L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 63)
Elles opérèrent aussi par votre vertu, Seigneur , des prodiges de courage , nos sœurs Anne, Judith, Debbora, Olda, Jahel, Esther, Sara. Marie, sœur de Moïse, Rachel et Rébecca, et Ruth, femmes magnanimes.
Venez tous, exaltons avec foi les louanges des anciens Pères, avant la loi : célébrons la mémoire d'Abraham et de tous ceuxqui l'accompagnent; honorons la tribu de Juda, et les jeunes hommes, image de la Trinité, qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise ; célébrons avec eux Daniel ; gardons religieusement les oracles des Prophètes ; crions à
Phaîangem Deo gratam divinorum Patrum celebremus, Baruch et Nathan, et Eleazarum, Josiam et David, Jephte, Samuel qui anteacta videbat, et clamabat : Benedicat omnis creatura Dominum.
Laudem melodiae Dei Prophetis feramus, célébrantes Osée, Michaeam, Sophoniamet Habacum, Zachariam, Jonam, Aggasum et Amos, et curn Abdia, Malachùa, Nahum , Isaiam, et Jeremiam, et Ezéchiel, et simul Daniel , Eliam et Elisasum.
Fortitudine tua, Domine, virtutes operata; sunt sorores nostras, Anna. Judith et Debbora, Olda, Jahelque, et Esther , Sara , Maria Moysis . et Rachel , et Rebecca, et Ruth, magnanimes.
Venite omnes, cutn fide panegyrim dicarnus Patribus ante Legem : Abrahae , et eorum qui cum illo sunt festivam memoriam celebremus ; Judae tribum digne honoremus ; Juvenes in Babylone qui flammam in camino extinxerunt, ut Trinitatis typum, cum Daniele celebremus ; Prophetarum vaticinia
tuto servante-, cu:n Isaia magna voce clamemus : Ecce Virgo in utero concipiet et pariet filium, Emmanuel , quod est , Nobiscum Deus.
haute voix avec Isaïe : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, l'Emmanuel, c'est-à-dire , le Dieu avec nous.
l\ longe, ecce video potentiam Dei venientem et nebulam totam terram tegentem : Ite obviam ei, et dicite : * Nuntia nobis si tu es ipse, * Qui regnaturus es in populo Israël.
v. Quique terrigenae et filii hominum. simul in unum dives et pauper,
v. Tollite portas, principes, vestras. et elevamini. ports aeternales, et introibit Rex glorias,
f\ t^ortant au loin ma x" i vue, je vois la puissance de Dieu qui vient, et une nuée qui couvre toute la terre : * Allez au-devant de lui, et dites : * Appreneznous si c'est vous-même, * Qui devez régner sur le peuple d'Israël.
,v. Vous, enfants de la terre, et vous, fils des hommes; vous tous ensemble, riches et pauvres.
f. Vous qui gouvernez Israël, écoutez-nous ; vous qui conduisez Joseph comme une brebis ;
f. O Princes, ouvrez vos portes ; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera :
Au temps de l'Avent, l'Eglise célèbre entre autres la mémoire de cinq illustres . Vierges. La première, sainte Bibiane, que nous fêtons aujourd'hui , est romaine ; la seconde, sainte Barbe, est l'honneur des Eglises de l'Orient ; la troisième, sainte Eulalie de Mérida, est l'une des principales gloires de l'Eglise d'Espagne; la quatrième, sainte Lucie, appartient à l'heureuse Sicile ; la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée par la France. Ces cinq Vierges prudentes ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant l'arrivée de l'Epoux ; et si grande a été leur constance et leur fidélité, que quatre d'entre elles ont versé leur sang pour l'amour de celui qu'elles attendaient. Fortifions-nous par un si grand exemple; et puisque, comme parle l'Apôtre, nous n'avons pas encore résisté jusqu'au sang, n'allons pas plaindre notre peine et nos fatigues durant les veilles du Seigneur, que nous poursuivons dans l'espoir de le voir bientôt ; mais instruisonsnous aujourd'hui par les glorieux exemples de la chaste et courageuse Bibiane.
Bibiana, Virgo romana, nobili génère nata, Christiana fide nobilior fuit. Ejus enim pater Flavianus sub Juliano Apostata impiisBIBIANE, Vierge romaine, d'une illustre naissance, fut encore plus illustre par la foi chrétienne ; car, sous Julien l'Apostat, tyran très impie, Flavien, son père, qui
simo tyranno expraefectus, scrvilibusque notis compunctus, ad Aquas Taurinas deportatus, martyr occubuit. Mater Dafrosa, et filia; primum conclusse domi, ut inedia conficerentjr ; mox relegata mater extra Urbem capite plexa est. Mortuis autem piis parentibus , Bitiana cum sorore sua Demetria bonis omnibus exspoliatur. Apronianus, Urbis Prsetor, pecuniis inhians, sorores persequitur, quas humana prorsus ope destitutas, Deo mirabiliter qui dat escam esurientibus enutriente. quum vivaciores vegetioresque conspexisset , vehementer est admiratus.
Su ad et nihilominus Apronianus, ut venerentur deos Gentium ; amissas ideo opes, Imperatoris gra'.iam, praeclarissimas nuptias consecuturœ. Si secus fecerint, minatur carceres, virgas. secures. At illae neque blanditiis, neque minis a recta fide déclinantes ,
f>arata; potius mori quam œdari moribus ethnicorum, Praeturis impietaavait été préfet, fut dégradé, marqué de la flétrissure des esclaves, et relégué aux Eaux Taurines , où il mourut martyr. Sa mère Dafrosa, condamnée d'abord à rester avec ses filles en sa demeure pour y mourir de faim, fut plus tard reléguée hors de Rome et décollée. Après la mort de ses pieux parents, Bibiane fut dépouillée de tous ses biens ; sa sœur Démétria éprouva le même sort. Apronianus, Préteur de la ville, qui convoitait leurs trésors, se mit à persécuter les deux sœurs, lesquelles ayant été enfermées dans un lieu où elles étaient dénuées de tout secours humain, furent merveilleusement nourries par le Dieu qui donne l'alimenta ceux qui ont faim, et reparurent plus fortes et plus florissantes; ce qui étonna grandement le Préteur.
Cependant il essaya de les porter à honorer les dieux des Gentils.promettant de leur faire obtenir leurs richesses perdues, la faveur de l'Empereur et de brillantes alliances; les menaçant, si elles refusaient, de la prison, des fouets et de la hache. Ni caresses ni menaces n'ébranlèrent leur foi ; et, préférant mourir plutôt que de se souiller par les superstitions païennes, elles repoussèrent
avec indignation et constance les propositions impies du Préteur. C'est pourquoi, Démétria, frappée sous les yeux de Bibiane, mourut et s'endormit dans le Seigneur. Bibiane fut livrée à une femme très habile dans l'art de séduire, nommée Rufina. Mais la vierge, instruite dès l'enfance à garder la loi chrétienne, et à conserver sans tache la fleur de virginité, s'élevant au-dessus d'ellemême , triompha de cette femme artificieuse, et déjoua la perfidie du Préteur.
AINSI ce fut en vain que Rufine, pour ébranler son généreux propos, employa chaque jour avec les paroles caressantes la violence des coups. Trompé dans son attente, le Préteur, irrité d'être vaincu par Bibiane, commanda à ses licteurs de la dépouiller , de l'attacher à une colonne, les mains liées, et de la battre à coups de lanières plombées jusqu'à ce qu'elle expirât. Son corps sacré demeura deux jours sur la place du Taureau, abandonné aux chiens ; mais, divinement préservé, il ne reçut aucun outrage. Un prêtre nommé Jean ensevelit Bibiane pendant la nuit, à côté du tombeau de sa sœur et de sa mère, près du palais de Licinius, où est encore à
tem constantissime aetestantur. Quare Demetria ob oculos Bibianaj repente corruens, obdormivit in Domino : Bibiana RufTna; mulieri va. ferrimœ seducenda tradi tur : quœ ab incunabulis edocta Christianas leges et illibatum servare vir-. ginitatis florem , seipss fortior, feminas superavit insidias, et Prœtoris astus delusit.
VTihil autem profila dente Rufina, quas prœter dolosa verba , illam quotidie verberibus affligebat , ut de sancto proposito dimoveret, spe sua frustratus Praetor , accensus ira , quod in Bibiana perdidisset operam, a lictoribus eam denudari, vinctisque manibus columnae alligari , eamque plumbatis caîdi jubet , donec efflaret animam. Gujus sacrum corpus o'ojectum canibus biduo jacuit in foro Tauri, illaesum tamen, et divinitus servatum ; quod deinde Joannes Presbyter sepelivit ncctu juxta sepulcrum sororis et matris ad palatium Lici»
présent une église consacrée à Dieu sous le nom de la Sainte. Urbain VIII la répara, y ayant découvert les corps des saintes Bibiane, Démétria et Dafrosa , qu'il plaça sous le grand autel.
nianum, ubi usque in rraesens exstat ecclesia Dco sanctae Bibianœ nomine dicata, quam Urbanus Octavus instauravit, sanctarum Bibiana;, Demetriœ et Dafrosae corporibus in ea repertis. et sub ara maxima collocatis.
O vierge très prudente, Bibiane ! vous avez traversé sans faiblir la longue veille de cette vie ; et l'huile ne manquait pas à votre lampe, quand soudain l'Époux est arrivé. Vous voici maintenant, pour l'éternité, dans le séjour des noces éternelles, où le BienAimé paît au milieu des lis. Du lieu de votre repos, souvenez-vous de ceux qui vivent encore dans l'attente de ce même Epoux dont les embrassements éternels vous sont réservés pour les siècles des siècles. Nous attendons la naissance du Sauveur du monde, qui doit être la fin du péché et le commencement de la justice ; nous attendons la venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin qu'il les vivifie et qu'il se les unisse par son amour ; nous attendons enfin le Juge des vivants et des morts. Vierge très sage, fléchissez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet Epoux, ce Juge ; afin que sa triple visite, opérée successivement en nous, soit pour nous le principe et la consommation de cette union divine à laquelle nous devons tous aspirer. Priez aus?i. Vierge très fidèle, pour l'Église de la terre qui vous a enfantée à l'Eglise du ciel, et qui garde si religieusement vos précieuses dépouilles. Obtenez-lui cette fidélité
parfaite qui la rende toujours digne de celui qui est son Epoux aussi bien que le vôtre, et qui, l'ayant enrichie de ses dons les plus magnifiques etfortifiée de ses promesses les plus inviolables, veut cependant qu'elle demande et que nous demandions pour elle les grâces qui doivent la conduire au terme glorieux vers lequel elle aspire.
Considérons aujourd'hui l'état de la nature dans la saison de l'année où nous sommes arrivés. La terre s'est dépouillée de sa parure accoutumée, les fleurs ont péri, les fruits ne pendent plus aux arbres, le feuillage des forêts est dispersé par les vents, la froidure saisit toute âme vivante ; on dirait que la mort est à la porte. Si du moins le soleil conservait son éclat, et traçait encore dans les airs sa course radieuse ! Mais, de jour en jour, il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, les hommes ne l'aperçoivent que pour le voir bientôt retomber au couchant, à l'heure même où naguère ses feux brillaient encore d'un vif éclat; et chaque jour voit s'accélérer la rapide invasion des ténèbres. Le monde est-il destiné à voir s'éteindre pour jamais son flambeau ? Le^ genre humain est-il condamné à finir dans la nuit ? Les païens le craignirent ; et c'est pourquoi, comptant avec terreur les jours de cette lutte effrayante de la lumière et des ténèbres, ils consacrèrent au culte du Soleil le vingt-cinquième jour de Décembre, qui était le solstice d'hiver, jour après lequel cet astre, s'échappant des liens qui le retenaient, commence à re354 L'A vent.