L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 16)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir; priez avec lui :

Grâces vous soient rendues, adorable Trinité. pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d'assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j'ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

Placeat tibi, sancta Trinitas, obsequium servi tutis meae, et praesta ut sacrificium, quod oculis tua? majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile.mihique, et omnibus pro quibus iliud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christura Dominum nostrum. Amen.

^\UE le Dieu tout-puissant Vj/ vous bénisse : le Père, le Fus et le Saint-Esprit.

Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.

Il lit enfin la leçon de l'Evangile selon saint Jean, qui annonce l'éternité du Verbe et la miséricorde qui l'a porté à prendre notre chair, et à habiter parmi nous. Demandez d'être au nombre de ceux qui le recevront, quand bientôt il va venir au milieu de son héritage.

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n'a

IN principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta

sunt ; et sine ipso factura est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat. et vita erat luxhominum : et lux in tenebris lucet, et tenebra? eam non comprehenderunt. Fuithomo missus a Deo, cui nomen erat Joannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera quœilluminat omnem hominem venientem in hune mundum. Inmundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit.In propria venit, et suieum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum. dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in nomine ejus : qui non ex sanguinibus, neque ex voluntale carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. EtVerbum caro factum est, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Pâtre, plénum gratiae et vc-ritatis.

été fait sans lui. Ce qui a été fait, était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il v eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean. Il vint pour servir de témoin,

Eour rendre témoignage à i lumière, afin que tous crussent par lui. Il n était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui ; et le monde ne l'a point connu. Il est venu chez soi. et les siens ne l'ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l'ont reçu, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom. qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu même. Et le Verbe s'est fait chair. et il a habité parmi nou-; et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.

ien que toutes choses soient disposées pour l'Avènement du Sauveur en la fête de Noël, et que les fidèles doivent, durant ce saint temps, vivre dans une attente solennelle, telle est cependant l'heureuse condition des enfants de la Loi nouvelle, qu'il ne dépend que d'eux de recevoir, par avance, celui que l'Eglise attend, en sorte que cette visite secrète devienne une préparation à la solennelle visite. Que ceux-là donc qui sont déjà vivants par la grâce, et auxquels le grand jour de la Naissance de Jésus-Christ doit apporter un surcroît de vie spirituelle, n'oublient pas de venir, de temps en temps, préluder à la réception qu'ils comptent faire au céleste Epoux, dans la Nuit mystérieuse, par quelques-unes de ces entrevues qui ouvrent le cœur et servent à nourrir en lui les sentig 2 L'A vent.

mcnts dont il devra faire l'offrande à celui qui vient plein de grâce et de vérité.

Pour bien comprendre ceci, il suffira de porter sa pensée sur l'auguste Marie, et de méditer sur les sentiments de son âme dans les jours qui précédèrent le divin Enfantement. Certes, cet enfantement est un événement plus décisif pour le salut du genre humain, et pour la gloire de Marie elle-même, que celui qui s'accomplit à l'instant même de l'Incarnation, puisque le Verbe ne s'incarnait que pour naître. L'insigne bonheur de voir entre ses bras son Fils et son Dieu, dut rendre plus délicieuse pour elle l'heure sacrée de la Naissance du Sauveur, que ne l'avait été cette autre heure en laquelle l'Esprit-Saint survint en elle, et la rendit divinement féconde; mais aussi quelle ne fut pas la félicité dont son cœur était inondé, durant les neuf mois où elle le sentit vivre tout à elle, dans son heureux sein ! De pareilles joies préludaient dignement aux joies de la nuit fortunée de Bethïéhem.

Ames chrétiennes, la sainte Communion, au temps de l'Avent, doit vous associer à ces joies intimes de la Mère de Dieu. Lors donc que, rendues au pied de l'autel, vous travaillerez, dans le recueillement et la prière, à vous disposer d'une manière prochaine à l'entrée du Sauveur en vous, peutêtre pourrez-vous tirer quelque profit des sentiments et des affections que nous avons cru pouvoir vous suggérer par les Actes suivants.

Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, Fils du Père, j'éprouve le besoin de ranimer ma foi. C'est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein virginal !e sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui envoyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui eut dit : Rien n'est impossible à Dieu ; l'Esprit-Saint surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes entrailles celui qui l'avait tirée du néant. Vous ne m'avez pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m'assurer que vous allez venir en moi. Vous av«ez parlé vousmême, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez proférée il y a dix-huit siècles, vous avez voulu qu'elle me parvint par l'organe de votre Eglise, afin que j'eusse en même temps la certitude de vous entendre, et le mérite d'abaisser ma raison devant le plus profond des mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la faiblesse de ma foi. Donnez-moi de m'incliner, comme Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque vous voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en baissant la tête : Qu'il me soit fait selon votre parole ; car je ne suis que néant, et vous n'êtes que sagesse et puissance.

Aïs. ô mon Sauveur ! en venant choisir votre demeure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. Vous l'aviez préparée, dès sa conception, par toutes sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Comment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant

amoureusement à sa porte, n'avez-vous pas été refusé ? Et eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa bassesse à votre souveraine dignité? Elisabeth s'humilie de recevoir la visite de Marie : D'où me vient cet honneur ? dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, mais Dieu même veut me visiter, et d'une manière si intime, qu'il ne se peut d'union plus étroite. Celui qui me reçoit, dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O r ils de Dieu! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu'il y a de plus infirme, pour que votre cœur prenne ensuite plaisir à s'y attacher ? J'admire cette conduite ; mais lorsque je viens à sentirque j'en suis moi-même l'objet, je m'abîme dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre souverain pouvoir.

ENCORE si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui fît obstacle à l'union glorieuse à laquelle vous me conviez ! je m'approcherais de vous à la suite de Marie l'immaculée, mon auguste Reine, et j'oserais porter ma main sur les miettes du festin auquel elle s'assied près de vous. Mais il n'y a rien de commun entre l'innocence et le péché, entre la lumière et les ténèbres. J'ai été votre ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par là la malice de mes fautes, puisque c'est à vous, si généreux, si plein d'amour, que j'ai osé m'attaquer ! Que ferai-je donc, en attendant l'instant où vous allez descendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer en lumière, si ce n'est de renouveler le repentir que me causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! c'est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu'à mon cœur, en redressant en moi tout ce qui s'oppose à la rectitude de votre sainte Loi.

CAR, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer comme Marie elle-même vous a aimé. N'êtes-vous pas mon Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne m'avez-vous pas donné, en me remettant mes péché?, des marques de tendresse qu'elle n'a pas connues ? Je vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon amour. Marie, jusqu'au moment où vous entrâtes en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; ellevous avait aimé uniquement ; mais lorsqu'elle vous sentit en elle, lorsqu'elle sentit que vous n'étiez plus qu'une seule et même chose avec elle, son amour s'accrut encore et perdit toute mesure. Qu'il en arrive ainsi de mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon Sauveur ! Mais \enez bientôt ; car si, d'une part, je suis indigne de votre visite, de l'autre je suis contraint de la désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au monde, le Pain de chaque jour, à l'aide duquel nous devons prolonger notre vie, jusqu'au jour de l'éternité. Veneç donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous avez ressentie de posséder en vous celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu'il trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui considériez avec tant d'étonnement et de respect cette simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d'un pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un moment devenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes du ciel, et vous spécialement, mes fidèles -Patrons, environnez-moi au moment où va descendre en moi, homme pécheur et mortel, celui en qui vous vivez à jamais, justes et immortels.

Pour compléter cette Préparation, suivez avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe à laquelle vous devez communier, produisant les actes que nous avons exposés au Chapitre v; et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous

pourrez vous aider des prières suivantes, dans l'Action de grâces qui vous reste à faire.

çol'veraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné O descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera en ce moment de vous adorer profondément, comme elle vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indignité, dans cet instant suprême, l'eût anéantie, si, d'autre part, votre amoureuse tendresse ne l'eut soutenue, en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est bien plus grande ; mais je vois du moins qu'il vous a fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jusqu'à moi. pour devenir ainsi mon bien et mon trésor. Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisso vous dédommager de l'humiliation que vous encourez pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que m'humilier, s'il était possible, jusqu'au néant ; et comme cette adoration est trop indigne de vous, j'ose vous représenter en ce moment celle que vous offrit Marie elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes uni. Vous me l'avez donnée pour mère ; souffrez que je dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tienr, pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants.

ô mon Sauveur 1 Marie ne se borna pas à vous adorer en elle-même ; son heureux cœur s'épancha

feuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : son âme tressaillait donc d'allégresse, et sa bouche put

à peine rendre l'expression affaiblie de la joie qui était en elle. Oh ! disait-elle, celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et moi, ô mon Sauveur, ne m'avez-vous pas distingué entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous venez de m'accorder ? Vous m'avez fait naître dans les temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd'hui même à combien d'autres de mes frères ne me préférezvous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de votre Avènement ; mais combien d'hommes ne vous possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas 1 Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand nombre n'ont pas voulu venir ; et tandis que vous m'avez contraint de venir à vous par les forts et doux moyens de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de plusieurs les infinies ressources de votre amour.

Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque vous m'avez aimé le premier, et je vous aimerai d'autant plus qu'étant venu en moi, vous avez centuplé mes forces pour vous aimer. N'en a-t-il pas été ainsi de Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, n'avait mieux mérité d'être préférée à toutes les autres pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éternité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle n'avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! car la visite que vous venez de me faire n'est point une visite à la façon de celles que les hommes se rendent entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c'est vousL'A vent.

même qui vive] en moi. Je dois donc vous aimer, si je m'aime moi-même, puisque vous demeure^ en moi et moi en vous. Je ne veux plus me séparer de vous ; je veux au contraire n'avoir plus avec vous qu'un seul cœur et une seule vie, jusque dans l'éternité.

Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, songe à vivre pour lui. La présence de JésusChrist en Marie ne produit pas seulement en elle, au moment où elle se fait sentir, un dévouement complet aux intérêts et à la gloire de celui qui est à la fois son Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes les épreuves qui l'attendent. Vous avez voulu pareillement, ô mon Sauveur ! m'encourager par cette visite. Jusqu'au jour où je dois sortir de ce monde et paraître devant vous, je sens qu'il me faut cheminer dans une voie souvent semée d'obstacles, et quelquefois dure à gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et comment ne vous aimerai-je pas. au seul souvenir de cette visite que vous venez de me faire, et que vous daignerez renouveler toutes les fois que j'en aurai le désir sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de recevoir la plus riche de toutes les preuves.

O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain bien dont l'immuable possession vous rend à jamais heureux.

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