L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 54)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

personnes zélées d'ailleurs pour les intérêts delà foi. Néanmoins, à voirie faveur avec laquelle de nombreuses monographies consacrées à des Sainrs et récemment publiées ont été accueillies, on serait tenté de croire que ces préjugés sont à la veille de disparaître, et que le moment est venu où l'hagiographie, et partant l'antique piété envers les Saints, vont se ranimer chez nous.

C'est pour aider à ce mouvement régénérateur, que nous avons résolu, dans cet ouvrage, de marcher sur les traces de la sainte Eglise, en donnant une grande extension à tout ce

aui tient à la religion envers les Saints, l'abord, il s'agissait de les faire connaître. Nous n'avons pu mieux faire, sans doute, que d'adopter pour cela la méthode de l'Eglise ; car elle aussi s'est occupée de faire connaître à ses enfants les héros que Dieu lui a donnés, et qui sont, avec l'incomparable Mère de Dieu et les Esprits bienheureux, l'objet de son espérance, après le Sauveur Jésus-Christ, le Roi et le Chef de tous les Saints. On doit donc savoir que la sainte Eglise tient un registre officiel des actions, des maximes, des vertus des Saints qui l'ont illustrée ; elle y/a consigné, siècle par siècle, les merveilles que Dieu a opérées en eux et par eux, les secours qu'elle a reçus de leur protection. Cet ensemble admirable est connu sous le nom de Légendes du Bréviaire, répertoire toujours croissant, et dont les véritables littérateurs admirent la diction grave et élégante, en même temps que les enfants de l'Eglise y trouvent, avec bonheur, cette onction dont l'Eglise catholique seule a le secret. Nous n'avons pas à nous

occuper ici des déclamations de certains critiques sur la valeur historique de quelques faits, en petit nombre et sans importance, qui se rencontrent dans quelques-unes de ces Légendes.

Nous publions donc dans cet ouvrage les Légendes romaines, dans l'ordre où elles se trouvent au Bréviaire, pensant donner déjà, par ce moyen, une idée de la vie des Saints et de leurs œuvres à ceux auxquels cette connaissance manquerait totalement. Quant à ceux qui seraient déjà familiarisés en quelque chose avec l'hagiographie, parla lecture qu'ils auraient faite d'un ou plusieurs des recueils de Vies des Saints dont la littérature française s'est enrichie durant les derniers siècles, nous les avertissons qu'ils pourront bien trouver plus d'une fois, dans les récits de l'Eglise, une appréciation des œuvres des Saints assez différente de celle qu'en ont faite les hagiographies des xvne et xvme siècles, si quelquefois même elle n'y est pas tant soit peu contraire. Ils verront que, dans leur brièveté apparente, les Légendes du Bréviaire sont souvent plus complètes et plus tranchées que certaines Vies auxquelles on consacre des vingt et trente pages dans les recueils ordinaires. Quant à la doctrine exposée à l'occasion de ces mêmes Vies, et quant à leur appréciation morale, tout catholique doit savoir que la parole de l'Eglise est en cela garantie par l'autorité même de Dieu.

Après avoir reçu de l'Eglise même la connaissance des Saints, nous empruntons d'elle également la manière de les honorer. Nous insérons les prières que l'Eglise leur

a consacrées dans l'antiquité, et celles ensuite qui leur ont été adressées dans les temps postérieurs; ce qui donnera à notre recueil la forme d'un répertoire assez complet des monuments de la piété catholique envers les Saints, d'abord en ce qui concerne les formules universelles dans l'Eglise, ensuite pour celles que nous fournissent les premiers siècles et le moyen âge des Eglises Latines, enfin pour les formules usitées dans les diverses Eglises de l'Orient.

Pour unir dans un ensemble harmonieux toutes ces diverses parties, nous garderons la méthode que nous avons adoptée pour le Propre du Temps. Un commentaire simple et précis se continuera dans toute la longueur de l'ouvrage, et rendra raison des diverses intentions de l'Eglise, dans les prières et les usages que nous aurons à rapporter. Nous nous imposerons toutefois une réserve pour tout ce qui serait trop exclusivement du domaine scientifique et archéologique ; ces détails seront mieux à leur place dans un ouvrage spécial.

Pour retirer un fruit véritable de la dévotion envers les Saints, dans les diverses saisons de l'année, il est nécessaire de ne point séparer le culte qu'on leur rend de celui que, selon le mouvement de l'Année Chrétienne, nous avons à rendre aux Mystères de notre salut, qui sont la base du Propre du Temps, dans tout le cours du Cycle lui-même. Et ceci sera d'autant plus facile à pratiquer, que si nous voulons envisager avec les yeux de la foi le Calendrier Catholique, nous ne manquerons pas d'apercevoir les rapports se3o6 VA vent.

crets qui unissent les Fêtes des Saints avec les diverses saisons spirituelles dans lesquelles elles sont, pour ainsi dire, enchâssées. La fête d'un Saint se célèbre ordinairement au jour même de sa mort, en d'autres termes, au jour où il est enlré dans la gloire. Or, ce jour a nécessairement été choisi de manière à s'harmoniser dans l'ensembie surnaturel, par cette souveraine Sagesse qui nous a révélé que pas un cheveu ne tombe de nos têtes sans une permission divine. (Luc. xxi, 18.) Nous aurons donc à rechercher, dans toute cette Année Liturgique, les rapports que les Saints dont la fête y est célébrée présentent avec le temps auquel l'Eglise honore leur mémoire.

Comme l'Office de l'Eglise, dans l'Avent, est loin d'offrir des Fêtes des Saints pour tous les jours, nous avons cru devoir remplir les intervalles, en plaçant à chaque jour, du ier Décembre à la Vigile de Noël, des considérations sur les faits qui précèdent le divin Mystère de la Naissance de JésusChrist, afin d'aider la piété des fidèles par la méditation, toujours si utile, de l'histoire sacrée et des pieuses conjectures qui s'y rattachent.

Enfin, nous avons fortifié cet ensemble par l'insertion aussi à chaque jour de quelques formules liturgiques empruntées encore aux Offices ecclésiastiques du temps de l'Avent; en sorte que, même dans cette seconde partie de notre travail, il ne reste pas, pour ainsi dire, une page qui ne demande le Messie par la voix même de la sainte Eglise.

ous plaçons saint André à la tête de ce Propre des Saints de l'A- vent, parce cjue, bien que sa fête tombe fréquemment avant l'ouverture même de l'Avent, il arrive néanmoins de temps en temps que cette sainte carrière est déjà commencée, quand la mémoire d'un si grand Apôtre vient à être célébrée par l'Eglise. "Cette fête est donc destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s'éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s'ouvrir. Certes, il était juste que, dans l'Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu'il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer , et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l'Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l'Amour;

André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c'est à l'aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l'Eglise se rend digne de son Epoux : tout en elle retrace ce triple caractère. C'est donc pour cela qu'après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l'objet d'une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.

Mais lisons les gestes de l'héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l'arbre de la Croix. L'Eglise les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés par les prêtres de l'Eglise de Patras, qu'il avait fondée. L'authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des xvne et xvine siècles, tant en France qu'à l'étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d'érudits catholiques, parmi fesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Orhcesde saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.

ANDREAS Apostolus, Bethsaidae natus , qui est Galilxrc vicus, frater Pétri, discipulus

ANDRÉ. Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant

entendu celui-ci dire du Christ : Voici l'Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres, par le Seigneur, qui, passant près d'eux, leur dit : Suivez-moi : je vous ferai pêcheurs d'hommes. Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d'Europe ; puis il parcourut l'Epire et la Thrace, et par sa prédication et ses miracles, convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras, ville d'Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l'E- vangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Egée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu'à lui faire méconnaître le Christ Dieu,

Joannis Baptista;, quum eum de Christo dicentem audisset : Ecce Agnus Dei, secutus Jesum , fratrem quoque suum ad eumdem perduxit. Quum postea una cum fratre piscaretur in mari Galilseae, ambo a prastereunte Christo Domino ante alios Apostolos vocati illis verbis : Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum : nullam interponentes moram, et relictis retibus secuti sunt eum. Post cujus Passionem et Resurrectionem Andréas cum in Scythiam Europaî, quœ ei provincia ad Christi fidem disseminandam obtigerat , venisset , deinde Epirum ac Thraciam peragrasset, doctrina et miraculis innumerabiles homines ad Christum convertit. Post Patras Achaias profectus, et in ea urbe plurimis ad veritatem Evangelicam perductis , ^Egeam proconsulem , prasdicationi Evangelicœ resistentem, liberrime increpavitquod

Egée irrité lui dit: Cesse l'-puNC ^Egeas iratus : de vanter ton Christ, que I I Desine , inquit , de tels propos n'ont point j Christum jactare, cui

similia verba nihil profuerunt, quominus a Judaeis crucifigeretur. Andream vero de Christo nihilominus libère prasdicantem, quod pro salute humani generissecrucifigendumobtuiisset. impia oratioDe interpellât, ac demum hortatur, ut sibi consulens, diis velit immolare. Cui Andréas : Ego omnipotenti Deo, qui unus et verus est, immole» quotidie, non tauçorum carne*, nec hircorum sanguinem, sed immaculatum Agnum in ahari, cujus carneni posteaquam oir.nis populus credentium manducaverit. Agnus qui sacrificatus est, intecer persévérât etvivus. Quamobrem ira accensus .Egeas jubet eum in carcerem detrudi : unde populus Andream facile liberasset, nisr ipse sedasset multitudinem ; vehementius rogans, ne se ad optatissimam martyr ii coronam properantem impedirent.

1GITLR paulo post in tribunal productum . cum jEgeas Crucis extollentem mysteria, sibique suam impietattm exprobrantem diutius ferre non posset. in crucem tolli, et Christi mortem

; empêché d'être crucifie ; r I les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s'était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain. Egée l'interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu , auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l'Agneau sans tache immolé sur l'autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l'Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C'est pourquoi Egée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eut aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n'eût apaisé la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l'empêcher d'arriver à la couronne du martyre.

PEU après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Egée exaspéré commanda qu'on le mit en croix, pour lui faire imiter la mort du

Christ. C'est alors qu'arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix, André s'écria' de loin : O bonne Croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur, Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d'entre les hommes et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive celui qui m'a racheté par toi. Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à celui dont il avait souhaité d'imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d'Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu'ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu'ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d'abord à Constantinople, au temps de l'empereur Constance , et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de SaintPierre.

imitari jussit. Adductus Andréas ad locum martyrii, cum crucem vidisset, longe exclamare ccepit : O bona Crux, qu£e decorem ex membris Domini suscepisti , diu desiderata, sollicite amata, sine intermissione quaesita, et aliquandocupienti animo prseparata : accipe me ab hominibus, et redde me magistro meo ; ut per te me recipiat, qui per te me redemit. Itaque cruci affixus est : in qua biduum vivus pendens, et Christi fidem praedicare nunquam intermittens, ad eum migravit, cujus mortis similitudinem concupierat. Qua? omnia Presbyteri et Diaconi Achaias qui ejus Passionem scripserunt, se ita ut commemorata sunt, audisse et vidisse testantur. Ejus ossa primum Constantino imperatore Constantinopolim, deinde Amalphim translata sunt. Caput, Pio Secundo Pontifice, Romam allatum, in Basilica sancti Pétri collocatum est.

Entendons maintenant la voix des diverses Eglises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la

louange de l'Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Evangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par Tes Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d'abord quelquesuns des Répons de Matines.

■a Oum perambula" v-* ret Dominus juxta mare Galilaeae, vidit Petrum et Andream retia mittentes in mare : et vocavit eos. dicens : * Venite post me. faciam vos fieri piscatores hominum. Ï. Erant enim piscatores; et ait illis : * Venue post me, faciam vos fieri piscatores hominum.

Tous les livres