L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 100)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer danÉ une pieuse allégresse. L'Eglise, dérogeant àj tous ses usages habituels, veut que si la Vj

gile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'emBortent sur l'Office et la Messe du quatrième •imanche de l'Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres ; jusque-là l'Eglise se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice, suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L'intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l'on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux, comme dans les autres Feries de l'A- vent ; et il n'y a plus qu'une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.

Entrons dans l'esprit de la sainte Eglise, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeyne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, celui qui vient illuminer toute créature ; car c'est un devoir pour tout fidèle enfant de l'Eglise Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le

refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur: dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.

Parcourons en esprit de prière les princiEales parties de l'Office de cette Vigile. D'aord, la sainte Eglise éclate par un cri d'avertissement qui sert d'Invitatoire à Matines, d'Introït et de Graduel à la Messe. C'est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.

HODIE scietis quia véniel Dominus : et mane videbitis gloriam ejus.

Sachez au^oura nui que i Seigneur viendra ; et de le matin vous verrez sa gloire.

Les Répons sont remplis de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en personne.

O jourd'hui, et soyez prêts : car demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous. f. Sachez aujourd'hui que le Seigneur va venir; et demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous.

H). Soyez constants; vous" verrez venir sur vous le seO ni hodieet estote parati : quia die crastina videbitis * Majestatem Dei in vobis. f. Hodie scietis quia veniet Dominus, et mane videbitis * Majestatem Dei in vobis.

fi|. Constantes estote; videbitis auxilium DoLa Vigile de Noël.

cours du Seigneur. O Judée et Jérusaleml ne craignez point : * Demain vous serez délivrées, et L Seigneur sera avec vous. f. Sanctifiezvous , enfants d'Israél , et soyez prêts. * Demain vous serez délivrés, et le Seigneur sera avec vous.

fi|. Sanctifiez-vous, enfants d'Israël, dit le Seigneur; car demain le Seigneur descendra. * Et il ôtera de vous toute langueur, f. Demain, l'iniquité de la terre sera effacée ; et le Sauveur du monde régnera sur nous. * Et il ôtera de vous toute langueur.

mini super vos: Judaea et Jérusalem, nolite timere : * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum . * Sanctificamini, filii Israël, et estote parati. * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum.

fl). Sanctificamini, filii Israël, dicit Dominus: dieenim crastina descendet Dominus : * Et auferet a vobis omnem languorem. p. Crastina die delebitur iniquitas terra?, et regnabit super nos Salvator mundi. " Et auferet a vobis omnem languorem.

A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe,' que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce eue la grande nouvelle ait été totalement annoncée.

L'an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent

octavo kalendas jaAnno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit cœ- lum et terram, quinquies

millésime» centesimo nonagesimo nono : A diluvio vero, lesimo

quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l'an deux mille neuf cent cinquante-sept: de la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, l'an mille cinq cent dix: de l'onction du roi David, l'an mille trentedeux : en la soixante-cinquième Semaine , selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade: de la fondation de Rome, l'an sept cent cinquante-deux: d'Octavien Auguste , l'an quarante-deuxième : tout l'univers étant en paix: au sixième àçe du monde : JésusChrist, Dieu éternel, et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme . de la Vierge Marie, en Bethléhem Je Judée : La Nativité de notre Seigneur Jésl s - Christ selon la chair ! ceptionem decursis mensibus, in Bethléhem Judx nascitur ex Maria Virgine factus Homo : Nativitas Domini nostri JesiTChristi secundum carnem!

Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous l. Interrogées si

quinquagesimo septimo : A nativitate Abraha», anno bis millesimo quintodecimo : A Moyse et egressu populi Israël de jEgypto, anno millesimo quingentesimo decimo : Ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo : Hebdomada sexagesima quinta juxta Danielis prophetiam : Olympiade centesima nonagesima quarta: Ab urbe Roma condita. anno septingentesimo quinquagesimo secundo: Anno Imperii Octaviani Augusti quadragesimo secundo : toto orbe in pace composito, sexta mundi aetate, Jésus Christus aeternus Deus, aeternique Patris Filius, mundum volens adventu suo piissimo consecrare. de Spiritu Sancto conceptus, novemque post conI. L'Eglise, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la

elles auraient vu passer celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. « Une voix d'allé« gresse a retenti sur notre terre, dit à ce « sujet saint Bernard dans son premier Ser« mon sur la Vigile de Noël ; une voix de « triomphe et de salut sous les tentes des « pécheurs. Nous venons d'entendre une « parole bonne, une parole de consolation, « un discours plein de charmes, digne d'être « recueilli avec le plus grand empressement. « Montagnes, faites retentir la louange ; « battez des mains, arbres des forêts, devant « la face du Seigneur ; car le voici qui « vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; « créatures, soyez dans l'étonnement et la « louange ; mais toi surtout, ô homme ! Jésus« Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem « de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, « quelle âme ne se fond pas à cette parole ? « Quelle plus douce nouvelle ? quel plus « délectable avertissement ? qu'entendit-on « jamais de semblable ? quel don pareil le « monde a-t-il jamais reçu ? Jésus-Christ, « Fils de Dieu, naît en Bethléhem de « Judée ! O parole brève qui nous annonce le « Verbe dans son abaissement ! mais de

naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l'Eglise sur cette matière.

« quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le « charme d'une si mielleuse douceur nous « porte à chercher des développements à cette « parole ; mais les termes manquent. Telle « est, en effet, la grâce de ce discours, que si « j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis « la saveur : Jésus-Christ, Fils de Dieu,

HODIE scietis. quia veniet Dominus. et saivabit nos : et mane videbitis gloriam ejus. Ps. Dominiest terra et plenitudo ejus ; orbis terrarum. et universi qui habitant in eo. Gloria Patri. Hodie.

Sachez aujourd'hui que le Seigneur va venir, et il nous sauvera; et dès le matin vous verrez sa gloire.

Ps. La terre est au Seigneur, et tout ce qu'elle renferme; l'univers et tous ceux qui l'habitent. Gloire au Père. Sachez.

Dans la Collecte, l'Eglise semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c'est la dernière fois qu'elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Epoux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance.

DEUS, qui nos redemptionis nostrae annua expectatione lœtificas : praesta, ut Unigenitumtuum. quem Redemptorem lceti suscipimu», veODieu ! qui nous comblez de joie tous les ans, par l'attente de notre Rédemption; faites que, coflUM

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