L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 60)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Vous voici donc arrivé, ô très saint et « très vénérable Chef du saint Apôtre ! La « fureur des Turcs vous a chasse de votre « asile, et vous venez demander un refuge à « votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce c frère ne vous fera point défaut; et par la « volonté du Seigneur , on pourra dire un « jour à votre gloire : O heureux exil qui « trouve un pareil secours ! Cependant, vous « demeurerez avec votre frère, et vous parta« gérez ses honneurs.

« Cette ville que vous voyez, c'est l'auguste « Rome consacrée par le sang précieux de « votre frère. Ce peuple qui vous entoure, « c'est celui que le bienheureux Apôtre, vo« tre frère plein de tendresse, aidé par saint « Paul, le Vase d'élection, a régénéré en « Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Rôti mains sont vos neveux. Tous reconnaissent « en vous le frère d'un père, un second père; « tous vous vénèrent, vous honorent, vous « rendent hommage et s'appuient sur votre « patronage en la^présence du grand Dieu.

« O très fortuné Apôtre André! prédicateur « de la vérité, défenseur de l'auguste Trinité, « de quelle joie vous nous remplissez en ce « moment où nous contemplons de nos yeux « votre tête sacrée et vénérable, qui mérita « qu'au jour de la Pentecôte, le saint Para« clet se reposât visiblement sur elle, sous « l'apparence du feu !

« O vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem « pour honorer le Sauveur au lieu même où « ses pieds se sont posés, voici le Trône de « l'Esprit-Saint ! Ici s'arrêta l'Esprit du Sei« gneur; ici a été vue la troisième personne « de la Trinité ; ici ont été des yeux qui « souvent ont contemplé le Seigneur dans la « chair. Cette bouche a fréquemment adressé « la parole au Christ; ces joues, il n'est pas « douteux qu'elles n'aient plus d'une fois reçu « les baisers de Jésus.

t( O Sanctuaire ineffable! ô charité! ô « piété ! ô douceur de l'âme ! ô consolation « de l'esprit! qui ne sentirait, en une telle « présence, ses entrailles s'émouvoir? Quel a cœur ne s'embraserait ? Qui ne répandrait

« des larmes de joie, à l'aspect des tant « vénérables et précieuses reliques de FA- « pôtre du Christ? Oui, nous nous réjouis« sons, nous tressaillons, nous jubilons de « votre arrivée, 6 très divin Apôtre André ! car « nous ne doutons pas que vous ne soyez ici . « accompagnant votre Chef mortel, et que vous « ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.

« Sans doute, nous haïssons les Turcs, ence nemis de la Religion chrétienne ; mais « nous ne les haïssons pas de ce qu'ils ont été « la cause de votre venue parmi nous. En « effet, que pouvait-il nous arriver de plus « fortune que de contempler votre très hono« rable Chef, et d'être embaumés de son « très suave parfum? Une seule chose nous « attriste : c'est de ne pouvoir, à votre arriu vée, vous rendre les honneurs dont vous « êtes digne, ni vous recevoir comme le « mérite votre excellente sainteté. Mais ac« cueillez notre désir, compr :nez la sincérité « de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos « mains indignes touchent vos ossements, et « que nous, pécheurs, vous fassions cortège « dans l'enceinte de la ville.

« Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et « soyez propice au peuple Romain. Qu'à « tout le monde chrétien votre arrivée soit « salutaire, votre entrée pacifique; votre sert jour au milieu de nous, heureux et for« tuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensem« ble avec les bienheureux Apôtres Pierre et « Paul, veillez paternellement sur tout le « peuple chrétien, afin que, par votre inter« cession, les miséricordes de Dieu viennent « sur nous; et si nos péchés, qui sont nom334 L'A vent.

« breux, ont provoqué son indignation, « qu'elle retombe sur les Turcs impies et sur « les nations barbares qui déshonorent le « Seigneur Jésus-Christ. Amen. »

C'est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l'Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d'une Octave dans beaucoup d'Eglises, compte aussi parmi ses titres d'honneur celui d'avoir été choisi pour Patron de l'un des Royaumes de l'Occident : l'Ecosse, aux jours de l'unité Catholique, s'était placée sous sa protection. Puisse-t-il s'en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !

Prions maintenant, en union avec l'Eglise, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin.

C'est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier dans ce chemin mystique de l'Avent où nous marchons, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ, et nous remercions Dieu de ce qu'il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le hls de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d'un si merveilleux secret, et bientôt vous

fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l'amenâtes à Jésus.

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes; puisque vous l'avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d'attente et de préparation qu'il nous reste à traverser, jusqu'au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître îe Verbe dévie; obtenez-nous d'être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.

Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André! puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n'ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.

Cette voie, vous nous l'enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu'à la Croix. Vous y avez marché avec courage; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez,

à saint Apôtre ! afin que nous comprenions cet amour de la Croix, afin que, l'ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Epître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, arme^-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. iv, i.) Vous, 6 bienheureux André ! vous nous présentez aujourd'hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l'être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc afin que la Croix soit pour nous l'expiation des péchés qui nous couvrent, l'extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l'amour à celui que son amour seul y a attaché.

Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, 6 grand Apôtre ! que la Croix est la consommation, et non le principe. C'est le Dieu enfant, c'est le Dieu de la crèche qu'il nous faut d'abord connaître et goûter ; c'est l'Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c'est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le "temps présent est celui de l'Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l'Avènement du Christ en nos cœurs.

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Eglise dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang; levez vos mains puissantes pour elle,

en présence de celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu'elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu'elle aime cette Croix, et qu'elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu'elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre apostolat, l'Eglise de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l'unité, parce qu'elle n'a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l'amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d'Ecosse, qui depuis quatre siècles a oublié votre douce tutelle , obtenez que les jours de l'erreur soient abrégés, et que cette moitié de l'Ile des Saints rentre bientôt, avec l'autre, sous la houlette de l'unique Pasteur.

Erière au Christ que nous attendons, célérant son Avènement prochain par cette Hymne antique et vénérable.

Réjouissez-vous, fleurs des Martyrs ! Et vous, familles des nations, salut ! élevez vos regards vers les cieux, votre espérance vers l'étoile de gloire.

Gaudete, flores Martyrum ! Salvete, plèbes gentium, Visum per astra mittite, Sperate signum gloriae.

Vertire Jesum nuntiant, Redemptionis praevia Qucc nos redemit gratia.

Hicmane nostrum promicat, Et corda laeta exaestuant, Cum vox fidelis personat Praenuntiatrix gloriam.

Tantœsalutis gaudium, Quo est redemptum saeculum, Exceptionis inclytum Abhinc ciamuscanticum.

Adventus hic primus fuit, Punire quo non saeculi Venit, sed ulcus tergere, Salvando quod perierat.

iEterna lux promittitur, Sidusque salvans promitur ; Jam nos jubar praefulgidum Ad jus vocat ccelestium.

Te, Christe , solum quaerimus Videre sicut es Deus, Ut lœta nos haec visio Evellat omni tartaru.

que Jésus vient ; c'est le prélude de la Rédemption, de la grâce qui nous a rachetés.

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