Les Chroniques de Sire Jean Froissart (page 35)

Jean Froissart · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Chroniques de Sire Jean Froissart · 72 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Or parlerons du roi d’Angleterre, comment il persévéra depuis qu’il eut conquis, sur messire Godemar du Fay, le passage de Blanche-Tache.

CHAPITRE CCLXXXI.

Comment le roi d’Angleterre guerdonna le varlet qui lui avoit enseigné le passage ; et puis s’en vint gâtant et ardant le pays jusques vers Crécy.

Quand le roi d’Angleterre et ses gens furent outre, et qu’ils eurent mis en chasse leurs ennemis et délivré la place, ils se trairent bellement et ordonnément ensemble, et arroutèrent leur charroy, et chevauchèrent, ainsi qu’ils avoient fait au pays de Vexin et de Vimeu, et devant jusques là ; et ne s’effrayèrent de rien, puisqu’ils se sentirent outre la rivière de Somme ; et regracia et loua Dieu le roi d’Angleterre ce jour plusieurs fois, quand si grand’grâce lui avoit faite que trouver passage bon et sûr, et conquis sur ses ennemis, et les avoit déconfits par bataille. Adonc fit là venir le roi d’Angleterre le varlet avant, qui le passage lui avoit enseigné, et le quitta de sa prison, et tous ses compagnons pour l’amour de lui, et lui fit bailler cent nobles d’or et un bon roncin. De celui ne sais-je plus avant.

Depuis chevauchèrent le roi et ses gens tout souef et tous joyeux ; et eurent ce jour en pensée de loger en une bonne grosse ville que on appelle Noielle, qui près de là étoit. Mais quand ils surent quelle étoit à la comtesse d’Aumale, sœur à messire Robert d’Artois, qui trépassé étoit, ils assurèrent la ville et le pays qui à la dame étoit appartenant, pour l’amour de lui ; de quoi elle remercia moult le roi et ses maréchaux. Si allèrent loger plus avant au pays en approchant la Broye ; mais ses maréchaux chevauchèrent jusques au Crotoy qui siéd sur mer ; et prirent la ville et l’ardirent toute ; et trouvèrent sur le port grand’foison de nefs, de barges et de vaisseaux chargés de vins de Poitou, qui étoient à marchands de Xaintonge et de la Rochelle ; mais ils eurent tantôt tout vendu, et en firent les dits maréchaux amener et acharier des meilleurs en l’ost du roi d’Angleterre qui étoit logé à deux petites lieues de là. Lendemain, bien matin, se délogea le dit roi d’Angleterre, et chevaucha devers Crécy en Ponthieu ; et ses deux maréchaux chevauchèrent en deux routes, l’un à destre et l’autre à senestre ; et vint l’un courir jusques aux portes d’Abbeville et puis se retourna vers Saint-Riquier, ardant et exillant le pays ; et l’autre au dessous sur la marine, et vint courir jusques à la ville de Saint-Esprit de Rue. Si chevauchèrent ainsi ce vendredi jusques à heure de midi, que leurs trois batailles se remirent toutes ensemble. Si se logea le dit roi Édouard à tout son ost assez près de Crécy en Ponthieu.

CHAPITRE CCLXXXII.

Comment le roi d’Angleterre fit aviser par ses maréchaux la place où il ordonneroit ses batailles.

Bien étoit informé le roi d’Angleterre que son adversaire le roi de France le suivoit à tout son grand effort, et avoit grand désir de combattre à lui, si comme il apparoît ; car il l’avoit vîtement poursuivi jusques bien près du passage de Blanche-Tache, et étoit retourné jusques à Abbeville : si dit adonc le roi d’Angleterre à ses gens : « Prenons ci place de terre, car je n’irai plus avant, si aurai vu nos ennemis ; et bien y a cause que je les attende, car je suis sur le droit héritage de madame ma mère, qui lui fut donné en mariage ; si le veux défendre et calenger contre mon adversaire Philippe de Valois. »

Ses gens obéirent tous à son intention et n’allèrent adonc plus avant. Si se logea le roi en pleins champs, et toutes ses gens aussi ; et pour ce qu’il savoit bien qu’il n’avoit pas tant de gens, de la huitième partie, que le roi de France avoit, et si vouloit attendre l’aventure et la fortune et combattre, il avoit mestier que il entendît à ses besognes. Si fit aviser et regarder par ses deux maréchaux, le comte de Warvich et messire Godefroy de Harecourt, et messire Regnault de Cobehen avec eux, vaillant chevalier durement, le lieu et la place où ils ordonneroient leurs batailles. Les dessus dits chevauchèrent autour des champs et imaginèrent et considérèrent bien le pays et leur avantage : si firent le roi traire celle part et toutes manières de gens ; et avoient envoyé leurs coureurs courir par devers Abbeville, pour ce qu’ils savoient bien que le roi de France y étoit et passeroit là la Somme, à savoir si ce venredi ils se trairoient sur les champs et istroient d’Abbeville. Ils rapportèrent qu’il n’en étoit nul apparant.

Adonc donna le roi congé à toutes ses gens d’eux traire à leurs logis pour ce jour, et lendemain bien matin, au son des trompettes, être tous appareillés, ainsi que pour tantôt combattre en la dite place. Si se trait chacun, à cette ordonnance, en son logis, et entendirent à mettre à point et refourbir leurs armures. Or parlerons-nous un petit du roi Philippe qui étoit le jeudi au soir venu en Abbeville.

CHAPITRE CCLXXXIII.

Comment le roi de France envoya ses maréchaux pour savoir le convenant des Anglois ; et comment il donna à souper à tous les seigneurs qui avecques lui étoient ; et leur pria qu’ils fussent amis ensemble.

Le venredi tout le jour se tint le roi de France dedans la bonne ville d’Abbeville, attendant ses gens qui toudis lui venoient de tous côtés ; et faisoit aussi les aucuns passer outre la dite ville et traire aux champs, pour être plus appareillés lendemain ; car c’étoit son intention d’issir hors, et combattre ses ennemis, comment qu’il fut. Et envoya le dit roi ce venredi ses maréchaux, le sire de Saint-Venant et messire Charles de Montmorency, hors d’Abbeville, découvrir sur le pays, pour apprendre et savoir la vérité des Anglois. Si rapportèrent les dessus dits au roi, à heure de vespres, que les Anglois étoient logés sur les champs, assez près de Crécy en Ponthieu, et montroient, selon leur ordonnance et leur convenant, qu’ils attendoient là leurs ennemis. De ce rapport fut le roi de France moult lie, et dit que, s’il plaisoit à Dieu, lendemain ils seroient combattus. Si pria le dit roi au souper, ce venredi, de lez li tous les hauts princes qui adonc étoient dedans Abbeville ; le roi de Behaigne premièrement, le comte d’Alençon son frère, le comte de Blois son neveu, le comte de Flandre, le duc de Lorraine, le comte d’Aucerre, le comte de Sancerre, le comte de Harecourt, messire Jean de Hainaut et foison d’autres ; et fut ce soir en grand’récréation et en grand parlement d’armes, et pria après souper à tous les seigneurs qu’ils fussent l’un à l’autre amis et courtois, sans envie, sans haine et sans orgueil : et chacun lui enconvenança. Encore attendoit le dit roi le comte de Savoie et messire Louis de Savoie son frère, qui devoient venir à bien mille lances de Savoyens et du Dauphiné ; car ainsi étoient eux mandés et retenus et payés de leurs gages à Troyes en Champagne, pour trois mois. Or retournerons-nous au roi d’Angleterre, et vous conterons une partie de son convenant.

CHAPITRE CCLXXXIV.

Comment le roi d’Angleterre donna à souper à ses comtes et barons, et puis au matin, la messe ouïe, lui et son fils et plusieurs autres reçurent le corps de Notre Seigneur ; et comment il fit ordonner ses batailles.

Ce venredi, si comme je vous ai dit, se logea le roi d’Angleterre à pleins champs à tout son ost, et se aisèrent de ce qu’ils avoient : ils avoient bien de quoi, car ils trouvèrent le pays gras et plantureux de tous vivres, de vins et de viandes, et aussi, pour les défautes qui pouvoient avenir, grands pourvéances à charroy les suivoient. Si donna le dit roi à souper aux comtes et barons de son ost, leur fit moult grand’chère, et puis leur donna congé d’aller reposer, si comme ils firent. Cette même nuit, si comme je l’ai depuis ouï recorder, quand toutes ses gens furent partis de lui, et qu’il fut demeuré de-lez ses chevaliers de son corps et de sa chambre, il entra en son oratoire, et fut là à genoux et en oraison devant son autel, en priant dévotement Dieu qu’il le laissât lendemain, s’il se combattoit, issir de la besogne à son honneur. Après ses oraisons, environ mie nuit, il alla coucher ; et lendemain se leva assez matin par raison, et ouït messe, et le prince de Galles son fils ; et s’accommunièrent ; et en telle manière la plus grand’partie de ses gens se confessèrent et mirent en bon état.

Après les messes, le roi commanda à toutes gens eux armer, et issir hors de leurs logis et traire sur les champs en la propre place qu’ils avoient le jour devant avisée ; et fit faire le dit roi un grand parc près d’un bois derrière son ost, et là mettre et retraire tous chars et charrettes ; et fit entrer dedans ce parc tous les chevaux, et demeura chacun homme d’armes et archer à pied ; et n’y avoit en ce parc qu’une seule entrée.

En après il fit faire et ordonner par son connétable et ses maréchaux trois batailles : si fut mis et ordonné en la première son jeune fils le prince de Galles, et de-lez le dit prince furent élus pour demeurer, le comte de Warvich, le comte de Kenfort, messire Godefroy de Harecourt, messire Regnaut de Cobehen, messire Thomas de Hollande, messire Richard de Stanfort, le sire de Manne, le sire de la Ware, messire Jean Chandos, messire Barthelemy de Brubbes, messire Robert de Neufville, messire Thomas Cliford, le sire de Bourchier, le sire Latimer et plusieurs autres bons chevaliers et écuyers, lesquels je ne sais mie tous nommer : si pouvoient être en la bataille du prince environ huit cents hommes d’armes et deux mille archers et mille brigans parmi les Gallois. Si se trait moult ordonnément cette bataille sur les champs, chacun sire dessous sa bannière ou son pennon, ou entre ses gens.

En la seconde bataille furent le comte de Norhantonne, le comte d’Arondel, le sire de Ros, le sire de Lucy, le sire de Villebi, le sire de Basset, le sire de Saint-Aubin, messire Louis Tueton, le sire de Multon, le sire de la Selle et plusieurs autres ; et étoient en cette bataille environ cinq cents hommes d’armes et douze cents archers.

La tierce bataille eut le roi pour son corps, et grand’foison, selon l’aisement où il étoit, de bons chevaliers et écuyers : si pouvoient être en sa route et arroy environ sept cents hommes d’armes et deux mille archers. Quand ces trois batailles furent ordonnées et que chacun comte, baron et chevalier sçut quelle chose il devoit faire, le roi d’Angleterre monta sur un petit palefroy, un blanc bâton en sa main, adextré de ses maréchaux, et puis alla tout le pas de rang en rang, en amonestant et priant les comtes, les barons et les chevaliers qu’ils voulussent entendre et penser pour son honneur garder, et défendre son droit, et leur disoit ces langages en riant si doucement et de si liée chère, que qui fût tout déconforté si se pût-il reconforter en lui oyant et regardant. Et quand il eut ainsi visité toutes ses batailles, et ses gens amonestés et priés de bien faire la besogne, il fut heure de haute tierce ; si se retrait en sa bataille, et ordonna que toutes gens mangeassent à leur aise et bussent un coup. Ainsi fut fait comme il l’ordonna ; et mangèrent et burent tout à loisir ; et puis retroussèrent pots, barrils et leurs pourvéances sur leurs charriots, et revinrent en leurs batailles, ainsi que ordonnés étoient par les maréchaux ; et s’assirent tous à terre, leurs bassinets et leurs arcs devant eux, en eux reposans pour être plus frais et plus nouveaux quand leurs ennemis viendroient ; car telle étoit l’intention du roi d’Angleterre que là il attendroit son adversaire le roi de France, et se combattroit à lui et à sa puissance.

CHAPITRE CCLXXXIX.

Comment messire Jean de Hainaut conseille au roi Philippe qu’il se retraie ; et comment le comte d’Alençon et le comte de Flandre se combattirent longuement et vaillamment.

Vous devez savoir que le roi de France avoit grand’angoisse au cœur, quand il véoit ses gens ainsi déconfire et fondre l’un sur l’autre, par une poignée de gens que les Anglois étoient : si en demanda conseil à messire Jean de Hainaut qui de-lez lui étoit. Le dit messire Jean de Hainaut lui répondit et dit : « Certes, sire, je ne vous saurois conseiller le meilleur pour vous, si ce n’étoit que vous vous retraissiez et missiez à sauveté, car je n’y vois point de recouvrer ; il sera tantôt tard ; si pourriez aussi bien chevaucher sur vos ennemis et être perdu, que entre vos amis. »

Le roi qui tout frémissoit d’ire et de mautalent, ne répondit point adonc, mais chevaucha encore un petit plus avant ; et lui sembla qu’il se vouloit adresser devers son frère le comte d’Alençon, dont il véoit les bannières sur une petite montagne ; lequel comte d’Alençon descendit moult ordonnément sur les Anglois et les vint combattre, et le comte de Flandre d’autre part. Si vous dis que ces deux seigneurs et leurs routes, en costiant les archers, s’en vinrent jusques à la bataille du prince, et là se combattirent moult longuement et moult vaillamment ; et volontiers y fût le roi venu, s’il eût pu, mais il y avoit une si grand’haie d’archers et de gens d’armes au devant, que jamais ne put passer, car tant plus venoit et plus éclaircissoit son conroy.

Ce jour au matin avoit donné le roi Philippe au dit messire Jean de Hainaut un noir coursier, durement grand et bel, lequel messire Jean l’avoit baillé à un sien chevalier, messire Thierry de Senseilles, qui portoit sa bannière : dont il avint que le chevalier monté sur le coursier, la bannière messire Jean de Hainaut devant lui, transperça tous les conrois des Anglois ; et quand il fut hors et outre, au prendre son retour il trébucha parmi un fossé, car il étoit durement blessé ; et y eût été mort sans remède, mais son page, sur son coursier, autour des batailles l’avoit poursui ; et le trouva si à point qu’il gissoit là et ne se pouvoit ravoir. Il n’avoit autre empêchement que du cheval ; car les Anglois n’issoient point de leurs batailles pour nullui prendre ni gréver. Lors descendit le page, et fit tant que son maître fut relevé et remonté : ce beau service lui fit-il. Et sachez que le sire de Senseilles ne revint mie arrière par le chemin qu’il avoit fait ; et aussi, au voir dire, il n’eût pu.

CHAPITRE CCLXXXV.

Comment le roi de France, la messe ouïe, se partit d’Abbeville à tout son ost ; et comment il envoya quatre de ses chevaliers pour aviser le conroy des Anglois.

Le samedi au matin se leva le roi de France assez matin et ouït messe en son hôtel dedans Abbeville, en l’abbaye Saint-Pierre où il étoit logé, et aussi firent tous les seigneurs, le roi de Behaigne, le comte d’Alençon, le comte de Blois, le comte de Flandre et tous les chefs des grands seigneurs qui dedans Abbeville étoient arrêtés. Et sachez que le venredi ils ne logèrent mie tous dedans Abbeville, car ils n’eussent pu, mais ès villages d’environ ; et grand’foison en y eut à Saint-Riquier, qui est une bonne ville fermée. Après soleil levant, ce samedi, se partit le roi de France d’Abbeville, et issit des portes ; et y avoit si grand’foison de gens d’armes que merveille seroit à penser. Si chevaucha le dit roi tout souef pour sur-attendre ses gens, le roi de Behaigne et messire Jean de Hainaut en sa compagnie.

Quand le roi et sa grosse route furent éloignés la ville d’Abbeville environ deux lieues, en approchant les ennemis, si lui fut dit : « Sire, ce seroit bon que vous fissiez entendre à ordonner vos batailles, et fissiez toutes manières de gens de pied passer devant, par quoi ils ne soient point foulés de ceux de cheval, et que vous envoyez trois ou quatre de vos chevaliers devant chevaucher, pour aviser vos ennemis, ni en quel état ils sont. » Ces paroles plurent bien au dit roi ; et y envoya quatre moult vaillans chevaliers, le Moine de Basele, le seigneur de Noyers, le seigneur de Beaujeu, et le seigneur d’Aubigny. Ces quatre chevaliers chevauchèrent si avant qu’ils approchèrent de moult près les Anglois et que ils purent bien aviser et imaginer une grand’partie de leur affaire. Et bien virent les Anglois qu’ils étoient là venus pour eux voir : mais ils n’en firent semblant, et les laissèrent en paix tout bellement revenir.

Or retournèrent arrière ces quatre chevaliers devers le roi de France et les seigneurs de son conseil, qui chevauchoient le petit pas, en eux sur-attendant : si s’arrêtèrent sur les champs sitôt qu’ils les virent venir. Les dessus dits rompirent la presse et vinrent jusques au roi. Adonc leur demanda le roi tout haut : « Seigneurs, quelles nouvelles ? » Ils regardèrent tous l’un à l’autre, sans mot sonner ; car nul ne vouloit parler devant son compagnon, et disoient l’un à l’autre : « Sire, parlez au roi, je ne parlerai point devant vous. » Là furent-ils en estrif une espace que nul ne vouloit, par honneur, soi avancer de parler. Finablement issit de la bouche du roi l’ordonnance qu’il commanda au Moine de Basele, que on tenoit ce jour l’un des plus chevalereux et vaillant chevalier du monde, qui plus avoit travaillé de son corps, qu’il en dit son entente ; et étoit ce chevalier au roi de Behaigne, qui s’en tenoit pour bien paré quand il l’avoit de-lez lui.

CHAPITRE CCXXXVI.

Comment le Moine de Basele conseilla au roi de France faire arrêter ses gens en my les champs et ordonner ses batailles.

« Sire, ce dit le Moine de Basele, je parlerai puisqu’il vous plaît, sous la correction de mes compagnons. Nous avons chevauché ; si avons vu et considéré le convenant des Anglois. Sachez qu’ils sont mis et arrêtés en trois batailles, bien et faiticement, et ne font nul semblant qu’ils doivent fuir, mais vous attendent, à ce qu’ils montrent. Si conseille de ma partie, sauf toujours le meilleur conseil, que vous fassiez toutes vos gens ci arrêter sur les champs et loger pour cette journée ; car ainçois que les derniers puissent venir jusques à eux, et que vos batailles soient ordonnées, il sera tard ; si seront vos gens lassés et travaillés et sans arroy, et vous trouverez vos ennemis frais et nouveaux et tous pourvus de savoir quelle chose ils doivent faire ; si pourrez le matin vos batailles ordonner plus mûrement et mieux, et par plus grand loisir aviser vos ennemis par lequel lez on les pourra combattre ; car soyez tout sûr qu’ils vous attendront. »

Ce conseil et avis plut grandement bien au roi de France ; et commanda que ainsi fût fait que le dit Moine avoit parlé. Si chevauchèrent les deux maréchaux, l’un devant, l’autre derrière, en disant et commandant aux bannerets : « Arrêtez bannières, de par le roi, au nom de Dieu et de monseigneur Saint Denis. » Ceux qui étoient premiers, à cette première ordonnance s’arrêtèrent, et les derniers non, mais chevauchèrent toujours avant ; et disoient qu’ils ne s’arrèteroient point jusques à ce qu’ils fussent aussi avant que les premiers étoient. Et quand les premiers véoient qu’ils les approchoient, ils chevauchoient avant : ainsi par grand orgueil et par grand boubant fut demenée cette chose ; car chacun vouloit surpasser son compagnon ; et ne put être crue ni ouïe la parole du vaillant chevalier : dont il leur en meschéy si grandement comme vous orrez recorder assez brièvement. Ni aussi le roi ni ses maréchaux ne purent adonc être maîtres de leurs gens, car il y avoit si grands gens et si grand nombre de grands seigneurs, que chacun vouloit là montrer sa puissance.

Si chevauchèrent en cel état, sans arroy et sans ordonnance, si avant qu’ils approchèrent leurs ennemis et qu’ils les véoient en leur présence. Or fut moult grand blâme pour les premiers, et mieux leur valsist être ordonnés à l’ordonnance du vaillant chevalier que ce qu’ils firent ; car sitôt qu’ils virent leurs ennemis, ils reculèrent tout à un faix, si désordonnément que ceux qui derrière étoient s’en ébahirent, et cuidèrent que les premiers se combatissent et qu’ils fussent jà déconfits ; et eurent adonc bien espace d’aller devant, s’ils vouldrent ; de quoi aucuns y allèrent, et aucuns se tinrent tous cois.

Là y avoit sur les champs si grand peuple de communauté que sans nombre ; et en étoient les chemins tous couverts entre Abbeville et Crécy ; et quand ils durent approcher leurs ennemis, à trois lieues près ils sachèrent leurs épées et écrièrent : « À la mort, à la mort ! » Et si ne véoient nullui.

CHAPITRE CCLXXXVII.

Comment le roi de France commanda à ses maréchaux faire commencer la bataille par les Gennevois ; et comment les dits Gennevois furent tous déconfits.

Il n’est nul homme, tant fut présent à celle journée, ni eut bon loisir d’aviser et imaginer toute la besogne ainsi qu’elle alla, qui en sçut ni put imaginer, ni recorder la vérité, espécialement de la partie des François, tant y eut povre arroy et ordonnance en leurs conrois ; et ce que j’en sais, je l’ai sçu le plus par les Anglois, qui imaginèrent bien leur convenant, et aussi par les gens messire Jean de Hainaut, qui fut toujours de-lez le roi de France.

Les Anglois qui ordonnés étoient en trois batailles, et qui séoient jus à terre tout bellement, sitôt qu’ils virent les François approcher, ils se levèrent moult ordonnément, sans nul effroi, et se rangèrent en leurs batailles, celle du prince tout devant, leurs archers mis en manière d’une herse, et les gens d’armes au fond de la bataille. Le comte de Norhantonne et le comte d’Arondel et leur bataille, qui faisoient la seconde, se tenoient sur aile bien ordonnément, et avisés et pourvus pour conforter le prince, si besoin étoit. Vous devez savoir que ces seigneurs, rois, ducs, comtes, barons françois ne vinrent mie jusques là tous ensemble, mais l’un devant, l’autre derrière, sans arroy et sans ordonnance. Quand le roi Philippe vint jusques sur la place où les Anglois étoient près de là arrêtés et ordonnés, et il les vit, le sang lui mua, car il les héoit ; et ne se fut adonc nullement refréné ni abstenu d’eux combattre ; et dit à ses maréchaux : « Faites passer nos Gennevois devant et commencer la bataille, au nom de Dieu et de monseigneur Saint Denis. » Là avoit de ces dits Gennevois arbalétriers, environ quinze mille qui eussent eu aussi cher néant que commencer adonc la bataille ; car ils étoient durement las et travaillés d’aller à pied ce jour plus de six lieues, tous armés, et de leurs arbalètres porter ; et dirent adonc à leurs connétables qu’ils n’étoient mie adonc ordonnés de faire grand exploit de bataille. Ces paroles volèrent jusques au comte d’Alençon, qui en fut durement courroucé et dit : « On se doit bien charger de telle ribaudaille qui faillent au besoin. »

Entrementes que ces paroles couroient et que ces Gennevois se reculoient et se détrioient, descendit une pluie du ciel, si grosse et si épaisse, que merveilles, et un tonnerre et un esclistre moult grand et moult horrible. Paravant cette pluie, pardessus les batailles, autant d’un côté que d’autre, avoit volé si grand’foison de corbeaux que sans nombre, et demené le plus grand tempêtis du monde. Là disoient aucuns sages chevaliers que c’étoit un signe de grand’bataille et de grand’effusion de sang.

Après toutes ces choses se commença l’air à éclaircir et le soleil à luire bel et clair. Si l’avoient les François droit en l’œil et les Anglois par derrière. Quand les Gennevois furent tous recueillis et mis ensemble, et ils durent approcher leurs ennemis, ils commencèrent à crier si très haut que ce fut merveilles, et le firent pour ébahir les Anglois : mais les Anglois se tinrent tous cois, ni oncques n’en firent semblant. Secondement encore crièrent eux ainsi, et puis allèrent un petit pas avant : et les Anglois restoient tous cois, sans eux mouvoir de leur pas. Tiercement encore crièrent moult haut et moult clair, et passèrent avant, et tendirent leurs arbalètres et commencèrent à traire. Et ces archers d’Angleterre, quand ils virent cette ordonnance, passèrent un pas en avant, et puis firent voler ces sagettes de grand’façon, qui entrèrent et descendirent si ouniement sur ces Gennevois que ce sembloit neige. Les Gennevois qui n’avoient pas appris à trouver tels archers que sont ceux d’Angleterre, quand ils sentirent ces sagettes qui leur perçoient bras, têtes et ban-lèvre, furent tantôt déconfits ; et coupèrent les plusieurs les cordes de leurs arcs et les aucuns les jetoient jus : si se mirent ainsi au retour.

Entre eux et les François avoit une grand’haie de gens d’armes, montés et parés moult richement, qui regardoient le convenant des Gennevois ; si que, quand ils cuidèrent retourner, ils ne purent ; car le roi de France, par grand mautalent, quand il vit leur povre arroy, et qu’ils déconfisoient ainsi, commanda et dit : « Or tôt, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent la voie sans raison. » Là vissiez gens d’armes en tous lez entre eux férir et frapper sur eux, et les plusieurs trébucher et cheoir parmi eux, qui oncques ne se relevèrent. Et toujours traioient les Anglois en la plus grand’presse, qui rien ne perdoient de leur trait ; car ils empalloient et féroient parmi le corps ou parmi les membres gens et chevaux qui là chéoient et trébuchoient à grand meschef ; et ne pouvoient être relevés, si ce n’étoit par force et par grand’aide de gens. Ainsi se commença la bataille entre la Broye et Crécy en Ponthieu, ce samedi à heure de vespres.

CHAPITRE CCLXXXVIII.

Comment le roi de Behaigne, qui goûte n’y véoit, se fit mener en la bataille et y fut mort lui et les siens ; et comment son fils le roi d’Allemagne s’enfuit.

Le vaillant et gentil roi de Behaigne, qui s’appeloit messire Jean de Lucembourc, car il fut fils de l’empereur Henry de Lucembourc, entendit par ses gens que la bataille étoit commencée ; car quoi qu’il fût là armé et en grand arroy, si ne véoit-il goûte et étoit aveugle. Si demanda aux chevaliers qui de-lez lui étoient comment l’ordonnance de leurs gens se portoit. Cils lui en recordèrent la vérité et lui dirent : « Monseigneur, ainsi et ainsi est ; tous les Gennevois sont déconfits, et a commandé le roi à eux tous tuer ; et toutes fois entre nos gens et eux a si grand toullis que merveilles, car ils chéent et trébuchent l’un sur l’autre, et nous empêchent trop grandement » — « Ha ! répondit le roi de Behaigne, c’est un petit signe pour nous. » Lors demanda-t-il après le roi d’Allemaigne son fils et dit : « Où est messire Charles mon fils ? » Cils répondirent : « Monseigneur, nous ne savons ; nous créons bien qu’il soit d’autre part et qu’il se combatte. » Adonc, dit le roi à ses gens une grand’vaillance : « Seigneurs, vous êtes mes hommes, mes amis et mes compagnons ; à la journée d’huy je vous prie et requiers très espécialement que vous me meniez si avant que je puisse férir un coup d’épée. » Et ceux qui de-lez lui étoient, et qui son honneur et leur avancement aimoient, lui accordèrent. Là étoit le Moine de Basele à son frein, qui envis l’eût laissé ; et aussi eussent plusieurs bons chevaliers de la comté de Lucembourc qui étoient tous de-lez lui : si que, pour eux acquitter et qu’ils ne le perdissent en la presse, ils se lièrent par les freins de leurs chevaux tous ensemble, et mirent le roi leur seigneur tout devant, pour mieux accomplir son désir ; et ainsi s’en allèrent sur leurs ennemis.

Bien est vérité que de si grands gens d’armes et de si noble chevalerie et tel foison que le roi de France avoit là, il issit trop peu de grands faits d’armes ; car la bataille commença tard ; et si étoient les François fort las et travaillés, ainsi qu’ils venoient. Toutes fois les vaillans hommes et les bons chevaliers pour leur honneur chevauchoient toujours avant, et avoient plus cher à mourir que fuite vilaine leur fût reprochée. Là étoient le comte d’Alençon, le comte de Blois, le comte de Flandre, le duc de Lorraine, le comte de Harecourt, le comte de Saint-Pol, le comte de Namur, le comte d’Aucerre, le comte d’Aumale, le comte de Sancerre, le comte de Salebruche, et tant de comtes, de barons et de chevaliers que sans nombre.

Là étoit messire Charles de Behaigne, qui s’appeloit et escrisoit jà roi d’Allemaigne et en portoit les armes, qui vint moult ordonnément jusques à la bataille ; mais quand il vit que la chose alloit mal pour eux, il s’en partit : je ne sais pas quel chemin il prit. Ce ne fit mie le bon roi son père, car il alla si avant sur ses ennemis que il férit un coup d’épée, voire trois, voire quatre, et se combattit moult vaillamment ; et aussi firent tous ceux qui avec lui étoient pour l’accompagner ; et si bien le servirent, et si avant se boutèrent sur les Anglois, que tous y demeurèrent, ni onques nul ne s’en partit ; et furent trouvés lendemain sur la place autour de leur seigneur et leurs chevaux tous alloiés ensemble.

CHAPITRE CCV.

Comment le roi anglois laissa le comte de Kenford et plusieurs autres seigneurs devant Nantes et alla assiéger Dynant.

Ainsi se tint le roi d’Angleterre devant Nantes. Et messire Charles de Blois étoit dedans, qui souvent escripsoit et envoyoit lettres et messages, et l’état des Anglois, devant le roi de France son oncle et le duc de Normandie son cousin qui le devoit conforter, car il en étoit chargé. Et étoit jà trait et venu le duc de Normandie en la cité d’Angiers, et là faisoit son amas de toutes manières de gens d’armes qui là venoient de tous côtés. Entrementes que ces assemblées se faisoient, se tenoit le roi d’Angleterre devant Nantes, et l’avoit assiégée de l’un des côtés, et y faisoit souvent assaillir et escarmoucher et éprouver ses gens : mais en tous ces assauts petit y conquit ; ainçois y perdit par plusieurs fois de ses hommes, dont moult lui ennuya. Quand il vit et considéra que par assaut il n’y pouvoit rien faire et que messire Charles de Blois n’istroit point aux champs pour le combattre, il s’avisa qu’il laisseroit là la plus grand’partie de ses gens à siége, et se trairoit autre part, en gâtant et exillant le pays. Si ordonna le comte de Kenford, messire Henry vicomte de Beaumont, le seigneur de Persy, le seigneur de Ros, le seigneur de Moutbray, le seigneur de la Ware, messire Regnault de Cobehem, messire Jean de Lille à demeurer là et tenir le siége à six cents hommes d’armes et deux mille archers ; et puis chevaucha o le demeurant de ses gens, qui pouvoient être environ quatre cents lances et deux mille archers, tout ardant et exilliant le bon pays de Bretagne pardevant lui, d’un côté et d’autre, tant qu’il vint devant la ville de Dynant, dont messire Pierre Portebeuf étoit capitaine.

Quant il fut venu à Dynant, il mit le siége tout environ, et fit fortement assaillir ; et ceux qui dedans étoient entendirent aussi à eux défendre. Ainsi assiégea le roi d’Angleterre en une saison et en un jour, que lui et ses gens, trois cités en Bretagne et une bonne ville.

CHAPITRE CCVI.

Comment le sire de Cliçon et le sire de Léon furent pris des Anglois à une escarmouche devant Vennes, et le sire de Stanfort y fut pris de ceux de Vennes.

Entrementes que le roi d’Angleterre alloit, venoit et chevauchoit le pays de Bretagne, ses gens qui séoient devant la cité de Vennes y faisoient et livroient tous les jours maint assaut, car durement la convoitoient à gagner par fait d’armes, pourtant que les chevaliers qui dedans étoient l’avoient en cette même saison reconquise sur eux. Dont il avint un jour, le siége pendant, que à l’une des portes un grand assaut se fit, et se trairent celle part toutes les bonnes gens d’armes d’un côté et d’autre. Là eut mainte appertise d’armes faite ; car ceux de Vennes avoient, comme bons chevaliers et hardis, ouvert leur porte, et se tenoient aux barrières, pour cause de ce qu’ils véoient la bannière du comte de Warvich, et celle du comte d’Arondel, et du baron de Stanfort, et de messire Gautier de Mauny, qui s’abandonnoient, ce leur sembloit, follement. De quoi messire Olivier de Cliçon et messire Hervey de Léon et les autres chevaliers plus courageusement s’en aventuroient. Là eut fait tant de belles appertises d’armes que merveille seroit à raconter ; car les Anglois qui véoient la porte ouverte le tenoient à grand dépit, et les aucuns le réputoient à grand’vaillance. Là eut lancé et escarmouché et estiqué d’un côté et d’autre moult longuement. Finablement cet assaut se porta tellement que de premier les Anglois furent boutés et reculés moult arrière des barrières ; et ainsi qu’ils reculèrent, les chevaliers de Bretagne s’avancèrent et ouvrirent leurs barrières, chacun son glaive en son poing, et laissèrent six chevaliers des leurs garder les dites barrières avec grand’foison d’autres gens ; et puis tous à pied, en lançant et escarmouchant ils poursuirent les chevaliers anglois qui tout en reculant se combattoient. Là eut très bons piongnis et fort boutis de glaives et mainte belle appertise d’armes faite. Toute fois les Anglois multiplièrent et fortifièrent tellement qu’il convint les Bretons reculer, et non pas si réglément comme ils étoient avalés. Là eut grand’lutte et dur enchas ; et remontoient les chevaliers de Bretagne, le sire de Cliçon et messire Hervey de Léon, à grand’malaise : si eut maint homme mort et blessé. Quand ceux qui gardoient les barrières virent leurs gens chasser et reculer, ils retrairent leurs barrières, et si mal à point qu’il convint le sire de Cliçon demeurer dehors ; et fut pris devant la barrière, et aussi fut messire Hervey de Léon. D’autre part les Anglois qui étoient montés vitement, et tout premier le baron de Stanford, furent enclos, et sa bannière, entre les barrières et la porte. Là eut grand toullement et dur hutin ; et fut pris et retenu le baron de Stanford : oncques nul ne l’en put défendre ; et aussi furent plusieurs des siens qui étoient de-lez lui : oncques nul n’en échappa qu’il ne fût ou mort ou pris. Si se départit cette escarmouche atant ; et se retrairent les Anglois à leurs logis, et les Bretons en leurs hôtels dedans la cité de Vennes.

CHAPITRE CCVII.

Comment le roi d’Angleterre prit la ville de Dynant, et fut toute courue et robée ; et si y gagna grand avoir.

Par telle manière que vous avez ouï conter furent pris les chevaliers ; et eussent fait les Anglois grand’fête de leurs prisonniers, si le sire de Stanford n’eût été pris. Depuis cet assaut n’en y eut fait nul si grand ni si renommé d’armes que cestui fut, car chacun se tenoit sur sa garde. Or parlerons du roi d’Angleterre qui avoit assiégé la ville de Dynant. Quand il eut là sis jusques à trois jours, il s’avisa et imagina comment il la pourroit avoir. Si regarda qu’elle étoit bien prenable, car elle n’étoit fermée que de palis. Si fit quérir et pourvoir grand’foison de nacelles, et entrer dedans archers, et puis nager jusques à ces palis, et eux venus jusques là, assaillir fortement ceux qui défendoient, et traire si ouniement que à peine n’osoit nul apparoir aux défenses pour la défendre. Entre ces archers avoit autres assaillans qui portoient cognées grands et bien tranchans dont, entrementes que les archers ensonnioient ceux de dedans, ils coupoient les palis, et en bref temps grandement les endommagèrent, et tant qu’ils en jetèrent un grand pan par terre, et entrèrent dedans efforcément. Quand ceux de la ville virent leurs palis rompus, et Anglois entrer dedans à grand’foison, si furent tous effrayés et commencèrent à fuir vers le marché : mais petite raliance se fit entr’eux ; car cils qui étoient entrés par les nacelles vinrent à la porte et l’ouvrirent ; si entrèrent dedans toutes manières de gens qui entrer y voulurent. Ainsi fut prise la ville de Dynant en Bretagne, toute courue et robée, et messire Pierre Portebeuf pris qui en étoit capitaine. Si prirent les Anglois desquels qu’ils voulurent, et gagnèrent grand avoir ; car elle étoit adonc durement riche, pleine et bien marchande.

CHAPITRE CCVIII.

Comment messire Louis d’Espaigne et ses compagnons gagnèrent quatre nefs d’Angleterre, chargées de pourvéances, et en effondrèrent trois.

Quand le roi d’Angleterre eut faite son emprise et sa volonté de la ville de Dynant en Bretagne, il s’en partit, et la laissa toute vague, et n’eut mie conseil de la tenir : si s’en achemina vers Vennes. En chevauchant cette part, nouvelles lui vinrent de la prise du seigneur de Cliçon et de messire Hervey de Léon : si en fut grandement joyeux ; et tant chevaucha qu’il vint devant Vennes ; et là se logea.

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