L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 99)
s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi. Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile; car celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru ! Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de
gistice luira une seconde fois pour elles, énissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.
O Orient ! splendeur de | (~\ Oriens , splendor la lumière éternelle! |" ' lucis aeternae. et Sol Soleil de justice! venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.
justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.
Divin Soleil, à Jésus ! vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d'hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils remarquent la majesté et l'incomparable modestie de cette auguste Reine, sentirontils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humbie: encore ont-ils bientôt oublié cette
heureuse rencontre. S'ils voient avec tant d'indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donnerontils une pensée ? Et cependant ce fils, c'est vous-même, ô Soleil de justice! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l'amour. Si ces hommes vous aimaient, 6 libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur coeur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. O Jésus qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l'hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le reste de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu'à ce que nous soyons arrivés avec vous à l'heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, ou enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !
(Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la V* Seinaine de VAvent, Oraison.)
y mmane satis facinus l video coram tuis , Deus Pater, oculis. a reprobis perpetratum : qui, dum Filium tuum. prasdicatuminLege contemnunt , in incredulitatis sua: voragine remanseODieu notre Père ! quel :nme énorme vois-je commettre sous vos yeux par les Juifs réprouvés! ils méprisent votre Fils annoncé dans la Loi. et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédu» lité ; tandis que ceux auxquels
il n'avait pas été annoncé l'ont vu, et que ceux qui n'en ont point entendu parler l'ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous vous en supplions, tout ce qui vous résiste dans nos œuvres : afin que les dons que vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l'humilité ne s y dessèche jamais. Amen.
runt ; dum hi quibus non erat de eo nuntiatum, viderunt eum, et qui non audierunt , intelligentia contemplati sunt. Amove ergo, quaesumus, quidquid resistittibi in opère, ut credulo pectore sic in nobis virgulta donorum praepolleant , ut radix humilitatis nunquam
ORex gentium, et desideratus earum , Lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem quem de limo formasti.
ORoi des nations, objet de leurs désirs! Pierre angulaire qui réunissez en vous [es deux peuples ! venez et sauvez ; l'homme que vous avez formé du limon.
O Roi des nations ! vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire a son terme, et votre auguste Mère, qu'un si doux fardeau console et tortille, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s'estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l'heure approche où, sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l'amour maternel se confondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, elle est au moment d'expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine conXXII Décembre.
tre les plus fortes et les plus paissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations! car vous voulez qu'elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l'homme vous est cher, puisque vous l'avez pétri de vos mains. Oh ! venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition; la mort l'a envahie: reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvezla; car vous l'aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.
f~\ Roi Pacifique ! vous qui ^S êtes né avant les siècles, hàtez-vous de sortir par la porte d'or : visitez ceux que vous devez racheter, et faitesles remonter au lieu d'où le péché les a précipités.
/~\ Rex Pacifiée , tu ^■^ ante saecula nate , per auream egredereportam, redemptos tuos visita, et eos illuc revoca, unde ruerunt per culpam.
Aujourd'hui, en l'Office des Laudes, l'Eglise chante cette Antienne:
Ecce compléta sunt omnia quae dicta sunt per Angelum, de Virgine Maria.
O Emmanuel, Rex et | ^~\ Emmanuel! notre Roi Legifer noster. ex- -^ et notre Législateur!
pectatio gentium, et salvator earum : veni ad saivandum nos , Domine ûeus noster.
l'attente des nations et leur sauveur ! venez nous sauver, Seigneur notre Dieu!
O Emmanuel! Roi de Paix! vous entrez aujourd'hui dans Jérusalem, la ville de votre choix; car c'est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d'elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n'est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s'accomplit, pour la première fois, l'oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple seXXlil Décembre.
rait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d'Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu'au ciel même, par la dignité de celui qu'elle contient. C'est le Législateur luimême qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l'Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l'appellent d'autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel! tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l'heure est près de sonner, que touteschoses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d'être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c'est-à-dire Sauveur.
O Jérusalem! ville du grand Dieu, lève les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur; car il va bientôt venir te délivrer de tes liens.
OHlERUSALEM, civitas Dei summi, leva in circuitu oculos tuos ; et vide Dominum tuum, quia jam veniet solvere te a vinculis.
nfin , dit saint Pierre Damien « dans son Sermon pour ce jour. « nous voici arrivés de la haute « mer dans le port, de la pro« messe à la récompense, du dé« sespoir à l'espérance, du trace vail au repos, de la voie à la patrie. Les cour« riers de la divine promesse s'étaient succédé; « mais ils n'apportaient rien avec eux, si ce « n'est le renouvellement de cette même pro« messe. C'est pourquoi notre Psalmiste s'était « laissé aller au sommeil, et les derniers ac« cents de sa harpe semblaient accuser les rc« tards du Seigneur. Vous nous ave$ repoussés, « disait-il, vous nous ave^ dédaignés; et vous <i ave% différé V arrivée de votre Christ. (Psaume « lxxxviii.) Puis, passant de la plainte à l'au« dace, il s'était écrié d'une voix impérative : « Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur « les Chérubins ! (Psaume lxxix.) En repos sur le « trône de votre puissance, entouré des batail« Ions volants de vos Anges, ne daignerez-vous « pas abaisser vos regards sur les'enfants des j
« hommes, victimes d'un péché commis par «Adam, il est vrai, mais permis par vous« même ? Souvenez-vous de ce qu'est notre « nature ; c'est à votre ressemblance que vous « l'avez créée ; et si tout homme vivant est « vanité, ce n'est pas du moins en ce qu'il a « été fait à votre image. Abaisse^ donc vos a deux et descende^ ; abaissez les cieux de « votre miséricorde sur les misérables qui « vous supplient, et du moins ne nous oubliez « pas éternellement.
« Isaïe à son tour, dans la violence de ses « désirs, disait : A cause de Sion, je ne me « tairai pas; à cause de Jérusalem., je ne me « reposerai pas, jusqu'à ce que le Juste qu'elle « attend se lève enfin dans son .éclat. Forcer « donc les cieux et descende^ ! Enfin, tous les « Prophètes, fatigués d'une trop longue at« tente, n'ont cesse de faire entendre tour à tour « les supplications, les plaintes, et souvent « même les cris de l'impatience. Quant à « nous, nous les avons assez écoutés; assez « longtemps nous avons répété leurs paroles: « qu'ils se retirent maintenant ; il n'est plus « pour nous de joie, ni de consolation, juste qu'à ce que le Sauveur, nous honorant du « baiser de sa bouche, nous dise lui-même : « Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d'entendre ? Sanc« tifie^-vous, enfants d'Israël, et soye^ prêts : «. car demain descendra le Seigneur. Le reste « de ce jour et à peine la moitié de la nuit « qui va venir nous séparent de cette entre« vue glorieuse, nous cachent encore l'Enfant« Dieu et son admirable Naissance. Courez, « heures légères; achevez rapidement votre
« cours, pour que nous puissions bientôt voir « le Fils de Dieu dans son berceau et rendre « nos hommages à cette Nativité qui sauve le « monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes « de vrais enfants d'Israël, purifiés de toutes « les souillures de la chair et de l'esprit, tout « prêts pour les mystères de demain, pleins « d'empressement a témoigner de votre dévo« tion. C'est du moins ce que je puis juger, « d'après la manière dont vous avez passe les « jours consacrés à attendre l'Avènement du « Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques « gouttes du fleuve de la mortalité avaient « touché votre cœur, hâtez-vous aujourd'hui la de les essuyer et de les couvrir du blanc c linceul de la Confession. Je puis vous le « promettre de la miséricorde de l'Enfant qui « va naître : celui qui confessera son péché « avec repentir, la Lumière du monde naîtra (( en lui; les ténèbres trompeuses s'évanoui« ront, et la splendeur véritable lui sera « donnée. Car comment la miséricorde serait« elle refusée aux malheureux, en cette nuit « même où prend naissance le Seigneur misé« ricordieux ? Chassez donc l'orgueil de vos « regards, la témérité de votre" langue, la « cruauté de vos mains, la volupté de vos reins; « retirez vos pieds du chemin tortueux, et « puis venez et jugez le Seigneur, si, cette a nuit, il ne force pas les Cieùx, s'il ne des« cend pas jusqu'à vous, s'il ne jette pas au « fond de la mer tous vos péchés. »