Les Chroniques de Sire Jean Froissart (page 39)
CHAPITRE CIII.
Comment la ville d’Aubenton fut prise et conquise par force et toute pillée et robée et arse, et tous ceux qui dedans étoient morts et pris.
Ce samedi au matin fut l’assaut moult grand et très fier à la ville d’Aubenton en Thiérasche, et se mettoient les assaillans en grand’peine et en grand péril pour conquérir la ville. Aussi les chevaliers et écuyers qui étoient dedans rendoient grand’entente de eux défendre, et bien le convenoit ; et sachez que, si ne fussent les gentils hommes qui dedans Aubenton étoient et qui la gardoient, elle eût été tôt prise et d’assaut, car elle étoit fort et dur assaillie de tous côtés et de grand’foison de bonnes gens d’armes. Si y convenoit de tant plus grand avis et plus grand hardiment pour la défendre ; et en firent les chevaliers de dedans, au voir dire, bien leur devoir. Mais finalement elle fut conquise par force d’armes ; et les guérites, qui n’étoient que de palis, rompues et brisées ; et entra dedans la ville, tout premièrement, messire Jean de Hainaut et sa bannière, en grand’huée et en grand’foule de gens et de chevaux ; et adonc se recueillirent en la place, devant le moûtier, le vidame de Châlons et aucuns chevaliers et écuyers, et levèrent là leurs bannières et leurs penons, et montrèrent de fait bien semblant et courage d’eux combattre et tenir, tant que par honneur ils pourroient durer. Mais le sire de Vervins se partit, et sa bannière, sans arroi et sans ordonnance, et n’osa demeurer ; car bien savoit messire Jean de Hainaut si airé sur lui qu’il ne l’eût pris à nulle rançon. Si monta au plutôt qu’il put sur fleur de coursier et prit les champs.
Ces nouvelles vinrent à messire Jean de Hainaut que son grand ennemi, qui tant avoit porté de dommage en sa terre de Chimay, étoit parti et s’en alloit vers Vervins. Adonc le sire de Beaumont monta sur un coursier et fit chevaucher sa bannière et vuida Aubenton, en intention de raconsuir son ennemi. Ses gens le suirent qui mieux mieux, et les autres demeurèrent en la ville. Le comte de Hainaut et sa bataille se combattirent âprement et fièrement à ceux qui s’étoient arrêtés devant le moûtier. Là eut dur hutin et fier, et maint homme renversé et mis par terre ; et là furent très bons chevaliers le vidame de Châlons et ses trois fils, et y firent maintes belles appertises d’armes.
Entrementes que cils se combattoient, messire Jean de Hainaut et ses gens chassoient le seigneur de Vervins, auquel il avint si bien qu’il trouva les portes de sa ville toutes ouvertes, et entra dedans à grand’hâte ; et jusques là le poursuit sur son coursier, l’épée en sa main, messire Jean de Hainaut. Quand il vit qu’il étoit échappé et rentré en sa forteresse, si en fut durement courroucé, et retourna arrière vitement, tout le grand chemin d’Aubenton. Si encontrèrent ses gens les gens du seigneur de Vervins qui le suioient à leur pouvoir. Si en occirent et mirent par terre grand’foison et puis retournèrent dedans Aubenton. Si trouvèrent leurs gens qui jà avoient délivré la place de leurs ennemis ; et étoit pris le vidame de Châlons et durement navré, et morts deux de ses fils, ce jour faits chevaliers, et aussi plusieurs autres : ni oncques chevaliers ni écuyers n’en échappa, fors ceux qui se sauvèrent avec le sire de Vervins, qu’ils ne fussent tous morts ou pris, et bien deux cents hommes de la ville ; et fut toute pillée et robée, et tous les grands avoirs et profits qui dedans étoient chargés sur chars et charrettes et envoyés à Chimay. Avec tout ce la ville d’Aubenton fut toute arse ; et se logèrent ce soir les Hainuyers sur la rivière, et lendemain ils chevauchèrent devers Maubert-Fontaines.
CHAPITRE CIV.
Comment le comte Hainaut donna congé à ses gens, et comment il monta sur mer pour aller en Angleterre.
Après la destruction d’Aubenton, ainsi que vous avez ouï, s’acheminèrent les Hainuyers et leur route devers Maubert-Fontaines. Sitôt qu’ils y parvinrent, ils la conquirent, car il n’y avoit point de défense ; et la pillèrent et robèrent, et depuis l’ardirent : après, la ville d’Aubencueil, et Segny le grand et Segny le petit, et tous les hameaux et villages de là environ, dont il en y eut plus de quarante. Ainsi se coritrevengèrent à ce commencement les Hainuyers des dommages que on leur avoit faits, tant en la terre de Chimay, comme à Haspre. Mais depuis les François leur firent cher comparer, si comme vous orrez avant en l’histoire ; mais que vous le veuilliez lire ou écouter.
Depuis cette chevauchée faite, le comte de Hainaut se traist devers la ville de Mons et donna congé à toutes manières de gens d’armes, et les remercia grandement et bellement chacun de son bon service ; et fit tant que chacun se partit bien content de lui et s’en ralla chacun en son lieu.
Assez tôt après il vint en volonté et propos audit comte d’aller ébattre en Angleterre et faire certaines alliances au roi d’Angleterre son serourge, pour être plus fort en sa guerre ; car bien pensoit et disoit que ainsi la chose ne pouvoit demeurer, que le roi son oncle ne fît aucune armée contre lui ; et pour être plus fort, bon lui sembloit et à son conseil aussi, qu’il eût l’amour et l’alliance des Anglois, des Flamands et des Brabançons. Si manda ledit comte tout son conseil à Mons en Hainaut, et leur remontra son entente ; et ordonna et institua là son oncle à être baulx et gouverneur de Hainaut, de Hollande et Zélande ; et se partit depuis assez tôt, à petite menée, et vint à Dourdrech en Hollande ; et là monta en mer, pour arriver en Angleterre.
Or nous tairons-nous à parler du comte de Hainaut, et parlerons des besognes de son pays, et des avenues qui y avinrent tandis qu’il fut hors.
CHAPITRE CIX.
Comment le duc de Normandie fit très grand’assemblée de gens d’armes pour aller détruire tout le pays de Hainaut.
Nous retournerons, car la matière le requiert, aux guerres de Hainaut et à la contrevengeance que le roi Philippe y fit prendre par le dit duc de Normandie son ains-né fils. Le duc, au commandement et ordonnance du roi son père, fit son espécial mandement à être à Saint-Quentin et là environ, et se partit de Paris environ Pâques l’an mil trois cent quarante, et vint à Saint-Quentin. Et là étoit avec lui le duc d’Athènes, le comte de Flandre, le comte d’Aucerre, le comte de Sancerre, le comte Raoul d’Eu, connétable de France, le comte de Porcien, le comte de Roussy, le comte de Braine, le comte de Grandpré, le sire de Coucy, le sire de, Craon, et grand’foison de noble chevalerie de Normandie et des Basses Marches.
Quand ils furent tous assemblés à Saint-Quentin et là environ, le connétable, le comte de Ghines, et les maréchaux de France, messire Robert Bertrand et messire Mathieu de Trye, regardèrent quel nombre de gens ils pouvoient être. Si trouvèrent qu’ils étoient bien six mille armures de fer, et huit mille, que brigands, que bidaux, que autres poursuivans l’ost. C’étoit assez, si comme ils disoient, pour combattre le comte de Hainaut et toute sa puissance. Si se mirent aux champs, par l’ordonnance des maréchaux, et se partirent de Saint-Quentin, et s’arroutèrent devers le Chastel en Cambrésis, et passèrent dehors Bohaing et chevauchèrent tant qu’ils passèrent le Chastel en Cambrésis, et s’en vinrent loger le duc de Normandie et son ost en la ville de Montay sur la rivière de Selles. Or vous dirai-je une grand’appertise d’armes que messire Girard de Werchin, sénéchal de Hainaut pour le temps, fit et entreprit, laquelle doit bien être recordée et tenue en grand’prouesse.
CHAPITRE CL.
Comment le comte de Montfort se partit de Brest et s’en vint devant la cité de Rennes, et comment ceux de la cité se rendirent à lui et lui firent féauté et hommage.
Quand le comte de Montfort fut revenu entre ses gens et il eut établi ses gardes au châtel de Brest, il eut conseil qu’il se trairoit devers la cité de Rennes, qui étoit assez près de là. Si fit déloger ses gens et traire devers le chemin de Rennes ; et partout où il venoit il faisoit rendre toute manière de gens et faire féauté à lui comme à leur droit seigneur, et emmenoit tous ceux qui se pouvoient aider avec lui, pour enfortier son ost, et ils ne l’osoient refuser ni delaier, pour doute de leurs corps ; et alla tant ainsi qu’il vint devant la cité de Rennes. Si fit tendre ses tentes, et ses gens loger entour la ville et entour les faubourgs.
Quand ceux de la cité de Rennes virent cet ost loger entour leur ville et entour les faubourgs, ils firent grand semblant d’eux défendre ; et avoient avec eux un gentilhomme chevalier, preux et hardi durement, qui demeuroit assez près de là, et l’aimoient entre eux trop fort pour la loyauté de lui, et l’avoient élu et pris pour leur gouverneur et capitaine, et avoit nom messire Henry de Pennefort. Si avint un jour qu’il eut volonté de destourber les gens de l’ost ; si pourchassa tant qu’il eut deux cents hommes de bonne volonté, et issit hors à l’aube du jour, et se férit en l’un des côtés de l’ost à toute sa compagnie : si abattit tentes et logis, et en tua aucuns, par quoi le cri et le hahay monta tantôt en l’ost ; et cria chacun alarme, et se commencèrent à défendre. Droit à ce point se repairoit un chevalier qui avoit fait le guet cette nuit pardevers l’ost à toute sa compagnie ; si ouït le cri et le hahay, et se traist cette part au férir des éperons, et encontra le chevalier et toute sa compagnie qui s’en retournoient vers la cité : si leur coururent sus vigoureusement, et eurent bon poignis et fort. Après eux venoient ceux de l’ost courant, à fait qu’ils étoient armés.
Quand ceux de la cité virent le faix qui leur croissoit, ils se déconfirent et s’enfuirent vers la cité tant qu’ils purent ; mais il en demeura grand’foison de morts et de pris ; et si fut pris le chevalier que tant aimoient, messire Henry de Pennefort, et amené devant le comte qui le vit volontiers.
Quand tous furent retournés à leur ost, le comte eut conseil qu’il enverroit le chevalier prisonnier par devant la cité, et feroit requérir les bourgeois qu’ils lui voulsissent rendre la cité et lui faire féauté, comme à leur seigneur, ou il feroit pendre le chevalier devant la porte, pour ce qu’il avoit entendu que le chevalier étoit trop fort aimé de toute la communauté de Rennes. Ainsi fut fait que conseillé fut. Quand ceux de la cité virent cette requête, et virent le chevalier qu’ils aimoient tant à tel meschef, si en eurent grand’pitié, et se trairent en la cité pour eux conseiller sur cette requête qu’on leur avoit faite : si se conseillèrent moult longuement, car grand’dissention étoit entr’eux ; car le commun avoit grand’pitié du chevalier qu’ils aimoient durement, et avoient peu de pourvéances pour le siége longuement soutenir. Si s’accordèrent finalement tous à la paix ; et les grands bourgeois qui étoient bien pourvus ne s’y vouloient accorder : si monteplia la dissention si dure que les grands bourgeois, qui éloient tous d’un lignage, se trairent tous d’une part et dirent tout en haut que ceux qui étoient de leur accord se traissent d’une part avec eux. Il s’en traist tant de ceux qui étoient de leur lignage, qu’ils furent bien deux mille tous d’un accord. Quand l’autre commun vit ce, il se commença à émouvoir et à crier durement sur les grands bourgeois, disant sur eux laides paroles et vilaines ; et au dernier leur coururent sus et en tuèrent grand’foison. Quand les grands bourgeois se virent à tel meschef, ils crièrent merci, et dirent qu’ils s’accorderoient à la volonté du commun et du pays. Adonc cessa le hutin, et coururent ceux du commun ouvrir les portes, et rendirent la dite cité au comte de Montfort, et lui firent féauté et hommage, grands et petits, et le reconnurent à seigneur : aussi fit le chevalier messire Henry de Pennefort, et fut retenu de son conseil.
CHAPITRE CLI.
Comment ceux de Hainnebon, de Vennes, d’Auroy, de Goy-la Forêt et ceux de Craais se rendirent au comte de Montfort.
Adonc entra le comte de Montfort en la cité de Rennes à grand’fête ; et fit son ost tout coi loger aux champs ; et fit la paix et l’accord entre les grands bourgeois et le commun ; et puis établit baillis, prévôt, échevins, sergens, et tous autres officiers ; et séjourna en la cité trois jours, pour reposer, et tout son ost aussi, et pour avoir avis qu’il feroit de là en avant. Le quart jour il fit son ost déloger, et eut conseil de soi retraire vers un des forts châteaux et forte ville, sans comparaison, de toute Bretagne, que on appeloit Hainnebon ; et siéd droitement sur un bon port de mer, et en va le fleuve tout autour par grands fossés.
Quand messire Henry de Pennefort, qui étoit rendu au comte et avoit juré son conseil, vit que le comte se trairoit pardevers Hainnebon, dont Olivier de Pennefort son frère avoit été gouverneur un grand temps, et encore étoit, il eut peur qu’il ne mes-chut à son frère par aucune aventure : si traist le comte d’une part à conseil et lui dit : « Sire, je suis de votre conseil, si vous dois féauté ; je vois que vous voulez traire devers Hainnebon ; sachez que le châtel et la ville sont si forts qu’ils ne sont mie à gagner, si comme vous pourriez penser : vous y pourriez seoir et perdre le temps d’un an, ainçois que vous les pussiez avoir par force ; mais je vous dirai, si croire me voulez, comment vous les pourrez avoir. Il fait bon ouvrer par engin, quand on ne peut avant aller par force. Vous me baillerez, s’il vous plaît, jusques à six cents hommes d’armes à faire ma volonté, et je les mènerai devant votre ost par l’espace de quatre lieues, et porterai la bannière de Bretagne devant moi. J’ai un frère dedans qui est gouverneur du châtel et de la ville : tantôt qu’il verra la bannière de Bretagne et il me connoîtra, il me fera ouvrir les portes ; et je entrerai dedans à toutes mes gens, et me saisirai de la ville et des portes, et prendrai mon frère, et vous le rendrai pris et à votre volonté si tôt il n’obéit à moi, mais que vous me promettez que du corps mal ne lui ferez. » — « Par mon chef, dit le comte, nennil ; et vous êtes bien avisé, et vous aimerai mieux que devant à toujours mais, si ainsi faites que je sois seigneur de Hainnebon, de la ville et du châtel. »
Adonc se partit messire Henry de Pennefort de la route du comte de Montfort, en sa compagnie bien six cents armures de fer, et chevaucha un jour tout le jour, et sur le soir il vint à Hainnebon. Quand Olivier Pennefort son frère sçut que messire Henry venoit là, si en eut grand’joie, et cuida tout certainement que ce fut pour lui aider à garder la ville. Si le laissa entrer dedans et ses gens d’armes, et vint contre lui sur la rue. Si tôt que messire Henry le vit, il s’approcha de lui, et lui dit : « Olivier, vous êtes mon prisonnier. » — « Comment, ce répondit Olivier, messire Henry, je me suis confié en vous et cuidois que vous venissiez ci pour me aider à garder cette ville et ce châtel ? » — « Beau frère, dit messire Henry, il ne va point ainsi ; je m’en mets en saisine et possession, de par le comte de Montfort, qui présentement est duc de Bretagne, et à qui j’ai fait féauté et hommage, et toute la plus grand’partie du pays : si lui obéirez aussi, et encore vaut mieux que ce soit par amour que par force ; et vous en saura monseigneur meilleur gré. »
Tant fut Olivier de Pennefort pressé et amonnesté de messire Henry son frère, qu’il s’accorda à lui, et au comte de Montfort aussi qui entra dedans Hainnebon à grand’joie, et fut plus lie de la prise et saisine de Hainnebon que de tels quarante châteaux qui sont en Bretagne ; car il y a bonne ville et grosse, et bon port de mer.
Si se saisit de la ville tantôt et du fort châtel, et mit ses gens dedans et ses garnisons ; et puis se traist à tout son ost par devant la cité de Vennes, et fit tant parler et traiter aux bourgeois et à ceux de Vennes, qu’ils se rendirent à lui et lui firent féauté et hommage comme à leur seigneur. Si établit en la cité toutes manières d’officiers et y séjourna deux jours. Le tiers jour il se partit et alla assiéger un très fort châtel que on appelle la Roche-Periou. Si en étoit châtelain un chevalier et moult gentil homme que on appelle messire Olivier de Clisson, cousin germain au seigneur de Clisson ; et séjourna devant, à siége fait, plus de dix jours que oncques ne put trouver voie par quoi on pût le château gagner, si fort étoit-il ; et si ne pouvoit trouver accord au gentil chevalier par quoi il voulsist obéir à lui, ni par promesses, ni par menaces qu’il lui put faire. Si s’en partit atant le comte, et laissa le siége jusques à tant que plus grand pouvoir lui venroit, et alla assiéger un autre châtel à dix lieues près de là, que on appeloit château d’Auroy ; et en étoit châtelain un moult gentil chevalier que on appeloit messire Geffroy de Malestroit, et avoit à compagnon messire Yvon de Treseguidy. Le dit comte fit assaillir deux fois celui châtel ; mais il vit qu’il y pouvoit plus perdre que gagner ; si s’accorda à une trêve et à jour de parlement, par le pourchas de messire Hervey de Léon, qui adonc étoit avec lui. Le parlement se porta si bien que au dernier ils furent bons amis, et firent les deux chevaliers féauté et hommage au dit comte, et demeurèrent gardiens du dit châtel et de celui pays de par ledit comte.
Atant se partit le comte de là, et mena son ost par devant un autre château assez près de là que on appelle Goy-la-Forêt. Celui qui en étoit châtelain véoit que le comte avoit grand ost et que tout le pays se rendoit à lui ; si que, par l’ennort et conseil messire Hervey de Léon, avec qui il avoit été grand compain en Grenade et en Prusse et en autres étranges contrées, il s’accorda audit comte, et lui fit féauté ; et demeura gardien du dit châtel de par le comte.
Tantôt après, le comte se partit de là et s’en alla pardevers Craais, bonne ville et fort châtel, et avoit dadans un évêque qui sire en étoit. Cet évêque étoit oncle au dit messire Hervey de Léon ; si que, par le conseil et l’amour dudit messire Hervey, il s’accorda au dit comte, et le reconnut à seigneur, jusques à ce que autre viendroit avant, qui plus grand droit montreroit pour avoir la duché de Bretagne. Car toujours le dit évêque faisoit protestation que toute la manière du traité et de l’accord fait entre lui et mon seigneur Hervey de Léon son neveu seroient nuls, au cas qu’il viendroit aucun hoir plus prochain du comte de Montfort, et qui pourroit montrer avoir meilleur droit en la duché de Bretagne ; et que à celui-ci il feroit féauté et hommage et se rendroit à lui avec toutes ses forteresses et tout son pays. Et toutes ces choses fit-il ennuis ; ni jamais ne s’y fût accordé bonnement, si n’eût été par l’admonestement et sermon du dit monseigneur Hervey de Léon son neveu, qui sur ce lui montra tant de belles raisons que au dernier il s’accorda au dit monseigneur le comte de Montfort et lui fit féauté et hommage, ainsi que vous avez ci-devant ouï recorder. Après ces choses ainsi accordées et faites, le dit évêque de Craais fit tantôt ouvrir les portes de la bonne ville, et du châtel de Craais avec, qui siéd sur la mer ; et puis entra dedans le comte de Montfort, monseigneur Hervey de Léon, monseigneur Henry de Pennefort et plusieurs autres bons chevaliers et écuyers. Et l’ost demeura entour la ville, et se logea chacun au mieux qu’il put, et fourragèrent sur le plat pays, ni rien ne demeuroit devant eux, si il n’étoit trop chaud ou trop pesant. Le comte et ses plus privés, monseigneur Hervey de Léon et les autres seigneurs étoient en la ville, où ils furent moult grandement fêtés du dit évêque, car bien y avoit de quoi. Et lendemain s’en partit le dit comte et tout son ost.
CHAPITRE CLII.
Comment le comte de Montfort s’en alla en Angleterre et fit hommage au roi d’Angleterre de la duché de Bretagne.
Pourquoi vous ferois-je long conte ? En telle manière conquit le dit comte de Montfort tout ce pays que vous avez ouï, et se fit partout appeler duc de Bretagne ; puis s’en alla à un port de mer que on appelle Gredo, et départit toutes ses gens, et les envoya en ses cités et forteresses pour elles aider à garder ; puis se mit en mer atout vingt chevaliers, et nagea tant qu’il vint en Cornuaille et arriva à un port que on dit Cepsée. Si enquit là du roi anglois où il le trouveroit ; et lui fut dit que le plus de temps il se tenoit à Windesore. Adonc chevaucha-t-il cette part et toute sa route ; et fit tant par ses journées qu’il vint à Windesore, où il fut reçu à grand’joie du roi, de madame la roine, et de tous les barons qui là étoient ; et fut grandement fêté et honoré, quand on sçut pourquoi il étoit là venu.
Premièrement il montra au roi anglois, à messire Robert d’Artois et à tout le conseil du roi ses besognes, et dit comment il s’étoit mis en saisine et possession de la duché de Bretagne, qui échue lui étoit par la possession du duc son frère, dernièrement trépassé. Or faisoit-il doute que messire Charles de Blois ne l’empêchât, et le roi de France ne lui voulsist r’ôter par puissance ; par quoi il s’étoit là trait pour relever la dite duché et tenir en foi et hommage du roi d’Angleterre à toujours, mais qu’il l’en fît sûr contre le roi de France et contre tous autres qui empêcher le voudroient.
Quand le roi anglois eut ouï ces paroles, il y entendit volontiers, car il regarda et imagina que sa guerre du roi de France en seroit embellie, et qu’il ne pouvoit avoir plus belle entrée au royaume ni plus profitable que par Bretagne ; et que tant qu’il avoit guerroyé par les Allemands et les Flamands et les Brabançons, il n’avoit rien fait, fors que frayé et dépendu grandement et grossement ; et l’avoient mené et demené les seigneurs de l’Empire, qui avoient pris son or et son argent, ainsi qu’ils avoient voulu, et rien n’avoit fait. Si descendit à la requête du comte de Montfort liement et légèrement, et prit hommage de la dite duché, par la main du comte de Montfort, qui se tenoit et appeloit duc ; et là lui convenança le roi anglois, présens les barons et les chevaliers d’Angleterre et ceux qu’il avoit amenés avec lui de Bretagne, qu’il l’aideroit et défendroit et garderoit comme son homme, contre tout homme, fût le roi de France ou autres, selon son loyal pouvoir.
De ces paroles et de cet hommage furent écrites et lues lettres et scellées, dont chacune des parties eut les copies. Avec tout ce le roi et la roine donnèrent au comte de Monfort et à ses gens grands dons et beaux joyaux, car bien le savoient faire, et tant qu’ils en furent tous contens, et qu’ils dirent que c’étoit un noble roi et vaillant, et une noble roine, et qu’ils étoient bien taillés de régner encore en grand’prospérité. Après toutes ces choses faites et accomplies, le comte de Montfort prit congé et se partit d’eux et passa Angleterre, et entra en mer en ce même port où il étoit arrivé ; et nagea tant qu’il vint à Gredo, en la Basse-Bretagne ; et puis s’en vint en la cité de Nantes, où il trouva la comtesse sa femme, à qui il recorda comment il avoit exploité. De ce fut-elle toute joyeuse, et lui dit qu’il avoit très bien ouvré et par bon conseil. Si me tairai un petit d’eux et parlerai de messire Charles, qui devoit avoir la duché de Bretagne de par sa femme, ainsi que vous avez ouï déterminer ci-devant.
CHAPITRE CLIII.
Comment, par le conseil des douze pairs de France, le comte de Montfort fut ajourné à Paris, et comment il y vint et puis s’en partit sans le congé du roi.
Quand messire Charles de Blois qui se tenoit, à cause de sa femme, être droit hoir de Bretagne, entendit que le comte de Montfort conquéroit ainsi par force le pays et les forteresses qui être devoient siennes par droit et par raison, il s’en vint à Paris complaindre au roi Philippe son oncle. Le roi Philippe eut conseil à ses douze pairs quelle chose il en feroit. Ses douze pairs lui conseillèrent qu’il appartenoit bien que le dit comte fût mandé et ajourné par suffisans messages à être un certain jour à Paris, pour ouïr ce qu’il en voudroit répondre. Ainsi fut fait : le dit comte fut mandé et ajourné suffisamment ; et fut trouvé en la cité de Nantes grand’fête démenant. Il fit grand’chère et grand’fête aux messages ; mais il eut plusieurs diverses pensées ainçois qu’il ottriât la voie d’aller au mandement du roi à Paris. Toutes voies au dernier, il répondit qu’il vouloit être obéissant au roi et qu’il iroit volontiers à son mandement. Si s’ordonna et appareilla moult grandement et richement, et se partit en grand arroy et bien accompagné de chevaliers et d’écuyers, et fit tant par ses journées qu’il entra à Paris avec plus de quatre cent chevaux, et se traist en son hôtel moult ordonnément, et fut là tout le jour et la nuit aussi. Lendemain, à heure de tierce il monta à cheval, et grand’foison de chevaliers et écuyers avec lui, et chevaucha vers le palais, et fit tant qu’il y vint. Là l’attendoit le roi Philippe et tous les douze pairs et grand’plenté des barons de France avec messire Charles de Blois.
Quand le comte de Montfort sçut quelle part il trouveroit le roi et les barons, il se traist vers eux en une chambre où ils étoient tous assemblés. Si fut moult durement regardé et salué de tous les barons ; puis s’en vint incliner devant le roi moult humblement, et dit : « Sire, je suis ci venu à votre mandement et à votre plaisir. » Le roi lui répondit et dit : « Comte de Monfort, de ce vous sais-je bon gré ; mais je m’émerveille durement pourquoi ni comment vous avez osé entreprendre de votre volonté la duché de Bretagne, où vous n’avez aucun droit ; car il y a plus prochain de vous que vous en voulez déshériter ; et pour vous mieux efforcer, vous êtes allé à mon adversaire d’Angleterre, et l’avez de lui relevée, ainsi comme on le m’a conté. » Le comte répondit et dit : « Ha ! cher sire, ne le croyez pas, car vraiment vous êtes de ce mal informé ; je le ferois moult ennuis ; mais la prochaineté dont vous me parlez, m’est avis, sire, sauve la grâce de vous, que vous en méprenez ; car je ne sçais nul si prochain du duc mon frère dernièrement mort comme moi ; et si jugé et déclaré étoit par droit que autre fût plus prochain de moi, je ne serais jà rebelle ni honteux de m’en déporter. »
Quand le roi entendit ce, il répondit et dit : « Sire comte, vous en dites assez, mais je vous commande, sur quant que vous tenez de moi et que tenir en devez, que vous ne vous partez de la cité de Paris jusques à quinze jours que les barons et les douze pairs jugeront de cette prochaineté : si saurez adonc quel droit vous y avez ; et si vous le faites autrement, sachez que vous me courroucerez. » Le comte répondit et dit : « Sire, à votre volonté. » Si se partit adonc du roi et vint à son hôtel pour dîner.
Quand il fut en son hôtel venu, il entra en sa chambre et se commença à aviser et penser que, s’il attendoit le jugement des barons et des pairs de France, le jugement pourroit bien tourner contre lui ; car bien lui sembloit que le roi seroit plus volontiers partie pour messire Charles de Blois, son neveu, que pour lui ; et véoit bien que s’il avoit jugement contre lui, que le roi le feroit arrêter jusques à ce qu’il auroit tout rendu, cités, villes et chàleaux, dont lors il tenoit la saisine et possession ; et avec tout ce tout le grand trésor qu’il avoit trouvé et dépendu. Si lui fut avis, pour le moins mauvais, qu’il lui valoit mieux qu’il courrouçât le roi et s’en rallât paisiblement devers Bretagne, que il demeurât à Paris en danger et en si périlleuse aventure. Ainsi qu’il pensa ainsi fut fait : si monta à cheval paisiblement et ouvertement, et se partit, à si peu de compagnie, qu’il fut ainçois en Bretagne revenu que le roi ni autres, fors ceux de son conseil, sçussent rien de son département ; mais pensoit chacun qu’il fût dehaité en son hôtel.
Quand il fut revenu de-lez la comtesse sa femme, qui étoit à Nantes, il lui conta son aventure ; puis s’en alla, par le conseil de sa femme, qui avoit bien cœur de lion et d’homme, par toutes les cités, châteaux et bonnes villes qui étoient à lui rendues, et établit partout bons capitaines, et si grand’plenté de soudoyers à pied et à cheval, qu’il y convenoit, et grands pourvéances de vivres à l’avenant ; et paya si bien tous soudoyers à pied et à cheval que chacun le servoit volontiers. Quand il eut tout ordonné, ainsi qu’il appartenoit, il s’en revint à Nantes de-lez sa femme et de-lez les bourgeois de la cité, qui durement l’aimoient, par semblant, pour les grands courtoisies qu’il leur faisoit. Or me tairai un petit de lui et retournerai au roi de France et à son neveu messire Charles de Blois.
CHAPITRE CLIV.
Comment les douze pairs et les barons de France jugèrent que messire Charles de Blois devoit être duc de Bretagne ; et comment ledit messire Charles les prie qu’ils lui veuillent aider.
Chacun doit savoir que le roi de France fut durement courroucé, aussi fut messire Charles de Blois, quand ils sçurent que le comte de Montfort leur fût ainsi échappé, et s’en étoit allé, ainsi que vous avez ouï. Toutes voies ils attendirent jusques à la quinzaine que les pairs et les barons de France devoient rendre leur jugement de la duché de Bretagne. Si l’adjugèrent à messire Charles de Blois, et en ôtèrent le comte de Montfort par deux raisons ; l’une pourtant que la femme de messire Charles de Blois, qui étoit fille du frère germain du duc qui mort étoit, de par le père dont la duché venoit, étoit plus prochaine que n’étoit le comte de Montfort, qui étoit d’un autre père, qui oncques n’avoit été duc de Bretagne ; l’autre raison si étoit que, s’il fût ainsi que le comte de Montfort y eût aucun droit, si l’avoit-il forfait par deux raisons ; l’une pourtant qu’il l’avoit relevée d’autre seigneur que du roi de France, de qui on la devoit tenir en fief ; l’autre raison pour ce qu’il avoit trépassé le commandement de son seigneur le roi et brisé son arrêt et sa prison, et s’en étoit parti sans congé.
Quand ce jugement fut rendu par pleine sentence de tous les barons, le roi appela messire Charles de Blois et lui dit : « Beau neveu, vous avez jugement pour vous de bel héritage et grand ; or vous hâtez et pénez de le reconquérir sur celui qui le tient à tort ; et priez tous vos amis qu’ils vous veuillent aider à ce besoin ; et je ne vous y faudrai mie : ains vous prêterai or et argent, et dirai à mon fils le duc de Normandie qu’il se fasse chef avec vous ; et vous prie et commande que vous vous hâtiez, car si le roi anglois notre adversaire, de qui le comte de Montfort a relevé la duché de Bretagne, y venoit, il nous pourroit porter grand dommage, et ne pourroit avoir plus belle entrée pour venir par deçà, mêmement quand il auroit le pays et les forteresses de Bretagne de son accord. »
Adonc messire Charles de Blois s’inclina devant son oncle, en le remerciant durement de ce qu’il disoit et promettoit. Si pria tantôt le duc de Normandie son cousin, le comte d’Alençon son oncle, le duc de Bourgogne, le comte de Blois son frère, le duc de Bourbon, messire Louis d’Espaigne, messire Jacques de Bourbon, le comte d’Eu, connétable de France, et le comte de Ghines son fils, le vicomte de Rohan, et en après, tous les comtes et les princes et les barons qui là étoient, qui tous lui convenancèrent qu’ils iroient volontiers avec lui et avec leur seigneur de Normandie, chacun à tant de gens et de compagnie qu’il pourroit avoir. Puis se partirent tous les princes et les barons de deçà et de partout, pour eux appareiller et pour faire leurs pourvéances, ainsi qu’il leur besognoit, pour aller en si lointain pays et en si diverses marches ; et bien pensoient qu’ils ne pourroient avenir à leur entente sans grand contraire.
CHAPITRE CLIX.
Comment le roi Édouard fit son mandement pour aller lever le siége des Escots de devant Sturmelin ; et comment ceux dudit châtel se rendirent aux Escots ; et comment il eut trêves entre les Anglois et les Escots.
Vous avez ouï ci-dessus recorder comment, le siége durant devant Tournay, les seigneurs d’Escosse avoient repris plusieurs villes et forteresses sur les Anglois, qu’ils tenoient au royaume d’Escosse, et par espécial Haindebourch, qui plus leur avoit hérié et courroucé que nul des autres, par l’avis et soubtilleté de messire Guillaume de Douglas ; et encore étoient Sturmelin qui siéd à vingt lieues de Haindebourch, la cité de Bervich et Rosebourch, Anglois ; et plus n’en y avoit demeuré que tous ne fussent reconquis ; et y séoient les dits Escots à siége fait, et aucuns seigneurs de France avec eux, que le roi Philippe de France y avoit envoyés pour parfaire leur guerre devant le dit châtel de Sturmelin. Et l’avoient tellement étreint et contraint, que les Anglois qui dedans étoient et qui le gardoient ne le pouvoient longuement tenir. Dont il avint que, quand le roi anglois se fut parti du siége de devant Tournay, et retourné en son pays, il fut pleinement et véritablement informé des Escots, comment ils avoient chevauché et reconquis les villes et les châteaux d’Escosse, qui jadis lui avoient tant coûté à prendre ; et séoient encore les dits Escots devant Sturmelin. Si eut le roi anglois en volonté de chevaucher vers Escosse, si comme il fit ; et se mit au chemin entre la Saint-Michel et la Toussaint, et fit un très grand mandement et très fort, que toutes gens d’armes et archers le suissent et vinssent à lui vers Bervich, car là s’en alloit-il, et y faisoit son assemblée. Donc s’émurent toutes manières de gens d’armes parmi Angleterre, et s’en vinrent cette part là où ils étoient semons et mandés ; et mêmement le roi tout devant s’en vint à Bervich, et là s’arrêta, en attendant ses gens qui venoient à grand effort l’un après l’autre.
Les seigneurs d’Escosse qui furent informés de la venue du roi anglois qui venoit sur eux, et qui le dit châtel de Sturmelin avoient assiégé, se hâtèrent tellement et contraignirent ceux de la dite garnison, par assauts d’engins et de canons, que par force les convint rendre aux Escots ; et leur délivrèrent la forteresse, par telle manière qu’ils s’en partiroient sauf leurs corps et leurs membres, mais rien du leur n’emporteroient.
Ainsi recouvrèrent les Escots le châtel de Sturmelin. Ces nouvelles vinrent au roi anglois, qui encore se tenoit à Bervich ; si ne lui furent mie trop plaisans ; et se partit de la dite cité et se trait par devers Duremmes, et passa outre et vint à Neuf-Châtel sur Tyne, et se logèrent ses gens en la dite ville et ès villages d’environ ; et là séjournèrent plus d’un mois, en attendant leurs pourvéances qu’on avoit mises sur mer et qui leur devoient venir. Mais peu leur en vinrent, car leurs vaisseaux eurent si grand’fortune sur mer, entre la Toussaint et la Saint André, que plusieurs de leurs nefs furent péries et allèrent arriver, par vent contraire, voulussent ou non, en Hollande et en Frise. Dont les Anglois, qui se tenoient à Neuf-Châtel et là entour, eurent moult de disette et de cher temps ; et ne pouvoient aller avant ; car s’ils fussent passés, ils n’eussent sçu où fourrer ni recouvrer de vivres ; car l’hiver étoit entré, et si avoient les Escots tous leurs biens, blés et avoines, mis et boutés ès forteresses ; si avoit le roi anglois avec lui bien six mille hommes à cheval et quarante mille hommes de pied : si leur falloit grands pourvéances.
Les seigneurs d’Escosse, qui s’étoient retraits devers la forêt de Gedours après la prise de Sturmelin, entendirent bien que le roi d’Angleterre séjournoit à Neuf-Châtel sur Tyne à grands gens, encouragés durement d’ardoir et exiller leur pays, ainsi qu’il avoit fait autrefois. Si eurent conseil entr’eux et avis, par grand’délibération, quelle chose ils pourroient faire, et comment ils se maintiendroient ; car ils étoient peu de gens, et avoient guerroyé par l’espace de sept ans et plus, sans seigneurs, et geu aux champs et ès forêts, à grand’mésaise, et encore n’avoient-ils point le roi leur seigneur ; si en étoient tous ennuiés et amatis. Si s’accordèrent qu’ils envoieroient devers le roi anglois un évêque et un abbé pour requérir aucunes trêves. Lesquels messages se partirent des Escots ; et chevauchèrent tant qu’il vinrent en la ville du Neuf-Châtel sur Tyne, et trouvèrent là le roi anglois et grand’foison de baronnie de-lez lui. Ces deux prélats d’Escosse, qui là avoient été envoyés sur sauf conduit, se trairent devers le roi anglois et son conseil, et montrèrent leur besogne si bellement et si sagement que une trêve fut accordée à durer quatre mois tant seulement ; par cette condition, que les Escots devoient envoyer en France, devers le roi David d’Escosse, messagers suffisans, et lui signifieroient que, s’il ne venoit dedans le premier jour de mai en suivant, si puissamment comme pour résister aux Anglois et défendre son pays, ils se rendroient au roi anglois, ni jamais ne le tiendroient à seigneur.