L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 50)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

humanité comme d'un nuage, vous vous êtes donné à voir à nos faibles yeux. « Qui douce tera, s'écrie saint Bernard dans son premier « Sermon de l'Avent, qui doutera que ce ne « soit là une grande chose, qu'une si sublime « Majesté ait daigné descendre de si haut « dans un lieu si indigne ? Oui, certes, c'est « là une grande chose ; car c'est une miséri« corde immense, une pitié excessive, une « charité infinie. En effet, pourquoi vient-il? « Il vient chercher sa centième brebis qui « s'était égarée. O admirable condescendance « d'un Dieu ! ô dignité sublime de l'homme, « objet d'une telle recherche ! Certes, si « l'homme s'en glorifie, ce ne sera pas sans « motif : non pas qu'il doive se considérer en « cela comme s'il était quelque chose par « lui-même; mais bien parce qu'il est l'objet « d'une telle estime de la part de son auteur. « Toutes les richesses, toute la gloire du « monde, tout ce qu'on désire dans le monde, « est moins que cette gloire ; que dis-je ? n'est « rien en comparaison. O Seigneur ! qu'est-ce « donc que l'homme, pour que vous le traitiez « avec tant de gloire, pour que vous lui atta« chie^ ainsi votre Cœur ? » Montrez- vous donc bientôt à vos brebis, ô divin Pasteur ! Vous les connaissez, vous les avez vues du haut du ciel, vous les contemplez avec amour, du sein de Marie où vous reposez encore ; elles veulent vous connaître aussi-, elles ont hâte de considérer vos traits chéris, d'entendre votre voix, d'entrer dans les heureux pâturages que vous leur promettez.

Composée par saint Ambroise; elle est au Bréviaire Arnbrosien, au VIe Dimanche de l'Avent.)

C'est un mystère de l'E- glise, c'est une Hymne que nous chantons au Verbe du Père, devenu le fils d'une Vierge.

Seule entre toutes les femmes . vous avez été choisie dans le monde, et jugée digne de porter le Seigneur en vos saintes entrailles.

Ce mystère est grand ! A Marie seule le privilège de voir naitre de son sein le Dieu qui a créé toutes choses.

Sola in sexu fœmina Electa es in saeculo : Et meruisti Dominum Sancto portare in utero.

Vere gratia plena es. Et gloriosa permanes, Quia ex te natus est

Vraiment vous êtes pleine de grâce , et votre gloire demeure à jamais ; car de vous est né le Christ, par qui toutes choses furent faites.

Peuples, implorons la Vierge Mère de Dieu, afin qu'elle nous obtienne à tous paix et

gloire au Père et au SaintEsprit, dans les siècles sans fin. Amen.

ODlEU , qui ayant vu l'homme tombé dans la mort , l'avez voulu racheter par l'Avènement de votre Fils unique ; faites , nous vous en prions, que ceux qui confessent sa glorieuse Incarnation, méritent d'obtenir la société éternelle de ce divin Rédempteur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

DEUS qui hominem delapsum in mortem conspiciens , unigeniti Filii tui Adventu redimere voluisti ; prœsta , quasumus, ut, qui ejus gloriosam Incarnationem fatentur, ipsius etiam Redemptoris consortia mereantur. Qui tecum vivit et régnât in sœcula sceculorum. Amen.

ECCE servus meus, suscipiam eum, electus meus complacuit sibi in illo anima mea : dedi Spiritum meum super eum. judicium Gentibus proferet. Non clamabit, neque accipiet personam, nec audietur vox ejus foris. Calamum quassatum non conteret. et licum fumigans non exstinguet : in veritate educet judicium. Non erit tris— tis. neque turbulentus , donec ponat in terra judicium : et legem ejus insuloe exspectabunt.

Hase dicit Dominus Deus creans ccelos, et extendens eos : fimans terrain, et qua; germinant ex ea : dans flatum populo qui est super eam, et spiritum calcantibus eam. Ego Dominus vocavi te in justitia, et apprehendi manum tuam,

Voici mon serviteur, je le soutiendrai ; mon élu dans lequel mon âme a mis toute son affection. J'ai répandu mon Esprit sur lui : il annoncera la jnstice aux nations. Il ne criera point ; il n'aura point acception de personne , et on n'entendra point sa voix au dehors. Il ne brisera point le roseau déjà éclaté, et il n'éteindra point la mèche qui fume encore ; il rendra justice selon la vérité. Il ne sera point triste ni violent, jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre , et les îles attendront sa loi. Voici ce que dit le Seigneur Dieu qui a créé les cieux et qui les a étendus, qui affermit la terre et tout ce qui germe en son sein, qui donne le souffle au peuple qui l'habite, et la vie à ceux qui la foulent. Moi le Seigneur, je t'ai appelé dans la justice ; je t'ai pris par la main, et je t'ai

et servavi te. Et dedi te in fœduspopuli, in lucem Gentium : ut aperires oculos caecorum, et educeres de conclusione vinctum, de domo carceris sedentes in tenebris.

gardé; je t'ai établi pour être l'alliance du peuple, la lumière des nations : pour que tu ouvrisses les yeux des aveugles, pour que tu tirasses de la prison celui qui était enchaîné, et de la maison de captivité ceux qui étaient assis dans les ténèbres.

Que votre arrivée en ce monde est douce et pacifique, ô Jésus ! On n'entend point votre voix retentir avec empire; et vos mains, encore immobiles au sein maternel, n'essaient même pas de rompre le faible roseau qu'un souffle achèverait de briser. Que venez-vous donc faire dans ce premier Avènement ? Votre Père céleste nous l'apprend par le Prophète. Vous venez pour être un gage d'alliance entre le ciel et la terre. O Enfant divin ! à la fois Fils de Dieu et fils de l'homme, bénie soit votre venue au milieu des hommes ! Votre berceau sera l'Arche de notre salut ; et quand vous marcherez sur la terre, ce sera pour nous éclairer et nous délivrer de la prison des ténèbres. Il est donc bien juste que nous allions au-devant de vous, et d'autant plus que vous faites à vous seul la plus grande partie du chemin. « C'est bien le « moins, dit saint Bernard dans son premier « Sermon de TAvent, quand le malade n'a « pas la force de marcher au-devant de son « Médecin, qu'il tâche de soulever la tête, et « de faire quelques mouvements à sa rencon« tre. Il ne s'agit donc pas, ô homme ! de « passer les mers, de pénétrer les nuages, de « franchir les montagnes : non, le chemin

« n'est pas considérable. Va seulement jusci ou'à toi-même, et tu rencontreras ton Dieu ; o car il est dans ta bouche, il est dans ton « cœur. Va au-devant de lui jusqu'à la com« ponction de ton cœur, jusqu'à la confession « de ta bouche ; sors seulement du bourbier « de ta malheureuse conscience ; car l'auteur « de la pureté ne saurait la choisir pour asile « dans l'état où elle est présentement. » Gloire à vous donc, 6 Jésus, qui ménagez les fractures du roseau, afin qu'il puisse reverdir et fleurir au bord des eaux dont vous êtes la source ! gloire à vous, dont le souffle toutpuissant se modère, afin de n'étouffer pas la dernière étincelle de cette mèche qui s'éteint, mais qui, n'étant pas encore froide, peut se raviver et luire pour le festin de l'Epoux.

Terrena cuncta jubilent, 'Astra iaudibus intonent, Virginis ante thalamum, Laudes alternent dramatum.

Haec Virgo Verbo gravida. Fit paradisi Janua ; Qu32 Deum mundo red* didit, Cœlum nobis aperuit.

Félix ista Puerpera, Evae lege liberrima, Concepitsine masculo. Peperit absque gemitu.

QUE toute la terre soit en jubilation, que les astres retentissent de nos chants, et qu'un double chœur, au ciel et sur la terre, répète l'epithalame de la Vierge.

Cette Vierge que remplit le Verbe, devient la Porte du Paradis ; elle a rendu Dieu au monde, elle nous a ouvert les cieux.

Heureuse Mère! affranchie de la loi d'Eve, elle sans le secours de l'homme, enfanté sans gémissement.

Sein de Marie, riche trésor ! Il a porté le prix du monde, ce prix glorieux de notre rachat, à nous qu'il a dégagés d'une dette accablante.

Le Fils du Père repose en elle, l'Esprit-Saint la couvre de son ombre; les très pures entrailles de la Vierge sont devenues le ciel.

Louange soit à vous, TrèsHaut, ne d'une Vierge; ineffable honneur soit au Père et au Saint-Esprit. Amen.

Dives Mariœ gremium ! Mundi gestavit pretium, Quo gloriamur redimi Soluti jugo debiti.

Filius, Sanctus obumbrat Spiritus. Cœlum fiunt castissima Sacra; puellœ viscera.

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