Lettres (page 51)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XIII ; Autun, 1884.

Mémoires de Richelieu sous le règne de Louis XIII, publiés par Michaud et Poujoulat, 2e Série, tome VII; Paris, 1837. Mémoires et documents de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, tome XIX ; Genève, 1877. Mémoires et documents publiés par l'Académie Salésienne ; Annecy, 1879-1922. MéNENC, Sauvegarde pour les disciples de Jean Ménenc, moderne regent à Cluses, et autres à qui plaira ; dediée " a tres noble et tres vertueux François de Sales " ; Lyon, 1601. MENESTRIER, Vie de Laurence de Ferrus, dame de Granieu, Dauphinoise ; Lion, 1888. MENTHON (Ctesse de), Les deux filles de Sainte Chantal ; Paris, 1re éd. 1870 - 7e éd. 1913.. MERCIER, L'abbaye et la vallée d'Abondance (tome VII des Mémoires de l'Académie Salésienne) ; Annecy, 1885. Souvenirs historiques d'Annecy jusqu'à la restauration ; Annecy, 1878.

Mercure (Le) français, ou la suite de l'histoire de la paix, tomes III (1612-1615) et VII (1621) ; Paris, 1617 et 1622. MEYRANESIUS, Pedemontium sacrum, Taurini, 1784. MEYRET, Généalogie de la famille Palierne ; Moulins, 1685. MICHAUD, Biographie universelle - Supplément, tome

LXVI ; Paris, 1839. - Voir Mémoires de Richelieu.

MICHEL. Voir ALLIER. MIGNE. Troisième Encyclopédie théologique, tome XVI, Dictionnaire des Abbayes et des Monastères ; Paris, 1856. - Voir BéRULLE. MILLETOT, Traicté du Delict commun et cas privilegié : ou de la puissance legitime des Juges seculiers sur les personnes Ecclesiastiques, par B. M. C.; Dijon, 1611. (Bibl. de Dijon, 5278.) Miracles; in-12, s. d. (Bibliothèque Mazarine, N 32126.) MONLAUR, Angélique Arnauld ; Paris, 1901. MONMERQUé (de).. Voir SéVIGNé et TALLEMANT DES RéAUX. MONTANUS, Biblia Sacra, Regia, sive Antverpiensa dicta, hebraice, chaldaice, grœce et latine, Philippi II, Regis Catholici, pietate ac studio ad sacrosanctum Ecclesiœ usum, cum Prœfatione Benedicti Ariœ Montani et apparatu ; Christophorus Plantinus excudebat Antverpiae, ab anno 1569 ad annum 1572. MORAND, Les Bauges; Chambéry, 1890. MOREY, Anne de Xainctonge et les Ursulines au Comté de Bourgogne, 1567-1890; Besançon, [1892], date de l'Approbation de l'évêque. MORONI, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica ; Venezia, 1840-1861. MOROTIUS, Cistercii reflorescentis... chronologica Historia ; Taurini, 1690. MOTTEVILLE (de), Mémoires de Madame de Motteville sur Anne d'Autriche et sa cour. Nouvelle édition d'après le manuscrit de Conrart, avec... des éclaircissements et un index par M. F. Riaux ; Paris, (s. d.) MUGNIER, Histoire documentaire de l'Abbaye de Sainte-Catherine près d'Annecy - L'Abbaye de Bonlieu (Appendice) ; Chambéry, 1886. Histoire et correspondance du Président Favre ; Paris, 1902-1903. Les évêques de Genève-Annecy depuis la Réforme (1535-1879) ; 2e édition, revue et augmentée, Paris, 1888. Les Registres des Entrées à l'audience du Sénat de Savoie. Première Partie : octobre 1559 à mai 1629. (Extrait du tome XXXVII des Mémoires de la Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie); Chambéry, 1898. L'état-civil de Rumilly-l'Albanais, 1607-1793 ; Chambéry, 1899. Petites Annales d'Annecy (1598-1628), publiées et annotées ; Annecy, 1885. Saint François de Sales, Docteur en droit, Avocat, Sénateur ; sa Correspondance inédite avec les frères Claude et Philippe de Quoex ; son sacre, ses funérailles, etc. (Extrait du tome

XXIII des Mémoires de la Société Savoisienne d' histoire et d'archéologie) ; Chambéry, 1885. - Voir DUFOUR. NOUVELLET, Les Divinailles ; Lyon, 1578, Chambéry, 1893. OLIVET (d'). Voir PELLISSON. Ordonnances de la Cité de Geneve, sus la Reformation, l'Estat, et Police d'icelle, reveues par nos Treshonnorés Seigneurs, le XVII de Decembre mil cinq cens huictante huit, et publiees le premier de Janvier, 1589 ; Geneve, Le Preux, 1589. ORLANDINI, Vita Petri Fabri, qui primus fuit sociorum B. Ignatii Loyolai, Societatis Jesu, conscripta a Nicolao Orlandino ex eadem Societate ; Lugduni, 1617. ORLéANS (d'), La Vie du Père Pierre Coton, de la Compagnie de Jésus ; Paris, 1688. PALLIOT, Le Parlement de Bourgogne, son origine, son établissement, ses progres, avec les noms... des présidents, chevaliers ; avocats, etc. ; Dijon, 1649.

PALLOTTINI, Collectio omnium conclusionum et resolutionum quae in causis propositis apud S. Congreg. Cardinalium prodierunt ab anno 1564 ad annum 1860 ; Romae 1868 et seqq. . PAPILLON, Bibliothèque des auteurs de la province de Bourgogne, avec le catalogue de leurs ouvrages et des remarques, publiée par Ph. L. Joly ; Dijon, 1742 et 1745. PAULIN. Voir TALLEMANT DES RéAUX . PéLISSIER, Article sur l'école de médecine de Montpellier, dans La Grande Encyclopédie. (Voir à ce titre.) PELLISSON et d'OLIVET, Histoire de l'Académie française ; Paris, 1745. PELLIZZARI, De Monialibus ; Romae:, 1755. PéRATé, La Mission de François de Sales dans le Chablais - Documents inédits tirés des Archives du Vatican. (Extrait des Mélanges d'archéologie et d' histoire publiés par l'école française de Rome) ; Rome, 1886.

PéRICAUD,Notes et documents pour servir à l'histoire de Lyon ; Lyon, 1846.

PERRAUD, L'Oratoire de France au XVIIe et au XIX' siècle ; Paris, 1866.

PERRENS, L'église et l'état en France sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, Paris, 1872. PETRIGNI, Oraison funebre sur le trespas de Monseigneur de Thermes, prononcée en l'église des R. Peres Jésuites de Dijon le 28 aoust 1621 ; Dijon, 1621. PlAT DE MONS (P.), Prœlectiones Juris Regularis, 3e éd., Tournai et Paris, 1907. PICCARD, Histoire de Thonon et du Chablais dès les temps les plus reculés jusqu'à la Révolution française (tome V des Mémoires de l'Académie Salésienne), Annecy, 1882. L'Université Chablaisienne ou la Sainte-Maison de Thonon. (Extrait du tome XXVII des Mémoires et documents de l'Académie Chablaisienne) ; Thonon-les-Bains, 1915. Saint François de Sales et sa famille, Paris, 1911 . PIERALISI, Rimedio alle dispute de Cattolici in Francia, proposto nel MDCXII da S. Francesco di Sales e commentato dal sacerdote Sante Pieralisi, bibliotecario delta Barberiniana, aggiunte tre Lettere del medesimo Santo ; Roma, 1878. PLANCHER (Dom), Histoire générale et particulière de Bourgogne ; Dijon, 1739. POIRSON, Histoire du règne de Henri IV ; Paris, 1865-1866. POSTEL, Histoire de sainte Angèle Mérici ; Paris, 1878. POUJOULAT. Voir Mémoires de Richelieu. .. PRAT, Recherches sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton (1564-1626) ; Lyon, 1876-1878. PRUDHOMME, Histoire de Grenoble ; Grenoble, 1888. Inventaire sommaire des A rchives déPartementales de l' Isère, tome II ; Grenoble, 1884. PRUNEL, Sébastien Zamet, évêque de Langres (1588-1655), sa vie et ses œuvres - Les origines du Jansénisme ; Paris, 1912. QUESVERS et STEIN, Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, publiées d'après les estampages d'Edm. Michel ; Paris, 1897. RABUT, Documents relatifs au couvent de Saint-Dominique de Chambéry - Livre de la Communauté, etc. (publiés dans le tome 1er des Mémoires de la Société Savoisienne d' histoire et d'archéologie) ; Chambéry, 1856. - Voir DUFOUR. RACINE, Abrégé de l'histoire de Port-Royal, d'après un Manuscrit préparé pour l'impression... avec un Avant-Propos, un Appendice et un Essai bibliographique par A. Gazier ; 2e éd., Paris. RAMEAU, Notice biograPhique sur noble Antoine Quartery,. Fribourg, 1880. RAUNIé, épitaphier du vieux Paris : recueil général des inscriptions funéraires depuis le moyen-âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, tome 1er ; Paris, 1891. REBORD, Dictionnaire du Clergé séculier et régulier du Diocèse de Genève-Annecy dès 1535 à nos jours... avec la collaboration de l'Abbé A. Gavard, Supérieur du Séminaire d'Annecy ; Bourg, 1920 (1er vol) ; Annecy, 1921 (2e vol. et Complément).

REUSENS, Documents relatifs à l' histoire de l'Université de Louvain, 1425-1797 (publiés dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, tomes XVII, XVIII, XX) ; Louvain, 1881, 1882, 1886. Revue Savoisienne, publication mensuelle de la Société Florimontane (aujourdhui, Académie Florimontane d'Annecy) ; Annecy, 1860-1922. RIAUX. Voir MOTTEVILLE. RICHELIEU, Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'état, publiés par M. Avenet, tome 1er, 1608-1624 ; Paris, 1853. RIVIèRE (P. de la), La Vie de l'Illme et Rme François de Sales, de tres-heureuse et glorieuse memoire, Evesque et Prince de Geneve, et Fondateur de l'Ordre des Dames de la Visitation, où sont contenuës ses principales Actions, Vertus et Miracles ; Lyon, Rigaud, 1625. - Quatriesme edition, reveuë et augmentee ; Rouen, Loudet, 1631. RIVOIRE DE LA BATIE, Armorial du Dauphiné ; Lyon, 1867. RIVOLA, Vita del Cardinal Federico Borromeo,. Milano, 1656.

ROCHAS, Biographie du Dauphiné, contenant l'histoire des hommes nés dans cette province qui se sont fait remarquer dans les lettres, les sciences, les arts, etc. ; Paris, 1856-1860. ROCHETTE (de la), Histoire des évêques de Mâcon ; Mâcon, 1867. ROLLIN, Monographie de Viuz-en-Sallaz, diocèse d'Annecy (tome

XIX des Mémoires de l'Académie Salésienne) ; Annecy,

1896.

ROSIGNOLI, Vita et Virtù della Contessa di Guastalla, Ludovtca Torella, Fondatrice dell'insigne Monistero di San Paolo et deI Regio Collegio di Maria Vergine detto della Guastalla,. Venezia, 1713. ROTT, Henri IV, les Suisses et la Haute-Italie - La lutte pour les Alpes (1598-1610) ; Paris, 1882.

ROUSSET, JUNéA et FINOT, Inventaire sommaire des Archives du Jura - Archives civiles, Séries C. D. E.,. Paris, 1870.

Sainte Jeanne-Françoise Frémyot du Chantal, sa Vie et ses Œuvres. - Voir CHANTAL et CHAUGY SAINT-MARTIAL (de), Généalogie de la famille d'Arloz, avec Notes historiques, extraite du Panthéon biographique universel, Revue mensuelle... etc., par Albéric de Busnes ; Lyon, 1879.

SAINT-SIMON, Mémoires complets et authentiques du duc de Saint Simon, collationnés sur le manuscrit original par M. Cheruel ; 2e éd., Paris, 1873-1875.

SALES (de), I. E. R. D. Caroli-Augusti Salesii Tulliani, Doctoris theologi, Prœpositi, Canonici, Vicarii generalis et Officialis Ecclesiœ Gebennensis ; De Vita et rebus gestis Servi Dei eximiœ sanctitatis viri, Patris ac Patrui sui, Francisci Salesii, Episcopi et Principis Gebennensis, Libri decem. Lugduni, apud Franciscum La Bottiere et Joannem Juillard, 1634. Histoire du Bien-Heureux François de Sales, Evesque et Prince de Geneve, Instituteur et Fondateur de l'Ordre des Religieuses de la Visitation saincte Marie ; composée premierement en latin, par son neveu Charles Auguste de Sales... etc., divisée en dix Livres. Lyon, 1634. Le Pourpris historique de la Maison de Sales,. Annessy, Jacques Clerc, 1659. Métanie, petit traicté Mystique de la Penitence ; Annessy, André Leyat, MDCXL (sic, pour 1645).

San Filippo Neri, Periodico mensuale del Comitato esecutivo per le feste centenarie deI Santo ; Roma, 1894, 1895. SANNA SOLARO, La S. Sindone che si venera a Torino, illustrata e difesa ; Torino, 1901. SANTEUIL (de). Voir MARCO DE LISBONNE. SAULLAYE (de la), Abrégé de la vie et de la mort de Messire Charles de la Saussaye... Curé de Sainct Jacques de la Boucherie ; Paris, 1622. SELLENET, La Sainte Hostie de Dijon ; Dijon, 1894. Semaine catholique de Lyon, 14 décembre 1877. SéNAULT, La Vie de la Mère Magdeleine de Saint-Joseph ; Paris, 1670. La Vie de Madame Catherine de Montholon, veuve de Monsieur de Sanzelles... fondatrice des Ursulines de Dijon ; Paris, 1653. SENS DE SAINTE-CATHERINE (Dom), Les exercices spirituels distribuez en vingt méditations ; Paris, Jean Henquetille, 1619. Points notables pour un Religieux désireux d'acquérir une profonde humilité, et utiles, par voye d'exemple, aux séculiers qui en leur condition ont besoin d'estre humbles, afin qu'ils se sauvent ; reveus, corrigés et augmentés par l'autheur. Paris, chez Michel Soly, 1631. SERVIèRE (de la), De Jacobo I , Angliœ Rege, cum Cardinali Roberto Bellarmino, S. J., super potestate cum regia... tum pontificia disputante ; Paris, 1900. SéVIGNé (de), Lettres de Mme de Sévigné, de sa famille et de ses amis, recueillies et annotées par M. de Monmerqué, membre de l'Institut. Nouvelle édition revue sur les autographes, etc., tome IV ; Paris, 1862. SEYSSEL-CRESSIEU (de), La Maison de Seyssel, ses origines, sa généalogie, son histoire d'après les documents originaux ; Grenoble, 1900. SOCOLARO, De Consecratione Episcopi, auctore Stanislao Socoloria, sacrœ Theologiœ Doctore. Opusculum vere aureum, in quo ritus, vetustas, mysteria, usus consecrationis Episcopi, functio item et dignitas Episcopalis explicantur ex sententiis et auctoritate Sanctorum Patrum ; Romœ, apud hœredes Nicolai Mutii, MDCII. (Exemplaire portant une dédicace à saint François de Sales et lui ayant appartenu.) SOMMERVOGEL, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, tomes V, VI ; Paris, 1894, 1895. SOULIé. Voir HéROARD. SPONDE (de), Declaration des principaux motifs qui ont induit le sieur de Sponde, conseiller et Maistre des Requestes du Roy, à s'unir à l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, adressée à ceux qui se sont separez et distinguée en trois Parties. Melun, 1593 ; 5e éd., Lyon, 1595. STEIN. Voir QUESVERS. SUFFREN, L'Année Chrestienne ; Paris, 1641.

SULLY (de), Mémoires de Maximilien de Béthune, duc de Sully ; Londres, 1778. TALON, Vie du Bien-Heureux François de Sales ; Paris, 1640 . TALLEMAND DES RéAUX, Historiettes, troisième édition entièrement revue sur le manuscrit original par MM. de Monmerqué et Paulin ; Paris, 1854-1860. TARDIEU, Histoire de la ville de Montferrand et du bourg de Chamalières en Auvergne ; Moulins, Clermont-Ferrand, 1865. TAVERNIER, Histoire de Samoëns ; Chambéry, 1892.. THéVENAZ, Histoire 'du Collège de Genève, première Partie ; Genève, 1896. TIRABOSCHI, Biblioteca Modenese, o notizie della vita e delle opere degli scrittori natii degli stati del... duca di Modena ; Modena, 1781-1786. TRéMOILLE (de la), Les Trémoille pendant cinq siècles ; Nantes, 1895. TREPIER, Sainte Claire hors Ville et Hôpital militaire de Chambéry (tome III de la 4e Série des Mémoires de l'Académie des Sciences de Savoie) ; Chambéry, 1892. TRONSON DE CHENEVIèRE, La Vie de la Venerable Mere Marguerite Acarie, dite du Saint-Sacrement, Carmelite ; Paris, 1689. TROUILLAT, Vie de Marie de Valence ; Valence-Lyon, 1873. TRUCHET, Vie du Père Chérubin de Maurienne, de l'Ordre des FF. Mineurs Capucins ; Chambéry, 1880. UGHELLI, Italia Sacra, sive de Episcopis Italiœ et insularum adjacentium, rebusque ab iis prœclare gestis deducta serie ad nostram usque œtatem ; Romae, 1644-1662.

UNGARELLI, Bibliotheca scriptorum e Congregatione Clericorum regularium S. Pauli ; Romae, 1836. VACANT-MANGENOT, Dictionnaire de Théologie Catholique ; Paris, 1903 (en cours de publication). VACCARONE, 1 Challant e loro questioni per la successione ai feudi dal XIIo al XIXo secolo ; Torino, 1893. VACHET, Les anciens Couvents de Lyon ; Lyon, 1895. VAISSETTE. Voir VIC. VALUDlER L'auguste Basilique de Saint-Arnould de Metz ; Paris, 1615. VARIN, La vérité sur les Arnauld ; Paris, 1847. VAUBERT, Le saint Exercice de la présence de Dieu ; Paris, 1750. VAULLET, Histoire de la ville de La Roche en Faucigny, département de la Haute-Savoie ; Paris-Annecy, 1874. Vera e succinta relatione de i successi tra le due annate di Spagna e Savoia quest'anno 1615 sino che fu conclusa la pace ; Torino, Pizzamiglio, 1615. VEZZONI, 1 scrittori dei Chierici Regolari detti Teatini ; R0ma, 1780.

VIC (de) et VAISSETTE, Histoire générale du Languedoc

; Toulouse, 1872-1892. Vie du Cardinal de Richelieu ; Cologne, 1695. VIGNON, Le linceul du Christ ; Paris, 2e éd., 1902.

VILLEIN, Essai d'une histoire de la paroisse de Saint-Jacques de la Boucherie ; Paris, 1758. VIRY (de), Maison de Viry, Notice généalogique ; Sedan, 1892. VITTOZ, Saint François de Sales à Thonon ; Lyon, 1865. VUY, La Philothée de saint François de Sales : Vie de Mme de Charmoisy ; Genève, 1878-1879. WERRO, Notice sur la vie et les écrits de Sébastien Werro, Prévôt et Curé à Fribourg au XVIe siècle; Fribourg, 1841.

II SOURCES MANUSCRITES

1. - Archives et Bibliothèques publiques.

Annecy. - Archives communales : Registres des Délibérations du Conseil de Ville d'Annecy, 1586-1622 (vol. 23-35) ; Série GG, Fonds du Collège Chappuisien. Archives départementales de la Haute-Savoie: Minutaires de Duret,. Registres de l'ancien évêché de Genève (Série G, non classée) ; Série E. Archives des Hospices: Documents divers. Belleville (Rhône). - Archives communales : Registres de l'état civil. Besançon. - Archives départementales du Doubs : Inventaire de l'abbaye de Saint-Vincent de Besançon, dressé par les Bénédictins au XVIIIe siècle. Bibliothèque de la ville : Nobiliaire de Varin. Bourg-en-Bresse. - Archives départementales de l'Ain : Série D.17, Procès-verbal du 23 mars 1688 pour les Carmes de Gex. - Séries E. 503 ; G. 165, 167, 305, 307, 308, 312, 317, 318, 334, 344 ; H. 533, 689, 699. Chambéry. - Archives de l'ancien Sénat de Savoie : édits-Bulles, vol. XXIX, XXXI, XXXIII, XXXIV; Registres des Arrêts criminels, des Arrêts d'audience et des Entrées du Sénat. Clermont-Ferrand. - Archives communales : Fonds de Montferrand. Dijon.- Archives communales : Comptes du patrimoine, 1605-1606,

M. 140 ; D.16, 57 ; M.136, 466. - état civil de Dijon ; Registres de la Paroisse Saint-Jean, B. 459, 490 ; Paroisse Saint-Pierre, B. 504, 506. - Registre des Délibérations de la Chambre de Ville, B. 241, 243. Archives de la Chambre des Notaires : Minutes d'Andoche Morel, d'A ubert Gelliot et autres. Archives départementales de la Côte-d'Or: Arrêts du Parlement ; Série B 32, 39, 40, 1286,1292,7967,12069 ter,. 12072, 12086, 12092. Mss, de M. Vaillant de Meixmoron, E 1666, 2166bis ; Puits-d'Orbe, H 1026. Séries C 2098, 2261, 2262, 2552, 3077 ; E 348, 647, IIII, 1368, 1455, 2024, 2166ter, 21664 2211, 2232, 2569, 2817 ; G 2471, 2511 ; H 1071.

Provisions à toutes sortes d' offices, vol. V ; Recueil de Peincedé, "Minutes de Notaires ", tomes IV, V, VII-XI, XVI, XIX, XXVIII; Fiefs du principal bailliage (de Dijon), vol.VII ;

Inventaire des fiefs des pays du Bugey, Valromey et Gex, vol. XV ; Inventaire des protocoles de Notaires (analyse des minutes)., vol. XIX; Extraits des plus anciens registres de Semur-en-Auxois, faits par Peincedé en 1786, vol. XXVIII. Bibliothèque publique: Ancien fonds, n 481 : PALLIOT, Mémoires généalogiques. Armorial ms. de la Chambre des Comptes de Bourgogne. Fonds Baudot, n 12 : PALLIOT, Familles de Bourgogne. Fonds Juigné, Ms. 456: : Fatras généalogiques et Titres généalogiques, du baron de JUIGNé. Ms. 620 : Mémoires du couvent des Carmes de Besançon,1768 ; Miscellanea atque Collectanea Fr. Roberti Bulle, Dijon, 1771. Greffe de la Cour d'appel: Registres du Parlement de Bourgogne.. B. 12087-12092, 12094, 12095, 12234. Genève. - Archives d'état: Nouveau recueil de Reglemens, où se trouvent Les Cries de 1550. Portefeuilles des Pièces historiques, nos 2267, 2443. Procès criminels, 2me Série. - Registres des baptêmes.. Paroisse Saint-Gervais, n 15, et Paroisse Saint-Pierre. Registres des fiefs de Bellerive, n 9. – Registres du Conseil, vol. 95-130. Archives de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, Ms. 200 : Procès-verbal du rétablissement du culte catholique dans le pays de Gex (copie faite en 1643). Bibliothèque du Consistoire : Registres du Consistoire. Bibliothèque publique et universitaire : Notes de M. Cramer, syndic, faites en 1853 sur les Registres du Consistoire; Obituaire de l'abbaye de Sixto Grenoble. - Archives de l'Hôpital: H. 356. Archives départementales de l'Isère : Clergé régulier, Ordres de femmes, Religieuses de la Visitation Sainte Marie d'en-haut, H. 938-941. - Liasses des familles anciennes. Archives communales: Registres paroissiaux, G. G, 21, 52, de Saint-Hugues et de Saint- Jean, 1600-1640. Bibliothèque de la ville : Recueil des Mss. de CHORIER et de GUY ALLARD, R.80. Londres. - Musée Britannique, Ms. 22495 : Talloires Martyrogium et Obituarium. Lons-le-Saunier. - Archives départementales du Jura : Série G, Délibérations du Chapitre de Saint- Anatoile. Lyon. - Archives départementales du Rhône : Actes capitulaires de la Collégiale de Saint-Nizier, 1595- 1630 ; item, de la Collégiale de Saint-Paul, 16 3-1654 ; item, de Fourvière, 1616-1629. Fonds Belleville, Série G ; Fonds de l'Oratoire; Fonds Malte; Fonds Savigny. - Reg. Prov. Archives communales: Registres de la paroisse Sainte Croix. Bibliothèque publique: Mss. N 1422 (Fonds général), PIQUET CLAUDE, Mémoires pour servir à l'histoire de la Province des Cordeliers, dite de Saint-Bonaventure. Orléans. - Archives communales: Série GG. Padoue. - Archives de l'Evêché et de l'Université. Paris. - Archives Nationales: LL 1657, Nécrologe de Fontevrault rédigé au XVIIe siècle. - LL 686, Registres des Délibérations de Saint-André-des-Arcs, 1589-1627. - LL 936, Règlement pour l'église et la fabrique de Saint-Séverin. Séries E 42a, n 233 ; J 934 ; L 708, 772, 1043 ; LL 410, 1503, 1639 ; P 72, n 3343 ; 2631, 2632, 2680 ; S 4623, 4740; XIa 1811, 1849, 8652 ; Y 1117. Bibliothèque Nationale, Cabinet des titres: CHERIN, vol. 62, dossier 1350; Pièces originales : vol. 216; 409, n 9124 ; 616; 1508; 1509; 1721, n 119; 2567, n 29 ; 2830, dr 58471 ; 2720 ; 2755, nos 226, 228; 2790. Carrés de d'Hozier: vol. 109,213,252. Dossiers bleus: vol. 32, n 731 ; 158, n 29703 .222 ; 352, nos 9 74, 9067 ; 618. Fonds français, 3650 et 3803 : Memoires soubs les regnes de Henry IV et Louis XIII. - Ibid., Ms. 32588. Ms. Fr., 3492, 16919, 25075. Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 2005-2006 : LEFèVRE DE LEZEAU, Histoire de la vie de messire Michel de Marillac. Rome. - Archives des évêques et Réguliers: Posizioni, vol. 1618; Regesta (Moniales), vol. 1618 ; Regulares, G.

Archives Vaticanes: Borghese, 1605-1622 ; Nunziatura di Francia, 1600-1622; Nunziatura

Di Savoia, 1595-1622.

Salins. - Archives communales: Registres des Délibérations du Conseil de Ville. Seyssel. - Archives communales: Délibérations du Conseil de Ville, registre n 3 ; liasses nos 2 et 74. Toulouse. - Archives de la Faculté de Droit. - Archives du Parlement: Ms. LOMBARD, Histoire du Parlement. Turin. - Archives de l'Archevêché. Archives de la Grande Maîtrise de l'Ordre des Saints Maurice et Lazare. Archives de l'état: Vol. 86, ABBAZIE : Abondance,Talloires. - Vol. 85, Collèges de Savoie à Avignon et Louvain. - BéNéFICES DEçA ET DELA LES MONS: Genevois, Annecy et Thonon. Carteggio Savoia-Nemours. - LETTERE MINISTRI : Francia, Milano, Roma, Spagna, Svizzera. – Lettere particolari; Lettere Principi. Materie ecclesiastiche e protestanti. – Negotiazioni con Francia. Storia della Real Casa di Savoia, Ms. cat. 3a, Mazzo 5 . Archives de l'état, 3e section: ARCHIVES CAMéRALES : Arrestz; Categorie; Comptes Card. Maurice, 1623-1627 ; Controllo finanze; Lettres de la Cour à la Chambre des Comptes de Savoie; Patentes; Registres des "Pareri Camerali "; Vescovado di Ginevra. Archives de l'Opera pia Barolo.. Mazzi 140 et 221. Bibliothèque Royale: Ms. Notizie di famiglie nobili piemontesi. Sion. - Archives d'état du Valais.

2- Archives capitulaires et paroissiales

Annecy. - Paroisse Saint-Maurice. Arnay-le-Duc. - Registres mortuaires. Ayse (Haute-Savoie) : Registres paroissiaux. Chambéry. - Registres paroissiaux de Lémenc, Saint-Léger et Saint-Pierre. Gex. - Registres paroissiaux. La Roche. - Idem. Lorette. - Archives capitulaires. Massongy (Haute-Savoie). – Registres des Curés. Rumilly. - Registres paroissiaux. Thonex (canton de Genève). - Idem. Thonon. - Registre de la Confrérie de Notre-Dame de Compassion; Registres paroissiaux.

3. - Maisons religieuses.

ANNONCIADES Langres. - Annales des Religieuses Annonciades de Langres. BARNABITES Milan. - Acta Collegii, de Saint-Alexandre. Rome. - Archives de San Carlo a Catinari : Acta Capituli generalis 1617 ; Liber l Protessionum ; Stato personale della Congregazione.

CAPUCINS Chambéry. - Documents divers. CARMEL Chalon-sur-Saône. - Lettre-circulaire sur le décès de la MèreMadeleine de Saint-Joseph (Brûlart). Paris (avenue de Saxe, exilé à. Natoye, Belgique) : Chroniques du Carmel de la rue Chapon. CHARTREUX Farneta (Lucques, Italie). - Chartes des Chapitres généraux de l'Ordre ; Nécrologe, etc. CISTERCIENS Rome (Saint-Bernard aux Thermes). - Acta Monasterii Sancti Bernardi. JéSUITES Archives domestiques et Archiv. Rom. : Articles nécrologiques, Notices, etc. FILLES DE LA CROIX Guingamp. - Constitutions de la Visitation (copie de l'époque, d'une rédaction primitive). GRAND-SéMINAIRE Annecy. - lnventaire raisonné des titres des Barnabites d'Annecy,dressé par D. J.-B. Greyfié et commencé en 1753. - Registres capitulaires de Notre-Dame de Liesse d'Annecy,

3 septembre 1621-25 février 1628, et 1633-1637.

ORATORIENS DE SAINT PHILIPPE NERI Rome. - Ms. Vallicell. O. 58, Vite dei Padri dell'Oratorio. VISITATION Annecy. - CHAUGY (Mère de) : Année Sainte de la Visitation ; Histoire des Fondations des Monastères de l'Ordre ; Mémoires sur la vie et les vertus de la vénérable Mère de Chantal ; Notices de Religieuses de la Visitation ; Vies des quatre premières Mères, de la Mère Rosset, et autres. CHEVALIER (Rd CL-Gaspard) : Memoire sur les vertus duB. H. François de Sales. Collection des Lettres-circulaires des Monastères de l'Ordre et Notices des Religieuses. Collection J. Vu . Constitutions de la Visitation (Mss. des diverses rédactions). FICHET (Sœur) : Histoire de la Galerie. GREYFIé (Mère) : Petit recueil touchant quelques particularités de la vie de saint François de Sales. Histoires des Fondations écrites par diverses annalistes, et Annales des Monastères. Livre des contrats permanents du 1er Monastère. Livre du Chapitre ; Livre du Couvent ; Livre du Noviciat. Livres des Comptes, 1612-1616 et 1617-1628. Procès de Béatification de saint François de Sales : Ier et IIe Procès de Genève ; Procès de Paris, et d'Orléans (en partie). Originaux et copies. Procès de Béatification de sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Répertoire des Registres de l'ancien évêché de Genève, dressé par M. le chanoine Gonthier. Vie de la Mère Anne-Marguerite Clément. Le Mans. - Lettre de la Mère Favre à saint François de Sales. Le Puy. - CAMBIS, Vie manuscrite de saint François de Sales. Lettre de Sœur Marie-Xavier du Plessis, de la Visitation de Paris (rue Saint-Antoine), 20 septembre 1729, citée par le même. Nevers.- Annales de l'ancien Monastère de Moulins ; Livre du Chapitre et Livre du Couvent, du même. Paris (1er Monastère). - Livre du Noviciat ; Vie de la Mère Hélène Angélique Lhuillier. Périgueux. - Histoire (incomplète) de la Fondation du 1er Monastère d'Annecy, écrite par la Mère de Bréchard. Thonon. - Constitutions de la Visitation (Ms. autographe d'une rédaction primitive). Valence. - Annales et Livre du Couvent, du Monastère. Venise (aujourd'hui Trévise). - Livre du Chapitre et Livre duCouvent de l'ancien 1er Monastère de Lyon (transféré à Venise)

4. - Archives particulières.

ALDORANDINI, Rome. CHEVRON-VILLETTE (de), château de Giez (Haute-Savoie). DAMAS D'ANLEZY (de), château d'Anlezy (Nièvre). FAVRE (Dr), Faverges (Haute-Savoie) : Mss. Besson. FONTENAY (de), château de Fontenay (Nièvre). LAGRANGE (de), château de Prémery (Haute-Savoie). MENTHON (de), château de Menthon (Haute-Savoie). MORANDI, Plaisance (Italie). RICHARD (M.), secrétaire de la Société de Géographie de Lyon. ROUSSY DE SALES (de) , château de Thorens-Sales (Haute-Savoie). SAINT-SEINE (de), château de Saint-Seine (Côte-d'Or). VIDART, Divonne (Ain). VINCENT DE FéSIGNY, château de Veyrier (Haute-Savoie). VUY (Mlle A.), Carouge (Genève).

5. - Notes d'origines diverses.

Nous tenons à exprimer notre reconnaissance pour les érudits obligeants qui ont bien voulu nous communiquer les résultats de leurs recherches et qui nous ont été d'un précieux secours : Mgr PELLIZZARI, évêque de Plaisance.

MM. AGLIANO (cte d'), Turin.

ALLOING, chanoine archiviste du diocèse de Belley. AURELLE-MONTMORIN (cte d'), château de La Barge (Puy-de-Dôme). BAUDRIER, érudit lyonnais. R.P. BECDELIèVRE (de), Jésuite. MM.BERZETTI DI MURAZZANO (Mis), Turin. BEYSSAC, érudit lyonnais. BOILLOT, curé de Liesle (Doubs). BOUSQUET, de Montpellier. R. P. CALENZIO, Oratorien de Rome.

MM. CARBON, de Montpellier.

CHATELAN, sous-conservateur de la Bibliothèque publique de Genève. R. P. CHéROT, Jésuite, ancien rédacteur des Etudes.

MM. COCHARD, chanoine d'Orléans.

CORDERO DI PAMPARATO (Mis), Turin. DUMAY, membre de l'Académie de Dijon. R. P. éDOUARD D'ALENçON, ex-archiviste général des FF. MM. Capucins. ESSER Thomas, Dominicain, Secrétaire de la Congrégation de l'Index. EUGèNE DE BELLEVAUX, archiviste des FF. MM. Capucins de Savoie.

MM. FALLETTI, Turin.

FLORISOONE, professeur au Lycée Janson de Sailly, Paris. FORAS (cte Amédée de), château de Thuyset (Haute-Savoie). GAZIER (A.), Paris. GAZIER (G.), conservateur de la Bibliothèque de Besançon. R. P. GOBAUD, Lazariste, Albi. .

MM. GONTHIER, chanoine et aumônier des Hospices d'Annecy.

GRELLET DE LA DEYTE, Allègre (Haute-Loire). R. P. HAFNER, Jésuite, archiviste général de la Compagnie de Jésus.

MM. LAVANCHY, curé-archiprêtre de Thonon et chanoine de la cathédrale d'Annecy. LAVOREL, chanoine de la cathédrale d'Annecy. LE CACHEUX, chanoine, Montebourg (Manche). LE GRAND, archiviste aux Archives Nationales, Paris. LEMOINE, bibliothécaire-archiviste du Ministère de la Guerre, Paris. LETONNELIER, ex-archiviste de la Haute-Savoie, actuellement archiviste de l'Isère. LEVESQUE, bibliothécaire de Saint-Sulpice, Paris. LURION (de), érudit franc-comtois. Dom MACKEY, Bénédictin de Douai, premier collaborateur des Œuvres de Saint François de Sales (1889-1902).

MM. MANNO (BOO) , Turin.

MARCIEU (cte de), dauphinois. MARESCHAL DE LUCIANE (cte de), château de Billième (Savoie). R. P. MARIE-JOSEPH DU SACRé-CŒUR, Carme déchaussé, aumônier du Carmel de Corioule (Belgique).

MM. MONTEYNARD (Mis et cte de), dauphinois.

MOREL, archiviste de l'Ain. R.P. MOTHOW, Dominicain, ancien archiviste de l'Ordre.

M. MUGNIER, Président honoraire à la Cour d'appel de Chambéry et Président de la Société Savoisienne d' histoire et d'archéologie. Dom MüLLER, Cistercien de l'abbaye de Mehrerau, rédacteur de la Chronique Cistercienne allemande.

M. MUSY, érudit de Dijon.

R. P. NAVATEL, Jésuite, collaborateur des Œuvres de Saint François de Sales (1902-1910).

MM. OURSEL, archiviste de la Côte-d'Or.

PéROT, membre de plusieurs Sociétés savantes, Moulins. PéROUSE, archiviste de la Savoie. Dom PISCICELLI TAEGGI, Abbé Bénédictin de la Congrégation du Mont-Cassin, Bari. R.P. PREMOLI, Assistant général des Barnabites, Rome.

MM. PROVANA DI COLLEGNO (cte), Turin.

PRUDHOMME, ancien archiviste de l'Isère. RAEMY-DEVECK, archiviste de l'état de Fribourg. Mgr RAMEAU, érudit mâconnais.

M. RANNAUD, ex-curé de Saint-Julien (Haute-Savoie) et chanoine de la cathédrale d'Annecy. Mgr REBORD, Protonotaire apostolique, Vicaire général du diocèse d'Annecy et Prévôt du Chapitre. R.P. RIGANTI, Barnabite de Milan.

MM. RITTER, érudit genevois.

RIVIèRE, conservateur de la Bibliothèque publique de Douai. RIVOIRE, Genève. ROUPIOZ, curé d'Arlod (Ain) ROUX DE BéZIEU, érudit lyonnais. SAINT-OLIVE, Grenoble. R.P. SALINIS (de), Jésuite. M.. SEYSSEL (cte de), Directeur de la Revue Le Bugey. R.P. SIVETON, Jésuite. TACCHI- VENTURI, Jésuite, professeur au Collegio Americano, Rome.

M. TERREBASSE (cte de), château de Terrebasse (Isère).

R. P. TOURNIER, Jésuite. VAN MEURS, Jésuite, ancien archiviste général de la Compagnie de Jésus. VAN ORTROY, Jésuite, de la Société des Bollandistes, Bruxelles. MM. VARNOUX, chanoine, Directeur de la Semaine religieuse de Grenoble. VERNISY (de), Grenoble. VICQUéRY, ancien curé-plébain de Flumet (Haute-Savoie), chanoine de la cathédrale d'Annecy. VIRY (Cte de), château de Viry (Haute-Savoie). Dom WILMAR, Bénédictin de Solesmes, exilé en Angleterre, Abbaye de Farnborough.

AVERTISSEMENT

Les cent trente-cinq Lettres et fragments contenus dans ce volume sont partagés en trois groupes : Lettres sans date, presque toutes tirées de l'Edition princeps des Epistres spirituelles (1626); - Lettres découvertes après l'impression des tomes précédents et dont une vingtaine sont inédites (sans compter les menus fragments); - Fragments de Lettres à sainte Jeanne-Françoise de Chantal, extraits de plusieurs recueils, notamment d'un manuscrit emporté jadis par elle d'Annecy à Pont-à-Mousson, et conservé aujourd'hui à la Visitation de Nancy. Nombre de ces fragments paraissent pour la première fois (cf note 2), Pour mettre un certain ordre dans le classement des pièces du premier groupe, nous les avons rangées de la manière suivante : d'abord, les Lettres qui portent une adresse ; ensuite, celles écrites à des hommes, à des dames et demoiselles, renfermant des conseils variés ; puis, les Lettres de condoléances et de consolation sur des deuils, suivies de celles relatives au choix d'un état de vie; enfin, les Lettres à des Religieuses. Ayant retrouvé l'Autographe de deux lettres données dans notre Edition d'après un texte tronqué, nous en publions le texte authentique dans le second groupe, A la fin de celui-ci sont ajoutés quatre fragments adressés à Mg, Camus, empruntés à son ouvrage Les Diversitez ; bien qu'on en puisse fixer approximativement la date, nous n'avons pas cru devoir les mélanger avec les textes d'une authenticité incontestable, parce que l'Evêque de Belley, en les citant, y a peut-être mis du sien : dès lors, on ne saurait assurer qu'il n'y a aucune interpolation. La méthode suivie dans ce volume pour l'indication de la provenance des originaux, pour les adresses, les dates, l'annotation, etc., est celle-là même qui fut adoptée dès le principe ; pour tout renseignement utile, le lecteur n'a qu'à se reporter à l'Avis de L10. Il trouvera également dans celui que nous lui offrons aujourd'hui, le Glossaire des locutions et des mots surannés, l' 1ndex où les noms des destinataires sont fondus avec les titres des principales notes historiques et biographiques, et la Table de correspondance de notre Edition avec les précédentes. Saint François de Sales parle fréquemment dans ses Lettres de quantité d'autres déjà écrites ou qu'il se propose d'écrire, mais qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous ; bon nombre aussi sont mentionnées par les anciens auteurs de sa Vie, les déposants à son Procès de Béatification, par quelques-uns de ses contemporains dans leur propre correspondance, et ailleurs encore. Dates et destinataires sont pour l'ordinaire indiqués dans ces textes ; assez souvent même, ceux-ci nous renseignent sur l'objet de telle ou telle lettre et parfois ils la résument. Pour conserver le souvenir de tant de pièces à jamais perdues, on a jugé intéressant de donner à l'Appendice du présent volume une Table générale des Lettres du Saint, qui réunit à la fois, suivant l'ordre chronologique, celles que renferme notre Edition et celles dont il nous a été permis de découvrir la trace lointaine. Le passage du texte qui fait mention de ces dernières est ajouté, avec ses références, à la date et au nom du destinataire, quand il est possible de les désigner ou de les suggérer. Ainsi, ne pouvant établir, fût-.ce même d'une manière approximative, le nombre des Lettres écrites par l'Evêque de Genève, nous mettrons au moins sous les yeux du lecteur un tableau assez complet qui lui permettra de mieux constater les grandes lacunes qu'il faudrait encore combler. Peut-être, les indications fournies, tout en excitant la curiosité et le zèle des chercheurs, amèneront-elles la découverte de plus d'un Autographe enfoui dans un fonds d'Archives, inexploré jusqu'ici, ou même dans quelque galetas. L'occasion est opportune pour adresser un nouvel appel aux amis de saint François de Sales et à tous ceux qui s'intéressent à l'achèvement de cette Edition complète de ses Œuvres : si, par bonne fortune, ils possédaient ou découvraient quelque Autographe du saint Docteur, qui n'aurait pas encore été communiqué aux éditeurs, ces nouveaux documents pourront enrichir la série des Opuscules, dernière partie de la publication. N.B. La numérisation de ce L11, tome XXI, a été particulièrement longue et difficile. Malgré mes contrôles, j'ai bien conscience qu'il doit y avoir de nombreuses erreurs dans les renvois aux notes, aux pages etc….C'est le cas en particulier pour la Table Générale des Lettres avec ses longues séries de chiffres qu'il a fallu modifier, et pour les transferts des lettres à la bonne date et la bonne place . Je m'en excuse et remercie par avance tous ceux et celles qui me feront ma charité de me signaler les erreurs : cela me permettra d'améliorer ce CD.

P.Gayet osfs

LETTRES DE SAINT FRANCOIS DE SALES

I - LETTRES SANS DATE

MCMLXV A LA SOEUR FICHET RELIGIEUSE DE LA VISITATION D'ANNECY étrennes et souhaits pour la nouvelle année.

Annecy,.31 décembre .

……………………………………………………………………. Qui a moins de propre volonté a plus de Dieu. – Qui mortifie plus ses inclinations naturelles attire plus les inspirations surnaturelles. - A qui Dieu est tout, le monde n'est rien. - La douceur et l'humilité sont les bases de la sainteté. O ma tres chere Fille Marie Adrienne, qui nous fera la grace de participer a l'enfance sacree de nostre tres doux, tres humble et tres obeissant Sauveur ? Oh ! quel tresor de vertus ! Ce sont mes souhaitz pour cette annee que nous allons commencer pour l'eternité.

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXVI A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Une resolution des deux Saints. - En quoi consiste la gloire du divin amour. Souhait.

………………………………………………………………………………… O Dieu, quelle benediction de rendre toutes nos affections humblement et exactement sujettes a celles du plus pur amour divin ! Ainsy l'avons nous dit, ainsy a il esté resolu, et nostre cœur a pour sa souveraine loy la plus grande gloire de l'amour de Dieu. Or, la gloire de ce saint amour consiste a brusler et consumer tout ce qui n'est pas luy mesme, pour reduire et convertir tout en luy. Il s'exalte sur nostre aneantissement, et regne sur le throsne de nostre servitude. Mon Dieu, ma tres chere Mere, que ma volonté s'est treuvee dilatee en ce sentiment ! Playse a sa divine Bonté continuer sur moy cette abondance de courage, pour son honneur et gloire, et pour la perfection et excellence de cette tres incomparable unité de cœur qu'il luy a pleu nous donner. Amen. VIVE JESUS !

MCMLXVII A MADAME DE CHARMOISY (FRAGMENT) Les grandeurs que désire le saint Evêque de Genève.

…………………………………………………………………………………. Mon Dieu, que me souhaites vous, ma chere Cousine, au bas de vostre lettre ? de la grandeur et prosperité, ce dites vous. Oh ! il ne faut point parler d'en avoir, et, par la grace de Dieu, je n'en attens ni n'en desire autre en ce miserable monde, que celle que le Filz de Dieu a voulu prattiquer dans la cresche de Bethlehem……………………………………………

Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation. MCMLXVIII A M. CLéRIADUS DE GENèVE-LULLIN (FRAGMENT) Influence de la sainteté des grands.

……………………………………………………………………….. Mon Frere, qu'y a il qui vous empesche d'estre saint ? et qu'est ce que vous voules que vous ne puissies pour ce sujet ? Un pauvre homme peut bien, a la verité, estre saint; mais un seigneur puissant, comme vous estes, peut non seulement l'estre, mais faire tout autant de saintz qu'il y a de tesmoins de ses actions. ……………………………………………………………………………….

Revu sur le texte inséré dans le 2d Procès de Canonisation. MCMLXIX AU PèRE CLAUDE-LOUIS-NICOLAS DE QUOEX PRIEUR DU MONASTèRE DE TALLOIRES (FRAGMENT INEDIT- EN LATIN) Que faire en attendant la joie d'un revoir ? - Ardeur et pureté de l'amour de François de Sales pour Dieu.

………………………………………………………………………………………………… J'ignore, très aimé Frère, le temps et le lieu où le Seigneur permettra que nous puissions nous voir; mais, très doux Frère dans le Christ, en attendant, et toujours, et pour l'éternité, aimons et chérissons Dieu uniquement. Je dirai en confiance à votre charité, que si je soupçonnais qu'il y eût dans mon cœur un seul mouvement d'amour qui ne tendît pas à Dieu, ou qui fût consacré à un autre amour qu'à l'amour divin, ce sentiment infidèle et illégitime de mon cœur, je ferais tout pour l'arracher avec mes entrailles, et je ne le tolèrerais pas un seul instant ………………………………………………………………………….

Revu sur le texte inséré dans le 2d Procès de Canonisation.

MCMLXX A M. RENé GROS DE SAINT-JOYRE (L7, note 783) (FRAGMENT) Encouragement il favoriser la fondation d'une Maison religieuse.

…………………………………………………………………………….. Vous le deves faire, car cette action est purement pour Dieu, et c'est pour une devote et tressainte Religion, qui fera beaucoup de fruit en vos quartiers . …………………………………………..

MCMLXXI A UN GENTILHOMME DE DIJON Une" favorable inspiration. " - Comment s'éprouver soi-même sur sa vocation. - Avis pour le lever et la nourriture. - Demander la lumière à Dieu. - A quels passe temps s'adonner. - La Communion hebdomadaire et les pieux pèlerinages.

Alles et benisses Nostre Seigneur de la favorable inspiration qu'il vous a donnee, pour vous retirer de ce grand et large train que ceux de vostre aage et de vostre profession ont accoustumé de suivre, et par lequel ilz arrivent ordinairement a mille sortes de vices et d'inconveniens, et de la, bien souvent, a la damnation eternelle. Au demeurant, pour rendre cette divine vocation fructueuse, et pour plus clairement apprendre l'estat que vous deves choisir, pour la plus grande satisfaction de cette Misericorde infinie qui vous semond a son parfait amour, je vous conseille de prattiquer ces exercices pour ces troys moys suivans :

Premierement, que vous retranchies quelques satisfactions sensuelles que vous pourries autrement prendre sans offencer Dieu, et que, pour cela, vous vous levies tous-jours a six heures du matin, soit que vous ayes bien dormi ou mal dormi, pourveu que vous ne soyes pas malade, car alhors il faudroit condescendre au mal ; et pour faire quelque chose de plus les vendredis, vous vous levies a cinq heures. Ce point icy vous donnera plus de loysir de faire l'orayson et la lecture.

Item, que vous vous accoustumies a dire tous les jours, apres ou devant l'orayson, quinze Pater noster et quinze Ave Maria les bras estendus en guise de crucifix.

Davantage, que vous renoncies aux playsirs du goust, mangeant les viandes que vous pourres avoir a table lesquelles vous seront les moins aggreables, pourveu qu'elles ne soyent pas malsaines, et laissant celles ausquelles vostre goust aura plus d'inclination. Encor voudrois je que quelques fois la semaine vous couchassies vestu.

Or, ces petites et foibles austerités vous serviront a double fin : l'une, pour impetrer plus aysement la lumiere requise a vostre esprit pour faire son choix ; car la deperition du cors en ceux qui ont les forces et la santé entiere, esleve merveilleusement l'esprit. L'autre, pour essayer et taster l'aspreté, affin de voir si vous la pourries embrasser et quelle repugnance vous y aures ; car cet essay vous est requis pour l'espreuve de la foible inclination que vous aves a la retraitte du monde. Et si vous estes fidele en la prattique du peu que je vous propose, on pourra juger quel vous series en beaucoup (Mt 25,21), qui s'exerce aux Religions.

Pries instamment Nostre Seigneur qu'il vous illumine, et luy dites souvent la parole de saint Paul (Ac 9,6) : Seigneur, que voules vous que je fasse ? Domine, quid me vis facere ? Et celle de David (Ps 142,10) : Enseignez-moi à faire votre volonté, car vous êtes mon Dieu. Sur tout, si emmi la nuit vous vous esveilles, employes bien ce tems la a parler seul a seul a Nostre Seigneur sur vostre choix ; protestés souvent a sa Majesté que vous luy resignes et laisses en ses mains la disposition de tous les momens de vostre vie et qu'il luy playse les employer a son gré. Ne faites point de faute de faire l'orayson le matin, et le soir, quand vous pourres, une petite retraitte avant souper pour eslancer vostre cœur en Nostre Seigneur.

Faites les passetems qui seront plus vigoureux, comme de monter a cheval, sauter et autres telz, et non pas les molletz, comme de joüer aux cartes et danser. Mais si de ceux la vous estes touché de quelque gloire : Helas ! dires vous, que me sert tout ceci a l'eternité ?

Communies tous les dimanches, et tous-jours avec prieres pour impetrer la lumiere requise ; et ces jours la de feste, vous pourres bien visiter, par maniere d'exercice, les lieux saintz des Capucins , Saint Bernard , les Chartreux .

Si vous sentes l'inspiration prendre force du costé de la Religion et que vostre cœur en soit pressé, conferes avec vostre confesseur ; et en cas que vous prenies resolution, alles disposant le grand pere a cela , affin que, moins qu'il sera possible, l'ennuy et le desplaysir de vostre retraitte ne tombe sur la Religion, et vous seul en soyes chargé. Dieu vous veuille donner sa paix, sa grace, sa lumiere et sa tressainte consolation.

MCMLXXII A UN AMI Condoléances et sympathies.

Monsieur,

Ces quatre lignes vous asseureront que j'ay autant participé a vostre desplaysir qu'amy que vous puissies avoir, et ay infiniment regretté la perte du bon exemple de vertu que cette chere ame donnait en sa famille et en son voysinage. Et quant a moy, qui l'estimais et avais une particuliere dilection pour elle, je n'ay pas manqué ni ne manqueray de la recommander souvent a Nostre Seigneur, comme aussi tout ce qu'elle a laissé de plus cher en ce miserable monde. Que si je pouvais, par quelque bonne rencontre, vous tesmoigner en effect ce que je vous suis, vous auries grand sujet de vous asseurer de la veritable profession que je fays d'estre, Monsieur, Vostre plus affectionné amy et serviteur, FRANçs, E, de Geneve,

MCMLXXIII A UN éTUDIANT Que nous apprend la vraie science de Dieu. - Consolations sur un décès.

Mon cher Filz,

La vraye science de Dieu nous apprend, sur toutes choses, que sa volonté doit ranger nostre cœur a son obeissance et a treuver bon, comme en effect il est tres bon, tout ce qu'elle ordonne sur les enfans de son bon playsir. Vous seres, je m'asseure, de ceux la, et selon ce principe, vous acquiesceres doucement et humblement, quoy que non sans sentiment de douleur, a la misericorde dont il a usé envers vostre bonne mere, qu'il a retiree dans le sein de sa bienheureuse eternité, ainsy que les dispositions precedentes nous donnent tout sujet de croire avec autant de certitude que nous en pouvons justement prendre en tel sujet. Or sus, c'est fait : voyla ce que j'avois a vous dire. Pleures maintenant, mais moderes vos pleurs et benisses Dieu ; car cette mere vous sera propice, comme vous deves esperer, beaucoup plus ou elle est, qu'elle n'eust sceu l'estre ou elle estait. Regardes la donq la, avec les yeux de vostre foy, et accoyses en cela vostre ame. Vostre bon pere se porte bien et se comporte encor mieux. Il y a environ un moys qu'il porte son deuil entremeslé de tristesse et de consolation, selon les deux portions de son ame. Estudies tous-jours de plus en plus, en esprit de diligence et d'humilité, et je suis

Tout vostre,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXIV A UN GENTILHOMME La mélancolie et le retour de la santé. - Un étrange tourment. - Pourquoi le Saint compatit à ceux qui en sont affligés. - De quelle crainte faut-il craindre les fins dernières? - Défiance et présomption dans le service de Dieu. - Il n'est pas besoin de sentir toujours de la force et du courage. - L'espérance et la prière nous assurent le secours de Dieu. - Des essais trompeurs.

Monsieur,

Me voyci certes en une grande peine de sçavoir combien vous en aves eu parmi cette forte et fascheuse maladie de laquelle, comme j'espere, vous releves, et dont j'eusse eu infiniment plus de desplaysir, si de toutes partz on ne m'eust asseuré que, graces a Dieu, vous n'aves esté en nulle sorte de danger, et que vous commencies a reprendre les forces et le chemin de la guerison.

Mais ce qui me donne plus d'apprehension maintenant, c'est ce qu'on crie, qu'outre le mal que vous aves par les accidens corporelz, vous estes surchargé d'une violente melancholie ; car je m'imagine combien cela retardera le retour de vostre parfaitte santé et engendrera de dispositions contraires. Or, c'est icy, Monsieur, ou mon cœur est grandement pressé, et selon la grandeur de la vive et extreme affection dont il vous cherit plus qu'il ne se peut dire, il a aussi une extraordinaire compassion aux vostres.

Et s'il vous plaist, Monsieur, dites moy, je vous supplie, quel sujet aves vous de nourrir cette triste humeur qui vous est si prejudiciable ? Je me doute que vostre esprit ne soit encor embarrassé de quelque crainte de la mort soudaine et des jugemens de Dieu. Helas ! que c'est un estrange tourment que celuy la ! Mon ame qui l'a enduré six semaines durant , est bien capable de compatir a ceux qui en sont affligés. Mais, Monsieur, il faut que je vous parle un peu cœur a cœur, et que je vous die que quicomque a un vray desir de servir Nostre Seigneur et fuir le peché ne doit nullement se tourmenter de la pensee de la mort, ni des jugemens divins ; car encor que l'un et l'autre soit a craindre, si est ce que la crainte ne doit pas estre de ce naturel terrible et effroyable qui abat et deprime la vigueur et force de l'esprit, ains doit estre une crainte tellement meslee avec la confiance en la bonté de Dieu, que par ce moyen elle en devienne douce.

Et ne faut pas, Monsieur, que nous revoquions en doute si nous sommes en estat de nous confier en Dieu, quand nous sentons des difficultés a nous garder du peché, ni quand nous avons desfiance ou peur qu'es occasions et tentations nous ne puissions pas resister. Oh ! non, Monsieur, car la desfiance de nos forces n'est pas un manquement de resolution, ains une vraye reconnoissance de nostre misere. C'est un sentiment meilleur de se desfier de pouvoir resister aux tentations, que non pas celuy de s'en tenir pour asseuré et asses fort, pourveu que ce qu'on n'attend pas de ses forces on l'attende de la grace de Dieu : en sorte que plusieurs qui, avec grande consolation, se sont promis de faire des merveilles pour Dieu, quand c'est venu au point ont manqué; et plusieurs qui ont eu grande desfiance de leurs forces et une grande crainte qu'a l'occasion ilz ne manquassent, sur le champ ont fait merveilles, parce que ce grand sentiment de leur foiblesse les a poussés a rechercher l'ayde et le secours de Dieu, a veiller, prier et s'humilier pour ne point entrer en tentation (Mt 26,41).

Je dis, qu'encor que nous ne sentions en nous ni force, ni mesme courage quelcomque pour resister a la tentation si elle se presentoit maintenant a nous, pourveu que nous desirions neanmoins de resister, et esperions que si elle venoit Dieu nous ayderoit et luy demanderions son secours, nous ne devons nullement nous contrister, d'autant qu'il n'est pas besoin de sentir tous-jours de la force et du courage, et suffit qu'on espere et desire d'en avoir en tems et lieu. Et n'est pas besoin qu'on sente en soy aucun signe ni aucune marque qu'on aura ce courage la, ains il suffit qu'on espere que Dieu nous aydera. Samson, qui estoit appellé le fort, ne sentoit jamais les forces surnaturelles dont Dieu l'assistoit sinon es occasions ; et pour cela il est dit (Jg 14,6 ; 15,14)

que quand il rencontroit les lions ou les ennemis, l'Esprit de Dieu le saysissoit pour les tuer. Et Dieu, qui ne fait rien en vain, ne nous donne pas ni la force ni le courage quand il n'est besoin de l'employer, mais es occasions jamais il ne manque; et partant il faut tous-jours esperer qu'en toutes occurrences il nous aydera, pourveu que nous le reclamions. Et nous devons tous-jours servir des paroles de David (Ps 41,6 ; 42,5) : Pourquoy es tu triste, mon ame, et pourquoy me troubles tu ? Espere au Seigneur ; et de l'orayson dont il usoit (Ps 70,9) : Quand ma force defaillira, Seigneur, ne m'abandonnes point.

Et bien donq, puisque vous desires d'estre tout a Dieu, pourquoy craindres vous vostre foiblesse, en laquelle, aussi bien, vous ne deves pas mettre aucune sorte d'appuy ? N'esperes vous pas en Dieu ? Et qui espere en luy sera il jamais confondu ? Non, Monsieur, jamais il ne le sera (Eccli 11) .

Je vous conjure Monsieur, d'appayser toutes les repliques qui se pourroyent former en vostre esprit; ausquelles il n'est besoin de respondre autre chose sinon que vous desires d'estre fidele en toutes occurrences, et que vous esperes que Dieu fera que vous le seres, sans qu'il soit besoin d'essayer vostre esprit s'il le seroit ou non, car ces essays sont trompeurs, et plusieurs sont vaillans quand ilz ne voyent point l'ennemi, qui ne le sont pas en sa presence ; et au contraire, plusieurs craignent avant l'escarmouche, ausquelz le danger present donne le courage. Il ne faut pas craindre la crainte. Voyla pour ce point, Monsieur.

Au demeurant, Dieu sçait ce que je voudrois faire et souffrir pour vous voir entierement delivré. Je suis Vostre tres humble et affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXV A UN INCONNU (FRAGMENT) La variété des exercices et l'amour. - Pourquoi le Sauveur fut, dans tous les mystères de sa vie, " le Bienaymé de son Pere. "- Comment rendre parfaites nos actions les plus ordinaires,

………………………………………………………………………………….. Ces fonctions, a la verité, sont diverses, mais l'affection avec laquelle on y doit vaquer est unique, L'amour seul est celuy qui diversifie le prix de nos exercices. Le divin Sauveur est le Bienaymé de son Pere dans le fleuve du Jourdain ou il s'humilie (Mt 3,17) , aux noces de Cana ou il est exalté (), sur le mont de Thabor ou il paroist transfiguré (Mt 17,15) et sur la montagne du Calvaire ou il est crucifié; parce qu'en toutes ses œuvres il honnore son Pere d'un mesme cœur, d'une pareille sousmission et d'une esgale affection. Essayons de mesme d'avoir une dilection exquise et noble, qui nous face rechercher l'unique aggreement de Nostre Seigneur ; et il rendra nos actions belles et parfaites, pour petites et communes qu'elles puissent estre. …………………………………………………………………………….

MCMLXXVI A UNE DAME

Une liberté que le saint Evêque n'a pas. - Désir de son humilité et de son amour de Dieu. - Le sceau du Roi sur nos affections. - Echange de prières.

Madamoyselle,

Pleust a Dieu que j'eusse autant de liberté que ce porteur en a, pour aller ou je voudrois ! vous me verries au moins toutes les annees une bonne fois aupres de vous, avec le contentement que les plus tendres enfans ont d'estre en la presence de leur bonne mere; car vostre bienveuillance et mon affection me rendent cela en vostre endroit. Mais puisque Dieu m'a voulu entraver comme les mauvais chevaux, affin que je demeurasse en ce champ, c'est bien la rayson que je m'y accommode et que sa divine volonté soit faite (Mt 6,10 ; 26,42). Encor voudrois je bien la mienne plus souple a m'humilier sous cette souveraine Providence, affin de non seulement incliner mes affections au vouloir de mon Dieu, mays aussi d'aymer tendrement et affectueusement son sacré vouloir. Continués, Madamoyselle ma chere et bonne Mere, continués a servir cette supreme Bonté en sincerité et douceur d'esprit, puisqu'avec tant d'amour et de suavité elle vous y a invitee, et de si bonne heure. Tenes bien rangees vos affections sous celle de ce grand Sauveur, et vous gardés d'en nourrir aucune, sous quel pretexte que ce soit, qui ne soit battue au sceau du Roy celeste. N'aymes point, s'il se peut, la volonté de Dieu parce qu'elle est selon la vostre ; mais aymes la vostre quand et parce qu'elle sera selon celle de Dieu. Je suis bien esloigné de cette pureté : pour y parvenir, secoures moy en ce dessein, je vous supplie, par vos prieres et oraysons, ainsy que, de mon costé, je ne presente jamais le tressaint Sacrifice au Pere eternel que je ne luy demande pour vous abondance de son saint et sacré amour et ses plus desirables benedictions, et pour vostre famille.

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXVII A LA MêME

La posture de l'âme pendant les exercices extérieurs et intérieurs. - Liberté d'allure à l'oraison. - Confiance mutuelle. - Un conseil difficile à donner.

Ma:tres chere Mere, Puisque vous m'aves dit que mes lettres vous consoloyent tous-jours beaucoup, je ne veux perdre nulle occasion de vous en faire a voir, pour vous tesmoigner en quelque sorte l'affection que j'aurois de me rendre utile a vostre ame; a vostre ame, dis je, que je cheris extremement. Tenes la tous-jours assise et en repos devant Dieu pendant les exercices exterieurs, et levee et mouvante pendant les interieurs : comme font les abeilles, qui ne volent point dans leur ruche et faysant leur mesnage, mais seulement a la sortie. Pendant que nous sommes emmi les affaires, il se faut estudier a la tranquillité de cœur et a tenir nostre ame douce. En l'orayson, si elle veut voler, qu'elle vole ; si elle se veut remuer, qu'elle se remue ; bien qu'encor la, la tranquillité et simple repos de l'ame a voir Dieu, a vouloir Dieu et a savourer Dieu est extremement excellent.

Quand je commence a vous escrire, je ne pense pas a ce que je vous escriray ; mais ayant commencé, j'escris tout ce qui me vient, pourveu que ce soit quelque chose de Dieu, car je sçay que tout vous est aggreable, ayant de beaucoup fortifié l'entiere confiance que mon cœur avoit au vostre en ce dernier voyage, ou je vis bien, ce me semble, que vous avies toute asseurance en moy.

J'escris a cette bonne D. N., laquelle m'escrit que je la conseille sur sa vie future ; en quoy j'ay de la peyne, pour n'avoir guere veu son esprit, et le mien estant trop commun et trivial pour considerer une vie si singuliere comme est la sienne ; toutefois, je luy dis simplement ce que je pense.

Dieu vous tienne en sa sainte protection et vous comble de ses graces.

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXVIII A LA MêME

Douceur et tranquillité. - Quel regard jeter sur le monde. Adorer la volonté de Dieu en tout temps.

Ma tres chere Mere, Que vous diray je ? Rien qu'un mot, faute de tems. Exercés fort vostre cœur a la douceur interieure et exterieure, et le tenés en tranquillité parmi la multiplicité des affaires qui se presentent a vous. Gardes vous bien fort des empressemens, qui sont la peste de la sainte devotion, et continues a tenir vostre ame en haut, ne regardant ce monde que pour le mespriser, ni le tems que pour aspirer a l'eternité. Sousmettes souvent vostre volonté a celle de Dieu, estant preste a l'adorer autant quand elle vous envoyera des tribulations comme au tems des consolations. Dieu soit tous-jours au milieu de nos cœurs, ma tres chere Mere. Je suis en luy, sans reserve et d'une affection toute filiale, Vostre bien humble filz et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXIX A UNE DAME

Les vertus fortes et les meilleurs vins. -Ce qui rend les tribulations précieuses.

Ma tres chere Mere,

Je participe, par compassion, a tant d'aigres douleurs que vous souffres, et ne laisse pas de recevoir beaucoup de consolation dequoy vous les souffres en esprit de resignation. Ma chere Mere, les vertus qui croissent entre les prosperités sont ordinairement floüettes et imbecilles, et celles qui naissent entre les afflictions sont fortes et fermes, ainsy qu'on dit que les meilleurs vins croissent entre les pierres. Je prie Dieu qu'il soit tous-jours au milieu de vostre cœur, affin qu'il ne soit point esbranlé (Ps 45,6) parmi tant de secousses, et que, vous faysant part de sa Croix, il vous communique sa sainte tolerance et ce divin amour qui rend si pretieuses les tribulations. Je ne cesseray jamais de reclamer le secours de ce Pere eternel sur une fille que j'honnore et cheris comme ma Mere. Je suis, ma chere Mere,

Vostre en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXX A -UNE DAME

Demander à Dieu la douceur d'esprit dès le matin, et s'en souvenir cent fois le jour. - Se relever après ses fautes, sans perdre courage.

Je prie Dieu qu'il benisse vostre cœur, ma chere Fille, et vous dis ces trois motz, selon ma promesse. Vous devries tous les matins, avant toute chose, prier Dieu qu'il vous donnast la vraye douceur d'esprit qu'il requiert es ames qui le servent, et prendre resolution de vous bien exercer en cette vertu la, sur tout envers les deux personnes a qui vous aves le plus de devoir. Vous deves faire cette entreprise de vous bien commander en cela, et vous en souvenir cent fois le jour, recommandant a Dieu ce bon dessein ; car je ne voy pas que vous ayes beaucoup a faire pour bien assujettir vostre ame a la volonté de Dieu, sinon de l'addoucir de jour en jour, mettant vostre confiance en sa bonté. Vous seres bienheureuse, ma chere Fille, si vous faites ainsy, car Dieu habitera au milieu de vostre cœur et y regnera en toute tranquillité. Mais s'il vous arrive de commettre quelque manquement, ne perdes point courage, ains remettes vous soudain, tout ne plus ne moins que si vous n'esties point tombee. Cette vie est courte et elle ne nous est donnee que pour gaigner l'autre; et vous l'employeres bien si vous estes douce envers ces deux personnes avec lesquelles Dieu vous a mise. Pries pour mon ame, que Dieu la tire a soy. Je suis tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXXI A UNE DAME L'ombre nécessaire pour conserver les fruits des résolutions.

Je vous supplie, ma chere Fille, n'abandonnes jamais le train des saintes resolutions que vous aves faites, car Dieu qui les a donnees a vostre cœur luy en demandera le conte. Et pour les bien conserver, tenes vous pres du Sauveur, car son ombre est salutaire pour la naissance et conservation de telz fruitz. Je le supplie qu'il vous tienne de sa sainte main, affin que jamais vous ne vous esgaries de la sainte et droitte voye qu'il vous a monstree (Ps 72,24 ; 138,10). A cœur vaillant, rien impossible. Par tout, je vous honnoreray de tout mon cœur, vous souhaitant incessamment la grace, paix et consolation de Nostre Seigneur, selon lequel je suis, Ma tres chere Fille,

Vostre humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXXII A UNE DAME

Le but divin des afflictions. - Recevoir avec amour ce que Notre-Seigneur nous envoie par amour.- Assurance de prières.

Qu'est ce que fait vostre cœur, ma tres chere Fille ? Nostre frere m'escrit que vous aves receu quelque sorte d'affliction qu'il ne me nomme point. Certes, quelle qu'elle soit, elle me donne bien de la condoleance, mays aussi quant et quant de la consolation, puisqu'il dit que Dieu vous l'a envoyee ; car, ma tres chere Fille, rien ne sort de cette main divine que pour l'utilité des ames qui le craignent, ou pour les purifier, ou pour les affiner en son saint amour. Ma tres chere Fille, vous seres bienheureuse si vous receves d'un cœur filialement amoureux ce que Nostre Seigneur vous envoye d'un cœur si paternellement soigneux de vostre perfection. Regardes souvent a la duree de l'eternité, et vous ne:vous troubleres point des accidens de la vie de cette mortalité. Ainsy soit il. Ma tres chere Fille, vous aves tous-jours part a mes chetifves prieres, et tout maintenant je m'en vay offrir vostre cœur bienaymé au Pere celeste, en l'union de celuy de son Filz tres aymé, en la tressainte Messe; qui suis invariablement, ma tres chere Fille,

Vostre tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXXIII A UNE DAME Le secours de Dieu ne manque jamais aux âmes confiantes. - Porte royale du temple de la sainteté. - Comment regarder ses afflictions. - Croix d'or ornée de pierres précieuses.

Madame,

Si Dieu vous a rendue plus forte et vaillante a supporter vos adversités, la gloire en soit a sa Bonté, laquelle est tous-jours prompte au secours des ames qui esperent en luy. Esperes donq tous-jours en luy, Madame, et, pour esperer en luy, soyes tous-jours toute sienne. Immolés souvent vostre cœur a son amour sur l'autel mesme de la Croix en laquelle il immola le sien pour l'amour de vous. La croix est la porte royale pour entrer au temple de la sainteté ; qui en cherche ailleurs n'en treuvera jamais un seul brin.

Madame, je ne vous diray pas que vous ne regardies point vos afflictions, car vostre esprit, qui est prompt a repliquer, me diroit qu'elles se font bien regarder par l'aspreté de la douleur qu'elles donnent; mais je vous diray bien que vous ne les regardies pas qu'au travers de la Croix, et vous les treuveres ou petites, ou du moins si aggreables, que vous en aymeres plus la souffrance que la jouyssance de toute consolation qui en est separee. Et me resouvenant de cette croix exterieure que vous porties, quand j'eus le contentement de vous voir, sur vostre cœur, aymés bien vostre croix, ma chere Dame, car elle est toute d'or si vous la regardes de vos yeux d'amour. Et bien que d'un costé vous voyes l'Amour de vostre cœur mort et crucifié. entre les cloux et les espines, vous treuverés de l'autre un assemblage de pierres pretieuses pour en composer la couronne de gloire qui vous attend, si, en attendant de l'avoir, vous portés amoureusement celle d'espines, avec vostre Roy qui a tant voulu souffrir pour entrer en sa felicité (Lc 24,26).

Vous connoistrés bien que mon cœur se dilate en vous parlant, et que c'est une saillie de l'amour qu'il a pour le vostre, que je conjure d'en faire aussi souvent devant Dieu pour impetrer sa misericorde sur moy, qui suis en verité, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXXIV A UNE DAME Permission accordée de renouveler un vœu. VIVE + JESUS

Madame,

S'il vous plaist de renouveller le vœu de continence a la Messe, ainsy que j'offriray le saint Sacrifice, offrés le a mesme tems a Dieu le Pere ; et moy, en vostre nom, je [le] luy offriray aussi avec son Filz, le chaste Aigneau, auquel je le recommanderay, pour le garder et proteger envers tous et contre tous, comme aussi le propos de vœu d'obeissance; et l'ayant mis par escrit, vous me le donneres apres la Messe. Dieu veuille recevoir vostre sacrifice et benir vostre saint holocauste (Ps 1). Que la Vierge, les Anges et tous les Saintz le veuillent accompaigner et recommander a leur Maistre; et priés vostre bon Ange d'estre pres de vous quand vous le feres.

MCMLXXXV A UNE DEMOISELLE Quand les" empressemens d'amour " en l'oraison sont bons. - La différence entre les " abnegations mentales " et les réelles. - N'ouvrir la bouche que de par Dieu. - Une superfluité à retrancher.

Je respons a vostre derniere lettre, ma bonne Fille. Les empressemens d'amour en l'orayson sont bons, s'ilz vous laissent des bons effectz et qu'ilz ne vous amusent point a vous mesme, mais a Dieu et a sa sainte volonté ; et en un mot, tous les mouvemens interieurs et exterieurs qui affermissent vostre fidelité envers cette volonté divine seront tous-jours bons. Aymés donq bien les desirs celestes, et desires aussi fort les amours celestes. Il faut desirer d'aymer et aymer a desirer ce qui jamais ne peut estre asses ni desiré, ni aymé.

Dieu vous face la grace, ma Fille, de bien absolument mespriser le monde qui vous est si inique : qu'il nous crucifie, pourveu que nous le crucifiions ! Aussi les abnegations mentales des vanités et commodités mondaines se font asses aysement ; les reelles sont bien plus difficiles. Et vous voyla donq emmi les occasions de prattiquer cette vertu jusques a l'extremité, puisqu'a cette privation est joint l'opprobre, et qu'elle se fait en vous, sans vous et pour vous, mais plus en Dieu, avec Dieu et pour Dieu.

Je ne suis pas satisfait de ce que je vous dis l'autre jour, sur vostre premiere lettre, de ces reparties mondaines et de cette vivacité de cœur qui vous pousse. Ma Fille, prenes donq a prix fait de vous mortifier en cela ; faites souvent la croix sur vostre bouche, affin qu'elle ne s'ouvre que de par Dieu. Il est vray, la joliveté de l'esprit nous donne quelquefois bien de la vanité, et on leve plus souvent le nez de l'esprit que celuy du visage ; on fait les doux yeux par les paroles aussi bien que par le regard. Il n'est pas bon, vrayement, d'aller sur le bout du pied, ni d'esprit ni de cors; car si on choppe, la cheute en est plus rude. Or sus donq, ma Fille, prenes bien du soin pour retrancher petit a petit cette superfluité de vostre arbre, et tenes vostre cœur la, tout bas, tout coy, au pied de la Croix.

Continues a me dire bien franchement et souvent des nouvelles de ce cœur la, que le mien cherit d'un grand amour, pour Celuy qui est mort d'amour affin que nous vescussions par amour en sa sainte et vitale mort. VIVE JESUS !

FRANçs, E. de Geneve.

MCMLXXXVI A UNE DEMOISELLE (FRAGMENT)

Les amitiés les plus solides. - Béatitude du désert.

Vers le 8 septembre.

………………………………………………………………….. O Dieu, que les amitiés fondees sur le solide fondement de la charité sont bien plus constantes et fermes que celles desquelles le fondement est en la chair et au sang et aux respectz mondains ! Ne vous troubles point pour vos secheresses et sterilités, ains consoles vous en vostre esprit superieur, et vous souvenes de ce que Nostre Seigneur a dit (Mt 5,3) : Bienheureux sont les pauvres d'esprit ; bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de justice. Quel bonheur de servir Dieu au desert, sans manne, sans eau et sans autres consolations que celle qu'on a d'estre sous sa conduitte et de souffrir pour luy ! La tressainte Vierge puisse bien naistre dedans nos cœurs pour y apporter ses benedictions. Je suis en elle et en son Filz, tout entierement vostre.

MCMLXXXVII A UNE DEMOISELLE Mauvaise vengeance que celle d'un procès. - Le vrai courage consiste à mépriser le mépris. - Manœuvre de la Providence pour ramener au port et préserver du naufrage.

Que je suis marry, ma tres chere Fille, dequoy je n'ay point receu vos dernieres lettres ! Mais nostre chere Mme N. m'ayant communiqué l'estat de vos affaires, je vous dis de tout mon cœur, c'est a dire de tout ce cœur qui cherit uniquement le vostre, que vous ne vous opiniastries point a plaider. Vous y consommeres vostre tems inutilement, et vostre cœur encor, qui est le pis. On vous a rompu la foy donnee ; celuy qui l'a rompue en a le plus grand mal. Voules vous, pour cela, vous occuper d'une si fascheuse occupation comme est celle d'un mauvais proces ? Vous ne seres que tres mal vengee si apres avoir receu ce tort vous perdes vostre tranquillité, vostre tems et le train de vostre interieur. Vous ne sçauries tesmoigner plus de courage que de mespriser le mespris.

Bienheureux sont ceux que l'on laisse en liberté, au prix des moins infortunés. Exclames comme saint François (S.Bonav.Leg.

S.Fr Ass.ch 2) (son pere le rejetta) : Hé ! dit il, " je diray donq avec tant plus de confiance : Nostre Pere, qui estes au ciel (Mt 6,9), puisque je n'en ay plus en terre. " Et vous : Hé ! je diray donq tant plus confidemment : Mon Espoux, mon Amour, qui est au Ciel.

Conservés vostre tranquillité, et sçachés bon gré a la Providence divine qui vous ramene au port duquel vous vous esloignies, comme vous pensies faire ; en lieu de navigation, vous eussies peut estre fait un grand naufrage.

Receves cest advis d'une ame qui vous cherit tres purement et sincerement, et je prie Dieu qu'il vous comble de benedictions.

En haste, je salue nostre chere seur.

MCMLXXXVIII A LA MêME Aversion du Saint pour les procès, surtout pour ceux qui se font à la suite de " manquemens de promesses. " - Le meilleur remède contre les gens qui rompent la foi donnée. - Comment obtenir une constante tranquillité de cœur.

Sur la premiere partie de la lettre que vous aves escritte a madame N., et que vous aves desiré m'estre communiquee, ma treschere Fille, je vous diray que si monsieur N. ne vous faysoit point d'autres allegations que celle que vous marques et [s'] il avoit affaire devant nous, nous le condamnerions a vous espouser sous des grosses peynes ; car il n'y a pas rayson que, pour des considerations qu'il a peu et deu faire avant sa promesse, il veuille maintenant rompre parole. Or, je ne sçai pas comme ces choses passent par dela, ou souvent on ne suit pas les regles que nous avons en nos affaires ecclesiastiques.

Au demeurant, ma tres chere Fille, le desir que j'ay eu de vous dissuader [de] la poursuitte de ce mauvais proces n'avoit pas son origine de la desfiance de vostre bon droit, mays de l'aversion et mauvaise opinion que j'ay pour tous les proces et toutes les contentions. Certes, il faut que l'issue d'un proces soit merveilleusement heureuse, pour reparer les frais, les amertumes, les empressemens, la dissipation du cœur, l'odeur des reproches et la multitude des incommodités que les poursuittes ont accoustumé d'apporter. Sur tout, j'estime fascheux et inutiles, ains dommageables, les proces qui se font pour les paroles insolentes et manquemens de promesses, quand il n'y a point d'interest reel; parce que les proces, en lieu de suffoquer les mespris, ilz les publient, dilatent et font continuer, et en lieu de reduire a l'observation des promesses, ilz portent a l'autre extremité.

Voyes vous, ma tres chere Fille, j'estime qu'en vraye verité le mespris du mespris et le tesmoignage de generosité que l'on rend par les desdains de la foiblesse et inconstance de ceux qui rompent la foy qu'ilz nous ont donnee, c'est le meilleur remede de tous. La pluspart des injures sont plus heureusement rejettees par le mespris qu'on en fait que par aucun autre moyen; le blasme en est plus pour l'injurieux que pour l'injurié.

Avec tout cela, neanmoins, ce sont mes sentimens generaux, lesquelz peut estre ne sont pas propres pour l'estat particulier auquel vos affaires se treuvent; et suivant un bon conseil pris sur la consideration des particulieres circonstances qui se presentent, vous ne pouves pas faillir. Je prieray donq Nostre Seigneur qu'il vous donne une bonne et sainte issue de cest affaire, affin que vous abordies au port d'une solide et constante tranquillité de cœur, qui ne se peut obtenir qu'en Dieu, au saint amour duquel je souhaitte que de plus en plus vous fassies progres.

Dieu vous benisse de ses grandes benedictions, ma tres chere Fille; c'est a dire, Dieu vous rende tres parfaitement toute sienne. Je suis en luy Vostre tres affectionné et plus humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Je salue de tout mon cœur monsieur vostre pere, que je cheris avec un amour et honneur tres particulier, et madame vostre chere seur.

MCMLXXXIX A UNE INCONNUE Pourquoi Notre-Seigneur permet les petites disettes spirituelles. - Un prédicateur dont il fait bon ouïr les paroles. - Le cœur et la volonté au temps de la sécheresse.

Continues a souffrir ces petites disettes et pauvretés spirituelles que Nostre Seigneur en sa bonté permet arriver en vostre ame, car ce n'est que pour l'affermir et rendre solide, tandis que, par resolution, vous vous attachés a sa divine Majesté, sans entremise d'aucune sorte de consolation. Faites donq bien ainsy, ma chere Fille, en toute sorte d'evenement. Tenes vous bien pres de Nostre Seigneur et le supplies qu'il soit vostre predicateur luy mesme ce Caresme. Ah, qu'il fait bon ouyr ces sacrees paroles qu'il dit a nos cœurs quand nous les mettons aupres du sien ! Vrayement, ma chere Fille, je n'ay nul soucy de vostre cœur, pourveu que vostre volonté soit en asseurance, toute resignee en celle de Nostre Seigneur. Laisses le la, ce cœur chetif, s'il veut demeurer immobile, pourveu que la volonte qui est en luy tire et meuve en son Dieu. ………………………………………………………………………………………

MCMXC A UNE INCONNUE On connaît la fidélité dans les occasions. - Ce qui donnera " les rangs " parmi les enfants de Dieu. - Ne pas s'attrister des répugnances, mais les surmonter. - La vraie force du cœur.

……………………………………………………………………….. Au demeurant, ma tres chere Fille, humilies vous souvent devant Dieu et a toute creature pour l'amour de Dieu. Et par ce que le cœur fidele se connoist es rencontres, employes bien toutes les occasions qui se presenteront de vous associer doucement aux personnes moins relevees traittes les amiablement, uses envers elles de paroles courtoyses et de cordialite. Helas ! ma tres chere Fille, les qualites de cette vie sont en effect peu considerables, nous sommes telz en verite que nous sommes devant les yeux de Dieu; l'humilité sera seule consideree lhors que l'on donnera les rangs aux enfans de Dieu. Vous seres bienheureuse si vous aves quelque repugnance a vous apprivoyser, esgaler et associer a quelques personnes, car en surmontant la repugnance, vostre humilité en sera plus excellente. Soyes vaillante, et tenes vostre cœur haut et esleve en Dieu; ne vous estonnes point de vous sentir foible, car moyennant que vous invoquies Dieu, il sera vostre force pour bien et diligemment executer le desir que vous aves de ne vivre qu'en luy. J'espere que l'œuvre de sa divine Majeste encommencee en vostre cœur sera parfaitte un jour (Ph 1,6), et qu'eternellement vous luy en rendres gloire. Et tandis, a jamais je cheriray et honnoreray vostre cœur de tout le mien, vous souhaitant toute sainteté et benediction. Amen.

Revu sur une ancienne copie conservée au 2d Monastère de la Visitation de Rouen.

MCMXCI A UNE DAME L'arbre plante en ce monde, et le Cultivateur céleste. - Suivre la volonté de Dieu et marcher dans ses voies. - Un mort auquel on porte plus d'envie que de compassion.

Madame, Dieu vous a visitee pour preuve de vostre constance et fidelité. L'homme n'est en ce monde que comme un arbre planté de la main du Createur, cultivé par sa sagesse, arrousé du sang de Jesus Christ, affin qu'il porte des fruitz (Ps 1,3 ; 91,14 ; Jr 17,8) propres au goust du Maistre, qui desire estre servi en ceci principalement, que, de plein gré, nous nous laissions gouverner a sa Providence qui mene les volontaires et traisne a force les refractaires. Madame, vous estes sa fille, vous protestes tous les jours et le pries que sa volonté s'accomplisse en la terre comme au ciel (Mt 6,10); que vous reste il a faire, qu'a vous resoudre courageusement a consoler monsieur vostre espoux et a vous conduire en ce pelerinage par les voyes qu'il plaira a la Majesté divine de vous tracer ? Luy vous doit estre pour filz, pour pere, pour mere, pour frere, pour tout, en la presence duquel si vous vives tous-jours en innocence, au moyen de la grace vous obtiendres un jour le Paradis auquel regne cette ame bienheureuse de ce petit innocent, auquel je porte plus d'envie que de compassion, sachant qu'il void la face de Dieu, comme fait son Ange qui avoit esté commis a sa tutelle (Mt 18,10). Attendant donq ce bonheur que de le voir un jour en cette .felicité eternelle, je prie Dieu pour vostre confort d'aussi bon cœur que je suis

Vostre tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCII A UNE DAME L'unique et parfait Consolateur. - En quel temps il fait bon mourir. Pleurer sur la perte des nôtres, mais non désordonnément. - Faire de bonne heure nos adieux à ce monde.

Helas ! ma chere Fille, nous sommes miserables de sçavoir par tant d'experiences combien cette vie est mortelle, et de nous affliger neanmoins si fort quand, ou nous ou les nostres passons de la vie a la mort. Dieu soit au milieu de vostre cœur, ma Fille, et vous soit unique et parfait Consolateur en cest inopiné accident de cette bonne et vertueuse seur, laquelle, sans aucun esbranslement precedent de sa santé, est tombee en un moment a la mort, mais, comme nous devons esperer, entre les mains de la misericorde de son Sauveur. O Dieu, qu'il fait bon mourir, puisqu'il le faut, autour de ces bonnes festes ! car on se prepare, par les Sacremens, a l'advantage.

Vous series trop temeraire, ma tres chere Fille, si vous pretendies d'estre exempte des secousses que l'inconstance et misere de cette vie donne de tems en tems aux hommes. Je veux bien que vous pleuries pour cette perte, car c'est la rayson ; mais je desire bien aussi que vous ne pleuries pas desordonnement, et qu'en cette occasion vous tesmoignies que vous aves des-ja tant proffité en la vertu, que vous aves plus de fondement sur l'eternité que sur l'image de ce monde (1 Co 7,31). Voyes cette si soudaine mort, qui n'a pas donné le loysir a la deffunte de dire les adieux d'honneur a ceux qu'elle cherissoit ; et, en esperant qu'elle est passee en la grace de Nostre Seigneur, disons nos adieux de bonne heure, renonçant affectionnement au monde et a toute sa vanité, et colloquons nos cœurs en la bienheureuse eternité qui nous attend.

Hé, ma pauvre Fille, mon cœur compatit au vostre, et le conjure d'estre tout a Celuy qui nous resuscitera de mort a vie et qui nous a preparé ses eternelles benedictions. Qu'a jamais son saint Nom soit beni !

Je suis en luy, vostre tout entierement,

FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCIII A LA MêME Consolations sur la mort subite de la sœur de la destinataire. - Après une secousse de notre cœur, recourir à Notre-Seigneur, et loger nos espérances en lui. - Une confidence de Saint. - La planche pour passer à l'éternité.

Or sus, ma chere Fille, il faut donq bien reprendre courage apres cette secousse. Helas ! ce sont des accidens naturelz que l'apoplexie et cheute de catarrhe; et Nostre Seigneur, voyant arriver nostre fin, nous prepare doucement par ses inspirations affin que nous ne soyons pas surpris, ainsy qu'il a fait cette bonne seur.

Je ne m'estonne point que vous ayes esté estonnee et que vous n'ayes pas si tost sceu retreuver vostre cœur pour le rapporter a son Sauveur. O Dieu, ma chere Fille, il se faut bien preparer a mieux faire pour la premiere occasion qui se presentera; car a mesure que nous voyons ce monde et les liens que nous y avons se rompre devant nos yeux, il faut recourir plus ardemment a Nostre Seigneur et advoüer que nous avons tort de loger nos esperances et esperer nos contentemens ailleurs qu'en luy et en l'eternité qu'il nous a destinee.

Il faut que je die ce petit mot de confiance : il n'y a homme au monde qui ayt le cœur plus tendre et affectionné aux amitiés que moy, et qui ayt le ressentiment plus vif aux separations ; neanmoins je tiens pour si peu de chose cette vanité de vie que nous menons, que jamais je ne me retourne a Dieu avec plus de sentiment d'amour que quand il m'a frappé, ou quand il a permis que je sois frappé.

Ma Fille, portons bien nos pensees au Ciel, et nous serons fort exemptz des accidens de la terre.

Cette bonne seur avoit bien prié Dieu; sur cela, elle a esté ravie devant luy : il faut esperer que ç'a esté pour son mieux que Nostre Seigneur ayt ainsy disposé. Demeurons en paix, en attendant qu'il dispose de nous.

Ma Fille, tenons peu de conte de ce monde, sinon en tant qu'il nous sert de planche pour passer a l'autre meilleur. Et moy je suis tout vostre en Celuy qui se rendit tout nostre, mourant sur l'arbre de la croix.

FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCIV A UNE DEMOISELLE Imperfection du désir de la mort. - Espérance sur une trépassée. - La parole de saint François d'Assise.

Il faut bien vrayement, ma chere Fille, qu'avec un peu de loysir vous taschies de soulager ce cœur paternel, comme une fille nourrie en l'eschole de Jesus Christ doit faire. Je ne veux pas, ma chere Fille, que vous desiries nullement la mort, car: vous n'estes plus vostre, ains a Celuy qui, pour vous avoir faite sienne, s'est rendu tout vostre ; et partant il ne vous appartient pas de desirer ni de sortir de ce monde, ni d'y demeurer, ains vous deves laisser ce soin au Seigneur. Au reste, cette mere tesmoigna tant la presence de la grace de Dieu en son trespas, que nous devons tenir qu'elle est presente, ou du moins asseuree d'estre bien tost presente a sa gloire eternelle. Que si, selon la fragilité de cette vie, elle a besoin de suffrages, ma chere Fille, elle n'en manquera pas, Dieu aydant. A mesure que Dieu tire nos plus chers a soy, il veut attirer nostre cœur, et, comme disoit saint François : A qui n'a point de pere en terre, il est plus aysé de dire : Nostre Pere, qui estes aux cieux(Mt 6,9). Et [a] qui n'a point de mere en terre, il est plus aysé [de dire] a la Bonté divine : Nostre dame, nostre mere qui estes au Ciel. En somme, ma chere Fille, releves le plus que vous pouves vostre cœur en Dieu, et il vous consolera. Je suis en luy, tout parfaitement tout vostre.

MCMXCV A UNE DAME Condoléances et consolations. - Pour qui toute mort est-elle heureuse.- Vivre avec des pensées généreuses et magnifiques. - Etre doux et paisible ce n'est pas être insensible.

Or sus, ma tres chere Fille, il faut donq que vostre cœur souffre l'absence des maintenant de monsieur vostre bon pere, puisque en fin la Providence divine l'a retiré a soy et mis hors de cette chetifve vie mortelle en laquelle nous vivons en mourant et mourons continuellement en vivant. Pour moy, ma tres chere Fille, je ne veux point vous presenter d'autre consolation que Jesus Christ crucifié, a la veuë duquel vostre foy vous consolera ; car apres cette mort du Sauveur, toute mort est heureuse a ceux qui, comme le deffunt duquel je parle, meurent au giron et avec le secours de la sainte Eglise; et quicomque se glorifie en la mort de Nostre Seigneur, jamais il ne se desolera en la mort de ceux qu'il a rachetés et receus pour siens.

Ma Fille, qui aspire a l'eternité se soulage aysement des adversités de cette vie, qui ne dure que de legers, chetifs et courtz momens (2 Co 4,17). En cette eternité, nous jouirons derechef de la societé des nostres, sans jamais en craindre la separation.

J'ay accoustumé de dire a toutes les ames qui s'addressent a moy, mays je vous le dis tres particulierement a vous qui estes si particulierement ma fille, qu'il faut eslever le cœur en haut, ainsy que dit l'Eglise au saint Sacrifice. Vives avec des pensees genereuses et magniques qui vous tiennent attachee a cette eternité et a cette sacree Providence, qui n'a disposé ces momens mortelz que pour cette vie eternelle. Ce cœur ainsy genereusement relevé est tous-jours humble, car il est establi en la verité et non en la vanité ; il est doux et paysible, car il ne tient conte de ce qui le peut troubler. Mais quand je dis qu'il est doux et paysible, je ne veux pas dire qu'il n'ayt point de douleur ni de sentiment d'affliction. Non certes, ma chere Fille, je ne dis pas cela ; mais je dis que les souffrances, les peines, les tribulations sont accompaignees d'une si forte resolution de les souffrir pour Dieu, que toute cette amertume, pour amere qu'elle soit, est en paix(Is 38,17) et tranquillité.

Je vous escris bien pressé et avant qu'avoir veu pas un de messieurs vos parens; et ce sera presque ordinairement que je vous escriray de mesme façon, puisque je ne veux perdre l'occasion. Je suis, d'une affection incomparable,

Vostre

FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCVI A UNE DAME Le Jourdain et la Terre promise. - Comment la bonté de Dieu disposa une âme à son passage à l'éternité. - La couronne d'épines gage de la couronne de roses. - Admirable et touchante tendresse du Saint. - Pourquoi ne peut-il " vouloir mal a la mort. "

Voyla donq, ma chere Fille, comme rang a rang nous passons le fleuve Jourdain pour entrer en la Terre de promission ou Dieu nous appelle les uns apres les autres. O vive Jesus ! il n'y a pas dequoy en ce monde pour faire souhaiter que les amis y demeurent beaucoup.

Je connoissois cette bonne seur deffunte, non seulement de veuë exterieure, mais encor par quelque communication de son ame qu'elle me fit en ma visite ; et n'y a qu'environ une annee que je luy envoyay l'habit du Tiers Ordre des Carmes, qu'elle m'avoit mandé requerir pour sa devotion, et, a la reception, elle fit une confession generale a un homme fort capable, qui me l'escrivit ou me le dit, je le sçai bien. Eh bien, ma chere Fille, n'estoit ce pas une disposition que la bonté de Dieu faisoit en elle pour la tirer une annee apres a soy ? Gloire soit donq au Pere et au Filz et au Saint Esprit.

Ouy, tres chere Fille, pleurés un peu sur cette trespassee, car et Nostre Seigneur pleura bien un peu sur son cher Lazare (Jn 11,35) ; mais que ce ne soyent pas des larmes de regret, mais d'une sainte compassion chrestienne et d'un cœur qui, comme celuy de Joseph, pleure de tendreté (Gn 43,30 ; 45,2 ; 46,29)

et non pas de fierté comme celuy d'Esaü (Gn 27,38).

C'est en ces occasions esquelles, avec un saint amour, il faut soüefvement acquiescer au bon playsir du doux Jesus.

Mais dites moy, ma Fille, et nous, quand irons nous en cette patrie qui nous attend ? Helas ! nous voyci a la surveille de nostre despart, et nous pleurons ceux qui y sont allés ! Bon presage pour cette ame, qu'elle ayt souffert beaucoup d'afflictions, car ayant esté couronnee d'espines, il faut croire qu'elle aura la couronne de roses. Qu'elle aille donq, cette bonne seur, qu'elle aille posseder son eternel repos au giron de la misericorde de Dieu. Que si mes prieres luy peuvent accelerer ce bien, je les luy prometz de bon cœur, et si je pouvois tenir son rang en vostre amitié, je le vous demanderais de bon cœur aussi. Au moins me permettres vous que je tienne celuy que j'y ay, et qu'a mesure que ces parens temporelz vous vont manquant, l'affection plus que paternelle que je vous porte et que je vous ay dediee fort fidelement s'aggrandisse en tendreté et ardeur sainte.

Prenes, ma Fille, les bandelettes de Nostre Seigneur, ou son suaire duquel il fut enveloppé au sepulchre, et essuyes vos larmes avec cela. Vrayement, je pleure aussi bien, moy, en telles occasions, et mon cœur, de pierre es choses celestes, jette des eaux pour ces sujetz ; mais, Dieu soit loüé ! tous-jours doucement et, pour vous parler comme a ma chere fille, tous-jours avec un grand sentiment d'amoureuse dilection envers la providence de Dieu; car despuis que Nostre Seigneur a aymé la mort et qu'il a donné sa mort pour objet a nostre amour, je ne puis vouloir mal a la mort ni de mes seurs, ni de personne, pourveu qu'elle se fasse en l'amour de cette mort sacree de mon Sauveur. Qu'a jamais il vive et regne en nos cœurs. Amen.

Je suis en luy, tres veritablement Tout vostre, FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCVII A UNE DEMOISELLE La valeur de la vie; bonheur de la destinataire de connaître à quoi Dieu veut qu'elle l'emploie. - Persévérer dans sa voie, tout en appréciant les autres.

Cette vie est courte, ma tres chere Fille, mais elle est pourtant de grande valeur, puisque par icelle nous pouvons acquerir l'eternelle : bienheureux sont ceux qui la sçavent employer a cela.

Mais vous, ma tres chere Fille, vous aves un grand sujet de loüer Dieu qui, avec une providence fort speciale, ne vous a pas seulement donné la volonté de rapporter vos jours mortelz a celuy de l'immortalité, mais vous a marqué le lieu, les moyens et la façon avec laquelle vous deves appliquer le reste de ces momens perissables a la conqueste de la tressainte eternité. N'en doutes jamais, ma tres chere Fille, la vraye lumiere du Ciel vous a fait voir vostre chemin ; elle vous conduira par iceluy fort heureusement. Il y a sans doute des chemins plus excellens, mais non pas pour vous; et l'excellence du chemin ne rend pas excellens les voyageurs, ains leur vistesse et agilité. Tout ce qui vous voudra destourner de cette voye, tenes le pour tentation d'autant plus dangereuse que peut estre elle sera specieuse. Rien n'est si aggreable que la perseverance, a la divine Majesté, et les plus petites vertus, comme l'hospitalité, rendent plus parfaitz ceux qui perseverent jusques a la fin, que les plus grandes qu'on exerce par change et varieté.

Demeures donq en repos et dites : O combien de voyes pour le Ciel ! benis soyent ceux qui marchent par icelles ; mais puisque celle ci est la mienne, je marcheray en icelle avec paix, sincerité, simplicité et humilité. Ouy sans doute, ma tres chere Fille, l'unité de cœur est le plus excellent moyen de la perfection. Aymes tout, loües tout; mais ne suives, mais n'aspires que selon la vocation de cette Providence celeste, et n'ayes qu'un cœur qui sera pour cela.

Dieu le comble de son saint amour, ce cœur, que le mien cherit et cherira eternellement. Amen. Ma tres chere Fille, Vostre tres affectionné serviteur, .

FRANçs, E. de Geneve.

MCMXCVIII A UNE DEMOISELLE Quel avis François de Sales eût donné à sa correspondante s'il avait trouvé son esprit dans l'indifférence. - Les raisons contre le mariage doivent céder devant une forte inclination. - Délicats et francs conseils sur les vertus à pratiquer pour couvrir " la tare du cors. "- Le miel tiré du thym.

Je respons a vostre lettre du 2 de ce mois plus tard que je ne desirois, attendu la qualité de l'advis et du conseil que vous me demandes ; mais les grandes pluyes ont empesché les voyageurs de se mettre en campagne, au moins n'ay je point eu de commodité asseuree jusques a celle ci, L'advis que la bonne cousine vous donna si constamment, de demeurer en vous mesme au service de monsieur vostre pere et en estat de vous consacrer par apres cœur et cors a Nostre Seigneur, estoit fondé sur une grande quantité de considerations tirees de plusieurs circonstances de vostre condition ; c'est pourquoy, si vostre esprit se fust treuvé en une pleine et entiere indifference, je vous eusse sans doute dit qu'il failloit suivre cet advis la, comme le plus digne et le plus propre qu'on vous sceust proposer, car, sans difficulté, il eust esté tel. Mays puisque vostre esprit n'est nullement en l'indifference, ains totalement penché au choix du mariage, et que nonobstant que vous ayes recouru a Dieu vous vous y sentes encor attachee, il n'est pas expedient que vous facies violence a une si forte impression par aucune sorte de consideration ; car toutes les circonstances, qui d'ailleurs seroyent plus que suffisantes pour me faire conclure avec la chere cousine, n'ont point de poids au prix de cette forte inclination et propension que vous aves ; laquelle, a la verité, si elle estoit foible et debile, seroit peu considerable, mais estant puissante et ferme, elle doit servir de fondement a la resolution.

Si donq le mary qui vous est proposé est d'ailleurs sortable, homme de bien et d'humeur compatissante, vous pouves utilement l'accepter. Je dis : s'il est d'humeur compatissante, parce que ce manquement de taille requiert cela ; comme il requiert de vous que vous contreschangies ce defaut par une grande douceur, par un sincere amour et par une humilité fort resignee, et bref, que la vraye vertu et perfection de l'esprit couvre universellement la tare du cors.

Je suis fort pressé, ma chere Fille, et ne puis pas vous dire beaucoup de choses. Je finiray donq, vous asseurant que je vous recommanderay tous-jours a Nostre Seigneur, affin qu'il addresse vostre vie a sa gloire. L'estat de mariage est un estat qui requiert plus de vertu et constance que nul autre ; c'est un perpetuel exercice de mortification, il le sera peut estre a vous plus que l'ordinaire : il faut donq vous y disposer avec un soin particulier, affin qu'en cette plante de thym vous puissies, malgré l'amertume naturelle de son suc, en tirer et faire le miel d'une sainte conversation.

Qu'a jamais le doux Jesus soit vostre sucre et vostre miel, qui rende suave vostre vocation ; qu'a jamais il vive et regne en nos cœurs. Je suis en luy, Vostre tres affectionné serviteur,

F.

MCMXCIX A LA MêME Heureux vent qui mène au port. - Sous quelle condition nous donner à Dieu. - Un sentiment qu'il faut faire croître jusqu'à maturité. - Les merveilles des noces de Cana.

J'ay donq appris, par la bouche de la chere cousine, en combien de façons Nostre Seigneur avoit tasté vostre cœur et essayé vostre fermeté, ma tres chere Fille. Or sus, il se faut saintement animer et renforcer entre toutes ces vagues. Beni soit le vent, d'ou qu'il vienne, puisqu'il nous fera surgir a bon port.

Voyla, ma tres chere Fille, les conditions avec lesquelles nous nous devons donner a Dieu : c'est que, soudain, il fasse sa volonté de nous, de nos affaires et de nos desseins, et qu'il rompe et desfasse la nostre ainsy qu'il luy plaira. O qu'heureux sont ceux que Dieu manie a son gré et qu'il reduit sous son bon playsir, ou par tribulation ou par consolation ! Mais pourtant, les vrays serviteurs de Dieu ont tous-jours plus estimé le chemin de l'adversité, comme plus conforme a celuy de nostre Chef, qui ne voulut reuscir de nostre salut et de la gloire de son nom que par la croix et les opprobres.

Mais, ma tres chere Fille, connoisses vous bien en vostre cœur ce que vous m'escrives, que Dieu, par des voyes espineuses, vous conduit a une condition qui vous avoit esté offerte par des moyens plus faciles ? car si vous avies cette connoissance, vous caresseries infiniment cette condition que Dieu a choysie pour vous, et l'aymeries d'autant plus que non seulement il l'a choysie, mais il vous y conduit luy mesme, et par un chemin par lequel il a conduit tous ses plus chers et grans serviteurs. Suppliés le que ce sentiment qu'il vous donne ne perisse point, mais qu'il croisse jusques a sa parfaite maturité.

Pour moy, je benis vostre chere ame que Nostre Seigneur veut pour soy, et ay pour vous tout le saint amour qui se peut dire. La chere cousine est tendre en cette affection, et a un cœur parfaitement vostre. Cet espoux de Cana en Galilee fait le festin de ses noces, et croit d'estre l'espoux ; mais il est trop plus heureux, car Nostre Seigneur luy donne le change, et convertissant son eau en tres bon vin, il se rend Espoux luy mesme et fait l'ame de ce pauvre premier espoux son espouse ; car, soit que ce fust saint Jean l'Evangeliste ou quelque autre, estant non a la veille, mais au jour de son mariage, Nostre Seigneur l'emporte a sa suite, il ravit a soy sa chaste ame et le rend son disciple ; et l'espouse, voyant que ce Sauveur pouvoit avoir plusieurs espouses, voulut estre du nombre. Et pour une seule noce de vin failly, en voyla deux excellentes ; car les ames, tant de l'un que de l'autre, s'espousent a Jesus Christ. C'est ainsy qu'on lit cet Evangile (Jn 2,1), et il m'est venu au cœur de vous dire cette pensee. Bienheureux sont ceux qui changent ainsy leurs eaux en vin ! mais il faut que ce soit par l'entremise de la tressainte Mere. .

Je la supplie de vous donner a jamais sa douce et maternelle protection. Je suis en elle, Vostre tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MM A UNE DEMOISELLE En quel temps se donner à Dieu. - Rapidité des années; leur prix infini. La prière d'un Saint pour sa fille spirituelle.

31 décembre.

Madamoyselle, Je prie Nostre Seigneur d'avoir aggreable que vous le servies uniquement, parfaittement, et en l'estat auquel vous n'ayes point necessité de partager vostre cœur. Je pense qu'en fin vous en viendres la et que cette resolution vous arrivera ; mays je voudrois que ce fust bien tost, affin que vous eussies la consolation d'avoir fait vous mesme l'eslection en un tems auquel probablement vous en pourries faire une autre. Or sus, ma Fille, me treuvant au fin bout de cette annee avec cette commodité de vous escrire, je l'ay voulu employer pour vous tesmoigner que, commençant la prochaine annee suivante, je supplieray sa divine Majesté qu'elle la vous rende toute pleyne de ses sacrees benedictions. Que les annees sont courtes, ma chere Fille ! les voyla qu'elles s'enfuyent toutes l'une apres l'autre et nous emportent avec elles a nostre fin. Qu'elles sont neanmoins pretieuses, puisque nous pouvons, en la moindre partie d'icelles, acquerir la tressainte eternité. Vives joyeuse, ma Fille, et conserves a ce Sauveur vostre cœur, pour lequel, des sa tendre enfance, il a respandu son sang salutaire. Je persevere a prier Nostre Seigneur pour vostre consolation, ou plustost, que luy mesme soit et vostre consolation et vostre Consolateur, et que luy seul possede vostre cœur, et vostre cœur son saint amour.

FRANçs, E. de Geneve.

MMI A UNE INCONNUE La considération de Jésus crucifié pour l'âme chrétienne. - Combien fades les niaiseries des amours profanes. - La guerre et la paix. - En quoi consiste la vraie paix. - Pourquoi le Fils de Dieu a voulu naître en ce monde,

Mon Dieu, ma tres chere Fille, quej'ayme vostre cœur, puisqu'il ne veut plus rien aymer que son Jesus et pour son Jesus ! Helas ! se pourroit il bien faire qu'une ame qui considere ce Jesus crucifié pour elle, peust aymer quelque chose hors d'iceluy, et qu'apres tant de veritables eslancemens de fidelité qui nous ont si souvent fait dire, escrire, chanter, aspirer et souspirer : VIVE JESUS ! nous voulussions, comme des Juifz, crier : Qu'on le crucifie (Mt 27,23), qu'on le tue en nos cœurs ? O Dieu, ma Fille, je dis ma vraye Fille, que nous serons fortz si nous continuons a nous entretenir liés l'un a l'autre par ce lien teint au sang vermeil du Sauveur ! car nul n'attaquera vostre cœur qu'il ne treuve de la resistance et de vostre costé et du costé du mien, qui est tout dedié au vostre.

Je l'ay veuê cette chetifve lettre, Les iniques, dit David (Ps 118,85), m'ont raconté leurs niaiseries ; mais cela n'est point comme vostre loy. O Dieu, que cela est fade au prix de ce sacré divin amour qui vit en nos cœurs ! Vous aves rayson : puisqu'une fois pour toutes vous aves declairé les resolutions invariables de vostre esprit, et qu'il fait le fin a ne les vouloir pas advoüer, ne respondes plus pas un seul mot jusques a ce qu'il parle autrement ; car il n'entend pas le langage .de la Croix, ni nous aussi celuy de l'enfer.

Vous aves rayson encor de recevoir ce peu de paroles que je vous dis avec tendreté d'amour ; car l'affection que j'ay pour vous est plus grande et plus forte que vous ne penseries jamais.

Vous vous res-jouisses dequoy la fille fascheuse vous a laissee. Il faut qu'un soldat ayt beaucoup gaigné en la guerre quand il est bien ayse de la paix. Jamais nous n'aurons la parfaite douceur et charité si elle n'est exercee entre les repugnances, aversions et desgoustz. La vraye paix ne gist pas a ne point combattre, mais a vaincre: les vaincus ne combattent plus, et neanmoins ilz n'ont pas la vraye paix. Or sus, il se faut grandement humilier dequoy nous sommes encor si peu maistres de nous mesmes et aymons tant l'ayse et le repos.

L'Enfant qui nous va naistre n'est pas venu pour se reposer ni avoir ses commodités, ni spirituelles ni temporelles, ains pour combattre et pour se mortifier et mourir. Or sus donq, de rechef, puisque nous n'avons point de courage, ayons au moins de l'humilité.

Je vous verray bien tost. Tenes bien prest sur le bout de vos levres ce que vous aures a me dire, affin que, pour peu de loysir que nous ayons, vous le puissies respandre dans mon ame. Ce pendant, presses bien ce divin Poupon sur vostre cœur, affin de pouvoir, avec cette ame outree de l'amour celeste, souspirer ces sacrees paroles d'amour : Mon Bienaymé est a moy, et je suis toute a luy ; il demeurera emmi mes mammelles (Ct 1,12 ; 2,16).

Ainsy soit il, ma tres chere Fille; que ce divin Amour de nos cœurs soit a jamais sur nostre poitrine, pour nous enflammer et consommer de sa grace. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

MMII A UNE DAME Réciprocité d'affection. – " Un cœur de père qui tient un peu du cœur de mère. " - En quelle école se perfectionnent nos âmes. - Rosiers spirituels.

Si Nostre Seigneur vous donne quelque contentement, ma tres chere Fille, en la veritable et nompareille dilection qu'il a mise dans mon cœur pour le vostre, j'en benis son saint nom et en remercie sa Providence, vous asseurant fort fidelement que ce m'est une consolation toute particuliere de sçavoir que, reciproquement, vostre ame cherisse puissamment la mienne de cet amour sacré que la divine Bonté peut donner ; et si, pour tout cela, je ne veux pas vous prier de le me continuer, sçachant bien qu'il est imperissable, comme le motif duquel il prend sa force.

Or sus, mais parmi tout cela, je ne suis pas sans estre touché de sçavoir que vous n'estes pas sans varietés d'amertumes interieures, bien que je sache aussi, qu'estant ce que vous estes a Nostre Seigneur, vostre amertume ne peut estre qu'en paix (Is 38,17) et que l'amour soulage vostre douleur ; car vrayement j'ay un certain cœur de pere, mays qui tient un peu du cœur de mere. J'ayme vostre avancement en la solide pieté, et cet avancement requiert des difficultés, affin que vous soyes exercee en l'eschole de la Croix, en laquelle seule nos ames se peuvent perfectionner ; mais je ne me puis empescher des tendretés maternelles qui font desirer les douceurs pour les enfans. Soyes seulement courageuse, ma tres chere Fille. Il n'est pas des rosiers spirituelz comme des corporelz : en ceux ci, les espines durent et les roses passent ; en: ceux la, les espines passeront et les roses demeureront.

Je remercie infiniment madamoyselle N. de la charité qu'elle me promet. O qu'elle sera genereuse si elle s'unit a Celuy qui, pour s'unir a nous, descendit du Ciel en terre, et, pour nous tirer a sa gloire, embrassa nostre abjection 1 Ma tres chere Fille, le porteur qui m'a apporté vostre lettre ne me donne que des momens pour vous escrire ; c'est pourquoy je finis, vous dediant en Nostre Seigneur tout mon cœur et mes affections.

FRANçs, E. de Geneve.

MMIII A UNE COUSINE Le courage vaut mieux que la consolation. - Exemple de Rébecca.- Vocation divine et guide céleste.

Ma tres chere Seur, ma Cousine et ma plus chere Fille, Venes en la montaigne que Dieu vous monstrera (Gn 22,2), . pour y consacrer ces petitz momens de vie qui vous restent, en faveur de la tressainte eternité qui vous est preparee. Ne vous mettes point en peyne dequoy vous n'aves pas les sentimens de devotion et consolation presentement; car le courage fort que vous aves vaut mieux que tout cela. Penses vous pas que la pauvre jeune et belle Rebecca pleura bien fort lhors qu'elle se separa de son pere, sa mere et son païs ? mais, parmi tout cela, elle ne laissa pas de dire courageusement : J'y iray (Gn 24,58) ; et elle. fut digne. d'estre espouse d'Isaac. Quittés ces empressemens et achevés vos affaires en tranquillité, comme voyant Nostre Seigneur a vostre costé qui vous ayde a les faire. Je prieray, quoy que indignement, pour N. N. , et les serviray par tout ou je pourray. Dieu, de sa main toute puissante, vous veuille retirer a soy et vous amener au lieu auquel il vous a appellee ; l'Ange qui vous a assistee en vos resolutions soit luy mesme vostre guide en l'execution. Je suis sans fin, ma tres chere Fille, Vostre plus humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MMIV A UNE NOVICE DE LA VISITATION Reconnaissance envers Dieu pour le bienfait de la vocation religieuse. - Une affection puisée au Calvaire par la Sainte Vierge, et par elle répandue dans le cœur de ses vraies filles.

Dieu veuille recevoir en sa main dextre vostre esprit que vous luy presentes, ma tres chere Fille, et vous face saintement continuer a le servir en cette Congregation a laquelle il luy a pleu vous faire entrer. C'est a luy, ma tres chere Fille, que vous en deves le remerciement, qui vous y a puissamment attiree, et a tourné les cœurs de ces cheres Seurs devers le vostre et le vostre devers le leur, et tous ensemble devers la Croix et sa Mere tressainte. Vives ainsy, ma tres chere Fille ; demeures en ce point, et aymes cette sainte simplicité, humilité et abjection que la divine Sagesse a tant estimee, qu'elle a laissé pour un tems l'exercice de sa royauté pour prattiquer celuy de la pauvreté et abbaissement de soy mesme jusques au signe et periode de la croix (Ph 2,6), ou sa Mere ayant puisé cette affection, elle l'a respandue par apres dans le cœur de toutes ses vrayes filles et servantes. Pour cela, ma tres chere Fille, vostre gloire soit a jamais en la Croix de Celuy sans la Croix duquel nous n'aurions jamais la gloire (Ga 6,14). A Dieu soyons nous a jamais. Amen. Je suis parfaitement tout vostre.

MMV A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION Exposé dogmatique sur le mystère de la Sainte Trinité. - Exemple tire de l'âme humaine. - L'Incarnation : suite de la précédente comparaison. - Universalité de la présence divine. - Notre-Seigneur sur la route d'Egypte. - Les deux natures du Christ. - Le fer enflamme. - Un peu de jour sur un abîme.

Vers le 25 décembre .

Ma chere Fille, Le premier, principal et fondamental article de foy, c'est de croire qu'il n'y a qu'un tres unique et tres vray Dieu. Le second article principal, c'est que ce seul vray Dieu est Pere, Filz et Saint Esprit: dont le Pere est la premiere Personne de la tressainte Trinité, le Filz la seconde et le Saint Esprit la troysiesme ; en sorte que les troys Personnes ne sont pas plusieurs dieux, ains un seul vray Dieu, bien que l'une des Personnes ne soit pas l'autre. Car le Pere n'est pas le Filz, ni le Filz n'est pas le Saint Esprit: d'autant que, encor que le Pere ne soit pas un autre Dieu que le Filz et le Saint Esprit, il est neanmoins une autre Personne ; et de mesme, le Filz n'est pas un autre Dieu que le Pere et le Saint Esprit, ains seulement une autre Personne ; et le Saint Esprit n'est pas un autre Dieu que le Pere et le Filz, ains seulement une autre Personne.

La difficulté consiste a bien entendre ceci, et il se peut aucunement comprendre par cet exemple : vous n'aves qu'une ame, ma chere Fille, et neanmoins cette ame est entendement, memoire et volonté. Vostre entendement n'est pas memoire, car il y a beaucoup de choses que vous entendes, desquelles vous ne vous resouvenes pas quelque tems apres ; vostre entendement et vostre memoire ne sont pas vostre volonté, car il y a beaucoup de choses que vous entendes et desquelles vous aves memoire, lesquelles vous ne voules pas, comme sont les pechés, que vous detestes. Vostre ame donq est une toute seule ; ses puissances sont troys : entendement, memoire, volonté. Et bien que l'une des puissances ne soit pas l'autre, si est ce que toutes troys ne sont qu'une seule ame : l'entendement estant ame, la memoire ame, la volonté ame, et non troys ames, ains une ame ; et bien que ce ne soit qu'une ame, si est ce que cette ame, en tant qu'entendement n'est pas memoire, en tant que memoire n'est pas volonté. Ainsy, il n'y a qu'un seul Dieu en troys Personnes, desquelles troys l'une n'est pas l'autre, et toutes troys ne sont qu'un seul Dieu ; en sorte que le Pere est Dieu, le Filz est Dieu, le Saint Esprit est Dieu, et non troys dieux, mais un seul Dieu ; parce que, encor qu'il y ayt troys Personnes, toutes troys ensemble n'ont qu'une seule et unique Divinité : comme, encor qu'il y ayt troys puissances en nostre ame, toutes troys neanmoins ne sont qu'une seule ame.

Or Dieu, qui n'est qu'un en Divinité ou nature divine, apres avoir creé le monde, et long tems apres, c'est a dire environ cinq mille ans apres la creation, prit la nature humaine, joignant l'humanité a sa Divinité au ventre de la Vierge, et par ce moyen il se rendit homme ; car, comme ayant la Divinité il est Dieu, aussi ayant l'humanité il est homme. Mais il faut noter, qu'encor que ce soit le seul unique vray Dieu qui ayt pris nostre humanité, si est ce quïl ne l'a prise en la Personne du Pere, ni en la Personne du Saint Esprit, ains seulement en la Personne du Filz. Comme si je disois que vostre ame a pris la connoissance d'escrire, je ne dirois pas pour cela que c'est vostre volonté qui a pris cette connoissance, car ce n'est pas la volonté qui connoist, c'est l'entendement ; et neanmoins, l'entendement et la volonté ne sont qu'une seule ame. Demesme, je dis vray quand je dis que vostre ame agit dedans vostre cœur et dedans vostre cerveau ; et neanmoins, au cœur elle agit par la volonté et l'amour, et au cerveau elle agit par l'entendement et la connaissance. Et encor que ce ne soit qu'une seule ame, neanmoins l'une des facultés agit en un endroit ou l'autre n'agit pas. Ainsy, le seul Filz est incarné, et non le Pere ni le Saint Esprit, bien que le Pere, le Filz et le Saint Esprit ne soyent qu'un Dieu.

Il faut encor sçavoir que le Pere, le Filz et le Saint Esprit, un seul vray Dieu, sont par tout et totalement par tout le monde, comme vostre ame est par tout vostre cors ; mais parce qu'au Ciel sa divine Majesté se manifeste plus clairement, nous imaginons plus facilement sa presence au Ciel.

Maintenant donq, ma chere Fille, quand vous vous representies Nostre Seigneur revenant d'Egypte, vous consideries Dieu le Filz, lequel, bien qu'il fust par tout, selon qu'il est Dieu, estoit neanmoins par les chemins, en travail, selon qu'il est homme. Quand vous vous representies Dieu le Pere au Ciel, vous le consideries selon la commune imagination qui le represente plustost au Ciel qu'en terre. Et quand vous vous representies que le Pere et le Filz estoyent deux, vous pensies la verité ; car ce sont deux Personnes, encor qu'ilz ne soyent qu'un seul Dieu; quand vous disies qu'ilz n'estoyent qu'un, vous disies bien aussi, car ilz ne sont qu'un seul Dieu et ires unique, bien qu'ilz soyent deux Personnes.

Mais il y a de plus ; c'est que vous consideries Nostre Seigneur en tant qu'homme, et, en cette sorte, il est vrayement different d'avec le Père en nature ; car le Pere n'est pas homme, ains seulement Dieu. Et le Filz est Dieu, et un mesme Dieu avec le Pere et le Saint Esprit ; mays, outre cela, il est vray homme, ayant deux natures ; l'une divine, qui est celle-la mesme du Pere et du Saint Esprit, l'autre humaine, qu'il a prise au ventre de la Vierge ; comme nous avons deux natures, l'une spirituelle qui est nostre ame, l'autre corporelle qui est la chair. Et comme le fer enflammé a la nature du fer et celle du feu, et peut estre dit fer et feu tout ensemble, ainsy Nostre Seigneur ayant saysi la nature humaine comme le feu saysit le fer, il est vrayement Dieu a rayson du feu de la Divinité, et vrayement homme a rayson du fer de l'humanité. Et comme le fer ne laisse pas d'estre fer, et pesant, et ,massif, et ferme, et dur, pour estre enflammé, et que le feu ne laisse pas d'estre feu, chaud, lumineux, ardant, pour estre enferré, ainsy l'humanité de Nostre Seigneur ne laissa pas d'estre petite, et tendre, et gemissante, et frileuse en la cresche de Bethlehem, encor qu'elle fust jointe a la Divinité ; et la Divinité ne laisse pas d'estre toute puissante, toute glorieuse, pour estre jointe a l'humanité.

Ma chere Fille, je ne pense pas, non, vous avoir declairé l'affaire ; car c'est un abisme lequel il faut regarder simplement et humblement, sans se beaucoup tourmenter pour l'entendre. Il suffit que vostre meditation alloit bien, et que Nostre Seigneur a plus aggreable vostre simplicité que la science de ceux qui pensent beaucoup estre. Si vous n'entendes pas cette lettre, ne vous fasches pas : je l'ay seulement escritte pour vous donner un peu de jour, et non pas le jour du midy que nous aurons en Paradis. Bon soir, ma chere Fille; faites devotement les festes aupres de ce vray Dieu petit Enfant, auquel je suis tout vostre.

. FRANçs, E. de Geneve.

MMVI A UNE RELIGIEUSE Quel sujet de lettres entre le saint Directeur et sa fille spirituelle. - D'où viennent les larmes de dévotion et la sécheresse. - Le bouquet à odorer le long du jour. - Ne pas souhaiter les persécutions, mais exercer sa fidélité dans les occasions présentes.

Mon Dieu, ma chere Fille, je ne treuve nullement estrange que vous desiries de mes lettres ; car, outre ce que Dieu le veut bien (qui est le grand mot de nostre commerce), je sens tant de consolation de vostre communication que je croy aysement que vous en aves un peu de la mienne. Et ne faut point attendre d'autre sujet, ni pour vous ni pour moy, que celuy d'une sainte conversation spirituelle entre nos ames et de la contribution que nous nous devons les uns aux autres de nos consolations.

Je ne dis rien, ma bonne Fille, de vostre cœur en ce que vous n'aves pas des larmes. Non, ma Fille, car le pauvre cœur n'en peut mais, puisque cela n'arrive pas faute de resolutions et vives affections d'aymer Dieu, mays faute de sensible passion, laquelle ne depend point de nostre cœur, mais d'autre sorte de dispositions que nous ne pouvons procurer ; car tout ainsy, ma chere Fille, qu'en ce monde il n'est pas possible que nous puissions faire pleuvoir quand nous voulons, ni empescher qu'il ne pleuve quand nous ne voulons pas qu'il pleuve, aussi n'est il pas a nostre pouvoir de pleurer quand nous voulons, par devotion, ni de ne pleurer pas aussi quand l'impetuosité nous saysit. Cela ne vient pas de nostre faute le plus souvent, mays de la providence de Dieu, qui nous veut faire faire nostre chemin par terre et par desert, et non par eaux, et veut que nous nous accoustumions au travail et a la dureté.

Tenés vostre bouquet en main , mais s'il se presente quelque autre odeur souëfve et proffitable par rencontre, ne laissés pas de l'odorer avec action de grace.; car le bouquet ne se prend sinon que pour ne vous laisser pas le long du jour sans confort et playsir spirituel. Tenes bien ferme sur cette posture, que vostre cœur soit bien entierement a Dieu ; car il n'y en a point de meilleure.

Pour tout, ne souhaites pas des persecutions pour l'exercice de vostre fidelité, car il vaut mieux attendre celles que Dieu vous envoyera que d'en desirer ; et si, vostre fidelité a mille sortes d'autres exercices : en l'humilité, douceur, charité au service de vostre pauvre malade, mays service cordial, amoureux et affectionné. Dieu vous donne un peu de loysir pour faire vos provisions de patience et vigueur, puis le tems viendra de les employer.

O ma Fille, ostés bien toutes les robbes de vostre captivité par des continuelz renoncemens a vos affections terrestres ; et ne dites point que le Roy ne vous en donne des royales pour vous tirer a son saint amour. VIVE JESUS ! ma tres chere Fille; c'est le mot interieur sous lequel il nous faut vivre et mourir, et avec lequel je proteste d'estre tous-jours tout vostre.

MMVII A UNE RELIGIEUSE Dieu, bon à tous. - Nos souffrances comparées à celles de Notre-Seigneur. - Mourir pour que Jésus vive. - Courage et sainte joie. - Regard sur l'éternité.

Dieu vous est donq bon, ma chere Fille, n'est il pas vray ? mais a qui ne l'est il pas, ce souverain Amour des cœurs ? Ceux qui le goustent ne s'en peuvent assouvir (Eccli 24,29), et ceux qui s'approchent de son cœur ne peuvent contenir les leurs de le benir et loüer a jamais. Gardés ce saint silence que vous me dites, car vrayement il est bon d'espargner nos paroles pour Dieu et pour sa gloire. Dieu vous a tenue de sa bonne main en vostre affliction ; or sus, chere Fille, il faut donq tous-jours faire ainsy. Mon Dieu, disoit saint Gregoire a un Evesque affligé (S. Greg Mag.liv 11 epist.45 ; L4, note 229) comme se peut il faire que nos cœurs, qui sont meshuy au Ciel, soyent agités des accidens de la terre ? C'est bien dit : la seule veuë de nostre cher Jesus crucifié peut addoucir en un moment toutes nos douleurs, qui ne sont que des fleurs en comparayson de ses espines. Et puis, nostre grand rendes vous est en cette eternité, au prix de laquelle que peut sur nous tout ce qui se finit par le tems ?

Continues, ma Fille, a vous unir de plus [en plus] a ce Sauveur ; abismés vostre cœur en la charité du sien, et disons tous-jours de tout nostre cœur : Que je meure, et que Jesus vive ! Nostre mort sera bien heureuse si elle se fait en sa vie. Je vis, dit l'Apostre (Ga 2,20) ; mais il s'en repent : non, je ne vis plus en moy, mais mon Jesus vit en moy.

Benite soyes vous, ma chere Fille, de la benediction que la Bonté divine a preparee aux cœurs qui s'abandonnent en proye a son saint et sacré amour. Et courage, chere Fille, Dieu nous est bon ; que tout nous soit mauvais, que nous en doit il chaloir ? Vivés joyeuse aupres de luy ; c'est en luy que mon ame est toute dediee a la vostre. Les annees s'en vont et l'eternité s'approche de nous : que puissions nous tellement employer ces ans en l'amour divin, que nous ayons l'eternité en sa gloire ! Amen.

MMVIII A UNE RELIGIEUSE (FRAGMENT) Suivre les attraits de Dieu dans l'oraison. - Quelle est la plus fructueuse.

Ma tres chere Fille,

Si vous savoures vostre point en l'orayson, c'est un signe que Dieu veut que vous suivies cette methode, du moins alhors. Que si neanmoins Dieu nous tire, au commencement de l'orayson, a la simplicité de sa presence et que nous nous y treuvions engagés, ne la quittons pas pour retourner a nostre point ; estant une regle generale que tous-jours il faut suivre ses attraitz et se laisser aller ou son Esprit nous mene. Les bouillonnemens et dilatemens du cœur ne peuvent quelquefois estre evités ; mais quand on s'apperçoit de leur venue, il est bon d'addoucir ces mouvemens et les appayser, en debandant un peu l'attention ou les eslans, d'autant que l'orayson, plus elle est tranquille, simple et delicate, c'est a dire, plus elle se fait en la pointe de l'esprit, plus elle est fructueuse. ………………………………………………………………………………..

FRANçs, E. de Geneve.

MMIX A UNE RELIGIEUSE Les communications spirituelles plus aisées de vive voix que par écrit.- Pourquoi nos inclinations naturelles sont précieuses. - Dresser ses batteries du côté où l'ennemi nous attaque. - Comment vivre devant Dieu, avec le prochain et avec nous-même.

Une autre fois, il vous faut bien tenir vostre cœur ouvert et sans aucune sorte d'apprehension, car il vous sera bien plus utile de conferer bouche a bouche que par escrit. Ces inclinations que vous aves sont pretieuses occasions que Dieu vous donne de bien exercer vostre fidelité en son endroit, par le soin que vous aures de les reprimer. Faites aboutir vos oraysons es affections qui leur sont contraires, et soudain que vous sentires d'avoir fourvoyé, repares la faute par quelque action contraire de douceur, d'humilité et de charité envers les personnes ausquelles vous aves repugnance d'obeir, de vous sousmettre, de souhaitter du bien et d'aymer tendrement ; car en fin, puisque vous connoisses de quel costé vos ennemis vous pressent le plus, il vous faut roidir et vous bien fortifier et tenir garde en cet endroit la. Il faut tous-jours baisser la teste, et vous porter au rebours de vos coustumes ou inclinations, recommander cela a Nostre Seigneur, et en tout et par tout vous addoucir, ne pensant presque a autre chose qu'a la pretention de cette victoire. De ma part, je prieray Nostre Seigneur qu'il la vous donne et le triomphe de son saint Paradis. Il le fera, ma chere Fille, si vous perseveres a la poursuite de son saint amour, avec le soin que vous aves de vivre humblement devant luy, amiablement envers le prochain et doucement envers vous mesme. Et moy je seray tous-jours fort cordialement vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MMX A UNE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE Les aulx et les oignons du monde, et la délicieuse manne de notre Sauveur. - A quelles conditions François de Sales approuve " le peu parler " - L'exercice de l'abnégation spirituelle. - Contemplation du mystère de la Présentation de Jésus au Temple. - Mettre le Sauveur " sur son throsne d' ivoyre ". - Une obédience imposée au saint évêque.

3 février.

Vous me dites, ma tres chere Fille, que ces attendrissemens au grand et irrevocable adieu que nous avons dit au monde sont passés. C'est bien dit, ma Fille: laissons-le la, ce monde, pour rien qui vaille. Ah ! qu'a jamais cette Egypte, avec ses aulx, ses oignons et ses chairs pourries nous soyent a desgoust, pour savourer tant mieux la delicieuse manne que nostre Sauveur nous donnera emmi le desert ou nous sommes entrés (Ex 16 ; Nb 11). Et, vive donq, et regne Jesus !

Vous desires de ne mentir point : c'est un grand secret pour attirer l'Esprit de Dieu en nos entrailles. Seigneur, qui habitera en vos tabernacles ? dit David (Ps 14,1). Celuy, respond il, qui parle la verité de tout son cœur. J'appreuve bien le peu parler, pourveu que ce peu que vous parleres se face gratieusement et charitablement, et non point melancholiquement ni artificieusement. Ouy. parles peu et doux, peu et bon, peu et simple, peu et rond, peu et amiable.

Ma Fille, il faut de tems en tems vous exercer a cette abnegation et nudité, et la demander a Dieu en tous vos exercices ; mais quand il vous arrivera quelque autre trait d'amour, d'union envers Dieu et de confiance, il faut les bien exercer, sans les troubler par l'abnegation, a laquelle vous laisseres sa place a la fin et en son lieu.

Que de douceurs hier, a considerer cette belle accouchee, avec le petit Poupon pendu a sa mammelle, qu'elle va presenter au Temple, et avec cette paire de colombes (Lc 2,22), plus heureuses, ce me semble, que les plus grans princes du siecle, d'avoir esté sacrifiees pour le Sauveur. Ah! qui nous fera la gracè que nos cœurs le soyent aussi un jour ! Mais ce Simeon n'est il pas bien glorieux d'embrasser cet Enfant divin ? Ouy, mais je ne luy peux sçavoir gré du mauvais tour qu'il nous vouloit faire, car estant hors de soy mesme, il le vouloit emporter. avec soy en l'autre monde : Maintenant, dit il, laisses aller vostre serviteur en paix (Lc 2,28). Helas ! ma Fille, mais nous en avions encor besoin, nous autres. Embrassons le, vivons et mourons en ses doux embrassemens.

Mettes ce doux Jesus sur vostre cœur comme un Salomon sur son throsne d'ivoyre (3 R 10,18 ; 2 Par 9,17), faites souvent aller vostre ame aupres de luy, comme une reyne de Saba (2 Par 9,1), pour oüyr les sacrees paroles qu'il inspire et respire perpetuellement. Mais voyes vous, ce cœur doit estre d'ivoyre en pureté, en fermeté, en secheresse; desseché des humeurs du monde, ferme en ses resolutions, pur en ses affections.

Je ne vay pas, ma tres chere Fille, la part ou l'on vous avoit dit, car je vis encor en obedience qui m'est imposee, non de la part de Dieu, mais du monde, permise neanmoins de sa divine Providence : c'est pourquoy j'y acquiesce.

Vives toute pour Celuy qui, pour estre tout nostre, s'est fait petit Enfant. Je suis en luy, tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

N.B. Les lettres numérotées MMXI à MMXLVII ont été replacées à leurs dates dans les volumes précédents. En voici la liste ci-dessous qui permettra de les trouver facilement. Ne pas oublier de se placer dans le volume indiqué avant d'appeler la page.

MMXI - A UN COUSIN (Inédite). - François de Sales se rappelle au souvenir de son cousin sans se reconnaître d'autre titre à ce bonheur que son affection………………………….L1, 87

Tous les livres