiniment paysible apres l'issue de l'affaire qui se traitte de dela ; mais je renonce aux sens, au sang et a la chair, et veux servir en esprit et en verité a Dieu (Jn 4,23) et a son Eglise en toutes les occurrences……………………..
(1) Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) Parmi les " papiers trouvés dans le livre des Constitutions " de la Mère de Chantal après sa mort, il y avait " un billet écrit de la main" de saint François de Sales ; c'est le fragment que, pour réparer un oubli, nous reproduisons ici d'après le texte publié en 1875 (Ste J.-Fse de Chantal, sa Vie et ses Œuvres, tome II, p. 61). - Ces lignes, assurément, ne représentent pas un billet complet ; elles ont dû faire partie ou d'une lettre mutilée dont l'Autographe n'a pu être retrouvé, ou d'une autre lettre d'où les éditeurs de 1626 auraient détaché des morceaux pour les insérer, en supprimant le reste, dans le volume des Epistres spirituelles. La date approximative se déduit de l'allusion à " l'affaire qui se traite de dela, " c'est-à-dire au projet conçu par le cardinal de Retz de faire nommer saint François de Sales coadjuteur de l'évêché de Paris, avec future succession. (Voir L8, lettre 1521 bis et les lettres des 8 janvier, 26 février, 14 mai 1620 à la Mère de Chantal, L9, notes 232,352,448 ; cf.
aussi Lettres de Ste J.-Fse de Chantal, vol. I, pp. 370,378.)
MDCLVI A M. ANTOINE DE PIGNIER DE FONTANY (FRAGMENT INéDIT) Prière au destinataire de régler les affaires qui retardent la Profession de sa sœur.
Annecy, [juin] l620 .
Les Seurs de la Visitation m'ont voulu rendre quelque compte de l'estat de leur Monastere, ou, entre autres choses, j'ay treuvé a dire en ce que la bonne Seur Jeanne Marie vostre seur, est tous-jours novice, y ayant si long tems que son annee de probation est passee . Et parce que elles m'ont allegué ……………… estant ainsy……… ce qui est requis de vostre part pour sa Profession, j'ay pensé, Monsieur, que vous me sçauriés gré si je vous priois de vouloir contribuer a cette bonne œuvre le soin qu'une bonne seur doit attendre d'un bon frere, et contribuer a l'indemnité de ce Monastere qui, ce pendant, entretient tous-jours cette fille et la fait traitter en ses maladies si frequentes, sans en avoir rien. C'est pourquoy, Monsieur, je vous escris ces quatre lignes, que je finis en me disant, Monsieur, Vostre serviteur plus humble et plus affectionné,
FRANçs, E. de Geneve.
…..Annessi.
Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.
MDCLVII A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Permutation probable de François de Sales et de son frère. - Un esprit qui aurait besoin de mûrir. - Annonce d'une lettre à la Mère de Chantal.
Annecy, 2 juin 1620.
Monsieur mon tres cher Frere,
Je ravis ce moment pour vous saluer tres humblement, et madame ma tres chere Seur, ma fille , et vous affirmer que tout ce qui vous appartient icy se porte bien, et, comme je pense, encor a Turin, ou, ainsy que je voy, nostre commun frere arrestera encor un moys ou six semaines, affin de rendre quelque bon service a Madame apres son sacre, et que, revenu icy, je puisse aller la en sa place . Ce porteur est tous-jours luy mesme . Si l'air de Paris pouvoit un peu meurir son esprit, ce luy serait un grand bonheur. Il m'a grandement vanté l'honneur qu'il dit avoir de vostre bienveuillance ; ce seroit bien la plus advantageuse qualité qu'il peust posseder. Si Monsieur luy fait du bien (et mesme il [y] pretend), peut estre s'assujettira-il plus qu'il n'a fait jusqu'a present a mieux vivre. Voyla tout, car, pressé que je suis, je differe d'escrire a la bonne Mere de Chantal jusqu'a vendredi ou samedi, que je pourray prendre plus de loysir. Que si vous aves aggreable de [le] luy faire sçavoir, elle en sera consolee. Aymes moy tous-jours, s'il vous plait, et vous en supplie tres humblement, Monsieur mon Frere, et croyes qu'a jamais je seray Vostre tres humble frere et serviteur, et de Madame ma chere Seur, ma fille, FRANçs, E. de Geneve. Je vous supplie de treuver bon que je salue en ce petit bout de lettre monsieur et madamoyselle Rousselet .
Le 2 juin 1620, Annessi.
A Monsieur de Foras.
A Paris.
MDCLVIII AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE Double raison de rendre service à M. Roero. - Un canonicat prochainement vacant. - Les talents et qualités d'un futur aumônier de Mme Royale. - Incapacité de beaucoup de prétendants à ce poste. - Comment faire réussir un désir de M. et de Mme de Cornillon. - Envieux et victorieux.- Une réponse embarrassante. - Affaires de Ripaille et de la Sainte-Maison. - Coupable qui ne veut pas reconnaître ses torts. - Désir de François de Sales de favoriser les prétentions de M. de Longecombe; difficultés qu'il y rencontre. - Quelques nouvelles.
Annecy, 2 juin 1620.
Voyla monsieur de Roüer qui va pour les proces que sa mayson a en ce pais-la , Outre le double lien d'alliance que nous avons avec luy, la grand'assistence que madame de Brescieu fit a feu mon frere , ainsy que mon frere le Chevalier m'a raconté, nous oblige a le servir es occurrences.
Il vous dira comme M. Fornand s'en [va] aujourdhuy, ou demain au plus tard, pour suivre la voye de toute chair . Troys ou quatre se presenteront pour le canonicat, entre lesquelz, ce me semble, M. Ducrest, qui est docteur, est tout a mon gré et pour l'exterieur et pour l'interieur ; mais je ne sçai ce que messieurs du Chapitre feront .
Pour avoir un aumosnier de Madame, j'ay jetté les yeux sur M.
le Prieur de Mesme, tout reformé, qui a bien estudié, qui parle bien, a tres bonne mine et a des moyens, et qui, a mon advis, tiendra fort bien cette place, et nous en sera obligé et toute la ville de La Roche. Je ne sçai pourtant pas encor s'il le voudra, mais je le sçauray bien tost. Son grand pere estoit noble, c'est a dire le fut fait ; et si, il n'est point boyteux ni pointilleux . Je le fis deputé du clergé au Sinode, et despuis surveillant du quartier , dequoy il m'a sceu tant de gré que je pense quil merite d'estre avancé ; outre que je ne sçai ou jetter ma veüe, tous nos ecclesiastiques de bonne naissance estans ou tarés au cors et au maintien, ou de peu d'intelligence, ou trop vieux, ou sans talent pour cette charge en laquelle nostre Maistresse veut avoir des gens de bonne sorte.
Or, quant a M. Favre , je croy quil se contentera d'avoir lhonneur et le tiltre sans aller au service, messieurs ses freres s'estant accordés a le luy persuader. Pour celuy qui est a Paris, en verité il auroit bien tous les autres talens, mais je croy que la constance lui manqueroit, et seroit dans peu de tems dans une dangereuse liberté qui lui serviroit de reproche, et a nous, le passé nous ayant asses appris ce qui se doit presager pour l'avenir. Mais nous acheminons le plus que nous pouvons l'eschange de son benefice avec un autre qui est possedé par un autre changeant, affin quil puisse revenir ; et le tems nous fera sages. Mon frere et ma seur de Cornillon ont un desir extreme que M. le curé de Regnier venant a mourir, comm'il semble quil doive faire dans peu de jours , M. François Baudri, qui est maintenant vicaire, leur voysin, et qui a plusieurs bonnes petites conditions, eüt la nomination , estimans que le bon M. Pergod, qui est procureur de M. Argentier, en nommeroit peut estre quelqu'autre . Pour cela, sil se peut bonnement, il faudroit prier mondit sieur Argentier de faire une lettre a moy, par laquelle, en cas que ledit messire François se treuvast capable et desiré par les parroissiens, on le preferast; attendu que despuis plusieurs annees en ça il fait effectivement la charge de curé, exhortant, administrant les Sacremens et cathechisant, et en somme suppleant le devoir du curé qui, a cause de son mal, ne le peut faire.
Quand vous desireres M. Rolland et maistre Noé , vous les aurés. J'ay veu la lettre de M. Beybin , qui ne m'a point estonné ;
au contraire, je l'eusse esté extremement si, estans Savoyars et gens de bien, nous n'eussions point esté enviés en une si heureuse faveur de nos Princes. La victoire demeure a ceux qui tiennent la place, et faut demeurer en paix.
J'ay receu la lettre de Son Altesse , par laquelle elle me commande ne rien mouvoir au fait de M. Perret jusques a ce que je luy aye donné advis de ce qui m'en semble. Or, ne sçai qu'escrire, sinon que si Son Altesse veut continuer le dessein d'employer ces prebendes pour Thonon et Evian, ou la Bonneville, il faut qu'elle les treuve vacantes, et que l'on face solliciter a Rome tout ce quil faut pour faire reuscir le projet . Je m'essayeray donq d'en escrire aujourdhuy a sadite Altesse (lettre suivante) ; mays elle ne m'entendra pas si Monseigneur le Prince ne luy remet en memoire le sujet.
O mon Dieu, quel bonheur si on peut restablir le service de sa divine Majesté en toutes ces provinces ! Mays pour Ripaille (note 471) et pour la Congregation de Thonon, il n'est pas grand besoin que de l'authorité de Son Altesse ; car en l'un il ny a personne, et en l'autre on ne change rien, la Bulle de Clement ordonnant que cette Congregation soit des Prestres de l'Oratoire . Et quant a la commission que Monseigneur le Nonce a pour la visite de la Sainte Mayson, s'il ne l'envoye, tous-jours faudra-il que Son Altesse en soit advertie ; car cette Mayson depend tellement des bienfaitz de sadite Altesse, que, sans le concours de son authorité, malaysement pourroit on rien faire effectivement. Il seroit donq besoin que l'on sceut ad quos fines ladite commission tend, et en communiquer avec Monseigneur le Prince ; que si il le treuvoit bon, on pourroit par apres me l'envoyer, et je l'executerois selon la necessité ou utilité (note 387).
J'ay un desir extreme de servir monsieur Pernet , mesme en la mauvaise affaire que son cousin a avec ce soldat ; et y ay des-ja mis la main par l'entremise de monsieur de Mesme, qui a fort heureusement gaigné sur ledit soldat quil se contentera de ses despens, la difficulté n'estant plus que sur la quantité, laquelle je voy estre fort grande par la liste que j'en ay tiree, et delaquelle, si je ne puis maintenant, au premier jour je vous envoyeray copie. Et ce qui m'oste encor plus l'esperance de pouvoir servir monsieur Pernet en son desir, qui est digne de luy et du soin charitable quil a de ceux qui luy appartiennent, c'est que son cousin, M. le chanoyne, a ses apprehensions si fortes, qu'il croid que sa partie a grand tort et luy en doit de reste ; combien que m'estant enquis le plus que j'ay peu de la verité, je treuve que c'est tout au contraire, et que ledit sieur chanoyne Pernet a excedé fort scandaleusement, et que le bon M. Rogex l'a traitté avec un respect duquel la partie a grandement a se plaindre. Mays qui le luy pourra persuader ? En somme, je m'essayeray en cett'occasion de tesmoigner a monsieur Pernet que ses recommandations ont tout pouvoir sur moy.
Vous pouves penser de quell'affection j'honnore monsieur de Pezieu , et comme je regarde en verité toute cette mayson la tout ainsy que si j'avois le bien d'estre l'un des freres. Certes, j'estimerois madamoyselle de Beaufort l'une des plus heureuses femmes du monde, si ell'estoit mariee avec luy. Mays il ny a moyen de le servir en cela par lettres ; car d'un costé, je suis engagé des il y a long rems pour .M. de Saint Agné, frere de monsieur de Lucei , et d'autre part je sçai que les lettres n'ont nul pouvoir sur l'esprit de cette damoyselle, qui est si pleine de considerations qu'il faut parler, et de presence l'esclarcir des repliques que son esprit luy fournit . Je verray neanmoins de quel biays je pourray prendre quelque occasion de servir ce cher frere, utilement et efficacement, par l'entremise de mes amis et par toute sorte de bons offices. Mays je vous suplie, faites quil me pardonne si je ne luy escris pas pour ce coup, car je n'en puis plus.
M. de Granier l'aisné me prie pour sa verrerie . J'ay receu le paquet du P. General des Feüillans . Nous attendons nos Peres Barnabites et M. le premier President pour ces festes . Nostre Seur Marie pourra venir quand illuy plaira . Hier la tres bonne Mme de Granieu arriva, et sera icy ces deux jours suivans ; ce n'est pas sans parler de vous avec affection (note 329). Dieu, par sa bonté, vous conserve, mon tres cher Frere, mon ami.
2 juin 1620.
M. de Brescieu a desiré que le curé de Bellecombe l'accompaignast, et je n'ay pas eu grande difficulté a le luy accorder, car, jusques a ce que ce curé change d'humeur, son absence sera plus utile que sa presence (1 J. A Monsieur
Monsieur de Boysi, premier Aumosnier de Madame.
J'ay parlé a M. de Mesme qui prend a grand honneur ma pensee, et je le treuve tous-jours plus a mon gré.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin .
MDCLIX AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er A quoi employer les prébendes de Contamine.
Annecy, 2 juin 1620.
Monseigneur,
Vostre Altesse, qui m'avoit commandé de faire recevoir le neveu du sacristain Perret a Contamine, me commande par un'autre lettre de ne le point faire jusques a ce que je luy aye donné mon advis . Et partant, Monseigneur, je supplieray Vostre Altesse de se resouvenir de l'heureux dessein qu'ell'a d'employer les praebendes de ce prieuré la pour l'establissement des lectures de theologie et du Novitiat des Peres Barnabites , puisque il est si malaysé de mettre la reforme en un lieu ou il ny a pour encor aucun sujet capable de l'introduire, et tout a fait destitué de bastimens. Et sur cela, Vostre Altesse me favorisera de ses commandemens, que j'attendray et recevray avec l'obeissance que je luy doy, Monseigneur, comme Son tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
2 juin 1620, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCLX A LA COMTESSE DE ROSSILLON (INéDITE) Une supplication que la destinataire est priée d'appuyer. - La vocation à l'état ecclésiastique doit procéder de libre volonté.
Annecy, 2 juin 1620.
Madame, Voyla donq la lettre que j'escris a Monseigneur le Prince Cardinal ensuite du desir de Monsieur le Prothonotaire du Laurey, qui n'est guere moins mon frere que le vostre en mon affection ; mays vostre parole animera ma supplication affin qu'elle reuscisse. Ce pendant, vives tous-jours, Madame, joyeuse, devote et heureuse, avec le contentement de voir vostre nouveau filz, auquel je souhaite, certes de tout mon cœur, beaucoup de benedictions . Monsieur vostre frere le plus jeune m'a grandement tesmoigné de ne vouloir nullement estre ecclesiastique, non seulement par sa façon de vivre, mais par la priere quil m'a faite de supplier madame sa mere d'avoir aggreable qu'il en quitte la robbe. C'est dequoy j'escris donq la ci jointe ; et m'est advis que l'on n'aura que du desplaysir si on le veut porter a contrecœur en une vocation en laquelle il faut tant de bonne volonté. Favorises le donq encor de vostre intercession pour cela, Madame, et moy, de vostre bienveuillance continuelle, puis que continuellement je suis
Vostre tres humble parent et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
2 juin 1620.
A Madame
Madame la Comtesse de Rossillon.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Wilmington (Etats-Unis). MDCLXI AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE (INéDITE) Contradictions au sujet des Bulles du futur Evêque de Chalcédoine. - Pourquoi le Saint n'a pu accepter de prêcher le Carême à Lyon. - Salutations et nouvelles. - Quelqu'un qui veut être du voyage de Rome pour entretenir à loisir François de Sales.
Annecy, 6 juin 1620.
Et moy, mon tres cher Frere, il faut bien que je corresponde et que j'escrive le plus que je pourray. Je croy que ce petit ahurtement (que l'on mette dans vos Bulles : " la nomination de Son Altesse ") ne sera pas de duree, puisque on ne l'a jamais mis. Et de dire que monsieur le Comte de Verrue ayt conillé pour obtenir plus aysement le chapeau, c'est chose impertinente ; car mes Bulles furent expediees en un tems auquel monsieur l'Abbé Scaglia estoit si jeune, ou plustost si enfant, que son pere ne pouvoit avoir cette pensee . Il faut attendre en patience, et deux ni trois moys ne sont pas considerables sur une affaire de telle qualité.
Je voy bien le voyage de Rome incertain , mais il ny a pas moyen de mesnager entre la volonté de Son Altesse que je le face, en cas quil se face, et la qualité de la chaire de Lyon qui ne peut demeurer en attente d'estre prouveue ; de sorte que j'ay fait mes excuses (note 457).
Je salue infiniment madame de Saint George , que j'honnore sans fin, et la signora Donna Genevra, ma tres chere fille. Item, nostre frere le bon P. D. Juste, duquel j'attens des nouvelles par nos Peres Barnabites au premier jour (note 529).
Nous attendions M. le premier President pour ces festes, mais son indisposition nous a privés de ce bien jusques a ce quil ayt plus de santé . Vous aures sceu la blesseure du sieur Bonfilz, qui est grande a ce qu'on dit, mais je ne croy pas quil en ayt autre chose que le mal .
J'escris a madame la Comtesse de Rossillon a qui monsieur de Lauré, que nous vismes a Paris, a despeché ce laquay sur le voyage de Rome, desirant estre du train de Monseigneur le Cardinal . C'est un homme admirable en l'amour quil me porte, et l'affection quil a de m'entretenir pendant le voyage luy donne de la peine. Or, il escrit donq sur ce sujet, dont vous n'aures a faire autre semblant.
Nous attendrons Seur Marie ; quand elle viendra nous en serons consolés . Toute nostre mayson se porte bien. Le Pere Fichet vient faire les prœdications de ces festes . Je suis parfaitement joyeux des bons deportemens de mon neveu et des contentemens que monsieur l'Abbé a donné de ses deportemens . J'ay parlé a monsieur le Prieur de Mesme, qui se sent obligé et desire grandement lhonneur ; et ne croy pas que nous puissions mieux rencontrer, tant pour la mine que pour le jeu (note 505). J'envoyay hier le P. Chavasse en Bornand, pour cette quinzaine en laquelle ilz gaignent le Jubilé .
Mays voyla nos messieurs du Chapitre qui me viennent prendre pour Vespres. Je suis donq Vostre tres humble frere.
La veille de Pentecoste 1620.
Je salue infiniment madame de Sarsenasq et nos autres dames, et monsieur du Chatelard . Le bon monsieur Fornand mourut le 3 de ce moys (note 502). A Monsieur Monsieur de Boysi, premier Aumosnier de Madame.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Palerme (Sicile).
MDCLXII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Prochain départ de quelques Sœurs pour Moulins, Paris, Orléans. - Une lettre qui mettrait l'Evêque " bien en peine. " - Avis sur les Règles de saint Augustin. - Les monastères des Filles de la Visitation en voyage.- On ne peut faire la Profession avant la fin de l'année du noviciat.
Annecy, 9 juin 1620.
Ainsy que ces bons Peres me venoyent dire a Dieu , j'ay receu vostre lettre, ma tres chere Fille, du 22 may, a laquelle je respons vistement. L'obedience de Monseigneur de Lyon suffira pour toutes, puisque vous estes sous sa direction et authorité maintenant ; car, quant a mon consentement, vous l'aves desja. Nous ferons partir nos Seurs au plus tost, mais non pas, a l'aventure, si tost que vous desireries ; car nous n'en voudrions pas faire deux trouppes, et il en faut pour Paris, et Orleans encores . Mays vous seres si proches, que quand vous series contrainte de partir avant l'arrivee de celle qu'on y envoyer a pour Moulins , vous la pourres bien instruire, outre que ma Seur de Chatelut soustiendra bien pour un peu .
J'escriray pour M. le General si tost que je pourray, et au moins par la Seur qui ira-la, laquelle nous voudrions estre grandement excellente ; mais il est malaysé d'en treuver de telles. Je seray bien en peine si M. le Mareschal de Saint Gerand m'escrit, ce quil n'a pas fait jusques a present; Dieu me donnera la response, s'il luy plait .
Les Regles sont imprimees a Lyon (L8, note 418), et croy que nos Seurs de Lyon en ont quantité de copies. Il y a mille fautes, et sur tout celle la de la fin, ou, en lieu d'Approbation, on a mis Epilogue. Encor qu'es Regles de saint Augustin il y en ayt qui ne sont pas pour ce tems, il ny a point de danger de les lire, tant pour la reverence du Saint, que pour les bonnes consequences qu'on en peut tirer.
Sil est possible, faites vous porter en carosse jusques a la porte de vostre monastere a Nevers ; et quoy qu'on vous aille au rencontre, ne descendes pas, et vous excuses sur ce que la barque sur l'eau, ou le carrosse sur terre sont vos monasteres portatifz. Je ne croy pas qu'on vous y veuille faire des ceremonies ; mays si on le veut, vous feres la guerre a l'œil, et l'esprit de conseil vous enseignera ce qui sera requis.
Je vous envoyeray le Formulaire de la reception au Noviciat par la premiere commodité.
O ma Fille, il ny a pas moyen d'escrire davantage, non pas mesme a ma tres chere grande fille de Paris , a laquelle neanmoins je dis icy qu'il faut qu'elle ne desire plus la Profession avant l'annee, par ce que cela est impossible. Elle sera asses professe, puisque elle sera si devote et resignee, comme j'espere, et que par son entremise tant de filles parviendront a la veritable devotion.
IX juin 1620, Annessi.
A ma tres chere Seur en N. S., Ma Seur Jane Charlotte de Bréchard, Superieure de la Visitation. A Ste Marie de Moulins.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte Allard du Chollet, à Paris.
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MDCLXIII A MADAME DES GOUFFIERS Perplexité au sujet d'une âme. - Les tendances d'esprit et de caractère qui lui rendraient périlleux le séjour dans le monde ; aversion qui l'éloigne de la vie religieuse. - Quel état mitoyen elle peut embrasser. - Souvenir attristé d'un temps de ferveur. - Les procès, " tres mauvaise occupation. " - Etre pauvre plutôt que de s'enrichir par cette voie.
Annecy, 9 juin 1620.
Cet aymable esprit que j'ay veu en vous quelques moys durant, tandis que vous esties en cette ville, ma tres chere Fille , ne reviendra il jamais dans vostre cœur ? Certes, quand je voy comme il en est sorti, je suis en grande perplexité, non de vostre salut, car j'espere que vous le feres tous-jours, mays de vostre perfection, a laquelle Dieu vous appelle et n'a jamais cessé de vous appeller des vostre jeunesse. Car, je vous prie, ma tres chere Fille, comme vous pourrois je conseiller de demeurer au monde ? Avec ce tres bon naturel que veritablement je connois en vous dans le fond de vostre cœur, mays accompaigné d'une si forte inclination a la hauteur et dignité de vie, et a la prudence et sagesse naturelle et humaine, et de plus, d'une si grande activité, subtilité et delicatesse d'entendement, que je craindrois infiniment de vous voir dans le monde ! n'y ayant point de condition plus dangereuse en cet estat-la que le bon naturel environné de telles qualités ; auxquelles si nous adjoustons cette incomparable aversion a la sousmission, il n'y a plus rien a dire, sinon que, pour aucune consideration, quelle qu'elle soit, il ne faut pas que vous demeuries au monde.
Mais d'ailleurs, comme pourrois je vous conseiller d'entrer en Religion, tandis que non seulement vous ne le desires pas, mais aves un cœur tout a fait contrariant a ce genre de vie ?
Il faudra donq chercher une sorte de vie qui ne soit ni mondaine ni religieuse, et qui n'ayt ni les dangers du monde ni les contraintes de la Religion. On pourra bien, ce me semble, obtenir que vous puissies avoir l'entree en quelque Mayson de la Visitation, pour vous recueillir souvent en cette façon de vie, et que neanmoins vous n'y demeuries pas attachee, ains ayes un logis proche pour vostre retraitte, avec la seule sujetion de quelques exercices de devotion propres a vostre bonne conduitte ; car ainsy vous aures la commodité de contenter vostre esprit, qui hait si estrangement la sousmission et liayson a l'obeissance, qui a tant de peine a rencontrer des ames faites a son gré, et qui est si clairvoyant a treuver les a dire et si douillet a les ressentir.
Oh ! quand je me remetz en memoire le tems heureux auquel je vous voyois, a mon gré, si entierement despouillee de vous mesme, si desireuse des mortifications, si fort affinee a l'abnegation de vous mesme, je ne puis que je n'espere de le revoir encor.
Quant a vostre sejour, je vous en laisse le choix ; pour le mien, je croy qu'il ne sera qu'en ce païs-la, apres le voyage de Rome dont je seray de retour a Pasques ou environ, si je le fay . Mais pourtant, faites un bon choix de lieu ou vous puissies estre bien assistee. Puisque vous le voules, je traitteray avec monsieur N. 0 Dieu, que je desire ardemment et invariablement que vos affaires se passent sans proces ! car en somme, l'argent que vos poursuites mangeront vous suffira pour vivre et, en fin de cause, qu'y aura il de certain ? Que sçaves vous que les juges diront et determineront de vostre affaire ? Et puis, vous passeres vos meilleurs jours en cette tres mauvaise occupation, et vous en restera peu pour estre employés utilement a vostre principal objet ; et Dieu sçait si, apres un long tracas, vous pourres ramasser vostre esprit dissipé, pour l'unir a sa divine Bonté. Ma Fille, ceux qui vivent sur la mer, meurent sur la mer : je n'ay guere veu de gens embarqués dans les proces, qui ne meurent dans cet embarras. Or, voyes si vostre ame est faite pour cela, si vostre tems sera dignement destiné a cela : je veux dire, prenes M. Vincent , examines bien avec luy toute cette affaire et coupes court. Ne veuilles pas estre riche, ma tres chere Fille ; ou du moins, si vous ne le pouves estre que par ces miserables voyes de proces, soyes pauvre plustost, ma tres chere Fille, que d'estre riche aux despens de vostre repos.
Vous devies faire hardiment vostre confession generale, puisque vous ne pouvies accoyser vostre conscience autrement, et qu'un docte et vertueux ecclesiastique vous le conseillait.
Mays il ne m'est pas loysible d'escrire davantage, ravi par les affaires, pressé par le depart de ce porteur. Dieu soit au milieu de vostre cœur. Amen.
Le 9 juin 1620.
MDCLXIV AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE Entreprise à l'avantage de Son Altesse, proposée par Louis de Sales. - Comment préparer doucement la réalisation du projet d'Antoine Favre pour son fils. - Les qualités du président de la Valbonne. - Nouveau prétendant à la charge d'aumônier de la princesse de Piémont. - Bien qui résulterait de l'élection de Jean-François au doyenné de Notre-Dame. - Cinq cents écus qu'on n'arrive pas à retirer. - Le Monastère de Turin et les fondations de France. - Une traduction de Philothée. - Grande alarme parmi les Religieuses non réformées du diocèse de Genève. - Prédicateur de grandissime talent.
Annecy, vers le 10 juin 1620 .
Vous verres, par la lettre et le memoire de nostre frere, la proposition qu'il desire estre faite a Son Altesse ou a Monseigneur le Prince. Or, il a une grande esperance que, par ce moyen, il rendra un bon et fructueux service a la coronne, car ceux qui entendent en l'affaire l'asseurent qu'ell'est fort bonne et digne d'estre entreprise. Pour moy, je le desirerois bien fort, et croy que Son Altesse n'ayant rien a delivrer presentement, ni mesme a l'advenir, ains seulement a authoriser maintenant l'entreprise et tirer a l'advenir presque tout le fruit de ce travail, elle accordera volontier ce qu'on demande; dequoy ce garçon apportera response, puisqu'il va expres pour cela .
Monsieur le premier President voyant que sa jambe ne luy pourra guiere meshuy permettre d'aller aux audiences, avoit fait une pensee de supplier Son Altesse de vouloir donner son office a son filz, M. de la Valbonne, qui l'exerceroit des a present et sans autres gages que ceux quil a, pendant la vie de son pere, apres laquelle il succedast aus gages comm'a l'estat. Or, pour parvenir a cela, il seroit requis d'user de prœparatifz, en quoy vous pouvés obliger l'un et l'autre es occasions; comme seroit de faire naistre des propos parmy lesquelz vous puissies, par ci par la, jetter dans l'esprit de Leurs Altesses et de Madame les conceptions suivantes :
Que M. le premier President est le plus grand jurisconsulte de ce tems, et que c'est dommage quil ne puisse plus si aysement meshuy prononcer les arretz et se treuver a toutes occasions comm'il faysoit ; que sa maladie luy donne egalement cette incommodité et presque asseurance de longue vie, puisque elle le decharge des humeurs peccantes ; que c'estoit une belle chose, es occurrences, de le voir haranguer et representer le Senat. Puys, que M. de la Valbonne paternise en cela, qu'il est grandement conscientieux; quil harangue heureusement et fait fort bien toutes sortes de complimens ; qu'il preside merveilleusement bien et prononce avec beaucoup de grace les arrestz; quil est fort docte; qu'il a esté dix ans au Senat, trois ans juge mage et trois ans President icy, et que, par ces degrés, il s'est acquis une grande habitude a bien distribuer la justice; quil a environ 38, aage de maturité et propre pour rendre beaucoup de service. Et ainsy semblables choses, lesquelles sont fort veritables ; de sorte que, sans doute, il ny en [a] pas un au Senat qui peut mieux succeder que luy ; car les uns sont si vieux quilz n'en peuvent plus, les autres sont bas de naissance et fort peu bien disans, les autres n'ont pas tant d'estude ni tant d'habilité. En somme, toutes choses bien considerees, il ny en a pas un qui, a tout prendre, puisse mieux, ni certes si bien reuscir en cette charge ; car, a ce qu'.on me dit, monsieur de Montouz est desiré en la Chambre, et ne veut pas praetendre ailleurs pour encor .
Or, tout cela doit estre discretement, sagement et dextrement semé, comme pour prœparatoire et disposition, es occurences; et M. le Premier espere que monsieur le Marquis de Valromey contribuera bien a cet effect de son costé, et partant vous pourres bien en conferer avec luy, mays il faut tenir le tout fort secret. Puis, M. le President estant icy, ou il espere tous-jours de venir bien tost, il prendra resolution de ce quil aura a faire, et sur tout si vous me faites sçavoir sil y pourrait avoir de l'apparence.
Je treuve M. le Prieur de Mesme fort a mon gré, propre, bonne mine, bon langage et bon esprit, et des moyens suffisans pour honnorer l'office . Monsieur l'Abbé, que j'ay treuvé fort refait et façonné , m'a grandement prié de vous recommander M. le Prieur Curtet, que son pere et ses parens desireroit (sic) grandement voir aumosnier de Madame ; si donq vous le jugés a propos, ce seroit bien fait de leur procurer ce contentement .
Ces messieurs de Nostre Dame ont, par commune conspiration, un grand desir que vous accepties le doyenné, estimans quilz ne sçauroyent mieux relever leur eglise . Leur desir ne peut nuire, et qui pourroit transporter nostre eglise en la leur, par les moyens et avec les articles convenables, selon qu'on en a parlé ci devant , non seulement je ne verrois point d'inconvenient en cela, mais j'y treuverois beaucoup de bien ; car, comme Doyen, vous gouverneries l'un des Chapitres ; comme Chantre, le chœur de l'un et de l'autre uni, et comm'Evesque, tous deux et tout le clergé de la ville, parmi lequel on pourroit faire renaistre toute sorte de bonne discipline ; et vostre canonicat pourroit estre donné a mon neveu . Mays ce que je vous dis n'est que pour sçavoir vostre pensee sur cette proposition, car ce pendant M. le Doyen achevera son noviciat. Je suis grandement en peine des parroisses d'Armoy et Draillens pour lesquelles on ne sçauroit avoir un liart, et ceux qui les servoyent, acablés de pauvreté et de dettes dont je suis respondant, se sont retirés par force . Monsieur le President d'Hostel , qui me tesmoigne de l'amitié autant que jamais, me dit qu'a l'advenir on sera payé annee par annee, mais que pour le passé il faut treuver quelque moyen, que pourtant il ne void pas. Si vous voyes lieu d'en parler a propos j'en seray bien ayse, car Monseigneur le Prince m'a tous-jours asseuré quil vouloit que nous fussions payés ;
et c'est merveille que cinq cens escus coustent tant a retirer en un sujet si plein de justice et de pieté.
J'ay bien envie de sçavoir que deviendra le Monastere de Turin, encor que je sois bien ayse que ce retardement donne loysir a ma Seur Favre de fonder celuy de Clermont , et a Mme de Chantal celuy d'Orleans et de Nevers . Nous avons esté contraint de destiner Mme de Monthouz a Moulins pour y estre Superieure, par ce que M. Grandis dit que si elle ne changeoit d'air elle mourroit dans peu de semaines, comm'ell'a pensé faire ces jours passés, et l'office de Maistresse des Novices occupoit trop son esprit, qui se portera mieux des affaires exterieures . Nous verrons si Mme la Signora Donna Genevra, ma tres chere Fille, viendra . Je voudrois bien, pour le service de Leurs Altesses et de nostre Maistresse , que Mme de Saint George arrestast encor quelques annees (Lettre 1580.)
Voyla un livre de l'Introduction en françois ; le P. Antoniotti l'a bien mieux traduit qu'on n'a pas fait a Rome .
J'attens de sçavoir des nouvelles de nostre P. General des Feuillens , comm'aussi de nostre monsieur l'Abbé d'Abondance , selon l'advis que vous m'aves donné de son affaire, que je luy ay fidelement envoyé. O mon Dieu, que Monseigneur le Serenissime Prince aura de benedictions si la reformation se fait ! Toutes ces bonnes Religieuses sont alarmees de ce que M. l'Abbé de Ceyserieu a dit a son retour qu'on les vouloit regler ; les unes veulent prevenir en apparence, mays n'ayant pas des Superieurs reformés, je ne sçai comme elles pourront faire. Ce sont des tentations parfumees.
Nous avons eu icy le P. Alexandre Fichet ces festes de Pentecoste (note 548), qui a des grandissimes talens pour precher excellemment, je dis mieux que plusieurs dont on fait si grand estat. …………..
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
MDCLXV A M. GUILLAUME ROUSSELET Affaires recommandées au duc de Nemours et dont l'Evêque de Genève espère bonne issue. - Le marquis de Lans outrepassant ses pouvoirs. - Louis de Sales, gardien du château d'Annecy. - Ce qui rend inutile l'intervention du Saint en faveur d'une Novice. - Commissions affectueuses.
Annecy, 11 juin 1620.
Monsieur,
Avec un extreme sentiment d'obligation, je vous rens graces du soin que vous aves eü des affaires dont j'avois supplié Monseigneur de Nemours, et en espere bonne issue, si Sa Grandeur en croid son Conseil de deça, car elles sont toutes tres justes et selon Dieu ; ains, quant a celle de monsieur de Vallon , il ny a point de difficulté que il ny ayt obligation de conscience a faire reparer le tort qu'on luy a fait tres manifestement. Apres donq que ces messieurs les officiers auront deliberé sur l'advis qu'ilz en doivent donner, je feray une recharge de supplication a Sa Grandeur.
Nous sommes parmi le passage des Espaignolz, pendant lequel monsieur le Marquis de Lans a ordonné qu'on fit garde au chasteau de cette ville, et en avoit donné la charge a monsieur de Monthouz ; mais sur les remonstrances que ces messieurs du Conseil ont fait, il a revoqué cette charge et l'a laissee audit Conseil, et nommement a mon frere de Thorens qui, en qualité de chevalier dudit Conseil et officier de Monseigneur, en a presentement la garde . Voyla nos nouvelles. La Superieure de Sainte Marie de Moulins m'escrivit, il y a quelque tems, que ce n'estoit pas pour aucune infirmité corporelle que la niece que je luy avois tant recommandee luy sembloit ne devoir pas estre retenue, ains pour l'extreme aversion qu'ell'avoit a tous les exercices de Religion, laquelle aversion elle ne vouloit nullement surmonter, ains s'y laissoit tout a fait aller. Despuis, elle ne m'en a point escrit, et pour moy, j'ay recommandé cette fille en sorte, qu'a mon advis, rien que l'impossibilité de la retenir ne la fera renvoyer. J'escris a madame de Chantal, qui en ayant appris plus de particularités, me les fera sçavoir affin que si on peut treuver quelque remede on le face .
Certes, j'apprehenderois plus cent fois vostre desplaysir que le mien propre, car je suis parfaitement tout dedié a vostre bienveuillance et a celle de madamoyselle ma fille , a laquelle je n'escriray pas pour cette fois, puis que j'ay des-ja trop retenu ce porteur qui devoit partir hier matin si j'eusse peu escrire. Mays vous croires tous deux, je vous en supplie, que vous ne sçauries jamais rencontrer un'ame qui vous honnore plus passionnement et constamment que moy, qui suis, Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le XI juin 1620.
A ma fille Florence, mille benedictions . Je vous supplie, Monsieur, d'asseurer monsieur Lefevre que je l'honnore de tout mon cœur et suis son serviteur ; comm'aussi de prier monsieur et madame de Forax qu'ilz me favorisent tous-jours de leur bienveuillance, car d'escrire il ny a plus de moyen. A Monsieur Monsieur Rousselet,
Secretaire du Roy et de Monseigr le Duc de Nemours.
Revu sur un fac-simile de l'Autographe, conservé à la Visitation d'Annecy. MDCLXVI A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS L'excellence et les effets du don surnaturel d'intelligence.- Quel don le complète.
Annecy, vers le 15 juin 1620 .
0 que puisse je, ma tres chere Mere, bien recevoir et employer le don du saint entendement, pour penetrer plus clairement dans les saintz mysteres de nostre foy ! car cette intelligence assujettit merveilleusement la volonté au service de Celuy que l'entendement reçonnoist si admirablement tout bon, et dans lequel il est enfoncé et engagé : en sorte que, comme il n'entend plus qu'aucune chose soit bonne en comparayson de cette Bonté, aussi la volonté ne peut plus vouloir aymer aucune bonté en comparayson de cette Bonté, ainsy qu'un œil qui seroit planté bien avant dans le soleil ne peut envisager d'autre clarté.
Mais parce que, tandis que nous sommes au monde, nous ne pouvons aymer qu'en bien faysant, parce que nostre amour y doit estre actif, comme je diray demain au sermon, Dieu aydant, nous avons besoin de conseil, affin de discerner ce que nous devons prattiquer et faire pour cet amour qui nous presse ; car il n'est rien de si pressant a la prattique du bien que l'amour celeste. Et affin que nous sachions comme il faut faire le bien, quel bien il faut preferer, a quoy nous devons appliquer l'activité de l'amour, le Saint Esprit nous donne son don de conseil. Or sus, voyla nostre ame bien partagee, avec un bon partage des dons sacrés du Ciel. Le Saint Esprit qui nous favorise, soit a jamais vostre consolation. Mon ame et mon esprit l'adorent eternellement ! Je le supplie qu'il soit tous-jours nostre sapience et nostre entendement, nostre conseil, nostre force, nostre science et nostre pieté, et qu'il nous remplisse de l'esprit de la crainte du Pere eternel. Ce ne fut pas sans vous que nous celebrasmes cette sainte feste de la Pentecoste ; car je me souviens fort de la sainte devotion que vous aves a cette solemnité.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCLXVII A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE Préparation d'une pieuse caravane pour la France. - Une âme fortement attachée aux choses intérieures a quelquefois de la peine à se rendre attentive aux extérieures. - Quelques conseils pratiques. - Le livre de la Volonté de Dieu, et le danger de l'imagination jointe à l'amour-propre. Plusieurs décisions pour la clôture, non encore établie au Monastère de Grenoble. - Aimable mot sur la sœur de la destinataire. - Supprimer les réflexions, les examens inquiets, et marcher avec confiance et abandon.- Pourquoi cette lettre ne part qu'après coup. - Encore un mot de paix.
Annecy, 13-20 juin 1620.
Voyla que des avant hier nous sommes dans le choix des filles qu'il faut envoyer en France, ma tres chere Fille. Et nostre Mere m'escrit que vous luy en donneres une, et la Mayson de Lyon une autre, qui, avec les huit que nous en fournirons, feront le nombre qu'elle desire. Mais je ne sçay pas encor comme nous ferons pour aller prendre la vostre . Or, on y pensera ; et ce pendant, parmi ce tracas, je vous respons, ma tres chere Fille, le plus courtement que je pourray.
Je voy en cette Seur Anne Marie je ne sçay quoy de bien bon et qui me plaist . Il y a un peu d'extraordinaire qui doit estre consideré sans empressement, affin qu'il n'y arrive point de surprise ni du costé de la nature, qui se flatte souvent par l'imagination, ni du costé de l'ennemi, qui nous divertit souvent des exercices de la solide vertu pour nous occuper en ces actions specieuses. Il ne faut pas treuver estrange qu'elle ne soit pas si exacte a faire ce qu'elle fait ; car cela arrive souvent aux personnes qui sont attachees a l'interieur, et ne se peuvent tout a fait si bien ranger en toutes choses. De sorte qu'en un mot, il faut empescher qu'elle ne face grand cas de ces veuës, de ces sentimens et douceurs, ains que, sans faire beaucoup de reflexion sur tout cela, elle face en simplicité les choses auxquelles on l'employe. On la pourra retirer de la cuisine, apres qu'elle y aura encor servi quelque tems. O que cette cuisine est excellente et aymable, parce qu'elle est vile et abjecte !
On peut retirer les Seurs du chœur au rang des Seurs Associees, et les Associees au rang de celles du chœur, quand la rayson le requiert, ainsy qu'il est dit des Seurs Domestiques au premier chapitre des Constitutions. Si je vay a Rome (note 564), je m'essayeray de servir madame de Sautereau en son desir .
De sçavoir quand, es contratz, il est requis que le Pere spirituel soit present ou non, cela depend de la nature des contratz, car il y en a ou cela est requis, et des autres ou cela n'est pas requis ; comme l'Evesque en quelques contratz a besoin de la presence de son Chapitre, en des autres non. C'est aux gens d'intelligence de marquer cela es occasions, car on n'en sçauroit faire une regle generale. Il y a quelquefois de l'incommodité, mays on ne sçauroit comme l'oster sans tomber en une plus grande. Que M. d'Ulme se nomme vostre Pere spirituel ou non, dans les contratz, cela ne fait ni froid ni chaud (note 402) ; car ce nom la se peut entendre en diverses sortes.
On peut laisser lire le livre de la Volonté de Dieu jusques au dernier, qui, estant asses inintelligible, pourroit estre entendu mal a propos par l'imagination des lectrices , lesquelles, desirant ces unions, s'imagineroyent aysement de les avoir, ne sachant seulement pas que c'est. J'ay yeu des femmes Religieuses, non pas de la Visitation, qui, ayant leu les livres de la Mere Therese, treuvoyent par leur conte qu'elles avoyent tout autant de perfections et d'actions d'esprit comme elle, bien qu'elles en fussent bien esloignees ; tant l'amour propre nous trompe (cf Entretien IX).
Cette parole : " Nostre Seigneur souffre en moy telle ou telle chose, " est tout a fait extraordinaire ; et bien que Nostre Seigneur ayt dit quelquefois qu'il souffrait en la personne des siens, pour les honnorer, si est ce que nous ne devons parler si avantageusement de nous mesmes ; car Nostre Seigneur ne souffre qu'en la personne de ses amis et serviteurs fideles, et de nous vanter ou prescher pour telz, il y a un peu de presomption. Souvent l'amour propre est bien ayse de s'en faire accroire.
Quand le medecin doit entrer dans le monastere pour quelque malade, il suffit quil ayt licence au commencement par escrit, et elle durera jusques a la fin de la maladie ; le charpentier et masson, jusques a la fin de l'œuvre pour laquelle il entre.
Si je vay a Rome, je procureray la clausure pour la Mayson de Grenoble, c'est a dire l'establissement en tiltre de Monastere, bien que il ne soit pas absolument necessaire, car Monseigneur de Grenoble pourra l'establir quand il luy plaira, puisque la Mayson d'Annessi, delaquelle est derivee celle la, l'est. Et je pense qu'au plus tard il seroit expedient que cela se fit quand on ira au nouveau monastere .
Je treuveray bon, sil se peut bonnement, qu'on retranche le manger de seculieres dans la mayson a la reception des filles. Tandis que les femmes pourront entrer dans la mayson, il est raysonnable que les estrangeres soyent preferees.
Ma Seur Claude Cecile est une bonne fille, au gré de la Superieure et de Monseigneur qui l'ayme bien.
Vostre chemin est tres .bon, ma tres chere Fille, et ny a rien a dire, sinon que vous alles trop considerant vos pas, crainte de choir. Vous faites trop [de] reflexions sur les saillies de vostre amour propre, qui sont sans doute frequentes, mais qui ne seront jamais dangereuses tandis que, tranquillement, sans vous ennuyer de leur importunité ni vous estonner de leur multitude, vous dires non. Marches simplement, ne desires pas tant le repos d'esprit, et vous en aures davantage.
Dequoy vous mettes vous tant en peine ? Dieu est bon, il void bien qui vous estes. Vos inclinations ne vous sçauroyent nuire, pour mauvaises qu'elles soyent, puisque elles ne vous sont laissees que pour exercer vostre volonté superieure a faire un'union a celle de Dieu plus avantageuse. Tenes vos yeux haut eslevés, ma tres chere Fille, par une parfaite confiance en la bonté de Dieu. Ne vous empresses point pour luy, car il a dit a Marthe quil ne le vouloit pas (Lc 10,41), ou du moins quil treuvoyt meilleur qu'on n'eut point d'empressement, non pas mesme a bien faire. N'examines pas tant vostre ame de ses progres, ne veuilles pas estre si parfaite ; mays, a la bonne foy, faites vostre vie dans vos exercices et dans les actions qui occurrent de tems en tems. Ne soyes point soigneuse du lendemain (Mt 6, 34). Quant a vostre chemin, Dieu qui vous a conduit jusques a present vous conduira jusques a la fin.
J'escriray a nos Seurs Marie Marguerite et Marie Françoise au premier jour , car il faut aller celebrer les Ordres. Amen. Vive Jesus ! Amen.
XIII juin 1620.
Ma Fille, je ne sceu jamais donner cette lettre a ceux qui estoyent venus aux Ordres, car ilz partirent trop tost . Demeures tout a fait en paix, sur la sainte et amou reuse confiance que vous deves avoir en la douceur de la Providence celeste. Amen.
20 juin 1620.
A ma tres chere Fille en N. S.,
Ma Seur P. Marie de Chastel, Superieure de Ste Marie. A Grenoble.
Revu en partie sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé L. Eberlé, curé d'Amance (Haute-Saône).
MDCLXVIII A MADAME DE GRANIEU Providentiel mélange des douceurs parmi les amertumes. - " Petite prise " inopinée entre l'Official et un ordinand. - Une mortification pour les Sœurs qui s'en vont en France. - Trois lois " pour ne point pecher en la chasse. " - L'amitié des enfants de Dieu.
Annecy, 16 ou 20 juin 1620.
Vous voyes, ma chere Fille, de quelle confiance j'use avec vous. Je ne vous ay point escrit despuis vostre depart parce que je n'ay peu bonnement le faire, et je ne vous en fay point d'excuses parce que vous estes veritablement et de plus en plus ma plus que tres chere fille.
Dieu soit loué dequoy vostre retour s'est fait bien doucement et que vous aves treuvé monsieur vostre cher mary tout allegé . Certes, cette celeste providence du Pere celeste traitte avec suavité les enfans de son cœur et, de tems en tems, mesle des douceurs favorables parmy les amertumes fructueuses avec lesquelles il les fait meriter. Je suis marri dequoy je ne caressay pas asses le filz de monsieur d'Argenson, mais la presse des Ordres ne me le peüt permettre . Et de plus, mon Official et luy eurent une petite prise inopinement, sur ce qu'il s'estoit presenté aux Ordres non tondu ni tonsuré, ni barbe a la façon d'icy, qui l'a fait retourner un peu mescontent ; non pas qu'il me l'ayt tesmoigné a moy, mais il le tesmoigna a d'autres en partant. En somme, il y a tous-jours beaucoup a faire a donner promptement et a recevoir amiablement la correction.
Nous envoyerons sur le commencement du mois prochain, 7 ou huit Seurs en France, lesquelles, comme je pense, passeront a Grenoble ; et voyla une mortification pour elles dequoy elles ne vous y treuveront pas, et particulierement pour la Seur Claude Agnes , qui en vain s'en res-jouissoit grandement.
Or sus, ma tres chere Fille, saches, je vous supplie, que ce m'est une grande consolation de recevoir souvent de vos lettres, et que mon ame cherit grandement ces tesmoignages de la dilection que la vostre a pour elle. Monsieur Michel me demandait ce que j'avois escrit a monsieur le Grand sur le sujet de la chasse ; mais, ma tres chere Fille, ce ne fut qu'un article par lequel je luy disois qu'il y avait trois loix selon lesquelles il se failloit gouverner pour ne point offencer Dieu en la chasse . La 1. de ne point endommager le prochain, n'estant pas raysonnable que qui que ce soit prenne la recreation au despens d'autruy, et sur tout en foulant le pauvre paisan, des-ja asses martirisé d'ailleurs et duquel nous ne devons mespriser le travail ni la condition. La 2. de ne point employer a la chasse le tems des festes signalees esquelles on doit servir Dieu, et sur tout prendre garde de ne point laisser pour cet exercice la sainte Messe es jours de commandement. La 3. de ne point y employer trop de moyens, car toutes les recreations se rendent blasmables quand on les fait avec profusion. Je ne me souviens pas du reste. En somme, la discretion doit regner par tout.
Or sus, ma tres chere Fille, Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur pour unir toutes vos affections a son saint amour. Amen. Ainsy a il, je vous asseure, mis en mon esprit une tres amiable et tout a fait entiere affection pour le vostre que je cheris incessamment, priant Dieu quil le comble de benedictions. Ainsy soit il, ma tres chere et tous-jours plus tres chere Fille. Amen.
Le .. juin 1620.
Ce soir madame de la Flechere est arrivee, qui m'a dit l'ayse qu'elle eut de vous voir. O ma Fille, les enfans de Dieu s'entr'ayment tous-jours bien ; soyons le bien donq, ma tres chere Fille, et aymons nous bien a son gré ; et certes, j'ay une non pareille consolation de sentir en mon cœur cette toute sincere et incomparable dilection pour le vostre, ma tres chere Fille. Or cela est vray.
Revu sur une copie appartenant à M. le baron d'Yvoire, au château d'Yvoire (Haute-Savoie).
MDCLXIX AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Un projet concernant Genève. - Prière d'écouter favorablement le porteur.
Annecy, 25 juin 1620.
Monseigneur, Je croy que parmi la multitude des affaires importantes que Son Altesse peut avoir pour le bien de sa coronne et consolation de ses. Estatz, il y en a peu qu'elle doive affectionner plus fortement que celle que je proposay a Vostre Altesse quand j'eu l'honneur d'estre aupres d'elle au chasteau de cette ville, pour le retirement de cette autre ville, par voye douce, paysible et asseuree . Or voyla, Monseigneur, un homme, sujet naturel de Son Altesse, qui, sans sçavoir mes pensees, m'a communiqué un veritable dessein qui fait une partie de ma proposition. Je supplie tres humblement Vostre Altesse, ains, si elle me le permet, je la conjure par sa propre bonté et par son bonheur, de l'oüir promptement et favorablement, et de donner des maintenant un bon commencement a ce saint projet, puis que il ny a rien a perdre, mais tout a gaigner et encor plus a esperer, par la bonne issue que Dieu en donnera a Vostre Altesse, selon les vœux universelz de tous les gens de bien et mes continuelles prieres pour la prosperité de la coronne de Son Altesse et la vostre, Monseigneur, de qui je suis Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
25 juin 1620.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCLXX A MADAME DE GENèVE, ABBESSE DE BAUME-LES-DAMES Un pieux dessein du marquis de Lullin, non réalisé. - Combien important de se préparer de bonne heure à la mort. - Espérance déçue du saint Evêque. - Pourquoi il se réjouit de la nomination de son frère.
Annecy, juillet 1620 .
Il est vray, Madame ma tres chere Mere, que feu monsieur le Marquis vostre frere avoit desseigné de me faire une entiere confession generale de toute sa vie, pour prendre de moy les advis convenables pour en employer le reste plus ardemment au service de Dieu ; mais je ne revins pas asses tost pour luy rendre cet office, puisque Dieu l'appella avant mon depart de Paris, avec la grace qu'il luy fit de bien recevoir ses divins Sacremens.
0 ma tres chere Mere, que c'est une diligence bienheureuse que celle que l'on prend de se bien disposer au depart de cette vie, puisque le tems en est incertain ! et quand l'estat religieux n'apporteroit aucun autre bien que celuy la, d'une continuelle preparation au trespas, ce ne seroit pas une petite grace.
Aymés tous-jours bien ma pauvre ame, ma tres chere Mere, car elle est certes toute vostre ; pries souvent pour elle, affin que la misericorde divine la reçoive en sa protection parmi tant de hasars et destroitz ou cette vocation pastorale la fait passer.
Je pensois que quand Son Altesse donna son placet et ses faveurs a mon frere pour le faire estre mon coadjuteur, comme il est maintenant (devant estre consacré Evesque de Chalcedoine a cet effect dans un mois , a Turin ou il est), j'aurois quelque moyen de retirer le petit bout de vie qui me reste pour me mettre en equipage et me disposer a la sortie de ce monde ; mais je voy que pour le present je ne puis l'esperer, d'autant que Son Altesse et Madame veulent que ou mondit frere ou moy soyons aupres de leurs personnes, en sorte que l'un estant icy, l'autre soit la. Voyes donq, ma chere Mere, si j'ay besoin de vos supplications devant Nostre Seigneur ; car si la charge episcopale est perilleuse, la residence de la cour ne l'est guere moins.
Cependant, vous voyes comme je respans devant vostre cœur maternel mes pensees fort naïfvement. Et faut que j'adjouste que cette coadjutorie a esté donnee a mon frere sans que je l'aye demandee ni fait demander, ni d'une façon ni d'autre ; ce qui ne m'est pas une petite consolation, parce que, n'y ayant rien du mien que le consentement, j'espere que Nostre Seigneur l'aura plus aggreable.
Or sus, Madame ma tres chere Mere, Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur et du mien, duquel je suis sans fin,
Vostre tres humble et plus obeissant filz, frere et serviteur,
F., E. de Geneve.
MDCLXXI A MADAME DE VILLENEUVE Tendresse surnaturelle et paternelle. - Réponses à des cas de conscience.
Annecy, 4 juillet 1620.
C'est la verité que non seulement vous estes ma tres chere fille, mais c'est la verité aussi que tous les jours vous l'estes davantage en mon ressentiment; et Dieu soit loüé dequoy non seulement il a creé en mon ame un'affection veritablement plus que paternelle pour vous, mais dequoy il a mis l'asseurance que vous en deves avoir dedans vostre cœur. Et certes, ma tres chere Fille, quand en m'escrivant vous me dites par fois : Vostre tres chere fille vous cherit, et que vous me parles en cette qualité, je confesse que j'en reçois un contentement admirable. Croyes-le bien et dites-le bien, je vous supplie, que vous estes tres asseurement ma tres chere fille, et n'en doutes jamais.
Ce que vous dites pour sauver un peu de bien temporel ne fut pas un mensonge, ains seulement un' inadvertence, de sorte que tout au plus ce ne peut estre qu'un leger peché veniel ; et, comme vous m'escrives, encor y a-il de l'apparence qu'il ny en eut point du tout, puisque il ne s'en ensuivit aucune injustice contre le prochain.
Ne faites nul scrupule, ni petit ni grand, de communier avant que d'avoir ouy la Messe, et sur tout quand il y aura une si bonne cause que celle que vous m'escrives ; et quand il ny en auroit point, encor ni auroit pas seulement une veritable ombre de peché. Et tenes vostre ame tous-jours en vos mains (Ps 118, 109), ma tres chere Fille, pour la bien conserver a Celuy qui, pour l'avoir rachetee, merite luy seul de la posseder. Qu'il soit a jamais beni. Amen. .
Certes, je suis tres parfaitement vostre en luy, et Vostre tres humble serviteur, et a la chere Seur , et a toute vostre mayson, FRANçs, E. de Geneve.
4 julliet 1620.
A Madame [Madame] de Villeneuve,
chez Monsieur d'lnterville, son pere .
Paris.
Revu sur l'Autographe conserve à la Visitation de Caen.
MDCLXXII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS La Sœur d'Avise jointe à la petite troupe des partantes. - Election d'une Assistante-commise au Monastère d'Annecy. – " Loup par nature, mais brebis par grace. " - Deux lettres que la Mère de Chantal pourra confronter plus tard. - Le formulaire de la Profession chez les Bénédictins et à la Visitation. - Eloge de Mme de Herce et de la comtesse de Fiesque. - Messages affectueux pour plusieurs filles spirituelles du Saint. - Mgr de Belley à Annecy. - Zèle et miséricorde de François de Sales pour une âme.
Annecy, 5 ou 6 juillet 1620 .
Cette commodité d'escriie vous semblera grande, ma veritablement et uniquement tres chere Mere, et neanmoins elle ne l'est pas ; car il m'a fallu faire tant de despeches et escrire a tant de Praelatz pour Lyon, Nevers, Orleans, Clermont , quil me faut bien haster pour vous rendre mon devoir, ma tres chere Mere ; je dis, selon que je le puis rendre. Voyla donq nos Seurs qui s'en vont, et, si je ne me trompe, elles sont toutes fort bonnes et de bonn'observance ; et nostre Seur Claude Agnes a si bien fait icy, que, comme je croy, elle fera encor mieux-la. Nous avons pensé de vous envoyer ma Seur Marie Gasparde d'Avise pour vous accompaigner a vostre retour , qui sera quand vous le jugeres a propos, si rien ne presse du costé de Thurin (notes 453,578).
Ma Seur Françoise Marguerite est demeureeAssistante par election et consentement des deux tiers des voix ; ma Seur Marie Magdeleine en eut plusieurs, et sans consideration, a mon advis, puis que elle n'est encor point du Monastere, ains seulement de la Congregation, ayant encor demandé terme pour achever ses affaires ; ma Seur Marie Andrienne en eut aussi quelques unes. Mais en fin, Dieu voulut que ce fut ma Seur Françoise Marguerite, et il veut tous-jours le mieux ; car c'est une bonne femme, sage, constante et veritable servante de Nostre Seigneur; un peu seche et froide de visage, mais bonne de cœur, courte en paroles, mais moelleuse. Nous ne faysons guere de praefaces, elle et moy, ni d'appendices non plus. Mays il faut que je vous die que nostre Seur Peronne Marie est une fille tout a fait admirable, en parole, en maintien, en effectz, car tout cela respire la vertu et pieté .
Je suis tout a fait de vostre advis et de celuy de nostre bon P. Binet pour ma Seur Marie Radegonde . Qu'une fille soit de tant mauvais naturel qu'on voudra, mais quand elle agit en ses essentielz deportemens par la grace et non par la nature, selon la grace et non selon la nature, ell'est digne d'estre recueillie avec amour et respect, comme temple du Saint Esprit. Loup par nature, mais brebis par grace. 0 ma Mere, je crain souverainement la prudence naturelle au discernement des choses de la grace, et si la prudence du serpent n'est detrempee en la simplicité de la colombe (Mt 10,16) du Saint Esprit, ell'est tout a ' fait veneneuse.
Mon Dieu, que nostre grande Fille est admirable ! Ell'a regardé ma lettre d'un biays duquel je ne l'ay pas escrit. Il ny a remede : et ma lettre et la sienne sont escrittes ; si jamais nous nous revoyons, vous les confronteres et verres qui a le tort. Mais tous-jours ayme je cette fille, et ne crain nullement ses emotions de decouragement ; car apres tout cela, Dieu qui a volu que je luy sois ce que je luy suis, luy seul fera qu'elle n'en doutera jamais, ou si elle en doute, ce ne sera que par secousses et comme par maniere de tentation.
Vous recevres les Formulaires de la reception des Novices a la Profession et des praetendentes a l'habit ; je croy qu'il ny a rien a dire par rayson. J'admire ces bons Peres qui croyent qu'on doive adjouster que l'on fait vœu aux Superieurs . S'ilz voyoyent la Profession des Benedictins, qui est la Profession des plus anciens et peuplés monasteres, ilz auroyent donq bien a discourir, car il ny est fait mention quelcomque ni des Superieurs, ni des vœux de chasteté, pauvreté et obeissance, ains seulement de stabilité au monastere et de la conversion des mœurs selon la Regle de saint Benoist. Qui promet l'obeissance selon les Constitutions de Sainte Marie, promet l'obeissance et l'observance des vœux a l'Eglise et aux Superieurs de la Congregation ou Monastere. En somme, il faut demeurer en paix ; car qui voudra meshuy ouyr tout ce qui se dira, aura fort a faire. Veritablement Mme la Presidente de Herce, est (sic) ma tres chere fille et comere , est toute aymable devant Dieu et es (sic) hommes ; je luy escris (lettre 1675), et la rayson mesme vouloit bien que je luy eusse plus tost rendu ce devoir. Je vous supplie de l'aymer cherement, encor pour l'amour de moy, qui voudroys que tous les gens de bien l'affectionnassent parfaitement.
Mme la Contesse de Fiesque est une des dames que j'honnore le plus en ce monde ; et je sens encor avec suavité l'odeur de sa pieté et vertu, que je receu en deux seules fois que je la vis chez le bon monsieur de Monthelon et chez Mme de Guise , et m'estimerois grandement favorisé si je pouvois luy rendre quelque digne service. Son ame est bien appellee de Dieu, et je croy qu'elle correspondra heureusement .
Qu'est il besoin de vous dire ni de lhonneur que je porte a nostre chere Mme de Villesavin, ni de l'affection que j'ay pour sa pieté ? car vous le sçaves bien; et si je puis gaigner un moment, je luy escriray, et a M. son mari qui m'a fait lhonneur de m'escrire. Mais si je ne puis, faites luy bien mes honneurs et ne craignes point d'en trop dire, car les paroles de qui que ce soit n'egaleront pas ce que j'en sens.
Et donnes encor, je vous supplie, la bonne et sainte joye a madame Amelot, de son heureux accouchement ; ses consolations seront tous-jours les miennes, puisqu'en toute verité mon ame la cherit tres singulierement. Mlle de Frouville sçait bien qu'ell'est tout a fait ma chere fille ;
ell'a, je m'asseure, sa response (lettre 1655). Je vous supplie de saluer cherement Mlle de Puipeyroux , et de la prier qu'elle asseure Mlle de Crevant et Mme de Verton et la bonne Mme Amori qu'en verité je conserve soigneusement une memoire continuelle du devoir que mon cœur a a leurs ames que je cheris parfaitement.
Ma Mere, nous avons eu icy huit jours entiers nostre tres aymable Monseigneur de Belley, qui a fait des merveilleusement devotes exhortations , et mesme le jour de la Visitation; ce m'a esté une consolation extreme de le voir et savourer la veritable bonté de son esprit.
Je n'ay point de nouvelles de mon frere de Boysi des il y a 3 semaines ; il attend la venue du P. D. Juste qui, peut estre, arrivera aujourdhuy ; mais je ne sçai sil amenera la tres bonne fille, la Signora Donna Genevra, que mon frere m'a escrit il y a quelque tems avoir demandé son congé aux Princes pour venir, impatiente de voir que l'on differe tant l'erection du Monastere de Turin . C'est une fille, comme mon frere m'escrit, tout a fait genereuse et sainte.
Il est vray, j'ay prié nos Seurs de garder cette grande Peronne , esperant que si les projetz de la reformation de plusieurs Monasteres en ce pais reuscit (sic), je pourray treuver quelque moyen de la faire retirer, et l'oster de l'eminent peril d'estre perdue auquel elle seroit si on la renvoyoit a son pere, qui ne menasse de rien moins que l'envoyer parmi les huguenotz, et qui est homme si terrible, que, puisqu'il le dit, on ne luy fait pas tort d'en douter et le craindre. On fait beaucoup de choses pour sauver une ame, et je n'apprens pas que celle ci face de si grans maux que pour cela on ne puisse luy faire la charité. Et croyes moy, ma tres chere Mere, quand j'importune, il faut que je me sois premierement fort importuné moy mesme. Je treuveray, Dieu aydant, quelque retraitte pour cette fille avec un peu de loysir, et ce pendant, n'ayant pas l'habit on n'en peut pas faire grande consequence.
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Je vous envoye nostre chere Seur Marie Gasparde d'Avise, avec nos Seurs de la fondation d'Orleans, affin qu'a vostre retour elle vous serve de compagne ; car c'est vrayement une fille vertueuse, sincere, modeste et d'un bon secours aupres de vostre chere personne.
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Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.
MDCLXXIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Un dessein recommandé à l'attention du prince.
Annecy, 6 juillet 1620.
Monseigneur,
Ce porteur allant pour representer a Vostre Altesse plusieurs moyens et occasions d'amplifier la gloire de Dieu et le bien des sujetz de Son Altesse, a la ruine de l'hœresie, je ne fay nulle difficulté de supplier tres humblement vostre bonté, Monseigneur, de l'ouïr et de gratifier le dessein qu'il a, si elle juge qu'il soit convenable, puisque je sçai qu'elle affectionne grandement toutes les œuvres de pieté comm'est celle ci. Et tandis, faysant tres humblement la reverence a Vostre Altesse, je vivray content en lhonneur que j'ay d'estre, Monseigneur, Vostre tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
VI julliet 1620, Annessi.
Revu sur l'Autographe conserve à Turin, Archives de l'Etat.
MDCLXXIV A MADAME ANGéLIQUE ARNAULD, ABBESSE DE PORT-ROYAL A MAUBUISSON
M. Michel député pour une visite. - Il n'y a rien à craindre des misères spirituelles non aimées. - Une fille du monastère de la croix et volonté de Dieu.
Annecy, 5-7 juillet 1620 .
Ce n'est pas escrire que d'escrire si peu, ma tres chere Fille ; mais c'est pourtant faire en partie ce que l'on doit quand on fait ce que l'on peut. J'ay dit a M. Michel Favre, mon assistant continuel, que s'il se pouvoit, il vous allast voir de ma part ; car si je pouvois, j'irois moy mesme et m'en estimerois plus heureux, ayant tous-jours une tres singuliere complaysance et consolation a seulement penser que vous estes ma tres plus chere fille. Et imagines vous que M. [de Belley (note 648)]
ayant demeuré icy huit jours, ce n'a pas esté sans faire mention de vous, mais non pas certes asses selon mon gré.
Or, je ne crains point toutes ces miseres dont vous m'escrives que vous estes accablee, tandis que, comme vous faites et feres tous-jours, vous ne les aymeres pas et ne les nourrires pas ; car petit a petit vostre esprit se fortifiera contre vostre sens, la grace contre la nature et vos resolutions sacrees contre vos indignations. Envoyes moy bien de vos nouvelles, ma tres chere Fille, et ne vous mettes point en des pensees pour me faire des exhortations a ne point m'incommoder pour vous respondre ; car je vous asseure que je ne m'incommode point, ains je m'accommode grandement quand le loysir me le permet. A la premiere occasion, j'escriray a la chere seur Catherine de Gennes , qui m'est, je vous asseure, toute cherement chere. La pauvre fille, helas ! elle est du vray monastere de la croix et volonté de Dieu.
Ma tres chere Fille, Dieu m'a rendu vostre, et je le seray invariablement a jamais et tout a fait sans reserve ; il est vray, ma tres chere Fille, je le suis plus qu'il ne se peut dire.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCLXXV A LA PRéSIDENTE DE HERSE Une religieuse " protestation" avant un petit mot de liberté et de franchise. " - Silence réciproque du Père et de la fille. - Pourquoi l'Evêque ne l'a pas rompu. - Le gémissement de saint Paul. - Se résigner à sentir les attaques de l'amour-propre, mais n'y point consentir. - Où se réfugie la vraie indifférence. - Que faire après une chute. - Un charmant filleul de François de Sales; ce que son parrain en attend.
Annecy, 7 juillet 1620 .
Madame,
Dieu nostre Sauveur sçait bien qu'entre les affections qu'il a mises en mon ame, celle de vous cherir infiniment et vous honnorer tres parfaitement est l'une des plus fortes et tout a fait invariable, exempte de vicissitude et d'oubli. Or sus, cette protestation estant faite tres religieusement, je vous diray ce petit mot de liberté et de franchise, et recommenceray a vous nommer du nom cordial de ma tres chere Fille, puisqu'en verité je sens bien que je suis cordialement vostre Pere d'affection.
Ma tres chere Fille donq, je ne vous ay point escrit ; mais dites moy, je vous prie, et vous, m'aves vous escrit despuis mon retour en ce païs ? Mais pour cela vous ne m'aves pas oublié. Oh ! certes, ni moy non plus, car je vous dis en toute fidelité et certitude, que ce que Dieu a voulu que je vous fusse, je le suis, et sens bien que je le seray a jamais tres constamment et tres fortement, et ay en cela une tres singuliere complaysance, accompaignee de beaucoup de consolation et d'utilité pour mon esprit. J'attendois que vous m'escrivissies, non point pour penser que vous le deussies, mais ne doutant point que vous ne le feries et que, par ce moyen, je vous escrirois un peu plus amplement. Mais si vous eussies tardé davantage, croyes moy, ma tres chere Fille, je ne pouvois plus attendre ; non plus que jamais je ne pourray omettre vostre chere personne et toute vostre aymable mayson en l'offrande que je fay journellement a Dieu le Pere, sur l'autel, ou vous tenes, en la commemoration que j'y fay des vivans, un rang tout particulier : aussi m'estes vous toute particulierement chere.
O je voy, ma tres chere Fille, dedans vostre lettre, un grand sujet de benir Dieu pour une ame en laquelle il tient la sainte indifference en effect, quoy que non pas en sentimens. Ce n'est rien, ma tres chere Fille, que tout ce que vous me dites de vos petites saillies. Ces petites surprises des passions sont inevitables en cette vie mortelle, car pour cela le grand Apostre crie au Ciel : Helas ! pauvre homme que je suis, je sens deux hommes en moy, le viel et le nouveau ; deux loix, la loy des sens et la loy de l'esprit ; deux operations, de la nature et de la grace. Hé, qui me delivrera du cors de cette mort (Rm 7,21) ?
Ma Fille, l'amour propre ne meurt jamais qu'avec nostre cors ; il faut tous-jours sentir ses attaques sensibles ou ses prattiques secrettes tandis que nous sommes en cet exil. Il suffit que nous ne consentions pas d'un consentement voulu, deliberé, arresté et entretenu, et cette vertu de l'indifference est si excellente, que nostre viel homme, en la portion sensible, et la nature humaine, selon les facultés naturelles, n'en fut pas capable non pas mesme en Nostre Seigneur, qui, comme enfant d'Adam, quoy qu'exempt de tout peché et de toutes les appartenances d'iceluy, en sa portion sensible et selon ses facultés humaines n'estoit nullement indifferent, ains desira ne point mourir en la croix (Mt 26,39) ; l'indifference estant toute reservee, et l'exercice d'icelle, a l'esprit, a la portion superieure, aux facultés embrasees de la grace et en somme a luy mesme, en tant qu'il estoit le nouvel homme.
Or sus, demeures donq en paix. Quand il nous arrive de violer les loix de l'indifference es choses indifferentes, ou pour les soudaines saillies de l'amour propre et de nos passions, prosternons soudainement, si tost que nous pouvons, nostre cœur devant Dieu, et disons en esprit de confiance et d'humilité : Seigneur, misericorde, car je suis infirme (Ps 6,3). Relevons nous en paix et tranquillité, et renoüons le filet de nostre indifference ; puis, continuons nostre ouvrage. Il ne faut pas ni rompre les cordes, ni quitter le luth quand on s'apperçoit du desaccord ; il faut prester l'oreille pour voir d'ou vient le detraquement, et doucement tendre la corde ou la relascher, selon que l'art le requiert. Demeures en paix, ma tres chere Fille, et escrives moy confidemment quand vous estimeres que ce soit vostre consolation. Je respond,ray tous-jours fidelement et avec un playsir particulier, vostre ame m'estant chere comme la mienne propre.
Nous avons eu, ces huit jours passés, nostre bon Monseigneur de Belley, qui m'a favorisé de sa visite et nous a fait des sermons tout a fait excellens (note 642). Or, pensés si nous avons souvent parlé de vous et de vostre mayson. Mais que de joye quand M. Jantet me disoit que mon tres cher petit filleul estoit si gentil, si doux, si beau et quasi des-ja si devot ! Je vous asseure en verité, ma tres chere Fille, que je ressens cela avec un amour nompareil, et me resouviens de la grace et douce petite mine avec laquelle il receut, comme avec un respect enfantin, la filiation de Nostre Seigneur entre mes mains. Si je suis exaucé, il sera saint, ce cher petit François ; il sera la consolation de ses pere et mere, et aura tant de faveurs sacrees aupres de Dieu, qu'il m'obtiendra le pardon de mes pechés, si je vis jusqu'a ce qu'il me puisse aymer actuellement .
En fin, ma tres chere Fille, je suis tres parfaitement, et sans condition ni exception quelconque, Vostre tres humble et tres fidele frere, compere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le VII julliet .….
Quand vous craindries la perte de vos lettres en chemin, bien que presque jamais il ne s'en perd, vous pouves bien ne point vous signer, car je connoistray bien tousjours vostre main. Oseray-je bien vous supplier de presenter mes tres humbles affections et mon service a madame la Marquise de Menelay ? Elle est asses humble pour le treuver bon, et le petit François asses sage pour le luy persuader, et madame de Chenoyse . Encor faut il dire que je salüe madame de la Haye .
A Madame la Presidente de Herce.
Rue Pavee A Paris.
MDCLXXVI A MONSEIGNEUR MARC-AURèLE MARALDI (FRAGMENT EN ITALIEN) Le décanat de Saint-Germain l'Auxerrois offert à l'Evêque de Belley. - Pourquoi il ne peut l'accepter. - Exposé des raisons qui rendent une dispense légitime et nécessaire. - Un diocèse bien disproportionné à la valeur de son Pasteur.
Annecy, 9 juillet 1620.
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A propos de ces affaires, je n'omettrai pas de dire à Votre Seigneurie Illustrissime que, de Paris, on me fait savoir qu'à la grande satisfaction du Roi, de la Reine, de toute la cour et de tous les honnêtes gens de la ville, le vieux Doyen de Saint-Germain Autissiodorensis (appelé l' Auxerrois) a résigné son doyenné en faveur de Monseigneur l'Evêque de Belley . Il y a cependant une difficulté, à cause de l'incompatibilité de l'évêché et de ce bénéfice. Et certes, la difficulté est bien fondée, parlant selon la loi ordinaire. Mais il y a une loi supérieure : " Le salut du peuple est la suprême loi, " d'après laquelle j'ose dire qu'on ne saurait rendre un plus grand service à Dieu, au Siège Apostolique et à la sainte Eglise, qu'en usant de dispense en pareil cas et en accordant le bénéfice à ce Prélat: et cela pour deux raisons principales.
La première : que l'église Saint-Germain est des plus importantes de Paris, étant la paroisse du Louvre, de la cour et de plusieurs milliers de personnes. Aussi, ce doyenné venant à vaquer par la mort de son titulaire, pourrait, par brigues et intrigues, tomber aux mains d'un homme ennemi de l'unité catholique et de l'autorité Apostolique, car il en est beaucoup de cette sorte, très en faveur, et qui pourraient exciter dans cette grande ville de redoutables soulèvements qui s'apaiseraient difficilement ensuite, non sans de tristes conséquences. L'autre raison est que Monseigneur de Belley est très dévoué à Dieu et à la sainte Eglise, et qu'il a un grand renom dans la capitale comme l'un des meilleurs prédicateurs de France. Enfin, il sera de toutes manières obligé de résigner l'évêché de Belley qui ne compte, dans tout le diocèse, ni autant de prêtres ni autant d'âmes que la seule paroisse de Saint-Germain de Paris (je laisse à part la disproportion de la valeur du Prélat avec cet évêché), puisque je sais que, de son propre mouvement, le Roi a voulu l'avoir pour conseiller d'Etat et que, bien qu'il prêchât tous les jours ce Carême passé, la Reine désira qu'il allât le soir faire des conférences spirituelles devant Sa Majesté; aussi faudra-t-il que dans quelques jours il retourne là-bas .
Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime voudra bien me pardonner si je parle de ces choses, mais j'ai cru en conscience devoir l'en avertir.
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9 juillet 1620.
MDCLXXVII A UNE RELlG IEUSE DE LA VISITATION L'humilité, réparatrice de nos imperfections. - Vertus à pratiquer pour s'unir parfaitement à Dieu.
Annecy, 9 juillet 1620.
Ce m'est tous-jours bien de la consolation, ma tres chere Fille, de sçavoir que vostre cœur ne se depart point de ses resolutions, encor que souvent il se relasche a des immortifications ; car j'espere qu'a force de s'humilier parmi les signes de son imperfection, il reparera les defautz qu'elle luy apporte. Ma tres chere Fille, la condition de vostre esprit requiert que vous en ayes un grand soin, a cause de cette liberté et promptitude qu'il a, non seulement a penser et vouloir, mais a declarer ses mouvemens. Or sus, vous l'aures, je m'asseure, ce soin-la, car vous aspires de plus en plus a la parfaite union avec Dieu, et ce desir vous pressera d'estre de plus en plus exacte en l'observance des vertus qui sont requises pour le contenter: entre lesquelles, la paix, la douceur, l'humilité, l'attention a soy mesme tiennent les premiers rangs. Et je prie sa divine Majesté, ma tres chere Fille, qu'elle vous comble de sa dilection, et suis parfaitement vostre. FRANçs, E. de Geneve.
Ce 9 julliet 1620.
MDCLXXVIII A MADAME DE GRANIEU Retour de la Mère de Chastel à Grenoble. - La commission dont l'avait chargée Mme de Granieu. - Pourquoi le Saint, malgré son désir, n'a pu y répondre. - Sa fidélité aux âmes. - Espérance d'un revoir.
Annecy, 9 ou 10 juillet 1620 .
Voyla cette chere et bienaymee Mere Peronne Marie qui s'en reva dans son nid, sur ses œufs ; je ne l'ay pas veüe a mesme de ce que j'eusse desiré. Elle m'a demandé de vostre part, que je luy marquasse les imperfections que j'aurois remarquees en vostre ame ; mais je n'ay pas eu asses de tems pour bien considerer ce qui pourroit estre a dire sur ce sujet. Et si j'eusse eu dequoy luy parler en cela, je l'eusse fait, non seulement pour vous contenter, mais satisfaire a la fidelité que je vous dois ; vous asseurant en toute verité, ma tres chere Fille, qu'encor que j'ayme vostre ame d'un amour extraordinaire et lequel est si fort quil ne peut estre dissimulé, si est ce qu'a mon advis, il ne m'aveugle pas pour m'empescher de voir vos tares, si j'avois la commodité de les observer. Or sus, ma tres chere Fille, vous estes aux chams, et j'ay quelque esperance de vous y voir, et monsieur vostre cher mary, si vous y estes encor quand j'iray voir le digne M. de Belley . Ma tres chere Fille, mon ame est toute vostre, et je suis asseuré que la vostre ne sçauroit douter de cette si veritable verité que Dieu Nostre Seigneur a fait et quil fera durer a jamais pour cette vie et pour l'eternité, selon que je l'espere de sa misericorde. Ainsy je salüe cette chere ame de ma plus chere fille, et suis Son tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation d'Annecy.
MDCLXXIX
A LA MèRE FAVRE
SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MONTFERRAND Lettre à l'Evêque de Clermont et humilité de l'Evêque de Genève. - Perpétuels délais pour la fondation de Turin. - La Mère de Chastel à Annecy. - Amis du Saint en Auvergne. - Nouvelles de famille.
Annecy, 9 ou 10 juillet 1620 .
Ma tres chere Fille,
Voyla une lettre pour Monseigneur de Clermont , puis que vous l'aves voulu. Et je dis ainsy, par ce que n'ayant pas l'honneur d'estre conneu de ce Prelat, je ne pense pas que ma lettre puisse adjouster aucun degré de chaleur a son saint zele.
Je croy que vous pourres rester encor la quelques moys, ne voyant encor rien de prest a Turin, quoy que Monseigneur le Prince persevere a dire que tout se fera. Au contraire, la signora Donna Genevra, lassee de tant de remises, viendra peut estre icy commencer son noviciat (note 650).
Vous sçaves la bonne trouppe qui est [partie] d'icy ,ou nous avons encor la Seur Peronne Marie, qui est en verité une tres excellente fille. Elle partira demain pour retourner a Grenoble, d'ou elle avoit amené une rare fille pour faire le nombre necessaire pour Nevers, Orleans et Paris.
Je loüe Dieu que vostre arrivee en ce païs-la a esté accueillie avec tant de joye, et j'espere que la suite sera tous-jours correspondante ; car les amis de Dieu sont trop plus honnorés (Ps 138,17).
Vous aves en ce païs-la le bon Pere Theodose, Capucin , mon grand amy, a qui j'escriray au premier jour, et le bon Pere Anselme de [Riom], qui m'ayme incomparablement et qui demeure a Riom, et je m'asseure qu'il vous ira voir .
Nostre bon monsieur le Premier est presque tout a fait remis, et attendons qu'il nous assigne le tems pour venir icy a la recreation, et faire le baptesme dupetit Charles Chrestien . Madame nostre Presidente ma niece est une vraye Seur dela Visitation de dehors .
J'attens la consecration de mon frere pour me preparer au voyage ; mais avant mon depart vous aures une fois de mes nouvelles.
Tout a vous
FRANçs, E. de Geneve. A ma tres chere Filleen N.Sr. Ma Seur Marie Jacqueline Favre, Superieure dela Congregation de la Visitation. A Montferrand.
MDCLXXIX bis (lettre MMXLIII du volume XXI reclassée)
A MADAME DE GRANIEU (INéDITE) Aimable plaisanterie. - Le voyage de Rome et un espoir de l'Evêque. - Rien ne nuit à ceux qui veulent aimer Dieu" sur toutes choses et en toutes choses, " pas même leurs défauts.
Annecy, 18 juillet 1620.
A peu que je ne me plains (sic) de vous, ma tres chere et tous-jours certes plus tres chere Fille. Et comment ? que j'eusse retenu nostre Seur Superieure de Grenoble par surprise ? Vrayment, je ne suis pas de ces gens-la; je ne frappe point sans dire : Garde ! Or sus, vous l'aves donq, et vous n'en doutes plus .
Mays, quand j'eusse eu une grande colere contre vous, ell' eut esté toute appaysee par le doux et gracieux presage que vostre ame bienaymee fait, que nous aurons encor le bien de nous revoir avant mon depart pour Romme ; car je le desire certes grandement, et de plus je le croy, y voyant maintenant des tres grandes apparences, puisque ce voyage commence d'estre douteux .
Au demeurant, vous estes tellement et si veritablement ma plus que tres chere fille, que si j'eusse remarqué en vous quelque defaut je vous l'eusse dit ingenuement ; mays en si peu de tems on ne les peut pas discerner . Ceux que vous ne connoisses pas ne vous nuiront pas, puisque vous voudries bien sincerement les connoistre ; ceux que vous connoistres ne vous nuiront pas, puisque cordialement vous desires de vous en corriger. Rien ne nuit a ceux qui sont tout a fait resoluz d'aymer Dieu sur toutes choses et en toutes choses. Or, vostre cœur est tel, ma tres chere Fille, et Dieu le benisse a jamais, ce cœur-la, et le tienne tous-jours en la tressainte humilité et douceur interieure.
Je n'ay nul loysir d'escrire a la chere Mere , mais je la salue de tout mon cœur par l'entremise du vostre tres cher, ma Fille, que Dieu a uni au mien en sa sainte dilection.
Annessi, le XVIII julliet 1620.
A Madame [Madam]e de Granieu.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Bourg-en-Bresse.
MDCLXXX AU PèRE JEAN-ANTOINE RIGAUD, ERMITE DU MONT-VOIRON (FRAGMENT) Repos en l'amitié ; sainte armure, invincible confiance.
Annecy, 20 juillet 1620.
J'auray tout le soin de vous que vous sçauries desirer d'un amy et frere fidele. Demeurés en paix, et reposes vous sur cette mienne declaration. Armes vous d'humilité, patience et douceur, et puis chantes joyeusement : (Ps 26,3) Si un combat s'engage contre moi, alors même j'espérerai ; le Seigneur est le protecteur de ma vie : qui me fera trembler ? Demeures sous les aysles de Nostre Dame, et ne craignes rien ; ne prenes nul soupçon. (Ph 4,7) Et que la paix du Christ, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos intelligences…………………………………………………………
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation. MDCLXXXI A MESSIEURS DU CONSEIL DE LA SAINTE-MAISON DE THONON (INéDITE) La Bulle de fondation de la Sainte-Maison oblige ses ecclésiastiques à la Règle de l'Oratoire. - Moyen nécessaire pour mettre cette condition en vigueur. - Volonté du Prince, ordonnance de l'Evêque. - Projet d'un voyage de François de Sales à Thonon.
Annecy, 22 juillet 1620.
Messieurs,
Je vous parle clairement, puisque le tems en est venu. Monseigneur le Prince ayant sceu que vostre Bulle fondamentale obligeoit la Congregation des Reverens ecclesiastiques de Nostre Dame a vivre a l'instar de ceux de l'Oratoire (note 520), et ne doutant point que cela ne se fit plus heureusement si quelques uns desdits Peres de l'Oratoire, qui sont maintenant establis presque par toute la France, venoyent en ladite Congregation de Nostre Dame pour la dresser et perfectionner selon leur Institut, il me commanda d'en traitter avec ceux de Paris ; et despuis peu, j'ay receu nouvel advis de la part de Son Altesse, qu'elle vouloit faire reuscir ce projet, et bientost, avec ordre de tenir la place vacante en attente , affin que plus librement et aysement on la puisse employer pour une si sainte intention. Pour cela donq, ay-je estimé qu'on devoit retarder pour un peu la provision, sans craindre d'alterer ladite Bulle fondamentale, qui en sera au contraire mieux executee et plus selon l'intention de Sa Sainteté. Et croy que messieurs nos ecclesiastiques seront bien ayses d'avoir avec eux des confreres qui les assisteront, non seulement a bien faire l'Office, mays a bien former leur Congregation sur le modelle que la Bulle de leur erection propose ; car rien ne se passera en toute cette affaire qu'avec toute equité, debonaireté et douceur, sans quil puisse rester aucune occasion de se douloir a personne du monde. Mays puisque je doy dans quelques semaines me treuver avec vous , je pense que nous aurons plus de bonne commodité d'en conferer ensemblement, et ny aura point de hazard de surseoir jusques a ce tems-la toute sorte de resolution. Et cependant je demeure, Messieurs, Vostre plus humble, tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.
XXII julliet 1620, Annessi.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Paul du Boys, au château de La Combe de Lancey (Isère).
MDCLXXXII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Difficulté pour la fondation de Nevers ; d'où elle vient et le cas qu'il faut en faire. - L'avis du Saint sur l'emploi des personnes et de l'argent. - Des entreprises " merveilleusement fascheuses " les supporter, les porter, et les aimer. - Vouloir servir Dieu, sans s'attacher aux moyens de le servir. - Les contradictions, présage de succès. - Une béatitude.
Annecy, 26 juillet 1620.
Je n'avois garde de deviner que cette difficulté deust jamais arriver pour la fondation de Nevers, ma tres chere Fille ; car, quelle consequence y a il ? Une fille est a Moulins : il faut donq qu'elle et ses moyens y demeurent. Mais ceux qui la font sont dignes de si grand respect et ont tant de merite sur vostre Mayson et sur toute la Congregation, et ont tant de bon zele et de pieté, qu'encor qu'a la rigueur elle ne soit pas bien forte, il faut, ce me semble, la faire valoir pour une partie, selon l'advis du Reverend P. Recteur , qui, comme m'escrit madamoyselle du Tertre, estime que la moytié suffira pour commencer la fondation, et l'autre moytié pour bien accommoder la Mayson de Moulins.
Reste la difficulté de vostre personne et de celle de cette chere fille, car je voy aussi la grande affection que monsieur le Mareschal et madame la Mareschale ont que vous vous arresties, et elle aussi, a Moulins; et faut que je confesse que je voy que cette affaire se prend d'un biays que j'apprehende de dire mon sentiment. Je le fay neanmoins, et dis qu'il seroit a propos que vous, qui aves traitté et qui estes conneuë, menassies ma Seur Paule Hieronime a Nevers, et l'y establissies le mieux que vous pourries, pour le sejour d'un mois ou deux. Et quand je dis que vous y allassies, j'entens aussi parler de madamoyselle du Tertre, ma fille, laquelle je sçai estre inse parable d'avec vous. Or, je presuppose que ces Messieurs prennent confiance a la parole que vous leur donneres de revenir infalliblement et de ramener madamoyselle du Tertre. Que si ilz ne le veulent pas, il faudra envoyer ma Seur Paule Hieronime avec deux ou troys qu'elle choisiroit, et faire le mieux qu'on pourroit, pourveu qu'on fist le partage sus escrit ; car ma Seur Paule Hieronime a asses de courage et de capacité de bien faire, moyennant la grace de Dieu, pour reuscir en cette entreprise.
Je vous asseure, ma tres chere Fille, que cette difficulté ne m'a point tant fasché que pour le desplaysir que je sçai que vous en aves eu ; sur le sujet duquel il faut que je vous die que vous lisies un peu le chapitre De la Patience, de Philothée (IVD part 3, ch 3), ou vous verres que la piqueure des mouches a miel est plus douloureuse que celle des autres mouches. Les entreprises que les amis font sur nostre liberté sont merveilleusement fascheuses ; mais en fin, il les faut supporter, puys porter, et en fin aymer comme de cheres contradictions. Certes, il ne faut vouloir que Dieu absolument, invariablement, inviolablement; mais les moyens de le servir, il ne les faut vouloir que doucement et foiblement, affin que si on nous empesche en l'employte d'iceux, nous ne soyons pas grandement secoüés. Il faut peu vouloir, et petitement, tout ce qui n'est pas Dieu.
Or sus, prenes courage : si le P. Recteur et moy sommes creus, selon ce que j'ay dit ci dessus, tout n'en ira que mieux. Vous souvenes vous de la fondation de cette Mayson d'icy ? Elle fut faite comme celle du monde, de rien du tout, et maintenant on a despensé pres de seize mille ducatons es bastimens, et jamais fille n'en bailla mille que ma Seur Favre. Nevers sera une Mayson benite, et sa fondation ferme et solide, puisqu'elle a esté agitee.
Mays si d'adventure ces Messieurs de Moulins ne vouloyent pas entendre au parti duquel le P. Recteur et moy sommes d'advis, que feroit on ? O certes, je ne me puis imaginer cela ; mais en ce cas, il faudroit avoir bien soin de nostre Seur Paule Hieronime et de sa compaignie, et advertir nostre Mere, qui peut estre a quelque autre fondation par les mains, ou elle pourroit estre employee. Si moins, on nous la renvoyera quand le tems sera un peu plus propre. Et en tous evenemens, il faut demeurer en paix dans la volonté de Dieu, pour laquelle la nostre est faite.
Je salue de tout mon cœur cette chere Seur Paule Hieronime et la Seur Françoise Jacqueline , et toutes nos cheres Seurs.
En somme, bienheureux sont ceux qui ne font pas leur volonté en terre, car Dieu la fera la haut au Ciel. Je suis infiniment vostre, ma tres chere Fille, et vous souhaite mille benedictions. Salués, je vous supplie, le R. P. Recteur.
Ce 26 julliet 1620
MDCLXXXIII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Grandes lettres à Moulins pour l'affaire de Nevers. - Le titre épiscopal de M. de Boisy. - Souhaits de bénédictions sur des cœurs aimés.
Annecy, 26 juillet 1620.
Ce chevalier part avec tant de presse que je ne puis quasi pas vous escrire, ayant esté forcé d'escrire a Moulins des grandes lettres (lettres 1682 et 1685) sur le sujet de la difficulté qu'on y a fait naistre pour la fondation de Nevers. Je dis que l'on partage ces benitz moyens, car il y aura dequoy commencer la fondation de 15000 francz (on n'en eut pas tant ni icy, ni a Lyon, ni a Grenoble), et que ma Seur Jeanne Charlotte y meine et assiste pour un moys ma Seur Paule Hieronime, puisqu'on ne peut mieux faire. Je prie M. des Hayes de desnouer l'affaire aupres de Monseigneur le Cardinal de Retz . Mon frere s'appelle M. de Calcedoine. Quand je seray plus asseuré de retourner a Paris, je vous en advertiray. Cependant, mille et mille benedictlions sur le cœur de ma tres chere Mere comme sur le mien mesme, et sur le cœur de la tres chere madamoyselle de Frouville, ma fille , et sur tous ceux de nos Seurs. Nous n'avons pas oublié celuy de ma Seur Anne Catherine , puisque c'est aujourdhuy la feste de sainte Anne, 26 julliet 1620. A Madame
[Madame] de Chantal.
A Sainte Marie. Paris.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
MDCLXXXIV A MADAME DU TERTRE Un témoignage que la destinataire doit rendre en faveur de la vérité.- Désintéressement de l'Evêque de Genève. - Les désirs de M. et de Mme de Saint-Géran et d'autres personnes de Moulins. - Comment le vœu de Mme du Tertre en faveur de Nevers devra être exécuté. - Félicitations sur ses progrès dans la piété.
Annecy, 27 juillet 1620.
Je croy fort seurement, ma tres chere Fille, que vous tesmoignerés par tout en faveur de la verité, que parmi les desirs que j'ay eu de rendre du service et de la consolation a vostre ame, je ne me suis jamais meslé de sçavoir quelz estoyent vos moyens temporelz, ni ne vous ay jamais incité de les employer pour les Maysons de Sainte Marie.
Que si vous aves engagé vostre ame envers Dieu pour la fondation d'un Monastere a Nevers, ça esté tout a fait sans m'en communiquer, sinon apres que vous en eutes contractee la sainte obligation. Certes, je ne voudrois nullement estre en estime d'un homme qui attire l'argent et l'or, non pas mesme pour les œuvres pies, car [je ne suis pas appellé a cela. Je ne sçai donq comment on a peu penser que je vous aye addressee a Moulins en consideration des commodités que vous aves, et que ce soit injustice de les divertir ailleurs. Mais il me suffit de vous avoir dit] ces quatre paroles, pour justifier le consentement que j'avois donné a vostre dessein pour Nevers; en quoy il ne me semble pas que j'aye rien commis digne de censure.
Or maintenant, ma tres chere Fille, je voy les ardens desirs de monsieur le Mareschal et de madame la Mareschale de Saint Geran (notes 561,692), et encor de monsieur de Palierne et de Messieurs de la ville de Moulins, dont le zele est digne de mille louanges, et la volonté de toute sorte de respect. Si vous n'esties point obligee par vœu, j'aurois bien tost donné mon advis. Mays la consideration de vostre vœu me fait adhaerer au conseil du R. P. Recteur , qui porte, comme vous m'escrivés, que vous (note 698) [fassies l'un et ne laissies pas l'autre ; puisque, comme il est presupposé, il y a suffisamment pour ayder puissamment la fondation de la Mayson de Nevers et pour appuyer et secourir celle de Moulins. En quoy vostre conscience demeurera du tout accoysee sur la plus grande gloire de Dieu qui] reuscira de ce partage, par le moyen duquel vous servires Dieu au monastere dans lequel vous demeureres, en vostre propre personne et par vos propres actions ; et en celuy auquel vous ne seres pas, en la personne des Seurs qui, par vostre moyen, y seront assemblees.
Voyla tout ce que je vous puis dire, ma tres chere Fille, demeurant au reste plein d'une sainte satisfaction et, sil est permis de le dire, tout glorieux dequoy on m'asseure si fort que vous faites des merveilles en pieté, et dautant plus que c'est madame la Mareschale de Saint Geran, laquelle est, graces a Dieu, sçavante en ce saint mestier ; car je croy que vous ne doutes pas que la tres sincere et invariable dilection que Nostre Seigneur m'a donnee pour vostre ame, me face aymer, cherir et sentir tres passionnement vostre establissement et progres au saint service de sa divine Majesté. Continues, ma tres chere Fille; croisses tous les jours en humilité, douceur, pureté, et recommandes souvent a cette celeste Bonté celuy qui vous recommande incessamment a elle, et qui est a jamais, ma tres chere Fille, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
27 julliet 1620.
A Madamoyselle Madamoyselle du Tertre. - A Ste Marie. A Moulins.
Revu sur l'Autographe conservé à Nantes, chez les Missionnaires de l'Immaculée Conception.
MDCLXXXV A M. NICOLAS DE PALIERNE Pourquoi François de Sales a choisi le monastère de Moulins pour la retraite de Mme du Tertre. - Ce qu'il apprit par une de ses lettres. - Affaire où il n'y a nulle sorte d'injustice. - Silence discret du Saint sur un " advis de conscience." -L'abjection que la Mère de Bréchard devra porter en patience.
Annecy, 27 juiIlet 1620.
Monsieur,
Vos discours, pour longs qu'ilz soyent et quel sujet qu'ilz expriment, me sont tous-jours aymables et dignes de respect. Je respons a celuy qu'il vous a pleu de me faire par vostre lettre du 16 de ce moys, et, sans artifice ni deguisement, je vous feray celuy de ma conduite a ce propos.
Je pris a bonheur de pouvoir en quelque sorte servir a Mlle du Tertre pour sa consolation, sur la fin de mon sejour a Paris. Mays elle portera, je m'asseure, ce tesmoignage a la verité, que jamais je ne luy fis aucune sorte de persuasion, non pas mesme indirectement, pour le choix de sa vocation ni pour l'emploite de ses moyens, l'un estant, a mon advis, perilleux, et l'autre, tout esloigné de la condition de mon esprit. Seulement je regarday que la Mayson de Sainte Marie de Moulins, a laquelle je l'addressay comm'a une desirable retraitte, ne pouvoit estre que soulagee temporellement de la pension qu'ell'y contribueroit, et que si Dieu l'inspiroit de s'y arrester tout a fait, elle pourroit donner tres suffisamment dequoy y estre entretenue.
Or, quand je passay a Moulins, je ne treuvay encor point de disposition en cett'ame pour faire le choix qu'ell'a fait du despuis; seulement , il y a, je pense, deux moys que je sceu par une de ses lettres qu'elle s'estoit engagee envers Nostre Seigneur, non seulement pour sa vocation, mays aussi pour l'erection d'une Mayson a Nevers. Et moy, qui ne pouvois nullement deviner qu'on eut fait dessein pour Moulins sur ses moyens, veu que je ny avois pas mesme pensé que sous une condition tres incertaine et indefinie, je ne peu treuver que bonne son election, comm'en effect elle l'estoit. Et sur cela, estant averti que j'envoyasse une couple de filles, je les ay envoyees , a la verité sans beaucoup de consideration, n'ayant pas preveu que jamais personne deut attribuer a injustice la sortie d'une personne d'un lieu ou elle n'estoit pas obligee de demeurer , ni la translation d'un'autre, pourveu qu'elle laissat en sa place une qui succedat avec suffisante capacité d'exercer sa charge. Voyla, Monsieur, tout ce que j'ay fait jusques a present pour ce regard.
Maintenant, Mlle du Tertre m'escrit que l'authorité de monsieur le Mareschal et de madame la Mareschale de Saint Geran la retire de son premier projet, et que des dignes theologiens l'asseurent que sa conscience est en liberté pour demeurer ou ell'est. Je n'ay rien a dire sur cela, ne tenant pas les resnes de sa volonté, ne pretendant rien en la disposition de ses moyens, et ne voulant nullement examiner l'advis de conscience qu'ell'a receu de ceux a qui je ne suis veritablement pas comparable en la connoissance requise a telles decisions. Ce qui sera plus selon la gloire de Dieu, sera plus selon mon desir. Reste le desplaysir que, parmi cela, ma bonne Seur Jeanne Charlotte peut recevoir d'avoir donné des paroles a Messieurs de Nevers qu'elle ne peut soustenir, car je croy que rien n'est capable d'affliger un'ame bien nee que cela; mays il ny a remede.
Et pour finir et vous dire, Monsieur, ce que j'escris a l'une et a l'autre de ces filles: j'escris a Mlle du Tertre (lettre1684), qu'elle face ce que le P. Recteur luy dira pour sa conscience; et a ma Seur de Brechard (lettre 1682), qu'ell'endure tout ce qui reuscira de ce conseil, qu'elle reçoive en patience cett'abjection, et qu'elle se resouvienne que les piqueures des avettes sont plus sensibles que celles des mouches, et qu'a cause de leur miel on ne laisse pas de les aymer, encor qu'elles piquent. Les Anges mesme se sont souvent treuvés d'opinions contraires et ont resisté les uns aux autres (Dn 10,13 ; L6, note 273), sans violer les loix de la charité.
Je vous honnore de tout mon cœur, Monsieur, et vous supplie de continuer vostre dilection envers ces filles et en..vers moy, qui seray a jamais Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
A Monsieur [Monsieur] de Palierne,
Tresorier general de France au Bourbonnois.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nevers.
MDCLXXXVI A MONSEIGNEUR JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRERE éVêQUE NOMMé DE CHALCéDOINE (INéDITE) L'inconvenance de la proximité d'une étable et d'une église. - Moyens à prendre pour y remédier.
Annecy, 28 juillet 1620.
Mon tres cher Frere,
Vous sçaves l'incommodité que l'establerie de M. de Moyron , attachee a l'eglise de Saint François L7, note 771). , apporte, et combien elle est messeante. Or, monsieur de Cheinex , qui succede au fondateur, s'est chargé de faire que Son Altesse commandera qu'en payant a ceux qui praetendent avoir droit en ladite establerie ce qui sera jugé equitable, on la face oster de la, comm'il est bien convenable ; et les Peres Cordeliers ont desiré que je vous priasse, si l'occasion s'en presente, de faire encor office pour cela. Ce que je fay, adjoustant au paquet d'hier ce billet et les lettres y jointes, qui m'ont seulement esté rendues il y a deux heures, quoy qu'elles soyent du mois d'avril. Dieu vous face croistre de plus en plus en sa tressainte grace, mon tres cher Frere, a qui je suis Tres humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
2VIII julliet 1620.
Revu sur l'Autographe conservé au Carmel de Lons-Ie-Saulnier. MDCLXXXVII A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE Heureuse disposition de la Providence. - Un nouvel Evêque à Grenoble; ce qu'il faudra faire avec lui. - Petite tentation filiale de la Mère de Chastel. - Ne pas " espier " les sentiments de son âme.
Annecy, vers la fin de juillet 1620 .
Or sus, vous aves veu que la divine Providence a bien disposé, et tres favorablement pour vous et vostre Mayson, sur la reception de Mlle Mistral . Si cette mesme Providence establit une Mayson a Valence , elle vous fera voir de mesme que nous ne sçavons gueres, et que nostre prudence doit demeurer doucement en paix et faire hommage a la divine disposition qui fait tout reüscir au bien des siens (Rm 8,28).
O que ses cogitations sont bien differentes des nostres, et ses voyes inconneuës a nos sentimens (Is 55,8) !
Non, ne craignes pas que vos sentimens me facent rien faire ; car encor que je vous cheris tres parfaitement toutes, si est ce que je sçai bien que vos sentimens ne sont pas vous mesmes, encor qu'ilz soyent en vous.
Je vous ay asses bien entendue sur vostre orayson : ne vous mettes point sur l'examen pointilleux de ce que vous y faites; ce que je vous en dis suffira pour le present.
Si vous aves un nouvel Evesque, vous n'aves pourtant rien de nouveau a faire avec luy, sinon de luy offrir vostre obeissance et de luy demander sa protection ; et selon que vous le verres aysé et doux, ou par vous mesme ou par une discrette entremise, vous pourres luy demander un Pere spirituel a qui vous vous puissies addresser es occurrences, et par le soin duquel vous puissies traitter avec luy quand l'affaire le requerra. Si c'est M. Scarron, j'espere qu'on en aura de la satisfaction ; car bien que je ne le connoisse guères, si est ce que j'en ay ouy dire de grans biens .
Murmurés tant que vous voudres contre moy, car je ne m'en soucie point, et sçay bien que vous sçaves que je vous cheris et ay une tres entiere confiance en vous. Que si je ne vous ay pas fait voir ces lettres, c'est que je n'y ay pas seulement pensé ; comme a la verité, cette multitude et varieté d'affaires m'oste la memoire de la pluspart des choses.
Ouy, il faut demander M. d'Aouste a ce nouvel Evesque ; car a la verité, M. le Grand Vicaire ne sçauroit en cela avoir ce soin particulier parmi le soin universel que son office luy donne .
Demeurés en paix, ma tres chere Fille, et n'espies pas si particulierement les sentimens de vostre ame; mesprises les, ne les craignes point, et releves souvent vostre cœur en une absolue confiance en Celuy qui vous a appellee dans le sein de sa dilection.
FRANçs, E. de Geneve.
A la Mere Superieure
de Ste Marie de la Visitation de Grenoble.
MDCLXXXVIII A MADAME LE MAISTRE Ce qui soulagerait la destinataire dans ses afflictions. – " L'honneur de souffrir beaucoup, " partage des enfants de Dieu ici-bas. - Deux sentiments de l'âme du Saint. - Demande affectueuse de nouvelles.
Annecy, [juillet-août 1620.]
Ma tres chere Fille,
Certes, s'il se pouvoit, je voudrois tous les jours recevoir des nouvelles de vostre ame et tous les jours vous en donner de la mienne, car je m'imagine que vous ne vives gueres sans afflictions ; si est-ce que par le sentiment de mon cœur je connois que le vostre seroit aucunement soulagé par le commerce spirituel qu'il pourroit avoir avec le mien, selon qu'il a pleu a Dieu de me donner une affection toute singuliere pour vous cherir de toutes mes forces.
Ma chere Fille, vous sçaves tres bien que Dieu reserve le partage de ses enfans pour la vie future, et que pour celle ci, il ne donne ordinairement a ses mieux aymés que l'honneur de souffrir beaucoup et de porter leur croix apres luy (Mt 16,24). Je voy vostre cœur assis et affermi sur cette verité ; c'est pourquoy, bien que d'un costé je ne puisse pas m'empescher de compatir avec vous, puisque veritablement vous estes ma Fille, d'autre part je me glorifie avec vous en la Croix de Nostre Seigneur (Ga 6,14), puisque vous estes si heureuse que d'y participer ; et ne cesseray jamais de prier le Saint Esprit qu'il establisse de plus en plus le vostre en son obeissance [et en son] tres pur et tressaint amour.
Faites moy ce bien, ma tres chere Fille, que par la premiere bonne commodité qui se presentera, je puisse sçavoir quelque chose de l'estat de vostre cœur et de toute vostre chere petite trouppe de petitz enfans, que Dieu vous a donnés affin que vous fussies leur mere selon l'esprit encor plus que vous ne l'estes selon le cors ; et de nostre frere N. et de nostre seur N. , et sur tout de la bonne madamoyselle vostre mere Et suis tres invariablement, Ma tres chere Fille,
Vostre tres humble frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve
MDCLXXXIX A LA MèRE GENEVIèVE DE SAINT-BERNARD, PRIEURE DU CARMEL DE CHARTRES Quand Dieu nous a donné une charge, il nous doit sa grâce pour la bien remplir. - Petit dialogue. - On est fidèle, si on est humble ; on est humble, si on désire l'être. -Le pain quotidien. - Faire bien aujourd'hui, sans penser à demain, se fiant en la Providence.
Annecy, [juillet-août 1620 ]
Ma tres chere Fille,
Quelle consolation pour vous que c'est Dieu mesme qui vous a faite Superieure, puisque vous l'estes par les voyes ordinaires. C'est pourquoy sa Providence est obligee, a sa disposition, de vous tenir de sa main affin que vous fassies bien ce a quoy il vous appelle. Croyes, ma tres chere Fille, il faut aller a la bonne foy sous la conduite de ce bon Dieu, et ne point disputer contre cette regle generale, que Dieu qui a commencé en nous le bien, le parfaira (Ph 1,6) selon sa sagesse, pourveu que nous luy soyons fideles et humbles.
Mays on va rechercher entre ses serviteurs quelqu'un qui soit fidele (1 Co 4,2). Et je vous dis que vous seres fidele si vous estes humble. Mays seray je humble ? Ouy, si vous voules. Mays je le veux. Vous l'estes donq. Mais je sens bien que je ne la suis pas. Tant mieux, car cela sert a l'estre plus asseurement.
Il ne faut pas tant subtiliser, il faut marcher rondement; et comme il vous a chargee de ses ames, charges le de la vostre, affin qu'il porte tout luy mesme, et vous et vostre charge sur vous. Son cœur est grand, et il veut que le vostre y ayt place. Reposes vous ainsy sur luy, et quand vous feres des fautes ou des defautz, ne vous estonnes point ; ains, apres vous estre humiliee devant Dieu, souvenes vous que la vertu de Dieu se manifeste plus glorieusement dans nostre infirmité (2 Co 12, 9). En un mot, ma chere Fille, il faut que vostre humilité soit courageuse et vaillante, en la confiance que vous deves avoir en la bonté de Celuy qui vous a mise en charge. Et pour bien couper chemin a tant de repliques que la prudence humaine, sous le nom d'humilité, a accoustumé de faire en telles occasions, souvenes vous que Nostre Seigneur ne veut pas que nous demandions nostre pain annuel, ni mensuel, ni hebdomadal, mais quotidien (Lc 11,3). Tasches de faire bien aujourd'huy, sans penser au jour suivant ; puis, le jour suivant, tasches de faire de mesme ; et ne penses pas a ce que vous feres pendant tout le tems de vostre charge, ains alles de jour en jour passant vostre office, sans estendre vostre souci, puisque vostre Pere celeste qui a soin aujourd'huy, aura soin demain et passé demain de vostre conduitte, a mesure que, connoissant vostre infirmité, vous n'espereres qu'en sa providence.
Il m'est advis, ma tres chere Fille, que je vay bien a la bonne foy avec vous de vous parler ainsy, comme si je ne sçavois pas que vous sçaves mieux que moy tout ceci ; mays il n'importe, car cela fait plus de coup quand un cœur ami le nous dit.
Je suis vostre.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCXC A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (INéDITE) L'été, mauvaise saison pour la santé de François de Sales. - A quelle condition il écrira courtement à la Mère de Chantal. - Deux sœurs qui s'aiment bien et qui sont très aimées par leur Père spirituel. - Ce que va faire D. Juste en Piémont. - Regret de ne pouvoir envoyer quelques lettres, et messages paternels.
Annecy, 4 août 1620.
Ma tres bonne et tres chere Mere, Je fay beaucoup de choses, et en laisse beaucoup pour suivre vostre intention. Il y a huit ou 9 jours que j'ay eu un peu des incommodités que l'esté a accoustumé de m'apporter ; nostre M. Grandis dit que ce n'est rien, et non seulement je le croy fermement, mais je le sens evidemment. Or il est force pourtant qu'en suite j'escrive le moins que je puis ; a ce moys prochain, cette reserve me sera ostee.
Je n'escriray donq qu'a vous, et encor bien peu, a la charge neantmoins que vous n'en tireres pas consequence que je veuille vous retrancher vos longueurs es lettres, car elles me sont tres agreables, pourveu qu'elles ne vous nuisent pas. Et de plus, si j'eusse sceu plus tost le depart du sire Pierre , j'eusse escrit a cette fille bienaymee que vous aves aupres de vous, fille du jour et de l'oratoire de la Visitation, qui fut si efficacement visitee au jour qu'on celebroit la feste des visites celestes . Mon Dieu, que j'ayme son cœur et celuy de ma tres chere fille sa Seur ! Il faut bien qu'elles cultivent l'un et l'autre le don de Dieu (Jn 4,10). J'ay envoyé a Rome affin d'obtenir l'entree de cette seur , qui sçait bien ce que je luy suis, et que je sçai la sainte et parfaite union qu'ell'a avec cette chere fille, qui merite bien qu'elle la puisse quelque fois voir de plus pres.
O ma Mere, je vous escriray, et a toutes nos Filles, si tost que nostre bon P. D. Juste sera parti, qui est le plus admirable amateur et admirateur de la Visitation, de nous et de tout ce qui est de nous, quil est possible d'imaginer. Il veut partir dans 4 ou cinq jours, tant pour faire venir la signora D. Genevra, que pour assister a mon frere en son sacre, que pour un autre tout bon dessein que Dieu luy a donné .
Helas ! je n'escriray point a ma tres chere fille Mme de Port Royal, ni a Mlle Le Maistre; mays je prieray Dieu quil les console de l'abondance de son saint amour.
Je vis avec impatience jusques a ce que j'aye fait un petit mot de congratulation a nostre chere fille sur son mariage, que Dieu veuille a jamais benir . Amen.
Ma Mere,je salue toutes nos Seurs d'icy, vielles et nouvelles , et toutes celles de dela, et Mme de Gouffiez, ma fille, quoy qu'elle sache dire ni repliquer, et Mme de Villesavin, avec son Anne et son Angelique (notes 412,413), et en somme, toutes. J'escriray et respondray a nostre bon M. de Saint Jaques .
4 aoust 1620.
Nous avons receu vostre fille de Dijon, de laquelle j'ay bonne opinion; elle porte un je ne sçai quoy de ma tres chere Mere en son visage . Dieu, par sa bonté, soit a jamais glorifié en nostre unique cœur. Amen. Vive Jesus ! O ma Mere, quand vous verres ma tres chere commere Mme la Presidente de Herce ………….. A nostre tres chere Mere
Superieure de la Visitation d'Annessi.
A Paris.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Limoges. MDCXCI AU BARON PROSPER DE ROCHEFORT (INéDITE) Pauvre âme à " l'esprit renversé " et à la conscience dévoyée. - Promesse d'intervenir auprès de Mgr de Belley en faveur du destinataire.
Annecy, 5 août 1620.
Monsieur,
Je parlay encor il ny a que trois jours avec monsieur Rosetain de cette miserable creature de laquelle, et pour mon devoir et pour suivre vostre bon desir, j'avais affectionné la retraitte. Il me dit qu'ell'avoit tout a fait l'esprit renversé, et qu'elle disait rage de luy et de moy, comme si la voulant retirer icy je l'eusse volu trahir et perdre ; et qu'au demeurant, elle fait ses actions en sorte qu'on ne peut rien preuver. Dieu, par sa bonté, y veuille mettre sa sainte main, et guerir son esprit de ce desvoyement de conscience. Je ne sçai pas encor quand Monsieur le Rme de Belley voudra que je luy aille rendre mon devoir , et croy qu'il vous estime si entierement que mon entremise sera superflue. Mais puis qu'il vous plait, je l'y contribueray, grandement obligé a vostre bienveuillance de la veritable asseurance que vous prenes de mon affection, qui est toute invariable a vous honnorer fidelement, et a me faire vivre a jamais, Monsieur, Vostre tres humble et plus obeissant parent et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
V aoust 1620, Annessi.
Monsieur, je suis fort asseurement tres humble serviteur de monsieur d'Escrivieu, vostre cher et digne filz , et luy souhaite toute sorte de bonheur en sa sollicitation, avec l'incomparable contentement de vous voir [heureux] longuement en cette vie.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron de Rostaing, à Montbrison. MDCXCII A DOM JEAN DE LUCINGE, PRIEUR DE CONTAMINE Une rixe sur laquelle il faut informer.
Annecy, 5 août 1620.
Monsieur mon Cousin, Comme M. Crosson vint l'autre jour a moy pour se plaindre de son Prieur , aujourdhuy son Prieur vient a moy pour se plaindre de luy, et m'a monstré son visage tout gasté des coups quil dit avoir receu dudit M.Crosson, me priant de vous prier de vouloir aller sur le lieu de l'exces pour informer : ce que je croy estre fort a propos. Et sil vous plait faire l'information en sorte que je m'en puisse servir, il y aura moyen de rendre justice, a l'un par vous, et a l'autre par moy. Atant, vous saluant bien humblement, je. demeure, Monsieur mon Cousin, Vostre tres humble cousin et confrere, FRANçs, E. de Geneve.