Les Chroniques de Sire Jean Froissart (page 31)

Jean Froissart · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Chroniques de Sire Jean Froissart · 72 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE CCCXVI.

Comment le roi de France vint atout son grand ost devant Calais pour cuider lever le siége et combattre le roi d’Angleterre.

Quand les Flamands furent retraits et ils eurent couru les basses marches en la Loeve, adonc s’avisa le roi de France qu’il s’en iroit atout son ost devant Calais pour lever le siège, s’il pouvoit aucunement, car il sentoit messire Jean de Vienne et ses compagnons et les bonnes gens de Calais durement étreints ; et avoit bien ouï dire et recorder comment on leur avoit clos le pas de la mer, pour laquelle cause la ville étoit en péril de perdre. Si s’émut ledit roi et se partit de la cité d’Arras et prit le chemin de Hesdin, et tant fit qu’il y vint ; et tenoit bien son ost parmi le charroy, trois grands lieues de pays. Quand le roi se fut reposé un jour à Hesdin, il vint l’autre à Blangis, et là s’arrêta pour savoir quel chemin il feroit ; si eut le conseil d’aller tout le chemin que on dit l’Alequine. Adonc se mit à voie, et toutes ses gens après, et bien avoit deux cent mille hommes, uns et autres ; et passèrent le roi et ses gens parmi la comté de Faukenbergue, et s’en vinrent droit sur le mont de Sangattes, entre Calais et Wissant ; et chevauchoient ces François tous armés au clair, ainsi que pour tantôt combattre, bannières déployées ; et étoit grand’beauté à voir et considérer leur puissant arroy, ni on ne se put saouler d’eux regarder. Quand ceux de Calais qui s’appuyoient et étoient sur les murs, les virent premièrement poindre et apparoir sur le mont de Sangattes, et leurs bannières et pennons ventiler, ils eurent grand’joie, et cuidèrent certainement être tantôt désassiégés et délivrés : mais quand ils virent que on se logeoit, ils furent plus courroucés que devant, et leur sembla un petit signe.

CHAPITRE CCCXVII.

Comment le roi d’Angleterre fit traire ses naves sur le pas des dunes et bien garnir et défendre contre les François.

Or vous dirai que le roi d’Angleterre fit et avoit jà fait. Quand il sçut que le roi de France venoit à si grand ost pour le combattre et pour désassiéger la ville de Calais, qui tant lui avoit coûté d’avoir, de gens et de peine de son corps, et si savoit bien que il avoit la dite ville si astreinte et si menée que elle ne se pouvoit longuement tenir, si lui venoit à grand’contraire s’il l’en convenoit partir ainsi ; si avisa et imagina ledit roi que les François ne pouvoient venir ni approcher son ost ni la ville de Calais, que par l’un des deux pas, ou par les dunes sur le rivage de la mer, ou par dessus où il avoit grand’foison de fossés et de crolis et de marais ; et n’y avoit sur ce chemin que un seul pont par où on pût passer, et l’appeloit-on le pont de Nieulay. Si fit le dit roi traire toutes ses naves et ses vaisseaux par devers les dunes, et bien garnir et fournir de bombardes, d’arbalètres, d’archers et d’espringales, et de telles choses par quoi l’ost des François ne pût ni osât par là passer ; et fit le comte Derby son cousin aller loger sur le dit pont de Nieulay, à grand’foison de gens d’armes et d’archers, afin que les François n’y pussent passer, si ils ne passoient parmi les marais, qui sont impossibles à passer. Entre le mont de Sangattes et la mer de l’autre côté devers Calais, avoit une haute tour que trente-deux archers anglois gardoient ; et tenoient là endroit le passage des dunes pour les François ; et l’avoient à leur avis durement fortifiée de grands doubles fossés.

Quand les François furent logés sur le mont de Sangattes, ainsi comme vous avez ouï, les gens des communautés perçurent celle tour ; si s’avancèrent ceux de Tournay, qui bien étoient quinze cents, et allèrent de grand’volonté celle part. Quand ceux qui dedans étoient les virent approcher, ils trairent à eux et en navrèrent aucuns. Quand les compagnons de Tournay virent ce, ils furent tous courroucés, et se mirent de grand’volonté à assaillir celle tour et ces Anglois, et passèrent par force outre les fossés, et vinrent jusques à la motte de terre et au pied de la tour, à pics et à hoyaux. Là eut dur assaut et grand, et moult de ceux de Tournay blessés ; mais pour ce ne se refreignirent-ils mie de assaillir ; et firent tant que, par force et par grand’appertise de corps, ils conquirent celle tour ; et furent morts tous ceux qui dedans étoient, et la tour abattue et renversée. De quoi les François tinrent ce fait à grand’prouesse.

CHAPITRE CCCXVIII.

Comment le roi de France, voyant qu’il ne pouvoit trouver passage pour venir à Calais, manda au roi d’Angleterre qu’il lui donnât place pour le combattre, et quelle chose il lui répondit.

Quand l’ost des François se fut logé sur le mont de Sangattes, le roi de France envoya les maréchaux, le seigneur de Beaujeu et le seigneur de Saint-Venant, pour regarder et aviser comment et par où son ost plus aisément pourroit passer, pour approcher les Anglois et eux combattre. Ces deux seigneurs, maréchaux de France pour le temps, allèrent partout regarder et considérer les passages et les détroits, et puis s’en retournèrent au roi et lui dirent à brève parole, que ils ne pouvoient aviser que il pût aucunement approcher les Anglois, qu’il ne perdît ses gens davantage. Si demeura la chose celui jour et la nuit en suivant.

Lendemain après messe, le roi Philippe envoya grands messages, par le conseil de ses hommes, au roi d’Angleterre ; et passèrent les messages, par le congé du comte Derby, au pont de Nieulay ; et furent messire Geoffroy de Chargny, messire Eustache de Ribeumont, messire Guy de Nelle, et le sire de Beaujeu. En passant et en chevauchant celle forte voie, ces quatre seigneurs avisèrent bien et considérèrent le fort passage, et comment le pont étoit bien gardé. On les laissa passer paisiblement tout outre, car le roi d’Angleterre l’avoit ainsi ordonné, et durement en passant prisèrent l’arroy et l’ordonnance du comte Derby et de ses gens, qui gardoient ce pont parmi lequel ils passèrent ; et tant chevauchèrent qu’ils vinrent jusques au roi d’Angleterre, qui bien étoit pourvu de grand’baronie de-lez lui, Tautôt tous quatre mirent pied à terre, et passèrent en avant et vinrent jusques au roi et s’inclinèrent ; le roi les recueillit, ainsi qu’il appartenoit à faire. Là s’avança messire Eustache de Ribeumont à parler pour tous et dit : « Sire, le roi de France nous envoie par devers vous et vous signifie qu’il est ci venu et arrêté sur le mont de Sangattes pour vous combattre ; mais il ne peut ni voir ni trouver voie comment il puisse venir jusques à vous ; si en a-t-il grand désir pour désassiéger sa bonne ville de Calais. Si a fait aviser et regarder par ses maréchaux comment il pourroit venir jusques à vous ; mais c’est chose impossible. Si verroit volontiers que vous voulussiez mettre de votre conseil ensemble, et il mettroit du sien, et par l’avis de ceux, aviser place là où on se pût combattre ; et de ce sommes-nous tous chargés de vous dire et requerre. »

Le roi d’Angleterre, qui bien entendit cette parole, fut tantôt conseillé et avisé de répondre, et répondit et dit : « Seigneurs, j’ai bien entendu ce que vous me requérez de par mon adversaire qui tient mon droit héritage à tort, dont il me poise : si lui dites de par moi, s’il vous plaît, que je suis ci endroit, et y ai demeuré près d’un an, ce a-t-il bien sçu, et y fût bien venu plus tôt s’il eût voulu ; mais il m’a ici laissé si longuement demeurer que je y ai grossement dépendu du mien ; et y pense avoir tant fait que assez briévement je serai sire de la ville et du châtel de Calais. Si, je ne suis mie conseillé de tout faire à sa devise et à son aise, ni éloigner ce que j’ai tant désiré et comparé. Si lui dites que, si il ni ses gens ne peuvent par là passer, que ils voisent autour pour quérir la voie. »

Les barons et messages du roi de France virent bien qu’ils n’emporteroient autre réponse ; si prirent congé. Le roi leur donna, qui les fit convoyer jusques outre le dit pont de Nieulay ; et s’en revinrent en leur ost, et recordèrent au roi tout ainsi et les propres paroles que le roi d’Angleterre avoit dites. De la quelle réponse le roi fut tout courroucé, car il vit bien que perdre lui convenoit la forte ville de Calais ; et si n’y pouvoit remédier par nulle voie.

CHAPITRE CCCXX.

Comment ceux de Calais se voulurent rendre au roi d’Angleterre, sauves-leurs vies ; et comment ledit roi voulut avoir six des plus nobles bourgeois de la ville pour en faire sa volonté.

Après le département du roi de France et de son ost, du mont de Sangattes, ceux de Calais virent bien que le secours en quoi ils avoient fiance leur étoit failli ; et si étoient à si grand’détresse de famine que le plus grand et le plus fort se pouvoit à peine soutenir : si eurent conseil ; et leur sembla qu’il valoit mieux à eux mettre en la volonté du roi d’Angleterre, si plus grand’merci ne pouvoient trouver, que eux laisser mourir l’un après l’autre par détresse de famine ; car les plusieurs en pourvoient perdre corps et âme par rage de faim. Si prièrent tant à monseigneur Jean de Vienne qu’il en voulût traiter, qu’il s’y accorda ; et monta aux créneaux des murs de la ville, et fit signe à ceux de dehors qu’il vouloit parler à eux. Quand le roi d’Angleterre entendit ces nouvelles, il envoya là tantôt messire Gautier de Mauny et le seigneur de Basset. Quand ils furent là venus, messire Jean de Vienne leur dit : « Chers seigneurs, vous êtes moult vaillans chevaliers et usés d’armes, et savez que le roi de France que nous tenons à seigneur, nous a céans envoyés, et commandé que nous gardissions cette ville et ce châtel, tellement que blâme n’en eussions, ni il point de dommage : nous en avons fait notre pouvoir. Or est notre secours failli, et vous nous avez si étreints que n’avons de quoi vivre : si nous conviendra tous mourir, ou enrager par famine, si le gentil roi qui est votre sire n’a pitié de nous. Chers seigneurs, si lui veuilliez prier en pitié qu’il veuille avoir merci de nous, et nous en veuille laisser aller tout ainsi que nous sommes, et veuille prendre la ville et le châtel et tout l’avoir qui est dedans ; si en trouvera assez. »

Adonc répondit messire Gautier de Mauny et dit : « Messire Jean, messire Jean, nous savons partie de l’intention du roi notre sire, car il la nous a dite : sachez que ce n’est mie son entente que vous en puissiez aller ainsi que vous avez cy dit ; ains est son intention, que vous vous mettez tous en sa pure volonté, pour rançonner ceux qu’il lui plaira, ou pour faire mourir ; car ceux de Calais lui ont tant fait de contraires et de dépits, le sien fait dépendre, et grand’foison de ses gens fait mourir, dont si il lui en poise ce n’est mie merveille. »

Adonc répondit messire Jean de Vienne et dit : « Ce seroit trop dure chose pour nous si nous consentions ce que vous dites. Nous sommes céans un petit de chevaliers et d’écuyers qui loyalement à notre pouvoir avons servi notre seigneur le roi de France, si comme vous feriez le vôtre en semblable cas, et en avons enduré mainte peine et mainte mésaise ; mais ainçois en souffrirons-nous telle mésaise que oncques gens n’endurèrent ni souffrirent la pareille, que nous consentissions que le plus petit garçon ou varlet de la ville eût autre mal que le plus grand de nous. Mais nous vous prions que, par votre humilité, vous veuilliez aller devers le roi d’Angleterre, et lui priez qu’il ait pitié de nous. Si nous ferez courtoisie ; car nous espérons en lui tant de gentillesse qu’il aura merci de nous. » — « Par ma foi, répondit messir Gautier de Mauny, je le ferai volontiers, messire Jean ; et voudrois, si Dieu me veuille aider, qu’il m’en voulût croire ; car vous en vaudriez tous mieux. »

Lors se départirent le sire de Mauny et le sire de Basset, et laissèrent messire Jean de Vienne s’appuyant aux créneaux, car tantôt devoient retourner ; et s’en vinrent devers le roi d’Angleterre qui les attendoit à l’entrée de son hôtel et avoit grand désir de ouïr nouvelles de ceux de Calais. De-lez lui étoient le comte Derby, le comte de Norhantonne, le comte d’Arondel et plusieurs autres barons d’Angleterre. Messire Gautier de Mauny et le sire de Basset s’inclinèrent devant le roi, puis se trairent devers lui. Le sire de Mauny, qui sagement étoit emparlé et enlangagé, commença à parler, car le roi souverainement le voult ouïr, et dit : « Monseigneur, nous venons de Calais et avons trouvé le capitaine, messire Jean de Vienne, qui longuement a parlé à nous ; et me semble que il et ses compagnons et la communauté de Calais sont en grand’volonté de vous rendre la ville et le châtel de Calais et tout ce qui est dedans, mais que leurs corps singulièrement ils en puissent mettre hors. »

Adonc répondit le roi : « Messieurs Gautier, vous savez la greigneur partie de notre entente en ce cas : quelle chose en avez-vous répondu ? » — « En nom de Dieu, monseigneur, dit messire Gautier, que vous n’en feriez rien, si ils ne se rendoient simplement à votre volonté, pour vivre ou pour mourir, si il vous plaît. Et quand je leur eus ce montré, messire Jean de Vienne me répondit et confessa bien qu’ils étoient moult contraints et astreints de famine ; mais ainçois que ils entrassent en ce parti ils se vendroient si cher que oncques gens firent. » Adonc répondit le roi : « Messire Gautier, je n’ai mie espoir ni volonté que j’en fasse autre chose. »

Lors se retrait avant le sire de Mauny et parla moult sagement au roi, et dit pour aider ceux de Calais : « Monseigneur, vous pourrez bien avoir tort, car vous nous donnez mauvais exemple. Si vous nous vouliez envoyer en aucune de vos forteresses, nous n’irions mie si volontiers, si vous faites ces gens mettre à mort, ainsi que vous dites ; car ainsi feroit-on de nous en semblable cas. » Cet exemple amollia grandement le courage du roi d’Angleterre ; car le plus des barons l’aidèrent à soutenir. Donc dit le roi : « Seigneurs, je ne vueil mie être tout seul contre vous tous. Gautier, vous en irez à ceux de Calais ; et direz au capitaine que la plus grand’grâce qu’ils pourront trouver ni avoir en moi, c’est que ils partent de la ville de Calais six des plus notables bourgeois, en purs leurs chefs et tous déchaux, les hars au col, les clefs de la ville et du châtel en leurs mains ; et ne ceux je ferai ma volonté ; et le demeurant je prendrai à merci. » — « Monseigneur, répondit messire Gautier, je le ferai volontiers. »

CHAPITRE CCCXXI.

Comment les six bourgeois se partirent de Calais, tous nuds en leurs chemises, la hart au col, et les clefs de la ville en leurs mains ; et comment la roine d’Angleterre leur sauva les vies.

À ces paroles se partit du roi messire Gautier de Mauny, et retourna jusques à Calais, là où messire Jean de Vienne l’attendoit. Si lui recorda toutes les paroles devant dites, ainsi que vous les avez ouïes, et dit bien que c’étoit tout ce qu’il avoit pu empétrer. Messire Jean dit : « Messire Gautier, je vous en crois bien ; or vous prié-je que vous veuilliez ci tant demeurer que j’aie démontré à la communauté de la ville toute cette affaire ; car ils m’ont cy envoyé, et à eux tient d’en répondre, ce m’est avis. » Répondit le sire de Mauny : « Je le ferai volontiers. » Lors se partit des créneaux messire Jean de Vienne, et vint au marché, et fit sonner la cloche pour assembler toutes manières de gens en la halle. Au son de la cloche vinrent hommes et femmes, car moult désiroient à ouïr nouvelles, ainsi que gens si astreints de famine que plus n’en pouvoient porter. Quand ils furent tous venus et assemblés en la halle, hommes et femmes, Jean de Vienne leur démontra moult doucement les paroles toutes telles que ci devant sont récitées ; et leur dit bien que autrement ne pouvoit être, et eussent sur ce avis et brève réponse. Quand ils ouïrent ce rapport, ils commencèrent tous à crier et à pleurer tellement et si amèrement, qu’il n’est si dur cœur au monde, s’il les eût vus ou ouïs eux démener, qui n’en eût eu pitié. Et n’eurent pour l’heure pouvoir de répondre ni de parler ; et mêmement messire Jean de Vienne en avoit telle pitié qu’il larmoyoit moult tendrement.

Une espace après se leva en pied le plus riche bourgeois de la ville, que on appeloit sire Eustache de Saint-Pierre, et dit devant tous ainsi : « Seigneurs, grand’pitié et grand meschef seroit de laisser mourir un tel peuple que ici a, par famine ou autrement, quand on y peut trouver aucun moyen ; et si seroit grand’aumône et grand’grâce envers Notre-Seigneur, qui de tel meschef le pourroit garder. Je, en droit moi, ai si grand’espérance d’avoir grace et pardon envers Notre-Seigneur, si je muir pour ce peuple sauver, que je veuil être le premier ; et me mettrai volontiers en pur ma chemise, à nud chef, et la hart au col, en la merci du roi d’Angleterre. » Quand sire Eustache de Saint-Pierre eut dit cette parole, chacun l’alla aouser de pitié, et plusieurs hommes et femmes se jetoient à ses pieds pleurant tendrement ; et étoit grand’pitié de là être, et eux ouïr, écouter et regarder.

Secondement un autre très honnête bourgeois et de grand’affaire, et qui avoit deux belles damoiselles à filles, se leva et dit tout ainsi qu’il feroit compagnie à son compère sire Eustache de Saint-Pierre ; et appeloit-on celui sire Jean d’Aire.

Après se leva le tiers, qui s’appeloit sire Jaques de Vissant, qui étoit riche homme de meubles et d’héritage ; et dit qu’il feroit à ses deux cousins compagnie. Aussi fit sire Pierre de Vissant son frère ; et puis le cinquième ; et puis le sixième. Et se dévêtirent là ces six bourgeois tous nus en leur braies et leur chemises, en la ville de Calais, et mirent hars en leur col, ainsi que l’ordonnance le portoit, et prirent les clefs de la ville et du châtel ; chacun en tenoit une poignée.

Quand ils furent ainsi appareillés, messire Jean de Vienne, monté sur une petite haquenée, car à grand’malaise pouvoit-il aller à pied, se mit au devant et prit le chemin de la porte. Qui lors vit hommes et femmes et les enfans d’iceux pleurer et tordre leurs mains et crier à haute voix très amèrement, il n’est si dur cœur au monde qui n’en eut pitié. Ainsi vinrent eux jusques à la porte, convoyés en plaintes, en cris et en pleurs. Messire Jean de Vienne fit ouvrir la porte tout arrière, et se fit enclorre dehors avec les six bourgeois, entre la porte et les barrières ; et vint à messire Gautier qui l’attendoit là, et dit : « Messire Gautier, je vous délivre, comme capitaine de Calais, par le consentement du povre peuple de cette ville, ces six bourgeois ; et vous jure que ce sont et étoient aujourd’hui les plus honorables et notables de corps, de chevance et d’ancesterie de la ville de Calais ; et portent avec eux toutes les clefs de la dite ville et du châtel. Si vous prie, gentil sire, que vous veuilliez prier pour eux au roi d’Angleterre que ces bonnes gens ne soient mie morts. » — « Je ne sais, répondit le sire de Mauny, que messire le roi en voudra faire, mais je vous ai en convent que j’en ferai mon pouvoir. »

Adonc fut la barrière ouverte : si s’en allèrent les six bourgeois en cet état que je vous dis, avec messire Gautier de Mauny, qui les amena tout bellement devers le palais du roi, et messire Jean de Vienne rentra en la ville de Calais.

Le roi étoit à cette heure en sa chambre, à grand’compagnie de comtes, de barons et de chevaliers. Si entendit que ceux de Calais venoient en l’arroy qu’il avoit devisé et ordonné ; et se mit hors, et s’en vint en la place devant son hôtel, et tous ces seigneurs après lui, et encore grand’foison qui y survinrent pour voir ceux de Calais, ni comment ils fineroient ; et mêmement la roine d’Angleterre, qui moult étoit enceinte, suivit le roi son seigneur. Si vint messire Gautier de Mauny et les bourgeois de-lez lui qui le suivoient, et descendit en la place, et puis s’envint devers le roi et lui dit : « Sire, vecy la représentation de la ville de Calais â votre ordonnance. » Le roi se tint tout coi et les regarda moult fellement, car moult héoit les habitans de Calais, pour les grands dommages et contraires que au temps passé sur mer lui avoient faits. Ces six bourgeois se mirent tantôt à genoux pardevant le roi, et dirent ainsi en joignant leurs mains : « Gentil sire et gentil roi, véez-nous cy six, qui avons été d’ancienneté bourgeois de Calais et grands marchands : si vous apportons les clefs de la ville et du châtel de Calais et les vous rendons à votre plaisir, et nous mettons en tel point que vous nous véez, en votre pure volonté, pour sauver le demeurant du peuple de Calais, qui a souffert moult de griévetés. Si veuillez avoir de nous pitié et mercy par votre très haute noblesse. » Certes il n’y eut adonc en la place seigneur, chevalier, ni vaillant homme, qui se pût abstenir de pleurer de droite pitié, ni qui pût de grand’pièce parler. Et vraiment ce n’étoit pas merveille ; car c’est grand’pitié de voir hommes décheoir et être en tel état et danger. Le roi les regarda très ireusement, car il avoit le cœur si dur et si épris de grand courroux qu’il ne put parler. Et quand il parla, il commanda que on leur coupât tantôt les têtes. Tous les barons et les chevaliers qui là étoient, en pleurant prioient si acertes que faire pouvoit au roi qu’il en voulût avoir pitié et mercy ; mais il n’y vouloit entendre. Adonc parla messire Gautier de Mauny et dit : « Ha ! gentil sire, veuillez refréner votre courage : vous avez le nom et la renommée de souveraine gentillesse et noblesse ; or ne veuillez donc faire chose par quoi elle soit amenrie, ni que on puisse parler sur vous en nulle vilenie. Si vous n’avez pitié de ces gens, toutes autres gens diront que ce sera grand’cruauté, si vous êtes si dur que vous fassiez mourir ces honnêtes bourgeois, qui de leur propre volonté se sont mis en votre mercy pour les autres sauver. » À ce point grigna le roi les dents et dit : « Messire Gautier, souffrez vous ; il n’en sera autrement, mais on fasse venir le coupe-tête. Ceux de Calais ont fait mourir tant de mes hommes, que il convient ceux-ci mourir aussi. »

Adonc fit la noble roine d’Angleterre grand’humilité, qui étoit durement enceinte, et pleuroit si tendrement de pitié que elle ne se pouvoit soutenir. Si se jeta à genoux pardevant le roi son seigneur et dit ainsi : « Ha ! gentil sire, depuis que je repassai la mer en grand péril, si comme vous savez, je ne vous ai rien requis ni demandé : or vous prié-je humblement et requiers en propre don, que pour le fils sainte Marie, et pour l’amour de moi, vous veuilliez avoir de ces six hommes mercy. »

Le roi attendit un petit à parler, et regarda la bonne dame sa femme, qui pleuroit à genoux moult tendrement ; si lui amollia le cœur, car envis l’eût courroucée au point où elle étoit ; si dit : « Ha ! dame, j’aimasse trop mieux que vous fussiez autre part que cy. Vous me priez si acertes que je ne le vous ose escondire ; et combien que je le fasse envis, tenez, je vous les donne ; si en faites votre plaisir. » La bonne dame dit : « Monseigneur, très grands mercis ! » Lors se leva la roine et fit lever les six bourgeois et leur ôter les chevestres d’entour leur cou, et les emmena avec li en sa chambre, et les fit revêtir et donner à dîner tout aise, et puis donna à chacun six nobles, et les fit conduire hors de l’ost à sauveté ; et s’en allèrent habiter et demeurer en plusieurs villes de Picardie.

CHAPITRE CCCXXII.

Comment le sire de Mauny et les deux maréchaux d’Angleterre, du commandement du roi, allèrent prendre la saisine de Calais et mirent les chevaliers, qui dedans étoient, en prison, et firent partir toutes autres gens.

Ainsi fut la forte ville de Calais assiégée par le roi Édouard d’Angleterre, l’an de grâce mil trois cent quarante-six, environ la Saint-Jean décolace, au mois d’août, et fut conquise en ce mois l’an mil trois cent quarante-sept. Quand le roi d’Angleterre eut fait sa volonté des six bourgeois de Calais, et il les eut donnés à la roine sa femme, il appela messire Gautier de Mauny et ses deux maréchaux, le comte de Warvich et le baron de Stanfort, et leur dit : « Seigneurs, prenez ces clefs de la ville et du châtel de Calais, si en allez prendre la saisine et la possession ; et prenez les chevaliers qui laiens sont et les mettez en prison, ou leur faites jurer et fiancer prison : ils sont gentils hommes, je les recrerai bien sur leur foi ; et tous autres soudoyers, qui sont là venus pour gagner leur argent, faites-les partir simplement, et tout le demeurant de la ville, hommes et femmes et enfans ; car je vueil la ville repeupler de purs Anglois. »

Tout ainsi fut fait que le roi le commanda. Les deux maréchaux d’Angleterre et le sire de Mauny, à cent hommes tant seulement, s’en vinrent prendre la saisine de Calais, et firent aller ès portes tenir prison messire Jean de Vienne, messire Jean de Surie, messire Baudouin de Bellebourne et les autres. Et firent les maréchaux d’Angleterre apporter aux soudoyers toutes leurs armures et jeter en un mont en la halle ; et puis firent toutes manières de gens, petits et grands, partir ; et ne retinrent que trois hommes : un prêtre et deux autres anciens hommes, bons coutumiers des lois et ordonnances de Calais ; et fut pour enseigner les héritages. Quand ils eurent tout ce fait, et le châtel ordonné pour loger le roi et la roine, et tous les autres hôtels furent vidés et appareillés pour recevoir les gens du roi, on le signifia au roi. Adonc monta-t-il à cheval, et fit monter la roine et les barons et chevaliers, et chevauchèrent à grand’gloire devers Calais ; et entrèrent en la ville à si grand’foison de menestrandies, de trompes, de tambours, de nacaires, de chalemies et de muses, que ce seroit merveilles à recorder ; et chevauchèrent ainsi jusques au châtel, et le trouvèrent bien paré et bien ordonné pour lui recevoir et le dîner tout prêt. Si donna le roi, ce premier jour qu’il entra en Calais, à dîner dedans le châtel aux comtes, aux barons et aux chevaliers qui là étoient, et qui la mer avoient passé avec elle ; et y furent en grand soulas, ce peut-on bien croire. Ainsi se porta l’ordonnance de Calais, et se tint le roi au châtel et en la ville tant que la roine fut relevée d’une fille, qui eut nom Marguerite. Et donna à aucuns de ses chevaliers, ce terme pendant, beaux hôtels en la ville de Calais, au seigneur de Mauny, au baron de Staffort, au seigneur de Cobehen, à messire Barthélemi de Bruhes, et ainsi à tous les autres, pour mieux repeupler la ville. Et étoit son intention, lui retourné en Angleterre, qu’il envoiroit là trente-six riches bourgeois, riches hommes et notables de Londres, et feroit tant que la dite ville seroit toute repeuplée de purs Anglois, laquelle intention il accomplit. Si fut la neuve ville, et la bastide qui devant étoit faite pour tenir le siége, toute défaite, et le châtel qui étoit sur le hâvre, abattu, et le gros merrien amené à Calais. Si ordonna le roi gens pour entendre aux portes, aux murs, aux tours et aux barrières de la ville ; et tout ce qui étoit rompu et brisé, on le fit appareiller. Si ne fut mie sitôt fait ; et furent envoyés en Angleterre, avant le département du roi, messire Jean de Vienne et ses compagnons ; et furent environ demi an à Londres, et puis mis à rançon.

CHAPITRE CCCXXIII.

Comment le roi et la roine d’Angleterre s’en retournèrent en Angleterre ; et comment la ville de Calais fut repeuplée de purs Anglois que le roi y envoya.

Or m’est avis que c’est grand ennui de piteusement penser et aussi considérer que ces grands bourgeois et ces nobles bourgeoises et leurs beaux enfans, qui d’estoch et d’extraction avoient demeuré, et leurs devanciers, en la ville de Calais, devinrent ; desquels il y avoit grand’foison au jour qu’elle fut conquise. Ce fut grand’pitié quand il leur convint guerpir leurs beaux hôtels, leurs héritages, leurs meubles et leurs avoirs ; car rien n’emportèrent, et si n’en eurent oncques restitution ni recueuvre du roi de France, pour qui ils avoient tout perdu.

Je me passerai briévement d’eux : ils firent le mieux qu’ils purent, mais la greigneur partie se traist en la ville de Saint-Omer.

Encore se tenoit le roi d’Angleterre à Calais pour entendre plus parfaitement aux besognes de la ville, et le roi Philippe en la cité d’Amiens. Si étoit de-lez lui le cardinal de Boulogne, qui venu étoit en France en légation, par quelle promotion il procura une trêve entre ces deux rois, leurs pays et leurs adhérens, à durer deux ans. Et furent ces trêves accordées de toutes parties, mais on excepta hors la terre de la duché de Bretagne, car là tenoient et tinrent toudis les deux dames guerre l’une à l’autre.

Si s’en retournèrent le roi et la roine d’Angleterre, et laissa le roi, à son département de Calais, pour capitaine, un Lombard que moult aimoit et lequel il avoit avancé, qui s’appeloit Aimery de Pavie ; et lui chargea en garde toute la ville et le châtel, dont il en dut presque être meschu, ainsi que vous orrez recorder briévement.

Quand le roi d’Angleterre fut retourné à Londres, il mit grand’entente à repeupler la ville de Calais, et y envoya trente-six riches bourgeois et sages hommes, leurs femmes et leurs enfans, et plus de trois cents autres hommes de moindre état ; et toujours croissoit le nombre, car le roi y donna et scella libertés et franchises si grands que chacun s’y vint amasser volontiers.

En ce temps fut amené en Angleterre messire Charles de Blois, qui s’appeloit duc de Bretagne, qui avoit été pris devant la Roche-Derrien, ainsi que ci-dessus est contenu. Si fut mis en courtoise prison au châtel de Londres, avec le roi David d’Escosse et le comte de Moreth. Mais il n’y fut mie longuement que à la prière madame la roine d’Angleterre, qui étoit sa cousine germaine, il fut reçu sur sa foi ; et chevauchoit à sa volonté autour de Londres, mais il ne pouvoit gésir que une nuit dehors, si il n’étoit en la compagnie du roi d’Angleterre ou de la roine.

En ce temps étoit prisonnier en Angleterre le comte d’Eu et de Ghines ; mais il étoit si frique et si joli chevalier, et si bien lui avenoit quant qu’il faisoit, qu’il étoit partout le bien venu du roi et de la roine, des barons, des dames et des damoiselles d’Angleterre.

CHAPITRE CCCXXIV.

Comment plusieurs escarmouches et plusieurs prises de châteaux et de villes se faisoient entre les Anglois, les Escots et les François.

Toute celle année que celle trêve fut accordée que vous avez ouï, se tinrent les deux rois à paix l’un contre l’autre ; mais pour ce ne demeura mie que messire Guillaume de Douglas, ce vaillant chevalier d’Escosse, et les Escots qui se tenoient en la forêt de Gedours, ne guerroyassent toudis les Anglois partout où ils les pouvoient trouver, quoique le roi d’Escosse leur sire fût pris ; et ne tinrent oncques trêves que le roi de France et le roi d’Angleterre eussent ensemble. D’autre part aussi ceux qui étoient en Gascogne, en Poitou, en Xantonge, tant des François comme des Anglois, ne tinrent oncques fermement trêves, ni respit, qui fut entre les deux rois ; ains gagnoient et conquéroient villes et forts châteaux souvent, les uns sur les autres, par force ou par pourchas, par embler ou par écheler, de nuit ou de jour ; et avenoient souvent de belles aventures, une fois aux Anglois, l’autre fois aux François. Et toujours gagnoient povres brigands à dérober et piller villes et châteaux, et y conquéroient si grand avoir que c’étoit merveille ; et devenoient les uns si riches, par espécial ceux qui se faisoient maîtres et capitaines des autres brigands, que il en y avoit de tels qui avoient bien la finance de soixante mille écus. Au voir dire et raconter, c’étoit grand’merveille de ce qu’ils faisoient : ils épioient, telle fois étoit, et bien souvent, une bonne ville ou un bon châtel, une journée ou deux loin ; et puis s’assembloient vingt ou trente brigands, et s’en alloient tant de jour que de nuit, par voies couvertes, que ils entroient en celle ville ou en cel châtel que épié avoient, droit sur le point du jour, et boutoient le feu en une maison ou en deux. Et ceux de la ville cuidoient que ce fussent mille armures de fer, qui vouloient ardoir leur ville : si s’enfuyoient qui mieux mieux, et ces brigands brisoient maisons, coffres et écrins, et prenoient quant qu’ils trouvoient, puis s’en alloient leur chemin, chargés de pillage.

Ainsi firent-ils à Dousenac et en plusieurs autres villes ; et gagnèrent ainsi plusieurs châteaux, et puis les revendirent.

Entre les autres, eut un brigand en la Languedoc, qui en telle manière avisa et épia le fort châtel de Combourne qui sied en Limosin, en très fort pays durement. Si chevaucha de nuit atout trente de ses compagnons, et vinrent à ce fort châtel, et l’échellèrent et gagnèrent, et prirent le seigneur dedans que on appeloit le vicomte de Combourne, et occirent toute la maisnée de léans, et mirent le seigneur en prison en son châtel même, et le tinrent si longuement qu’il se rançonna atout vingt-quatre mille écus tous appareillés. Et encore détint le dit brigand le dit châtel et le garnit bien, et en guerroya le pays. Et depuis, pour ses prouesses, le roi de France le voulut avoir de-lez lui, et acheta son châtel vingt mille écus ; et fut huissier d’armes du roi de France et en grand honneur de-lez le roi. Et étoit appelé ce brigand Bacon. Et étoit toujours bien monté de bons coursiers, de doubles roncins et de gros palefrois, et aussi bien armé comme un comte et vêtu très richement, et demeura en ce bon état tant qu’il vesqui.

CHAPITRE CCCXXIX.

D’un chapelet de perles que le roi d’Angleterre donna à messire Eustache de Ribeumont.

Quand cette besogne fut toute passée, le roi d’Angleterre se retraist à Calais et droit au châtel, et là fit mener tous les chevaliers prisonniers. Adonc sçurent bien les François que le roi d’Angleterre avoit là été en propre personne et dessous la bannière à monseigneur Gautier de Mauny : si en furent plus joyeux tous les prisonniers, car ils espéroient qu’ils en vaudroient mieux. Si leur fit dire le roi de par lui que, celle nuit de l’an, il leur vouloit à tous donner à souper en son châtel de Calais ; et leur vint à grand’plaisance. Or vint l’heure de souper que les tables furent mises et que le roi et les chevaliers furent tous appareillés, et friquement et richement vêtus de neuves robes, ainsi comme à eux appartenoit, et tous les François aussi qui faisoient grand’chère quoiqu’ils fussent prisonniers ; mais le roi le vouloit.

Quand le souper fut appareillé, le roi lava et fit laver tous ses chevaliers : si s’assit à table, et les fit seoir de-lez lui moult honorablement ; et les servirent du premier mets le gentil prince de Galles et les chevaliers d’Angleterre ; et au second mets ils allèrent seoir à une autre table ; si furent servis bien et à paix et à grand loisir.

Quand on eut soupé, on leva les tables ; si demeura le dit roi en la salle entre ces chevaliers françois et anglois, et étoit à nu chef ; et portoit un chapelet de fines perles sur son chef. Si commença le roi à aller de l’un à l’autre et à entrer en parole. Si s’en vint sa voie et s’adressa sur monseigneur Geffroy de Chargny ; et là, en parlant à lui, il changea un peu de contenance, car il le regarda sur côté en disant : « Messire Geffroy, je vous dois par raison petit aimer, quand vous vouliez par nuit embler ce que j’ai si comparé, et qui m’a coûté tant de deniers. Si suis moult lie, quand je vous ai pris à l’épreuve : vous en vouliez avoir meilleur marché que je n’en ai eu, qui le cuidiez avoir pour vingt mille écus : mais Dieu m’a aidé, que vous avez failli à votre entente ; encore m’aidera-t-il, si il lui plait, à ma plus grand’entente. »

À ces mots passa outre le roi et laissa ester monseigneur Geffroy, qui nul mot n’avoit répondu ; et s’en vint devers monseigneur Eustache de Ribeumont et lui dit tout joyeusement : « Messire Eustache, vous êtes le chevalier du monde que je visse oncques mieux ni plus vassamment assaillir ses ennemis ni son corps défendre ; ni ne trouvai oncques, en bataille là où je fusse, qui tant me donnât à faire corps à corps que vous avez huy fait ; si vous en donne le prix, et aussi font tous les chevaliers de ma cour par droite sieute. »

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