L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 61)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Déjà notre aurore étincelle, et tous les cœurs tressaillent d'allégresse, quand éclate la voix fidèle des hérauts de celui qui est notre gloire.

Que la joie d'une si grandi délivrance, qui doit être la rédemption du monde, nous inspire le cantique solennel de la venue du Rédempteur.

Au premier Avent, Jésus vient, non point punir le siècle de ses misères, mais le guérir en sauvant ce qui était perdu.

Le second Avent nous montre le Christ déjà à la porte, prêt à rendre aux Saints leurs couronnes, et à ouvrir les royaumes du ciel.

L'éternelle lumière est promise, l'astre du salut rayonne ; déjà son éblouissant éclat nous convie à prendre place au ciel.

C'est vous seul, ô Christ ! que nous cherchons, vous, ô Dieu ! que nc.s voulons voir comme vous êtes ; et cette ravissante vision nous arrachera aux terreur» de l'Enfer;

Afin qu'au jour où vous viendrez, ô Rédempteur ! escorté des blanches légions des Martyrs, vous nous réunissiez à cette troupe pure et triomphante.

A Dieu le Père soit la gloire, et à son Fils unique, avec l'Esprit Paraclet, et maintenant et à jamais.

veneris, Cum candidato Martyrum Globo, adunes ccelibi Nos tune beato ccetui.

Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Et nunc et in perpetuum.

L'Eglise Romaine ne célèbre en ce jour la fête particulière d'aucun Saint; elle y fait simplement l'Office de la Férié, à moins que le premier Dimanche de l'Avent ne vienne à tomber précisément aujourd'hui. Dans ce cas, on devra recourir au Propre du Temps, où se trouve tout au long l'Office de ce Dimanche.

Mais si le i" Décembre est une simple Férié de l'Avent, on pourra commencer dès ce jour à considérer, dans un esprit de foi, les préludes de l'Avènement miséricordieux du Sauveur des hommes.

Quatre mille ans d'attente ont précédé cet ■Avènement, et ils sont figurés dans les quatre Semaines qu'il nous faut traverser avant d'arriver à la glorieuse Nativité de notre Sauveur. Considérons la religieuse impatience dans laquelle ont vécu tous les Saints de l'ancienne Alliance, qui se transmirent de génération en génération une espérance dont ils ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. Traversons par la pensée cette longue suite des témoins de la promesse : Adam et les premiers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriarches du peuple Hébreu; Moïse, Samuel, David et Salomon ; puis les Prophètes et les Machabées; et arrivons à Jean-Baptiste et à ses disciples, Ce sont là ces aïeux sacrés desquels le livre de l'Ecclésiastique nous dit : Louons nos pères, ces hommes pleins de

gloire dont nous sommes les descendants (Eccli. xliv, i); et dont l'Apôtre dit aux Hébreux: Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée, mais qui n'ont cependant pas reçu l'objet des promesses ; Dieu ayant réservé pour nous so>i don excellent, et n'ayant pas voulu qu'ils arrivassent sans nous à l'objet de leurs désirs. (Hebr. xi, 3g, 40.)

Rendons hommage à leur foi, glorifions-les comme nos Pères véritables dans cette foi même par laquelle ils ont mérité que le Seigneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de ses promesses; honorons-les aussi comme les ancêtres du Messie selon la chair. Entendons leur dernier cri sur la couche funèbre, cet appel si solennel qu'ils faisaient à celui qui seul pouvait détruire la mort : O Seigneur, je vais attendre votre Salut ! Salutare tiutm exspectabo, Domine ! C'est Jacob lui-même, à sa dernière heure, qui suspend un moment les Bénédictions prophétiques qu'il répand sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette exclamation : « Et ayant fini son discours, il a rapprocha ses pieds sur sa couche et mouce rut, et il fut réuni à son peuple », dit Moïse. {Gènes, xlix, 32.)

Et tous ces saints hommes, en sortant de cette vie, allaient attendre, loin de la Lumière éternelle, celui qui devait paraître en son temps et rouvrir la porte du ciel. Contemplons-les dans ce lieu d'attente, et rendons gloire et amour au Dieu qui nous a conduits à son admirable lumière, sans nous faire passer par ces ombres; mais prions ardemment pour la venue du Libérateur qui enfoncera, avec sa croix, les portes de la prison,

et l'illuminera des rayons de sa gloire; et puisque, dans ce saint temps, l'Eglise, par notre bouche, emprunte si souvent les expressions enflammées de ces Pères du peuple Chrétien pour appeler le Messie, adressonsnous aussi à eux pour être aidés de leur intercession dans le grand œuvre de la préparation de nos cœurs à celui qui doit venir.

Nous emprunterons pour cetelTet à l'Eçlise grecque le beau chant par lequel elle célèbre la mémoire de tous les Saints de l'ancienne Loi, au Dimanche qui précède immédiatement la fête de Noël.

. VORUM hodie, FideA. les, perficientes memorias. rehymnificemus Christum Redemptorem, qui illos magnificavit in omnibus gentibus, et qui incredibilia in eis per fidem operatus est : Dominum, utpote fortem et potentem ; et ex illis manifestavit virgam potentias nobis. unicam virum nescientem et Deiparam, Mariam castam. ex qua nos prodiit. Christus germinans omnibus vitam, et salutem œternam. Tu es qui sanctos pueros ex igné liberasti. Domine, et ex ore leonum Daniel ; qui Abraham benedixisti, et Isaac serCélébrons, en ce jour, ô Fidèles, la mémoire des Aïeux, chantons un nouveau cantique au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d'incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux le sceptre de sa puissance, la Femme unique, celle qui ne connut

Êoint d'homme, la Mère de >ieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine fleur, le Christ qui donne à tous la vie et le salut éternel. C'est vous qui avez délivré les saints Enfants de la fournaise, ô Seigneur, et Daniel de la gueule des lions ; qui avez béni Abraham, Isaac

votre serviteur, et son fils Jacob ; qui avez daigné naître parmi nous de leur sang pour sauver nos aïeux déchus aux premiers jours ; qui avez été crucifié, enseveli ; qui avez rompu les liens de la mort, et avez ressuscité tous ceux qui adoraient, ô Christ, votre règne éternel.

Vénérons, avant tous les autres, Adam honoré de la main de Dieu et notre premier père à tous, habitant présentement dans les célestes tabernacles, reposant parmi les saints Elus.

Le Dieu et Seigneur de toutes choses a daigné accueillir Abel, qui, d'un cœur généreux, lui offrait des présents ; immolé autrefois par une main homicide, il a été reçu à la céleste lumière comme le divin Martyr.

Seth est chanté dans tout l'univers pour son zèle ardent envers le Créateur, qui le sauva en récompense de sa vie irréprochable et de l'admirable disposition de son âme ; et voilà qu'il s'écrie dans la région des vivants : Vous êtes Saint, ô Seigneur !

Enos, que ses entretiens et son âme divine ont fait surnommer l'admirable, espéra en esprit dans le Seigneur de toutes choses, et mourut

vum tuum, et filium cjus Jacob ; qui dignatuc; es ex illorum semine nasci apud nos, ut prius lapsus salvares proavos nostros, crucifigi autem et sepeliri ; et rupisti mortis vincula, et consurgere facis omnes qui a saeculo intermortuos erant, adorantes tuum. Christe, regnum sternum.

Adam primum veneremur, manu hcnoratum Creatoris et omnium nostrum proavum , jam nunc habitantem in cœ- iestibus tabernaculis , inter sanctos electos quiescentem.

Abel donapfoferentem mente generosa, admisit omnium Deus et Dominus ; eumque homicida olim manu peremptum, in altum recepit ad lumen, ut divinum Martyrem.

Canitur in mundo Seth pro suo erga Creatorem ardore : nam in irreprehensibili vita; ratione et animae dispositione illum vere sanavit ; et in regione vivorum clamât : Sanctus es, Domine.

Ore et lingua et corde Enos admirabilis cognominatus prophetice , in omnium Dominum speravit in spiritu, et optirae

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