Les Chroniques de Sire Jean Froissart (page 62)

Jean Froissart · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Chroniques de Sire Jean Froissart · 72 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Tant le prêcha et sermonna que, sur asségurances, il l’amena parler au duc de Bourgogne et au seigneur de Cliçon, Là entrèrent en traités ; et n’en voult adonc le sire de Gommignies rien avoir en convent, sans le sçu de ses compagnons. Si retourna dedans Ardre ; et remontra aux compagnons, chevaliers et écuyers, qui là étoient, toutes les paroles et raisons de quoi on l’avoit asséguré, et comment on les menaçoit : si vouloit savoir quelle chose ils en diroient. Les aucuns lui conseilloient du rendre, et les autres non ; et furent plus de deux jours en fait contraire ; et disoient bien les aucuns que ils se porteroient trop grand blâme, s’ils se rendoient si légèrement sans être assaillis, et que jamais ne seroient en nulle place crus ni honorés. Le sire de Gommignies leur répondoit, que il avoit ouï jurer moult espécialement le duc de Bourgogne que, si on alloit jusques à l’assaillir, jamais à eux rendre ni la forteresse ils ne viendroient à tant que ils ne fussent tous morts, si de force ils étoient pris : « Et vous sçavez, seigneurs, que céans n’a point d’artillerie qui ne fût tantôt enlevée. » Là disoient les compagnons : « Sire, vous en avez mal soigné, c’est par votre négligence. »

Adonc s’excusoit le sire de Gommignies, et disoit que ce n’étoit mie sa coulpe mais celle du roi d’Angleterre, le roi Édouard, et de son conseil ; car il leur avoit bien dit et démontré en celle année plusieurs fois : « Et si de ce ils ont négligé, ce n’est mie ma coulpe, mais la leur ; et m’en voudrois bien excuser par eux. » Que vous ferois-je long parlement de cette aventure ? Tant fut traité et pourparlé, parmi l’aide et pourchas du seigneur de Raineval, qu’il fit tant que Ardre se rendit ; et s’en partirent ceux qui partir vouldrent, et espéciaument les quatre chevaliers et tous les compagnons soudoiers ; et furent conduits jusques à Calais, de monseigneur Gauvinet de Bailleul. Si demeurèrent cils de la nation de la ville sans rien perdre du leur ; et en prirent les François la saisine et possession, le sire de Cliçon et le maréchal de France. Si furent moult réjouis les François et tout le pays de la prise d’Ardre.

CHAPITRE CCCXCIV.

Des autres forteresses d’entour Calais qui furent prises par le duc de Bourgogne, et du sire de Gommignies qui alla s’excuser en Angleterre de la prise d’Ardre ; et comment le roi de France fit remparer toutes les forteresses de ce lez.

Le propre jour que Ardre se rendit, tout chaudement s’en vinrent quatre cents lances devant un autre petit fort, que on dit la Planche, où il y avoit Anglois qui le gardoient. Si furent environnés de ces gens d’armes ; et leur fut dit qu’ils ne savoient que faire de tenir, car Ardre s’étoit rendue ; et fussent tout ségurs, que s’ils se faisoient assaillir, ils seroient tous morts sans merci. Quand cils de la Planche ouïrent ces nouvelles, si furent tout ébahis, et se conseillèrent entre eux, et regardèrent que ils n’étoient que un petit de compagnons, et n’avoient mie trop forte place ; si valoit mieux que ils se rendissent, sauves leurs vies, puisque Ardre étoit rendue, que ils fissent pire marché. Si rendirent la forteresse, sauve leur vie et le leur, et furent conduits outre parmi ce traité, pour le péril des rencontres, jusques à Calais. Puis prirent les François la saisine de la Planche ; et dirent entre eux que bien ils le tiendroient, parmi l’aide d’Ardre et des autres forteresses que ils prendroient encore. À lendemain s’en vinrent les François devant Balinghehem, un chastel bel et fort en la comté de Guines, que les Anglois tenoient ; et n’y furent mie tous à celle empainte ; car le duc de Bourgogne étoit encore demeuré derrière et entendoit aux ordonnances d’Ardre, et au regarder quels gens y demeureroient et comment on le pourroit tenir contre les Anglois. Cils qui venoient devant Balinghehem étoient bien douze cents combattans. Si environnèrent le chastel et firent grand semblant de l’assaillir. À Balinghehem avoit fossés et grand roulis ainçois que on pût venir jusques aux murs ; mais cils François, targés et pavoisés, passèrent outre et rompirent les roulis, et pertuisèrent les murs. Quand les Anglois qui dedans étoient se virent assaillis de telle façon et entendirent que cils d’Ardre et de la Planche s’étoient rendus, si furent tout ébahis, et entrèrent en traités devers ces François. Finablement ils rendirent le chastel, sauves leurs vies et le leur ; et durent être conduits jusques à Calais, ainsi qu’il furent ; et les François prirent la possession de Balinghehem, qui s’en tinrent tout joyeux.

En après on vint devant un autre petit fort, qu’on appelle la Haye ; mais on trouva que les Anglois s’en étoient partis, et avoient bouté le feu dedans. Adonc s’en vint le duc de Bourgogne, et en sa compagnie tous cils barons dessus nommés, et leurs routes, devant Odruick un beau châtel et fort, duquel trois écuyers Anglois, qu’on dit les trois frères de Maulevrier, étoient capitaines ; et avoient avec eux des bons compagnons. Quand le duc de Bourgogne et ses gens furent venus jusques à là, ils l’environnèrent ; et leur fut demandé si ils se rendroient, et que ceux d’Ardre et de Balinghehem étoient rendus. Ils répondirent que ils n’en faisoient compte et qu’ils ne savoient rien de cela, et que point ne se rendroient ainsi. Quand on ouït cette réponse, adonc se logèrent toutes manières de gens ; ce fut par un merquedi ; et le jeudi toute jour on regarda comment on les pourroit assaillir. Ce château de Odruick est sur une motte environné d’eau et de fossés bien parfonds qui n’étoient mie légers à passer ; mais les Bretons s’affioient bien qu’il les passeroient. Adonc fit le duc de Bourgogne dresser ses engins et traire, ne sais, cinq ou six carreaux pour plus effréer ceux de dedans. Si en eut de ces carreaux qui, par force de trait, passèrent outre les murs et les pertuisèrent. Quand cils du châtel virent la forte artillerie que le duc avoit, si se doutèrent plus que devant ; mais toudis, jusques au dimanche, firent-ils grand semblant d’eux tenir et deffendre.

Entrues ordonnèrent les François et avoient jà ordonné toute leur besogne pour avoir l’avantage d’eux assaillir, et grand’foison de bois, de merriens, de velourdes et d’estrain pour remplir les fossés ; et étoient jà les livrées parties pour aller assaillir, et délivrées ainsi qu’usage est en tels besognes, et savoit chacun quelle chose il devoit faire ; et jà jetoient les canons, dont il y avoit jusques à sept vingt carreaux de deux cents pesant, qui pertuisoient les murs ; ni rien ne duroit devant eux, quand les trois frères de Maulevrier se mirent en traité envers le duc ; et m’est avis que ils rendirent la forteresse, sauve leur vie et le leur ; et furent conduits des gens du duc de Bourgogne jusques à Calais.

Vous devez savoir que messire Hue de Cavrelée, capitaine de Calais, et les gens d’icelle ville, furent moult émerveillés, quand si soudainement ils se virent en leur marche dégarnis de cinq châteaux ; et leur vint trop grandement à déplaisance, et par espécial de la bastide d’Ardre qui leur avoit été du temps passé un grand écu et confort contre les Artésiens ; et n’en savoient que supposer ; car le sire de Gommignies, combien que en devant ils l’aimassent, crussent et honorassent tant que à merveilles, il étoit maintenant tout hors de leur grâce ; et en murmuroient les aucuns villainement sur son parti, et tant que, lui étant à Calais, il s’en donna bien de garde, et perçut bien que les Anglois le regardoient fellement sur côté ; tant qu’il en parla et s’en conseilla à messire Hue de Cavrelée. Messire Hue de Cavrelée le conseilla loyaument et lui dit : « Sire de Gommignies, je ne vous oserois conseiller du contraire, pour votre honneur, que vous n’allez en Angleterre, et remontrez tout le fait ainsi qu’il va au duc de Lancastre et au conseil du roi, pourquoi vous en soyez excusé d’eux et du pays, et que vous en demeuriez sur votre droit et à votre honneur. On perd bien par fait de guerre plus grand chose que ne soit Ardre, Balinghehem ni Odruick ; et remontrez votre excusance de bonne façon ; car vous aurez assez à faire à vous excuser contre le pays, car toutes gens ne savent mie comment en tel parti d’armes on se peut ni doit maintenir : si en parlent les aucuns telle fois plus largement qu’à eux n’appartienne. »

Le sire de Gommignies retint en grand bien tout ce que messire de Cavrelée lui dit, et ordonna ses besognes pour passer outre en Angleterre ; et renvoya monseigneur Guillaume son fils, le seigneur de Vertaing, et son frère monseigneur Jacques du Sart et tous les compagnons de Hainaut, qui retournèrent simples et courroucés, ainsi que gens qui ont perdu leur saison pour un grand temps ; et le sire de Gommignies passa outre en Angleterre. Si se remontra au duc et au conseil du roi. Si lui fut bien dit à ce commencement que il avoit mal exploité, et fut grandement mal acccueilli de ceux de Londres, de la communauté, qui ne considéroient mie toutes choses ainsi que elles peuvent avenir ; mais le duc de Lancastre lui aida ses excusances à porter outre ; et demeura le sire de Gommignies sur son droit ; car on trouva bien que du rendage d’Ardre il n’avoit reçu ni or ni argent, et que tout ce que il en fit, ce fut par composition et traité pour eschiver plus grand dommage pour lui et pour ses compagnons. Or vous parlerons-nous du duc de Bourgogne comment il persévéra.

Quand le duc de Bourgogne eut fait cette chevauchée en la marche de Picardie, en celle saison, qui fut moult honorable pour lui et profitable pour les François de la frontière d’Artois et de Saint-Omer, il ordonna en chacun de ces châteaux, dont il tenoit la possession, capitaines et gens d’armes pour le tenir ; et par espécial en la ville d’Ardre, il y établit à demeurer le vicomte de Meaux et le seigneur de Sempy. Cils le firent remparer et fortifier malement, comment que elle fût forte assez devant.

Le roi de France, qui de ces nouvelles fut trop grandement réjoui, et qui tint à belle et bonne cette chevauchée, envoya tantôt ses lettres à ceux de Saint-Omer, et commanda que la ville d’Ardre fût bien garnie et pourvue de toutes pourvéances largement et grandement. Tout fut fait ainsi que il le commanda. Si se défit cette chevauchée, mais le sire de Cliçon et les Bretons ne dérompirent point leur route, mais retournèrent du plus tôt qu’ils purent vers Bretagne ; car nouvelles étoient venues au seigneur de Cliçon et aux Bretons, eux étant devant Ardre, que Janekins le Clercq, un écuyer d’Angleterre, et bon homme d’armes étoit d’Angleterre issu et venu en Bretagne, et mis les bastides devant Brest. Pourquoi les Bretons retournèrent du plus tôt qu’ils purent, et emmenèrent messire Jacques de Werchin, le sénéchal de Hainaut, avec eux. Et le duc de Bourgogne s’en retourna en France de-lez le roi son frère.

En ce temps se faisoit une grande assemblée de gens d’armes en la marche de Bordeaux, au mandement du duc d’Anjou et du connétable, car ils avoient une journée arrêtée contre les Gascons et Anglois, de laquelle je parlerai plus à plein quand j’en serai informé plus véritablement.

CHAPITRE CCCXCV.

Comment la guerre recommença entre le roi de France et le roi de Navarre ; et comment cil perdit la comté d’Évreux fors Cherbourg, qui fut assiégé des François ; et de la chevauchée que le duc de Lancastre fit en Bretagne.

Vous avez ouï recorder ci-dessus la paix faite du roi de Navarre à Vernon, et comment il laissa ses deux fils de-lez leur oncle le roi de France. Depuis fut une soupçon avisée sur un écuyer, qui étoit en l’hôtel du roi de France de par le roi de Navarre avec les dits enfans, et fut cet écuyer nommé Jacques de Rue, et sur un clerc grand maître, qui étoit du conseil du roi de Navarre et grand gouverneur en la comté d’Évreux, et avoit nom maître Pierre du Tertre, lesquels furent cruellement justiciés à Paris ; et avant reconnurent devant le peuple qu’ils avoient voulu empoisonner le roi de France. Adonc le roi de France mit sus grands gens d’armes dont il fit chef le connétable, avec lui le seigneur de la Rivière et plusieurs barons et chevaliers, lesquels descendirent en Normandie devant les forteresses du roi de Navarre, qui étoient belles, nobles et bien garnies, et mirent le siége devant une belle forteresse appelée le Pont-Audemer. Et avoient les François grands engins et plusieurs canons et grands habillements d’assaut, dont ils contraignirent moult la forteresse ; mais ceux de dedans se tinrent moult vaillamment ; si y eut plusieurs assauts et escarmouches. Longtemps dura le siége ; le châtel fut moult débrisé et ceux de dedans durement oppressés : plusieurs fois furent requis du connétable qu’ils se rendissent, ou tous seroient morts si ils étoient pris par force : c’étoient les promesses que le connétable promettoit par coutume. Les Navarrois véoient leurs vivres défaillir, et sentoient le roi de Navarre trop loin d’eux ; si rendirent la forteresse, puis furent conduits à Cherbourg et emportèrent leurs biens. La forteresse fut abattue et arrasée par terre, qui maints deniers avoit coûté à faire, et aussi les murs et toutes les tours du Pont-Audemer furent abattues. Puis vinrent les François assiéger la forteresse de Mortain, et y furent grand temps ; mais ceux de dedans, qui ne véoient nul secours apparant du roi de Navarre, et aussi que les autres forteresses navarroises n’étoient mie fortes pour résister aux François, se rendirent, en telle manière comme ceux de Pont-Audemer avoient fait. Et sachez qu’en celle propre saison le connétable mit en l’obéissance du roi de France toutes les villes, châteaux et forteresses de la dite comté ; et furent tous les châteaux de la comté d’Évreux rués par terre, et toutes les bonnes villes décloses, afin que jamais guerre ne pût sourdre au royaume de France de châtel ni de forteresse que le roi de Navarre tînt en la comté d’Évreux. Aussi y fit courir le roi de France les gabelles et subsides, ainsi qu’ils couroient parmi le royaume de France.

D’autre parti le roi d’Espagne fit entrer au royaume de Navarre son frère le Bâtard d’Espaigne à tout grands gens d’armes, lesquels commencèrent à exiller le pays et à conquérir villes et châteaux ; et ne pouvoit le roi de Navarre entendre à rien que à résister à l’encontre. Lors signifia le roi de Navarre son état au roi Richard d’Angleterre, afin qu’il lui voulsist aider pour résister à l’encontre du roi de France en sa comté d’Évreux, et il, de sa personne, demeureroit en Navarre pour garder ses villes et forteresses à l’encontre du roi d’Espaigne. Pourquoi le roi Richard, par le conseil qu’il eut, lui envoya messire Robert de Ros atout une route de gens d’armes et d’archers, lesquels descendirent à Cherbourg ; et aussi s’y étoient recueillis tous ceux des forteresses de la comté d’Évreux, qui avoient été gagnés du connétable de France.

Quand ils furent tous ensemble en la dite forteresse, il y eut belle et grosse garnison, et toutes gens d’armes d’élite ; et pourvurent icelle forteresse de vivres ; car ils pensoient là être assiégés. Quand le connétable et le sire de la Rivière, atout leur grosse route, eurent tout l’été hostoyé parmi la comté d’Évreux, et qu’il n’y eut rien demeuré appartenant au roi de Navarre, que tout ne fût déclos et en l’obéissance du roi de France, ils vinrent devant Cherbourg, un bel châtel, fort et noble, lequel fonda premièrement Julius César quand il conquit l’Angleterre, et est un port de mer. Les François l’assiégèrent de tous côtés, fors que par la mer, et se aménagèrent et pourvéirent pour demeurer sans partir devant qu’ils l’eussent pris. Messire Robert de Ros et sa route faisoient maintes saillies de jour et de nuit, et n’étoit nul jour que l’on ne fît escarmouche ; et n’y requirent oncques les François à faire fait d’armes qu’ils ne trouvassent à qui ; et y eut moult combattu et jouté par fer de lance et de glaive, et plusieurs morts et pris, tant d’un côté comme d’autre.

Le siége pendant, qui dura tout le demeurant de l’été, messire Olivier du Guesclin, frère au connétable, se mit en embûche, en murailles anciennes et ruineuses de-lez la dite forteresse, puis fit encommencer une escarmouche aux bailles ; et furent les François reboutés et reculés jusques à l’embûche du dit messire Olivier, lequel à toute sa route saillit hors, le glaive au poing, et courut, avisé de ce qu’il et les siens devoient faire, sur les Anglois et Navarrois fièrement. Là eut dur encontre, tant d’un côté comme d’autre, et y eut maint homme renversé par terre, mort, navré, pris et rescous. Finablement messire Olivier du Guesclin fut pris et fiancé prisonnier d’un écuyer Navarrois, appelé Jean le Coq, appert homme d’armes, et fut tiré dedans Cherbourg, et fina l’escarmouche plus au dommage des François que des Anglois. Et fut le dit messire Olivier envoyé en Angleterre, et demeura grand temps prisonnier à Londres ; puis fut rançonné à grand’mise.

Ainsi demeurèrent les François devant Cherbourg jusques bien avant en l’hiver, à petit de conquêt. Si considérèrent qu’ils gâtoient leur temps et que Cherbourg étoit imprenable, et que tout rafreschissement, tant de vivres comme de gens d’armes, leur pouvoit venir par mer ; pourquoi les François se délogèrent et mirent bonnes garnisons à l’encontre de Cherbourg ; c’est à savoir, au Pont-d’Ouve, à Carentan, à Saint-Lô, à Saint-Sauveur-le-Vicomte : puis donna le connétable congé à tous ceux de sa route : si se trait chacun en son lieu ; et fut en l’an mil trois cent soixante dix-huit.

Vous avez bien ouï ci-dessus comment le duc de Bretagne s’étoit parti de Bretagne et avoit amené avec lui sa femme en Angleterre. Si demeurèrent en leurs terres qu’ils avoient au dit royaume, que on appeloit la comté de Richmond, et mettoit le duc grand’peine à avoir aide du jeune roi Richard d’Angleterre, pour reconquerre son pays qui étoit tourné François ; mais il n’en pouvoit être ouï.

Cependant advint que le duc de Lancastre fut informé que, s’il venoit en Bretagne atout une bonne armée, il auroit aucuns forts qui se rendroient à lui, par espécial Saint-Malo de l’Isle, une belle forteresse et hâvre de mer. Lors le duc de Lancastre mit sus une grosse armée et vint à Hantonne. Là fit appareiller vaisseaux et pourvéances : si entra en mer atout foison de seigneurs, de gens d’armes et d’archers d’Angleterre ; et fut en cette route le sénéchal de Hainaut et le chanoine de Robertsart. Si nagèrent tant qu’ils vinrent à Saint-Malo. Sitôt qu’ils furent à terre, ils issirent de leurs vaisseaux et déchargèrent toutes leurs pourvéances : si se trairent devant la ville de Saint-Malo et y bâtirent siége de tous côtés. Ceux de la ville ne furent mie trop effréés ; car ils étoient bien pourvus de vitaille, de gens d’armes et d’arbalêtriers qui vaillamment se deffendirent, et y fut le duc un grand temps.

Quand le connétable de France et le sire de Cliçon le sçurent, ils firent un grand mandement de tous côtés ; et vinrent devers Saint-Malo pour lever le siége ; et cuidoit-on plusieurs fois que la bataille se dût faire entre les deux parties. Et firent les Anglois plusieurs fois leurs gens ordonner tous prêts pour combattre : mais oncques le connétable de France ni le sire de Cliçon n’approchèrent si près que bataille se pût faire entre eux. Adonc, quand les Anglois eurent là été un grand temps, et qu’ils virent bien que ceux de la ville n’avoient nulle volonté de eux rendre, le duc de Lancastre eut conseil de déloger, car il véoit bien que là perdoit son temps. Si entra en mer et retourna en Angleterre, et donna congé à toutes manières de gens d’armes, et s’en alla chacun en son lieu.

CHAPITRE CCCXCVI.

Comment le château d’Auroy en Bretagne fut rendu François, et de la garnison française qui fut mise à Montbourg contre ceux qui étoient de piéça en la garnison du fort château de Cherbourg.

Encore étoit le châtel d’Auroy en la saisine du duc de Bretagne, qui tout coi étoit en Angleterre. Si y envoya le roi plusieurs seigneurs de France et de Bretagne, et y fut le siége mis grand et pleinier, et dura long-temps. Ceux d’Auroy, qui ne virent apparence d’être secourus de nul côté, entrèrent en traité, par condition que s’ils n’étoient secourus du duc de Bretagne ou du roi d’Angleterre, forts assez pour tenir la place, dedans certain jour dénommé, ils se devoient rendre ; ce traité fut accordé. Le jour vint, les François tinrent leur journée : nul ne s’apparut du duc de Bretagne ni des Anglois ; si fut le châtel rendu et mis en l’obéissance du roi de France, ainsi comme les autres châteaux et bonnes villes du pays de Bretagne étoient ; et se départirent ceux d’Auroy qui y étoient de par le duc de Bretagne.

L’an de l’incarnation de Notre Seigneur mil trois cent soixante-dix-neuf en la nouvelle saison, tantôt après Pâques, le roi Charles de France, qui vit comment ceux de Cherbourg guerroyoient durement le pays et gâtoient le clos de Cotentin, ordonna messire Guillaume des Bordes, vaillant chevalier et bon capitaine, à être gardien et souverain capitaine de Cotentin et de toutes les forteresses à l’encontre de Cherbourg. Si s’en vint le dit messire Guillaume atout belle route de gens d’armes et d’arbalêtriers Gennevois ; et vint gésir à Montbourg, dont il fit bastille contre Cherbourg ; et fit plusieurs chevauchées ; et très volontiers eût trouvé à jeu parti la garnison de Cherbourg ; car il ne désiroit rien tant qu’il les pût combattre ; car il se sentoit bon chevalier, vaillant, renommé, hardi et entreprenant, et considéroit qu’il avoit fleur de gens d’armes avecques lui de ses garnisons.

En ce temps même fut envoyé capitaine de Cherbourg un chevalier anglois, appelé messire Jean Harleston, de qui j’ai plusieurs fois parlé çà arrière ; si avoit été grand temps capitaine de Guines ; lequel monta en mer à Hantonne, à trois cents hommes d’armes et autant d’archers. Tant nagèrent qu’ils arrivèrent à Cherbourg ; et étoit de sa route un vaillant chevalier de Savoie, appelé messire Othe de Grantçon ; et des Anglois y étoient messire Jean Aubourg, messire Jean Oursellé et plusieurs chevaliers et écuyers. Sitôt qu’ils furent arrivés, ils mirent hors leurs chevaux et harnois et se rafreschirent aucuns jours, et mirent leurs besognes à point, et commencèrent à chevaucher sur le pays et faire grand’guerre. Aussi messire Guillaume des Bordes subtilloit nuit et jour comment et en quelle manière il leur pût porter dommage. Si sachez que en celle saison les deux capitaines mirent maintes embûches l’un sur l’autre à peu de fait ; car l’aventure ne donnoit mie qu’ils trouvassent l’un l’autre, fors aucuns compagnons qui s’aventuroient follement, tant pour honneur acquérir comme pour gagner et trouver aventures. Ceux s’entr’encontrèrent souvent et ruèrent l’un l’autre jus ; l’un jour gagnoient les François et l’autre perdoient, ainsi que faits d’armes se démènent.

CHAPITRE CCCXCVII.

Comment la garnison de Cherbourg déconfit la garnison de Montbourg ; et comment messire Guillaume des Bordes fut pris et rançonné ; et de la bonne pourvéance que le roi Charles de France y fit.

Tant chevauchèrent l’un sur l’autre que messire Guillaume des Bordes se partit une matinée de Montbourg, et toute sa garnison, en volonté de chevaucher devant Cherbourg et combattre messire Jean de Harleston, s’il le pouvoit attraire aux champs. Si s’en vint bien ordonné et appareillé à toute sa puissance, tant de gens d’armes comme d’arbalêtriers et de gens à pied. D’autre part messire Jean de Harleston, qui rien ne savoit du fait des François, eut volonté aussi de chevaucher ce jour : si fit sonner ses trompettes et armer toutes ses gens d’armes tant de cheval comme de pied, et tout traire aux champs, et ordonna qui demeureroit en la forteresse ; puis chevaucha en grand arroy et bonne ordonnance, comme cil qui bien le savoit faire ; et ordonna messire Jean Oursellé avec les gens de pied pour eux mener et conduire ; après ce ordonna ses coureurs. Aussi avoit fait messire Guillaume des Bordes. Et tant chevauchèrent en cette manière de l’un côté et de l’autre que les coureurs se trouvèrent, et s’entrechevauchèrent de si près que les coureurs anglois virent et avisèrent à plein les François, et aussi les coureurs françois trouvèrent et avisèrent les Anglois ; et se retrait chacun à son côté, rapportant la vérité des ennemis.

Lors furent les deux capitaines lies, car ils avoient trouvé ce qu’ils quéroient ; car ils désiroient moult à trouver l’un l’autre. Quand les deux capitaines eurent ouï le rapport de leurs coureurs, chacun recueillit ses gens bien et sagement, et firent développer leurs pennons en approchant l’un de l’autre ; et étoient les gens de pied anglois avec les gens d’armes. Sitôt qu’ils furent entr’approchés si près que à un trait d’arc, les François mirent pied à terre ; et aussi firent les Anglois. Adonc commencèrent archers et arbalêtriers à traire fort et roidement, et gens d’armes à approcher, les glaives au poing, abaissés, rangés et serrés si près que plus ne pouvoient. Lors s’assemblèrent-ils de tous côtés ; et commencèrent à pousser, à bouter et férir de glaives et de haches et d’épées : là eut dure bataille, forte et bien combattue : là vit-on gens d’armes éprouver leurs prouesses. Là étoit messire Guillaume des Bordes armé de toutes pièces, une hache en sa main, et frappoit à dextre et à senestre : tout ce qu’il consuivoit à plein coup, il ruoit par terre : là fit-il tant d’armes et de prouesses de son corps que à toujours il en doit être loué et prisé ; et ne demeura mie en lui qu’il ne mît tous les Anglois à déconfiture. D’autre part messire Jean Harleston, capitaine de Cherbourg, se combattoit bien et vaillamment, une hache en sa main, pied avant l’autre. Et bien y besognoit, car il avoit à dure partie à faire et durs combattans. Là eut maintes vaillantises faites ce jour, maintes appertises d’armes, maintes prises et maintes rescousses : qui étoit abattu, c’étoit sans relever. Là eut maint homme mort et navré et mis à grand meschef : là fut messire Jean Harleston porté par terre et en très grand’avenlure de sa vie ; mais par force d’armes il fut rescous et relevé.

La bataille dura longuement, et moult fort fut combattue et bien continuée, tant d’un côté comme d’autre, et ne l’eurent mie les Anglois d’avantage ; car il y en eut plusieurs morts et navrés et meshaignés angoiseusement ; et aussi pareillement des François. Finablement les Anglois se combattirent si longuement et de si grand cœur qu’ils obtinrent la place ; et furent les François déconfits et morts ou pris. Petit s’en sauva de gens d’honneur ; car ils s’étoient si fort combattus et mis si hors d’alaine et de puissance qu’ils n’avoient nul pouvoir d’eux partir ; ainsi vouloient tous mourir ou vaincre leurs ennemis. Là fut pris messire Guillaume Des Bordes en bon convenant, d’un écuyer de Hainaut appelé Guillaume de Baulieu, appert homme d’armes et qui grand temps avoit été Anglois ès forteresses de Calais, et étoit arrivé de Trasegnies. À cestui se rendit, dolent et courroucé de ce que la journée n’avoit été pour lui. Là vit-on Anglois mettre François à grand meschef, et plusieurs François prisonniers en la fin de la bataille, et maint gentilhomme mort, de quoi ce fut pitié.

Quand les Anglois eurent les morts dépouillés, messire Jean Harleston et les siens se partirent de la place et emmenèrent leurs prisonniers et leur gain arrière dedans Cherbourg. Si pouvez bien croire que les Anglois menèrent grand’joie cette nuit, de la bataille, aventure et journée que Dieu leur avoit donnée : si fut le dit messire Guillaume Des Bordes grandement fêté, conjoui et aise, de ce que on put faire, car sa personne le valoit bien. Cette déconfiture fut entre Montbourg et Cherbourg le jour Saint-Martin le Bouillant l’an mil trois cent soixante dix neuf.

Quand le roi de France sçut ces nouvelles, que la garnison de Montbourg et son capitaine étoient morts et pris, et que le pays étoit moult effréé de cette déconfiture, le roi, comme sage et bien avisé et pourvu en tous ses affaires, y pourvéit tantôt de remède ; et envoya sans délai à Montbourg grands gens d’armes de rechef pour garder les frontières et les forteresses et le pays à l’encontre de la garnison de Cherbourg. Et furent chefs de ces gens d’armes de par le roi de France messire Jean de Vienne et messire Hutin de Vremelles ; et tinrent les marches à l’encontre des Anglois. Mais depuis, par l’ordonnance du roi de France, ils abandonnèrent Montbourg et tout le pays et tout le clos de Cotentin qui étoit le plus gros pays du monde ; et fit-on toutes les gens, hommes et femmes, traire hors du pays du dit clos de Cotentin ; et abandonnèrent villes, maisons et possessions, et se retrairent toutes ces gens pardeçà le clos que on dit de Cotentin ; et tinrent les François frontière au Pont D’Ouve, à Carentan, à Saint-Lô et par toutes les marches sur le clos de Cotentin.

FIN DU PREMIER LIVRE DES CHRONIQUES DE SIRE JEAN FROISSART.

CHAPITRE CCCXI.

Comment le prince fit un grand mandement à tous ses féaux pour aller contre les François ; et comment le captal de Buch et messire Thomas de Felleton gardèrent la ville de la Linde d’être prise.

Le prince de Galles, qui se tenoit en la ville d’Angoulême fut informé et certifié de ces deux grosses chevauchées du duc d’Anjou et du duc de Berry, et comment ils étoient entrés efforcément en sa terre et par deux lieux ; et fut encore ainsi dit au prince, à ce que on pouvoit voir et imaginer, ils tiroient à venir devant Angoulême et de lui laiens assiéger et de madame la princesse, et que sur ce il eût avis. Le prince, qui fut un moult vaillant homme et moult imaginatif, et conforté en toutes ses besognes, répondit que jà ses ennemis ne le trouveroient enfermé en ville ni en châtel, et qu’il vouloit issir aux champs contre eux. Si mit tantôt clercs et messages en œuvre d’écrire lettres et d’envoyer partout à ses féaux et ses sujets en Poitou, en Xaintonge, en la Rochelle, en Rouergue, en Quersin, eu Gaurre, en Bigorre, en Agénois, et leur mandoit expressément que chacun s’apprêtât pour venir au plus tôt qu’ils pourroient, et atout le plus de gens qu’ils pourroient avoir, devers lui en la ville de Congnach. Là étoit son mandement assis ; et se traist tantôt de celle part madame la princesse ; avecques elle Richard leur jeune fils.

Pendant que ce mandement se faisoit et que toutes gens s’appareilloient, les François chevauchoient toudis avant, gâtant et exillant le pays : et s’en vinrent devers la Linde, une bonne ville et forte, séant sur la rivière de Dourdonne, à une lieue de Bergerac. Si en étoit capitaine de par le captal, qui là l’avoit établi, un moult vaillant chevalier de Gascogne, qui s’appeloit messire Thomas de Batefol. Cil avoit la dite ville de la Linde en garde. Or vinrent là pardevant le duc d’Anjou, le comte d’Armignac, le sire de Labreth, le comte de Pierregord, le comte de Comminges, le vicomte de Carmaing et tous les autres barons et chevaliers de leurs routes. Si mirent tant le siége devant par grand’ordonnance, et dirent qu’ils ne s’en partiroient si l’auroient. La ville étoit bonne et forte, et bien pourvue de tous biens et d’artillerie : car monseigneur le captal de Buch et messire Thomas de Felleton y avoient été depuis quinze jours et l’avoient refreschie à leur entente ; et trop bien étoient ceux de la Linde taillés d’eux tenir si ils vouloient, parmi le confort que ils pouvoient avoir hàtivement, si il leur besognoit, de Bergerac. Mais les hommes de la ville étoient si enclins à eux tourner François que merveilles étoit ; et entendirent aux traités et aux promesses que le duc d’Anjou leur faisoit et faisoit faire par ses gens. Et tant fut pressé le dit capitaine qu’il s’y accorda aussi, parmi une somme de florins qu’il devoit avoir, et grand profit tous les ans du duc d’Anjou, et sur ce être bon François ; et fut tout ordonné que sur une matinée il devoit mettre les François en la ville. Ce marché et ce traité furent sçus en la ville de Bergerac le soir dont se devoit faire et livrer lendemain. Adonc étoit là venu le comte de Cantebruge atout deux cents lances, qui fut présent au rapport que on en fit. De ces nouvelles furent monseigneur le captal et messire Thomas de Felleton moult émerveillés, et dirent qu’ils seroient au livrer la ville. Si se partirent de Bergerac après mie-nuit atout deux cents lances, et chevauchèrent devers la Linde et vinrent là au point du jour : si firent ouvrir la porte à leur lez, et puis chevauchèrent outre, sans point attendre, à l’autre porte par où les François devoient entrer, qui étoient jà tous appareillés et entroient, et les mettoit le dit messire Thomas dedans. Donc se traist avant le captal de Buch, l’épée au poing, et descendit à pied assez près de la porte ; et aussi firent tous les autres, et dit en approchant messire Thomas : « Ha ! mauvais traître, tu y mourras tout premièrement ; jamais ne feras trahison après cette-ci. » À ces mots il lui lança son épée sur lui, et la bouta si roidement qu’il lui embarra an corps et la fit saillir plus d’un pied à l’autre lez, et l’abattit en la place tout mort. Les François, qui aperçurent monseigneur le captal et sa bannière, et monseigneur Thomas et sa bannière, et leurs gens, et comment ils avoient failli à leur entente, reculèrent tantôt et tournèrent le dos.

Ainsi demeura la ville angloise, et fut adonc en grand péril d’être courue et arse des Anglois proprement et les gens tous morts, pour ce qu’ils avoient consenti ce traité ; mais ils s’excusèrent si bellement que ce qu’ils en avoient fait ni consenti à faire, c’étoit par crémeur, et avoit été principalement par la foiblesse de leur capitaine qui l’avoit comparé. Si s’en passèrent atant et demeurèrent en paix : mais ces deux seigneurs des susdits demeurèrent là tant que le duc d’Anjou et ses gens s’y tinrent, et qu’ils reprirent un autre chemin.

Or parlerons un petit de l’état et ordonnance d’Angleterre, car il en chiét à parler, et de la chevauchée que messire Robert Canolle fit parmi le royaume de France.

CHAPITRE CCCXII.

Comment trêves furent faites entre les Escots et les Anglois ; et comment messire Robert Canolle ardit, pilla et rançonna le pays de Picardie et de Vermandois.

Ainçois que messire Robert Canolle et ses gens partissent d’Angleterre, il y eut conseil grand entre les Anglois et les Escots ; et furent si sagement démenées les paroles par si bonnes et si vaillans gens qui ressoignoient le dommage de l’un royaume et de l’autre, que unes trêves furent prises entre l’un roi et l’autre, leurs pays, leurs gens et tous leurs adhérens, à durer neuf ans, et se pouvoient les Escots armer et aller comme soudoyers, leurs gages prenans, duquel lez qu’ils vouloient, Anglois ou François : dont il avint que messire Robert et sa route en eut bien cent lances. Quand le dit messire Robert et toutes ses gens qui avec lui devoient aller et être furent appareillés et venus à Douvres, et ils furent passés à Calais, il même passa tout dernièrement et arriva au hâvre de Calais, et puis issit à terre, où il fut reçu à grand’joie du capitaine, monseigneur Nichole de Stambourne, et de tous les compagnons. Quand ils se furent là rafraîchis cinq jours, et ils eurent jeté leur avis quelle part ils iroient et quel chemin ils tiendroient, si ordonnèrent leur charroy et leurs pourvéances ; et issirent par un matin et se mirent sur les champs moult ordonnèrent. Si étoient environ quinze cents lances et quatre mille archers parmi les Gallois.

Avecques le dit messire Robert étoient issus d’Angleterre, par l’ordonnance du roi, messire Thomas de Grantson, messire Alain de Bouqueselle, messire Gilbert Guiffart, le sire de Fitvatier, messire Jean de Boursier, messire Guillaume de Nuefville, messire Geffroi Oursellé, et plusieurs autres, tous apperts chevaliers et vaillans hommes d’armes. Si vinrent ce premier jour assez près de Fiennes. Messire Moreau de Fiennes, qui pour le temps étoit connétable de France, se tenoit en son châtel ; et grand’foison de bons compagnons avec lui, chevaliers et écuyers, qui furent tous pourvus et avisés des Anglois recueillir.

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