Lettres (page 52)
MMXIII - Au CHANOINE DE MéDIO (Inédite).
- Une station d'Avent et de Carême à Lyon que le Saint ne peut accepter - Bulles attendues. - Difficulté pour faire parvenir à Paris deux mille écus ; prière au destinataire de s'employer à cette affaire…………………………………………L2, 63, note(3)
MMXIV - A L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE (Inédite).
- Accusé de réception d'une lettre de l'Empereur. - L'Eglise de Genève dépouillée de toutes ses ressources par les hérétiques. - Un vœu de son Prince-Evêque ……………………………………………………………………………L2, 68 (CLXVIII)- Aux RELIGIEUSES DU MONASTèRE DES FILLES-DIEu. - L'amour pour leur Ordre ne doit pas empêcher les Religieux de reconnaître les défauts qui s'y trouvent. - Dieu n'abandonnera pas ses servantes, si elles observent la pauvreté qu'elles ont vouée. - Le centuple promis. - Une bonne méthode, mais qui n'est pas celle de François de Sales. - Remonter à la source pour revenir à la ferveur primitive. - L'ennemi doit être combattu pendant qu'il est petit. - Isaac et Ismaël. - Sans la pauvreté, pas de vrai Religieux. - C'est " un grand mal " d'entretenir des imperfections dans une Maison religieuse………………………………………………………………………….L2, 75
MMXV - A M. DE CHEVRON-VILLETTE (Billet inédit).
Invitation à se rendre à Sales pour l'arrangement d'une affaire……………………………………………………..….L2, 89, note(5)
MMXVI - A DOM MAISTRE (Inédite). - Intercession en faveur d'une postulante Chartreuse…L2, 123 MMXVII- A M. RUPTlER (Fragment inédit. ………………………………………L2, 148…
MMX VIII - Au PRéSIDENT FAVRE. - Douce menace d'affection.-
Pourquoi le Président devra faire tout l'hiver une " rigoureuse residence ". - Mme de Boisy, malade…………………..L2, 189
MMXXI - A UN GENTILHOMME (Inédite). - Un chanoine compte sur l'intervention du Saint auprès du destinataire……………………………………………………………………….L3, 109 MMXXII- A LA BARONNE DE CHANTAL (Inédite). - Le cours d'une année et l'eau sur la grève. - Humilité et confiance.- Le " petit Agnelet d'innocence " secouant sa toison sur les cœurs largement ouverts du côté du Ciel. - Raisons du silence de tout un mois. -Les vœux d'un Saint ……..L3, 150 MMXXIlI - A Mme DU CHATELARD (Fragment inédit) …………………………………..L3, 191
MMXXIV - A UN ECCLéSIASTIQUE (Inédite).
- Une affaire pressante. - Impossibilité pour le saint évêque d'aller la traiter en personne……………………………………………………..L4, 146 (DXL, DCCCXXXVIlI) - A LA BARONNE DE CHANTAL. - Un mal qui ne se guérit que par l'expérience. - Attendre après Pâques pour le voyage en Savoie. - Ce que dira le cœur de la Baronne, ce que celui du Saint attend. - Tranquillité, fruit de contradictions. - Nouvelles de l'âme de François de Sales. - Dégagement du monde, attachement à Dieu. - L'oraison de Mme de Chantal. - Une âme qui reverdit après un long hiver. - Saints projets pour la Visitation et l'abbaye de Sainte-Catherine. - L'Introduction a la Vie dévote et le Traitté de l'Amour de Dieu. – " Plusieurs sortes de nouvelles. " - Se mettre en la présence de Dieu et s'y tenir sont deux choses différentes. - La comparaison de la statue. - Messages affectueux……………………………………………………………L4, 153
MMXXV - A UN CARDINAL (Minute inédite). -
Mérite singulier et pauvreté extrême du Chapitre de Saint-Pierre de Genève.- Instante prière au destinataire de favoriser auprès du Pape l'union de deux bénéfices à la mense capitulaire …………………………………………………………L4, 177
MMXXVII - A Mme DE MAILLARD (Inédite). -
Deux lettres pour soutenir les droits de la destinataire. - Une âme " bonne et vrayement chrestienne ". - Progrès spirituels de l'ancienne Abbesse de Sainte-Catherine; la consolation qu'elle désirait.- Regret de ne pouvoir écrire à Mme de la Verjonnière. - Veiller sur son cœur au milieu de l'embarras des affaires……………………………….L5, 9
MMXXVIII - A LA MèRE DE CHANTAL (Inédite).
– Affectueuse sollicitude pour une chère santé compromise ……………………………………………………………………………L5, 11
MMXXIX - A LA SŒUR FICHET-Le traitement du cœur et les chaînes pour lier nos passions…L5,12 MMXXX-A M. DE VALLON (Inédite). - Les desseins de Dieu dans la maladie–Souhaits de santé..L5,170
MMXXXI - Au COMTE DE TOURNON (Inédite). -
Envoi d'une lettre de M. de Charmoisy, faussement accuse-Prière instante de faire valoir son innocence-Les méchants doivent être tenus en crainte..L5,210 MMXXXII- A LA MèRE DE CHANTAL.- Sentiments d'humilité du saint Evêque au jour anniversaire de son sacre. – Pourquoi il ne se décourage pas. - Sa confiance en la Vierge Marie………….L6,72
MMXXXIV - Au BARON DE ROCHEFORT. - La douleur d'un père sur la perte de son fils, mesurée à son amour. - Heureux ceux qui échappent à ce siècle ! - Manière vraiment chrétienne de parler de la mort. - Nos amis d'ici-bas et ceux de là-haut. - Demander son secours à Notre-Seigneur crucifié..L6,90
MMXXXV - Au COMTE DE TOURNON (Inédite). -
Aventures d'un paquet de lettres. - Un voyage mystérieux; honneurs rendus à un officier du duc de Nemours……………………………L6, 115
MMXXXVI - Au Duc DE BELLEGARDE. - Mélange d'amour et de respect. - Motif et but de l'union de deux cœurs ………………………………………………………………………………L6, 123 (MCCCXL)- A LA PRéSIDENTE DU FAURE. - Souhait paternel à une âme que la Bonté divine a " saysie ". - Bonheur pour elle d'être toute à Dieu. - Pourquoi elle ne doit pas s'attrister…L7, 227 (MCCCLX) - Au GéNéRAL DES BARNABITES. - Raisons qui demandent le retour en Savoie du P. Baranzano ……………………………………………………………L8,
MMXXXVII - A LA MèRE DE CHANTAL. - Ce qui a réjoui l'âme du saint Evêque…..L8, 226 MMXXXVIII - Au PRINCE DE PIéMONT. - Pourquoi l'Evêque de Genève estime nécessaire son retour dans le diocèse ………………………………………………………….L9, 23
MMXL - A M. DE GRILLY. - Recommandation en faveur des
Clarisses d'Evian; pourquoi le Saint la trouve inutile …………………………………………………………………………..L9, 57
MMXLI - A LA MèRE DE CHASTEL (Fragment inédit).
Dieu fait de grandes choses en l'âme qui s'abaisse …………………………………………………………………………………L9, 66
MMXLIII - A Mme DE GRANIEU (Inédite). -
Aimable plaisanterie. - Le voyage de Rome et un espoir de l'Evêque.- Rien ne nuit à ceux qui veulent aimer Dieu" sur toutes choses et en toutes choses, "pas même leurs défauts ……………………………………………………………………..L9,176
MMXLIV - A LA MèRE DE CHASTEL (Fragment inédit).Ne pas tourmenter son cœur, ni s'attendrir sur soi-même ………………………………………………………………………………L10, 139
MMXLV - Au Duc DE SAVOIE (Inédite). – Recommandation en faveur d'un nouveau converti, fils d'un hérétique obstiné.- Eloge de son courage dans les durs assauts qu'il a dû soutenir pour la foi. - Pourquoi le gentilhomme, réduit à la pauvreté, ne peut profiter des libéralités assignées par le Duc à la Sainte-Maison de Thonon. - Le marquis de Lullin le présentera à Son Altesse …………L10, 72
MMXLVI - A LA MèRE DE CHANTAL. - Ardentes aspirations du saint Evêque …………L10, 149 MMXLVII-A UNE SUPéRIEURE DE LA VISITATION-Les grandes résolutions d'un Fondateur.L10,151
MMXLVII bis
Trois lettres inédites à Antoine Favre de 1610-1611, (retrouvées vers 1997)
Elles ont été étudiées et publiées dans les Actes du XXXVIIe Congrès des Sociétés Savantes de Savoie, Thonon-les-Bains, 19 et 20 septembre 1998, Académie Chablaisienne. Elles appartiennent à l’Académie Chablaisienne et sont reproduites ici avec l’aimable autorisation de Monsieur Joseph Ticon, président de l’Académie.
I Monsieur mon frère, Je vous écris maintenant pour seulement vous conjurer de ne point prendre le soin que vous prenez de m'écrire, sinon quand vous le pourrez gaiement et tout à l'aise, car encore que vos lettres me soient douces et suaves, si est-ce enfin que ce n'est sinon quand je sais que vous n'en avez point d'incommodités. Et voyez un petit expédient que je vous présente pour vous contenter sans vous incommoder. La main de votre chère Madame notre présidente, est toute vôtre et si est bien son cœur, ordonnez-lui qu'elle m'écrive pour vous et je serai trop satisfait! Pour moi j'ai toujours quelque petit bout de loisir à mon commandement et je n'ai point d'autre main ni d'autre cœur à mon commandement que le mien, c'est pourquoi je vous écrirai toujours, s'il vous plaît, bien que non pas si souvent de peur de provoquer votre affection à m'en vouloir faire de même.
Or sus, nous verrons donc ce soir monsieur de Vaugelas, lequel comme je m'assure, saura bien accommoder son affection à votre bon plaisir. Mais pourquoi je ne sais point que monsieur votre aîné est reçu au Sénat sinon par des ouï dire, puisque vous m'avez écrit depuis sa réception. J'en suis pourtant bien consolé extrêmement que vous l'en soyez aussi. C'est pour unir le Sénat en l'excellente figure circulaire qu'il commence par vous et se finit en vous; Dieu sait si de bon cœur je souhaite des bénédictions au père et au fils.
A mon avis vous êtes un peu en peine pour le mai de tête de notre chère fille, mais vous vous en devez mettre en repos, car outre que le mal n'est pas continuel, ni uniforme; elle dort bien, et mange bien, et rit bien quand il en est temps, et au demeurant, elle en est si saintement résolue que l'autre jour elle me dit qu'elle voulait faire état de ce mai comme de son cher exercice de mortification et se le voulant rendre familier, et aisé a force de patience et de résignation; en considération du couronnement d'épines de N.S. Cependant on y fera tout ce qui se pourra, elle retranche demi-heure de la méditation du matin et fait le reste sans nul effort. Elle dort autant qu'il faut, prend l'air, mange des viandes propres. Bref, vous ne devez nullement vous en tenir en peine.
Nous sommes ici dans les bruits d'une grande guerre pour notre Genève. Dieu sait quels désirs je fais pour cela.
Bon soir, Monsieur mon frère, aimez toujours constamment
votre plus humble frère et fidèle serviteur
François e. de Genève
XVII d'août 1610 à Neci
A Monsieur
Monsieur Favre baron de Péroges conseiller d'état de S.A. et premier président de Savoie
II
Monsieur mon frère, Ce digne porteur vous dira ce que nous traitons pour Talloires et que d'abord 10 des anciens religieux feront place moyennant une pension que déjà je leur ai assignée; Et à ce propos, quand il en sera temps, vous serez supplié d'être favorable, afin que le Sénat l'agrée, de quoi j'avais promis de vous parler à bouche l'autre jour. Mais accablé d'honneurs et de caresses je l'oubliai.
Benite soit la nouvelle de la paix, et qui me l'a donnée; après la grâce de Dieu c'est le souverain bien de cette vie.
Voila les deux lettres que le sieur Bonyer désirait, heureux que je serai quand vos amis et serviteurs, m'emploieront.
Mais quant a madame notre présidente, j'en allais être en peine si votre valet me ne 'eut assuré que ce ne serait qu'un mal préservatif d'un plus grand. Or quand vous l'eussiez appelé fièvre cathédrale, encore n'eussiez vous pas trop mal dit, car si elle ne l'est pas quant au sujet, elle l'eut été quand a l'objet si elle eut d'autre puisque plusieurs de notre cathédrale et moi surtout, en eussiez été affligés.
Le pauvre Mr. Pergod l'est certes un peu bien fort de certaines calomnies desquelles on a chargé vers S.E. et Mr de Blonay encore plus de son fils aîné poignardé jeudi passé. Il faut que je die ce mot sanguis sanguinem tangit en ce pays, car on n'entend parler que de meurtres.
Je crois pieusement que S.A. oublie les grâces qu'il a faites quand il en fait des nouvelles, car autrement il n'en ferait pas tant. Dieu nous fasse grâce et merci et vous conserve heureusement, Monsieur mon frère, à qui je suis
très humble et très affectionné frère et serviteur
François e. de Genève
XXI IX 1610
A Monsieur
Monsieur baron de Péroges conseiller d'état de S.A. et premier
président de Savoie
III
Monsieur mon frère, C'est bien la vérité que de longtemps rien ne m'était arrivé qui m'eut fâché à l'égal de la nouvelle que je reçois de votre part, touchant l'indignité commise entre ce méchant garçon et cette pauvre fille. L'honneur et le respect si particulier que par tant de raisons, je dois a tout ce qui est autour de vous et de Madame notre présidente, m'eut fait échanger cet accident s'il se fut pu, à une blessure bien douloureuse sur mon corps et même pour décharger cette chère sœur de l'immodéré regret que je vis soudain en son âme.
Si ce mauvais enfant eut voulu mitiger ce mal par le mariage, comme je ne manquais pas au devoir que j'avais de l'en presser, je l'eusse encore retenu malgré mon cœur, pour aider à cela ; mais quand je vis les fâcheuses paroles avec lesquelles il s'en défendait et les imprécations qu'il faisait pour témoigner sa mauvaise affection envers cette fille, cela fut cause que je le chassais de devant moi, voyant même que c'était un garçon sans moyens quelconques, sans industrie et sans jugement; duquel on ne pourrait tirer ni dot ni chose quelconque ; car autrement je me fusse efforcé de vaincre mon courage pour le garder encore jusqu'à ce qu'on eut traité de cela; bien que ce m'eut été une chose fâcheuse de le voir plus.
Dieu me veuille délivrer de tels rencontres, et je le supplie aussi qu'il vous garantisse de plus grandes calomnies que celles desquelles on vous charge vers S.A., laquelle a mon avis, verra bien que puisqu'il n'y autre chose a contrôler en votre conduite au goût de ceux qui vous haïssent à tort; vous devez être fort exempt au goût des gens de bien, de tout sujet de reproche. Continuez donc toujours et marchez à la vraie gloire comme vous avez fait ci devant pretate et justitia. Et m'aimez sans interruption comme un homme qui est sans réserve ni exception
votre très humble frère et fidèle serviteur
François e. de Genève
[juin 1611]
A Monsieur
Monsieur Favre baron de Péroges conseiller d'état de S.A. et premier président de Savoye
MMXLVIII A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS EVêQUE DE BELLEY (FRAGMENT) Comment l'Evêque de Belley est à la fois père, frère et fils de l'Evêque de Genève.
[Fin 1609-1610 .]
………………………………………………………………………………… De mesme, je vous veux regarder comme pere, a cause des advantages de nature et de grace que Dieu vous a donnez au dessus de moy ; et comme frere, puisque Dieu nous a mis en mesme rang de pastorat en l'Eglise de Dieu. Et puisque vous le voules ainsi, comme fils (et fils unique, puisque Dieu ne s'est point servi de mon ministere pour consacrer aucun autre Evesque que vous), à raison de la grace que Dieu a respanduë en vostre ame par l'imposition de mes mains ; grace que je ne vous conjure pas de resusciter en vous (2 Tm 1,6), car je suppose qu'elle n'y est jamais morte, mais de ne la laisser point vuide (1 Co 15,10), c'est a dire inutile, mais de l'employer utilement au service de nostre grand Maistre, selon les talens qu'il a pleu a sa bonté vous communiquer. …………………………………………………………………………………………
MXLIX AU MêME (FRAGMENT) Le fardeau du cinnamome et le faix des moissonneurs. - Martyrs et confesseurs tout ensemble.
[Fin 1609 ou 1610 ]
Quel honneur pour vous, quel bonheur, que Dieu s'en daigne servir pour deslier tant de pauvres ames, ou les retirer de la mort du peché, qui est la region de l' ombre de la mort, pour les ramener au jour (Lc 1,79) et à la vie de la grace ! Ce fardeau est semblable a celuy du cinnamome, qui fortifie et recree par son odeur celuy qui en est chargé. Il en est comme des vendangeurs et des moissonneurs, qui ne sont jamais si contens et joyeux que quand ils plient souz leur faix (IVD, Préface) : qui les a jamais oüi plaindre de l'exces de la moisson ou de la vendange ? Je voi bien pourtant que vous voules que je vous pleigne un peu et que je soufle sur vostre agreable mal ; or sus, ainsi soit-il. Je vous avouë donc, que, comme l'on appelle martyrs ceux qui confessent Dieu devant les hommes, c'est a dire qui rendent tesmoignage par leurs souffrances à la verité de la foy, il n'y auroit pas grand danger quand on appellerait ceux la encore martyrs, en quelque maniere, qui confessent les hommes devant Dieu, voire quand on les nommeroit confesseurs et martyrs tout ensemble. ………………………………………………………………
(DCLXVII ?) AU MêME (FRAGMENT) Le salaire et le bonheur de ceux qui enseignent aux autres les voies de la justice. - Une " chose royale. "
[Annecy, 7 mars 1611 .]
………………………………………………………………………. Tout homme qui veut enseigner aux autres les voyes de justice, se doit resoudre à souffrir leurs inegalitez et injustices, et à recevoir leurs ingratitudes pour son salaire. O que vous serez heureux quand les hommes mesdiront de vous et en diront toute sorte de mal, en haine de la verité que vous leur proposerez ! Resjouissez vous avec beaucoup d'allegresse, d'autant que vostre loyer est grand dedans les cieux (Mt 5,11). C'est une chose royale d'estre calomnié pour avoir bien fait et d'estre lapidé pour une bonne œuvre.……………………………………………………………..
MML AU MêME (FRAGMENT) Deux lois impérieuses. - Soldats déférents à l'égard de l'Eglise - Les permissions qu'il faut leur donner.
Annecy, fin février ou commencement de mars 1613 ,
…………………………………………………………………….. Vrayement, vous avez bonne grace de me consulter sur ce que des soldats mangeront en Caresme, comme si la loy de la guerre et celle de la necessité n'estoient pas les deux plus violentes de toutes les loix et par delà toute exception ! N'est-ce pas encore beaucoup que ces bonnes gens se sousmettent à l'Eglise et luy deferent à respect, de demander son congé et sa benediction ? Certes, ils font mentir celuy qui a chanté que
" Nulla fides pietasque viris qui castra sequuntur "(.(Lucan Pharsal, 297 ) " Il n'y a ni foi ni piété en ceux qui suivent la profession des armes. "
Dieu veuille qu'ils ne fassent rien de pis que de manger des œufs ou des bœufs, des fromages ou des vaches; s'ils ne faisoient point de plus grands desordres, il n'y auroit pas tant de plaintes contre eux. ……………………………………………………………………………………………
MMLI A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (FRAGMENT) Comment vivre en union avec la Sainte Vierge.
……………………………………………………. Ma Fille, ne quittes point de veuë la sacree Vierge, vostre sainte Dame; ayes-la tous-jours presente, non par imagination qui tyrannise votre teste, mais par affection qui dilate vostre cœur, et par memoyre qui occupe saintement vostre ame ……………………………………………………………….
Revu sur un ancien Manuscrit de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.
III - MENUS FRAGMENTS
MMLII A LA MèRE DE CHANTAL
…………………………………………………………………… mais bien sain, Dieu merci, pour tout le reste. Je feray tenir vos pacquetz, et seray eternellement, comme vous sçaves, vous mesme. Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de nostre cœur.
Revu sur l'Autographe appartenant au comte d'Asnières de Sales, à Metz, par Annecy.
MMLIII A LA MêME
…………………………………………………………………….. est pas treuvé. Cependant, mille et mille fois le bonsoir, et Dieu soit vostre repos. Amen.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Depierre, veuve Michel, à Nice.
MMLIV A LA MêME
………………………………………………………………………. Cependant, en verité, cela n'est rien que vraye santé. Bonsoir, ma tres chere Mere; Dieu benisse nostre cœur. Amen.
Revu sur l'Autographe conservé à Verneuil, dans le trésor de l'église Notre-Dame.
MMLV A UNE PERSONNE INCONNUE
…………………………………………………………….. et mon intention encores; quil me faschoit, apres avoir demeuré vingt ans ensemble, de nous separer sans sujet. Il persista encores ; et je luy dis quil y penseroit encor un peu, et puis……………………………
Revu sur l'Autographe conserve à la Visitation de Chambéry.
MMLVI A UNE PERSONNE INCONNUE
………………………………………………… si suis je bien de la chere petite Catine, qui est bien joyeuse, ce me semble, d'estre aupres de monsieur son grand ……………………………………………………………….
Revu sur l'Autographe conserve à la Visitation de Nancy.
MMLVII A UNE DAME
Madame, Je prendray tous-jours a beaucoup d'honneur de recevoir non seulement vos lettres, mais aussi vos………………………………….
Revu sur l'Autographe conserve à la Visitation de Turin.
MMLVIII ADRESSE D'UNE LETTRE AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES
A Monsieur, Monsieur de Boisy, Chantre et Chanoyne de l'Esglise cathedrale de Geneve. A Nicy. En son absence, a madame de Chantal, qui ouvrira le pacquet et la lettre du Sr de Boysi, pour faire selon icelle au plus tost. A la Visitation.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.
MMLIX ADRESSE D'UNE LETTRE A LA MèRE FAVRE
A ma tres chere Seur en N. Sr., Ma Seur Marie Jaqueline Favre, Superieure de S,e Marie. A Lyon. Soit remise a monsieur Jaquet, maistre des Postes, qui, pour la consolation de monsieur de Montelon , en aura soin, sil luy plait.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.
IV - FRAGMENTS DE LETTRES
A SAINTE JEANNE-FRANçOISE DE CHANTAL 1604-1622 MMLX Dans le trouble et l'inquiétude, remettre tout à Dieu. - Le " coup de fouet " de sa main divine. - Retranchements à faire.
[ 1604-1605.]
(Ms d'Annecy) Vous estes au vray chemin, encor que vous y rencontries de la fange et mille choses fascheuses. Ne vous estonnes de rien qui puisse arriver ; recommandant tout a la misericorde de Dieu, suives tous-jours ce chemin, car il n'yen a point d'autre. S'il vous survient quelque trouble ou inquietude, de quelque part que ce soit, ne vous empresses point pour les chasser. Divertisses vous le plus que vous pourres ; ne les regardes point, ne les espluches point, mays remettes vous humblement en Dieu, luy recommandant le tout. Receves le comme [un] coup de fouet de sa main, lequel vous aves bien merité . (L4, note 142) Vuidés vostre cœur de toute image des choses corporelles ; retranchés tant que vous pourres toutes actions et paroles mondaines, affectees et inutiles.
MMLXI L'âme qui ne veut pas offenser Dieu ne doit pas pointiller autour de ses actions. - " Un des grans articles du prouffit spirituel. " - La lecture pieuse.
[1605 – 1607.]
(Ms de Nancy)Je vous recommande sur tout de vous accuser en confession clairement, franchement et simplement (L4, note142). Je ne veux plus que vous marchies comme un enfant, pointillant tant autour de vos actions, les espluchant de si pres ; contentes vous que vous ne voudries, pour mourir, offencer Dieu a escient. Alles donq rondement, franchement, grosso modo, a la bonne foy. (IVD, part 3, ch 13) Adores Dieu le plus souvent que vous pourres par des courtz mais ardens eslancemens de vostre cœur, desquelz je vous ay si souvent parlé. Admires souvent sa bonté, faites luy des reverences interieures, jettes-vous au pied de sa sainte Croix, invoques son ayde, interroges le souvent de vostre salut, donnes luy mille fois le jour vostre ame. Quelquefois ne luy dites mot, mais jettes un simple regard sur sa douceur. C'est icy un des grans articles du prouffit spirituel, parce que nostre esprit hantant si souvent et familierement son Dieu, il se parfume tout de ses perfections. Repetes souvent vos grandes resolutions de ne jamais vouloir offencer Dieu, comme faysoit David (Ps 118,93), s'escriant : Non, mon Sauveur, jamais eternellement je n'oublieray vos saintes volontés, car en icelles vous m'aves vivifié.. Lises peu a la fois, mais avec attention et devotion, et si vous rencontres quelque chose qui vous console, esleves vostre esprit, benisses Dieu qui l'a inspiré a l'escrivain.
MMLXII Pour quel motif surtout aimer les parents. - Les vertus " de cœur " et les vertus apparentes. - Dans les maladies spirituelles et corporelles, user des remèdes voulus par Dieu, mais s'en remettre, pour le résultat, à son bon plaisir. - Un sentiment et un ardent désir du Saint. a)
[1605-1607.]
(Ms de Nancy) Outre les deux ordinaires motifz d'aymer les parens et amis, par nature et consideration de vostre devoir, adjoustes le troysiesme : parce que Dieu veut que vous les aymies en luy, par luy et pour luy, car cet amour est eternel, et non point fragile ; doux, mais non point pliable ; ardent, mais non point empressé ; affectionné, mais non point chastouilleux. Que vous seres heureuse si vous prattiques bien cet advis ! Exerces-vous a l'office angelique, de faire des bonnes inspirations a ceux avec lesquelz vous converses. (IVD). . Sur toutes les vertus, je vous recommande les deux 2 cheres vertus que Nostre Seigneur desire tant que nous apprenions de luy, c'est a sçavoir : l'humilité et la douceur de cœur (Mt 11, 29). Mays prenes garde que ce soyent des vertus de cœur, vous resouvenant de ce que je vous ay dit : que c'est un des grans artifices du diable de faire que plusieurs s'amusent a dire des parolles et faire des gestes exterieurs des vertus, lesquelz, n'examinant pas les affections de leur cœur, pensent estre humbles et doux, et ne le sont neanmoins point en effect.
b)
Tenes vostre cœur au large, reposés-le souvent entre les bras de la Providence divine. Tout ce qui nous arrive nous vient indubitablement de la volonté de Dieu, hormis le peché. Mais cette mesme volonté de Dieu qui nous envoye les maladies spirituelles ou corporelles veut que nous nous servions des remedes qu'elle donne, et que nous tenions nostre volonté preste pour recevoir ou la guerison ou la continuation du mal, comme bon luy semblera. Il faut souvent que vous adories la Providence divine et vous y remetties en toute occasion.
c)
Vives joyeuse. Courage, servons bien Dieu, ma chere Fille; tenons nos cœurs bien fichés dans son costé sacré, ne nous troublons de rien. Cheminons tout a la bonne foy avec luy, car il est bon et nous ayme indubitablement. Je suis bien honteux de ne point sentir son amour en mon ame, mays je sens neanmoins l'amour de son amour, et voudrois bien le respandre en toutes les ames que je rencontre. Qu'a jamais puisse-il combler nos cœurs : c'est mon unique souhait. Amen.
MMLXIII Les effets de l'amour pur à l'égard du prochain expliqués par une belle comparaison. - Comment cet amour parfait se communique. - Le corail et l'amitié.
[1605-1607.]
(Ms de Nancy)Les amitiés cimentees au sang de l'Aigneau n'ont pas besoin de tant de ceremonies.
……………………………………………………………………………..
Il est vray que l'amour pur lie inseparablement les cœurs sans toucher les cors. Ainsy saint Gregoire Nazianzene et saint Basile s'entr'aymoyent de cet amour qui, comme un fleuve abondant en eau claire, va doucement la prestant a la campaigne pour toutes sortes de commodités, sans bruit, sans ravages, sans flotz ; car il coule et ne flotte point, il arrouse et ne ravage point, il gazouille et ne bruit point. De mesme, l'amour parfait du prochain qui est selon Dieu, se communique en diverses manieres : il l'ayde par paroles, par œuvres et par exemple ; le prouvoit de toutes ses necessités entant qu'il luy est possible ; il se res-joüit de son bonheur et felicité temporelle, mais beaucoup plus de son avancement spirituel ; luy procure les biens temporelz entant qu'ilz luy peuvent servir pour obtenir la beatitude eternelle ; luy desire les principaux biens de la grace, les vertus qui le peuvent, selon Dieu, perfectionner ; les luy procure par toutes les voyes licites avec grande affection, mais avec quietude d'esprit, sans aucune alteration ; avec une pure charité, sans aucune passion de tristesse ou indignation pour les evenemens contraires. Et comme le corail, tandis qu'il est en la mer, est un arbrisseau mossu, verdastre et sans beauté, si tost qu'il en est tiré, il rend son vermeil et son lustre (TAD, 4,1): de mesme, .
tandis que l'amitié trempe aux objectz des sens, elle n'a ni beauté ni bonté ; mais si tost qu'elle est tiree en Dieu, en l'esprit, en la charité, elle se treuve en sa perfection.
Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.
MMLXIV Pourquoi la souffrance, et comment l'endurer. - Trois remèdes contre le trouble qu'apportent à l'âme les évènements de cette vie.
[1605-1608.]
(Ms de Nancy) (IVD)Resouvenés vous souvent que Nostre Seigneur vous a sauvee en souffrant et endurant, et que, de mesme, nous devons faire nostre salut en souffrant les injures et les contradictions et desplaysirs; et partant, il les faut endurer avec le plus de douceur et de resignation qu'il sera possible, selon la mesure qu'il plaist a Dieu les nous envoyer. Pour ne vous point troubler de ce qui arrive en cette vie temporelle, penses souvent a sa briefveté et a l'eternité de la future ; penses aussi a la Providence de Dieu, laquelle, par des ressortz inconneus aux hommes, conduit toutes sortes d'evenemens au prouffit de ceux qui le craignent. Consideres tout ce qui vous est arrivé de fascheux jusques a present, et comme tout cela est esvanouy et dissipé, car il sera de mesme en ce qui vous arrivera desormais : si qu'il faut avoir une douce patience en tous evenemens. .
MMLXV Respect qu'on doit porter aux prêtres. - Le Directeur veut pouvoir manier l'âme de la Baronne. - Les actes d'amour et de confiance seront le remède à tous ses maux intérieurs. - Exemple de la femme mariée, proposé à l'âme épouse de Jésus-Christ.
[1605-1608.]
a)
Je n'appreuve nullement que l'on se serve des prestres comme des valetz de mayson, pour le seul trafiq des choses temporelles ; car encores que quelquefois la pauvreté le leur permette et face desirer, veu qu'ilz sont rustiques et gens de peu, si est ce qu'il ne faut pas que nous perdions le respect deu a leur qualité et caractere. Je voy que par tout on les regarde selon leur extraction et condition temporelle ; mais je ne le puis souffrir sans mal de cœur.
b)
(Ms de Caen) Ma chere Fille, non certes, je ne doute ni peu ni prou de vostre confiance ; aussi vous dis-je que je veux vous employer comme chose qui m'est entierement remise, pour estre maniee selon mon gré au service de Dieu. Le remede a toute tentation, secheresse, contradiction, bref a toutes choses generalement, sont les actes d'amour, lesquelz se feront vivement et promptement, retournant simplement son cœur a Nostre Seigneur avec des paroles pleines de confiance et d'amour, sans regarder ni disputer contre la tentation ou la chose qui fasche, mais comme feignant de ne la point voir, sans neanmoins tant multiplier les paroles d'amour. Et comme la femme mariee n'a son recours en tous ses travaux qu'a son mari, et ne veut conserver son honneur que pour le seul amour qu'elle luy porte, et non pour la crainte du deshonneur ou pour le desir de l'honneur, ainsy en doit faire l'ame fidele a l'endroit de son cher Espoux Jesus.
MMLXVI (inédit)
Un mot de saint Augustin. - Dieu répond à tous ceux qui lui demandent conseil ; d'où vient que beaucoup n'entendent pas sa réponse ? - Le serviteur fidèle. - Comment combattre la vaine gloire. - L'obéissance amoureuse et la simplicité.
[1606- 1608.]
(Ms de Nancy)Saint Augustin dit qu'il rapportoit " a Dieu ce qu'il pouvoit voir et penser, bien que ce fust chose de petite consequence et de neant ; toutefois, il luy en demandoit conseil du mieux qu'il luy estoit possible, comme a la Verité qui preside (De Magistro 11,38). " Plusieurs personnes demandent conseil a Dieu de diverses choses ; il respond a tous par une seule response et tout a coup, par parole ouverte et claire ; mais ilz ne l'entendent pas tous-jours, bien qu'il ayt parlé clairement, car ilz s'addressent a luy pour demander conseil de ce qu'ilz veulent, et ilz n'ont pas tous-jours ce qu'ilz demandent. Celuy, a la verité, est tres bon et fidele serviteur (Mt 25,23) qui ne regarde d'avoir response conforme a sa volonté, mais veut seulement ce qu'il oyt et entend estre a Dieu aggreable par la response qu'il luy plaist de faire, conformant sa volonté a celle de la divine .Majesté.
Si tost que l'entendement vous representera quelque gloire ou honneur, ou que le monde vous en donnera, incontinent jettes-les tous aux pieds de Nostre Seigneur par un simple regard, luy baysant les pieds ou les mains. Saint Pierre dit (1 P 1,22) : Purifies vos ames en l'obeissance laquelle ne procede pas de la seule necessité, ains d'une franche volonté et desir de plaire a Dieu. La volonté du superieur, en quelque façon que nous la connoissions, nous doit servir de precepte. Les considerations que je desire en vostre obeissance, elles sont toutes en une : car je ne desire que la simplicité, laquelle fait acquiescer doucement le cœur aux commandemens et fait qu'on s'estime bien heureux d'obeir, mesme aux choses qui repugnent, et plus en celles-la qu'en nulle autre.
Ne desires rien que ce que Dieu veut. Faites ce que celuy qui vous a en charge dit, pourveu que vous n'y reconnoissies point de peché ; et par consequent, veuilles ce que veut vostre superieur, et vous voudres ce que Dieu veut: et vous voyla vrayement obeissante et contente. Je prie Dieu qu'il vous octroye cette grace, de l'amour de la volonté de Dieu.
MMLXVII (Fragments inédits.)
Les vœux du Père pour lui-même et pour sa Fille spirituelle. - La mortification dans les repas. - Quel est le seul désir qui remplit le cœur de François de Sales.
[1606-1608.]
a)
Je suis tous-jours plein de desirs que Jesus Christ nous remplisse en toutes les parties de nostre ame, et qu'il nous pousse en l'interieur et en l'exterieur ; qu'il soit le mouvement et le repos de nostre cœur, affin qu'en tout et par tout il soit glorifié en nous. Amen,
b)
Deux ou troys fois la semaine, mortifies vous au manger, laissant ce qui viendra le plus a vostre goust et mangeant ce qui y sera le moins. Esvites tout choix, tant que vous pourres. C'est grand cas ! je suis tous-jours apres ces choix que je voudrois que nous n'eussions point, pas mesme parmi les hommes; combien moins avec Dieu.
c)
VIVE JESUS ! O ma Fille, que je desire de l'aymer et que je voudrais bien que chacun l'aymast ! Mon cœur est vuide de tout autre bien que de celuy la, Je vous recommande ce cœur. VIVE JESUS !
d)
Vives joyeuse, ma chere Fille, et conserves uniquement vostre cœur pour vostre Sauveur. Je le supplie qu'il soit nostre Tout et que nous soyons tout a luy.
MMLXVIII Aimer indistinctement toutes les croix qui nous arrivent. - Quelles sont les meilleures. - Les croix " un peu mignardes ". - Ce qui donne le prix à la croix.
[1604-1609.]
On n'a jamais sceu d'asseurance de quel bois la Croix de Nostre Seigneur fut faite ; c'est, je pense, affin que nous aymassions esgalement les croix qu'il nous envoyeroit, de quel bois qu'elles fussent composees, et que nous ne dissions pas: cette croix ou celle-ci n'est pas aymable parce qu'elle n'est pas de tel ou de tel bois. Les meilleures croix sont les plus pesantes, et les plus pesantes sont celles qui nous sont plus a contrecœur selon la portion inferieure du cœur. Les croix que l'on rencontre emmi les rues sont excellentes, et encor davantage celles que l'on treuve dans la mayson ; a mesure qu'elles sont plus importunes, elles sont meilleures que les cilices, les disciplines, les jeusnes et tout ce que l'austerité a inventé. C'est la ou paroist la generosité des enfans de la Croix et des habitans du sacré mont de Calvaire. Les croix que nous faysons ou que nous inventons sont tous-jours un peu mignardes, parce qu'il y a du nostre, et pour cela elles sont moins crucifiantes. Humilies vous donq, et receves joyeusement celles qui vous sont imposees sans vostre gré. La longueur de la croix luy donne son prix, car il n'y a peyne dure que celle qui dure. Soyes fidelle jusques a la mort, et vous aures la couronne de gloire (Ap 2,10). Vous estes amoureuse du Crucifix: et que voules vous donq estre, sinon crucifiee, puisque " l'amour esgale les amans " ?
MMLXIX L'humilité et l'amour du mépris, pierre de touche de l'avancement de l'âme. - Quelle doit être son attitude dans les outrages et les louanges.- Moyen d'attirer en soi les grâces de Dieu. - L'acceptation de notre misère nous approche de lui.
[1605-1609.]
a)
(Ms de Caen et Dépos. De Michel Favre art 30) Je desire que vous soyes extremement humble en toutes vos œuvres. Converses tous-jours humblement avec tous, ne tenes conte d'estre reputee et loüee, mais desirés d'estre mesprisee et rebutee ; et jusques a ce que vous soyes parvenue a ce degré d'abjection, ne penses pas avoir prouffité. Nous sommes veritablement serviteurs inutiles (Lc 17,10) ; il n'est meilleur exercice que de se mespriser soy mesme. Tenes comme un prouffit pour vostre ame les outrages et injures qui vous seront faitz, et vous en res-jouisses. Ne vous attribues point les loüanges des bonnes œuvres et actions, mais portés tout aux pieds de Jesus Christ qui en est l'autheur ; autrement vous luy desroberies sa gloire. Ne desires point d'estre conneuë pour humble, mays pour vile et abjecte. " L'on parvient a l'humilité par l'humiliation et le contemnement de soy mesme, " dit saint Bernard (Ep.87 ad Ogerium) ; " et il m'est expedient que mon impuissance et insipience soit conneuë et, quant et quant, confondue et blasmee de ceux qui la connoistront, car souvent il m'est advenu d'estre injustement loüé de ceux qui ne me connoissoyent. " Celuy qui desire beaucoup de graces doit sentir humblement de soy et ne se pas eslever. (Ms de Caen) D'autant plus que l'on perd de consolation pour Nostre Seigneur, d'autant plus on se doit res-jouir de la perdre, puisqu'il sçaura bien nous la rendre.
b)
(Ms de Caen) (Inédit) Dieu nous souffre dans nos inutilités, miseres et malices, et nous devons vouloir estre pauvres, infirmes, miserables et imparfaitz pour Dieu. Nous ne sommes point esloignés de Dieu par cette indisposition, ains nous nous en approchons, d'autant que l'amour nous sanctifie dans ces estatz qui semblent si bas.
MMLXX (Inédit.)
Compassion surnaturelle du Saint pour les souffrances de sa Fille. - Les holocaustes de l'ancienne Loi et l'écorchement du cœur. - Dieu nous aime : qu'importe le reste ? - Jésus-Christ a tout souffert pour s'unir à son épouse ; que doit faire celle-ci pour lui " tesmoigner ses amours reciproques " et le baiser ?
[1607-1609.]
(Ms de Nancy) J'ay de la compassion, sans mentir, mays une compassion douce et souëfve, pour l'esperance que j'ay de voir vostre jeunesse renouvellee (Ps 102,5)
sous l'effort de ces afflictions interieures. Non, on n'offroit point d'holocauste en l'ancienne Loy qu'elle ne fust du tout escorchee (Lev 1,6) : il faut que vostre cœur soit escorché tout vif, pour estre offert en holocauste vivant a nostre Dieu. Resignations, renoncement des consolations exterieures, des interieures, des corporelles, cordiales : que nous doit-il chaloir de tout cela, pourveu que Dieu [nous] ayme ? et il nous ayme, pendant que de la pointe de nostre cœur nous nous tenons a luy. Courage, ma Fille ! ce vent de tempeste nous conduira a bon port. A Dieu, ma chere Fille ; a Dieu, dis-je, soyes-vous, et vous, et vostre cors, et vostre cœur, et vostre ame. Il a bien esté tout nostre : son cors en croix, son cœur en angoisse, son ame en tristesse, et tout ce qui estoit en luy ; il se contenta de tout souffrir pour adherer a son espouse (Gn 2,24 ; Ep 5,31). Mon Dieu, que souffrons-nous a l'esgal ? Oh ! que la rayson veut bien que l'espouse souffre quelque chose pour tesmoigner ses amours reciproques et adherer a son Espoux. Jesus Christ est sur la croix : qui le veut bayser, il faut gravir sur la croix et se piquer aux espines de sa couronne.
VIVE JESUS, VIVE MARIE ! Amen.
…………………………………………………………………………… A Dieu, ma chere Fille: la sacree Vierge nostre Dame soit a jamais nostre belle estoille, et son Filz nostre unique Soleil. Amen.
MMLXXI S'abandonner à Notre-Seigneur et dépendre de sa Providence. – Une " resolue resolution ". - En quoi consiste l'amour de Dieu. - La seule gloire à chercher. - Aspirations suggérées pour s'unir à la volonté divine.
[1608-1610.]
a)
(Ms de Nancy) Alles fort doucement et paysiblement, continues vos exercices; laysses a Nostre Seigneur toutes vos affections et vos desirs. Unisses vous tant qu'il vous sera possible a luy, resignes vous en toutes choses a sa divine volonté, dependes absolument de sa disposition et vous confies pleinement a la providence et amour de sa divine Majesté, luy donnant vostre cœur cent fois le jour. Que vostre affection soit en la partie superieure, par une ferme et resolue resolution de n'abandonner jamais la confiance et l'obeissance que vous deves.
b)
Nous ne sçavons pas que c'est d'aymer Dieu. Il [l'amour] ne consiste pas aux plus grans goustz et sentimens, mais en la plus grande et ferme resolution et desir de contenter Dieu en tout, et tascher, autant que nous pouvons, de ne l'offenser point, et de prier que la gloire de son Filz aille tous-jours augmentant. Ces choses sont signes d'amour. Penses souvent aux vertus de Nostre Seigneur par forme d'entretien, et a celles des Saintz. Rejettes souvent toute sorte de gloire, et protestes que vous ne voules autre gloire que celle de Nostre Seigneur. Quittes, renonces aussi ce qui vous pourroit apporter quelque gloire, selon les occasions petites ou grandes. Unisses vous souvent a la volonté de Nostre Seigneur aux occasions petites et grandes, et par aspirations, disant : Seigneur, je suis vostre (Ps 118,94) ! Je veux ce que vous voules. Faites en moy vostre volonté. Unisses-moy a vous.
MMLXXII L'examen du cœur et ce qui doit le tenir en repos. - Un acte toujours en notre pouvoir. - Confiance en Notre-Seigneur ; quelle est la mesure de sa Providence à notre égard. - S'attacher à la fin et non aux moyens.- Manière de combattre les pensées de jalousie. - L'esprit de douceur et l'esprit de souffrance. - Il faut s' " accommoder " à sa croix.
[1608-1610.]
(Ms de Nancy et d'Annecy) Celuy qui veut estre entierement a Nostre Seigneur doit souvent examiner son cœur pour voir s'il est point attaché a quelque chose de la terre ; et s'il treuve qu'il n'y a rien que ce soit qu'il ne voulust quitter pour faire la volonté de Dieu, c'est une grande fidelité, avec laquelle il doit demeurer en repos, et doit prendre tout ce qui luy arrive comme de la main de Dieu, simplement.
Nous n'avons rien en nostre pouvoir que le simple acte de foy : c'est pourquoy il ne nous faut point fascher quand nous n'avons ou ne pouvons ceci ou cela; il faut tout attendre de la volonté de Dieu.
Pour la confiance, il suffit de connoistre son infirmité, et dire a Nostre Seigneur que l'on veut avoir toute sa confiance en luy. La mesure de la Providence divine sur nous est la confiance que nous y avons. O Dieu ! reposons nous entierement sur cette Providence sacree, et demeurons entre ses bras comme un petit enfant sur le sein de sa mere.
Il se faut attacher a la fin, qui est Dieu, et a sa volonté, et non pas aux moyens ; il s'y faut bien affectionner, mais non pas en sorte que si Dieu les oste il s'en faille troubler. Allés tout a la bonne foy; aux choses d'importance que vous feres, soyes seulement attentive. N'alles pas examinant tant de petites choses ; que vostre cœur soit fort resolu. Je veux que vous observies ces regles.
S'il arrive des pensees d'envie, celuy contre lequel elles viendront il le faut embrasser avec le cœur et, comme si l'on le tenoit entre ses bras, le porter et colloquer dans le sein de Nostre Seigneur et nous loger au fin bas lieu.
L'esprit de douceur, c'est le vray esprit de Dieu ; l'esprit de souffrance, c'est l'esprit du Crucifix. Et partant, croyes moy : l'on peut faire entendre la verité et faire les remonstrances, mays tout doucement. Il faut avoir l'esprit d'indignation contre le mal et estre fort resolu de n'y acquiescer jamais ; il faut pourtant demeurer avec grande douceur a l'endroit du prochain.
Maintenant que vous communies si souvent , dame, il faut faire les œuvres des grandes vertus. Mortifies vous en ces petites saillies contre les imperfections du prochain, les reprimant avec l'esprit de douceur. Feres- vous pas en fin ?
La croix est de Dieu : il ne [la] faut point regarder, mais s'y accommoder, comme l'on feroit avec une personne avec laquelle il faudrait tous-jours demeurer ; il n'y faut plus penser, mais aller doucement, et prendre toutes choses simplement, de la main de Dieu, sans aucune reflexion. Nudité et simple unité d'esprit, et la dessus faire l'examen.
MMLXXIII " La parole de la fervente indifference ". - Leçons à apprendre de saint Paul. - Moyen d'acquérir la promptitude à faire le bien.
[1610-1613.]
(Mss d'Annecy et de Caen) Que la parole de saint Paul : Que vous plaist il que je fasse (Ac 9,6) .? soit a jamais la parole de nostre ame. Saint Bernard dit (Serm in Convers S.Pauli) que c'est la parole de la fervente indifference, qui n'a rien a faire que ce que Dieu veut et se sousmet a tout ce qu'il luy plaist. Au contraire, dit il, c'est une molle devotion que celle qu'il faut flatter, essayant ce qu'elle veut faire avant que luy dire ce que l'on veut qu'elle fasse. Apprenons a dire de cœur avec luy [saint Paul] : j'ay estimé toutes choses comme fange et ordure, affin de gaigner mon Jesus (Ph 3,8) et ses bonnes graces. Que nostre vie, comme la sienne, soit cachee avec luy en Dieu,. je veux dire, avec Jesus Christ (Ga 3,3). Que les grandes et profondes maximes de verité et l'exercice de resignation facent nostre chemin pour honnorer et glorifier Dieu et luy plaire. Pour acquerir la sainte promptitude a bien faire, il la faut demander a Dieu et ne laisser passer aucun jour sans en prattiquer quelqu'action particuliere a cette intention ; car l'exercice sert merveilleusement pour se rendre un chemin aysé a toutes sortes d'operations.
MMLXXIV Peut-on parvenir à la perfection en pratiquant une seule vertu ? - Qu'est-ce que la vertu ? - Dans la charité, toutes les vertus sont comprises.- Diviniser les vertus naturelles. - Comment on acquiert l'habitude de la vertu.
[1610-1613.]
(Ms de Nancy) Si par la prattique d'une seule vertu l'on peut parvenir a la perfection ? - Il y en a certaines que l'on peut avoir en perfection sans estre parfait, parce qu'elles ne sont pas vertus essentielles : comme la virginité, l'aumosne et autres semblables. Mays quant aux vertus essentielles, qui en a une en perfection il les a toutes en quelque degré (S.Th.
Ia IIae quest 65, art 1) ; et cela se fait parce que la vertu n'est autre chose qu'une certaine moderation faite en la rayson, et non en la chose (Arist.Eth. ad Nicod.2,6). Exemple de la vertu de temperance : quelqu'un boira quatre verres, un autre n'en boira que deux ; il se treuvera que le premier aura exercé la temperance, le dernier non, parce que sa necessité portoit de boire cela, et peut estre davantage, et l'autre se pouvoit contenter de demy verre. La rayson de cela, c'est que la vertu n'estant autre chose qu'une moderation faite en la rayson, fait que l'esprit habitué a une seule vertu se plie facilement a toutes rencontres de la prattique des autres vertus. La charité comprend toutes les vertus (S.Th. id art 3) : ses actes propres regardent Dieu directement, pour s'unir a luy, s'abandonner, resigner et semblables ; les autres, elle les commande, comme la chasteté, l'humilité, Ah ! il faut diviniser les vertus que l'on a naturellement, les dressant toutes a Dieu, et toutes ses bonnes actions.
Les habitudes des vertus ne s'acquierent que par des actes multipliés et [ne] se peuvent conserver que par les mesmes actes, lesquelz venant a cesser, les vertus se perdent et se ruynent (S.Th. id quest 61, art 2 ; quest 62,63 art 3). Et d'autant que nous sommes tous-jours parmi les occasions d'exercer les vertus, si nous manquons a en faire la prattique, nous reculons ; si nous la faysons, nous avançons.
Quand on fait bien son prouffit d'une inspiration que Nostre Seigneur donne, il en redonne une autre, et ainsy Nostre Seigneur continue ses graces a mesure que l'on en fait son prouffit.
MMLXXV Les "menues occurrences " et les " fascheux evenemens ".- Ardent souhait du Saint. - Pourquoi s'humilier. - " Affections " à tirer de la Passion. - Deux sortes de martyrs. - Porter sa croix comme Notre-Seigneur.
[1610-1613]
a)
(Ms de Nancy) Les menues occurrences donnent occasion aux plus utiles mortifications et resignations. Aux plus fascheux evenemens, il faut adorer profondement la divine Providence. Il faut, certes, ou mourir, ou aymer. Je voudrois qu'on m'arrachast le cœur ou que, s'il me demeure, ce ne soit plus que pour cet amour (L4, lettre 614). Le plus ordinaire sejour de l'ame doit estre autour de la Croix, et le pain quotidien de la Religion, la meditation de la Passion !
b)
(Ms de Nancy) Il faut a tout moment se retourner a Dieu, mesme parmi l'action . La plus excellente intention de s'humilier est parce que Nostre Seigneur s'est humilié. L'un des hautz pointz de l'humilité, c'est de ne se point excuser. L'on peut tirer de la Passion de Nostre Seigneur ces quatre affections : la premiere, la crainte ; la deuxiesme, la contrition ; la troysiesme, l'esperance ; la quatriesme, l'amour. Il y a deux sortes de martyrs : les reelz et les spirituelz. Les spirituelz sont ceux qui sont resolus de plustost mourir, voire de souffrir tous les travaux du monde, que d'offenser Dieu. Et tous les chrestiens le doivent, car personne n'entrera au Royaume celeste qui n'ayt cette resolution. Portes doucement et tranquillement la croix que Nostre Seigneur luy mesme vous a imposee, ainsy qu'il est dit de ce divin Sauveur, comme un aigneau qui n' ouvre point sa bouche (Is 53,7).
MMLXXVI
La statue dans sa niche et le petit oiseau dans son nid. - Souffrir avec amour.- Une consolation et un vœu de François de Sales.
[1611 ou 1612 .]
a)
(Ms de Nancy) Aymes bien et entretenes bien le repos de l'esprit et du cors, comme une sainte statue dedans la niche ou son maistre l'a mise, comme un petit oyseau dans son nid, qui n'a ni forces ni jambes pour aller, ni plumes pour voler ; car vostre lict est un nid auquel Nostre Seigneur regardera vostre confiance. Et luy obeisses bien en toutes vos necessités, car ce sont les messageres de la volonté de Dieu.
b)
(Ms de Nancy) Que puissies-vous souffrir si amoureusement vos petites douleurs, que la douleur soit toute d'amour de la Croix de Celuy qui, par amour, eut tant de douleurs et par tant de douleurs tesmoigna tant d'amour. Faysons en sorte que par nos petites obeissaqces et souffrances nous soyons en quelque chose conformes a Nostre Seigneur.
c)
Que j'ay de consolation en cette incomparable unité que la main de Dieu a faitte, et que nul autre ne pouvoit faire ! Playse a cette supresme Puissance nous en donner une eternelle jouissance.
MMLXXVII Ne pas vouloir sentir l'amour. - L'âme irrévocablement abandonnée à Dieu est sûre de l'avoir. - Un cœur "tout escorche " sera un " cœur compatissant ". - Indéfectible unité des deux Saints. - Prière pour leur "unique cœur ".
[1612-1613.]
(Ms de Nancy) Consacrons nos travaux a Jesus, attendons son retour en patience ; vivons a luy, pour luy, et non pour ses suavités. Nous n'avons rien que nous voulions reserver ni excepter en nos affections qui ne soit tout a Dieu. Que nous doit il chaloir si nous sentons ou ne sentons pas l'amour ? puisque nous ne sommes pas plus asseurés de l'avoir en le sentant qu'en ne le sentant pas, et que la plus grande asseurance consiste en cet entier, et pur, et irrevocable abandonnement de nous mesme entre les bras de sa divine Majesté, sans reserve de consolation ou desolation, affin que, d'un cœur tout escorché, mort et maté, il reçoive l'odeur aggreable d'un saint holocauste, et affin que nos Seurs travaillees treuvent chez nous un cœur compatissant et un support suave et amoureux.
Ne veuilles pas penser si vous aves des sentimens, ni pourquoy vous n'en aves point. Alles franchement et tout a la bonne foy avec Nostre Seigneur. Ouy, ma chere Fille, il faut conserver l'asseurance que Dieu nous conservera et conduira, bien que les sentimens soyent passés ; mais une asseurance fort humble et sousmise. La grande, tres absolue et indubitable verité de nostre sainte, tres uniquement unique unité peut estre attaquee, mais non jamais esbranlee.
O Dieu, qui estes la seule affection de toutes nos affections, tenes, voyla nostre unique cœur que nous vous donnons. Conserves, benisses et fortifies nos affections et ces resolutions inviolables, affin qu'a jamais, en cette unité tressainte en laquelle vous l'aves mis, il vous benisse eternellement.
MMLXXVIII Conduite à tenir dans les affaires affligeantes. - Chemins qui mènent au port et "" bonnes estoffes pour l'avancement d'une ame ". - La consolation prépare aux grands travaux et à la croix.
[1611-1614.]
a)
(Ms de Nancy) La Providence de Dieu doit estre nostre unique recours en toute occasion; puisque nous sommes siens, il nous rendra toutes choses bonnes et utiles. Es affaires qui arrivent qui affligent le cœur, il faut discerner celles ou il y a du remede, et tascher de s'y comporter doucement, paysiblement ; celles ou il n'y en a point, il les faut supporter comme une mortification que Nostre Seigneur vous envoye pour vous exercer et rendre toute sienne, et tous-jours tenir vostre cœur en paix et douceur. Colloquons nostre bonheur en Jesus Christ crucifié, et passons en paix et patience le reste de ces espineux chemins par lesquelz nous allons au port.. Il faut faire valoir nos peynes, nos travaux, nos ennuis et toutes nos afflictions pour la sainte dilection; ce sont des bonnes estoffes pour l'avancement d'une ame au tres saint service de sa divine Majesté.
b)
(Ms de Nancy) Je ne sçai si par ces consolations et ardeurs Nostre Seigneur veut disposer nostre cœur aux travaux du service du prochain et au service de l'accroissement de sa gloire, ou bien a la souffrance de quelque grande croix et tribulation que, comme j'espere avec sa grace, nous embrasserons courageusement, humblement et paysiblement, [et] tout ce que sa divine Providence nous presentera.
MMLXXIX Prix de la " resignation de soy mesme" acquise au milieu des contradictions.- Un grand bonheur.
[1611-1614]
(Déposition de la Sainte, ad art 31) Ne faschés point ce pauvre cœur, mais aydes le doucement a tous-jours s'avancer a la sainte resignation de soy mesme. Une once de cette vertu acquise parmi les contradictions, reproches, piques, censures et reprimandes vaut mieux que dix livres acquises d'autre sorte. Ah ! que nous sommes heureux d'avoir juré une eternelle fidelité a nostre cher Maistre !. Il ne faut sinon avoir patience en vivant vertueusement, car il nous arrivera asses d'occasions d'endurer.
.MMLXXX Vouloir la croix, c'est la transformer.
[1613-1614 .]
La croix est de Dieu, mais elle est croix parce que nous ne nous joignons pas a elle car, quand on est fortement resolu de vouloir la croix que Dieu nous donne, ce n'est plus croix. Elle n'est croix que parce que nous ne la voulons pas; et si elle est de Dieu, pourquoy donq ne la voulons nous pas ?
MMLXXXI Le " petit rien " devant la grandeur de Dieu. - Dans la tentation et la souffrance, regarder la Providence et aimer ses dispositions sur nous.
[1611-1615.]
Alles souvent en esprit aux pieds de la grandeur divine et dites luy : 0 Seigneur, je ne vous offre qu'une pauvre chetifve vefve, une pauvre chetifve Religieuse , toute chetifve et vile ; n'estes vous pas bien bon de regarder une si petite creature, ains un si petit rien comme je suis ? Quand nous sommes travaillés de tentations ou de choses penibles, quelles qu'elles puissent estre, il faut premierement regarder la Providence divine par l'ordre de laquelle nous sommes en ces combatz ; et, soit qu'ilz nous soyent envoyés pour nostre chastiment, soit qu'ilz nous soyent envoyés pour nostre exercice (ce qu'il ne faut jamais s'amuser a discerner), il faut aymer cette divine Providence, qui est tous-jours tres juste et tres sainte, nous complaysant en son bon playsir et nous conformant a tout ce que sa sagesse fait ou permet, pour penible qu'il soit.
MMLXXXII Imperfection de l'esprit délicat. - Aimer à se sentir pauvre et faible devant Dieu. - Comment se. comporter dans les aridités et les chutes, et se " mettre en la sainte indifférence ". - Au lieu de réfléchir sur soi-même, regarder le Sauveur. - Dans quelles dispositions la Mère de Chantal doit aller à l'oraison et ce qu'elle doit y faire.
[1611-1615.]
(Ms d'Annecy) Vostre esprit delicat ne peut rien garder ni souffrir sans le dire, et s'estonne tous-jours un petit au dernier estat et destroit. Oh ! demeurés pleine d'humilité, de simplicité, de courage et de joye cordiale devant Dieu, qui est le tres unique object de nostre amour et de nostre ame. Demeurés ainsy toute en Dieu, ou sensiblement, ou par la foy ; aymés vostre pauvreté, car il est escrit que les yeux du Seigneur regardent sur les pauvres (Ps 9,30 ; 10,5) et que ses oreilles escoutent leurs prieres (Ps 9)
Il ne se faut point soucier de se sentir foible, sçachant que Dieu est fort et bon pour nous. Que nous perdions courage ? Au contraire, ma Fille, j'ayme mieux estre foible que fort devant Dieu; car les infirmes il les porte entre ses bras, et les fortz il les mene par la main (L5, lettre 692).
(Ms d'Annecy et de Caen)
Ne regardes point, ma chere Fille, si vous estes cause de vos aridités ; mays, soit que vous en soyes cause ou non, convertisses les a la gloire de Dieu, les luy offrant en sacrifice comme souffrances et penitences de vos pechés.
Dans les mescontentemens que l'on a de soy quand on tombe en faute, au lieu de s'aigrir il faut prendre patience.
Au manquement des satisfactions raysonnables que l'on desireroit, il faut tous-jours avoir patience, et neanmoins tascher d'allentir un peu les desirs, prenant les choses mesmes, pour bonnes qu'elles soyent, avec esprit d'indifference. En fin, il se faut souvent mettre en la sainte indifference et dire : Je ne veux ni cette vertu ni l'autre, je ne veux que l'amour de mon Dieu, le desir de son amour et l'accomplissement de sa volonté en moy.
Il faut du tout quitter les reflexions, et n'en jamais faire en façon quelconque pour voir ce que l'ame fait ou ce qu'elle fera, si l'on fait bien ceci ou cela, Ce que l'on deviendra, si l'on a des sentimens ou non, de la satisfaction, des vertus et semblables ; mais au lieu de tout cela, regarder au Sauveur amoureusement et humblement. Il faut bien faire ceci ; sur tout, aller a la sainte orayson avec grande douceur d'esprit et sans volonté d'y rien faire, mais simplement pour y recevoir ce que Nostre Seigneur vous y donnera. Contentes vous d'estre en sa presence, encor que vous ne le voyies ni senties, et que vous ne puissies vous le representer ; mais commences par un acte de foy et, de tems a autre, regardés si vous ne le verres point.
MMLXXXIII La seule chose qui attire le cœur de François de Sales. - Pourquoi le dépouillement total. - Par la souffrance, l'âme parvient à une très simple et délicate union au bon plaisir de Dieu. - L'unique regard de la Mère de Chantal.
[1611-1615.]
a)
Ah ! ma chere Fille, Dieu nous le donne, ce saint amour auquel nous aspirons ! Mais, aspirons y donq tout de bon. Certes, toutes choses flestrissent, ce me semble, devant nos yeux, et n'y a rien en terre qui nous puisse justement attirer que cet amour, unique et eternelle occupation de nostre cœur.
b)
Nostre Seigneur vous veut despouiller de toutes choses, affin que luy seul vous soit toutes choses. Que de tresors dans cet abisme d'affliction spirituelle ! Nous pensons que tout soit perdu, et c'est ou nous treuvons la delicate, toute simple et pure union de nostre esprit avec ce divin bon playsir, sans meslange d'aucune lumiere, science, intelligence ni satisfaction. Hé, demeures la en paix, sans estendre la veuë ailleurs qu'en ce pur regard d'unité, sans vouloir voir ni sçavoir comme il se fait. Dieu soit beny ! Amen.
MMLXXXIV Une partie de la charge d'une Supérieure. - Ce qui nous donnerait le bonheur. - La parfaite simplicité que Dieu demande de la Mère de Chantal et le plus agréable sacrifice qu'elle pourra lui faire.
[1612-1615.]
(Ms de Caen) C'est une partie de la charge de la Superieure de voir avec repos les fautes de sa Mayson et de souffrir doucement les choses qui y arrivent. Oh ! que nous serions heureux si nous ne prenions point garde a ce que nous faysons ou souffrons, mais seulement que nous sommes accomplissant la volonté de Dieu, et que ce fust la tout nostre contentement ! C'est une tres grande et parfaite simplicité de n'arrester volontairement son esprit qu'en Dieu seul. Nostre Seigneur vous veut en cette maniere de si parfaite simplicité, tres asseurement ; c'est ce que vous pouves faire de plus aggreable a sa Bonté. Demeurés la et n'en sortes donq jamais, sinon pour voir et faire ce qu'il commande pour son service ; puis, retirés vous incontinent en luy, en cette simplicité qui comprend tout. Vous ne sçauries faire un sacrifice plus aggreable [à Dieu], ni plus utile a vous, a cause de l'activité de vostre esprit. Par la fidelité a cet exercice, vous parviendres a la fin que vous pretendes.
MMLXXXV La connaissance de la volonté divine doit être fidèlement gardée ; s'y conformer aussi bien dans les ténèbres que dans la lumière. - Manière de traiter avec le prochain et de tirer profit des contradictions. - Quel soin la Mère de Chantal doit laisser à son Directeur. - En toutes choses, l'acquiescement, l'abandon, la " simple remise " à Dieu. - Comment agir et parler.
[1612-1616.]
a)
(Ms de Nancy et d'Annecy) Quand Nostre Seigneur nous a donné ses clartés et la connoissance de sa divine volonté une fois, il faut conserver cette connoissance et la memoyre en doit estre fidellement gardee, affin de demeurer en sa volonté et la suivre estant en secheresse comme durant ses visitations ; car Nostre Seigneur se contente bien souvent de nous monstrer une fois, ou plusieurs, ce qu'il veut que nous fassions, et l'ayant veu, il faut demeurer ferme la, comme ont fait tous les Saintz, auxquelz il n'a pas non plus continué tous-jours ses clartés.
b)
(id) Voyci que sa sainte volonté veut que nous soyons humble, douce, condescendante et simple comme une colombe (Mt 10,16), sans toutesfois exceder, ni faire des indiscrettes excuses ; et supportes le prochain avec grande douceur de cœur. Serves vous des contradictions journalieres pour vous mortifier, les acceptant avec amour et douceur.
c)
(Ms de Nancy et d'Annecy) Laysses moy le soin de la correction de vos defautz et de vostre avancement, et ne veuilles point vous tourmenter pour vouloir entendre, discerner, sentir et semblables. Resignes tout cela a Dieu, demeurant en vostre abandonnement et remise de vous mesme a sa conduite. Laysses-le faire ce qui luy plaira, usant d'un simple et doux acquiescement ou acceptation de sa sainte volonté ; sur tout aux choses ou il n'est requis de mettre de l'ordre, ne les regardes jamais et ne permettes a vostre esprit d'en faire aucun discours. Uses d'acquiescement ; cela fait, retournes aux actes d'amour et a vostre simple remise et delaissement de toute chose a Dieu, vous divertissant, si la chose presse ; et alles simplement, confidemment, negligemment, a la bonne foy. Ouy, ma Fille, parles doucement, bassement; faites que toutes vos actions et vos paroles se facent tranquillement, paysiblement, et non point brusquement ni activement. Il faut beaucoup dire en se taisant, par la modestie, tranquillité, esgalité et patience. Ne respondés pas promptement, ains tardifvement, doucement, humblement, sans toutesfois se relascher de la justice et rayson,
MMLXXXVI Pas de " tendreté ", ni de souci du lendemain. - La volonté de la Mère de Chantal, abîmée en celle de Notre-Seigneur. - Au guide, le discernement; à l'âme, l'aveugle abandon sous la conduite de la Providence, même dans les désolations intérieures. - Le repos en Dieu et l'obéissance.
[1612-1616.]
(Ms de Nancy et d'Annecy)
Je voudrais vous pouvoir arracher toute cette tendreté aux contradictions, tentations, privations de ce que l'on desire et, qu'avec un cœur genereux, vous surnageassies, La dessus, dire des paroles de fermeté, de mespris, de courage et de force avec la partie superieure, et ne s'arrester jamais a regarder rien de tout cela, mais passer outre en vostre chemin, n'ayant nul soin du lendemain, car il n'en faut point avoir ; mais alles a la bonne foy, sous la providence de Dieu, ne vous souciant que du jour present, laissant vostre cœur a Nostre Seigneur, car vous le luy aves donné, sans jamais le vouloir reprendre pour aucune chose. Puisque vous aves abismé vostre volonté dans la sienne, que vous aves prise pour vostre, il ne faut plus rien vouloir, mais se laisser porter et emporter au gré de la divine volonté, dans les effectz de laquelle il faut demeurer doucement et tranquillement, sans se divertir pour chose quelconque, regardant perpetuellement en toutes occasions Nostre Seigneur. Ah, vive Dieu ! tout ce qui n'est pas Dieu ne m'est rien ; mon Dieu m'est tout en toutes choses. Il se faut contenter de sçavoir que l'on fait bien, par celuy qui gouverne, et n'en rechercher ni les sentimens ni les connoissances particulieres, mais marcher comme aveugle dans cette Providence et confiance en Dieu, mesme parmi les desolations, craintes, tenebres et toute autre sorte de croix, s'il plaist a Nostre Seigneur que nous le servions ainsy ; demeurant parfaitement abandonnee a sa conduite, sans aucune exception ni reserve quelconque, toute, toute, et le laisser faire ; jettant sur sa Bonté tout le soin du cors et de l'ame (Ps 54,23), demeurant ainsy toute resignee, remise et reposee en Dieu sous ma conduite, sans soin que d'obeir. C'est ce que nous avons promis.
MMLXXXVII L'instrument entre les mains de Notre-Seigneur. - Rester dans l'état où Dieu nous met. - Que doit faire un " pauvre petit esprit ". - Abandon à la Providence. - Se moquer des tentations et parler à Notre-Seigneur d'autre chose. - Dans les peines intérieures qui font perdre pied, regarder notre " cher Capitaine" et employer deux sortes d'armes. - Tout le " faire" de la Mère de Chantal; à quoi elle est obligée.
[1612-1616.]
a)
( Ms de Nancy) Il faut demeurer entre les mains de Nostre Seigneur ( comme un instrument inutile, toute abandonnee a son saint vouloir et Providence, et se contenter de demeurer ainsy doucement, sans vouloir le sentir ni en faire des actes, demeurant en la connoissance que Dieu luy monstre. En fin, il se faut tenir en l'estat ou Dieu nous met : en la souffrance, souffrir ; en la peyne, patienter ; et voyla la vertu en laquelle il faut demeurer tranquille, sans reflexions d'esprit pour regarder ce que souffre l'ame, ce qui luy donne peyne, ce qu'elle fait, ce qu'elle a fait, ou qu'elle fera. Et qu'elle demeure en cette simple veuë de Dieu et de son neant, patiente et souffrante ; car Dieu nous monstre qu'un pauvre petit esprit se doit de tout et en tout simplement retourner a luy. Il [ ne] faut point laisser faire tant de choses a l'esprit ; il le faut retenir doucement, et l'accoyser en Dieu par un mouvement d'amour en la partie superieure, tant parmi les tentations, douleurs, afflictions, craintes, qu'en tous autres evenemens, quelz qu'ilz puissent estre. Laysses tout ce qui vous regarde generalement a la Providence de Dieu: qu'elle gouverne et dispose du cors, de l'esprit, de la vie, de l'ame et de tout selon sa tres sainte volonté, sans penser, vouloir, discerner ou craindre chose quelconque. Vivés au jour la journee, et laysses le soin a Nostre Seigneur de tout le reste.
Rejettes les tentations, craintes, prevoyances et semblables en se mocquant. Hé vrayement, je me soucie bien qu'elles arrivent ! - En toutes les tentations extravagantes, il faut plustost parler a Nostre Seigneur de toutes autres choses que d'elles, s'en destournant simplement par un retour amoureux du cœur envers son Sauveur. Et quand il arrivera quelques charges nouvelles, en quoy que ce soit, il les faut remettre entre les mains de Nostre Seigneur; puis, demeurer en paix.
b)
(Ms de Nancy) Quand l'on est parmi les afflictions interieures sans treuver ou mettre son pied pour treuver repos, alhors il faut, le mieux que l'on peut, regarder nostre cher Capitaine et seule esperance, le doux Jesus ; voir son abandonnement au combat de sa Passion et, a son imitation, batailler de deux sortes d'armes : l'une, de la patience et resignation en la volonté de Nostre Seigneur, s' offrant d'avaler ce calice et mettant, avec Job (Jb 6,10), vostre cordiale consolation a estre ainsy qu'il plaira a Dieu, parce qu'il le veut, et autant de tems qu'il le voudra, sans luy prefiger le terme ni conter les jours comme ceux de Bethulie (Jdt 7,23 ; 8,10), remettant le tout a sa Providence amoureuse. Puis, prenes les armes de l'orayson ; quand ce ne seroit que de bouche, dites avec David : Seigneur, je suis resolue d'observer vos commandemens, quelque contraste ou tentation qui se puisse opposer ; neanmoins, Seigneur, ne m'abandonnes pas du tout (Ps 118,8) Je ne me soucie pas que vous me delaissies quelque tems pour m'espreuver, pourveu que ce ne soit pas tant que je . succombe. O Dieu, vous estes mon esperance (Ps 90,9 ; 141,6) ! Je suis toute foible, mais toute vostre, appuyee [sur vous] et attendant vostre secours, car vous estes proche de l'affligé (Ps 90,15).
Que vos paroles soyent succinctes, suaves, saintes et discrettes, prononcees a loysir.
Tout vostre faire, c'est de souffrir et laisser faire Nostre Seigneur. Fiat voluntas tua ! et faut demeurer en cette simplicité si simple, sans se remuer.
Vous estes obligee a une grande pureté, abaissement et sousmission. Il ne faut avoir soin d'aucune chose, puisque Nostre Seigneur en prend la charge, mais recevoir tout, simplement, comme de sa main ; je dis, sans exception.
MMLXXXVIII Où le cœur doit-il prendre son repos ? - Souhait d'un total dénuement.
[1614-1616.]
a)
(Ms de Caen) Tenés vostre cœur en consolation, luy donnant le repos bienaymé qu'il a accoustumé de prendre dans le sein de son bon Maistre. Marchés en paix, sans permettre a vostre esprit de retourner sur soy mesme, sur tout quand les reflexions veulent l'embarrasser. Nos cœurs doivent avoir un entier repos en la volonté de Dieu, ou qu'elle nous porte.
b)
(Ms de Nancy) Vives toute a Dieu en la tressainte nudité de toutes choses, et sur tout de vous mesme. Jesus vous tienne saintement esclave de sa sainte Croix et desnuee de tout ce qui n'est pas luy mesme.
MMLXXXIX L' " amour royal " des Bienheureux. -Pourquoi le " Roy des cœurs " aima parfois les larmes.
[Après le 21 mai 1616 .]
(Ms de Nancy) La robe de laquelle on s'est despouillé ne nous doit pas mettre en sollicitude. Je n'ayme pas les tendretés, ains cet amour royal, pareil a celuy des Bienheureux qui ayment tant et ne pleurent jamais. Mays quelquefois, et pour un peu, ce Roy des cœurs laissa aller le sien ; jusques a l'amour des larmes (Lc 19,41 ; Jn 11,35), pour monstrer qu'il aymoit les nostres quand elles procedent selon l'ordre de la dilection.
MMXC Deux choses demandées à l'âme conduite par la voie de simplicité. - L'humilité exclut tout propre choix. - Comment s'acquiert l'amour. - La douceur dans le trouble et à l'égard du prochain. - Manière de faire la correction. - Ce qui est " tous-jours imperfection" et ce qui est de grande perfection ". - Remède pour les distractions.
[1615-1617.]
a)
(Ms de Nancy) Il faut faire deux choses specialement : l'une, de s'oublier de toutes choses pour le continuel souvenir de Dieu ; si que toutes les fois que vous vous treuveres hors de Dieu, il y faut ramener vostre esprit tout doucement, sans faire aucun acte. L'autre, qu'il faut tous-jours se desnuer et despouiller, et demeurer entre les mains de Dieu comme instrument inutile, le laissant operer en nous sans resistance, demeurant ainsy en cet abandonnement, et se contenter. Et faut tous-jours se tenir au dessus des tribulations et consolations, et estre fidele en ceci. Il faut tous-jours estre contente de ce que Nostre Seigneur voudra faire de nous, car cela est l'humilité, et non pas vouloir choysir. Puisque nous ne sommes plus a nous, mais a luy, laissons-nous conduire par ou il luy plaira.
b)
Le prouffit de l'ame ne gist point a penser beaucoup a Dieu, mais a l'aymer du bon du cœur ; et cet amour s'acquiert en se determinant de faire et souffrir beaucoup pour Dieu. Quand une ame fait quelque chose fort contraire a ses inclinations et qu'elle le ressent beaucoup, venant a considerer que c'est le plus grand service de Nostre Seigneur, elle se doit hontoyer et ne plus faire cas de ce qu'elle souffre, mays l'endurer doucement ; car d'autant plus que l'on perd de sa consolation pour Nostre Seigneur, d'autant plus se doit on consoler de la perdre.
c)
(Ms de Nancy et d'Annecy) Celuy qui previendra son prochain es benedictions de douceur (Ps 20,4) sera le plus parfait imitateur de Nostre Seigneur.
- En tous les troubles, il faut essayer de s'accoyser en la presence de Dieu pour l'amour de sa dilection. Celuy qui est doux n'offence personne, supporte et endure volontier ceux qui luy font du mal, en fin souffre patiemment les coups et ne rend mal pour mal. Le doux ne se trouble jamais, mais destrempe toutes ses paroles en l'humilité, vainquant le mal par le bien (Rm 12, 21).
Traittes avec une extreme douceur et charité avec le prochain et les Seurs, sur tout envers celles qui, par l'imperfection de leur esprit, defaut de graces naturelles ou mauvais offices, vous occasionneront quelqu'aversion ou degoust.
Faites tous-jours vos corrections avec le cœur et les paroles douces, et reprenant les defautz, faites qu'en vostre cœur vous excusies la defaillante, amoindrissant la faute ; car ainsy les advertissemens font meilleure operation. En fin, il faut avoir la douceur jusques a l'extremité envers le prochain, jusques mesme a la niaiserie, et n'user jamais de revanche vers ceux qui font des mauvais offices. Croyés que si nous perdons quelque chose pour cela, Nostre Seigneur nous recompensera bien d'ailleurs.
Quand l'on est contraint, pour quelque bien, de remonstrer le tort du prochain, il ne faut justement dire que ce qui est requis pour l'affaire presente, et taire le reste tant qu'il sera possible. Ne receves jamais aucun sentiment ni courroux de quelque chose que ce soit, ni sous quel pretexte et apparence de rayson que ce soit, car c'est tous-jours imperfection ; il est mieux de faire toutes choses qui se peuvent, et recevoir tout avec tranquillité. et repos : cela est de grande perfection et edification. Il ne faut nul remede pour les distractions, que de ramener doucement le cœur a son object, quand l'on s'apperçoit qu'il en est diverti, disant des paroles d'amour et d'humilité a Nostre Seigneur.
MMXCI La vraie pauvreté est celle que Notre-Seigneur et sa sainte Mère ont pratiquée.- Souhait d'un Fondateur.
[1615-1620 .]
(Ms de Nancy) Ne vous disois-je pas, ma chere Fille, que ce seroit une belle chose d'estre pauvre pour l'amour de Nostre Seigneur, pourveu qu'on n'en receust aucune incommoditée qu'on eust a souhait tout ce qui seroit requis pour toutes nos affaires, et encor pour nous faire estimer et estre plus honnorés du monde ? Certes, ma chere Fille, ce seroit une brave pauvreté, mais le mal seroit qu'on ne vous la laisseroit pas si elle estoit ainsy. Nostre Seigneur et Nostre Dame ont bien prattiqué une autre sorte de pauvreté : une pauvreté rejettee, mesprisee, vilipendee, incommodee. Encor qu'estant de la race de David et Salomon selon la chair, il est neanmoins extremement rejetté en la ville de David et gist en une souveraine pauvreté en la cresche, et sa Mere ne treuve pas seulement qui daigne le loger (Lc 2,7). Il le faut prattiquer et imiter, et, avec sainte Paule, preferer l'estable de Bethleem a toutes les richesses de Rome (S.Jér.ep.108 ad Eustoch. 10 ; L10, note 212). Ma chere Fille, Dieu nous face bien aymer la sainte abjection et savourer les delices de la sacree pauvreté. Amen. Le doux Jesus soit a jamais en nos affections.
(MDCCXXIX) Danger de la science sans humilité.